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Horizon social 2040

HETS Team

Created on April 15, 2026

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Transcript

Vos questions, remarques, suggestions

Horizon social 2040

GT Technologie et numérique (GT2)

Problématiques de terrain discutées par le groupe

Cartographie Travail social

Transformations numériques

OuvertureS !Scénarios

Premières problématiques identifiées

Quatre problématiques ont émergé des premières discussions du groupe. Elles constituent des points d’entrée pour la réflexion.

In progress

Technoférence

Intelligence artificielle : les premières réflexions

Accès aux droits, fracture numérique,dématérialisation

Hyperconnectivité

Accès aux droits, fracture numérique, dématérialisation

la problématique en quelques mots

les transformations numériques sous-jacentes

pratiques professionnelles : dilemmes, enjeux, tensions

quels champs, objets et publics du travail social ?

des signaux faibles ?

Accès aux droits, fracture numérique, dématérialisation

(focus sur certaines dimensions explicitement concernées)

En résumé, du point de vue du terrain :

  • les personnes peu ou pas formées au numérique
  • les personnes allophones
  • les personnes migrantes
  • les personnes âgées
  • les personnes en situation de précarité (sociale, économique, résidentielle; par ex. manque d’équipement ou de connexion)
  • les bénéficiaires de l’aide sociale

Accès aux droits, fracture numérique, dématérialisation

Transformations numériques principalement associées

1Dématérialisation et numérisation des procédures
2Plateformes numériques, réseaux sociaux et services intermédiés
3IA générative, automatisation et assistance
4Big data, datafication, traçabilité et gouvernement par les données
5Médiation algorithmique, personnalisation et orientation des conduites
6Connectivité permanente, économie de l’attention et saturation cognitive
7Hybridation des relations, des présences et des services
8Inégalités numériques, accessibilité et capabilités
9Compétences liées aux numérique, apprentissages, formation et dispositions cognitives
10Éthique, confidentialité, protection des données, responsabilité
11Matérialité du numérique, coûts écologiques et impacts environnementaux
12Représentations, imaginaires et critique socio-politique du numérique

Technoférence

la problématique en quelques mots

pratiques professionnelles : dilemmes, enjeux, tensions

des signaux faibles ?

les transformations numériques sous-jacentes

quels champs, objets et publics du travail social ?

Technoférence

(focus sur certaines dimensions explicitement concernées)

Technoférence

Transformations numériques principalement associées

1Dématérialisation et numérisation des procédures
2Plateformes numériques, réseaux sociaux et services intermédiés
3IA générative, automatisation et assistance
4Big data, datafication, traçabilité et gouvernement par les données
5Médiation algorithmique, personnalisation et orientation des conduites
6Connectivité permanente, économie de l’attention et saturation cognitive
7Hybridation des relations, des présences et des services
8Inégalités numériques, accessibilité et capabilités
9Compétences liées aux numérique, apprentissages, formation et dispositions cognitives
10Éthique, confidentialité, protection des données, responsabilité
11Matérialité du numérique, coûts écologiques et impacts environnementaux
12Représentations, imaginaires et critique socio-politique du numérique

Hyperconnectivité

la problématique en quelques mots

quels champs, objets et publics du travail social ?

pratiques professionnelles : dilemmes, enjeux, tensions

les transformations numériques sous-jacentes

des signaux faibles ?

Hyperconnectivité

(focus sur certaines dimensions explicitement concernée)

Hyperconnectivité

Transformations numériques principalement associées

1Dématérialisation et numérisation des procédures
2Plateformes numériques, réseaux sociaux et services intermédiés
3IA générative, automatisation et assistance
4Big data, datafication, traçabilité et gouvernement par les données
5Médiation algorithmique, personnalisation et orientation des conduites
6Connectivité permanente, économie de l’attention et saturation cognitive
7Hybridation des relations, des présences et des services
8Inégalités numériques, accessibilité et capabilités
9Compétences liées aux numérique, apprentissages, formation et dispositions cognitives
10Éthique, confidentialité, protection des données, responsabilité
11Matérialité du numérique, coûts écologiques et impacts environnementaux
12Représentations, imaginaires et critique socio-politique du numérique

Hyperconnectivité

Pratiques professionnelles : dilemmes, enjeux, tensions

Un point de vue discuté et adopté dans le groupe consiste à refuser une lecture trop psychologisante ou pathologisante du phénomène. L’hyperconnectivité ne peut pas être identifée à une « addiction au numérique » : si le numérique « fait symptôme », il n’est jamais tout le problème. Pour le travail social, l’enjeu est donc d’articuler une lecture située, relationnelle et non moralisatrice des usages, avec une compréhension fine des environnements sociotechniques dans lesquels ils prennent place.

