Affaire
Gourdin
Novembre 1883 - Infanticide
Tim Artigue, Augustin de Botherel et Clara Magnat
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Mesdames, messieurs les jurés, nous allons vous reconstituer une affaire policière qui s'est déroulée en 1883. Nous avons décidé de vous présenter ce dossier car nous aimons décortiquer les affaires intéressantes, pleines de détails. Nous avons d'autant plus aimé pouvoir approfondir cette histoire, notamment par notre incompréhension vis à vis de la sentence donnée par les juges. Ce fut une expérience des plus intéressantes. Ces longues heures laborieuses à déchiffrer le dossier du procès, numérisé aux archives départementales des Yvelines ont donné fruit à leur travail. En découvrant les petits éléments de l'enquête, nous avons fini par découvrir la raison de cette condamnation.
Clara Magnat, Augustin de Botherel et Tim Artigue
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M. Rennes, bienvenue à la Cour d'Assises de Versailles. Nous sommes le 23 novembre 1883, il est 10h du matin, et vous allez assister au procès de Mme Albertine Héloïse Gourdin, née Bance. Elle est accusée d'avoir donné volontairement la mort à son enfant nouveau-né. En tant que juré, votre but est de découvrir la vérité, et les faces cachées de cette sombre affaire, troublante et inquiétante.
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Avez-vous autre chose à dire pour votre défense ?
Non monsieur le président.
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Messieurs les jurés vont se réunir pour délibérer entre eux.
Mesdames, Messieurs les jurés,Nous arrivons aujourd’hui au terme de cette affaire. Durant la préparation du concours, nous avons dû faire preuve de persévérance et de concentration, notamment pour comprendre les raisons de l’acquittement de Mme Gourdin, qui n’étaient pas clairement indiquées dans les documents. Nous remercions les archives départementales des Yvelines et du Val-d’Oise pour la numérisation des dossiers. Nous remercions tout particulièrement notre professeure d’histoire, Mme Gauthier, pour son aide précieuse durant nos recherches : elle nous a guidés, conseillés et encouragés tout au long de ce travail. Cette enquête nous a permis de mieux comprendre la complexité de la justice et l’importance du travail de l’historien.
Augustin de Botherel, Tim Artigue et Clara Magnat
M.Rennes, bienvenue à la Cour d'Assise de Versailles. Nous sommes le 23 novembre 1883, il est 10h du matin, et vous allez assister au procès contre Mme Albertine Héloïse Gourdin, née Bance. Elle est accusée d'avoir donné volontairement la mort à son enfant nouveau-né. En tant que juré, votre but est de découvrir la vérité, et les faces cachées de cette affaire sombre, troublante et inquiétante.
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
M. de Froidefond des Farges
Avocat de Mme Gourdin
Ce qu'il aurait pu dire²
Contexte
Messieurs les jurés, la science elle-même hésite. Deux médecins, deux conclusions opposées. L'un nous dit que l'enfant porte des traces exterieures de violence, l'autre prétend le contraire. Comment condamner lorsqu’il subsiste un doute aussi grave ? D'autre part, M. le Dr Bibard constate que les poumons ne remplissent qu'en partie la cavité thoracique et que, par conséquent, la respiration ne s'est pas entièrement accomplie. La respiration incomplète démontre que l’enfant pouvait être né sans véritable vie autonome. Le droit ne punit pas la mort d’un enfant mort-né. Par ailleurs, Mme Gourdin vit chez ses parents et est séparée de son mari depuis 2 ans. Ayant déjà trois enfants à élever, elle avait redouté ce surcroît de charge comme devant être trop pénible pour elle et ses parents. Alors, une question demeure à la fin de ce procès : l’accusation a-t-elle apporté la preuve certaine que cet enfant a vécu ? Non.
Elle propose une interprétation possible, mais elle ne démontre pas. Certes, la situation personnelle de Mme Gourdin a pu inspirer des soupçons. Mais les soupçons ne sont pas des preuves. La justice humaine n’a pas le droit de frapper lorsqu’elle n’est pas certaine. Je vous en conjure : ne faites pas d’une femme accablée une criminelle que rien ne prouve. Au nom de la raison, au nom de l’humanité, au nom de cette justice que vous représentez aujourd’hui, Messieurs les jurés, Je vous demande de rendre à Mme Gourdin ce que la loi exige avant toute condamnation : le bénéfice du doute. Je vous demande son acquittement.
