ENQUÊTE SUR UN CRIME CONTRE L'HUMANITÉ ?
"La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi : Survivre, Témoigner, Juger(1944-1948)"
Note d'intention
Enquête
Ce que vous allez voir et entendre sont des documents, des témoignages et des personnes ayant subi les expérimentations médicales commises par les médecins nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. À travers ces trois axes: "Survivre, Témoigner et Juger" , vous allez vous glisser dans la peau d'un juge du tribunal de Nuremberg, et ainsi constituer un dossier d'enquête pour réfléchir à la sentence la plus juste vis-à-vis de ces médecins.
Suivant
Sources
SURVIVRE
TÉMOIGNER
Compte rendu du procès
JUGER
SURVIVRE
Hirsz LITMANOWICZ Déporté à Auschwitz
Germaine PITCHON Déportée à Auschwitz
Génia OBOEUF Déportée à Auschwitz
SURVIVRE
Germaine PITCHON et sa famille vivent à Thessalonique en Grèce.
La ville est sous occupation allemande, à cause de la défaite de l’armée grecque du 28 avril 1941. À 16 ans, Germaine, sa mère et ses 5 sœurs sont déportées à Auschwitz. Une de ses sœurs décède en Pologne durant le trajet. Sa mère et ses autres sœurs sont tuées dans les chambres à gaz dès leur arrivée. Envoyée au Block 10 d’Auschwitz, lieu des expériences menées par les médecins nazis, Germaine subit des électrochocs et une stérilisation chirurgicale. Le médecin lui retire un ovaire puis s’enfuit lors d’un raid aérien. Un médecin juif est chargé de terminer l’opération sous la menace : il décide de ne pas retirer son second ovaire en faisant promettre à Germaine de nommer un de ses enfants comme lui. Germaine reste 3 ans dans le camp d’Auschwitz. Après la libération du camp, elle épouse un survivant de la Shoah avec qui elle a un fils qu’elle prénomme Sol afin de tenir sa promesse faite au médecin juif.
De nombreuses femmes sont passées par ce block 10 et Germaine est loin d’être un cas isolé. Les stérilisations et d’autres expériences plus horribles encore s’enchainaient dans ce block.
SURVIVRE
SURVIVRE
SURVIVRE
Génia OBOEUF (1923-2021)
Rescapée de la Shoah, Génia Obœuf suit une trajectoire marquée par l'horreur concentrationnaire qui traduit une volonté de transmettre son histoire. Déportée de Belgique vers Auschwitz en 1943, elle survit au Block 10, où elle subit des expériences de stérilisation par des médecins nazis. Dans cet enfer, elle rencontre son futur époux, Aimé Obœuf, un déporté politique français. L'espoir de se revoir à la sortie des camps nous rappelle que la dignité humaine peut subsister. Après la guerre, Génia refuse son statut de victime. Elle transforme son traumatisme en un engagement social et historique, dévoue une partie de sa vie à la réinsertion des jeunes déportés. Elle entreprend un travail colossal d'archivage, convaincue que les documents sont le seul rempart contre les manipulations de l'histoire et le négationnisme qui prend de l'ampleur à cette époque. Malgré les tentatives de stérilisation subies, elle réussira à avoir 2 enfants, une victoire sur ses tortionnaires nazis. Elle n'a cessé de témoigner auprès des jeunes générations. Son histoire n'est pas un récit individuel, mais une leçon collective et politique. Elle alerte sur le fait que l'histoire est un éternel recommencement et souligne la nécessité de comprendre les racines des événements face au flux d'images médiatiques.
Figure de lumière, rappelant que la mémoire est un combat actif pour la dignité et la vigilance démocratique.
