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Ecriture intime TISLE 2026

HARDY Cédrik

Created on February 5, 2026

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Transcript

Cirel Proféor Université de Lille

Ecriture de l'intime et travail social.
Cédrik Hardy - Doctotant en sciences de l'éducation et de la formation

Invitation à l'écriture en trois moments :

  • Temps 1 : trois petits temps d'écriture
  • Temps 2 : un choix de lecture
  • Temps 3 : une lecture partagée
Objectif de la discussion : explorer quelques dilemmes relatifs à l'écriture partagée.

Décryptage de l'expérience d'écriture :

- Raconter/narrer : renvoi à l'activité de mise en récit. Se mettre en position de narrateur consiste à se mettre en recherche de significations=> "il y a, en effet, depuis cette époque une sorte d’évidence selon laquelle faire le récit de la vie consiste à rapporter les étapes d’une genèse, le mouvement d’une formation en acte, autrement dit, à raconter comment un être est devenu ce qu’il est." (Delory-Momberger, C.)- Scripturaliser : C'est le processus de "conversion du sensible au lisible" (Laplantine, F.). C'est la traduction du vécu en langage écrit par l'intermédiaire du "conçu". => "Les pratiques ordinaires d’écriture constituent ainsi de véritables actes de rupture vis-à-vis du sens pratique ; elles entretiennent un rapport négatif à la mémoire pratique de l’habitus et rendent possible une maitrise symbolique de certaines activités, de même que leur rationalisation." (Lahire, B.)- Configuer : le récit permet la mise en oeuvre d'une configuration du vécu en expérience. La configuration est un processus identificateur. Il est "subjectivation".=> "La narration agit comme organisateur qui structure la représentation que le narrateur donne à son histoire en la racontant. C'est l'activité narrative qui construit une vie en histoire et c'est seulement à travers un récit, sous cette forme de discours, qu'elle apparait. Par la narration, par l'acte de faire récit de sa vie, l'homme se contruit une identité personnelle, l'identité narrative de Ricoeur" (Orofiamma R. 2019)"- Adresser : l'adresse désigne le lien entre le processus d'écriture et le destinataire. Il y a une vectorisation de l'écriture qui est souvent adressée, ne serait ce qu'à soi même. Cette vectorisation détermine le processus d'écriture. L'écriture est toujours un "affichage", une transmission et une trace : donc un signe élaboré pour un autre qui n'est pas un "présents" mais qui "est là".

Enjeux pour le travail social :

- La loi 2002-2 : il est significatif que la dernière grande loi structurante du champ du travail social soit une loi sur l'écriture. Parmis ses "7 outils" 5 sont de nouveaux écrits. - La loi met en oeuvre l'idée selon laquelle l’écriture est constitutive de l’agir relationnel qu’est le travail social. En ce sens elle sert l’ensemble des dimensions de la relation professionnelle en travail social. Elle est inscrite au cœur de cette forme professionnalisée de relation et touche ses enjeux les plus profonds : la dignité, la vie privée, l’intimité, le respect de l’altérité en l’autre, etc. Elle actialise le travail social d’écriture.=> « l’écriture devient un véritable outil d’accompagnement. Ni en dehors, ni à côté de l’intervention socio-éducative, elle constitue une modalité particulière d’accompagnement » (E.Ejzenberg, 2015) - Pourtant « Tout se passe comme si la loi de 2002-2 avait réveillé cette grande difficulté des travailleurs sociaux à écrire » (Ott, 2010, p.128). La fin des années 90 et le début des années 2000 ont vues beaucoup de travaux menés sur ce qui a parfois été vécu comme l’avènement soudain de l’écriture en travail social. On s’est étonné : « Les travailleurs sociaux n’écrivent pas » (...), « les travailleurs sociaux sont fâchés avec l’écriture » (...), comme si les travailleurs sociaux n’avaient pas toujours écrits, comme s’ils découvraient les enjeux de l’écriture après les figures de Korczak, de Deligny, Delbrêle et de bien d’autres. - La loi de 2002 augmenterait les devoirs pour les professionnels, instaurant l’écriture sous le régime de la menace : « il conviendrait de faire attention à ce qu’on écrit, non pas pour la valeur et la portée de l’écrit lui-même, mais pour les possibilités de contestation et de réclamation que cet écrit pourrait valoir ultérieurement à son auteur. (...) On n’est pas loin, philosophiquement parlant, d’une avancé vers cet idéal de transparence, dont nous savons depuis Foucault qu’il peut être conçu comme une violence » (Ott, 2010, p.132), violence liée aux perspectives de contrôle qui accompagnent cet idéal de transparence.

