Image : courtoisie du NPD / L'Encyclopédie canadienne
L'évolution du NPDà travers ses chefs
Image : John Mahler / Toronto Star / Getty Images
Image : Tannis Toohey / CP
2011 : Thomas Mulcair est élu chef
1995 : Alexa McDonough est élue cheffe
1975 : Ed Broadbent est élu chef
2017 : Jagmeet Singh est élu chef
Image : page Facebook du NPD
Image : Getty Images
2026 : Avi Lewis est le chef actuel
2003 : Jack Layton est élu chef
1989 : Audrey McLaughlin est élue cheffe
1961 : Tommy Douglas devient le premier chef du NPD
1933 : création de la Fédération du Commonwealth coopératif (FCC)
1971 : David Lewis est élu chef
Image : L'Encyclopédie canadienne
Image : Martin Chamberland / Archives La Presse
Image : Nathan Denette / La Presse canadienne
Image : La Presse canadienne
Image : CPAC
Image : Sophie Lewis / L'Encyclopédie canadienne
1920
1980
2020
2000
1940
1960
Mouvement d'ouvriers et d'agriculteurs
Socialisme démocratique
Pragmatisme
Socialisme démocratique
Restructuration du parti
Recentrage
Ed Broadbent : vers le pragmatisme
1975-1989
Ed Broadbent est élu député du NPD en 1968 dans une circonscription historiquement conservatrice. Il a remporté l’élection par une très faible majorité, et reste député de cette circonscription pendant plus de 20 ans. Au début de sa carrière politique, Ed Broadbent est reconnu comme faisant partie de l’aile plus à gauche du NPD. En 1974, lorsque David Lewis – alors chef du NPD – n’est pas réélu dans sa circonscription, Ed Broadbent présente sa candidature pour devenir chef. Il prend la tête du parti en juillet 1975, et devient même vice-président de l’Internationale socialiste en 1978. Au début des années 1980, des divisions surviennent dans le parti. Alors qu’Ed Broadbent appuie le rapatriement de la Constitution par Pierre Elliott Trudeau, une grande partie de son caucus, qui provient essentiellement de l’Ouest, est en désaccord. Il demeure néanmoins chef du parti, et fait ses preuves lors des élections fédérales de 1984 en permettant au parti de décrocher 30 sièges. Des sondages réalisés après l’élection révèlent même qu’il bénéficie d’une popularité plus grande que ses adversaires libéral et progressiste-conservateur. Aux élections fédérales de 1988, Ed Broadbent mène le NPD vers un record avec 43 députés. Certaines positions défendues durant la campagne électorale témoignent d’un certain pragmatisme. Par exemple, il ne s’est pas opposé à l’accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis (ALENA) et a appuyé l’Accord du lac Meech, ce qui lui a valu des critiques à l’interne du parti. Malgré tout, Ed Broadbent est un des chefs qui est demeuré le plus longtemps en poste. Son positionnement idéologique a évolué au fil du temps, entre une gauche très assumée dans les années 1970 et un recentrage pragmatique dans la deuxième moitié des années 1980.
Ed Broadbent, aux côtés du premier chef du NPD, Tommy Douglas, vers 1970 (photo : Archives Radio-Canada / repérée sur Policy).
Résumons...
- Ed Broadbent vient de l'aile plus à gauche du NPD.
- Il a dû gérer plusieurs divisions.
- Dans les années 1980, il a mené le parti vers de bons résultats électoraux.
- Ses dernières années comme chef sont marquées par un certain pragmatisme.
La FCC, l'ancêtre du NPD
1932-1960
La Fédération du Commonwealth coopératif (FCC) était une coalition de groupes socialistes et syndicaux qui militaient en faveur d’une réforme de l’économie. Cette démarche s’inscrivait dans le contexte de la crise économique des années 1930, qui a durement touché plusieurs Canadiens. Des agriculteurs de l’Alberta, des intellectuels de gauche basés à Toronto et à Montréal ainsi qu’une poignée de députés fédéraux du Ginger Group s’allient en 1932. En 1933, les membres de la FCC se réunissent à Régina et désignent James Shaver Woodworth comme chef. Le manifeste de Regina expose les principaux objectifs : nationalisation d’industries, mise en place de services sociaux par l’État, programmes d’assurance-maladie, etc. Tranquillement, les diverses branches de la FCC s’imposent en politique canadienne. Une branche provinciale accède au pouvoir en Saskatchewan, en 1944, avec Tommy Douglas. Il demeure premier ministre de la province pendant 17 ans et instaure un régime d’assurance-maladie, inspirant le gouvernement fédéral à établir un programme similaire pour l'ensemble du pays. Tommy Douglas est alors la figure de proue du socialisme démocratique au Canada. Au fédéral, 28 députés sont élus sous la bannière de la FCC en 1945. Après la Deuxième Guerre mondiale toutefois, la FCC décline puisqu’elle se fait associer au communisme dans le contexte de la Guerre froide. En 1956, le parti tente de se recentrer en adoptant des idées plus modérées avec la déclaration de Winnipeg. C'est un échec : le parti ne fait élire que huit députés aux élections fédérales de 1958.
Conseil d'administration, United Farmers of Alberta (UFA), vers 1919 (photo : United Farmers Historical Society / L'Encyclopdie canadienne).
Résumons...