TÉMOIGNER
Jawiga DZIDO Déportée à Ravensbrück
Hélène HÉGIER Déportée à Ravensbrück
Brigadier Général TELFORD Taylor
Ses études de pharmacologie (Université de Varsovie) sont brutalement interrompues par la 2nde Guerre mondiale. Engagée dès 1940 dans la résistance polonaise (Armia Krajowa) comme courtière, elle est arrêtée par la Gestapo en mars 1941. Après avoir subi la torture au château de Lublin, elle est déportée sans procès au camp de concentration de Ravensbrück en septembre 1941 comme prisonnière politique. Automne 42, victime des expérimentations pseudo-médicales menées par les médecins nazis, tel Herta Oberheuser : les chirurgiens lui infligent des blessures aux jambes, les infectant avec des bactéries, de la saleté et du verre pour simuler des traumatismes de guerre et tester l'efficacité des sulfamides. Survivante miraculeuse à des mois d'agonie et de délires grâce au soutien de ses camarades et malgré les séquelles et la terreur, elle participe en 1943 à un acte de résistance collective au sein du camp pour dénoncer ces opérations. Libérée par l'armée américaine en avril 1945, Jadwiga fait preuve d'une résilience remarquable en achevant son cursus universitaire en pharmacologie. Son courage culmine en décembre 1946 lorsqu'elle se rend au procès des Médecins à Nuremberg. Son témoignage direct et les preuves radiographiques de ses mutilations furent cruciaux pour condamner les responsables.
TÉMOIGNER
Jadwiga DZIDO (1918 - 1985)
Survivante hors du commun dont la dignité a triomphé de la barbarie
TÉMOIGNER
TÉMOIGNER
- expérience n°1
- expérience n°2
- expérience n°3 et n°4
Hélène HÉGIER Déportée polonaise
TÉMOIGNER
"J'ai été emmenée pour une opération le 21 novembre 1942. [..] J'étais en parfaite santé. On m'a d'abord ordonné de me laver dans les toilettes de l'hôpital [...]. Avant l'opération, le docteur Oberheuser s'est contenté de prendre ma température et de s'enquérir de mon état de santé. On a constaté que ma température était normale, et j'ai confirmé être en bonne santé. C'est tout. Aucun examen médical n'a été effectué. Avant l'opération, une infirmière allemande m'a rasé les deux jambes jusqu'aux genoux. Ensuite, j'ai reçu une injection intramusculaire qui m'a plongée dans un état de stupéfaction. On m'a également donné à boire un liquide incolore et inodore. Puis, sous l'effet de la stupéfaction mais encore consciente, on m'a transportée sur un brancard jusqu'à la porte du bloc opératoire, où j'ai reçu une perfusion et un masque. À ce moment-là, j'ai perdu connaissance. J'ai repris conscience dans mon lit, dans le hall. J'avais l'impression que mes deux jambes étaient paralysées de l'aine jusqu'aux pieds [...] J'ai regardé mes jambes et j'ai vu que des compresses de gaze étaient fixées par des bandes de plâtre sur chaque cuisse et chaque tibia [...]. Chaque plaie mesurait environ 15 cm de long. Je pense qu'une demi-heure environ après l'opération, j'avais déjà 39°C de fièvre[...]. La fièvre est restée constante pendant cinq ou six jours. Pendant cette période, j'ai ressenti une douleur intense au niveau de mes plaies ; une douleur semblable à celle que l'on éprouve lors de la formation d'un ulcère [...]. Aucun pansement n'a été appliqué durant ces cinq ou six jours. Ni la gaze ni les sparadraps que j'avais vus immédiatement après l'opération n'ont été changés. On m'a uniquement administré de la morphine sous forme liquide. [...] Mon organisme ne supportait pas la morphine et je vomissais systématiquement après en avoir pris. Après cinq ou six jours d'alitement, on m'a enfin posé un pansement. J'ai observé le déroulement de l'intervention. Elle consistait à retirer les points de suture et à appliquer des bandes de plâtre enduites d'une pommade jaune."
TÉMOIGNER
"Deux semaines après l'opération, une fois les plaies cicatrisées, j'ai subi une autre opération ; avant l'intervention, on m'a donné à boire un liquide incolore [...] et j'ai reçu une injection intraveineuse, un masque a de nouveau été placé sur ma tête. J'ai perdu connaissance. Je me suis réveillée dans mon lit. J'ai constaté qu'une compresse neuve, d'où suintait du sang, était posée sur ma cuisse gauche. Les pansements recouvrant mes autres plaies avaient été changés. Seule la plaie à la cuisse gauche était douloureuse. J'ai de nouveau eu une forte fièvre [...] pendant quelques jours, et lorsque j'appuyais sur cette plaie, du pus verdâtre remontait à travers la compresse. J'ai examiné la plaie quelques jours après l'intervention, après avoir retiré le pansement, et j'ai constaté qu'elle était complètement enflammée et suppurée. Mes amis m'ont fourni du matériel médical et j'ai improvisé un pansement en appliquant une compresse neuve enduite de pommade borique."