Implications pour le travail social L’hyperconnectivité peut être lue comme une nouvelle scène d’expression de situations, de comportements (qu'ils soient estimés positifs ou négatifs) que les environnements numériques tendent à amplifier, rendre plus visibles, voire transformer. Le numérique devient ainsi un espace de vie à part entière : intervenir “hors ligne” seulement ne suffit peut-être plus.

Mécanismes à l’œuvre et effets observables

  • pression de réponse et continuité relationnelle : répondre vite peut valoir preuve de lien ; le retrait ou le silence peuvent être lus comme du rejet
  • boucles attentionnelles : notifications, scroll infini, recommandations et enchaînement des contenus rendent plus difficile la possibilité de "fermer la boucle"
  • économie de la comparaison et de la visibilité : réputation, image de soi, validation sociale, likes et vues alimentent la pression
  • traçabilité et permanence des échanges : captures d’écran, mémoire des contenus, difficulté à oublier ou à prendre distance
  • effets observables : injonction paradoxale entre connexion et déconnexion, accélération émotionnelle, fatigue, saturation cognitive, anxiété sociale, isolement paradoxal

Trois dilemmes pour terminer

Intelligence artificielle : les premières réflexions

Si on ne peut sans doute pas ou plus parler d’objet émergent, force est de constater que rares sont les métiers et les secteurs qui n’ont pas été bouleversés par cette « irruption », notamment par la démocratisation de l’Intelligence artificielle générative (via le lancement de ChatGPT par OpenAI en 2022) et la généralisation fulgurante de son utilisation. Si la problématique apparaît encore « en chantier » au sein de nombreuses institutions, elle l’est également dans le travail mené par notre groupe.À ce stade de notre réflexion, l’IA ne nous apparaît pas comme un objet stabilisé, mais fonctionne davantage comme un révélateur ou accélérateur de tensions déjà en vigueur dans les champs du travail social, comme un enjeu transversal à de nombreuses thématiques (posture professionnelle, modalités d’intervention et d’accompagnement, responsabilité, secret professionnel, enjeux de gouvernance).

Quelques éléments discutés en séances de groupe

Des usages individuels émergents, encore souterrains et peu formalisés ?

Confidentialité, secret professionnel, responsabilité

Primo-information, orientation,premières lignes

Du côté des bénéficiaires : une “seconde fracture IA” ?

"LA QUESTION"Remplacé, dominé, augmenté, réhumanisé ?

"Cartographie" Travail social

L'impact des différentes Transformations numériques ne s'exerce pas "dans la vide", mais auprès d'un domaine professionnel complexe, multi-facette, que nous avons tenté de "cartographier", afin de pouvoir situer, même impartaitement, les problématiques indentifiées. Cinq dimensions ou questions structurent cette approche :

Champs d'activité Dans quel champ agit-on ?

Objets/enjeux/finalitésSur quoi porte l'action, l'intervention?

Modalités/registresComment agit-on?

Public/situationsAuprès de qui, dans quelles situations?

Lieux/ milieux principauxOù cela se joue-t-il principalement?

Tableau en entier (cliquer)

Pour chacune de ces dimensions, l'impact du numérique peut être envisagé tant du côté : - des effets sur les publics, les bénéficiaires et les situations qu'ils ou elles rencontrent, - que du côté des effets sur les pratiques des professionnel·le·s.

Transformations numériques

1Dématérialisation et numérisation des procédures
2Plateformes numériques, réseaux sociaux et services intermédiés
3IA générative, automatisation et assistance
4Big data, datafication, traçabilité et gouvernement par les données
5Médiation algorithmique, personnalisation et orientation des conduites
6Connectivité permanente, économie de l’attention et saturation cognitive
7Hybridation des relations, des présences et des services
8Inégalités numériques, accessibilité et capabilités
9Compétences liées aux numérique, apprentissages, formation et dispositions cognitives
10Éthique, confidentialité, protection des données, responsabilité
11Matérialité du numérique, coûts écologiques et impacts environnementaux
12Représentations, imaginaires et critique socio-politique du numérique

