Construire un climat scolaire positif comme levier de protection des mineurs et de sécurisation
de la communauté éducative
Introduction Le lycée Cours Notre Dame de Douvres la Délivrande en Normandie est un lycée de bord de mer composé d’une communauté éducative peuplée de 350 à 360 élèves en moyenne chaque année, d’une équipe pédagogique d’une trentaine de professeurs, d’une équipe de vie scolaire de 4 éducateurs et d’un cadre éducatif, d’une animatrice pastorale et d’une équipe administrative et technique œuvrant au quotidien sous la direction et la coordination du chef d’établissement. En 2016, l’OGEC du lycée général Cours Notre Dame a fusionné avec l’OGEC du lycée voisin, le lycée
professionnel et technologique Notre Dame de Nazareth. J’occupe le poste de cadre éducatif au sein de ce lycée depuis avril 2019 après 3 années d’expérience en tant qu’éducatrice de vie scolaire en externat et internat. Le chef d’établissement actuel est arrivé en août 2019 et n’a eu de cesse depuis le début de sa mission d’agir pour que l’ensemble des membres de notre communauté d’adultes en responsabilité considère chaque jeune qui nous est confié dans sa dimension intégrale d’être humain avec en principe de fond le respect et la protection de la dignité et de l’intégrité de chacun. De ce fait, chacun des adultes a pu bénéficier au travers notamment de temps de formation et de rencontres pédagogiques d’une acquisition de compétences nouvelles, de temps de relecture et de regards réflexifs sur nos pratiques pour aller interroger ce qui nous mène et qui par effet induit serait amené à évoluer. Cela signifie donc qu’un des éléments caractéristiques de notre fonctionnement est bien le fait que rien ne soit pris pour acquis et que tout, si cela est nécessaire pour demeurer cohérent avec le cadre légal, le charisme de notre fondatrice, nos aspirations personnelles et professionnelles doit pouvoir bouger. Cela nécessite de la prise de recul, cela implique de faire des pas de côté, cela signifie aussi de pouvoir faire un travail honnête
sur nos parts d’ombre et de lumière. C’est dans ce contexte que la proposition de suivre la formation pour devenir référent 3PF m’a été faite. En parallèle de cet apprentissage, j’ai également pu me former pour devenir référent EARS et venir consolider certains savoirs transmis dans le cadre de la formation achevée en 2025 autour de la lutte contre le harcèlement (Désamorçons le Harcèlement Maintenant). L’évidence est que de multiples ponts existent entre ces modules de formation et qu’un élément central en découle : la préoccupation de notre climat scolaire. Je vous propose donc dans les pages qui vont suivre une réflexion autour de cette préoccupation essentielle et des pistes d’actions capables d’en faire un levier fondamental de protection des mineurs. Les deux questions auxquelles je tenterai de répondre sont donc : En quoi un climat scolaire positif constitue-t-il un facteur de protection pour les élèves comme pour l’ensemble des
adultes de la communauté éducative ? Comment le référent en protection des mineurs peut-il contribuer à faire du climat scolaire un outil de prévention des
violences et de protection collective ?
I. Le climat scolaire positif : un enjeu central de protection dans la communauté éducative
1. Définir le climat scolaire Il n’existe pas réellement de définition consensuelle du climat scolaire. Ce que l’on sait, c’est qu’il n’est pas une chose statique et un état en soi mais bien la résultante potentiellement mouvante d’un processus complexe et multidimensionnel. Voici une définition de 2012 proposée par le National School Climate Center : Le climat scolaire reflète le jugement qu’ont les parents, les éducateurs et les élèves de leur expérience de la vie et du travail au sein de l’école. Pour autant, il ne s’agit pas d’une simple perception individuelle. Cette notion de « climat » (appelé parfois « atmosphère », « tonalité », « cadre » ou encore « milieu ») repose sur une expérience subjective de la vie scolaire qui prend en compte non pas l’individu mais l’école en tant que groupe large et les différents groupes sociaux
au sein de l’école. En ce sens, il convient de ne pas limiter l’étude et l’action sur le climat scolaire aux seuls élèves. Le concept doit inclure tous les membres de la communauté scolaire. La sécurité des professeurs et leurs relations sociales et émotionnelles avec leurs collègues, la qualité du leadership doivent être incluses tout autant que l’interaction entre la perception de ce climat par les parents, les élèves et les enseignants. La violence exercée contre et par les personnels est aussi à prendre en compte, même si elle est trop peu renseignée dans la littérature. Ce que nous pouvons retenir est que le climat scolaire comporte plusieurs dimensions : qualité des relations, sentiment de sécurité, justice scolaire, coopération, cadre éducatif, bien-être. Un climat scolaire positif suppose davantage que l’absence de violence, il suppose que les individus qui vivent ce climat et qui participent à sa création, se sentent heureux. Un point important est abordé au sein de cette définition : le manque de renseignements de la littérature autour des violences commises contre et par les personnels. Cet élément est fondamental. C’est d’ailleurs cette question du déni sociétal qui nous a été présenté par Joséphine CHASTENET lors de notre première journée de formation comme la cause identifiée de la permanence des violences faites aux mineurs dans notre société. 2. Le lien entre climat scolaire et protection des mineurs Le climat scolaire est la résultante d’une co-construction individuelle et collective. Il suppose pour évoluer vers quelque chose de positif de savoir faire preuve de prévention. Prévenir du latin praevenire : prendre les devants ; agir avant. Identifier les risques pour les éviter : principe de précaution. Enfin, la prévention c’est aussi savoir faire preuve d’humilité, prendre ses responsabilités et reconnaître les erreurs pour ne pas qu’elles se reproduisent et pour permettre
la prise en charge des victimes. En cela, le climat scolaire peut devenir un facteur de protection. Il peut permettre lorsqu’il fait l’objet d’une attention majeure de repérer des situations de mal-être et de danger. Il donne également l’impulsion au développement de relations de confiance entre les élèves et les adultes. Il sécurise les individus. Cette sécurité est le Méta besoin de toute
personne humaine3. Une protection qui concerne toute la communauté éducative Ce besoin de sécurité est à prendre en compte pour l’ensemble des personnes qui composent la communauté scolaire. Les élèves bien que prioritaires du fait de leurs statuts de mineurs et de tout ce que cela peut vouloir dire en termes d’exposition et de fragilités, ne sont pas les seuls concernés. Les personnels ont aussi besoin d’un cadre rassurant et protecteur. Les familles doivent pouvoir trouver une institution lisible, cohérente et ressource pour se sentir sécurisées. En toute logique, la qualité du climat scolaire favorise une co-responsabilité éducative. Il est l’affaire de tous.