TÉMOIGNER
"Deux semaines plus tard, j'ai subi une troisième opération, qui consistait notamment à rouvrir la plaie de l'autre cuisse (la droite). Le déroulement des événements a été plus ou moins similaire à celui qui avait suivi la deuxième opération. Je tiens à préciser que lors de ma troisième intervention, j'avais encore une fièvre d'environ 39°C. Avant cette opération, on m'a injecté du « Prontosil ». Je le sais car c'est le docteur Oberheuser qui me l'a confirmé. Suite à cette injection, la plaie s'est infectée. Deux semaines après la troisième opération, j'en ai subi une quatrième, au cours de laquelle [...] on a rouvert ma plaie non cicatrisée sur la jambe gauche. La cicatrisation s'est déroulée plus ou moins de la même manière qu'après l'opération précédente, bien que cette fois-ci les bords de la plaie soient ouverts dans sa partie inférieure, comme soulevés ; j'avais l'impression qu'on m'avait inséré quelque chose dans la jambe. Du sang continuait de suinter à cet endroit. La plaie était insensible. Elle ne me faisait pas plus mal que les autres plaies post-opératoires. J'ai examiné la plaie environ une heure après la quatrième opération, lorsque je l'ai découverte moi-même. Mais la plaie me brûlait, et en cela elle différait de la douleur de mes autres plaies. Après la quatrième opération, je n'ai pas pu bouger les orteils pendant un mois et demi, car cela provoquait de fortes douleurs aux plaies. Je n'ai subi aucune autre opération. Officiellement, je recevais des pansements toutes les deux semaines. En dehors de cela, je les faisais moi-même."
TÉMOIGNER
"[...] Le rapport rédigé en juillet 1942 par Rascher et les accusés Ruff et Rombere qui décrit une expérience menée sur un ancien employé de charcuterie. [...] muni d'un masque à oxygène, [...] placé dans une chambre à une altitude atmosphérique de plus de 14 300 mètres[...] . Le masque [...] retiré et une descente en parachute simulée. Le rapport décrit les réactions de la victime :« convulsions spasmodiques », « respiration convulsive agonique », « convulsions cloniques et gémissements », « il crie », « se convulse les bras et les jambes », « grimace, se mord la langue », « ne répond pas à la parole », « donne l'impression d'avoir complètement perdu la raison ». Les preuves [...] établiront [...] que Ruff et Tomberg ont personnellement participé avec Rascher à des expériences ayant entraîné la mort et la torture ; que l’accusé Sievers a assisté aux expériences pendant une journée entière et a fait un rapport oral à Himmler sur ses observations ; que l’accusé R. Brandt était l’agent de Himmler pour fournir les sujets humains à ces expériences, mettre à la disposition de Rascher de nombreuses autres installations et lui apporter une aide générale ; [...] l’accusé Weltz, en sa qualité officielle, a insisté à plusieurs reprises sur la supervision, la responsabilité et le mérite des expériences."
Brigadier Général TELFORD Taylor
JUGER
Wilhelm BEIGLBÖCKmédecin nazi
Palais de justice de Nuremberg
Tribunal militaire international du procès de 23 dignitaires nazis
JUGER
Nuremberg a accueilli 13 procès militaires entre le 20/11/1945 et le 14/04/1949. Focalisons-nous sur le procès des médecins nazis. Les médecins nazis ont mené de nombreuses expériences médicales sur des prisonniers et déportés : - évaluation des chances de survie face à différents poisons - gazages - brûlures chimiques - stérilisations forcées - développements de vaccins - retraits de certains organes et études des conséquences qui en découlent, ou encore injections d'hydrocarbures. Les sujets n'avaient pas donné leur consentement et n'étaient pas informés de ce qui allait leur arriver. Ces atrocités ont eu lieu dans de nombreux camps de concentration comme à DACHAU ou encore à AUSCHWITZ.