OuvertureS - Scénarios

Raconter une histoire peu paraître insignifiant face aux problématiques soulevées par le numérique dans nos sociétés contemporaines, en particulier dans le champ du travail social. En effet, qu’est-ce qu’une fiction – n'ayant par définition aucun compte à rendre au réel – pourrait bien nous apporter dans nos réflexions ? Or c’est justement parce que le groupe thématique « Technologie et numérique » conçoit la fiction autrement qu’il lui a paru indispensable, pour l'aider à détecter et penser les signaux faibles du présent, d’une part, de recourir à une analyse précise des problématiques de terrain et, d’autre part, de raconter l’évolution vraisemblable – au sens de : qui a l’allure du vrai – de ces mêmes problématiques. Placés sous l’égide des théories de la fiction et des traditions dites « de science-fiction », nos scénarios, entre utopie et dystopie, entre monde idéal et monde cauchemardé, ont pour objectif de...

1. … se centrer sur l’action humaine: la fiction raconte toujours notre agir et les facteurs qui le conditionnent afin de mettre au jour des corrélations que, la plupart du temps, englué·e·s dans l’opacité du présent, nous ne voyons pas. 2. … proposer des variantes heureuses – naïves, sûrement – et des variantes malheureuses: l’utopie ayant pour fonction de pointer les défaillances du réel et la dystopie, de pointer celles des idéologies actives dans notre présent, esquisser ces scénarios extrêmes permet de porter un regard critique et de proposer de nouvelles interprétations de notre quotidien, afin, non pas d’anticiper demain, mais de faire en sorte que nous réfléchissions au demain que nous souhaitons. 3. … libérer l’imaginaire afin de mettre l’accent non sur la précision scientifique de nos prédictions, mais sur la force herméneutique des métaphores: penser ce que nous sommes en train de devenir via l’image a de tout temps permis de mieux décrire la condition humaine et ses mutations, comme le rappelle si bien Paul Ricœur dans La Métaphore vive (1975).

Vos questions, remarques, suggestions

Et c’est pour ces trois missions, et pour toutes celles que nous n’avons pas encore écrites, que nous avons besoin de vous. Alors, partagez-nous vos questions, ce que vous imaginez pour demain, afin que nos scénarios ne soient pas seulement ceux d’un groupe de travail, mais celui d’une communauté humaine qui s’interroge sur nos choix présents et sur l'avenir qu’ils configurent.

Vos questions, remarques, suggestions...

Vous êtes invités, tout au long de ces deux demi-journées du Forum, à nourrir la réflexion collective, sur la base des quelques éléments qui vous sont proposés dans cette présentation. N'hésitez pas à vous rendre sur le Pad collaboratif pour partager vos questionnements et réactions...

Accès au Pad collaboratif

Confidentialité, secret professionnel, responsabilité
  • Au vu du type d’utilisation qu’elle induit, l’IA ne peut pas être appréhendée comme un simple outil supplémentaire : elle implique des questions de données, personnelles ou institutionnelles, potentiellement sensibles, de secret professionnel, de sécurité
  • Ainsi, que peut-on confier à une IA, même partiellement ? À partir de quand une situation devient-elle trop sensible, trop identifiable, trop risquée ? L’anonymisation, la reformulation ou la mise en fiction suffisent-elles réellement à sécuriser les usages ?
  • Le potentiel appui sur l’IA, entre « assistance sous contrôle » et délégation totale, pose évidemment des enjeux de responsabilité, d’éthique, de vigilance à l’égard des biais et des erreurs

Enjeux de gouvernanceEn continuité de ses premiers éléments se pose une question de gouvernance implicite dans nos institutions : quel compromis élaborer dans la gestion de ces utilisations, entre le pôle institutionnel (poser un cadre) et le pôle individuel (marge de manœuvre de tout un chacun dans ses choix d'usages).L’émergence de l’IA interroge directement les responsabilités institutionnelles : comment garantir aux professionnel·les suffisamment autonomie sans les abandonner pour autant à une « jungle » de possibilités, d’incitations, de risques, de compromis non discutés (outils, licences, coûts, enjeux éthiques, politiques, écologiques, etc.) ?