Effets du changement de paradigme :

Deux stratégies développées dans les services sociaux dans le sillage de la mise en oeuvre de la loi : ==> Ecrire le moins possible, écrire de la manière la plus neutre possible, écrire en s’appuyant sur les concepts les plus vagues ou techniques possibles… de telle sorte que les contenus manifestent de l’écriture n’en trahissent pas les contenus latents. ==> « développer de véritables circuits d’écriture professionnelle sous contrôle, alambiqués, nécessitant pour une lettre au juge, la signature (selon les cas) du chef de service, voire du psychologue ; et ce, y compris bien entendu pour des courriers signés par un individus » (Ott 2010, p133). Cette double logique amène donc à une technicisation à la fois des contenus et des procédures de l’écriture. Si le volume d’écriture augmente c’est parce que les types d’écriture sont plus nombreuses mais leur nature devient aussi de plus en plus contrainte par les normes quant à la nature des informations qu’y s’y trouvent. Trois types de problèmes d’écriture : ==> "Des problèmes techniques telles que la difficulté à trouver les mots justes et à les agencer, liés aux règles de composition de la langue écrite et de code linguistique", ==> Des problèmes liés à l’adresse aux personnes dont parlent les écritures "certains rédacteurs n’ont ils pas tendance à sélectionner et à présenter les informations en fonction de la manière dont ils pensent que les destinataires de leurs rapport va les recevoir" ==> Des problèmes liés à la signature et à "des circuits qu’ils doivent emprunter dans le respect de la hiérarchie, du peu d’attention qui leur est parfois accordé ou au manque de retours" (Duboc 2005, p37). Dans tous les cas, le professionnel oscille entre la dépossession de sa légitimité professionnel et l’auto-limitation de ses pratiques d’écriture et donc, d'accompagnement.

Enjeux pour le travail social :

- Penser son énonciation/sa scripturalisation/son adresse dans ce contexte c'est chercher à définir une position de parole "depuis" la relation. C'est la recherche d'une place d'auteur. "Car lorsque l’empêchement à écrire devient majeur et que ni la loi, ni la raison, ni le devoir professionnel n’y remédient, il est alors grand temps de penser pour comprendre. C’est ainsi que, m’appuyant sur cette expérience, j’ai travaillé sur la difficulté d’écrire qui submerge les travailleurs sociaux. J’ai alors compris qu’il nous est adressé plusieurs demandes simultanées : celles très probables d’être auteur, scribe et passeur à la fois. Alors quelles traces laisser et par quel cheminement la démarche d’écriture doit-elle se construire et s’élaborer ? Que devons-nous transmettre pour que nos textes officient comme actes d’écriture et actes éducatifs fondateurs ?" (Bensadon, P. 2009) - Le travail de Riffault : "écritre sur soi c'est toujours écrire sur l'autre..." "L'écriture engage professionnellement un auteur qui, par l'écrit, s'efforce de soutenir une pensée concernant les difficultés, les souffrances, les possibilités ou les empèchements, les désirs et les projets, en bref tout ce qui constitue la vérité supposée d'un autre... Dés lors, elle confronte à des questions difficiles touchant l'identité, le rapport à autrui, à soi même, à l'écriture et à la vérité, qui renvoient au sens que chacun donne à ses engagements : que nous est il réellemen tpossible de connaitre lorsqu'il s'agit de la vie d'autrui ? Qui sommes nous pour en dire et en écrire quelque chose à sa place ? Qu'est ce qui en autorise le contenu et la forme ? etc..." (Riffault, J. 2013) Pour Jacques Derrida, tout texte est autobiographqiue. Que fait-on de cette part de soi dans l'écriture à la croisée des enjeux institutionnels, de la place de l'autre, de la place de soi, de la nature et des valeurs du travail social ? Enjeux Biographiques de l'écriture en travail social : - autobiographiques => ce que je dis de moin dans ce que j'écris (Lejeune)- hétérobiographiques => ce que l'autre dis de moi dans l'histoire où il se raconte (Delory-Momberger)- transbiographique => ce que je fais de l'histoire de l'autre lorsqu'elle se dit dans mes mots (Dizierbo)

