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Concevoir et mettre en oeuvre son enseignement avec le numérique

Sylvain PORTES

Created on April 25, 2026

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Transcript

UE 910/1010 Stratégies d'enseignement et d'apprentissage :

Concevoir et mettre en oeuvre son enseignement avec le numérique

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SOMMAIRE

Ep 1 : Le contexte

Ep 2 : La situation

Ep 3 : Les outils

Ep 6 : Conclusion

Ep 5 :Bilan/perspectives

Ep 4 : La mise en oeuvre

Ep 1 : Contexte d'intervention

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Contexte général

Le lycée Pierre Bourdieu est un lycée général situé à Fronton. Comme sa dénomination l'indique, le lycée n'accueil que des filières générales, ce qui en fait un lycée réputé, accueillant un public scolaire favorisé. Fronton et son secteur (nord toulousain, Frontonnais, Villaudric, Castelnau-d’Estrétefonds, etc.) accueillent beaucoup de familles de classes moyennes supérieures travaillant dans l’aire toulousaine, ce qui renforce l’hypothèse d’un recrutement social favorisé.

Cela se confirme avec un indice de position sociale (IPS) très élevé (130 contre 103 de moyenne nationale). L’IPS mesurant les conditions sociales, économiques et culturelles des familles, un score aussi élevé indique que les élèves proviennent majoritairement de milieux favorables à la réussite scolaire, comme le montre le ministère de l’éducation : "plus l’IPS est élevé, plus les conditions sociales, économiques et culturelles des familles sont favorables aux apprentissages". Cette apétence pour les apprentissages se révèle dans de très bons résultats au baccalauréat, avec 96 % de réussite et 74 % de mentions en 2025.

Cela nous amène donc à intervenir auprès d'un public scolaire engagé et demandeur d'apprentissages. Dans ce contexte, l'outil numérique devra donc être pensé comme un outil permettant le perfectionnement et l'approfondissement des apprentissages.

Projet de séquence

Contexte didactique

Notre intervention se passe au sein d'une séquence de danse s’inscrivant dans le champ d’apprentissage 3. Elle a pour but de “réaliser une prestation corporelle destinée à être vue et appréciée” (Programme lycée général, 2019). Cette séquence avait donc pour objectif de développer différents AFL (voir projet de séquence ci-à droite) notamment :

S’engager pour composer et interpréter une chorégraphie collective selon un projet artistique en mobilisant une motricité expressive et des procédés de composition. Choisir et assumer des rôles au service de la prestation collective. (Programme lycée général, 2019) AFL que nous avons traduis pour notre séquence en compétences attendues, notamment : C1. Développer et enrichir une motricité expressive à l’aide de divers paramètres (espace, temps, énergie) et procédés chorégraphique (unisson, canon, laché rattrapé...) pour provoquer une émotion C3. Choisir, mettre en œuvre et réguler, seul et à plusieurs, un projet de composition C4. Assurer différents rôles (interprète/danseur , chorégraphe, spectateur )

Le développement des compétences méthodologiques et notamment l'investissement dans le rôle de chorégraphe rencontre cependant des difficultés dûes à l'absence de miroirs dans la salle de danse. Cette absence ne permet pas aux élèves de se voir pratiquer et donc d'avoir accès à des retours d'informations sur lesquels s'appuyer pour améliorer et faire évoluer leur chorégraphie.

Contexte classe

La mise en place de l'outil numérique concerne une classe de seconde générale composée de 35 élèves. Nous ne disposons pas de projet de classe. Cependant, nous avons pu dégager plusieurs caractéristiques par le biai d'observations conjointes avec l'enseigante en charge de cette dernière.

- Tout d'abord, sur le plan moteur, les ressources motrices sont très hétérogènes (ce qui n'est pas étonnant avec une classe de cet effectif). Les élèves sont majoritairement engagés dans la discipline, mais l'activité de danse et les stéréotypes que l'APSA véhicule amène une partie des garçons de la classe a avoir un engagement moins important que dans d'autres activités. Cet engagement est inconstant puisqu'on remarque un bon engagement pour la plupart des élèves dans les situations de reproduction ou de découverte. Cet engagement peine toutefois à se maintenir durablement lors des situations de création trop longues. - Les élèves font preuve de très bonnes capacités cognitives et d'analyse, du sérieux dans le rôle d'observateur, même si on remarque qu'un groupe de plusieurs élèves a du mal à se concentrer lors des consignes et à maintenir un engagement sur le long terme. - Méthodologiquement, les élèves ont du mal à faire des retours critiques et pertinents sur leur propre production (cela s'explique par l'absence de miroirs entraînant peu d'informations disponibles) et sont très dépendants des retours et conseils du professeur qui, au vu de l'effectif, sont malheureusement peu nombreux.