II. Les fragilités qui altèrent le climat scolaire et exposent les membres de la communauté éducative Les formes de violence potentielles et de tensions en milieu scolaire sont multiples. L’école est un microcosme social constitué d’individus qui portent en eux une histoire passée ou en cours qui ont nécessairement des répercussions sur
le climat scolaire. 1. Les formes de violences et de tensions en milieu scolaire Les violences éducatives ordinaires (VEO) font partie des formes de violence présentes en milieu scolaire. Elles peuvent être verbales, psychologiques, physiques. Bien qu’interdites par la loi du 10 juillet 2019, les VEO bénéficient encore d’une forme de tolérance et de légitimité dans la pensée collective. Le harcèlement et cyberharcèlement sont également des phénomènes violents qui détériorent la qualité du climat scolaire. Les discriminations, les stigmatisations, les
12
Pour un climat scolaire positif, Caroline VELTCHEFF, Editions CANOPÉ, 2015 Synthèse du rapport, d’une démarche de consensus sur les besoins fondamentaux de l’enfant en protection de l’enfant. Remis par le Dr Marie-Paule Martin-Blachais à Laurence Rossignol, ministre des Familles et de l’enfance. Février 2017.
violences sexistes et sexuelles sont des entraves à l’épanouissement individuel et collectif en milieu scolaire et au respect que chaque membre de la communauté est en droit d’espérer. Enfin les conflits entre élèves, entre élèves et adultes, voire entre adultes sont des sources de tensions potentielles avec un pouvoir de nuisance évident sur le climat scolaire.
2. Les facteurs de risque dans un lycée Je me focaliserai davantage ici sur les facteurs de risques potentiels que j’identifie au sein de mon établissement. Nous accueillons un public plutôt homogène concernant le niveau de vie et les origines culturelles. Si l’hétérogénéité des publics nécessite une vigilance des adultes sur le vivre ensemble, l’homogénéité comporte en elle le risque d’exclusion automatique de la différence par ignorance. Les fragilités adolescentes liées à ce qui se joue tant sur une dimension physiologique que psychologique sont des facteurs de risque qui commandent une attention particulière et un accompagnement quotidien. L’usage du numérique et l’exposition aux réseaux sociaux sont des préoccupations incontournables avec un public adolescent. Les conduites addictives sont sources de risques pour le vivre ensemble et elles découlent la plupart du temps d’une cause interne et/ou externe à l’établissement, révélatrice d’un risque parfois bien plus important. La qualité de nos organisations que ce soit via la coopération entre les adultes de la structure, les partenariats externes avec les personnes ressources, la clarté de nos outils de régulation tels que notre charte, le défaut de formation ou de coordination sur la protection des mineurs sont des facteurs de risques tout aussi importants. J’insisterai plus particulièrement sur l’absence in situ de partenaires médicosociaux ce qui requiert de notre part un
devoir d’indentification de ressources externes et de consolidation d’un maillage territorial soutenant. 3. Les conséquences sur les personnes et sur l’institution Ces facteurs de risque peuvent aboutir à des phénomènes problématiques ayant des répercussions sur la structure et l’ensemble des membres qui la constituent. Absentéisme, décrochage, anxiété, perte d’estime de soi, idées noires et conduites suicidaires chez les élèves. Epuisement professionnel, sentiment d’impuissance et conflits chez les adultes. Dégradation du sentiment d’appartenance qui détériore de façon sûre la qualité du climat scolaire. Enfin, plus globalement, un affaiblissement de l’établissement et de la fonction de protection censée lui être intrinsèque.
III. Le rôle du référent en protection des mineurs dans la construction d’un climat scolaire positif 1. Une fonction d’interface, de vigilance et d’impulsion Bien qu’il soit compliqué de synthétiser le rôle du référent en protection des mineurs, l’essentiel de son action repose sur ces quelques principes fondamentaux : Repérer les signaux faibles, alerter et orienter, accompagner les équipes, contribuer à la cohérence des pratiques et faire le lien entre protection de l’enfance, vie scolaire, direction, santé scolaire,
partenaires externes. 2. Installer une culture commune de protection Pour toute organisation humaine et qu’importe l’échelle, il nous faut pouvoir nous reposer sur un socle commun de valeurs et de normes. Aussi, l’installation d’une culture commune de protection est un chantier qui a largement été impulsé par notre chef d’établissement au travers notamment des formations antérieurement suivies par les membres de notre communauté, que l’explicitation et la légitimation du rôle de référent 3PF viendra enrichir. Une cellule de veille et de gestion de situations de violences existe au sein de notre établissement. Elle a été constituée à l’issue de notre formation de prévention du harcèlement (DHM). Bien conscients du fait que le harcèlement n’est pas l’unique cause de dégradation du milieu scolaire et surtout convaincus du fait qu’une approche globale autour du climat scolaire est un levier de prévention du harcèlement, nous avons souhaité appeler notre équipe le Collectif d’Ecoute et du Vivre Ensemble (CEVE). Le CEVE est présenté dans notre charte d’établissement, ses membres sont passés dans les classes le jour de la rentrée scolaire 2025 pour être identifiés par les jeunes susceptibles de solliciter de l’aide. Le but à présent est de pouvoir étendre les compétences des membres du CEVE grâce au référent 3PF et d’accueillir potentiellement de nouveaux volontaires pour en faire partie. Cette harmonisation de pratiques et cet élargissement du collectif sont
conditionnés au partage d’une culture commune de protection qui va au-delà des procédures et des outils pratiques indispensables malgré tout à son bon fonctionnement. Les enjeux à court terme pour la réactualisation de notre collectif et la promotion de notre culture commune de protection est la journée pédagogique du 3 juillet prochain. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce temps d’explicitation plus loin dans notre développement. Voici plusieurs actions indispensables à la promotion de cette culture commune de protection : Clarification des rôles de chacun, diffusion de protocoles, sensibilisation des personnels et promotion d’un langage commun autour du respect,
du consentement, de la sécurité et du signalement. 3. Favoriser une approche éducative et préventive Un climat scolaire pour qu’il devienne positif et le demeure a besoin de veilleurs, de gardiens au sein de tous les membres de la communauté éducative. En sensibilisant ses membres à la notion de responsabilité partagée pour la permanence ou plutôt la possibilité d’existence d’un climat scolaire positif, on rend acteur l’individu et on favorise son engagement. Une approche éducative et préventive fournit l’impulsion nécessaire à l’investissement et à la reconnaissance des adultes et des élèves de la communauté. Le référent 3PF qui œuvre à la promotion d’une culture de protection pour un climat scolaire positif s’intéressera à plusieurs domaines et champs d’action : l’éducation à l’empathie, au respect et à la citoyenneté, le développement des compétences psychosociales, la place de la parole des élèves et les actions de prévention ciblées sur le harcèlement, les violences sexistes et sexuelles, les usages numériques, entre autres.