Quelques signaux faibles envisagés, soumis à la discussion :

  • Découragement générationnel face aux transformations numériques : sentiment diffus de ne plus suivre, de ne plus comprendre les usages, ou de devoir s’adapter à des codes relationnels qui échappent en partie aux adultes, aux parents ou aux professionnel·les.
  • Acceptation tacite des technologies comme horizon inévitable : “de toute façon, on n’aura pas le choix”, ce qui peut conduire à une forme de résignation plus qu’à une véritable appropriation critique.
  • Normalisation de l’accessibilité permanente : être toujours joignable, réactif et disponible tend à devenir une norme implicite, y compris dans des sphères où le retrait ou la coupure devraient rester possibles.
  • Glissement d’une culture de la présence vers une culture de la connexion : dans des relations de plus en plus hybrides, la continuité du contact numérique peut se substituer à la qualité de présence, au risque de normaliser une disponibilité fragmentée.
  • Déplacement de certains conflits ou fragilités vers les environnements numériques : tensions familiales, anxiétés, enjeux d’appartenance, harcèlement ou comparaisons sociales trouvent dans les plateformes une nouvelle scène d’expression, plus continue et plus difficile à interrompre.

En investissant ces espaces, le travail social pourrait :

  • proposer des repères pour comprendre et réguler ces technologies
  • en faire un usage pertinent lorsqu’elles sont utiles dans l’intervention, tout en refusant le « progrès pour le progrès » lorsqu’il se fait au détriment du lien ou des conditions de l’accompagnement
  • soutenir les personnes sur le plan humain et relationnel, afin qu’elles puissent dégager la disponibilité mentale nécessaire pour penser leur rapport au numérique, poser des limites et faire face aux pressions sociales qui l’accompagnent
Primo-information, orientation, premières lignes
  • Des projets d’utilisation de l’IA à des fins de primo-information et d’orientation (« chatbots conversationnels ») peuvent potentiellement redéfinir le statut des premières lignes d’accueil
  • Du côté des avantages attendus, on peut notamment mettre en évidence : disponibilité 24/24, capacités de traduction, facilité d’accès, mise à jour des informations, non-jugement (en lien par exemple avec la problématique des non-recours) …
  • Mais cette promesse appelle immédiatement plusieurs questions :

- Quelle place de l’accueil humain, quelle position dans le « circuit » ? - Comment s'effectue le tri des demandes ? - Selon quels critères s’opère l’orientation (aucune orientation n’est neutre : hiérarchisation, simplification, omission, etc.) ? - Que vaut une réponse apparemment claire si ses filtres, ses biais ou ses limites restent opaques ?

Derrière l’efficacité recherchée et promise, c’est donc la définition même de l’accès, de l’accueil et de l’orientation qui se trouve interrogée.

Signaux faibles

Quelques signaux faibles envisagés, soumis à la discussion :

  • Un décalage entre expérience de terrain et mise en mots du phénomène : le terme « technoférence » reste peu connu, alors même que les professionnel·les reconnaissent des situations très concrètes dès qu’on leur en donne une définition.
  • La banalisation progressive d’une attention fragmentée dans les interactions ordinaires : la présence physique ne garantit plus nécessairement une disponibilité relationnelle pleine.
  • L’émergence de micro-ruptures relationnelles répétées : interruptions, réponses différées, attention fragmentée, double présence, qui ne relèvent pas d’un événement spectaculaire mais d’une accumulation discrète dans le quotidien.
  • Le téléphone comme outil ambivalent : à la fois ressource de lien, de communication, d’information, d’organisation ou d’apaisement, et possible facteur de coupure relationnelle.
  • Un usage croissant du téléphone comme stratégie d’évitement ou de retrait face à des situations sociales, relationnelles ou émotionnelles inconfortables.
  • Un risque de lecture moralisatrice ou idéologique du phénomène, pouvant favoriser des réactions polarisées.

Hypothèse de travail : la technoférence constitue peut-être elle-même, à ce stade, une forme de signal faible en mouvement — non parce que le phénomène serait marginal, mais parce qu’il est encore en phase de nomination, de problématisation et de prise de conscience progressive.

Pratiques professionnelles : dilemmes, enjeux, tensions

Dans le champ du travail social, la technoférence mérite d’être prise au sérieux, car elle permet de nommer une réalité souvent observée, mais encore peu stabilisée comme objet de réflexion.