Tribunal militaire international du procès des 23 dignitaires nazis
JUGER
Le tribunal est composé de quatre juges américains :
Harold L. SEBRING (Juge à la Cour Suprême de Floride)
Johnson T. CRAWFORD (Juge de district de l'Oklahoma)
Walter B. BEALS (Président, juge à la Cour Suprême de l'Etat de Washington)
Victor C. SWEARINGEN (Juge suppléant, ancien procureur du Michigan)
JUGER
Le palais de justice de Nuremberg a été construit au début du XXe siècle et reste connu pour avoir abrité les procès les plus célèbres de l'après guerre. C'est ici que la cruauté nazie a commencé, c'est dans cette ville que la haine du Juif est devenue légale, le 15/09/1935. C'était un signe de revanche face à ces années de massacres et d'oppressions, de finir cette barbarie là où tout a commencé. Du 20/11/1945 au 14/04/1949 se sont tenus les procès du siècle, dont 13 procès militaires. Aujourd'hui, il abrite le mémorial des procès de Nuremberg dans la pièce où les jugements ont été rendus. Le reste du bâtiment a gardé sa fonction de tribunal, notamment pour juger les meurtriers.
Palais de justice de Nuremberg
JUGER
JUGER
Wilhelm BEIGLBÖCK
Médecin viennois spécialisé en médecine interne, intègre le parti nazi en 1933. Accusé de "meurtres, tortures et autres atrocités commises au nom de la science médicale" par le général Telford. Le tribunal militaire voulait le déclarer coupable de "crime de guerre et de crime contre l’humanité". Ce à quoi, il répondra qu'il ne faisait qu'exécuter des ordres comme un simple soldat. Il sera donc condamné à 15 ans de prison, mais n'en fera que 10. Dr Beiglöck exerça à nouveau après sa peine, comme de nombreux autres médecins condamnés. Cette reprise d'activité est possible car les instances médicales allemandes ne reconnaissaient pas les sanctions appliquées par le procès de Nuremberg.
Vous allez maintenant connaître la décision prise par les juges du procès envers les médecins nazis.
Mais avant cela, posez-vous la question : Quelle décision auriez-vous prise au vu de l'enquête que vous venez de suivre ?
Parmi les 23 médecins jugés16 accusés sont reconnus coupables sans possibilité d'appel : - 4 à de longues peines de prison - 5 à la prison à perpétuité - 7 à la peine de mort (pendaison) Tous adressent une demande de grâce auprès de Lucius Clay, gouverneur de la zone américaine, qui leur sera refusée. 7 accusés sont acquittés de crime contre l'humanité, la culpabilité devant être établie "au-delà d'un doute raisonnable" en application de la "Common Law". Dès le lendemain du procès, certains retourneront travailler. Karl Brandt se verra refuser sa demande aux autorités américaines, qui visait à lui faire subir une expérience médicale n'offrant aucune chance de survie.
SOURCES DOCUMENTAIRES
Page 4 : Sol & Garmaine Pitchon: Surviving the Nazi Holocaust & Today’s Holocaust – Bringing America Back toLife. (2015, January 24). / Litmanowicz Hirsz – Fundacja Brama Cukermana. (n.d.). / Il y a 70 ans, la libération d'Auschwitz : la Nivernaise Génia Oboeuf témoigne - Le Journal du Centre.Page 5 : Die ungesühnten Verbrechen von Auschwitz: Die Frauen von Block 10. (n.d.). DER STANDARD. Page 6 : Le Nouvel Obs. (2025, January 27). Déporté à Auschwitz, il a subi les expérimentations médicalesd’un médecin nazi [Video]. YouTube.Page 7 : Génia Obœuf, survivante d'Auschwitz et passeuse de mémoire, est décédée - Le Journal du Centre Page 8 : Collections search - United States Holocaust Memorial Museum. (n.d.). / Elisabet Wein - HelenaHegier. (n.d.). / Brigadier General Telford Taylor | Holocaust Encyclopedia. (n.d.). Holocaust Encyclopedia.Page 9 : Jadwiga Dzido testifies at the Doctors Trial | Holocaust Encyclopedia. (n.d.). Holocaust Encyclopedia. Page 10 : Jadwiga Dzido témoigne au procès des médecins | Encyclopédie multimédia de la Shoah. (s. d.-b). Page 11 : Elisabet Wein - Helena Hegier. (n.d.). / Jambe déformée de la rescapée Helena Hegier | Encyclopédiemultimédia de la Shoah. (n.d.). Page 15 : Brigadier General Telford Taylor | Holocaust Encyclopedia. (n.d.). Holocaust Encyclopedia. Page 16, 17, 18, 19, 21 : Nuremberg : le procès des 23 médecins nazis | Paris Match (via UVSQ).https://www.facdroit-sciencepo.uvsq.fr/article-nuremberg-paris-matchPage 20 : Berger, F. (2025, 18 novembre). Ouverture du procès de Nuremberg. Lumni Enseignement.