Quelques hypothèses à tester :

==> Les rapports de pouvoir en institution sont structurés par la place de l'écriture : "dis moi ce qu'il t'es permis d'écrire ou de ne pas écrire, je te dirai le pouvoir dont tu disposes". Ainsi, la place accordée à l'écriture participe à la définition de la "reconnaissance" accordée au travailleur social, c'est à dire, à ce que certains qualifient aujourd'hui de "prolétarisation" du travailleur social. ==> Les pratiques d'écriture en tant qu'elles sont des acts professionnels traduisent la nature du travail social : "Dis moi comment tu écris et je te dirai quel travail social tu pratiques". Ainsi, l'appropriation ou la réappropriation de son écriture constitue un enjeu dans l'appropriation ou la réappropriation de son identité professionnelle. ==> Le traitement des enjeux de l'écriture traduisent la considération des personnes sujette de l'accompagnement social : " Dis moi comment tu résouds tes dilemmes d'écriture et je te dirai comment tu vois la personne en face de toi". Ainsi, réduire les personnes à leurs informations objectives les renvoie nécessairement à des réalités culpabilisantes ou victimaires. On peut supposer qu'en fonction des réponses que pourraient recevoir ces affirmations qulque chose serait dit de l anature de l'émancipation que vise le travail social.

De la discretion :

Ce qui est caractéristique de l'écriture en travail social c'est que la définition de la position de parole se fait dans le cadre de "la discretion" (Merlier P. 2024) "De la discretion, Etre ou de ne pas être socialement visible).- désaparition : ne pas se rendre visible ou se rendre non visible. La question du secret. - discernement : on juge, on analyse (Sesn issu des méthématiques). - prudence : c'est une réserve, une retenue prudente dans les paroles et dans les actes. On ne s'impose pas, on ne gêne pas, c'est le tact, la délicatesse. - séparation du reste : voir une place "à part". - forme de l'exercice d'un certain pouvoir : agir en toute indépendance et responsabilité.En ce sens, la discretion est à la fois un enjeu postural et ethique, une vertu intellectuelle, une vertu politique de l'agir en travail social dans le contexte de sa réalisation (Chauvière, M.) - INCERTITUDE : les concepts qui énoncent la plupart des fins que l’on peut affecter au travail social sont des concepts essentiellement discutés et discutables (les questions d'égalité, de justice etc.). Ils sont à la fois ceux qui finalisent l'action et en même temps leur définition fait l'objet de discussions qui ne sont jamais close. (Soulet, M.H) - CONTRADICTION : le travaille social en tant qu’activité professionnelle ayant trait à la relation humaine se trouve toujours en situation de travailler vers des fins qui sont contradictoires. Il y a consensus sur la nécessité du travail social, autant ses fins sont à la fois indéfinissable, antithétiques et coexistantes. C’est en ce sens que l’on a affaire à des activités « d’auto-conception professionnelles en situation d’incertitude ». (Soulet, M.H) - COMPLEXITE : Les métiers à autrui impliquent toujours des tâches complexes qui ne peuvent être totalement couvertes par des directives, des règlementations ou des procédures, (Lipski) - SINGULARITE : les travailleurs sociaux doivent toujours répondre aux dimensions humaines des situations qui requièrent observation, jugement et évaluation individuelle, (Lipski) - EQUITE : les interactions professionnelles en travail social sont toujours fondées sur l’établissement d’une relation dans laquelle il doit être trouvé un équilibre entre la flexibilité, la compassion et l’impartialité de l’application des règlementations. (Turbett).