- La FCC est une coalition socialiste pendant la crise économique.
- Tommy Douglas représente avec brio cette alternative socialiste.
- La FCC décline après la Deuxième Guerre mondiale.
David Lewis : le NPD s'impose au parlement
1971-1975
David Lewis a grandi dans l’Empire russe et a été témoin de la révolution russe. Au début des années 1920, lui et sa famille s’installent à Montréal. Social-démocrate convaincu, il a été un acteur clé au sein de la FCC en y travaillant comme secrétaire national dès 1936. Il participe à la rédaction de la Déclaration de Winnipeg, en 1956, qui vise à recentrer le parti. Durant toute sa carrière politique, il s’assure de limiter l’influence communiste au sein des mouvements syndicaux et socialistes canadiens. En participant de près à la création du NPD avec Tommy Douglas, il permet au socialisme démocratique de mobiliser un électorat plus urbain et qui est situé sur l’ensemble du territoire canadien, tout en gardant une présence dans l’Ouest auprès des agriculteurs. David Lewis offre ainsi une opportunité de croissance pour la gauche. Il est élu chef du NPD en 1971. Sous son leadership, le NPD obtient la balance du pouvoir à l’issue des élections fédérales de 1972, qui se soldent par un gouvernement minoritaire dirigé par le libéral Pierre Elliott Trudeau. Le NPD bénéficie d’un rapport de force, obligeant les libéraux à faire des compromis avec les partis d’opposition pour garder la confiance du parlement. Face à cette pression, Trudeau répond à certaines exigences du NPD, notamment en réglementant les dépenses d’élection, en fondant Petro-Canada et en créant l’Agence d’examen de l’investissement étranger.
David Lewis, deuxième chef du NPD (phopto : Sophie Lewis / repérée sur L'Encyclopédie canadienne).
Résumons...
- David Lewis ne veut pas d'influence communiste dans le socialisme canadien.
- Contribue à la création du NPD
- Accroît l'électorat du socialisme démocratique.
- Permet au NPD de s'imposer au parlement fédéral avec une balance du pouvoir.
Thomas Mulcair : l'espoir d'un premier gouvernement néo-démocrate au fédéral
2012-2017
Avant d’arriver au NPD, Thomas Mulcair a été ministre au Québec au sein du gouvernement libéral de Jean Charest. Il devient député fédéral pour la première fois en 2007, dans la circonscription d’Outremont, à Montréal. Thomas Mulcair devient le deuxième député québécois de l’histoire du NPD depuis sa création. Il contribue grandement à la vague orange de 2011 au Québec, Jack Layton l’ayant désigné lieutenant du Québec pour le NPD. Après le décès de Jack Layton, Thomas Mulcair se lance dans la course pour lui succéder. Il est élu chef en 2012. Sous sa gouverne, des divisions surviennent. Certains sympathisants néo-démocrates sont surpris de son ouverture envers le libre-échange, qui est en porte-à-faux avec la position défendue traditionnellement par le parti. Aux élections fédérales de 2015, un vent d’espoir souffle sur le NPD. En Alberta, le premier gouvernement néo-démocrate de l’histoire de la province a été élu, et plusieurs militants espèrent un succès semblable au fédéral. Pour y arriver, Thomas Mulcair souhaite courtiser les électeurs plus modérés qui pourraient être tentés de voter conservateur ou libéral. Il refuse d’adopter une posture trop militante et idéologique, et opte pour une plateforme centriste. Par exemple, il promet qu’il maintiendra l’équilibre budgétaire, laissant présager un moins grand interventionnisme de l’État dans l’économie. Les élections de 2015 se soldent par un échec pour le NPD qui ne parvient pas à former le gouvernement devant la victoire de Justin Trudeau, et qui perd même son titre d’opposition officielle. La déception des militants néo-démocrates envers Thomas Mulcair s’exprime un an plus tard, alors que 52 % des délégués du parti votent pour changer de chef. Il demeure néanmoins en poste jusqu’à ce qu’un nouveau chef prenne le relais en 2017.
Thomas Mulcair lors de sa victoire dans Outremont, en 2007, en compagnie de Jack Layton (photo : Ryan Remiorz / PC).
Résumons...
- Thomas Mulcair a été un grand allié de Jack Layton.
- Sous son leadership, le NPD avait espoir d'enfin prendre le pouvoir au fédéral.
- Il a opté pour un pragmatisme centriste.
- Sa stratégie a été un échec.
