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cours corruption + ex V2

Académie de Police

Created on March 14, 2026

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Transcript

La corruption : comprendre l'infraction et ses manifestations

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Définition générale

La corruption consiste à proposer, offrir, solliciter ou accepter un avantage indu (argent, cadeau, service, promesse…) en échange : - d’un acte lié à sa fonction, - d’une abstention dans l’exercice de ses missions ⚠️ Ce n’est pas le montant qui fait l’infraction : même un cadeau de faible valeur peut constituer un acte corruptif.

Définition juridique

Corruption passive : Article 432-11 du Code pénal« Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou investie d'un mandat électif public, de solliciter ou d'agréer, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques pour elle-même ou pour autrui :1° Soit pour accomplir ou avoir accompli un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat ;2° Soit pour s'abstenir ou s'être abstenue d'accomplir un tel acte. » Corruption active : Article 433-1 du Code pénal« Le fait de proposer sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques à une personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou investie d'un mandat électif public, pour qu'elle accomplisse ou s'abstienne d'accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat. »

Un premier exemple tiré de cas réel...

Des consultations de fichiers peu scrupuleuses...

Cet agent rencontre des difficultés financières et parvient difficilement à faire face à ses dépenses. Il se dit que monnayer des informations obtenues dans le cadre de ses fonctions de policier serait un bon moyen de boucler ses fins de mois.

Il décide alors de proposer sur les réseaux sociaux des consultations de fichiers de police, en échange de sommes d'argent. Le policier a ainsi diffusé via Snapchat et Telegram des informations très utiles à des criminels et trafiquants, contre rémunération.

Grâce notamment à la traçabilité des recherches sur les fichiers, l'agent à l'origine de ces divulgations illicites a été identifié et interpellé.

Les deux infractions : corruption active et corruption passive

Corruption active :L’auteur propose ou donne un avantage indu à un agent public.Exemple : un contrevenant qui glisse un billet à un agent pour éviter une amende. Corruption passive : L’agent public demande ou accepte un avantage en lien avec ses fonctions.Exemple : un agent qui accepte un repas ou un cadeau pour donner une information sur une enquête en coursImportant : les deux infractions sont indépendantes.Un agent peut être condamné pour corruption passive même si la corruption active n’a pas abouti (ou inversement).

Au sein de la Police/MI, cela concerne : Les fonctionnaires actifs - policiers (tous grades) :– accélération d’une procédure, intervention injustifiée, communication d’informations confidentielles… Les fonctionnaires administratifs : – délivrance, priorisation ou blocage de documents administratifs, gestion financière... Les personnels techniques, scientifiques, les contractuels– accès aux systèmes d’information, marchés publics, maintenance... Tout agent détenteur d’une mission de service public est concerné, même s’il n’a pas de pouvoir de décision direct.

Qui peut être concerné ?

Un 2ème exemple tiré de cas réel...

Sentiments et fichiers manipulés...

Un agent entretient une relation sentimentale avec une personne impliquée dans la délinquance. Pour son compagnon, l'agent effectue des manipulations sur le fichier FOVes. Ce fichier recense les objets et véhicules volés, volés puis retrouvés, ou signalés dans un cadre judiciaire. L'agent est accusée d’avoir supprimé du FOVeS des véhicules volés retrouvés, sans en informer leurs propriétaires légitimes. Ces véhicules n’ont donc pas été restitués à leurs propriétaires.

Sentiments et fichiers manipulés... (suite)

Une fois « effacés » du fichier, ces véhicules ont été proposés — moyennant commission — à un réseau de trafiquants chargé de « maquiller » les véhicules (faux papiers, réimmatriculation…) pour ensuite les revendre illégalement. La suppression frauduleuse d’un véhicule retrouvé mais non restitué constitue une falsification grave : le véhicule n’apparaît plus comme volé, ce qui empêche toute traçabilité ou alerte, facilitant sa revente illicite. L'agent a reconnu avoir agi « par amour », affirmant s’être laissée influencer par ses sentiments. Cette affaire illustre que la corruption peut parfois reposer non seulement sur des motivations financières ou opportunistes, mais aussi sur des dynamiques affectives — le lien sentimental ou intime.

