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Histoire de Khady Demba

Emma Petit

Created on March 23, 2026

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Histoire de Khady Demba

Histoire de Khady Demba

Appréciation de l'oeuvre

Comparaison à une œuvre : Bansky, Le Radeau de la Méduse Banksy est un artiste de street art britannique dont l’identité aurait récemment été révélée. Il est apparu dans les années 1990 et ses œuvres abordent souvent des sujets politiques et sociaux. Dans son interprétation de Le Radeau de la Méduse, il s’inspire du célèbre tableau de Théodore Géricault qui représente des naufragés abandonnés en mer. Banksy reprend cette scène en la modernisant car il représente notamment la crise migratoire actuelle, en montrant des personnes en détresse en mer, qui essaient d’attirer l’attention d’un bateau de croisière. On peut rapprocher cette œuvre du roman Trois femmes puissantes de Marie NDiaye. Dans les deux cas, il est question de migration et de survie dans des conditions extrêmes. Comme les personnages représentés par Banksy, Khady Demba est confrontée à l’abandon. Les deux œuvres montrent aussi des émotions vivent, puisque Khady ressent des émotions telles que la peur, la tristesse ou l’excitation, tandis que les personnages de Banksy ont l’air désespérés et affolés. Enfin, les deux œuvres prennent le parti des migrants. Alors que l’œuvre de Marie Ndiaye pointe du doigt les passeurs ou les autorités, celle de Bansky accuse les plus riches d’ignorer le problème. Cette comparaison permet de mieux comprendre le roman, car l’image du radeau symbolise la détresse des migrants. Elle aide à visualiser la souffrance que traverse Khady Demba et les autres personnages rencontrés au cours de l’histoire. Egalement, cela permet de se rendre compte que le problème de la migration est d’une grande ampleur, et que beaucoup de personnes essaient de se rendre en Europe par tous les moyens possibles, comme en escaladant un mur dans le cas de Khady, ou en traversant la mer en bateau pour les personnages de Bansky.

Autrice et contexte Marie NDiaye est une écrivaine française née en 1967. Elle est née d’un père sénégalais et d’une femme française, ce qui explique le fait que Trois femmes puissantes se déroule en partie au Sénégal. Elle connue pour ses romans et ses pièces de théâtre qui explorent souvent les thèmes de la marginalisation et des inégalités. Elle a reçu le prix Goncourt en 2009 pour Trois femmes puissantes, le roman dans lequel apparaît le personnage de Khady Demba. L’autrice a également obtenu le prix Femina pour Rosie Carpe en 2001. Le roman Trois femmes puissantes est composé de trois récits qui mettent en scène des femmes confrontées à des situations difficiles, entre l’Afrique et l’Europe. L’histoire de Khady Demba raconte le parcours d’une femme sénégalaise contrainte de quitter son pays pour rejoindre l’Europe, et qui fait face à de nombreuses épreuves pendant son voyage migratoire. Cette œuvre a été publiée en 2009, elle s’ancre donc dans une période de crise vis-à-vis de la migration. En effet, la migration s’est beacoup accentuée en Europe depuis plusieurs décennies, et la question des frontières est souvent abordée, puisque les frontières sont ouvertes au sein de l’Union Européenne. En plus de cela, plusieurs drames se sont produits en mer Méditerranée au cours des dernières années. Par exemple, Frontex, une agence qui est chargée de s’occuper de l’immigration en Europe et qui est vivement critiquée pour sa manière de procéder, a été créée en 2005. En somme, cette œuvre s’inscrit dans un climat tendu.

Khady Demba Khady est une jeune femme sénégalaise, mariée à un homme bienveillant mais qu’elle n’aime pas et qui ne parvient pas à concevoir un enfant. Or, au début du récit, son mari décède dans son sommeil, et la famille de ce dernier décide d’expulser Khady de leur domicile. Elle est alors envoyée jusqu’en France pour retrouver une cousine nommée Fanta, qui est par ailleur la protagoniste du second récit, pour envoyer de l’argent à la famille de son défunt mari lorsqu’elle y sera. Dotée d’un caractère calme et d’une détermination à toute épreuve, elle cache pourtant une part de malice, montrée au cours du récit par des phrase comme « Si elle acceptait les humiliations elle n’avait pourtant peur de personne » ou « Payer, pourquoi je dois te payer », alors qu’elle se moque du passeur. Khady étant la protagoniste, elle détient un rôle central au sein du récit. Son point de vue en tant que femme forcée d’effectuer un voyage migratoire structure l’œuvre et son intrigue. Ainsi, le lecteur perçoit le monde au travers des yeux de Khady : ses rencontres, les lieux qu’elle visite et les épreuves douloureuses qu’elle traverse. Pourtant, elle n’incarne pas une héroïne classique. En effet, au lieu d’être maître de son destin, elle endure plutôt toutes les horreurs du voyage migratoire vers l’Europe, sans pouvoir se défendre. Elle permet donc de retranscrire l’impression d’impuissance face à la découverte d’un nouveau monde et d’une traversée forcée de l’Afrique. Khady incarne l’enjeu de la résistance face à la déshumanisation. En effet, tout au long du récit, la jeune Sénégalaise est obligée de faire face à des situations qui la mettent à l’épreuve. Au cours de l’histoire, le nom « Khady Demba » est souvent répété, la plupart du temps par la protagoniste elle-même. Cela montre qu’elle se bat pour garder son identité, qui est une part de son humanité, malgré tous les mauvais traitements qu’elle subit. Cela est montré grâce à la phrase « Je suis moi, Khady Demba, alors que, les muscles des cuisses endoloris, la vulve gonflée et douloureuse et la vagin brûlant, irrité, elle se relèverait maintes fois par jour de l’espèce de matelas […] puant qui serait pour de si long mois son lieu de travail. » A la fin du livre, alors que la jeune femme est allongée et agonisante sur le sol, sa dernière pensée est aussi « C’est moi, Khady Demba », ce qui donne l’impression que même la mort n’est pas arrivée à décourager la Sénégalaise.