IV. Les leviers d’action pour construire un climat scolaire protecteur Le rôle du référent 3PF est de s’assurer que les leviers d’action en faveur de la construction d’un climat scolaire positif sont intelligibles et accessibles à l’ensemble des équipes, des élèves, de leurs familles avec une implication et un potentiel d’action variable selon les membres de la communauté. 1. Renforcer le cadre éducatif et la lisibilité des règles Nous l’avons vu plus haut, la notion de sécurité est essentielle et prioritaire pour permettre à tout individu de s’épanouir, d’autant plus les enfants ou les adolescents qui sont en pleine construction. Pour qu’un cadre soit structurant, bienveillant et que l’on y adhère, il faut qu’il soit compris, que ses règles soient connues et explicites. La mise en application de ses règles doit être juste et humaine, surtout en milieu scolaire. Les règles bien qu’indispensables peuvent toujours être adaptées dans des instances dédiées et jamais via le concours d’un seul individu ; les réponses éducatives doivent être graduées. Un cadre éducatif ne fonctionne pas ex nihilo. On doit pouvoir retrouver une cohérence entre le quotidien, les pratiques routinières et le cadre institutionnel. 2. Améliorer la qualité des relations entre les acteurs Les interactions qu’elles soient formelles ou informelles et qu’importe les membres qui les vivent ont un impact sur la qualité du climat scolaire. Il ne s’agit pas de tomber dans l’angélisme et de faire la promotion d’un espace sans conflit, sans heurts, nourri uniquement par des échanges positifs. Notre conscience de notre condition d’humain nous invite à l’humilité et au rappel que la perfection n’existe pas. En revanche, plusieurs aspects et lieux privilégiés pour les interactions doivent faire l’objet d’une plus grande vigilance : la qualité de l’accueil des élèves, la disponibilité des adultes pour interagir, l’écoute active (vigilance biais cognitifs, revenir toujours à la personne que l’on écoute), la coopération entre vie scolaire, enseignants, direction, personnels sociaux et de santé et enfin, l’association des familles à la vie de
l’établissement.
3. Développer des dispositifs de prévention et de participation La maîtrise du calendrier scolaire et la conscience de tous ses incontournables pour en dégager des temps forts programmés en amont ou des temps potentiellement envisageables est un levier puissant pour favoriser le concours des membres d’une même communauté éducative autour de la préoccupation du climat scolaire et de sa préservation. La liste de propositions qui suit n’est pas exhaustive mais elle propose déjà un certain nombre de dispositifs et de temps forts qui peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie au sein d’un établissement : Les séances de sensibilisation : qu’elles soient animées par un enseignant dans le cadre du programme EVARS ou par un partenaire extérieur, ces temps « extra-ordinaires » sont l’occasion pour les élèves et les équipes d’aborder des sujets existentiels. Les groupes de parole : puissant outil de régulation de climat et de désamorçage de situation à risques, ces instances d’interactions encadrées peuvent soit être menées par des adultes internes tels que le référent 3PF ou externes notamment des éducateurs spécialisés et psychologues des Maisons Des Adolescents et des Jeunes Adultes (MDAJA) avec lesquels il est possible de conventionner. La formation des élèves référents « bienveilleurs », plus communément appelés ambassadeurs. La formation des délégués. Les projets favorisant l’engagement et le sentiment d’appartenance : cela peut aller de projets citoyens tels que les différents concours proposés par l’éducation nationale et ses partenaires (plaidoiries, affiches de lutte contre le harcèlement…) aux temps festifs tels que les concours de
talents, les bals de promo. 4. Structurer le repérage et le traitement des situations préoccupantes L’efficacité d’une organisation repose essentiellement sur les procédures et les usages explicités, normés et formalisés. Cela constitue pour les membres d’une équipe un repère et un cadre sécurisant qui identifie chacun dans ses rôles, ses potentialités et ses limites. Cela peut prémunir également les individus du syndrome du sauveur qui peut avoir des conséquences négatives et contreproductives au sein d’une organisation. Le rôle du référent 3PF, en lien avec le chef d’établissement et les équipes éducatives, est d’établir un protocole interne de signalement. Ce type d’outil doit pouvoir inclure une mention sur les risques des biais cognitifs avec entre autres, des questions réflexives qui veillent à adopter une posture adéquate de recueil de la parole (personnellement, se questionner sur son histoire et la subjectivité qu’elle peut induire dans la réception des informations). Bien que le repérage puisse se faire de façon individuelle, il est fortement déconseillé voire dangereux de traiter seul les situations préoccupantes. Ces procédures internes de doivent être formalisées, explicitées et mises à disposition des équipes éducatives et pédagogiques. L’articulation entre le recueil de la parole, l’évaluation, la traçabilité et l’orientation sont des étapes essentielles à communiquer auprès des équipes. Structurer le repérage et le traitement des situations préoccupantes relève donc d’un travail partenarial qui inclut nécessairement la protection des victimes, l’accompagnement des auteurs et la prise en
signalement
compte des témoins éventuels.
V. Analyse d’une situation professionnelle A travers une méthode qui nous a été présentée lors de notre formation de référent 3PF, Les chapeaux de BONOvous propose l’étude d’une situation professionnelle vécue au sein de mon établissement.
, je
1. Présentation de la méthode : La méthode des six chapeaux de BONO, créée par Edward DE BONO, est un outil de réflexion qui aide à analyser un sujet
sous différents angles en séparant les modes de pensée. Chapeau blanc : faits, données, informations objectives.