Roger de Froidefond des Farges a été procureur général à Versailles, puis avocat.¹ Mme Gourdin n'ayant pas demandé de conseil pour l'aider dans sa défense, c'est M. de Froidefond des Farges, avocat à Versailles qui a été nommé d’office conseil de l’accusé.
¹ Source : Wikipédia
²Nous n'avons aucun élément concernant l'Avocat, mis à part son nom. Vu les examens des médecins, et la situation familiale de l'inculpée, nous avons imaginé ce que l'avocat de Mme Gourdin aurait pu dire dans sa plaidoirie
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 17 et 33
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
M. Le Procureur
Son réquisitoire probable
Le 12 août 1883, vers 3h de l’après-midi, la née Bance femme Gourdin, séparée de son mari depuis environ 2 ans, et demeurant chez ses parents à Butry, commune d’Auvers sur Oise, accouchant clandestinement d’un enfant de sexe masculin ; elle étrangla aussitôt le nouveau-né, l’enveloppa dans un linge et y conserva le corps dans sa chambre durant 2 jours. Elle a agi de sang froid, eu pleine connaissance de cause. Elle a allégué comme excuse qu’elle craignait que cet enfant fut une nouvelle charge pour ses parents ; mais cette considération tardive ne saurait justifier son crime ; alors même qu’elle serait vraie. Rappelons également que la femme Gourdin se serait prostituée depuis sa tendre jeunesse, et que l'enfant qu'elle avait étranglé était le fruit de l'adultère. En conséquence, Messieurs les jurés, attendu qu’il résulte de l’instruction et des débats des charges suffisantes contre la nommée Femme Gourdin, d’avoir, le premier août 1883, à Auvers-sur-Oise, volontairement donné la mort à son enfant nouveau-né, crime prévu et puni par les articles 300 et 302 du Code pénal ; Vu également l’article 133 du Code d’instruction criminelle ; Je vous requiers, en votre âme et conscience, de déclarer l’accusée coupable des faits qui lui sont reprochés
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 33, 34 et 37
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
M. Durand
Président du tribunal
Chevalier de la légion d'honneur
" Madame Albertine, Héloïse Bance, femme Gourdin, est née le 15 mai 1853 à Butry, commune d'Auvers, dans le département de Seine et Oise ".
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 16
Albertine Héloïse Bance
Femme Gourdin
L'accusée
Qui est-elle ?
Sa version des faits
Demande : Quels sont vos nom, prénom âge lieu de naissance profession et demeure Réponse : Je m’appelle Bance Albertine Gourdin, âgée de 26 ans, née à Auvers le 11/05/1857, fille de Louis Antoine et de Honorine Groisy. Profession Journalière. Domicile : A Butry (Commune d’Auvers).D : Avez-vous déjà été condamnée ? R : Non Monsieur. D : Vous êtes inculpée d’avoir le 12 août 1883 à Butry commune d’Auvers, volontairement donné la mort à l’enfant dont vous veniez d’être accouchée. R : C’est vrai, j’étais enceinte, mais j’avais caché mon état à ma mère chez laquelle j’habitais. J'avais l'intention de m'en aller à Paris pour faire mes couches mais j'ai voulu rester pour la moisson. Je suis allée aux champs samedi dernier, j'ai ressenti quelques douleurs pas très vives, et je ne me suis couchée que le soir.
Le dimanche, je ne suis pas allée travailler, et après avoir fait déjeûner mes enfants, je me suis couchée vers 8h30. Je me suis relevée à midi pour leur faire dîner. Après m'être recouchée, j'ai accouchée vers 3 heures sans l'aide de personne. L'enfant était bien vivant. Je lui ai laissé le pouce sur la gorge jusqu'à ce qu'il ait cessé de respirer, puis je l'ai enveloppé dans un linge propre et je l'ai caché au pied de mon lit. Je me suis levée lundi mais je ne suis pas allée aux champs. C'est le mardi dans l'après-midi que je l'ai emporté dans le jardin et que je l'ai mis dans un trou que j'ai creusé. Je ne sais pas comment je me suis laissée à aller faire cela. J'ai trois enfants et je suis séparée de mon mari depuis deux ans.J'ai eu peur que cet enfant soit une charge en plus pour mes parents.
