Revue documentaire
Dans quelle mesure la féminisation croissante des professions judiciaires se heurte-t-elle à un plafond de verre limitant l'accès des femmes aux postes à haute responsabilité ?
INTRODUCTION
Dans ce podcast, Antoine Garapon reçoit Gwenola Joly-Coz, magistrate, Première présidente de la Cour d’Appel de Poitiers et Catherine Fillon, professeure d’histoire du droit et des institutions à l’Université de Lyon III. Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les professions judiciaires, dans tous les corps de métiers. Mais, selon une étude menée en 2016, par le Conseil Supérieur de la Magistrature, “les positions de chefs de juridiction notent une forte masculinisation atypique”, on constate alors un paradoxe. Cela s’explique par différents facteurs qui sont les suivants : - Les discriminations indirectes qui renvoient aux obstacles, car les carrières sont pensées par des hommes pour des hommes - Puis les discriminations insidieuses, les femmes sont dans l’obligation de composer avec une culture masculine, par exemple dans le domaine des affaires familiales, il y a une nécessité de lutter contre le sexisme persistant.
PLAN
I. Une féminisation croissante des acteurs du monde judiciaire face à un plafond de verre : un constat paradoxal
II. Des solutions primordiales à apporter : entre contrainte légale et changement de culture
A. Un secteur massivement féminisé B. Une ascension limitée par un “plafond de verre”
A. Une réponse législative nécessaire B. Une réponse culturelle et institutionnelle impérative
I. Une féminisation croissante des acteurs du monde judiciaire face à un plafond de verre : un constat paradoxal
A. Un secteur massivement féminisé B. Une ascension limitée par un “plafond de verre”
Document n°1
Document n°2
Document n°3
Document n°4
II. Des solutions primordiales à apporter : entre contrainte légale et changement de culture
A. Une réponse législative nécessaire B. Une réponse culturelle et institutionnelle impérative
Document n°5
Document n°6
Document n°8
Document n°7
CONCLUSION
Pour conclure, le constat est paradoxal, bien que les professions judiciaires soient majoritairement exercées par des femmes, notamment dans la magistrature, elles restent dominées par une culture masculine au sommet de la hiérarchie. Ce plafond de verre n’est pas dû à un manque d'ambition de la part des femmes mais plutôt à un “effet ciseau”, comme évoqué précédemment, provoqué par des règles de carrière inadaptées, la mobilité géographique, les stéréotypes de genre persistants et une ségrégation des fonctions. Ainsi des solutions doivent impérativement être envisagées comme l’imposition de quotas de parité, une meilleure adaptation de la qualité de vie au travail afin de rendre les postes hauts placés plus compatibles avec l’équilibre familial. Mais aussi en mettant en avant les figures féminines pionnières, en favorisant les modèles d’identification et en déconstruisant l’idée que le pouvoir judiciaire est naturellement masculin. En définitive, la féminisation quantitative des métiers du droit ne suffit pas, une réforme profonde de la culture institutionnelle est nécessaire.
LOI
Adoptée le 19 juillet 2023 Source : Légifrance
La loi n° 2023-623 du 19 juillet 2023 vise à renforcer l'accès des femmes aux responsabilités dans la fonction publique. Notamment en imposant un quota de 50 % de primo-nominations féminines aux emplois supérieurs (incluant les directeurs de greffe par exemple) d'ici 2026.Pour les magistrats, ce principe de parité est décliné à travers leur statut propre par le biais de la loi organique du 20 novembre 2023 et la pratique de nomination du Conseil Supérieur de la Magistrature, visant à briser le plafond de verre aux sommets de la hiérarchie judiciaire.