Pour résumer

Nous sommes donc en intervention auprès d'un public très "scolaire" et demandeur d'apprentissages. Les élèves sont majoritairement engagés dans l'activité et progressent rapidement. Cependant, les conditions d'intervention (classe nombreuse et absence de miroir dans la salle) limitent les retours d'informations, ce qui freine les élèves dans l'acquisition des compétences, notamment celles concernant la régulation de leur chorégraphie et l'investissement dans différents rôles permettant cette régulation.

Comment assurer à tous les élèves des retours d’informations sur leur activité, rétroactions nécessaires à leurs apprentissages ?

Ep 2 : La situation d'apprentissage support

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La situation support

La situation d’apprentissage présentée correspond à la situation 4 de la leçon 6 sur 7. Cette partie de la leçon est dédiée à une situation de création dans laquelle les élèves sont amenés à réinvestir et mobiliser avec exactitude les différents procédés chorégraphiques étudiés pour les mettre au service d’un propos chorégraphique.

Ce travail de réinvestissement et de mobilisation avait déjà commencé la leçon précédente, sans être abouti pour l’ensemble des groupes. En effet, la leçon précédente les avait amenés à associer un ou plusieurs procédés chorégraphiques à une étape de leur scénario, pour illustrer cette dernière. Afin de poursuivre ce travail de création, les élèves devaient donc mettre en œuvre et chorégraphier les procédés choisis pour chaque étape.

L’objectif est alors de passer d’un élève uniquement danseur à un élève capable d’investir le rôle de chorégraphe, en analysant la prestation effectuée et en se servant de cette observation pour formuler un retour constructif permettant l’amélioration de la chorégraphie.

Les élèves sont donc répartis par groupe avec leurs fiches structurant leur chorégraphie (à gauche) et ont pour but d’organiser les différents procédés sélectionnés en déterminant notamment quels mouvements ils vont faire, dans quelle direction, quelle forme de groupement utiliser …L'enseignant passe alors dans les groupes et dirige les élèves vers l'outil numérique lorsqu'ils en ont besoin.

Pourquoi cette situation ?

L'outil numérique est mis en place spécifiquement dans cette situation pour plusieurs raisons :

1) Comme vu précédemment, les élèves éprouvent des difficultés à obtenir des retours d'informations sur leur prestation. Ce manque de rétroaction les empêche de s'investir dans le rôle de chorégraphe, alors primordial lors des situations de création. Il est donc nécessaire de mettre en place un outil numérique leur facilitant l'accès à des retours d'informations sur leur prestation.

2) Nous avons mis en évidence précédemment que certains élèves éprouvaient des difficultés à maintenir leur engagement lors des situations de création lorsque ces dernières duraient dans le temps. En mettant en place un dispositif numérique stimulant amenant les élèves à se concentrer sur des tâches précises et inhabituelles, on favorise alors l'engagement de ces derniers durant toute la situation.

3) C'est au moment de la création que les élèves solicitent le plus l'enseignant pour avoir des retours. Mettre en place un outil numérique favorisant leur autonomie facilite l'activité de l'enseignant et lui permet de faire des retours plus nombreux ou plus approfondis aux groupes.

Ep 3 : Les outils

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Présentation des outils utilisés

Afin de palier à ce manque d'informations sur leur pratique et permettre aux élèves de s'investir pleinement et efficacement dans le rôle de chorégraphe nous avons pris appuis sur deux outils :

1) VisualEyes

VisualEyes est une application gratuite disponible aussi bien sur IOS que MAC qui permet de faciliter le recueil et le traitement d'informations visuelles. En effet, une fois une vidéo insérée dans l'application, cette dernière permet de passer la vidéo au ralentit, de la parcourir image par image et donc de décomposer les mouvements que l'on voit dessus. En ralentissant ainsi les vidéos, et en mettant en pause les moments marquants, on facilite alors l'observation puisque l'élève a plus de temps pour regarder et analyser ce qu'il se passe à l'écran. De plus, l'application permet de tracer des traits directement sur la vidéo (voir image à en haut à droite), ce qui permet d'illustrer et de se rendre compte visuellement de ses réalisations mais aussi de celle de ses camarades en comparant les traits (longueur, directions...)