Jack Layton : une percée historique
2003-2011
Jack Layton a été conseiller municipal à Toronto dans les années 1980 et 1990. À la suite de la démission d’Alexa McDonough comme chef du NPD, Jack Layton se lance dans la course et lui succède comme chef le 25 janvier 2003. Il se démarque par sa personnalité rassembleuse et incarne l’unité au sein du parti. Autant l’aile plus à gauche du parti que l’establishment l’appuient. La victoire de Jack Layton témoigne d’une volonté des membres d’augmenter la visibilité et l’électorat du parti. Pendant la campagne électorale de 2004, la personnalité de Jack Layton attire l’attention. La popularité du parti augmente. Dans un contexte de gouvernements minoritaires qui se succèdent, le NPD tire son épingle du jeu. En 2005, par exemple, il exige du gouvernement libéral de Paul Martin qu’une loi légalisant le mariage entre personnes homosexuelles soit adoptée. Ou encore, en 2008, après que le gouvernement conservateur minoritaire de Stephen Harper annonce la suspension temporaire des droits de grève des fonctionnaires fédéraux, le NPD participe à une coalition avec les libéraux et les bloquistes pour empêcher les conservateurs d’aller de l’avant. Le NPD bénéficie d’un réel pouvoir et a une grande influence sur les stratégies parlementaires. Le parti n’est pas marginalisé comme c’était le cas sous Audrey McLaughlin et Alexa McDonough. Cette alliance nécessitant des compromis, le NPD se recentre et est plus pragmatique. Aux élections fédérales de 2011, le parti atteint un nouveau sommet en remportant 103 sièges, et forme l’opposition officielle pour la première fois de son histoire. Jack Layton réalise par ailleurs un véritable tour de force au Québec, où la vague orange rafle 59 des 75 sièges de la province. Atteint d’un cancer de la prostate, Jack Layton décède environ 3 mois après ce résultat historique.
Jack Layton lors de la soirée électorale de 2011, moment historique pour le NPD (photo : CBC News).
Résumons...
- Jack Layton unit les factions du NPD.
- Il augmente la visibilité du NPD auprès de l'électorat.
- Le parti participe activement à la joute parlementaire et n'est plus marginalisé.
- le NPD fédéral devient l'opposition officielle pour la première fois.
Avi Lewis : radicalisation du NPD?
Depuis le 29 mars 2026
Avi Lewis devient chef du NPD le 29 mars 2026, avec l’appui de 56 % des militants. Celui qui est documentariste et petit-fils de David Lewis (deuxième chef du NPD) rompt avec l’approche pragmatique de ses prédécesseurs. Durant sa campagne pour devenir chef, il ne cache pas ses positions anticapitalistes et son populisme de gauche. Défendant un plafonnement national des loyers, un système d’épiceries gérées par l’État et une nationalisation d’une partie des services d’Internet et de téléphonie cellulaire, Avi Lewis est vu par certains membres du NPD comme le chef idéal pour redéfinir l’identité du parti. D’autres voient plutôt en lui le signe d’une radicalisation d’un parti qui serait voué à demeurer dans l’opposition. Le NPD semble donc entrer dans une ère plus idéologique. La posture traditionnelle de compromis avec d’autres partis au parlement semble s’estomper sous Avi Lewis. Par ailleurs, des tensions avec certaines branches provinciales du NPD surviennent dès l’instant qu’il est élu. Avi Lewis soutient que le Canada devrait complètement abandonner l’exploitation des énergies fossiles, ce qui lui a valu des critiques frontales de la part des chefs néo-démocrates de l’Alberta et de la Saskatchewan, qui se portent à la défense des travailleurs du secteur des énergies fossiles. Le NPD adopte un socialisme plus campé idéologiquement et qui est dépourvu de pragmatisme, pour le moment.
Le nouveau chef du NPD, Avi Lewis, lors de son discours de victoire (photo : repérée sur CBC/Radio-Canada).
Résumons...
- Avi Lewis est le petit-fils de David Lewis, deuxième chef du NPD.
- Il est anticapitaliste et adopte un populisme de gauche.
- Il est associé à une radicalisation du parti, mais cette question n'est pas si simple à trancher.
- Le NPD est socialiste et délaisse le pragmatisme.
Jagmeet Singh : alliances et compromis
2017-2025
Ancien député du NPD provincial de l’Ontario, Jagmeet Singh est élu chef du NPD fédéral le 1er octobre 2017. Il devient la première personne racisée et de confession sikhe à diriger un parti politique fédéral. À ce moment, il n’est pas encore député à la Chambre des communes. Durant sa campagne au leadership, Jagmeet Singh défend des positions progressistes. Il critique sévèrement le projet de loi 62 du gouvernement du Québec qui oblige les femmes musulmanes à retirer le voile couvrant le visage pour obtenir ou donner des services publics. Jagmeet Singh propose aussi de décriminaliser toutes les drogues. En mai 2018, il s’oppose à l’expansion du pipeline Trans Mountain dans l’Ouest, alors que les néo-démocrates de l’Alberta sont plutôt en faveur. Des divisions surviennent entre le NPD fédéral et ses branches provinciales. Le 25 février 2019, Jagmeet Singh est élu député lors d’une élection partielle en Colombie-Britannique. À l’automne, en pleine campagne électorale, le NPD se démarque en proposant un régime national d’assurance-médicaments. Cependant, le parti ne remporte que 24 sièges à l’issue du scrutin, diminuant de moitié sa députation. Malgré la défaite, le NPD récolte la balance du pouvoir face au gouvernement libéral minoritaire de Justin Trudeau. Après les élections de 2021, le portrait politique est somme toute le même à Ottawa et le NPD obtient encore une fois la balance du pouvoir. En 2022, Jagmeet Singh conclut un accord de soutien avec Justin Trudeau. Le NPD soutient le gouvernement libéral à chaque vote de confiance à condition qu’il mette en œuvre certaines de ses idées phares. Dans le cadre de cette entente, le Régime canadien de soins dentaires constituera le principal legs de Jagmeet Singh, permettant à 9 millions de Canadiens qui n’ont pas d’assurance dentaire privée de profiter de tels soins. Aux élections fédérales de 2025, Jagmeet Singh mise sur les gains obtenus dans le cadre de cette alliance avec les libéraux pour faire valoir la pertinence du NPD. Le pari se résulte en un échec historique pour le NPD qui n’a pas été capable de se distinguer des libéraux. Le parti ne fait élire que 7 députés. Jagmeet Singh est lui-même défait dans sa circonscription et annonce son retrait de la vie politique à la fin de la soirée électorale.