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000047862217 https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048430497
ARTICLE DE PRESSE CAIRN Publié le 21 / 11 / 2025, rédigé par Sonya Djemni-Wagner
Bien que les hommes soient devenus minoritaires en nombre dans la magistrature, ils se dirigent de façon stratégique vers les fonctions les plus prestigieuses et décisionnelles, renforçant ainsi le “plafond de verre”. On observe une ségrégation horizontale : les hommes occupent prioritairement le parquet et les fonctions liées à l'autorité, perçues comme “viriles”, tandis que les femmes, elles sont reléguées aux fonctions du “soin” comme le secteur du juge des enfants ou des affaires familiales. Parallèlement, une ségrégation verticale se maintient aussi : les hommes accèdent aux postes de chefs de juridiction plus jeunes et deux fois plus souvent que les femmes. Cela en monopolisant les cabinets ministériels et les administrations centrales, ils conservent une autorité symbolique prédominante. Qui plus est, la carrière reste structurellement plus favorable aux hommes, ce qui prouve que la féminisation quantitative ne suffit pas à briser les mécanismes de pouvoir masculins.
https://www.google.com/search?q=https://shs.cairn.info/article/TGS_054_0157
Index de l'égalité professionnelle 2024 du ministère de la Justice
Ce Rapport officiel du Ministère de la Justice publié en 2024, détaille les scores obtenus par le ministère sur les indicateurs d’égalité (rémunérations, promotions…). La note globale est de 80/100, malgré cela, nous pouvons constater un score faible de 4/10 concernant les dix plus hautes rémunérations, ce qui confirme le plafond de verre au sommet de la hiérarchie juridique.
https://www.justice.gouv.fr/documentation/ressources/index-legalite-professionnelle-2024-du-ministere-justice
PODCAST
Rapport d’activité du Conseil Supérieur de la Magistrature
Publié en 2024
Le rapport d’activité du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), publié en 2024 analyse les nominations et veille également à l’équilibre des carrières. Ce rapport souligne l’effort pour garantir l’égalité professionnelle malgré les charges de travail exceptionnelles. En effet, dans ce rapport page 13, le CSM souligne sa vigilance accrue concernant la charge de travail et l'attractivité des fonctions de chefs de juridiction. Cette orientation institutionnelle en faveur de la qualité de vie au travail apparaît comme un levier indirect mais essentiel pour briser le plafond de verre. Cela en rendant les postes de haute responsabilité davantage compatibles avec les enjeux d'équilibre de vie qui freinent encore de nombreuses candidates femmes aux postes à haute responsabilité.
https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/294729_0.pdf
PODCAST
Publié le 8 mars 2023 Source : RadioFrance
Ce podcast met en avant le constat suivant : il y a de plus en plus de femmes dans la magistrature.Gwenola Joly-Coz affirme que "au 1ᵉʳ janvier 2023, 71 % des juges en France sont des femmes". C'est donc ce que l'on appelle aujourd'hui une profession non mixte. Pour autant, les postes à responsabilités, eux, sont essentiellement occupés par des hommes.
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/esprit-de-justice/femmes-dans-les-professions-judiciaires-entre-augmentation-et-discriminations-5516085
ARTICLE DE PRESSE Publié en 2024 par l'Institut Robert Badinter
Cet article est un entretien avec Gwenola Joly-Coz, publié par l’Institut Robert Badinter, en 2024. Il s’agit d’une rencontre et d’une réflexion sur la recherche scientifique appliquée à la mixité dans les métiers de la justice. Gwenola Joly-Coz incarne le rôle de figure pionnière de la visibilité féminine. Comme vu précédemment, elle est la Première présidente de la Cour d'Appel de Poitiers et co-fondatrice de l'association Femmes de Justice. Elle a mené un travail de recherche qui a abouti à l'ouvrage Femmes de Justice (2023), constitue une démarche mémorielle inédite. En effet, elle a mis en avant l'histoire des pionnières comme Charlotte Béquignon-Lagarde, première femme juge en 1946 pour offrir aux magistrates actuelles des modèles d'identification. Brisant ainsi le plafond de verre culturel qui veut que le sommet de la hiérarchie soit "naturellement" masculin. Selon elle, les solutions à apporter émergent de la recherche, la réponse au plafond de verre doit être à la fois institutionnelle, par l'intégration des concepts de parité au sein d'organismes comme l'IERDJ, Institut des Études et de la Recherche sur le Droit et la Justice. Et également intellectuelle. Ainsi, sa stratégie repose sur trois points : - Les chiffres : Produire des statistiques de genre pour rendre le plafond de verre incontestable - Les concepts : Diffuser la connaissance du "féminisme ministériel" (quotas, mixité, essentialisation) pour former les décideurs - L'histoire : Réhabiliter les figures féminines pour transformer la pensée collective de l'institution.
https://institutrobertbadinter.fr/fr/actualites/entretien-avec-gwenola-joy-coz-magistrate-de-lordre-judiciaire-et-nouveau-membre-du-conseil-scientifique-de-lierdj/
PODCAST
Publié le 8 mars 2023 Source : RadioFrance
PODCAST
Bien que la magistrature française se soit largement ouverte aux femmes depuis la loi d'avril 1946, jusqu'à atteindre aujourd'hui un taux de 71 % de femmes juges (et 80 % des promotions à l'ENM), un paradoxe persiste : les postes de haute responsabilité restent majoritairement occupés par des hommes. Ce phénomène, qualifié “d'effet ciseau", s'explique d'abord par un ancrage historique et des stéréotypes tenaces. Longtemps écartées de la puissance publique au nom d'une prétendue émotivité ou d'un manque d'autorité naturelle lié à leur tessiture de voix, les femmes ont dû compenser par un sur-investissement académique. Pourtant, malgré leur réussite aux concours, elles se heurtent à un plafond de verre nourri par le complexe de l'imposteur et une culture institutionnelle pensée par et pour les hommes. Au-delà des préjugés, ce sont les règles de carrière qui freinent l'ascension des magistrates. Notamment à cause de l'obsession de la mobilité géographique pour obtenir de l'avancement, ce qui constitue un obstacle majeur : là où les hommes acceptent plus facilement le célibat géographique, les femmes renoncent souvent à ces mutations pour ne pas sacrifier l'équilibre familial, particulièrement durant la "décennie des bébés". Ce système crée des discriminations indirectes où l'absence de candidatures féminines aux postes de direction n'est pas un manque d'ambition, mais une conséquence de règles inadaptées. En définitive, si les études montrent que le genre n'influence pas la sévérité des peines, la présence des femmes modifie le processus judiciaire par une gestion différente de la parole et de l'écoute. Pour que la parité rejoigne enfin la mixité, une réforme profonde des modalités d'avancement semble nécessaire afin de valoriser ces figures pionnières, trop longtemps restées dans l'ombre.
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/esprit-de-justice/femmes-dans-les-professions-judiciaires-entre-augmentation-et-discriminations-5516085
VIDEO Publiée en 2023 sur Youtube
Cette vidéo a été publiée en 2023, dans laquelle Gwenola Joly-Coz explique les mécanismes de résistance masculine historique et actuelle. Les deux axes majeurs de la vidéoconférence sont : * La dimension culturelle, le premier constat est que l'histoire des femmes dans la justice est une "histoire invisible". Pour Gwenola Joly-Coz, la réponse culturelle passe par : - La redécouverte des pionnières, il est impératif de nommer et de célébrer les premières femmes magistrates (comme celles de la promotion de 1946) pour créer une généalogie et des modèles. - La lutte contre les stéréotypes, elle conteste l'idée que les femmes seraient "naturellement" plus douces ou aptes à certaines fonctions (comme les affaires familiales). Elle montre que leur présence change la manière de dire le droit, par leur expérience sociale différente et non par “nature”. * La dimension institutionnelle Malgré une féminisation massive de la base, l'institution doit évoluer car : - Le pouvoir reste majoritairement masculin, elle souligne le paradoxe entre le nombre de femmes et leur rareté aux postes de haute direction. - Une organisation à repenser, elle appelle l'institution judiciaire à adapter ses modes de nomination et sa gestion des carrières pour que la parité ne soit pas seulement numérique, mais qu'elle atteigne les lieux de pouvoir et de décision.
https://www.youtube.com/watch?v=3cPPvKdwc3s
Revue documentaire
Agathe Dourdain
Created on February 2, 2026
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Revue documentaire
Dans quelle mesure la féminisation croissante des professions judiciaires se heurte-t-elle à un plafond de verre limitant l'accès des femmes aux postes à haute responsabilité ?
INTRODUCTION
Dans ce podcast, Antoine Garapon reçoit Gwenola Joly-Coz, magistrate, Première présidente de la Cour d’Appel de Poitiers et Catherine Fillon, professeure d’histoire du droit et des institutions à l’Université de Lyon III. Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les professions judiciaires, dans tous les corps de métiers. Mais, selon une étude menée en 2016, par le Conseil Supérieur de la Magistrature, “les positions de chefs de juridiction notent une forte masculinisation atypique”, on constate alors un paradoxe. Cela s’explique par différents facteurs qui sont les suivants : - Les discriminations indirectes qui renvoient aux obstacles, car les carrières sont pensées par des hommes pour des hommes - Puis les discriminations insidieuses, les femmes sont dans l’obligation de composer avec une culture masculine, par exemple dans le domaine des affaires familiales, il y a une nécessité de lutter contre le sexisme persistant.
PLAN
I. Une féminisation croissante des acteurs du monde judiciaire face à un plafond de verre : un constat paradoxal
II. Des solutions primordiales à apporter : entre contrainte légale et changement de culture
A. Un secteur massivement féminisé B. Une ascension limitée par un “plafond de verre”
A. Une réponse législative nécessaire B. Une réponse culturelle et institutionnelle impérative
I. Une féminisation croissante des acteurs du monde judiciaire face à un plafond de verre : un constat paradoxal
A. Un secteur massivement féminisé B. Une ascension limitée par un “plafond de verre”
Document n°1
Document n°2
Document n°3
Document n°4
II. Des solutions primordiales à apporter : entre contrainte légale et changement de culture
A. Une réponse législative nécessaire B. Une réponse culturelle et institutionnelle impérative
Document n°5
Document n°6
Document n°8
Document n°7
CONCLUSION
Pour conclure, le constat est paradoxal, bien que les professions judiciaires soient majoritairement exercées par des femmes, notamment dans la magistrature, elles restent dominées par une culture masculine au sommet de la hiérarchie. Ce plafond de verre n’est pas dû à un manque d'ambition de la part des femmes mais plutôt à un “effet ciseau”, comme évoqué précédemment, provoqué par des règles de carrière inadaptées, la mobilité géographique, les stéréotypes de genre persistants et une ségrégation des fonctions. Ainsi des solutions doivent impérativement être envisagées comme l’imposition de quotas de parité, une meilleure adaptation de la qualité de vie au travail afin de rendre les postes hauts placés plus compatibles avec l’équilibre familial. Mais aussi en mettant en avant les figures féminines pionnières, en favorisant les modèles d’identification et en déconstruisant l’idée que le pouvoir judiciaire est naturellement masculin. En définitive, la féminisation quantitative des métiers du droit ne suffit pas, une réforme profonde de la culture institutionnelle est nécessaire.
LOI
Adoptée le 19 juillet 2023 Source : Légifrance
La loi n° 2023-623 du 19 juillet 2023 vise à renforcer l'accès des femmes aux responsabilités dans la fonction publique. Notamment en imposant un quota de 50 % de primo-nominations féminines aux emplois supérieurs (incluant les directeurs de greffe par exemple) d'ici 2026.Pour les magistrats, ce principe de parité est décliné à travers leur statut propre par le biais de la loi organique du 20 novembre 2023 et la pratique de nomination du Conseil Supérieur de la Magistrature, visant à briser le plafond de verre aux sommets de la hiérarchie judiciaire.
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000047862217 https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048430497
ARTICLE DE PRESSE CAIRN Publié le 21 / 11 / 2025, rédigé par Sonya Djemni-Wagner
Bien que les hommes soient devenus minoritaires en nombre dans la magistrature, ils se dirigent de façon stratégique vers les fonctions les plus prestigieuses et décisionnelles, renforçant ainsi le “plafond de verre”. On observe une ségrégation horizontale : les hommes occupent prioritairement le parquet et les fonctions liées à l'autorité, perçues comme “viriles”, tandis que les femmes, elles sont reléguées aux fonctions du “soin” comme le secteur du juge des enfants ou des affaires familiales. Parallèlement, une ségrégation verticale se maintient aussi : les hommes accèdent aux postes de chefs de juridiction plus jeunes et deux fois plus souvent que les femmes. Cela en monopolisant les cabinets ministériels et les administrations centrales, ils conservent une autorité symbolique prédominante. Qui plus est, la carrière reste structurellement plus favorable aux hommes, ce qui prouve que la féminisation quantitative ne suffit pas à briser les mécanismes de pouvoir masculins.
https://www.google.com/search?q=https://shs.cairn.info/article/TGS_054_0157
Index de l'égalité professionnelle 2024 du ministère de la Justice
Ce Rapport officiel du Ministère de la Justice publié en 2024, détaille les scores obtenus par le ministère sur les indicateurs d’égalité (rémunérations, promotions…). La note globale est de 80/100, malgré cela, nous pouvons constater un score faible de 4/10 concernant les dix plus hautes rémunérations, ce qui confirme le plafond de verre au sommet de la hiérarchie juridique.
https://www.justice.gouv.fr/documentation/ressources/index-legalite-professionnelle-2024-du-ministere-justice
PODCAST
Rapport d’activité du Conseil Supérieur de la Magistrature
Publié en 2024
Le rapport d’activité du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), publié en 2024 analyse les nominations et veille également à l’équilibre des carrières. Ce rapport souligne l’effort pour garantir l’égalité professionnelle malgré les charges de travail exceptionnelles. En effet, dans ce rapport page 13, le CSM souligne sa vigilance accrue concernant la charge de travail et l'attractivité des fonctions de chefs de juridiction. Cette orientation institutionnelle en faveur de la qualité de vie au travail apparaît comme un levier indirect mais essentiel pour briser le plafond de verre. Cela en rendant les postes de haute responsabilité davantage compatibles avec les enjeux d'équilibre de vie qui freinent encore de nombreuses candidates femmes aux postes à haute responsabilité.
https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/294729_0.pdf
PODCAST
Publié le 8 mars 2023 Source : RadioFrance
Ce podcast met en avant le constat suivant : il y a de plus en plus de femmes dans la magistrature.Gwenola Joly-Coz affirme que "au 1ᵉʳ janvier 2023, 71 % des juges en France sont des femmes". C'est donc ce que l'on appelle aujourd'hui une profession non mixte. Pour autant, les postes à responsabilités, eux, sont essentiellement occupés par des hommes.
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/esprit-de-justice/femmes-dans-les-professions-judiciaires-entre-augmentation-et-discriminations-5516085
ARTICLE DE PRESSE Publié en 2024 par l'Institut Robert Badinter
Cet article est un entretien avec Gwenola Joly-Coz, publié par l’Institut Robert Badinter, en 2024. Il s’agit d’une rencontre et d’une réflexion sur la recherche scientifique appliquée à la mixité dans les métiers de la justice. Gwenola Joly-Coz incarne le rôle de figure pionnière de la visibilité féminine. Comme vu précédemment, elle est la Première présidente de la Cour d'Appel de Poitiers et co-fondatrice de l'association Femmes de Justice. Elle a mené un travail de recherche qui a abouti à l'ouvrage Femmes de Justice (2023), constitue une démarche mémorielle inédite. En effet, elle a mis en avant l'histoire des pionnières comme Charlotte Béquignon-Lagarde, première femme juge en 1946 pour offrir aux magistrates actuelles des modèles d'identification. Brisant ainsi le plafond de verre culturel qui veut que le sommet de la hiérarchie soit "naturellement" masculin. Selon elle, les solutions à apporter émergent de la recherche, la réponse au plafond de verre doit être à la fois institutionnelle, par l'intégration des concepts de parité au sein d'organismes comme l'IERDJ, Institut des Études et de la Recherche sur le Droit et la Justice. Et également intellectuelle. Ainsi, sa stratégie repose sur trois points : - Les chiffres : Produire des statistiques de genre pour rendre le plafond de verre incontestable - Les concepts : Diffuser la connaissance du "féminisme ministériel" (quotas, mixité, essentialisation) pour former les décideurs - L'histoire : Réhabiliter les figures féminines pour transformer la pensée collective de l'institution.