34
Annexes fiche pratique référent 3PF et fiche de recueil de la parole mises en page grâce à l’IA Les six chapeaux de la réflexion, Edward DE BONO, éditions EYROLLES, 2017
L'objectif est de faire adopter à un groupe (ou à une personne) un même mode de pensée à la fois, afin de structurer les échanges, réduire les conflits et prendre de meilleures décisions. 2. La méthode mise en application pour comprendre un problème et en faire découler des pistes de solution : J’ai souhaité vous partager une mise en page de ce temps vécu en formation puisque nous avons utilisé cette méthode en groupe pour tenter de trouver des pistes de réflexion et d’action nouvelles compte tenu du sentiment d’impasse dans
Chapeau rouge : émotions, intuitions, ressentis. Chapeau noir : risques, limites, points de vigilance. Chapeau jaune : avantages, opportunités, bénéfices. Chapeau vert : créativité, idées nouvelles, alternatives. Chapeau bleu : organisation et pilotage de la réflexion, rôle du référent 3PF
lequel j’étais
. 3. Évaluation de l’action Le chapeau blanc permet de clarifier collectivement, il évite les risques d’interprétations. C’est le moment où l’on partage toutes les infos que nous avons, où on se pose des questions et que de proche en proche, on parvient à déconstruire tous les éléments du problème. Le chapeau rouge permet d’évacuer les émotions suscitées lors de la phase du chapeau blanc. Cette étape a pour but de libérer, elle permet de déposer. L’idée est de pouvoir se recentrer et de profiter de la libération de ces émotions pour identifier tous les risques. Le chapeau noir, celui qui évoque les risques offre la possibilité de sensibiliser le groupe, de faire en sorte de se positionner et d’impliquer tout le monde dans la situation pour ne pas la normaliser. Le chapeau jaune redresse le groupe, il identifie les leviers, les ressources, il permet d’anticiper la prochaine étape, celle de la créativité. L’étape du chapeau vert a pour vocation de se projeter, d’avoir de nouvelles idées
pour agir collectivement. Cet outil s’est révélé fort intéressant. Il a permis de faire évoluer la problématique de départ et de faire prendre conscience de ses répercussions sur une dimension bien plus large que la situation individuelle du jeune qui est à ce jour bloquée. Cette expérience doit à mon sens se mener à deux, deux référents au chapeau bleu, pour permettre le maintien du cadre et la conservation d’une trace écrite au fur et à mesure des échanges pour permettre des rebonds, de relectures immédiates ou lors d’un prochain temps de concertation. Cet outil doit conduire à des engagements et un partage de responsabilités. Il nécessite de se projeter et de prendre le temps de se fixer des
objectifs à court, moyen et long terme.
VI. Perspectives et préconisations pour consolider durablement un climat scolaire positif
1. Professionnaliser les pratiques Les temps dédiés à la formation des personnels sont indispensables pour que les pratiques des membres d’une communauté éducative s’harmonisent et s’homogénéisent. Au sein de mon établissement, le sujet de la formation doit faire l’objet d’un consensus. Au travers des différents constats et recommandations ou obligations ministérielles, bien évidement que certaines thématiques deviennent incontournables mais le chef d’établissement insiste beaucoup sur le fait d’associer, lorsque cela est possible, les personnels aux choix des formations. Lors de la prochaine journée pédagogique du 3 juillet, l’équipe se verra proposer de travailler autour des compétences psychosociales. J’ai également en tête de proposer aux professeurs principaux de seconde, un jeu de société à grande échelle qui se déroulera sur toute l’année et qui permettra aux élèves de développer leurs compétences psychosociales (inspiration du jeu Le village
). Se
56
Annexe La méthode des six chapeaux de BONO. https://educationsante.be/le-village/ - Annexe du poster proposé en journée pédagogique à l’équipe de professeurs principaux de seconde.
former, gagner en aisance dans sa pratique professionnelle est une condition de consolidation d’un climat scolaire positif
car cela renforce la culture de l’engagement et du suivi. 2. Mieux associer les élèves et les familles Le développement et la préservation de la coéducation est un levier majeur de création et de préservation d’un climat scolaire positif. Pour ce faire, il nous faut pouvoir favoriser les espaces d’expression. C’est un axe majeur qui concerne mon établissement. En effet, l’APEL actuel ne fonctionne plus pour des raisons multiples : départ des enfants des membres investis dans le fonctionnement du bureau et non remplacement de ces membres, priorisation des intérêts individuels des membres investis qui détourne l’organisation de sa vocation originelle, manque d’organisation et d’anticipation des échéances, clientélisme. A la rentrée 2026, mon chef d’établissement a prévu d’agir pour que l’APEL de mon lycée soit remanié et qu’il prenne sa juste place au sein de la communauté éducative. Au travers d’un temps de formation de nos élèves volontaires, nous espérons également pouvoir construire une équipe d’élèves appelés les référents bienveilleurs. Pourquoi référent ? Parce qu’il ne nous semble pas adapté de les nommer bienveilleurs. Cela pourrait laisser entendre que la bienveillance et la vigilance quant à la préservation d’un climat scolaire positif n’est pas l’affaire de tous. Bien que ce travail d’explicitation de nos démarches de formation et des équipes et procédures qui en découlent ait déjà été entamé, notamment par l’inscription de l’existence du CEVE au sein de notre charte, il nous semble essentiel de poursuivre ce travail de rendre visible et intelligible notre démarche de prévention et de lutte contre les violences en milieu scolaire. Cela permet de rassurer les familles et de les rendre actrices. 3. Inscrire la démarche dans une politique d’établissement Nos démarches doivent faire l’objet de suivi, d’inscription dans une forme de routine professionnelle. Nous avons déjà entamé ces réflexions et avons déjà convenu d’actions prioritaires à mener pour renforcer cette culture du vivre ensemble : calendrier annuel défini à la rentrée pour convenir de temps de réunions hebdomadaires pour les suivis classiques, mensuelles pour les bilans intermédiaires de suivis et de relectures de nos indicateurs quantitatifs grâce à notre logiciel de vie scolaire et enfin trimestrielles pour convoquer tous les membres de notre collectif CEVE et définir les nouvelles projections à court, moyen et long terme. Il s’agit de s’installer davantage dans une démarche continue plutôt que d’être dans des actions ponctuelles. Toutes ces actions pourraient aboutir à la réactualisation de notre projet
d’établissement.
Conclusion Le climat scolaire positif n’est pas seulement un objectif de bien-être. Il constitue un outil de prévention, de protection et de régulation. Le référent en protection des mineurs, référent 3PF joue un rôle clé pour articuler vigilance, prévention, coordination et accompagnement. La qualité du climat scolaire engage la responsabilité collective de toute la communauté éducative. Protéger les mineurs passe autant par les procédures que la par la qualité du lien éducatif.