Née en 1857, elle a 26 ans au moment des faits. Elle est séparée de son mari depuis deux ans et vit chez ses parents à Butry avec ses 3 enfants. Mme Gourdin ne sait ni lire, ni écrire. Elle est journalière, mesure 1,80m, a les yeux gris et les cheveux blonds.Un de ses frères a été condamné en 1877 par la Cour d’Assise de Seine et Oise aux travaux forcés à perpétuité pour assassinat.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 42 et 43
Archives départementales du Val d'Oise Actes de naissance d’Auvers sur oise de 1853-1857, p. 142 côte : 3 E 12 43 - 1853-1857 1853-1857
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
Les 12 jurés du procès
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 4
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
M. Rennes,
Peut-être avez-vous été un peu dure avec Mme Gourdin ? L'ensemble du jury a choisi d'acquitter Albertine Héloïse Bance. Cependant, on peut remarquer que les membres du jury ont hésité jusqu'au dernier moment, ce que l'on peut remarquer avec la rature sur le procès-verbal. On peut distinguer un "oui à la majorité".
Suivant
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 1 et 3
M. Rennes,
Sachez que votre avis est celui de l'ensemble du jury. Mme Gourdin a été acquittée, aucune peine ne lui sera infligée. Cependant, on peut remarquer que les membres du jury ont hésité jusqu'au dernier moment, ce que l'on peut remarquer avec la rature sur le procès-verbal. On peut distinguer un "oui à la majorité".
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 1 et 3
Suivant
Albertine Héloïse Bance
Femme Gourdin
L'accusée
Qui est-elle ?
Sa version des faits
Demande : Quels sont vos nom, prénom âge lieu de naissance profession et demeure Réponse : Je m’appelle Bance Albertine Gourdin, âgée de 26 ans, née à Auvers le 11/05/1857, fille de Louis Antoine et de Honorine Groisy. Profession Journalière. Domicile : A Butry (Commune d’Auvers).D : Avez-vous déjà été condamnée ? R : Non Monsieur. D : Vous êtes inculpée d’avoir le 12 août 1883 à Butry commune d’Auvers, volontairement donné la mort à l’enfant dont vous veniez d’être accouchée. R : C’est vrai, j’étais enceinte, mais j’avais caché mon état à ma mère chez laquelle j’habitais. J'avais l'intention de m'en aller à Paris pour faire mes couches mais j'ai voulu rester pour la moisson. Je suis allée aux champs samedi dernier, j'ai ressenti quelques douleurs pas très vives, et je ne me suis couchée que le soir.
Le dimanche, je ne suis pas allée travailler, et après avoir fait déjeûner mes enfants, je me suis couchée vers 8h30. Je me suis relevée à midi pour leur faire dîner. Après m'être recouchée, j'ai accouchée vers 3 heures sans l'aide de personne. L'enfant était bien vivant. Je lui ai laissé le pouce sur la gorge jusqu'à ce qu'il ait cessé de respirer, puis je l'ai enveloppé dans un linge propre et je l'ai caché au pied de mon lit. Je me suis levée lundi mais je ne suis pas allée aux champs. C'est le mardi dans l'après-midi que je l'ai emporté dans le jardin et que je l'ai mis dans un trou que j'ai creusé. Je ne sais pas comment je me suis laissée à aller faire cela. J'ai trois enfants et je suis séparée de mon mari depuis deux ans.J'ai eu peur que cet enfant soit une charge en plus pour mes parents.
Née en 1857, elle a 26 ans au moment des faits. Elle est séparée de son mari depuis deux ans et vit chez ses parents à Butry avec ses 3 enfants. Mme Gourdin ne sait ni lire, ni écrire. Elle est journalière, mesure 1,80m, a les yeux gris et les cheveux blonds.Un de ses frères a été condamné en 1877 par la Cour d’Assise de Seine et Oise aux travaux forcés à perpétuité pour assassinat.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 42 et 43
Archives départementales du Val d'Oise Actes de naissance d’Auvers sur oise de 1853-1857, p. 142 côte : 3 E 12 43 - 1853-1857 1853-1857
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
M. Durand
Président du tribunal
Chevalier de la légion d'honneur
" Madame Albertine, Héloïse Bance, femme Gourdin, est née le 15 mai 1853 à Butry, commune d'Auvers, dans le département de Seine et Oise ".
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 16
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
M. de Froidefond des farges
Avocat de Mme Gourdin
Contexte
Ce qu'il aurait pu dire¹
Messieurs les jurés, la science elle-même hésite. Deux médecins, deux conclusions opposées. L'un nous dit que l'enfant porte des traces exterieures de violence, l'autre prétend le contraire. Comment condamner lorsqu’il subsiste un doute aussi grave ? D'autre part, M. le Dr Bibard constate que les poumons ne remplissent qu'en partie la cavité thoracique et que, par conséquent, la respiration ne s'est pas entièrement accomplie. La respiration incomplète démontre que l’enfant pouvait être né sans véritable vie autonome. Le droit ne punit pas la mort d’un enfant mort-né. Par ailleurs, Mme Gourdin vit chez ses parents et est séparée de son mari depuis 2 ans. Ayant déjà trois enfants à élever, elle avait redouté ce surcroît de charge comme devant être trop pénible pour elle et ses parents. Alors, une question demeure à la fin de ce procès : l’accusation a-t-elle apporté la preuve certaine que cet enfant a vécu ? Non.