A. Implications pour l’intervention : quelques pistesUn premier enjeu consiste à identifier des leviers d’action en matière de prévention et d’accompagnement, sans réduire le phénomène à une faute individuelle ou à une opposition entre “bons” et “mauvais” usages du numérique. Cela suppose (par exemple pour la technoférence parentale) de penser une prévention non stigmatisante, attentive aux rythmes, aux conditions de présence, à la charge mentale et aux contextes de vie.B. Les professionnel·les sont aussi concernésLes professionnel·les du social, de la santé et de l’éducation ne sont pas seulement observateurs de ces

situations : leurs propres pratiques sont aussi traversées par les écrans, les messages, les sollicitations et parfois l’hyperconnexion. La technoférence invite ainsi à interroger plus largement les conditions de présence et d’attention dans les métiers de la relationC. Un mot sur la technoférence parentaleLa technoférence parentale mérite d'être pensée comme une problématique relationnelle, contextuelle et socialement située. Le défi consiste à prendre au sérieux ce qui se joue dans la relation parent-enfant, sans moraliser les usages, et en replaçant toujours les situations dans leurs conditions de vie réelles.

Pratiques prof : dilemmes, enjeux, tensions

3. Posture, rôle, place du travail social La dématérialisation ravive plusieurs tensions classiques : (1) faire avec ou faire pour (soutenir l’autonomie ou répondre à l’urgence), (2) préserver le temps relationnel ou absorber des tâches techno-administratives. Elle pose aussi la question des moyens, du temps reconnu pour cet accompagnement, et du risque de déplacement du cœur du métier. 4. « La cyberadministration n’est pas neutre » Les dispositifs numériques ne sont pas de simples supports techniques, mais des « infrastructures qui deviennent des acteurs à part entière de la relation administrative » (Bickel et Vatron Steiner). Le travail social doit donc à la fois composer avec cette évolution et interroger sa propre participation à ce mouvement. Le paradoxe est fort : des outils pensés pour faciliter l’accès peuvent aussi produire de nouvelles vulnérabilités, inégalités ou exclusions.

1. Déplacement ou renforcement des inégalités ? La dématérialisation peut simplifier certaines démarches, mais elle risque aussi de déplacer ou de renforcer les inégalités. Au-delà des compétences numériques, elle met en jeu la confiance, la capacité à demander de l’aide, à comprendre les démarches et à persévérer. Elle peut favoriser le non-recours, les abandons de démarches, les retards, voire les pertes de droits. 2. Les compétences professionnelles aussi sont mises au défi La question ne concerne pas seulement les bénéficiaires : les professionnel·les doivent aussi développer de nouvelles compétences. Cela touche à la fois la maîtrise des outils numériques, la capacité à accompagner des apprentissages de base, et l’adoption d’une posture hybride, à la croisée de l’accompagnement social et de la formation.

Horizon social 2040

Groupe de travail "Technologie et numérique"

Le contenu présenté dans ces pages est le fruit d'une réflexion en cours, menée par le groupe "Technologie et numérique" du projet Horizon social 2040, mené à la HETS Genève et en collaboration avec le réseau local genevois et suisse romand. Cette présentation interactive servira de support aux présentations et discussions qui interviendront dans le premier Forum du projet, les 21 et 22 avril 2026. Merci de ne pas diffuser ce lien hors des groupes de travail concernés.

David Perrenoud, co-président du GT 2david.perrenoud@hesge.ch

Transformations numériques sous-jacentes

La transformation numérique (TN) la plus directement en jeu est la dématérialisation et numérisation des procédures (TN 1) : démarches en ligne, formulaires, portails, automatisation partielle de certains processus, raréfaction des guichets physiques. Cette problématique est aussi liée à la montée en puissance des plateformes numériques, réseaux sociaux et services intermédiés (TN 2), qui organisent de plus en plus l’accès à l’information, aux ressources et à certaines prestations. Elle renvoie fortement aux inégalités numériques, à l’accessibilité et aux capabilités (TN 8), ainsi qu’aux compétences liées au numérique et aux apprentissages (TN 9):

l’accès effectif suppose de savoir se repérer, comprendre, vérifier, suivre une démarche et parfois la contester.Elle s’inscrit aussi dans l’hybridation des relations, des présences et des services (TN 7), puisque les accueils, guichets et permanences se recomposent entre présence et distance. Enfin, elle soulève des enjeux de big data, datafication, traçabilité et gouvernement par les données (TN 4), ainsi que d’éthique, confidentialité, protection des données et responsabilité (TN 10), puisque l’accès passe de plus en plus par des comptes, preuves, historiques et documents personnels numérisés.