Ecrit professionnel 3PF.pdf
Léa
Created on June 23, 2026
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Construire un climat scolaire positif comme levier de protection des mineurs et de sécurisation
de la communauté éducative
Introduction Le lycée Cours Notre Dame de Douvres la Délivrande en Normandie est un lycée de bord de mer composé d’une communauté éducative peuplée de 350 à 360 élèves en moyenne chaque année, d’une équipe pédagogique d’une trentaine de professeurs, d’une équipe de vie scolaire de 4 éducateurs et d’un cadre éducatif, d’une animatrice pastorale et d’une équipe administrative et technique œuvrant au quotidien sous la direction et la coordination du chef d’établissement. En 2016, l’OGEC du lycée général Cours Notre Dame a fusionné avec l’OGEC du lycée voisin, le lycée
professionnel et technologique Notre Dame de Nazareth. J’occupe le poste de cadre éducatif au sein de ce lycée depuis avril 2019 après 3 années d’expérience en tant qu’éducatrice de vie scolaire en externat et internat. Le chef d’établissement actuel est arrivé en août 2019 et n’a eu de cesse depuis le début de sa mission d’agir pour que l’ensemble des membres de notre communauté d’adultes en responsabilité considère chaque jeune qui nous est confié dans sa dimension intégrale d’être humain avec en principe de fond le respect et la protection de la dignité et de l’intégrité de chacun. De ce fait, chacun des adultes a pu bénéficier au travers notamment de temps de formation et de rencontres pédagogiques d’une acquisition de compétences nouvelles, de temps de relecture et de regards réflexifs sur nos pratiques pour aller interroger ce qui nous mène et qui par effet induit serait amené à évoluer. Cela signifie donc qu’un des éléments caractéristiques de notre fonctionnement est bien le fait que rien ne soit pris pour acquis et que tout, si cela est nécessaire pour demeurer cohérent avec le cadre légal, le charisme de notre fondatrice, nos aspirations personnelles et professionnelles doit pouvoir bouger. Cela nécessite de la prise de recul, cela implique de faire des pas de côté, cela signifie aussi de pouvoir faire un travail honnête
sur nos parts d’ombre et de lumière. C’est dans ce contexte que la proposition de suivre la formation pour devenir référent 3PF m’a été faite. En parallèle de cet apprentissage, j’ai également pu me former pour devenir référent EARS et venir consolider certains savoirs transmis dans le cadre de la formation achevée en 2025 autour de la lutte contre le harcèlement (Désamorçons le Harcèlement Maintenant). L’évidence est que de multiples ponts existent entre ces modules de formation et qu’un élément central en découle : la préoccupation de notre climat scolaire. Je vous propose donc dans les pages qui vont suivre une réflexion autour de cette préoccupation essentielle et des pistes d’actions capables d’en faire un levier fondamental de protection des mineurs. Les deux questions auxquelles je tenterai de répondre sont donc : En quoi un climat scolaire positif constitue-t-il un facteur de protection pour les élèves comme pour l’ensemble des
adultes de la communauté éducative ? Comment le référent en protection des mineurs peut-il contribuer à faire du climat scolaire un outil de prévention des
violences et de protection collective ?
I. Le climat scolaire positif : un enjeu central de protection dans la communauté éducative
1. Définir le climat scolaire Il n’existe pas réellement de définition consensuelle du climat scolaire. Ce que l’on sait, c’est qu’il n’est pas une chose statique et un état en soi mais bien la résultante potentiellement mouvante d’un processus complexe et multidimensionnel. Voici une définition de 2012 proposée par le National School Climate Center : Le climat scolaire reflète le jugement qu’ont les parents, les éducateurs et les élèves de leur expérience de la vie et du travail au sein de l’école. Pour autant, il ne s’agit pas d’une simple perception individuelle. Cette notion de « climat » (appelé parfois « atmosphère », « tonalité », « cadre » ou encore « milieu ») repose sur une expérience subjective de la vie scolaire qui prend en compte non pas l’individu mais l’école en tant que groupe large et les différents groupes sociaux
au sein de l’école. En ce sens, il convient de ne pas limiter l’étude et l’action sur le climat scolaire aux seuls élèves. Le concept doit inclure tous les membres de la communauté scolaire. La sécurité des professeurs et leurs relations sociales et émotionnelles avec leurs collègues, la qualité du leadership doivent être incluses tout autant que l’interaction entre la perception de ce climat par les parents, les élèves et les enseignants. La violence exercée contre et par les personnels est aussi à prendre en compte, même si elle est trop peu renseignée dans la littérature. Ce que nous pouvons retenir est que le climat scolaire comporte plusieurs dimensions : qualité des relations, sentiment de sécurité, justice scolaire, coopération, cadre éducatif, bien-être. Un climat scolaire positif suppose davantage que l’absence de violence, il suppose que les individus qui vivent ce climat et qui participent à sa création, se sentent heureux. Un point important est abordé au sein de cette définition : le manque de renseignements de la littérature autour des violences commises contre et par les personnels. Cet élément est fondamental. C’est d’ailleurs cette question du déni sociétal qui nous a été présenté par Joséphine CHASTENET lors de notre première journée de formation comme la cause identifiée de la permanence des violences faites aux mineurs dans notre société. 2. Le lien entre climat scolaire et protection des mineurs Le climat scolaire est la résultante d’une co-construction individuelle et collective. Il suppose pour évoluer vers quelque chose de positif de savoir faire preuve de prévention. Prévenir du latin praevenire : prendre les devants ; agir avant. Identifier les risques pour les éviter : principe de précaution. Enfin, la prévention c’est aussi savoir faire preuve d’humilité, prendre ses responsabilités et reconnaître les erreurs pour ne pas qu’elles se reproduisent et pour permettre
la prise en charge des victimes. En cela, le climat scolaire peut devenir un facteur de protection. Il peut permettre lorsqu’il fait l’objet d’une attention majeure de repérer des situations de mal-être et de danger. Il donne également l’impulsion au développement de relations de confiance entre les élèves et les adultes. Il sécurise les individus. Cette sécurité est le Méta besoin de toute
personne humaine3. Une protection qui concerne toute la communauté éducative Ce besoin de sécurité est à prendre en compte pour l’ensemble des personnes qui composent la communauté scolaire. Les élèves bien que prioritaires du fait de leurs statuts de mineurs et de tout ce que cela peut vouloir dire en termes d’exposition et de fragilités, ne sont pas les seuls concernés. Les personnels ont aussi besoin d’un cadre rassurant et protecteur. Les familles doivent pouvoir trouver une institution lisible, cohérente et ressource pour se sentir sécurisées. En toute logique, la qualité du climat scolaire favorise une co-responsabilité éducative. Il est l’affaire de tous.