Elle propose une interprétation possible, mais elle ne démontre pas. Certes, la situation personnelle de Mme Gourdin a pu inspirer des soupçons. Mais les soupçons ne sont pas des preuves. La justice humaine n’a pas le droit de frapper lorsqu’elle n’est pas certaine. Je vous en conjure : ne faites pas d’une femme accablée une criminelle que rien ne prouve. Au nom de la raison, au nom de l’humanité, au nom de cette justice que vous représentez aujourd’hui, Messieurs les jurés, Je vous demande de rendre à Mme Gourdin ce que la loi exige avant toute condamnation : le bénéfice du doute. Je vous demande son acquittement.
Roger de Froidefond des Farges a été procureur général à Versailles, puis avocat.Mme Gourdin n'ayant pas demandé de conseil pour l'aider dans sa défense, c'est M. de Froidefond des Farges, avocat à Versailles qui a été nommé d’office conseil de l’accusé.
¹Nous n'avons aucun élément concernant l'Avocat, mise à part son nom. Vu les examens des médecins, et la situation familiale de l'inculpée, nous avons imaginés ce que l'avocat de Mme Gourdin aurait pu dire.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 17 et 33
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
M. Le Procureur
Son réquisitoire probable
Le 12 août 1883, vers 3h de l’après-midi, la née Bance femme Gourdin, séparée de son mari depuis environ 2 ans, et demeurant chez ses parents à Butry, commune d’Auvers sur Oise, accouchant clandestinement d’un enfant de sexe masculin ; elle étrangla aussitôt le nouveau-né, l’enveloppa dans un linge et y conserva le corps dans sa chambre durant 2 jours. Elle a agi de sang froid, eu pleine connaissance de cause. Elle a allégué comme excuse qu’elle craignait que cet enfant fut une nouvelle charge pour ses parents ; mais cette considération tardive ne saurait justifier son crime ; alors même qu’elle serait vraie. Rappelons également que la femme Gourdin se serait prostituée depuis sa tendre jeunesse, et que l'enfant qu'elle avait étranglé était le fruit de l'adultère. En conséquence, attendu que de ces faits résultent charges suffisantes contre la Femme Gourdin d'avoir le premier aout 1883 à Auvers sur oise, volontairement donné la mort à son enfant nouveau né. Crime prévu par l'article 300 et 302 du code pénal, et vu l'article 133 du code d'Instruction criminelle.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 33, et 37
Les 12 jurés du procès
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
Les 12 jurés du procès
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 4
M. Durand
Président du tribunal
Chevalier de la légion d'honneur
" Madame Albertine, Héloïse Bance, femme Gourdin, est née le 15 mai 1853 à Butry, commune d'Auvers, dans le département de Seine et Oise ".
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 16
Affaire Gourdin
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Affaire
Gourdin
Novembre 1883 - Infanticide
Tim Artigue, Augustin de Botherel et Clara Magnat
Suivant
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Mesdames, messieurs les jurés, nous allons vous reconstituer une affaire policière qui s'est déroulée en 1883. Nous avons décidé de vous présenter ce dossier car nous aimons décortiquer les affaires intéressantes, pleines de détails. Nous avons d'autant plus aimé pouvoir approfondir cette histoire, notamment par notre incompréhension vis à vis de la sentence donnée par les juges. Ce fut une expérience des plus intéressantes. Ces longues heures laborieuses à déchiffrer le dossier du procès, numérisé aux archives départementales des Yvelines ont donné fruit à leur travail. En découvrant les petits éléments de l'enquête, nous avons fini par découvrir la raison de cette condamnation.