Un nouveau monde s'est offert à mes yeux Khady n’a jamais été considérée comme une adulte, ni comme une personne indépendante. Alors, quand elle se retrouve livrée à elle-même dans un milieu qui lui est hostile, son impression du monde extérieur est négative. Khady Demba fait d’abord une découverte géographique en quittant son pays pour tenter de rejoindre l’Europe. Le nouveau monde qu’elle découvre est celui de la migration. Elle traverse des espaces inconnus, marqués par la pauvreté. De plus, en tant que migrante, elle est considérée comme un problème, une marchandise ou une femme sans valeur. En découle alors des expériences les plus horribles les unes que les autres. Khady est entassée dans une voiture avec d’autres personnes, puis dans un bateau. Elle est blessée au mollet et est incapable de trouver quelqu’un pour la soigner. Puis, elle est obligée de vendre son corps. Tout porte à croire que rien de bon n’attend la protagoniste dans ce monde. Ce voyage représente donc une rupture brutale avec son quotidien de femme mariée et la plonge dans un lieu où elle n’a plus de repères. En même temps, ce voyage est une découverte de soi pour la jeune femme. Face aux épreuves qu’elle recontre, elle développe une forme de résistance intérieure. Elle répète souvent son nom pour affirmer son identité face à un environnement hostile. Par exemple, elle prononce la phrase « C’est moi, Khady Demba » lors de ses derniers moments. Même lorsqu’elle est exploitée ou méprisée, elle garde une certaine dignité et refuse de disparaitre ou de se rabaisser. Ceci est montré par son refus d’abandonner, même lorsque qu’elle s’aperçoit que Lamine s’est enfuit durant la nuit avec tous son argent vers la seconde moitié du livre. Ainsi, à travers la souffrance et l’isolement, Khady apprend à se connaitre et révèle une force intérieure qui créé une véritable transformation. La phrase qui représente le mieux cette ouverture au monde est « Non, plus rien ne la surprenait, plus rien ne l’effrayait ». Elle arrive vers la fin du récit, alors que la protagoniste doit faire face à son épuisement et sa faim. Le mot « effroi » est souvent utilisé pour raconter cette histoire, ce qui donne un côté symbolique à cette citation. En effet, l’ouverture au monde a changé Khady, elle qui n’avait jamais pu être indépendante. Toutes les difficultés traversées ont endurci et rendu la jeune Sénégalaise courageuse.

La migration Au début du récit, la famille du mari décédé de Khady lui ordonne de se rendre en France, la forcant à effectuer une traversée de l’Afrique et du Sahara. Alors, de nombreuses péripéties se mettent en travers de son chemin, ce qui reflète les conditions difficiles dans lesquelles les personnes migrant vers l’Europe doivent vivre. Le premier évènement marquant est la rencontre avec le passeur que la belle-mère de Khady a engagé. L’autrice prend le temps de décrire l’apparence de l’homme afin de montrer son air suspect et malhonnête. Elle utilise notamment le contraste entre l’accoutrement de Khady : « femme au pagne défraichi, aux cheveux sans ornement, coupés courts, aux pieds blancs de poussière » et celui de l’homme : « sa chemisette bien ajustée, ses lunettes, ses chaussures de sport, un soin évident de son aspect » pour alerter le lecteur. Cela reflète la vérité, puisque la très grande majorité des passeurs se servent des personnes souhaitant émigrer vers l’Europe pour gagner leur vie. Ainsi, ils sont connus pour mettre en danger la vie de leurs clients sans remords pour tirer le plus de bénéfice possible. Le lecteur peut s’en apercevoir lorsque Khady est transpotée dans une voiture bondée. La phrase « L’homme la saisit par le bras, la dressa sur ses pieds et la poussa à l’arrière de la voiture » permet d’insister sur le coté brusque et impersonnel de l’échange. Le second passage du livre marquant est le voyage de Khady et Lamine vers une ville du désert, en camion. Cette scène se passe après que Lamine a réussi à récupérer un passeport au nom de Bintou Thiam. Le duo décide alors de passer par le désert pour se rapprocher de l’Europe. Dès leur arrivée dans le camion, la jeune femme remarque q’il « s’entassait tellement de monde qu’il parut impossible de trouver le moindre espace où se loger ». Encore une fois, on peut voir que les personnes s’occupant de transporter les personnes migrantes n’ont aucune considération pour eux. Lamine le dit lui-même : « Si tu tombes, le chauffeur ne s’arrête pas et tu meurs dans le désert ». Puisque Khady est déjà habituée à ce type de traitement, cela ne semble pas vraiment la surprendre. Cependant, l’acceuil qui est réservé à elle et son ami la bouleverse beaucoup plus. En effet, à la frontière, des militaires demandent de l’argent pour passer. Quand un migrant n’en donne pas assez, les hommes « assenaient de tels coups de matraque que certains tombaient à terre ». Par la suite, ces mêmes personnes tranchent le dessous des pieds de Lamine. Ce passage montre donc aux lecteurs que les criminels et les passeurs ne sont pas le seul danger lors d’un voyage migratoire, puisque les différentes autorités peuvent être toutes aussi cruelles.