ENQUÊTE SUR UN CRIME CONTRE L'HUMANITÉ ?
Alexine Fontaine
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ENQUÊTE SUR UN CRIME CONTRE L'HUMANITÉ ?
"La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi : Survivre, Témoigner, Juger(1944-1948)"
Note d'intention
Enquête
Ce que vous allez voir et entendre sont des documents, des témoignages et des personnes ayant subi les expérimentations médicales commises par les médecins nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. À travers ces trois axes: "Survivre, Témoigner et Juger" , vous allez vous glisser dans la peau d'un juge du tribunal de Nuremberg, et ainsi constituer un dossier d'enquête pour réfléchir à la sentence la plus juste vis-à-vis de ces médecins.
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Compte rendu du procès
JUGER
SURVIVRE
Hirsz LITMANOWICZ Déporté à Auschwitz
Germaine PITCHON Déportée à Auschwitz
Génia OBOEUF Déportée à Auschwitz
SURVIVRE
Germaine PITCHON et sa famille vivent à Thessalonique en Grèce.
La ville est sous occupation allemande, à cause de la défaite de l’armée grecque du 28 avril 1941. À 16 ans, Germaine, sa mère et ses 5 sœurs sont déportées à Auschwitz. Une de ses sœurs décède en Pologne durant le trajet. Sa mère et ses autres sœurs sont tuées dans les chambres à gaz dès leur arrivée. Envoyée au Block 10 d’Auschwitz, lieu des expériences menées par les médecins nazis, Germaine subit des électrochocs et une stérilisation chirurgicale. Le médecin lui retire un ovaire puis s’enfuit lors d’un raid aérien. Un médecin juif est chargé de terminer l’opération sous la menace : il décide de ne pas retirer son second ovaire en faisant promettre à Germaine de nommer un de ses enfants comme lui. Germaine reste 3 ans dans le camp d’Auschwitz. Après la libération du camp, elle épouse un survivant de la Shoah avec qui elle a un fils qu’elle prénomme Sol afin de tenir sa promesse faite au médecin juif.
De nombreuses femmes sont passées par ce block 10 et Germaine est loin d’être un cas isolé. Les stérilisations et d’autres expériences plus horribles encore s’enchainaient dans ce block.
SURVIVRE
SURVIVRE
SURVIVRE
Génia OBOEUF (1923-2021)
Rescapée de la Shoah, Génia Obœuf suit une trajectoire marquée par l'horreur concentrationnaire qui traduit une volonté de transmettre son histoire. Déportée de Belgique vers Auschwitz en 1943, elle survit au Block 10, où elle subit des expériences de stérilisation par des médecins nazis. Dans cet enfer, elle rencontre son futur époux, Aimé Obœuf, un déporté politique français. L'espoir de se revoir à la sortie des camps nous rappelle que la dignité humaine peut subsister. Après la guerre, Génia refuse son statut de victime. Elle transforme son traumatisme en un engagement social et historique, dévoue une partie de sa vie à la réinsertion des jeunes déportés. Elle entreprend un travail colossal d'archivage, convaincue que les documents sont le seul rempart contre les manipulations de l'histoire et le négationnisme qui prend de l'ampleur à cette époque. Malgré les tentatives de stérilisation subies, elle réussira à avoir 2 enfants, une victoire sur ses tortionnaires nazis. Elle n'a cessé de témoigner auprès des jeunes générations. Son histoire n'est pas un récit individuel, mais une leçon collective et politique. Elle alerte sur le fait que l'histoire est un éternel recommencement et souligne la nécessité de comprendre les racines des événements face au flux d'images médiatiques.