Clara Magnat, Augustin de Botherel et Tim Artigue
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Fonctionnement du GeniallyVous allez suivre l’affaire étape par étape à travers ce Genially interactif. Une fois dans le tribunal, vous pourrez cliquer sur les boutons interactifs afin d’accéder aux différentes personnes impliquées dans l’affaire. Pour fermer une fenêtre, il vous suffit de cliquer sur la croix située dans le coin de celle-ci. À tout moment, vous pouvez revenir aux pages précédentes grâce au menu déroulant en haut à gauche ( ) puis sélectionner la page souhaitée. Pour revenir en arrière, cliquez sur Utilisez le bouton pour passer à la page suivante. Les documents numérisés peuvent être agrandis : cliquez simplement dessus pour les afficher en taille plus lisible.
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M. Rennes, bienvenue à la Cour d'Assises de Versailles. Nous sommes le 23 novembre 1883, il est 10h du matin, et vous allez assister au procès de Mme Albertine Héloïse Gourdin, née Bance. Elle est accusée d'avoir donné volontairement la mort à son enfant nouveau-né. En tant que juré, votre but est de découvrir la vérité, et les faces cachées de cette sombre affaire, troublante et inquiétante.
Suivant
Avez-vous autre chose à dire pour votre défense ?
Non monsieur le président.
Suivant
Messieurs les jurés vont se réunir pour délibérer entre eux.
Mesdames, Messieurs les jurés,Nous arrivons aujourd’hui au terme de cette affaire. Durant la préparation du concours, nous avons dû faire preuve de persévérance et de concentration, notamment pour comprendre les raisons de l’acquittement de Mme Gourdin, qui n’étaient pas clairement indiquées dans les documents. Nous remercions les archives départementales des Yvelines et du Val-d’Oise pour la numérisation des dossiers. Nous remercions tout particulièrement notre professeure d’histoire, Mme Gauthier, pour son aide précieuse durant nos recherches : elle nous a guidés, conseillés et encouragés tout au long de ce travail. Cette enquête nous a permis de mieux comprendre la complexité de la justice et l’importance du travail de l’historien.
Augustin de Botherel, Tim Artigue et Clara Magnat
M.Rennes, bienvenue à la Cour d'Assise de Versailles. Nous sommes le 23 novembre 1883, il est 10h du matin, et vous allez assister au procès contre Mme Albertine Héloïse Gourdin, née Bance. Elle est accusée d'avoir donné volontairement la mort à son enfant nouveau-né. En tant que juré, votre but est de découvrir la vérité, et les faces cachées de cette affaire sombre, troublante et inquiétante.
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
M. de Froidefond des Farges
Avocat de Mme Gourdin
Ce qu'il aurait pu dire²
Contexte
Messieurs les jurés, la science elle-même hésite. Deux médecins, deux conclusions opposées. L'un nous dit que l'enfant porte des traces exterieures de violence, l'autre prétend le contraire. Comment condamner lorsqu’il subsiste un doute aussi grave ? D'autre part, M. le Dr Bibard constate que les poumons ne remplissent qu'en partie la cavité thoracique et que, par conséquent, la respiration ne s'est pas entièrement accomplie. La respiration incomplète démontre que l’enfant pouvait être né sans véritable vie autonome. Le droit ne punit pas la mort d’un enfant mort-né. Par ailleurs, Mme Gourdin vit chez ses parents et est séparée de son mari depuis 2 ans. Ayant déjà trois enfants à élever, elle avait redouté ce surcroît de charge comme devant être trop pénible pour elle et ses parents. Alors, une question demeure à la fin de ce procès : l’accusation a-t-elle apporté la preuve certaine que cet enfant a vécu ? Non.
Elle propose une interprétation possible, mais elle ne démontre pas. Certes, la situation personnelle de Mme Gourdin a pu inspirer des soupçons. Mais les soupçons ne sont pas des preuves. La justice humaine n’a pas le droit de frapper lorsqu’elle n’est pas certaine. Je vous en conjure : ne faites pas d’une femme accablée une criminelle que rien ne prouve. Au nom de la raison, au nom de l’humanité, au nom de cette justice que vous représentez aujourd’hui, Messieurs les jurés, Je vous demande de rendre à Mme Gourdin ce que la loi exige avant toute condamnation : le bénéfice du doute. Je vous demande son acquittement.
Roger de Froidefond des Farges a été procureur général à Versailles, puis avocat.¹ Mme Gourdin n'ayant pas demandé de conseil pour l'aider dans sa défense, c'est M. de Froidefond des Farges, avocat à Versailles qui a été nommé d’office conseil de l’accusé.