Personne chargée d’une mission de service public : personne qui, sans avoir reçu un pouvoir de décision ou de commandement découlant de l'autorité publique, est chargée d'accomplir des actes ou d'exercer une fonctiondont la finalité est de satisfaire à un intérêt général. Elle n'est investie d'aucun pouvoir d'autorité à la différence dela personne dépositaire de l'autorité publique.Exemples : agent administratif, technique...

Les éléments constitutifs de l’infraction

1. L'AUTEUR CORROMPU : agent public = personne dépositaire de l'autorité publique (PDAP), personne chargée d'une mission de service public PDAP : personne qui détient un pouvoir de décision et de contrainte sur les individus et sur les choses, fondé sur la parcelle d'autorité publique qui lui a été confiée en raison de ses fonctions, qu'elles soient de nature administrative, juridictionnelle ou militaire.Exemples : les magistrats, les militaires, les préfets, les fonctionnaires ou agents publics dits d'autorité (police gendarmerie), les officiers publics et ministériels, etc.

Les titulaires d'un mandat électif (maires, parlementaires...) sont également inclus dans les agents publics visés par le code pénal

3. L'ELEMENT MORAL : -volonté et la conscience, chez le corrompu, de manquer à son devoir de probité en monnayant son office,-volonté et la conscience du but poursuivi (accomplissement ou non de l'acte permis ou facilité par la fonction, soit la récompense).Les mobiles sont indifférents.

Les éléments constitutifs de l’infraction

2. L'ELEMENT MATERIEL : La participation au pacte de corruption-Etre en présence d'une sollicitation ou un agrément-En vue d'obtenir une offre, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques-En échange de l'accomplissement et/ou le non-accomplissement d'un acte, l'acte relevant ou étant facilité par la fonction.

Le bénéficiaire de cet acte peut également être une personne tierce

Un dernier exemple tiré de cas réel...

Une tolérance malvenue...

Ce policier est affecté dans une unité de police administrative, chargé d'assurer le contrôle des débits de boisson (bars, cafés, restaurants). Au fil du temps, il noue des relations amicales avec les gérants de ces établissements, dont certains lui proposent quelques arrangements.

En échange de consommations, repas offerts, voire de sommes d'argent, l'agent ferme les yeux sur les évènements qui ne respectent pas la réglementation : fermetures tardives, nuisances, tapage, rixes aux abords de l'établissement... En ne relevant pas les infractions à l'ordre ou à la tranquillité publiques, le policier évite à ces débits de boissons d'être sanctionnés par une mesure de fermeture administrative.

Les sanctions encourues

Personne physique : 10 ans d’emprisonnement et 1.000.000 € d’amende qui peut être portée au double du produit de l’infraction Personne morale : 5.000.000 € d’amende qui peut être portée au double du produit de l’infraction.

Des sanctions disciplinaires très lourdes sont également prononcées à l'encontre des agents reconnus coupables de corruption, avec la révocation dans la majorité des cas

Comment se protéger ? Les bons réflexes à adopter face à la corruption

Comment réagir face à une tentative de corruption ? 1. Refus immédiat et expliciteRefuser immédiatement toute offre douteuse : un refus ferme, clair, poli stoppe la tentative. « Je ne peux pas accepter. Cela contrevient à mes obligations professionnelles. » 2. Ne jamais négocierNe pas entrer dans le débat : toute justification ouvre la porte à l’insistance. Toute négociation est le début de la compromission.

Ne jamais accepter ce qui pourrait prêter à confusion (cadeau, geste commercial, remise, avantage).

5. Respecter les procédures prévues-Suivre les notes, instructions, doctrines, qui organisent le signalement, la transmission d'informations des situations problématiques -Appliquer les procédures internes au service ou les protocoles qui prévoient ce type de situation

Les bons réflexes...

3. Tracer les actions, prendre note des faitsEcrire, tracer = se protéger et protéger l’institution. A formaliser sur tout support : PV si au cours d'une enquête, rapport, ou si urgence mail dans un premier temps. Exposer la situation : - Identité de l’auteur (si possible)- Contexte, date, propos tenus- Avantage proposé... 4. Avertir sans délai la hiérarchie Ceci est une obligation déontologique, mais aussi une protection, car il ne faut jamais gérer seul une situation ambiguë, cela permet de briser l'emprise et de se protéger juridiquement. Signaler aux services spécialisés compétents : référent déontologue, IGPN...

Conclusion

Vous avez à présent bien identifié les principes juridiques et les enjeux liés à la corruption, passons à un quiz pour vérifier ces acquis.