Figure de lumière, rappelant que la mémoire est un combat actif pour la dignité et la vigilance démocratique.
TÉMOIGNER
Jawiga DZIDO Déportée à Ravensbrück
Hélène HÉGIER Déportée à Ravensbrück
Brigadier Général TELFORD Taylor
Ses études de pharmacologie (Université de Varsovie) sont brutalement interrompues par la 2nde Guerre mondiale. Engagée dès 1940 dans la résistance polonaise (Armia Krajowa) comme courtière, elle est arrêtée par la Gestapo en mars 1941. Après avoir subi la torture au château de Lublin, elle est déportée sans procès au camp de concentration de Ravensbrück en septembre 1941 comme prisonnière politique. Automne 42, victime des expérimentations pseudo-médicales menées par les médecins nazis, tel Herta Oberheuser : les chirurgiens lui infligent des blessures aux jambes, les infectant avec des bactéries, de la saleté et du verre pour simuler des traumatismes de guerre et tester l'efficacité des sulfamides. Survivante miraculeuse à des mois d'agonie et de délires grâce au soutien de ses camarades et malgré les séquelles et la terreur, elle participe en 1943 à un acte de résistance collective au sein du camp pour dénoncer ces opérations. Libérée par l'armée américaine en avril 1945, Jadwiga fait preuve d'une résilience remarquable en achevant son cursus universitaire en pharmacologie. Son courage culmine en décembre 1946 lorsqu'elle se rend au procès des Médecins à Nuremberg. Son témoignage direct et les preuves radiographiques de ses mutilations furent cruciaux pour condamner les responsables.
TÉMOIGNER
Jadwiga DZIDO (1918 - 1985)
Survivante hors du commun dont la dignité a triomphé de la barbarie
TÉMOIGNER
TÉMOIGNER
- expérience n°1
- expérience n°2
- expérience n°3 et n°4
Hélène HÉGIER Déportée polonaise
TÉMOIGNER
"J'ai été emmenée pour une opération le 21 novembre 1942. [..] J'étais en parfaite santé. On m'a d'abord ordonné de me laver dans les toilettes de l'hôpital [...]. Avant l'opération, le docteur Oberheuser s'est contenté de prendre ma température et de s'enquérir de mon état de santé. On a constaté que ma température était normale, et j'ai confirmé être en bonne santé. C'est tout. Aucun examen médical n'a été effectué. Avant l'opération, une infirmière allemande m'a rasé les deux jambes jusqu'aux genoux. Ensuite, j'ai reçu une injection intramusculaire qui m'a plongée dans un état de stupéfaction. On m'a également donné à boire un liquide incolore et inodore. Puis, sous l'effet de la stupéfaction mais encore consciente, on m'a transportée sur un brancard jusqu'à la porte du bloc opératoire, où j'ai reçu une perfusion et un masque. À ce moment-là, j'ai perdu connaissance. J'ai repris conscience dans mon lit, dans le hall. J'avais l'impression que mes deux jambes étaient paralysées de l'aine jusqu'aux pieds [...] J'ai regardé mes jambes et j'ai vu que des compresses de gaze étaient fixées par des bandes de plâtre sur chaque cuisse et chaque tibia [...]. Chaque plaie mesurait environ 15 cm de long. Je pense qu'une demi-heure environ après l'opération, j'avais déjà 39°C de fièvre[...]. La fièvre est restée constante pendant cinq ou six jours. Pendant cette période, j'ai ressenti une douleur intense au niveau de mes plaies ; une douleur semblable à celle que l'on éprouve lors de la formation d'un ulcère [...]. Aucun pansement n'a été appliqué durant ces cinq ou six jours. Ni la gaze ni les sparadraps que j'avais vus immédiatement après l'opération n'ont été changés. On m'a uniquement administré de la morphine sous forme liquide. [...] Mon organisme ne supportait pas la morphine et je vomissais systématiquement après en avoir pris. Après cinq ou six jours d'alitement, on m'a enfin posé un pansement. J'ai observé le déroulement de l'intervention. Elle consistait à retirer les points de suture et à appliquer des bandes de plâtre enduites d'une pommade jaune."