¹ Source : Wikipédia
²Nous n'avons aucun élément concernant l'Avocat, mis à part son nom. Vu les examens des médecins, et la situation familiale de l'inculpée, nous avons imaginé ce que l'avocat de Mme Gourdin aurait pu dire dans sa plaidoirie
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 17 et 33
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
M. Le Procureur
Son réquisitoire probable
Le 12 août 1883, vers 3h de l’après-midi, la née Bance femme Gourdin, séparée de son mari depuis environ 2 ans, et demeurant chez ses parents à Butry, commune d’Auvers sur Oise, accouchant clandestinement d’un enfant de sexe masculin ; elle étrangla aussitôt le nouveau-né, l’enveloppa dans un linge et y conserva le corps dans sa chambre durant 2 jours. Elle a agi de sang froid, eu pleine connaissance de cause. Elle a allégué comme excuse qu’elle craignait que cet enfant fut une nouvelle charge pour ses parents ; mais cette considération tardive ne saurait justifier son crime ; alors même qu’elle serait vraie. Rappelons également que la femme Gourdin se serait prostituée depuis sa tendre jeunesse, et que l'enfant qu'elle avait étranglé était le fruit de l'adultère. En conséquence, Messieurs les jurés, attendu qu’il résulte de l’instruction et des débats des charges suffisantes contre la nommée Femme Gourdin, d’avoir, le premier août 1883, à Auvers-sur-Oise, volontairement donné la mort à son enfant nouveau-né, crime prévu et puni par les articles 300 et 302 du Code pénal ; Vu également l’article 133 du Code d’instruction criminelle ; Je vous requiers, en votre âme et conscience, de déclarer l’accusée coupable des faits qui lui sont reprochés
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 33, 34 et 37
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
M. Durand
Président du tribunal
Chevalier de la légion d'honneur
" Madame Albertine, Héloïse Bance, femme Gourdin, est née le 15 mai 1853 à Butry, commune d'Auvers, dans le département de Seine et Oise ".
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 16
Albertine Héloïse Bance
Femme Gourdin
L'accusée
Qui est-elle ?
Sa version des faits
Demande : Quels sont vos nom, prénom âge lieu de naissance profession et demeure Réponse : Je m’appelle Bance Albertine Gourdin, âgée de 26 ans, née à Auvers le 11/05/1857, fille de Louis Antoine et de Honorine Groisy. Profession Journalière. Domicile : A Butry (Commune d’Auvers).D : Avez-vous déjà été condamnée ? R : Non Monsieur. D : Vous êtes inculpée d’avoir le 12 août 1883 à Butry commune d’Auvers, volontairement donné la mort à l’enfant dont vous veniez d’être accouchée. R : C’est vrai, j’étais enceinte, mais j’avais caché mon état à ma mère chez laquelle j’habitais. J'avais l'intention de m'en aller à Paris pour faire mes couches mais j'ai voulu rester pour la moisson. Je suis allée aux champs samedi dernier, j'ai ressenti quelques douleurs pas très vives, et je ne me suis couchée que le soir.
Le dimanche, je ne suis pas allée travailler, et après avoir fait déjeûner mes enfants, je me suis couchée vers 8h30. Je me suis relevée à midi pour leur faire dîner. Après m'être recouchée, j'ai accouchée vers 3 heures sans l'aide de personne. L'enfant était bien vivant. Je lui ai laissé le pouce sur la gorge jusqu'à ce qu'il ait cessé de respirer, puis je l'ai enveloppé dans un linge propre et je l'ai caché au pied de mon lit. Je me suis levée lundi mais je ne suis pas allée aux champs. C'est le mardi dans l'après-midi que je l'ai emporté dans le jardin et que je l'ai mis dans un trou que j'ai creusé. Je ne sais pas comment je me suis laissée à aller faire cela. J'ai trois enfants et je suis séparée de mon mari depuis deux ans.J'ai eu peur que cet enfant soit une charge en plus pour mes parents.
Née en 1857, elle a 26 ans au moment des faits. Elle est séparée de son mari depuis deux ans et vit chez ses parents à Butry avec ses 3 enfants. Mme Gourdin ne sait ni lire, ni écrire. Elle est journalière, mesure 1,80m, a les yeux gris et les cheveux blonds.Un de ses frères a été condamné en 1877 par la Cour d’Assise de Seine et Oise aux travaux forcés à perpétuité pour assassinat.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 42 et 43
Archives départementales du Val d'Oise Actes de naissance d’Auvers sur oise de 1853-1857, p. 142 côte : 3 E 12 43 - 1853-1857 1853-1857
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
Les 12 jurés du procès
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 4
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
M. Rennes,
Peut-être avez-vous été un peu dure avec Mme Gourdin ? L'ensemble du jury a choisi d'acquitter Albertine Héloïse Bance. Cependant, on peut remarquer que les membres du jury ont hésité jusqu'au dernier moment, ce que l'on peut remarquer avec la rature sur le procès-verbal. On peut distinguer un "oui à la majorité".