Jagmeet Singh avec l'ex-premier ministre libéral Justin Trudeau (photo : Sean Kilpatrick / La Presse canadienne).
Résumons...
- Jagmeet Singh est la première personne racisée et de confession sikhe à devenir chef d'un parti fédéral.
- Il défend des positions progressistes et environnementalistes.
- Il fait une alliance avec les libéraux pour faire avancer certaines mesures sociales.
- Le Régime canadien de soins dentaires est son principal legs.
Tommy Douglas et son projet socialiste
1961-1971
Après la défaite de la FCC aux élections de 1958, le socialisme démocratique est grandement affaibli. La FCC conclut une alliance avec le Congrès du Travail du Canada (CTC), un regroupement de syndicats de travailleurs. Les deux organisations espèrent que cette union pourra sauver le socialisme démocratique au Canada. En 1961, le Nouveau Parti démocratique (NPD) voit le jour. Tommy Douglas quitte sa fonction de premier ministre de la Saskatchewan pour devenir le premier chef du NPD. Douglas était un candidat de choix : en plus d’avoir mené la FCC au pouvoir dans sa province, son charisme lui permettait de faire cheminer le socialisme démocratique auprès des travailleurs. Tommy Douglas est néanmoins défait dans sa circonscription lors des élections fédérales de 1962. La gronde des médecins saskatchewanais envers le régime d’assurance-maladie qu’il a instauré s’est résulté en une longue grève à travers la province, affectant directement les services de santé à la population. Les médecins dénonçaient un dirigisme d’État au sein de leur profession. Ce ressac n’a pas empêché Tommy Douglas de se faire réélire lors d’une élection partielle par la suite. Des programmes comme l’assurance-maladie et le Régime de pensions du Canada, ou encore le droit des travailleurs de la fonction publique de négocier leurs conditions de travail semblent aujourd’hui aller de soi. Bien qu’il n’ait jamais été capable d’accomplir son projet socialiste et de former un gouvernement au fédéral, Tommy Douglas est aujourd’hui vu comme le père des soins de santé universels et d’autres mesures sociales au Canada.
David Lewis et Tommy Douglas lors de la création du NPD, en 1961 (photo : Horst Ehricht, Blibliothèque et Archives Canada / L'Encyclopédie canadienne).
Résumons...
- Le NPD est créé pour unir les forces sociales-démocrates.
- Certaines mesures de Douglas passent mal à l'époque.
- Aujourd'hui, il est vu comme le Père des soins de santé universels.
Audrey McLaughlin : déclin du NPD
1989-1994
Audrey McLaughlin est élue députée en 1987 à l’issue d’une élection partielle au Yukon, et devient la première néo-démocrate à représenter ce territoire à Ottawa. Le 2 décembre 1989, elle est élue cheffe du NPD, succédant à Ed Broadbent. Elle devient ainsi la première femme à diriger un parti politique fédéral au Canada. Sur le plan économique, Audrey McLaughlin adopte une posture modérée et centriste, sans toutefois rompre avec les positions traditionnellement défendues par le NPD. Augmenter les impôts des personnes riches, l’élargissement de programmes de garde d’enfants et l’interventionnisme étatique dans l’économie demeurent au centre de la plateforme du parti. Lors des élections fédérales de 1993, Audrey McLaughlin essuie une défaite record et le NPD ne remporte que 9 sièges à travers tout le Canada, dont aucun en Ontario. Le parti n’est donc plus reconnu comme une formation politique officielle au parlement. Il faut dire que la création de deux nouveaux tiers partis en politique canadienne – le Parti réformiste et le Bloc québécois – a contribué à cet échec électoral du NPD. Basé dans les provinces de l’Ouest, le Parti réformiste a directement courtisé l’électorat historiquement associé à la FCC et au NPD. Après avoir exercé une réelle influence au parlement sous Ed Broadbent, le NPD n'a plus de rapport de force. Le parti tentera de se renouveler et entamera des réflexions sur l’avenir de la social-démocratie. Audrey McLaughlin quitte son poste de cheffe en 1994.
Audrey McLaughlin alors qu'elle remporte la course à la chefferie du NPD, en 1989 (photo : Archives CTV News).
Résumons...
- Audrey McLaughlin est la première femme à avoir dirigé un parti fédéral.
- Comme cheffe, elle est centriste et modérée.
- Le NPD essuie une défaite historique sous son leadership.
- Le parti essaie ensuite de se renouveler.