TÉMOIGNER
"Deux semaines après l'opération, une fois les plaies cicatrisées, j'ai subi une autre opération ; avant l'intervention, on m'a donné à boire un liquide incolore [...] et j'ai reçu une injection intraveineuse, un masque a de nouveau été placé sur ma tête. J'ai perdu connaissance. Je me suis réveillée dans mon lit. J'ai constaté qu'une compresse neuve, d'où suintait du sang, était posée sur ma cuisse gauche. Les pansements recouvrant mes autres plaies avaient été changés. Seule la plaie à la cuisse gauche était douloureuse. J'ai de nouveau eu une forte fièvre [...] pendant quelques jours, et lorsque j'appuyais sur cette plaie, du pus verdâtre remontait à travers la compresse. J'ai examiné la plaie quelques jours après l'intervention, après avoir retiré le pansement, et j'ai constaté qu'elle était complètement enflammée et suppurée. Mes amis m'ont fourni du matériel médical et j'ai improvisé un pansement en appliquant une compresse neuve enduite de pommade borique."
TÉMOIGNER
"Deux semaines plus tard, j'ai subi une troisième opération, qui consistait notamment à rouvrir la plaie de l'autre cuisse (la droite). Le déroulement des événements a été plus ou moins similaire à celui qui avait suivi la deuxième opération. Je tiens à préciser que lors de ma troisième intervention, j'avais encore une fièvre d'environ 39°C. Avant cette opération, on m'a injecté du « Prontosil ». Je le sais car c'est le docteur Oberheuser qui me l'a confirmé. Suite à cette injection, la plaie s'est infectée. Deux semaines après la troisième opération, j'en ai subi une quatrième, au cours de laquelle [...] on a rouvert ma plaie non cicatrisée sur la jambe gauche. La cicatrisation s'est déroulée plus ou moins de la même manière qu'après l'opération précédente, bien que cette fois-ci les bords de la plaie soient ouverts dans sa partie inférieure, comme soulevés ; j'avais l'impression qu'on m'avait inséré quelque chose dans la jambe. Du sang continuait de suinter à cet endroit. La plaie était insensible. Elle ne me faisait pas plus mal que les autres plaies post-opératoires. J'ai examiné la plaie environ une heure après la quatrième opération, lorsque je l'ai découverte moi-même. Mais la plaie me brûlait, et en cela elle différait de la douleur de mes autres plaies. Après la quatrième opération, je n'ai pas pu bouger les orteils pendant un mois et demi, car cela provoquait de fortes douleurs aux plaies. Je n'ai subi aucune autre opération. Officiellement, je recevais des pansements toutes les deux semaines. En dehors de cela, je les faisais moi-même."
TÉMOIGNER
"[...] Le rapport rédigé en juillet 1942 par Rascher et les accusés Ruff et Rombere qui décrit une expérience menée sur un ancien employé de charcuterie. [...] muni d'un masque à oxygène, [...] placé dans une chambre à une altitude atmosphérique de plus de 14 300 mètres[...] . Le masque [...] retiré et une descente en parachute simulée. Le rapport décrit les réactions de la victime :« convulsions spasmodiques », « respiration convulsive agonique », « convulsions cloniques et gémissements », « il crie », « se convulse les bras et les jambes », « grimace, se mord la langue », « ne répond pas à la parole », « donne l'impression d'avoir complètement perdu la raison ». Les preuves [...] établiront [...] que Ruff et Tomberg ont personnellement participé avec Rascher à des expériences ayant entraîné la mort et la torture ; que l’accusé Sievers a assisté aux expériences pendant une journée entière et a fait un rapport oral à Himmler sur ses observations ; que l’accusé R. Brandt était l’agent de Himmler pour fournir les sujets humains à ces expériences, mettre à la disposition de Rascher de nombreuses autres installations et lui apporter une aide générale ; [...] l’accusé Weltz, en sa qualité officielle, a insisté à plusieurs reprises sur la supervision, la responsabilité et le mérite des expériences."
