« Qu’est-ce qui se passera quand les jeunes auront atteint l’âge requis ? Ils risquent de s’y précipiter sans limite et sans éducation. Je suis sceptique face à une majorité numérique fixée à 16 ans. Par ailleurs, le problème central n’est pas seulement l’âge, mais aussi la toxicité de certains algorithmes conçus pour faire scroller à l’infini. Les jeunes, dont le cerveau et le contrôle des impulsions sont encore en développement, sont particulièrement vulnérables à ces mécanismes. (D’ailleurs même les adultes peinent à s’autoréguler.) Les adolescents et adolescentes peuvent en outre être exposés à des contenus inappropriés (violence, désinformation, discours misogynes ou masculinistes) sans toujours avoir le recul critique nécessaire. Sans nier la nécessité d’un cadre, je mets aussi en garde contre les effets pervers d’une interdiction stricte : les jeunes ont une grande capacité à contourner les règles : VPN, fausses identités, comptes empruntés… ils font preuve d’une réelle créativité. Le risque, c’est qu’en contournant la règle et en rencontrant des problèmes en ligne ils n’osent plus en parler. À mes yeux, les solutions devraient venir du côté des plateformes, avec des algorithmes moins addictifs, une meilleure modération et un contrôle accru des contenus. Cela, bien sûr, complété par de la prévention, de l’éducation numérique et des outils de contrôle parental, plutôt qu’une interdiction fondée uniquement sur l’âge. »
« Je suis très critique face à l’idée d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Réguler uniquement par l’âge un ensemble de plateformes aussi différentes, en les traitant comme un tout homogène, me paraît simpliste, peu réaliste et d’une efficacité questionnable. Les usages et risques varient fortement selon les plateformes. L’expérience montre que la prohibition pousse aux contournements et répond davantage à une logique de peur qu’à une approche plus nuancée et fondée sur les données scientifiques. À mon sens, il faudrait en premier lieu réguler l’industrie elle-même, responsabiliser les plateformes sur leurs contenus et leurs algorithmes, proposer des recommandations d’âge différenciées selon les réseaux, et développer la prévention, l’information et l’éducation numérique, plutôt qu’imposer une interdiction globale et indifférenciée. Réguler les utilisateurs et utilisatrices sans réguler les plateformes, c’est se tromper de cible. »
Stéphanie Baggio, professeure associée en évaluation des interventions en psychologie au sein de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Unil.
Joël Billieux, professeur de psychologie clinique à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Unil et expert à l'OMS sur les questions de santé publique liées aux technologies numériques.
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Created on January 7, 2026
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« Qu’est-ce qui se passera quand les jeunes auront atteint l’âge requis ? Ils risquent de s’y précipiter sans limite et sans éducation. Je suis sceptique face à une majorité numérique fixée à 16 ans. Par ailleurs, le problème central n’est pas seulement l’âge, mais aussi la toxicité de certains algorithmes conçus pour faire scroller à l’infini. Les jeunes, dont le cerveau et le contrôle des impulsions sont encore en développement, sont particulièrement vulnérables à ces mécanismes. (D’ailleurs même les adultes peinent à s’autoréguler.) Les adolescents et adolescentes peuvent en outre être exposés à des contenus inappropriés (violence, désinformation, discours misogynes ou masculinistes) sans toujours avoir le recul critique nécessaire. Sans nier la nécessité d’un cadre, je mets aussi en garde contre les effets pervers d’une interdiction stricte : les jeunes ont une grande capacité à contourner les règles : VPN, fausses identités, comptes empruntés… ils font preuve d’une réelle créativité. Le risque, c’est qu’en contournant la règle et en rencontrant des problèmes en ligne ils n’osent plus en parler. À mes yeux, les solutions devraient venir du côté des plateformes, avec des algorithmes moins addictifs, une meilleure modération et un contrôle accru des contenus. Cela, bien sûr, complété par de la prévention, de l’éducation numérique et des outils de contrôle parental, plutôt qu’une interdiction fondée uniquement sur l’âge. »
« Je suis très critique face à l’idée d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Réguler uniquement par l’âge un ensemble de plateformes aussi différentes, en les traitant comme un tout homogène, me paraît simpliste, peu réaliste et d’une efficacité questionnable. Les usages et risques varient fortement selon les plateformes. L’expérience montre que la prohibition pousse aux contournements et répond davantage à une logique de peur qu’à une approche plus nuancée et fondée sur les données scientifiques. À mon sens, il faudrait en premier lieu réguler l’industrie elle-même, responsabiliser les plateformes sur leurs contenus et leurs algorithmes, proposer des recommandations d’âge différenciées selon les réseaux, et développer la prévention, l’information et l’éducation numérique, plutôt qu’imposer une interdiction globale et indifférenciée. Réguler les utilisateurs et utilisatrices sans réguler les plateformes, c’est se tromper de cible. »
Stéphanie Baggio, professeure associée en évaluation des interventions en psychologie au sein de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Unil.
Joël Billieux, professeur de psychologie clinique à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Unil et expert à l'OMS sur les questions de santé publique liées aux technologies numériques.