Les transformations numlériques principalement associées

Du côté des bénéficiaires : une “seconde fracture IA” ?
  • Dans la continuité de la problématique « Accès aux droits, fracture numérique, dématérialisation », le groupe de travail s’est interrogé sur la possibilité d’une fracture plus fine, axée sur la disparité des ressources face à l’usage de l’IA
  • Quelles sont les ressources adéquates – cognitives, linguistiques, critiques, sociales, identitaires – pour se positionner en utilisateur éclairé de l’IA ?
  • Dans le cas de démarches administratives par exemple, on peut mettre en évidence la capacité à formuler, vérifier, croiser, contester et interpréter ce qu’un système produit (dialoguer avec l’outil, repérer les incohérences, demander des sources)
  • Au fond, l’IA permet-elle d'affranchir les bénéficiaires de certaines barrières administratives, de faciliter l’accès, ou introduit-elle une nouvelle forme de subordination au numérique ? Voilà qui réactive et revisite la tension déjà évoquée entre « faire avec » et « faire pour »…

Des signaux faibles ?

Quelques signaux faibles envisagés, soumis à la discussion :

  • Disparition progressive des alternatives non numériques : retrait de distributeurs, démarches par application ou SMS, informations qui supposent implicitement un smartphone.
  • Fracture d’orientation et d’information : au-delà des compétences, encore faut-il savoir qu’une aide existe, comprendre qu’on y a droit et identifier les bons relais.
  • Fragilité des dispositifs-relais : permanences, ateliers et accompagnements deviennent essentiels, mais restent parfois peu visibles ou insuffisamment reconnus.
  • Complexification silencieuse des environnements numériques : mises à jour récurrentes, interfaces changeantes, nécessité d’une adaptation quasi permanente.
  • Apparition d’une “seconde fracture IA” : l’IA peut ajouter une couche supplémentaire dans l’accès à l’information et aux démarches.
  • Augmentation possible du non-recours aux droits : démarches abandonnées, retards, pertes de droits.
  • Dépendance accrue à l’entourage ou aux professionnel·les pour accéder aux services et suivre les démarches.
  • Renforcement des difficultés : stress, peur de se tromper, découragements, erreurs fréquentes

Transformations numériques sous-jacentes

Les transformations numériques (TN) les plus directement en jeu sont la connectivité permanente, l’économie de l’attention et la saturation cognitive (TN 6), ainsi que la montée en puissance des plateformes numériques et des réseaux sociaux (TN 2). Notifications, flux continus, pression à la réponse, saturation de l’information : la technoférence est indissociable d’environnements numériques qui captent l’attention et exercent une emprise croissante sur les temporalités, les comportements et les formes de relation.

Cette problématique gagne aussi à être replacée dans une lecture critique des discours, récits et représentations du numérique (TN 12) : l’idée qu’il serait “normal” d’être joignable, connecté ou stimulé en permanence ne relève pas seulement d’usages individuels, mais de normes et d’injonctions (certes euphémisées) plus larges. En arrière-plan, l’hybridation des relations et des présences (TN 7) constitue également un cadre important, de même que la médiation algorithmique (TN 5), puisque les contenus et sollicitations qui captent l’attention ne sont pas neutres et ne doivent rien au hasard.

Les transformations numlériques principalement associées

Remplacé ou réhumanisé ?

La dernière thématique permet d'encahaîner sur LA QUESTION de l’impact général et durable de l’IA sur les professions du travail social. Entre une « IA de corvée » qui permet aux professionnel·les de se recentrer sur l’essentiel (l’humain, le relationnel), et des outils, des « bots » qui s’insèrent insidieusement au cœur des processus du métier, comment se positionner, faire la part des choses… On nommera ainsi pour terminer, et pour ouvrir à la réflexion, quelques figures-types issues des travaux du sociologue Yann Ferguson, analyste éclairé de l’impact de l’IA sur les formes contemporaines de travail :

  • « L’employé remplacé »
  • « L’employé dominé »
  • « L’employé augmenté »
  • « L’employé réhumanisé »

Entre récit – magnifié, euphémisé, dramatisé – et réalités de terrain, comment envisager l’articulation de ces différentes figures ?

La problématique en quelques mots

Elle constitue plutôt un symptôme ou un analyseur de phénomènes plus larges : besoin d’appartenance, peur de l’exclusion, pression sociale, difficulté à se déconnecter, peur de manquer quelque chose (FOMO). Même si elle prend chez les jeunes des formes particulièrement visibles, elle traverse en réalité tous les âges et tous les milieux. On la distinguera de la technoférence, tout en reconnaissant leur lien : là où la technoférence désigne une micro-rupture relationnelle située, l’hyperconnectivité renvoie à un cadre plus large de d'accessibilité permanente, de socialité continue.Sans oublier que l'accès facilité au numérique est également porteur de ressources et d'avantages.