II. Les fragilités qui altèrent le climat scolaire et exposent les membres de la communauté éducative Les formes de violence potentielles et de tensions en milieu scolaire sont multiples. L’école est un microcosme social constitué d’individus qui portent en eux une histoire passée ou en cours qui ont nécessairement des répercussions sur
le climat scolaire. 1. Les formes de violences et de tensions en milieu scolaire Les violences éducatives ordinaires (VEO) font partie des formes de violence présentes en milieu scolaire. Elles peuvent être verbales, psychologiques, physiques. Bien qu’interdites par la loi du 10 juillet 2019, les VEO bénéficient encore d’une forme de tolérance et de légitimité dans la pensée collective. Le harcèlement et cyberharcèlement sont également des phénomènes violents qui détériorent la qualité du climat scolaire. Les discriminations, les stigmatisations, les
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Pour un climat scolaire positif, Caroline VELTCHEFF, Editions CANOPÉ, 2015 Synthèse du rapport, d’une démarche de consensus sur les besoins fondamentaux de l’enfant en protection de l’enfant. Remis par le Dr Marie-Paule Martin-Blachais à Laurence Rossignol, ministre des Familles et de l’enfance. Février 2017.
violences sexistes et sexuelles sont des entraves à l’épanouissement individuel et collectif en milieu scolaire et au respect que chaque membre de la communauté est en droit d’espérer. Enfin les conflits entre élèves, entre élèves et adultes, voire entre adultes sont des sources de tensions potentielles avec un pouvoir de nuisance évident sur le climat scolaire.
2. Les facteurs de risque dans un lycée Je me focaliserai davantage ici sur les facteurs de risques potentiels que j’identifie au sein de mon établissement. Nous accueillons un public plutôt homogène concernant le niveau de vie et les origines culturelles. Si l’hétérogénéité des publics nécessite une vigilance des adultes sur le vivre ensemble, l’homogénéité comporte en elle le risque d’exclusion automatique de la différence par ignorance. Les fragilités adolescentes liées à ce qui se joue tant sur une dimension physiologique que psychologique sont des facteurs de risque qui commandent une attention particulière et un accompagnement quotidien. L’usage du numérique et l’exposition aux réseaux sociaux sont des préoccupations incontournables avec un public adolescent. Les conduites addictives sont sources de risques pour le vivre ensemble et elles découlent la plupart du temps d’une cause interne et/ou externe à l’établissement, révélatrice d’un risque parfois bien plus important. La qualité de nos organisations que ce soit via la coopération entre les adultes de la structure, les partenariats externes avec les personnes ressources, la clarté de nos outils de régulation tels que notre charte, le défaut de formation ou de coordination sur la protection des mineurs sont des facteurs de risques tout aussi importants. J’insisterai plus particulièrement sur l’absence in situ de partenaires médicosociaux ce qui requiert de notre part un
devoir d’indentification de ressources externes et de consolidation d’un maillage territorial soutenant. 3. Les conséquences sur les personnes et sur l’institution Ces facteurs de risque peuvent aboutir à des phénomènes problématiques ayant des répercussions sur la structure et l’ensemble des membres qui la constituent. Absentéisme, décrochage, anxiété, perte d’estime de soi, idées noires et conduites suicidaires chez les élèves. Epuisement professionnel, sentiment d’impuissance et conflits chez les adultes. Dégradation du sentiment d’appartenance qui détériore de façon sûre la qualité du climat scolaire. Enfin, plus globalement, un affaiblissement de l’établissement et de la fonction de protection censée lui être intrinsèque.
III. Le rôle du référent en protection des mineurs dans la construction d’un climat scolaire positif 1. Une fonction d’interface, de vigilance et d’impulsion Bien qu’il soit compliqué de synthétiser le rôle du référent en protection des mineurs, l’essentiel de son action repose sur ces quelques principes fondamentaux : Repérer les signaux faibles, alerter et orienter, accompagner les équipes, contribuer à la cohérence des pratiques et faire le lien entre protection de l’enfance, vie scolaire, direction, santé scolaire,
partenaires externes. 2. Installer une culture commune de protection Pour toute organisation humaine et qu’importe l’échelle, il nous faut pouvoir nous reposer sur un socle commun de valeurs et de normes. Aussi, l’installation d’une culture commune de protection est un chantier qui a largement été impulsé par notre chef d’établissement au travers notamment des formations antérieurement suivies par les membres de notre communauté, que l’explicitation et la légitimation du rôle de référent 3PF viendra enrichir. Une cellule de veille et de gestion de situations de violences existe au sein de notre établissement. Elle a été constituée à l’issue de notre formation de prévention du harcèlement (DHM). Bien conscients du fait que le harcèlement n’est pas l’unique cause de dégradation du milieu scolaire et surtout convaincus du fait qu’une approche globale autour du climat scolaire est un levier de prévention du harcèlement, nous avons souhaité appeler notre équipe le Collectif d’Ecoute et du Vivre Ensemble (CEVE). Le CEVE est présenté dans notre charte d’établissement, ses membres sont passés dans les classes le jour de la rentrée scolaire 2025 pour être identifiés par les jeunes susceptibles de solliciter de l’aide. Le but à présent est de pouvoir étendre les compétences des membres du CEVE grâce au référent 3PF et d’accueillir potentiellement de nouveaux volontaires pour en faire partie. Cette harmonisation de pratiques et cet élargissement du collectif sont
conditionnés au partage d’une culture commune de protection qui va au-delà des procédures et des outils pratiques indispensables malgré tout à son bon fonctionnement. Les enjeux à court terme pour la réactualisation de notre collectif et la promotion de notre culture commune de protection est la journée pédagogique du 3 juillet prochain. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce temps d’explicitation plus loin dans notre développement. Voici plusieurs actions indispensables à la promotion de cette culture commune de protection : Clarification des rôles de chacun, diffusion de protocoles, sensibilisation des personnels et promotion d’un langage commun autour du respect,
du consentement, de la sécurité et du signalement. 3. Favoriser une approche éducative et préventive Un climat scolaire pour qu’il devienne positif et le demeure a besoin de veilleurs, de gardiens au sein de tous les membres de la communauté éducative. En sensibilisant ses membres à la notion de responsabilité partagée pour la permanence ou plutôt la possibilité d’existence d’un climat scolaire positif, on rend acteur l’individu et on favorise son engagement. Une approche éducative et préventive fournit l’impulsion nécessaire à l’investissement et à la reconnaissance des adultes et des élèves de la communauté. Le référent 3PF qui œuvre à la promotion d’une culture de protection pour un climat scolaire positif s’intéressera à plusieurs domaines et champs d’action : l’éducation à l’empathie, au respect et à la citoyenneté, le développement des compétences psychosociales, la place de la parole des élèves et les actions de prévention ciblées sur le harcèlement, les violences sexistes et sexuelles, les usages numériques, entre autres.