Alexa McDonough : un parti en quête d'identité
1995-2003
Alexa McDonough débute son engagement avec les néo-démocrates sur la scène provinciale, comme cheffe du NPD de la Nouvelle-Écosse. Elle se fait élire à Halifax en 1981, permettant au NPD d’obtenir un premier siège à l’Assemblée législative. Durant son mandat, elle est la seule femme députée à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse. Après la démission d’Audrey McLaughlin comme cheffe du NPD fédéral, Alexa McDonough fait le saut pour devenir à son tour cheffe du parti en 1995. Elle est élue à Halifax aux élections fédérales de 1997. Avec 21 députés élus, dont 8 provenant des provinces de l’Atlantique, le NPD redevient un parti officiel à la Chambre des communes. Comme cheffe, elle milite activement pour des services sociaux proactifs et pour l’équité entre les genres. Aux élections de 2000, le NPD voit son nombre de députés reculer à 13. Ce résultat décevant amène Alexa McDonough à lancer des réflexions sur le renouveau du parti et de la social-démocratie, comme l’avait fait Audrey McLaughlin après sa défaite électorale en 1993. Alexa McDonough annonce en juin 2002 qu’elle quitte la direction du parti. De 1993 à 2003, le NPD est donc dans une phase de restructuration et se questionne sur son identité.
Alexa McDonough avec des partisans lors de la campagne électorale fédérale de 2000 (photo : Andrew Vaughan / La Presse canadienne).
Résumons...
- Alexa McDonough est d'abord cheffe du NPD de la Nouvelle-Écosse.
- Sous son leadership, le NPD fédéral redevient un parti officiel.
- Elle milite pour de meilleurs services sociaux et pour l'équité entre les genres.
- Elle relance des discussions sur l'avenir du parti pour redéfinir son identité.
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Transcript
Image : courtoisie du NPD / L'Encyclopédie canadienne
L'évolution du NPDà travers ses chefs
Image : John Mahler / Toronto Star / Getty Images
Image : Tannis Toohey / CP
2011 : Thomas Mulcair est élu chef
1995 : Alexa McDonough est élue cheffe
1975 : Ed Broadbent est élu chef
2017 : Jagmeet Singh est élu chef
Image : page Facebook du NPD
Image : Getty Images
2026 : Avi Lewis est le chef actuel
2003 : Jack Layton est élu chef
1989 : Audrey McLaughlin est élue cheffe
1961 : Tommy Douglas devient le premier chef du NPD
1933 : création de la Fédération du Commonwealth coopératif (FCC)
1971 : David Lewis est élu chef
Image : L'Encyclopédie canadienne
Image : Martin Chamberland / Archives La Presse
Image : Nathan Denette / La Presse canadienne
Image : La Presse canadienne
Image : CPAC
Image : Sophie Lewis / L'Encyclopédie canadienne
1920
1980
2020
2000
1940
1960
Mouvement d'ouvriers et d'agriculteurs
Socialisme démocratique
Pragmatisme
Socialisme démocratique
Restructuration du parti
Recentrage
Ed Broadbent : vers le pragmatisme
1975-1989
Ed Broadbent est élu député du NPD en 1968 dans une circonscription historiquement conservatrice. Il a remporté l’élection par une très faible majorité, et reste député de cette circonscription pendant plus de 20 ans. Au début de sa carrière politique, Ed Broadbent est reconnu comme faisant partie de l’aile plus à gauche du NPD. En 1974, lorsque David Lewis – alors chef du NPD – n’est pas réélu dans sa circonscription, Ed Broadbent présente sa candidature pour devenir chef. Il prend la tête du parti en juillet 1975, et devient même vice-président de l’Internationale socialiste en 1978. Au début des années 1980, des divisions surviennent dans le parti. Alors qu’Ed Broadbent appuie le rapatriement de la Constitution par Pierre Elliott Trudeau, une grande partie de son caucus, qui provient essentiellement de l’Ouest, est en désaccord. Il demeure néanmoins chef du parti, et fait ses preuves lors des élections fédérales de 1984 en permettant au parti de décrocher 30 sièges. Des sondages réalisés après l’élection révèlent même qu’il bénéficie d’une popularité plus grande que ses adversaires libéral et progressiste-conservateur. Aux élections fédérales de 1988, Ed Broadbent mène le NPD vers un record avec 43 députés. Certaines positions défendues durant la campagne électorale témoignent d’un certain pragmatisme. Par exemple, il ne s’est pas opposé à l’accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis (ALENA) et a appuyé l’Accord du lac Meech, ce qui lui a valu des critiques à l’interne du parti. Malgré tout, Ed Broadbent est un des chefs qui est demeuré le plus longtemps en poste. Son positionnement idéologique a évolué au fil du temps, entre une gauche très assumée dans les années 1970 et un recentrage pragmatique dans la deuxième moitié des années 1980.
Ed Broadbent, aux côtés du premier chef du NPD, Tommy Douglas, vers 1970 (photo : Archives Radio-Canada / repérée sur Policy).
Résumons...