Brigadier Général TELFORD Taylor
JUGER
Wilhelm BEIGLBÖCKmédecin nazi
Palais de justice de Nuremberg
Tribunal militaire international du procès de 23 dignitaires nazis
JUGER
Nuremberg a accueilli 13 procès militaires entre le 20/11/1945 et le 14/04/1949. Focalisons-nous sur le procès des médecins nazis. Les médecins nazis ont mené de nombreuses expériences médicales sur des prisonniers et déportés : - évaluation des chances de survie face à différents poisons - gazages - brûlures chimiques - stérilisations forcées - développements de vaccins - retraits de certains organes et études des conséquences qui en découlent, ou encore injections d'hydrocarbures. Les sujets n'avaient pas donné leur consentement et n'étaient pas informés de ce qui allait leur arriver. Ces atrocités ont eu lieu dans de nombreux camps de concentration comme à DACHAU ou encore à AUSCHWITZ.
Tribunal militaire international du procès des 23 dignitaires nazis
JUGER
Le tribunal est composé de quatre juges américains :
Harold L. SEBRING (Juge à la Cour Suprême de Floride)
Johnson T. CRAWFORD (Juge de district de l'Oklahoma)
Walter B. BEALS (Président, juge à la Cour Suprême de l'Etat de Washington)
Victor C. SWEARINGEN (Juge suppléant, ancien procureur du Michigan)
JUGER
Le palais de justice de Nuremberg a été construit au début du XXe siècle et reste connu pour avoir abrité les procès les plus célèbres de l'après guerre. C'est ici que la cruauté nazie a commencé, c'est dans cette ville que la haine du Juif est devenue légale, le 15/09/1935. C'était un signe de revanche face à ces années de massacres et d'oppressions, de finir cette barbarie là où tout a commencé. Du 20/11/1945 au 14/04/1949 se sont tenus les procès du siècle, dont 13 procès militaires. Aujourd'hui, il abrite le mémorial des procès de Nuremberg dans la pièce où les jugements ont été rendus. Le reste du bâtiment a gardé sa fonction de tribunal, notamment pour juger les meurtriers.
Palais de justice de Nuremberg
JUGER
JUGER
Wilhelm BEIGLBÖCK
Médecin viennois spécialisé en médecine interne, intègre le parti nazi en 1933. Accusé de "meurtres, tortures et autres atrocités commises au nom de la science médicale" par le général Telford. Le tribunal militaire voulait le déclarer coupable de "crime de guerre et de crime contre l’humanité". Ce à quoi, il répondra qu'il ne faisait qu'exécuter des ordres comme un simple soldat. Il sera donc condamné à 15 ans de prison, mais n'en fera que 10. Dr Beiglöck exerça à nouveau après sa peine, comme de nombreux autres médecins condamnés. Cette reprise d'activité est possible car les instances médicales allemandes ne reconnaissaient pas les sanctions appliquées par le procès de Nuremberg.
Vous allez maintenant connaître la décision prise par les juges du procès envers les médecins nazis.
Mais avant cela, posez-vous la question : Quelle décision auriez-vous prise au vu de l'enquête que vous venez de suivre ?
Parmi les 23 médecins jugés16 accusés sont reconnus coupables sans possibilité d'appel : - 4 à de longues peines de prison - 5 à la prison à perpétuité - 7 à la peine de mort (pendaison) Tous adressent une demande de grâce auprès de Lucius Clay, gouverneur de la zone américaine, qui leur sera refusée. 7 accusés sont acquittés de crime contre l'humanité, la culpabilité devant être établie "au-delà d'un doute raisonnable" en application de la "Common Law". Dès le lendemain du procès, certains retourneront travailler. Karl Brandt se verra refuser sa demande aux autorités américaines, qui visait à lui faire subir une expérience médicale n'offrant aucune chance de survie.
SOURCES DOCUMENTAIRES
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