L’hyperconnectivité renvoie à un régime de connexion permanente : flux continus de messages, notifications, contenus et sollicitations, dans lequel l’absence — ne pas répondre, ne pas réagir, se déconnecter — peut être perçue et/ou devenir socialement coûteuse.Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème de « trop d’écrans », mais d’un environnement attentionnel et relationnel qui reconfigure les manières de gérer son temps, son intimité, sa disponibilité et sa présence à autrui. Dans cette perspective, l’hyperconnectivité ne doit pas être réduite à un trouble individuel ou à une simple « addiction au numérique ».

Les transformations numériques sous-jacentes

Les transformations numériques (TN) les plus directement en jeu sont la connectivité permanente, l’économie de l’attention et la saturation cognitive (TN 6), ainsi que la montée en puissance des plateformes numériques et des réseaux sociaux (TN 2). L’hyperconnectivité s’inscrit dans des environnements marqués par les notifications, la pression de réponse, les flux continus et la difficulté à se déconnecter. Elle ne peut donc pas être réduite à des dipositions individuelles. Cette problématique doit ainsi être replacée dans une lecture critique des discours, récits et représentations du numérique (TN 12) : sous les habitudes individuelles se déploie un ordre sociotechnique qui normalise l’accessibilité permanente et capte l’attention. La médiation algorithmique et l’orientation des conduites (TN 5) sont ici directement en cause, puisque les contenus, recommandations et logiques de recapture ne doivent rien au hasard.

Les transformations numlériques principalement associées

Des usages individuels émergents, encore « souterrains » et peu formalisés ?
  • Les usages envisagés ou évoqués portent surtout sur des fonctions orientées « support » : rédaction, synthèse, reformulation, traduction, préparation de mails ou de rapports.
  • Rien ne semble révéler encore des usages individuels massifs et assumés concernant le « cœur de métier »
  • On peut également faire l’hypothèse, à discuter, que de nombreux d’usages demeurent diffus, informels, peu déclarés (des usages qui se diffusent « à bas bruit » – Dubasque, 2025)
  • La question n’est donc pas seulement : qui utilise l’IA ? -> Elle devient : dans quelles conditions, avec quels outils, quelles compétences, avec quel niveau de discussion collective et de maîtrise des risques et apports ?

Quels champ, objets et publics du TS ?

La technoférence est un phénomène diffus et transversal, susceptible d’apparaître dans de nombreuses situations d’interaction sociale. À ce titre, elle peut potentiellement concerner l’ensemble du champ du travail social, dès lors que les écrans et les smartphones sont désormais présents dans la plupart des espaces de vie, de communication et d’accompagnement. En miroir de la cartographie TS, certaines dimensions apparaissent toutefois plus directement concernées, en particulier là où les enjeux de lien social, de qualité de présence et de relation à autrui sont centraux : enfance, jeunesse, familles et parentalité, mais aussi prévention, santé mentale et accompagnement psychosocial, école et transitions éducatives. Technoférence parentaleDans la focale retenue ici, la technoférence parentale constitue une entrée particulièrement pertinente. Elle invite toutefois à éviter toute lecture stigmatisante : le phénomène semble traverser des réalités familiales, sociales et culturelles variées, et doit être abordé de façon située, en tenant compte des conditions de vie concrètes et des ressources disponibles.

Quelques repères en miroir de la « Cartographie Travail social »

Quels impacts de ces transformations numériques ?

Comment les publics vivent, intègrent, s'approprient, subissent ou contournent les cadres et contraintes induites par les technologies ? Comment les situations sociales, familiales, relationnelles, etc., sont-elles touchées, modifiées, par la présence de ces technologies ? Comment ces transfomations numériques impactent-elles les modes d’intervention, la posture professionnelle, la relation d’aide, la gestion institutionnelle ?