La FCC, l'ancêtre du NPD
1932-1960
La Fédération du Commonwealth coopératif (FCC) était une coalition de groupes socialistes et syndicaux qui militaient en faveur d’une réforme de l’économie. Cette démarche s’inscrivait dans le contexte de la crise économique des années 1930, qui a durement touché plusieurs Canadiens. Des agriculteurs de l’Alberta, des intellectuels de gauche basés à Toronto et à Montréal ainsi qu’une poignée de députés fédéraux du Ginger Group s’allient en 1932. En 1933, les membres de la FCC se réunissent à Régina et désignent James Shaver Woodworth comme chef. Le manifeste de Regina expose les principaux objectifs : nationalisation d’industries, mise en place de services sociaux par l’État, programmes d’assurance-maladie, etc. Tranquillement, les diverses branches de la FCC s’imposent en politique canadienne. Une branche provinciale accède au pouvoir en Saskatchewan, en 1944, avec Tommy Douglas. Il demeure premier ministre de la province pendant 17 ans et instaure un régime d’assurance-maladie, inspirant le gouvernement fédéral à établir un programme similaire pour l'ensemble du pays. Tommy Douglas est alors la figure de proue du socialisme démocratique au Canada. Au fédéral, 28 députés sont élus sous la bannière de la FCC en 1945. Après la Deuxième Guerre mondiale toutefois, la FCC décline puisqu’elle se fait associer au communisme dans le contexte de la Guerre froide. En 1956, le parti tente de se recentrer en adoptant des idées plus modérées avec la déclaration de Winnipeg. C'est un échec : le parti ne fait élire que huit députés aux élections fédérales de 1958.
Conseil d'administration, United Farmers of Alberta (UFA), vers 1919 (photo : United Farmers Historical Society / L'Encyclopdie canadienne).
Résumons...
David Lewis : le NPD s'impose au parlement
1971-1975
David Lewis a grandi dans l’Empire russe et a été témoin de la révolution russe. Au début des années 1920, lui et sa famille s’installent à Montréal. Social-démocrate convaincu, il a été un acteur clé au sein de la FCC en y travaillant comme secrétaire national dès 1936. Il participe à la rédaction de la Déclaration de Winnipeg, en 1956, qui vise à recentrer le parti. Durant toute sa carrière politique, il s’assure de limiter l’influence communiste au sein des mouvements syndicaux et socialistes canadiens. En participant de près à la création du NPD avec Tommy Douglas, il permet au socialisme démocratique de mobiliser un électorat plus urbain et qui est situé sur l’ensemble du territoire canadien, tout en gardant une présence dans l’Ouest auprès des agriculteurs. David Lewis offre ainsi une opportunité de croissance pour la gauche. Il est élu chef du NPD en 1971. Sous son leadership, le NPD obtient la balance du pouvoir à l’issue des élections fédérales de 1972, qui se soldent par un gouvernement minoritaire dirigé par le libéral Pierre Elliott Trudeau. Le NPD bénéficie d’un rapport de force, obligeant les libéraux à faire des compromis avec les partis d’opposition pour garder la confiance du parlement. Face à cette pression, Trudeau répond à certaines exigences du NPD, notamment en réglementant les dépenses d’élection, en fondant Petro-Canada et en créant l’Agence d’examen de l’investissement étranger.
David Lewis, deuxième chef du NPD (phopto : Sophie Lewis / repérée sur L'Encyclopédie canadienne).
Résumons...
Thomas Mulcair : l'espoir d'un premier gouvernement néo-démocrate au fédéral
2012-2017
Avant d’arriver au NPD, Thomas Mulcair a été ministre au Québec au sein du gouvernement libéral de Jean Charest. Il devient député fédéral pour la première fois en 2007, dans la circonscription d’Outremont, à Montréal. Thomas Mulcair devient le deuxième député québécois de l’histoire du NPD depuis sa création. Il contribue grandement à la vague orange de 2011 au Québec, Jack Layton l’ayant désigné lieutenant du Québec pour le NPD. Après le décès de Jack Layton, Thomas Mulcair se lance dans la course pour lui succéder. Il est élu chef en 2012. Sous sa gouverne, des divisions surviennent. Certains sympathisants néo-démocrates sont surpris de son ouverture envers le libre-échange, qui est en porte-à-faux avec la position défendue traditionnellement par le parti. Aux élections fédérales de 2015, un vent d’espoir souffle sur le NPD. En Alberta, le premier gouvernement néo-démocrate de l’histoire de la province a été élu, et plusieurs militants espèrent un succès semblable au fédéral. Pour y arriver, Thomas Mulcair souhaite courtiser les électeurs plus modérés qui pourraient être tentés de voter conservateur ou libéral. Il refuse d’adopter une posture trop militante et idéologique, et opte pour une plateforme centriste. Par exemple, il promet qu’il maintiendra l’équilibre budgétaire, laissant présager un moins grand interventionnisme de l’État dans l’économie. Les élections de 2015 se soldent par un échec pour le NPD qui ne parvient pas à former le gouvernement devant la victoire de Justin Trudeau, et qui perd même son titre d’opposition officielle. La déception des militants néo-démocrates envers Thomas Mulcair s’exprime un an plus tard, alors que 52 % des délégués du parti votent pour changer de chef. Il demeure néanmoins en poste jusqu’à ce qu’un nouveau chef prenne le relais en 2017.
Thomas Mulcair lors de sa victoire dans Outremont, en 2007, en compagnie de Jack Layton (photo : Ryan Remiorz / PC).
Résumons...