IV. Les leviers d’action pour construire un climat scolaire protecteur Le rôle du référent 3PF est de s’assurer que les leviers d’action en faveur de la construction d’un climat scolaire positif sont intelligibles et accessibles à l’ensemble des équipes, des élèves, de leurs familles avec une implication et un potentiel d’action variable selon les membres de la communauté. 1. Renforcer le cadre éducatif et la lisibilité des règles Nous l’avons vu plus haut, la notion de sécurité est essentielle et prioritaire pour permettre à tout individu de s’épanouir, d’autant plus les enfants ou les adolescents qui sont en pleine construction. Pour qu’un cadre soit structurant, bienveillant et que l’on y adhère, il faut qu’il soit compris, que ses règles soient connues et explicites. La mise en application de ses règles doit être juste et humaine, surtout en milieu scolaire. Les règles bien qu’indispensables peuvent toujours être adaptées dans des instances dédiées et jamais via le concours d’un seul individu ; les réponses éducatives doivent être graduées. Un cadre éducatif ne fonctionne pas ex nihilo. On doit pouvoir retrouver une cohérence entre le quotidien, les pratiques routinières et le cadre institutionnel. 2. Améliorer la qualité des relations entre les acteurs Les interactions qu’elles soient formelles ou informelles et qu’importe les membres qui les vivent ont un impact sur la qualité du climat scolaire. Il ne s’agit pas de tomber dans l’angélisme et de faire la promotion d’un espace sans conflit, sans heurts, nourri uniquement par des échanges positifs. Notre conscience de notre condition d’humain nous invite à l’humilité et au rappel que la perfection n’existe pas. En revanche, plusieurs aspects et lieux privilégiés pour les interactions doivent faire l’objet d’une plus grande vigilance : la qualité de l’accueil des élèves, la disponibilité des adultes pour interagir, l’écoute active (vigilance biais cognitifs, revenir toujours à la personne que l’on écoute), la coopération entre vie scolaire, enseignants, direction, personnels sociaux et de santé et enfin, l’association des familles à la vie de
l’établissement.
3. Développer des dispositifs de prévention et de participation La maîtrise du calendrier scolaire et la conscience de tous ses incontournables pour en dégager des temps forts programmés en amont ou des temps potentiellement envisageables est un levier puissant pour favoriser le concours des membres d’une même communauté éducative autour de la préoccupation du climat scolaire et de sa préservation. La liste de propositions qui suit n’est pas exhaustive mais elle propose déjà un certain nombre de dispositifs et de temps forts qui peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie au sein d’un établissement : Les séances de sensibilisation : qu’elles soient animées par un enseignant dans le cadre du programme EVARS ou par un partenaire extérieur, ces temps « extra-ordinaires » sont l’occasion pour les élèves et les équipes d’aborder des sujets existentiels. Les groupes de parole : puissant outil de régulation de climat et de désamorçage de situation à risques, ces instances d’interactions encadrées peuvent soit être menées par des adultes internes tels que le référent 3PF ou externes notamment des éducateurs spécialisés et psychologues des Maisons Des Adolescents et des Jeunes Adultes (MDAJA) avec lesquels il est possible de conventionner. La formation des élèves référents « bienveilleurs », plus communément appelés ambassadeurs. La formation des délégués. Les projets favorisant l’engagement et le sentiment d’appartenance : cela peut aller de projets citoyens tels que les différents concours proposés par l’éducation nationale et ses partenaires (plaidoiries, affiches de lutte contre le harcèlement…) aux temps festifs tels que les concours de
talents, les bals de promo. 4. Structurer le repérage et le traitement des situations préoccupantes L’efficacité d’une organisation repose essentiellement sur les procédures et les usages explicités, normés et formalisés. Cela constitue pour les membres d’une équipe un repère et un cadre sécurisant qui identifie chacun dans ses rôles, ses potentialités et ses limites. Cela peut prémunir également les individus du syndrome du sauveur qui peut avoir des conséquences négatives et contreproductives au sein d’une organisation. Le rôle du référent 3PF, en lien avec le chef d’établissement et les équipes éducatives, est d’établir un protocole interne de signalement. Ce type d’outil doit pouvoir inclure une mention sur les risques des biais cognitifs avec entre autres, des questions réflexives qui veillent à adopter une posture adéquate de recueil de la parole (personnellement, se questionner sur son histoire et la subjectivité qu’elle peut induire dans la réception des informations). Bien que le repérage puisse se faire de façon individuelle, il est fortement déconseillé voire dangereux de traiter seul les situations préoccupantes. Ces procédures internes de doivent être formalisées, explicitées et mises à disposition des équipes éducatives et pédagogiques. L’articulation entre le recueil de la parole, l’évaluation, la traçabilité et l’orientation sont des étapes essentielles à communiquer auprès des équipes. Structurer le repérage et le traitement des situations préoccupantes relève donc d’un travail partenarial qui inclut nécessairement la protection des victimes, l’accompagnement des auteurs et la prise en
signalement
compte des témoins éventuels.
V. Analyse d’une situation professionnelle A travers une méthode qui nous a été présentée lors de notre formation de référent 3PF, Les chapeaux de BONOvous propose l’étude d’une situation professionnelle vécue au sein de mon établissement.
, je
1. Présentation de la méthode : La méthode des six chapeaux de BONO, créée par Edward DE BONO, est un outil de réflexion qui aide à analyser un sujet
sous différents angles en séparant les modes de pensée. Chapeau blanc : faits, données, informations objectives.