De l'intime :

La position de parole du travailleur social, est à chercher dans "l'intime" d'où ces dilemmes et les délibarations qui les dénouent "affleurent". Ce que le travailleur social montre dans son écriture, c'est l'affleurement des délibérations intimes. L'initme "passe" dans ces effleurements. L'intime c'est l'espace de la recontre : l'intime se défini comme le plus intérieur de soi, d'une intériorité telle que l'Autre y apparait nécessairement. Intimus : superlatif de l'intériorité. ==> "L'intime est le plus essentiel en même temps que le plus retiré et le plus secret, se dérobant aux autres et il est ce qui associe le plus profondément à l'autre et porte au partage avec lui. (...) Parceque l'intime est l'intensif ou la radicalisation d'un intérieur, retire celui-ci en lui même et le dérobe aux autres, l'intime, du même coup, dit aussi bien son contraire : l'union à l'autre, union "intime", dehors devenant dedans, le plus dedans, et fait jour à l'existance d'un partage.(...) L'intime dit donc les deux et les tiens associés : le retrait et le partage" (Jullien F. 2013). "Il n’est pas ce qui est exhibé, surligné, vociféré. Il n’est pas ce qui est insistant. Il n’est pas publicité. Dans l'intime, il n’y a plus de côtés. Il n’est pas un objet que nous pourrions étudier de manière impassible car c’est une expérience qui nous touche, nous trouble et peut parfois nous indisposer. Il n’est pas un bien que nous pouvons posséder, une expérience que nous pourrions diriger. L’intime est sans projet, sans défense, sans défiance, sans réticence, sans soupçon, sans calcul, sans intrigue, sans stratégie. De l’intime nous ne pouvons ni déterminer une origine (quand cela a-t-il commencé?) ni cerner un but (vers où allons-nous?). Il est sans fin, sans fond, sans fondement, sans causalité, sans finalité. L'intime n’a aucun message à délivrer, aucune information à communiquer… Il ne sert vraiment à rien » (Laplantine F. 2018). En revanche, l'intime est politique puiqu'il est l'espace d'un pouvoir discretionnaire partagé où peuvent se réinventer les normes que l'on se donne indépendement des transactions sociales. Il est l'espace propice pour désactiver les régulations, les contrôles, les contraintes du normal et du pathologique. Il est le lieu de l'exercice d'un certain travail social. (Foessel M. 2008).

Identité et auteurisation :

L'énigme posée était le suivante : comment faire pour écrire sur les personnes que l'on accompagne dans le travail social ? C'est à rechercher la définition d'une position de parole (d'un lieu d'énonciation) que nous nous sommes attachés afin de définir les conditions d'une écriture qui "plutôt que de prétendre décrire les difficultés d'autrui et leurs causes, s'attache à construire en première personne le récit possible d'une rencontre avec l'autre. S'inscrivant dans la temporalité, elle propose, selon l'expression de Paul Ricoeur, une mise en intrigue, intégrant dans une histoire des événements multiples et dispersés, les rendant ainsi intelligibles et leur donnant sens. Récit d'une relation en première personne, récit de soi et de son travail, dans lequel quelque chose de l'autre vient à se montrer, elle ne l'exhibe pas comme un objet, mais s'expose à lui en lui proposant une vision possible d'une d'une histoire commune." (Riffault J. 2013). Cette position de parole c'est une position d'auteur qui tente, à partir de l'intime de la rencontre et de la relation, de se déployer, comme l'exercice d'un pouvoir négocié et partagé entre le travailleur social et la personnes, retranché du regard des institutions et s'attache ainsi à mettre en oeuvre les délibarations propre à tous processus d'émancipation. "Nous devons toujours nous représenter l'action d'écrire en tant que personnellement et intersubjectivement impliquée (...). C'est en cela que l'acte d'écrire est d'abord expression de soi, témoignage auprès de quelqu'un d'autre, information intentionnelle avant même de pouvoir se vouloir énoncé, constat, jugement, décision, apprétention plus objective. (...) L'interaction humaine dont il est question ici est nécessairement problématique et stratégique dans la mesure où elle est à charger d'affects, de désirs, de craintes, d'émotions, de sentiments, en même temps que d'enjeux et d'intérêt souvent contradictoire (...) C'est un véritable travail (en respectant l'éthymologie qui en fait un instrument de torture) à la faveur duquel je me travaille à travers l'objet que je me suis donné. (...) C'est aussi en cela un véritable processus d'autorisation grâce auquel, de façon malgré tout distincte, je deviens auteur de moi autant que de ce que je produis. Je relie, je rature, je corrige, je transforme à des fins d'optimisation, d'amélioration de perfectionnement, logique, esthétique, le tracé issu d'une telle démarche, la production d'un texte" (J. Ardoino).