Jack Layton : une percée historique
2003-2011
Jack Layton a été conseiller municipal à Toronto dans les années 1980 et 1990. À la suite de la démission d’Alexa McDonough comme chef du NPD, Jack Layton se lance dans la course et lui succède comme chef le 25 janvier 2003. Il se démarque par sa personnalité rassembleuse et incarne l’unité au sein du parti. Autant l’aile plus à gauche du parti que l’establishment l’appuient. La victoire de Jack Layton témoigne d’une volonté des membres d’augmenter la visibilité et l’électorat du parti. Pendant la campagne électorale de 2004, la personnalité de Jack Layton attire l’attention. La popularité du parti augmente. Dans un contexte de gouvernements minoritaires qui se succèdent, le NPD tire son épingle du jeu. En 2005, par exemple, il exige du gouvernement libéral de Paul Martin qu’une loi légalisant le mariage entre personnes homosexuelles soit adoptée. Ou encore, en 2008, après que le gouvernement conservateur minoritaire de Stephen Harper annonce la suspension temporaire des droits de grève des fonctionnaires fédéraux, le NPD participe à une coalition avec les libéraux et les bloquistes pour empêcher les conservateurs d’aller de l’avant. Le NPD bénéficie d’un réel pouvoir et a une grande influence sur les stratégies parlementaires. Le parti n’est pas marginalisé comme c’était le cas sous Audrey McLaughlin et Alexa McDonough. Cette alliance nécessitant des compromis, le NPD se recentre et est plus pragmatique. Aux élections fédérales de 2011, le parti atteint un nouveau sommet en remportant 103 sièges, et forme l’opposition officielle pour la première fois de son histoire. Jack Layton réalise par ailleurs un véritable tour de force au Québec, où la vague orange rafle 59 des 75 sièges de la province. Atteint d’un cancer de la prostate, Jack Layton décède environ 3 mois après ce résultat historique.
Jack Layton lors de la soirée électorale de 2011, moment historique pour le NPD (photo : CBC News).
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Avi Lewis : radicalisation du NPD?
Depuis le 29 mars 2026
Avi Lewis devient chef du NPD le 29 mars 2026, avec l’appui de 56 % des militants. Celui qui est documentariste et petit-fils de David Lewis (deuxième chef du NPD) rompt avec l’approche pragmatique de ses prédécesseurs. Durant sa campagne pour devenir chef, il ne cache pas ses positions anticapitalistes et son populisme de gauche. Défendant un plafonnement national des loyers, un système d’épiceries gérées par l’État et une nationalisation d’une partie des services d’Internet et de téléphonie cellulaire, Avi Lewis est vu par certains membres du NPD comme le chef idéal pour redéfinir l’identité du parti. D’autres voient plutôt en lui le signe d’une radicalisation d’un parti qui serait voué à demeurer dans l’opposition. Le NPD semble donc entrer dans une ère plus idéologique. La posture traditionnelle de compromis avec d’autres partis au parlement semble s’estomper sous Avi Lewis. Par ailleurs, des tensions avec certaines branches provinciales du NPD surviennent dès l’instant qu’il est élu. Avi Lewis soutient que le Canada devrait complètement abandonner l’exploitation des énergies fossiles, ce qui lui a valu des critiques frontales de la part des chefs néo-démocrates de l’Alberta et de la Saskatchewan, qui se portent à la défense des travailleurs du secteur des énergies fossiles. Le NPD adopte un socialisme plus campé idéologiquement et qui est dépourvu de pragmatisme, pour le moment.
Le nouveau chef du NPD, Avi Lewis, lors de son discours de victoire (photo : repérée sur CBC/Radio-Canada).
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Jagmeet Singh : alliances et compromis
2017-2025
Ancien député du NPD provincial de l’Ontario, Jagmeet Singh est élu chef du NPD fédéral le 1er octobre 2017. Il devient la première personne racisée et de confession sikhe à diriger un parti politique fédéral. À ce moment, il n’est pas encore député à la Chambre des communes. Durant sa campagne au leadership, Jagmeet Singh défend des positions progressistes. Il critique sévèrement le projet de loi 62 du gouvernement du Québec qui oblige les femmes musulmanes à retirer le voile couvrant le visage pour obtenir ou donner des services publics. Jagmeet Singh propose aussi de décriminaliser toutes les drogues. En mai 2018, il s’oppose à l’expansion du pipeline Trans Mountain dans l’Ouest, alors que les néo-démocrates de l’Alberta sont plutôt en faveur. Des divisions surviennent entre le NPD fédéral et ses branches provinciales. Le 25 février 2019, Jagmeet Singh est élu député lors d’une élection partielle en Colombie-Britannique. À l’automne, en pleine campagne électorale, le NPD se démarque en proposant un régime national d’assurance-médicaments. Cependant, le parti ne remporte que 24 sièges à l’issue du scrutin, diminuant de moitié sa députation. Malgré la défaite, le NPD récolte la balance du pouvoir face au gouvernement libéral minoritaire de Justin Trudeau. Après les élections de 2021, le portrait politique est somme toute le même à Ottawa et le NPD obtient encore une fois la balance du pouvoir. En 2022, Jagmeet Singh conclut un accord de soutien avec Justin Trudeau. Le NPD soutient le gouvernement libéral à chaque vote de confiance à condition qu’il mette en œuvre certaines de ses idées phares. Dans le cadre de cette entente, le Régime canadien de soins dentaires constituera le principal legs de Jagmeet Singh, permettant à 9 millions de Canadiens qui n’ont pas d’assurance dentaire privée de profiter de tels soins. Aux élections fédérales de 2025, Jagmeet Singh mise sur les gains obtenus dans le cadre de cette alliance avec les libéraux pour faire valoir la pertinence du NPD. Le pari se résulte en un échec historique pour le NPD qui n’a pas été capable de se distinguer des libéraux. Le parti ne fait élire que 7 députés. Jagmeet Singh est lui-même défait dans sa circonscription et annonce son retrait de la vie politique à la fin de la soirée électorale.