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Annexes fiche pratique référent 3PF et fiche de recueil de la parole mises en page grâce à l’IA Les six chapeaux de la réflexion, Edward DE BONO, éditions EYROLLES, 2017
L'objectif est de faire adopter à un groupe (ou à une personne) un même mode de pensée à la fois, afin de structurer les échanges, réduire les conflits et prendre de meilleures décisions. 2. La méthode mise en application pour comprendre un problème et en faire découler des pistes de solution : J’ai souhaité vous partager une mise en page de ce temps vécu en formation puisque nous avons utilisé cette méthode en groupe pour tenter de trouver des pistes de réflexion et d’action nouvelles compte tenu du sentiment d’impasse dans
Chapeau rouge : émotions, intuitions, ressentis. Chapeau noir : risques, limites, points de vigilance. Chapeau jaune : avantages, opportunités, bénéfices. Chapeau vert : créativité, idées nouvelles, alternatives. Chapeau bleu : organisation et pilotage de la réflexion, rôle du référent 3PF
lequel j’étais
. 3. Évaluation de l’action Le chapeau blanc permet de clarifier collectivement, il évite les risques d’interprétations. C’est le moment où l’on partage toutes les infos que nous avons, où on se pose des questions et que de proche en proche, on parvient à déconstruire tous les éléments du problème. Le chapeau rouge permet d’évacuer les émotions suscitées lors de la phase du chapeau blanc. Cette étape a pour but de libérer, elle permet de déposer. L’idée est de pouvoir se recentrer et de profiter de la libération de ces émotions pour identifier tous les risques. Le chapeau noir, celui qui évoque les risques offre la possibilité de sensibiliser le groupe, de faire en sorte de se positionner et d’impliquer tout le monde dans la situation pour ne pas la normaliser. Le chapeau jaune redresse le groupe, il identifie les leviers, les ressources, il permet d’anticiper la prochaine étape, celle de la créativité. L’étape du chapeau vert a pour vocation de se projeter, d’avoir de nouvelles idées
pour agir collectivement. Cet outil s’est révélé fort intéressant. Il a permis de faire évoluer la problématique de départ et de faire prendre conscience de ses répercussions sur une dimension bien plus large que la situation individuelle du jeune qui est à ce jour bloquée. Cette expérience doit à mon sens se mener à deux, deux référents au chapeau bleu, pour permettre le maintien du cadre et la conservation d’une trace écrite au fur et à mesure des échanges pour permettre des rebonds, de relectures immédiates ou lors d’un prochain temps de concertation. Cet outil doit conduire à des engagements et un partage de responsabilités. Il nécessite de se projeter et de prendre le temps de se fixer des
objectifs à court, moyen et long terme.
VI. Perspectives et préconisations pour consolider durablement un climat scolaire positif
1. Professionnaliser les pratiques Les temps dédiés à la formation des personnels sont indispensables pour que les pratiques des membres d’une communauté éducative s’harmonisent et s’homogénéisent. Au sein de mon établissement, le sujet de la formation doit faire l’objet d’un consensus. Au travers des différents constats et recommandations ou obligations ministérielles, bien évidement que certaines thématiques deviennent incontournables mais le chef d’établissement insiste beaucoup sur le fait d’associer, lorsque cela est possible, les personnels aux choix des formations. Lors de la prochaine journée pédagogique du 3 juillet, l’équipe se verra proposer de travailler autour des compétences psychosociales. J’ai également en tête de proposer aux professeurs principaux de seconde, un jeu de société à grande échelle qui se déroulera sur toute l’année et qui permettra aux élèves de développer leurs compétences psychosociales (inspiration du jeu Le village
). Se
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Annexe La méthode des six chapeaux de BONO. https://educationsante.be/le-village/ - Annexe du poster proposé en journée pédagogique à l’équipe de professeurs principaux de seconde.
former, gagner en aisance dans sa pratique professionnelle est une condition de consolidation d’un climat scolaire positif
car cela renforce la culture de l’engagement et du suivi. 2. Mieux associer les élèves et les familles Le développement et la préservation de la coéducation est un levier majeur de création et de préservation d’un climat scolaire positif. Pour ce faire, il nous faut pouvoir favoriser les espaces d’expression. C’est un axe majeur qui concerne mon établissement. En effet, l’APEL actuel ne fonctionne plus pour des raisons multiples : départ des enfants des membres investis dans le fonctionnement du bureau et non remplacement de ces membres, priorisation des intérêts individuels des membres investis qui détourne l’organisation de sa vocation originelle, manque d’organisation et d’anticipation des échéances, clientélisme. A la rentrée 2026, mon chef d’établissement a prévu d’agir pour que l’APEL de mon lycée soit remanié et qu’il prenne sa juste place au sein de la communauté éducative. Au travers d’un temps de formation de nos élèves volontaires, nous espérons également pouvoir construire une équipe d’élèves appelés les référents bienveilleurs. Pourquoi référent ? Parce qu’il ne nous semble pas adapté de les nommer bienveilleurs. Cela pourrait laisser entendre que la bienveillance et la vigilance quant à la préservation d’un climat scolaire positif n’est pas l’affaire de tous. Bien que ce travail d’explicitation de nos démarches de formation et des équipes et procédures qui en découlent ait déjà été entamé, notamment par l’inscription de l’existence du CEVE au sein de notre charte, il nous semble essentiel de poursuivre ce travail de rendre visible et intelligible notre démarche de prévention et de lutte contre les violences en milieu scolaire. Cela permet de rassurer les familles et de les rendre actrices. 3. Inscrire la démarche dans une politique d’établissement Nos démarches doivent faire l’objet de suivi, d’inscription dans une forme de routine professionnelle. Nous avons déjà entamé ces réflexions et avons déjà convenu d’actions prioritaires à mener pour renforcer cette culture du vivre ensemble : calendrier annuel défini à la rentrée pour convenir de temps de réunions hebdomadaires pour les suivis classiques, mensuelles pour les bilans intermédiaires de suivis et de relectures de nos indicateurs quantitatifs grâce à notre logiciel de vie scolaire et enfin trimestrielles pour convoquer tous les membres de notre collectif CEVE et définir les nouvelles projections à court, moyen et long terme. Il s’agit de s’installer davantage dans une démarche continue plutôt que d’être dans des actions ponctuelles. Toutes ces actions pourraient aboutir à la réactualisation de notre projet
d’établissement.
Conclusion Le climat scolaire positif n’est pas seulement un objectif de bien-être. Il constitue un outil de prévention, de protection et de régulation. Le référent en protection des mineurs, référent 3PF joue un rôle clé pour articuler vigilance, prévention, coordination et accompagnement. La qualité du climat scolaire engage la responsabilité collective de toute la communauté éducative. Protéger les mineurs passe autant par les procédures que la par la qualité du lien éducatif.