Suivant
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 1 et 3
M. Rennes,
Sachez que votre avis est celui de l'ensemble du jury. Mme Gourdin a été acquittée, aucune peine ne lui sera infligée. Cependant, on peut remarquer que les membres du jury ont hésité jusqu'au dernier moment, ce que l'on peut remarquer avec la rature sur le procès-verbal. On peut distinguer un "oui à la majorité".
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 1 et 3
Suivant
Albertine Héloïse Bance
Femme Gourdin
L'accusée
Qui est-elle ?
Sa version des faits
Demande : Quels sont vos nom, prénom âge lieu de naissance profession et demeure Réponse : Je m’appelle Bance Albertine Gourdin, âgée de 26 ans, née à Auvers le 11/05/1857, fille de Louis Antoine et de Honorine Groisy. Profession Journalière. Domicile : A Butry (Commune d’Auvers).D : Avez-vous déjà été condamnée ? R : Non Monsieur. D : Vous êtes inculpée d’avoir le 12 août 1883 à Butry commune d’Auvers, volontairement donné la mort à l’enfant dont vous veniez d’être accouchée. R : C’est vrai, j’étais enceinte, mais j’avais caché mon état à ma mère chez laquelle j’habitais. J'avais l'intention de m'en aller à Paris pour faire mes couches mais j'ai voulu rester pour la moisson. Je suis allée aux champs samedi dernier, j'ai ressenti quelques douleurs pas très vives, et je ne me suis couchée que le soir.
Le dimanche, je ne suis pas allée travailler, et après avoir fait déjeûner mes enfants, je me suis couchée vers 8h30. Je me suis relevée à midi pour leur faire dîner. Après m'être recouchée, j'ai accouchée vers 3 heures sans l'aide de personne. L'enfant était bien vivant. Je lui ai laissé le pouce sur la gorge jusqu'à ce qu'il ait cessé de respirer, puis je l'ai enveloppé dans un linge propre et je l'ai caché au pied de mon lit. Je me suis levée lundi mais je ne suis pas allée aux champs. C'est le mardi dans l'après-midi que je l'ai emporté dans le jardin et que je l'ai mis dans un trou que j'ai creusé. Je ne sais pas comment je me suis laissée à aller faire cela. J'ai trois enfants et je suis séparée de mon mari depuis deux ans.J'ai eu peur que cet enfant soit une charge en plus pour mes parents.
Née en 1857, elle a 26 ans au moment des faits. Elle est séparée de son mari depuis deux ans et vit chez ses parents à Butry avec ses 3 enfants. Mme Gourdin ne sait ni lire, ni écrire. Elle est journalière, mesure 1,80m, a les yeux gris et les cheveux blonds.Un de ses frères a été condamné en 1877 par la Cour d’Assise de Seine et Oise aux travaux forcés à perpétuité pour assassinat.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 42 et 43
Archives départementales du Val d'Oise Actes de naissance d’Auvers sur oise de 1853-1857, p. 142 côte : 3 E 12 43 - 1853-1857 1853-1857
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
M. Durand
Président du tribunal
Chevalier de la légion d'honneur
" Madame Albertine, Héloïse Bance, femme Gourdin, est née le 15 mai 1853 à Butry, commune d'Auvers, dans le département de Seine et Oise ".
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 16
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
M. de Froidefond des farges
Avocat de Mme Gourdin
Contexte
Ce qu'il aurait pu dire¹
Messieurs les jurés, la science elle-même hésite. Deux médecins, deux conclusions opposées. L'un nous dit que l'enfant porte des traces exterieures de violence, l'autre prétend le contraire. Comment condamner lorsqu’il subsiste un doute aussi grave ? D'autre part, M. le Dr Bibard constate que les poumons ne remplissent qu'en partie la cavité thoracique et que, par conséquent, la respiration ne s'est pas entièrement accomplie. La respiration incomplète démontre que l’enfant pouvait être né sans véritable vie autonome. Le droit ne punit pas la mort d’un enfant mort-né. Par ailleurs, Mme Gourdin vit chez ses parents et est séparée de son mari depuis 2 ans. Ayant déjà trois enfants à élever, elle avait redouté ce surcroît de charge comme devant être trop pénible pour elle et ses parents. Alors, une question demeure à la fin de ce procès : l’accusation a-t-elle apporté la preuve certaine que cet enfant a vécu ? Non.