Jagmeet Singh avec l'ex-premier ministre libéral Justin Trudeau (photo : Sean Kilpatrick / La Presse canadienne).
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Tommy Douglas et son projet socialiste
1961-1971
Après la défaite de la FCC aux élections de 1958, le socialisme démocratique est grandement affaibli. La FCC conclut une alliance avec le Congrès du Travail du Canada (CTC), un regroupement de syndicats de travailleurs. Les deux organisations espèrent que cette union pourra sauver le socialisme démocratique au Canada. En 1961, le Nouveau Parti démocratique (NPD) voit le jour. Tommy Douglas quitte sa fonction de premier ministre de la Saskatchewan pour devenir le premier chef du NPD. Douglas était un candidat de choix : en plus d’avoir mené la FCC au pouvoir dans sa province, son charisme lui permettait de faire cheminer le socialisme démocratique auprès des travailleurs. Tommy Douglas est néanmoins défait dans sa circonscription lors des élections fédérales de 1962. La gronde des médecins saskatchewanais envers le régime d’assurance-maladie qu’il a instauré s’est résulté en une longue grève à travers la province, affectant directement les services de santé à la population. Les médecins dénonçaient un dirigisme d’État au sein de leur profession. Ce ressac n’a pas empêché Tommy Douglas de se faire réélire lors d’une élection partielle par la suite. Des programmes comme l’assurance-maladie et le Régime de pensions du Canada, ou encore le droit des travailleurs de la fonction publique de négocier leurs conditions de travail semblent aujourd’hui aller de soi. Bien qu’il n’ait jamais été capable d’accomplir son projet socialiste et de former un gouvernement au fédéral, Tommy Douglas est aujourd’hui vu comme le père des soins de santé universels et d’autres mesures sociales au Canada.
David Lewis et Tommy Douglas lors de la création du NPD, en 1961 (photo : Horst Ehricht, Blibliothèque et Archives Canada / L'Encyclopédie canadienne).
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Audrey McLaughlin : déclin du NPD
1989-1994
Audrey McLaughlin est élue députée en 1987 à l’issue d’une élection partielle au Yukon, et devient la première néo-démocrate à représenter ce territoire à Ottawa. Le 2 décembre 1989, elle est élue cheffe du NPD, succédant à Ed Broadbent. Elle devient ainsi la première femme à diriger un parti politique fédéral au Canada. Sur le plan économique, Audrey McLaughlin adopte une posture modérée et centriste, sans toutefois rompre avec les positions traditionnellement défendues par le NPD. Augmenter les impôts des personnes riches, l’élargissement de programmes de garde d’enfants et l’interventionnisme étatique dans l’économie demeurent au centre de la plateforme du parti. Lors des élections fédérales de 1993, Audrey McLaughlin essuie une défaite record et le NPD ne remporte que 9 sièges à travers tout le Canada, dont aucun en Ontario. Le parti n’est donc plus reconnu comme une formation politique officielle au parlement. Il faut dire que la création de deux nouveaux tiers partis en politique canadienne – le Parti réformiste et le Bloc québécois – a contribué à cet échec électoral du NPD. Basé dans les provinces de l’Ouest, le Parti réformiste a directement courtisé l’électorat historiquement associé à la FCC et au NPD. Après avoir exercé une réelle influence au parlement sous Ed Broadbent, le NPD n'a plus de rapport de force. Le parti tentera de se renouveler et entamera des réflexions sur l’avenir de la social-démocratie. Audrey McLaughlin quitte son poste de cheffe en 1994.
Audrey McLaughlin alors qu'elle remporte la course à la chefferie du NPD, en 1989 (photo : Archives CTV News).
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Alexa McDonough : un parti en quête d'identité
1995-2003
Alexa McDonough débute son engagement avec les néo-démocrates sur la scène provinciale, comme cheffe du NPD de la Nouvelle-Écosse. Elle se fait élire à Halifax en 1981, permettant au NPD d’obtenir un premier siège à l’Assemblée législative. Durant son mandat, elle est la seule femme députée à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse. Après la démission d’Audrey McLaughlin comme cheffe du NPD fédéral, Alexa McDonough fait le saut pour devenir à son tour cheffe du parti en 1995. Elle est élue à Halifax aux élections fédérales de 1997. Avec 21 députés élus, dont 8 provenant des provinces de l’Atlantique, le NPD redevient un parti officiel à la Chambre des communes. Comme cheffe, elle milite activement pour des services sociaux proactifs et pour l’équité entre les genres. Aux élections de 2000, le NPD voit son nombre de députés reculer à 13. Ce résultat décevant amène Alexa McDonough à lancer des réflexions sur le renouveau du parti et de la social-démocratie, comme l’avait fait Audrey McLaughlin après sa défaite électorale en 1993. Alexa McDonough annonce en juin 2002 qu’elle quitte la direction du parti. De 1993 à 2003, le NPD est donc dans une phase de restructuration et se questionne sur son identité.
Alexa McDonough avec des partisans lors de la campagne électorale fédérale de 2000 (photo : Andrew Vaughan / La Presse canadienne).
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