La problématique en quelques mots

La dématérialisation croissante des services, des démarches et de l’information administrative transforme en profondeur les conditions d’accès aux droits. Dans ce contexte, la fracture numérique ne peut pas être réduite à un simple manque de compétences ou d’équipement. Elle renvoie aussi à des écarts de littératie, de familiarité avec les démarches, de confiance, de capacité à se repérer, à comprendre ce qui est demandé, à expliciter ses besoins et à faire valoir ses droits. Des dispositifs institutionnels contraignantsIl importe de dépasser une lecture centrée uniquement sur les individus. La fracture numérique est aussi produite par des dispositifs institutionnels qui rendent l’accès aux services plus complexe, plus opaque et plus dépendant d’intermédiaires. Lorsque les alternatives non numériques disparaissent, que les procédures se déplacent vers des portails, des formulaires en ligne ou des systèmes d’authentification multiples, l’accès lui-même change de nature.

Il ne suffit plus d’avoir un droit : encore faut-il pouvoir entrer dans le système, suivre la démarche, conserver des preuves, répondre aux demandes et comprendre ce qui se joue. Le numérique ne remplace donc pas simplement le guichet. Il redessine les parcours d’accès aux prestations, aux ressources et aux informations essentielles, avec un risque d’exclusion partielle ou totale pour certains publics. Cette problématique met ainsi en lumière un enjeu central pour le travail social : rendre l’aide visible, accessible et compréhensible, et penser les relais nécessaires, notamment en termes de formation, lorsque les dispositifs numériques deviennent eux-mêmes des obstacles.

Dans la vie de tous les jours...

Quels champ, objets et publics du TS ?

Cette problématique traverse de nombreux champs du travail social, car l’accès aux droits, aux prestations et à l’information passe aujourd’hui de plus en plus par des outils numériques. Elle concerne particulièrement les situations où la précarité, l’âge, la langue, le manque d’équipement ou la faible familiarité avec les démarches administratives rendent l’accès plus difficile.Elle touche directement des enjeux centraux du travail social : accès aux droits, autonomie, inclusion, lutte contre les discriminations et pouvoir d’agir. Elle questionne aussi la capacité des institutions et des professionnel·les à rendre l’aide visible, compréhensible et effectivement accessible. Cela implique souvent d’accompagner les démarches, mais aussi de mobiliser des relais, des permanences, des formations et des dispositifs de soutien adaptés. Le risque, en arrière-plan, est que la dématérialisation renforce encore la précarité de publics déjà fragilisés, en transformant des difficultés sociales existantes en obstacles supplémentaires à l’exercice effectif des droits.

Quelques repères en miroir de la « Cartographie Travail social »

La problématique en quelques mots

La technoférence désigne un phénomène de perturbation des interactions sociales lié à l’usage des technologies numériques : le téléphone ou l’écran s’interpose dans la relation, fragmente l’attention et altère la qualité de présence à autrui. Il ne s’agit donc pas simplement d’un “usage des écrans”, mais d’une interférence relationnelle, faite de micro-ruptures dans les échanges du quotidien. Dans un contexte marqué par la connectivité permanente, les notifications et la présence continue des smartphones, cette problématique mérite d’être prise au sérieux par le travail social. À ce stade, nous proposons de faire de la technoférence parentale une déclinaison particulièrement importante de cette problématique générale : elle désigne les interférences liées aux usages numériques dans les interactions entre parents et enfants, lorsque l’attention du parent est captée par le téléphone au moment même où l’enfant sollicite une présence, une réponse ou une attention de qualité.

Quels champs, objets et publics du travail social ?

À l’instar de la technoférence, l’hyperconnectivité relève d’un phénomène diffus et transversal, susceptible d’apparaître dans de nombreuses situations de vie et d’interaction. En miroir de la cartographie TS, le champ enfance, jeunesse, familles et parentalité apparaît toutefois incontournable, car c’est là que l’hyperconnectivité se manifeste de façon particulièrement visible dans les processus de socialisation, les relations familiales et les usages quotidiens des jeunes. Mais la problématique traverse aussi la santé mentale et l’accompagnement psychosocial, l’école, la formation, l’insertion et les transitions. Du côté des objets et enjeux, l’hyperconnectivité renvoie aux questions de lien social, de socialisation, de participation, de rapport au temps et de qualité de présence. Elle touche aussi à des enjeux de santé psychique, de bien-être, de sommeil, de fatigue, de disponibilité cognitive et de régulation émotionnelle. Même si les jeunes occupent une place importante dans cette problématique, il serait réducteur d’en faire un simple « problème de jeunes » : l’hyperconnectivité traverse tous les âges et tous les milieux, sous des formes différentes.

Quelques repères en miroir de la « Cartographie Travail social »