Présentation des outils utilisés

2) La fiche d'observation

La fiche d'observation n'est pas un outil numérique mais elle vient en complément de ce dernier. La fiche d'observation permet elle aussi de faciliter le recueil d'informations visuelles. En effet, la fiche permet d'orienter, de guider le regard des élèves vers certains critères précis (qui sont les critères de réussite : début et arrêt du mouvement simultané, même amplitude de mouvement, même direction des geste...) afin que les élèves focalisent leur attention sur ces critères.

Ainsi, en focalisant leur attention sur certains critères, la fiche d'observation réduit le nombre d'informations à sélectionner et à observer et dirige les élèves vers les critères de réussite essentiels à la bonne réalisation du geste, ou à la bonne mise en place du procédé chorégraphique.

Ep 4 : La mise en oeuvre

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La mise en oeuvre

La mise en oeuvre

Dans le cadre de la mise en œuvre de notre outil numérique, nous pouvons également faire un lien avec notre chantier professionnel, à savoir “Accompagner et guider les élèves pour mieux construire les apprentissages et le sens qu’ils y accordent”. La mise en place de notre outil numérique semble alors tout à fait pertinente puisque ce dernier s'inscrit dans une logique circulaire de contextualisation-décontextualisation-recontextualisation. Comme on le voit dans la vidéo, l'outil numérique est utilisé pour palier à une diffculté que rencontrent les élèves qui est la réalisation d'un unisson au sein de leur chorégraphie. Après avoir mis en évidence le problème, l'enseignant les oriente vers la petite boucle (l'outil numérique) afin de travailler spécifiquement la réalisation de ce procédé. Puis, une fois que la réalisation s'est améliorée, on réintègre la grande boucle en faisant à nouveau réaliser la chorégraphie entière aux élèves. Cette organisation en grande boucle/petite boucle (UBALDI, 2004) est alors vectrice de sens puisque les apprentissages effectués servent directement à répondre à un problème mis en évidence. De plus, l'outil permet de mettre rapidement les élèves en autonomie, ce qui facilite l'activité de l'enseignant en le déchargeant d'un ou plusieurs groupes, lui permettant alors d'adopter un rôle d'accompagnateur davantage présent pour les autres groupes.

Ep 5 : Bilan et perspectives

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Bilan : Les limites

La mise en place

L'outil et son rôle

- La première et principale limite de ce dispositif est que l’outil numérique ne fait que mettre en avant des problèmes sans pour autant apporter de solutions, de contenus d’enseignement qui puisse solutionner le problème relevé par exemple. -Une deuxième limite est que la grille d’observation censée faciliter l’observation des élèves ne les a pas aidé et ce puisque le nombre de critères à observer est bien trop grand. Il serait alors judicieux soit de regrouper les critères en famille de façon à ce que les membres du groupe puissent se les répartir aisément, soit de réduire leur nombre. - Enfin, cet outil numérique permet de répondre à un problème très spécifique (difficultés à réaliser un unisson). La mise en place dans ce contexte était alors pertinente puisque ce problème était généralisé à tous les groupes. Cependant, on peut questionner l’adaptabilité de l’objet et notamment la prise en compte de la diversité des élèves grâce à ce dernier.

- Une première limite dans la mise en place de cet outil réside dans la présentation de ce dernier. En effet, bien que le choix de présenter le dispositif de manière séparée à chaque groupe m’a semblé judicieux afin de m’assurer de la compréhension de chaque membre du groupe, avec le recul je pense qu’une explication collective du dispositif m'aurait permis de gagner plus de temps - Une deuxième limite dans la mise en place est l’utilisation des téléphones des élèves comme support d’application. En effet, on remarque dans la vidéo que seul 2 ou 3 élèves voient réellement ce qu’il se passe sur le téléphone, ce qui ne permet pas à tout le monde de s’investir dans le rôle de chorégraphe. Il m'apparaît maintenant plus judicieux de mettre en place un ordinateur ou une tablette comme support afin que tous les membres du groupe puissent voir et entrer dans un rôle de chorégraphe.

