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l'étranger

Margo Delabroise

Created on May 5, 2026

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Transcript

le faux-commentaire

l'étranger

Albert Camus

Introduction

Dans L'Etranger, publié en 1942, Albert Camus met en scène Meursault, un personnage en décalage avec les normes sociales. L'extrait étudie se situe lors de son procès, moment décisif du roman où il est jugé pour son meurtre. Pourtant, le narrateur semble étranger à son propre procès.

On peut alors se demander comment ce passage montre que Meursault est étranger à son propre procès.

Nous verrons d'abord qu'il apparaît au centre des discours judiciaires, avant d'analyser comment il est exclu et adopte une attitude détachée.

i - a)

Tout d’abord, Meursault apparaît comme le personnage central du procès, comme le souligne la phrase « on a beaucoup parlé de moi ». La répétition du pronom personnel « moi » met en relief sa présence constante et montre qu’il est au cœur des débats. De plus, l’emploi du passé composé dans « a parlé » exprime un bilan et insiste sur l’importance de cette focalisation sur lui. Le narrateur s'implique.

Ensuite, l’expression « plus de moi que de mon crime » repose sur une comparaison qui oppose la personne à l’acte. Le comparatif « plus » crée un déséquilibre, suggérant que la justice s’intéresse davantage à l’homme qu’au crime lui-même. Ainsi, Meursault est jugé non seulement pour son acte, mais aussi pour sa personnalité, ce qui révèle une dimension morale du procès.

i - b)

Par ailleurs, le procès prend une dimension théâtrale. Les gestes de l’avocat et du procureur (« levait les bras » / « tendait ses mains ») forment un parallélisme qui met en évidence la symétrie de leurs attitudes. L’emploi de l’imparfait (« levait », « tendait ») a une valeur descriptive et contribue à donner l’impression d’un spectacle en cours, observé par Meursault.

De plus, la reprise lexicale des termes « coupable » et « culpabilité » insiste sur l’obsession de la faute. Cette insistance renforce l’idée que le procès est centré sur la condamnation morale de Meursault, bien plus que sur l’analyse des faits eux-mêmes. Cette idée est d’ailleurs renforcée par l’opposition entre « l’aveuglante clarté des faits » et « l’éclairage sombre » de la psychologie. L’expression « aveuglante clarté » constitue un oxymore qui suggère que les faits, bien qu’énoncés comme évidents, empêchent paradoxalement de voir clairement la vérité. À l’inverse, la psychologie de Meursault est présentée comme obscure, mais devient pourtant centrale dans le raisonnement du procureur. Ainsi, la lumière ne porte pas sur le crime lui-même, mais sur le jugement moral de l’accusé.

ii - a)

Cependant, malgré sa place centrale, Meursault est exclu du déroulement du procès. L’impératif « Taisez-vous » marque une injonction directe et révèle qu’il est privé de parole. Il est donc réduit au silence et ne peut pas se défendre.

De plus, l’expression « sans mon intervention » repose sur une négation qui souligne son absence d’action. Meursault apparaît passif, comme s’il subissait les événements. Cette impression est renforcée par la tournure passive dans « mon sort se réglait », qui montre qu’il n’a aucun contrôle sur son destin et qu’il est entièrement soumis aux décisions des autres.

ii - b)

Enfin, Meursault adopte une attitude profondément détachée. L’expression « cela m’a très vite lassé » utilise un vocabulaire banal, renforcé par l’adverbe d’intensité « très », ce qui crée un contraste avec la gravité de la situation. Ce décalage souligne son indifférence.

Par ailleurs, l’énumération « fragments, gestes, tirades » traduit une perception fragmentée du procès. Meursault ne perçoit pas l’ensemble de manière cohérente, mais seulement des éléments dispersés, ce qui accentue son étrangeté.

Enfin, l’adjectif « plausible » constitue un modalisateur qui exprime un jugement neutre. Il ne signifie pas que Meursault est d’accord, mais qu’il observe les événements avec distance, comme un spectateur extérieur. Cette posture renforce l’idée qu’il est étranger à ce qui lui arrive et illustre la vision de l’absurde développée par Camus.

conclusion

Ainsi, Meursault apparaît à la fois au centre du procès et profondément exclu de celui-ci. Réduit au silence et incapable d’agir, il adopte un regard détaché qui souligne son étrangeté. Cette attitude reflète la vision de l’absurde chez Camus, où l’individu est en décalage avec le monde et les normes sociales.

On peut rapprocher cette représentation du personnage de celle d’autres figures confrontées à une justice injuste, comme dans Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo.