replaÇons ensemble le mot écologie dans son histoire !
L'écologie est un mouvement successivement à la fois ...
1930
1960
1970
1980
Scientifique à partir des années 1930 ...
Puis social à partir des années 1960 ...
Politique à partir des années 1970 ...
Et philosophique à partir des années 1980 !
Contexte historiqueLe Dust Bowl et la crise agricole
Contexte historiqueL’agriculture industrielle
Contexte historiqueLuttes anti-nucléaires
....
......
......
......
Arthur Tansley
Rachel Carson
Ivan Illich
Carolyn Merchant
Suite à la prolifération des armes nucléaires dans le contexte de la Guerre froide et le développement de l’énergie nucléaire civile, un mouvement citoyen antinucléaire prend forme aux Etats-Unis et en Europe. Ce mouvement est intimement lié à la contre-culture qui mobilise alors la jeunesse des années 1970 et qui, selon l’historien étatsunien Theodor Roszak, se crée notamment en réaction au régime technocratique des sociétés occidentales. Or nucléaire, qui repose depuis le projet Manhattan sur une alliance structurelle entre science, industrie, armée et gouvernement, est emblématique de cette technocratie. Le mouvement antinucléaire est un point de ralliement pour les mondes pacifistes, hippie, féministes et écologistes. Au Royaume-Uni, le “Camp des femmes pour la paix” rassemble des militantes qui s’oppose à l’installation de missiles nucléaires américains sur la base aérienne britannique de Greenham Common ; cette série de manifestations, organisées à partir de 1981 par Women for Life on Earth (Les femmes pour la vie sur Terre) est un moment emblématique du mouvement écoféministe naissant. En France, la lutte anti-nucléaire est également au centre des mouvements contestataires et de la revue La Gueule ouverte, avec des militants et intellectuels écologistes (Ivan Illich, Françoise D’Eaubonne…).
Le Dust Bowl (« bassin de poussière ») est une catastrophe écologique et agricole, consistant en une série de tempêtes de poussière, dans une région entre l'Oklahoma, le Kansas et le Texas au milieu des années 1930. Ces tempêtes de poussière, liées à la destruction des sols, ont été causées par des pratiques agricoles intensives et mécanisées, par les colons états-uniens, qui ont détruit les prairies. Ce phénomène s'est ajouté aux conséquences de la Grande Dépression, après le krach de 1929, et à l'exode rural qui avait été provoqué par la mécanisation de l’agriculture.
Au début des années 1960, l’écologie devient une question de société, notamment avec la publication de "Printemps silencieux" de l’écologue états-unienne Rachel Carson (1962). L'autrice alerte le grand public sur les dangers des pesticides et herbicides qui sont employés massivement dans la Révolution verte à partir des années 1950. Carson les appelle “biocides”, car une fois aspergés sur les champs, ils se répandent partout dans les écosystèmes, mettent en danger tous les vivants, ainsi que la capacité de la vie à se renouveler (il s’agit de perturbateurs endocriniens, carcinogènes…). "Printemps silencieux" devient un best-seller mondial et donne lieu à un mouvement social : le public demande des réponses aux décideurs. Le président étatsunien crée une comité d’enquête qui mènera plus tard à la création de l’Agence pour la protection de l’environnement et l’interdiction du DDT, un des biocides les plus dangereux et répandus. C’est le moment où le grand public prend conscience des enjeux environnementaux, qui quittent la sphère purement scientifique pour devenir une question de société.
À partir des années 1980, s'impose l'évidence dans les mondes académiques que l’écologie – en tant que science, mouvement social, mouvement politique – bouge profondément les lignes dans la façon de construire des savoirs en histoire, en géographie, en droit, en littérature, en philosophie… L’écologie devient, dans les mondes universitaires anglo-saxons, une révolution culturelle et intellectuelle. Les jeunes gens de la contre-culture des années 1970 sont maintenant devenus enseignants et chercheurs. De nombreuses disciplines se saisissent de l’écologie comme d’une autre vision du monde et un nouveau fondement éthique. Ces recherches nouvelles bouleversent nos manières d’habiter la Terre, notre rapport à la nature, notre lecture de la modernité, nos conceptions de la technique, et renforcent la légitimité des cosmologies non occidentales. C’est l’émergence de ce qu'on va appeler au début des années 2000 les “humanités écologiques” ou les “humanités environnementales”, un vaste champ de recherche transdisciplinaire qui constitue une révolution “philosophique” (au sens large, non disciplinaire du terme, d’un changement de sensibilité et de rapport au monde). Un des aspects emblématiques de cette révolution philosophique est le mouvement écoféministe, qui se situe précisément à l'articulation des luttes sociales des années 1970 et des travaux universitaires des années 1980. En pensant ensemble les violences du patriarcat et les destructions du monde naturel, le mouvement écoféministe appelle à une transformation indissociablement écologique et sociale. Cette dimension philosophique de l’écologie, qui a démarré dans les mondes anglo-saxons à partir des années 1980, va apparaître au devant de la scène en France et en Europe dans les années 2010, avec une floraison de nouveaux espaces éditoriaux, médiatiques, événementiels.
L’agriculture industrielle (dite aussi “Révolution verte”) est apparue dans les années 1950 suite à une politique volontariste des Etats et des industries de transformation des pratiques agricoles, tant dans les pays en développement comme dans les pays des Suds. Elle combine des variétés sélectionnées à haut rendement, des intrants chimiques (engrais et pesticides), une intensification de la mécanisation (y compris pour l’irrigation). Nécessitant des investissement publics colossaux, la “Révolution verte” a notamment été au cœur de la fondation de l’Union européenne (CEE), avec la création en 1962 de la Politique agricole commune – qui a toujours aujourd’hui un budget annuel de 50 milliards d’euros. L’industrialisation de l’agriculture repose sur les progrès scientifiques et techniques réalisés dans le domaine de la chimie et des engins agricoles durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale. L’accroissement de la productivité agricole a pour contrepartie, sur le plan écologique, une pollution généralisée par les pesticides, une eutrophisation généralisée, ainsi qu’une perte massive de biodiversité et d'agrobiodiversité, accompagnée de phénomènes de dégradation et d'érosion des sols, de salinisation voire de perte de nappes phréatiques. Et sur le plan social, l'exode rural et l’explosion des villes et de la pauvreté urbaine.
On retient en général l’invention du concept d’écosystème (par Arthur Tansley en 1935) comme la date de la naissance de l’écologie comme une science à part entière, dans un contexte d’effervescence institutionnelle autour de la gestion des ressources (foresterie, notamment) et de la protection de la nature (parcs et réserves). Les États commencent à considérer les milieux comme un enjeu stratégique.Avec l’écosystème (c’est-à-dire l’ensemble formé par les êtres vivants avec leur milieu, conçu comme l’“unité de base de la nature”), l’écologie a enfin un objet qui lui est propre. C’est une révolution scientifique majeure, qui vient infléchir le sens de l’idée de nature, qui ne peut plus être conçue une simple collection d’individus ou d’espèces, mais se révèle comme un système d’interactions, dynamique et interdépendant.
Les années 1960–1970 voient émerger une écologie profondément militante, portée par la contre-culture en Europe et aux Etats-Unis : luttes antinucléaires, naissance de Greenpeace, Earth First! et les mouvements de défense de la Terre. Depuis les années 1970, dans le Sud global, des mouvements écologistes, paysans et féministes mettent eux aussi l’écologie au cœur des luttes et des débats : le mouvement Chipko en Inde (protection des forêts); Thomas Sankara au Burkina Faso (agroécologie et justice sociale); Via Campesina (réseau mondial de paysans pour la souveraineté alimentaire) ... C’est aussi dans les années 1970 que l’écologie devient un sujet institutionnel. Les ministères de l’environnement fleurissent dans de nombreux pays (au Royaume-Uni en 1970, en France en 1971…), faisant de l’écologie une question d’administration étatique, alors perçue comme non-partisane. C’est aussi la Conférence des nations unies sur l’environnement à Stockholm en 1972, qui est la première d’une longue série. Au niveau national, les premiers partis politiques verts voient le jour sur tous les continents entre les années 1970 et 1990. Il y a d’ailleurs une continuité directe entre les mouvements de contestation et la naissance des partis politiques, avec des figures comme Wangari Maathai (fondatrice du mouvement Green Belt au Kenya en 1977) et René Dumont (chercheur français engagé contre l’agriculture industrielle) qui deviennent les premiers candidats présidentiels verts dans leurs pays respectifs (Dumont en 1974 et Maathai en 1997). Le mouvement pour les droits de la nature – dont l’inscription des droits de la Terre-Mère dans la Constitution de l’Equateur en 2008, ainsi que la Déclaration universelle des droits de la Terre-Mère en 2010 (créé à l’initiative des peuples autochtones des Amériques) – se situe lui aussi dans la continuité des mouvements politiques apparues dans les années 1970. Est-ce aussi le cas pour la “transition écologique”, telle que la conçoit par exemple l’Union européenne ?
Frise S2
Nilda BRIANTO
Created on January 27, 2026
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replaÇons ensemble le mot écologie dans son histoire !
L'écologie est un mouvement successivement à la fois ...
1930
1960
1970
1980
Scientifique à partir des années 1930 ...
Puis social à partir des années 1960 ...
Politique à partir des années 1970 ...
Et philosophique à partir des années 1980 !
Contexte historiqueLe Dust Bowl et la crise agricole
Contexte historiqueL’agriculture industrielle
Contexte historiqueLuttes anti-nucléaires
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Arthur Tansley
Rachel Carson
Ivan Illich
Carolyn Merchant
Suite à la prolifération des armes nucléaires dans le contexte de la Guerre froide et le développement de l’énergie nucléaire civile, un mouvement citoyen antinucléaire prend forme aux Etats-Unis et en Europe. Ce mouvement est intimement lié à la contre-culture qui mobilise alors la jeunesse des années 1970 et qui, selon l’historien étatsunien Theodor Roszak, se crée notamment en réaction au régime technocratique des sociétés occidentales. Or nucléaire, qui repose depuis le projet Manhattan sur une alliance structurelle entre science, industrie, armée et gouvernement, est emblématique de cette technocratie. Le mouvement antinucléaire est un point de ralliement pour les mondes pacifistes, hippie, féministes et écologistes. Au Royaume-Uni, le “Camp des femmes pour la paix” rassemble des militantes qui s’oppose à l’installation de missiles nucléaires américains sur la base aérienne britannique de Greenham Common ; cette série de manifestations, organisées à partir de 1981 par Women for Life on Earth (Les femmes pour la vie sur Terre) est un moment emblématique du mouvement écoféministe naissant. En France, la lutte anti-nucléaire est également au centre des mouvements contestataires et de la revue La Gueule ouverte, avec des militants et intellectuels écologistes (Ivan Illich, Françoise D’Eaubonne…).
Le Dust Bowl (« bassin de poussière ») est une catastrophe écologique et agricole, consistant en une série de tempêtes de poussière, dans une région entre l'Oklahoma, le Kansas et le Texas au milieu des années 1930. Ces tempêtes de poussière, liées à la destruction des sols, ont été causées par des pratiques agricoles intensives et mécanisées, par les colons états-uniens, qui ont détruit les prairies. Ce phénomène s'est ajouté aux conséquences de la Grande Dépression, après le krach de 1929, et à l'exode rural qui avait été provoqué par la mécanisation de l’agriculture.
Au début des années 1960, l’écologie devient une question de société, notamment avec la publication de "Printemps silencieux" de l’écologue états-unienne Rachel Carson (1962). L'autrice alerte le grand public sur les dangers des pesticides et herbicides qui sont employés massivement dans la Révolution verte à partir des années 1950. Carson les appelle “biocides”, car une fois aspergés sur les champs, ils se répandent partout dans les écosystèmes, mettent en danger tous les vivants, ainsi que la capacité de la vie à se renouveler (il s’agit de perturbateurs endocriniens, carcinogènes…). "Printemps silencieux" devient un best-seller mondial et donne lieu à un mouvement social : le public demande des réponses aux décideurs. Le président étatsunien crée une comité d’enquête qui mènera plus tard à la création de l’Agence pour la protection de l’environnement et l’interdiction du DDT, un des biocides les plus dangereux et répandus. C’est le moment où le grand public prend conscience des enjeux environnementaux, qui quittent la sphère purement scientifique pour devenir une question de société.
À partir des années 1980, s'impose l'évidence dans les mondes académiques que l’écologie – en tant que science, mouvement social, mouvement politique – bouge profondément les lignes dans la façon de construire des savoirs en histoire, en géographie, en droit, en littérature, en philosophie… L’écologie devient, dans les mondes universitaires anglo-saxons, une révolution culturelle et intellectuelle. Les jeunes gens de la contre-culture des années 1970 sont maintenant devenus enseignants et chercheurs. De nombreuses disciplines se saisissent de l’écologie comme d’une autre vision du monde et un nouveau fondement éthique. Ces recherches nouvelles bouleversent nos manières d’habiter la Terre, notre rapport à la nature, notre lecture de la modernité, nos conceptions de la technique, et renforcent la légitimité des cosmologies non occidentales. C’est l’émergence de ce qu'on va appeler au début des années 2000 les “humanités écologiques” ou les “humanités environnementales”, un vaste champ de recherche transdisciplinaire qui constitue une révolution “philosophique” (au sens large, non disciplinaire du terme, d’un changement de sensibilité et de rapport au monde). Un des aspects emblématiques de cette révolution philosophique est le mouvement écoféministe, qui se situe précisément à l'articulation des luttes sociales des années 1970 et des travaux universitaires des années 1980. En pensant ensemble les violences du patriarcat et les destructions du monde naturel, le mouvement écoféministe appelle à une transformation indissociablement écologique et sociale. Cette dimension philosophique de l’écologie, qui a démarré dans les mondes anglo-saxons à partir des années 1980, va apparaître au devant de la scène en France et en Europe dans les années 2010, avec une floraison de nouveaux espaces éditoriaux, médiatiques, événementiels.
L’agriculture industrielle (dite aussi “Révolution verte”) est apparue dans les années 1950 suite à une politique volontariste des Etats et des industries de transformation des pratiques agricoles, tant dans les pays en développement comme dans les pays des Suds. Elle combine des variétés sélectionnées à haut rendement, des intrants chimiques (engrais et pesticides), une intensification de la mécanisation (y compris pour l’irrigation). Nécessitant des investissement publics colossaux, la “Révolution verte” a notamment été au cœur de la fondation de l’Union européenne (CEE), avec la création en 1962 de la Politique agricole commune – qui a toujours aujourd’hui un budget annuel de 50 milliards d’euros. L’industrialisation de l’agriculture repose sur les progrès scientifiques et techniques réalisés dans le domaine de la chimie et des engins agricoles durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale. L’accroissement de la productivité agricole a pour contrepartie, sur le plan écologique, une pollution généralisée par les pesticides, une eutrophisation généralisée, ainsi qu’une perte massive de biodiversité et d'agrobiodiversité, accompagnée de phénomènes de dégradation et d'érosion des sols, de salinisation voire de perte de nappes phréatiques. Et sur le plan social, l'exode rural et l’explosion des villes et de la pauvreté urbaine.
On retient en général l’invention du concept d’écosystème (par Arthur Tansley en 1935) comme la date de la naissance de l’écologie comme une science à part entière, dans un contexte d’effervescence institutionnelle autour de la gestion des ressources (foresterie, notamment) et de la protection de la nature (parcs et réserves). Les États commencent à considérer les milieux comme un enjeu stratégique.Avec l’écosystème (c’est-à-dire l’ensemble formé par les êtres vivants avec leur milieu, conçu comme l’“unité de base de la nature”), l’écologie a enfin un objet qui lui est propre. C’est une révolution scientifique majeure, qui vient infléchir le sens de l’idée de nature, qui ne peut plus être conçue une simple collection d’individus ou d’espèces, mais se révèle comme un système d’interactions, dynamique et interdépendant.
Les années 1960–1970 voient émerger une écologie profondément militante, portée par la contre-culture en Europe et aux Etats-Unis : luttes antinucléaires, naissance de Greenpeace, Earth First! et les mouvements de défense de la Terre. Depuis les années 1970, dans le Sud global, des mouvements écologistes, paysans et féministes mettent eux aussi l’écologie au cœur des luttes et des débats : le mouvement Chipko en Inde (protection des forêts); Thomas Sankara au Burkina Faso (agroécologie et justice sociale); Via Campesina (réseau mondial de paysans pour la souveraineté alimentaire) ... C’est aussi dans les années 1970 que l’écologie devient un sujet institutionnel. Les ministères de l’environnement fleurissent dans de nombreux pays (au Royaume-Uni en 1970, en France en 1971…), faisant de l’écologie une question d’administration étatique, alors perçue comme non-partisane. C’est aussi la Conférence des nations unies sur l’environnement à Stockholm en 1972, qui est la première d’une longue série. Au niveau national, les premiers partis politiques verts voient le jour sur tous les continents entre les années 1970 et 1990. Il y a d’ailleurs une continuité directe entre les mouvements de contestation et la naissance des partis politiques, avec des figures comme Wangari Maathai (fondatrice du mouvement Green Belt au Kenya en 1977) et René Dumont (chercheur français engagé contre l’agriculture industrielle) qui deviennent les premiers candidats présidentiels verts dans leurs pays respectifs (Dumont en 1974 et Maathai en 1997). Le mouvement pour les droits de la nature – dont l’inscription des droits de la Terre-Mère dans la Constitution de l’Equateur en 2008, ainsi que la Déclaration universelle des droits de la Terre-Mère en 2010 (créé à l’initiative des peuples autochtones des Amériques) – se situe lui aussi dans la continuité des mouvements politiques apparues dans les années 1970. Est-ce aussi le cas pour la “transition écologique”, telle que la conçoit par exemple l’Union européenne ?