https://institutrobertbadinter.fr/fr/actualites/entretien-avec-gwenola-joy-coz-magistrate-de-lordre-judiciaire-et-nouveau-membre-du-conseil-scientifique-de-lierdj/
PODCAST
Publié le 8 mars 2023 Source : RadioFrance
PODCAST
Bien que la magistrature française se soit largement ouverte aux femmes depuis la loi d'avril 1946, jusqu'à atteindre aujourd'hui un taux de 71 % de femmes juges (et 80 % des promotions à l'ENM), un paradoxe persiste : les postes de haute responsabilité restent majoritairement occupés par des hommes. Ce phénomène, qualifié “d'effet ciseau", s'explique d'abord par un ancrage historique et des stéréotypes tenaces. Longtemps écartées de la puissance publique au nom d'une prétendue émotivité ou d'un manque d'autorité naturelle lié à leur tessiture de voix, les femmes ont dû compenser par un sur-investissement académique. Pourtant, malgré leur réussite aux concours, elles se heurtent à un plafond de verre nourri par le complexe de l'imposteur et une culture institutionnelle pensée par et pour les hommes. Au-delà des préjugés, ce sont les règles de carrière qui freinent l'ascension des magistrates. Notamment à cause de l'obsession de la mobilité géographique pour obtenir de l'avancement, ce qui constitue un obstacle majeur : là où les hommes acceptent plus facilement le célibat géographique, les femmes renoncent souvent à ces mutations pour ne pas sacrifier l'équilibre familial, particulièrement durant la "décennie des bébés". Ce système crée des discriminations indirectes où l'absence de candidatures féminines aux postes de direction n'est pas un manque d'ambition, mais une conséquence de règles inadaptées. En définitive, si les études montrent que le genre n'influence pas la sévérité des peines, la présence des femmes modifie le processus judiciaire par une gestion différente de la parole et de l'écoute. Pour que la parité rejoigne enfin la mixité, une réforme profonde des modalités d'avancement semble nécessaire afin de valoriser ces figures pionnières, trop longtemps restées dans l'ombre.
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/esprit-de-justice/femmes-dans-les-professions-judiciaires-entre-augmentation-et-discriminations-5516085
VIDEO Publiée en 2023 sur Youtube
Cette vidéo a été publiée en 2023, dans laquelle Gwenola Joly-Coz explique les mécanismes de résistance masculine historique et actuelle. Les deux axes majeurs de la vidéoconférence sont : * La dimension culturelle, le premier constat est que l'histoire des femmes dans la justice est une "histoire invisible". Pour Gwenola Joly-Coz, la réponse culturelle passe par : - La redécouverte des pionnières, il est impératif de nommer et de célébrer les premières femmes magistrates (comme celles de la promotion de 1946) pour créer une généalogie et des modèles. - La lutte contre les stéréotypes, elle conteste l'idée que les femmes seraient "naturellement" plus douces ou aptes à certaines fonctions (comme les affaires familiales). Elle montre que leur présence change la manière de dire le droit, par leur expérience sociale différente et non par “nature”. * La dimension institutionnelle Malgré une féminisation massive de la base, l'institution doit évoluer car : - Le pouvoir reste majoritairement masculin, elle souligne le paradoxe entre le nombre de femmes et leur rareté aux postes de haute direction. - Une organisation à repenser, elle appelle l'institution judiciaire à adapter ses modes de nomination et sa gestion des carrières pour que la parité ne soit pas seulement numérique, mais qu'elle atteigne les lieux de pouvoir et de décision.
https://www.youtube.com/watch?v=3cPPvKdwc3s