Perspectives

Afin de répondre aux différentes limites mises en évidence, il m'a semblé intéressant de construire et mettre en oeuvre un nouvel outil numérique tenant compte des problèmes soulevés précédemment. Pour ce faire, je me suis donc inscrit dans une séquence d'acrosport que je met en oeuvre avec des élèves de premières dans ce même établissement. Le champ d'apprentissage ainsi que le contexte d'intervention sont donc similaires et les élèves éprouvent les mêmes besoins de retour d'informations sur leur pratique. Cependant, l'objectif de l'outil n'est plus d'aider les élèves dans l'observation de leur activité mais plutôt de les accompagner dans l'apprentissage de la réalisation d'une figure en sécurité. Ainsi, j'ai construit une grille d'observation regroupant les différents critères d'observation en 3 familles (construction, maintien et déconstruction), permettant aux élèves de se répartir ces derniers facilement. En plus de l'observation filmée grâce à VisualEyes et la grille d'observation, j'ai construit un support d'observation qui associe des contenus d'enseignements adaptés au problème mis en évidence par de l'observation (voir à droite). Ainsi, l'outil n'a pas comme unique rôle de mettre en évidence des problèmes, mais il permet aussi de délivrer des pistes de remédiations à mettre en oeuvre pour les solutionner. Il accompagne donc de manière plus complète les élèves dans leurs apprentissages.

Ep 6 : Conclusion

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Conclusion

Pour conclure, nous avons montré que la conception et la mise en place d’une situation d’apprentissage s’appuyant sur un outil numérique est une solution adaptée au problème de manque de retours d’informations sur leur pratique auquel les élèves de ce contexte étaient confrontés. De cette façon, cet outil a permis aux élèves d’accéder à des retours d’informations sur leur pratique (en se voyant danser au travers de la vidéo prise sur le téléphone) et traiter les informations de façon à faire ressortir des axes de travail (via l’observation critériée). Ainsi, les élèves sont placés en autonomie ce qui permet à l’enseignant d’accompagner au mieux les groupes pendant que ces-derniers construisent des compétences essentielles visées lors de notre séquence. Cependant, l’utilisation de cet outil a fait ressortir certains freins qui viennent nuancer l’impact de notre outil numérique, néanmoins, il est interessant de montrer que ces limites une fois prises en compte et comprises deviennent de véritables ressources permettant d’améliorer notre dispositif notamment en transformant l’outil pour le faire passer d’un détecteur de problème à une ressource permettant de conseiller les élèves sur les conduites à adopter afin de progresser dans l’acquisition des compétences visées.

Conclusion

Enfin, l’ensemble de ce travail de conception et de mise en oeuvre d’un enseignement s’appuyant sur le numérique a contribué à mon développement professionnel en développant des compétences essentielles du Crcn comme 1.3Contribuer à un espace de développement professionnel, enrichir sa pratique en s’appuyant sur des services numériques diversifiés. 1.5 Faire preuve d’ouverture d’esprit et de discernement pour découvrir, tester puis utiliser des approches pédagogiques, des services et des ressources numériques. 5.2 Réfléchir à l’usage du numérique : adaptation du dispositif face aux imprévus et analyse critique de son impact pédagogique pour améliorer les pratiques. Par ailleurs, ce travail s’est révélé particulièrement enrichissant, car il m’a conduit à interroger la place et le rôle que les outils numériques occupent et occuperont dans mon enseignement. Dans un contexte où l’usage du numérique tend à se généraliser et où la tentation d’une forme de consumérisme technologique est de plus en plus présente, il apparaît essentiel de conserver un regard critique et mesuré. Le numérique constitue un support précieux au service des apprentissages, capable d’enrichir les situations d’enseignement et de favoriser l’engagement des élèves, mais il est et doit rester un outil au service de la pédagogie. En aucun cas il ne peut se substituer à la présence, à l’expertise et à la relation éducative apportées par un enseignant.

merci pour votre attention