Elle propose une interprétation possible, mais elle ne démontre pas. Certes, la situation personnelle de Mme Gourdin a pu inspirer des soupçons. Mais les soupçons ne sont pas des preuves. La justice humaine n’a pas le droit de frapper lorsqu’elle n’est pas certaine. Je vous en conjure : ne faites pas d’une femme accablée une criminelle que rien ne prouve. Au nom de la raison, au nom de l’humanité, au nom de cette justice que vous représentez aujourd’hui, Messieurs les jurés, Je vous demande de rendre à Mme Gourdin ce que la loi exige avant toute condamnation : le bénéfice du doute. Je vous demande son acquittement.
Roger de Froidefond des Farges a été procureur général à Versailles, puis avocat.Mme Gourdin n'ayant pas demandé de conseil pour l'aider dans sa défense, c'est M. de Froidefond des Farges, avocat à Versailles qui a été nommé d’office conseil de l’accusé.
¹Nous n'avons aucun élément concernant l'Avocat, mise à part son nom. Vu les examens des médecins, et la situation familiale de l'inculpée, nous avons imaginés ce que l'avocat de Mme Gourdin aurait pu dire.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 17 et 33
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
Hubert
Garde champêtre à Auvers sur Oise
Contexte
Ce qu'il a vu
Auguste Hubert a 52 ans, et est garde champêtre à Butry, lieu où s'est déroulé le drame. Accompagné de l'adjoint au maire, ainsi que du Docteur Fritz, ils se sont rendus au domicile de Mme Gourdin.
M. Hubert, a dû remarquer que dans un coin, à l’extrémité du jardin, se trouvait un tout petit espace de terrain fraîchement remué. Nous trouvâmes le cadavre d’un enfant nouveau-né, de sexe masculin, enveloppé dans un linge. Nous avons mis la femme Gourdin en présence du cadavre, là elle reconnut son crime.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 47
Dr Fritz
Docteur ayant procédé à l'examen médical de la femme Gourdin
Ce qu'il a découvert
Contexte
Dans un premier temps, la femme Gourdin nie être accouchée. Elle raconte avoir eu une perte d'eau sanguinolante. Elle se prit sans difficulté à mon examen, et voici ce que je constate : La femme Gourdin porte tous les symboles d'un accouchement ayant récemment eu lieu. Elle continue à nier l'événement, jusqu'à ce qu'on trouve un corps enterré dans le jardin. En présence de l'enfant, la femme Gourdin avoue qu’elle est accouchée après un travail très court, dimanche dernier à 3 heures du soir et qu'elle a coupé elle-même le cordon avec un couteau. Elle a ensuite étranglé son enfant en appuyant avec son pouce sur la partie supérieure du cou. J’ai constaté alors au point indiqué l'existence d’une tache blanche exsangue, qui tranchait sur la coloration violacée du restant du cou.
Le Dr Charles Léon Fritz, 36 ans, médecin de l’hôpital de l’Isle Adam, sur la réquisition de Monsieur le juge d’instruction de Pontoise, s'est rendu le 18 août à 7h30 du matin à Butry, accompagné du maire d’Auvers sur Oise et du brigadier de gendarmerie de Méry pour procéder à l’examen de la fille Bance, femme Gourdin, inculpée d’accouchement clandestin et de suppression d’enfant.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 44/45
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
Pierre Petit
Brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise
Contexte
Sa version des faits
Pierre Petit est brigadier de gendarmerie à Méry sur Oise. Il a reçu une lettre anonyme dénonçant le crime de la femme Gourdin. M. Petit s'est aussitôt rendu à Butry, pour interroger la femme Gourdin.
J’ai reçu une lettre anonyme m'informant qu’une femme Gourdin de Butry était accouchée dans la nuit du 13 au 14 août et que l’enfant avait disparu. Je me suis rendu dans la commune de Butry pour prendre des renseignements sur le compte de cette femme ; plusieurs personnes m’ont déclaré qu’elle paraissait être enceinte. Je me suis rendu ensuite chez cette femme et l'a interrogé. Elle m’avait répondu qu'à la suite d’une perte de sang qu’elle avait fait le dimanche précédant, sa taille avait beaucoup diminué. Elle s’était sentie très fatiguée en allant aux champs et que viens trois heures un accident s’était produit chez ses parents où elle habite, elle m’a dit qu’elle avait perdu de l’eau jaunâtre. J’ai demandé si elle avait le linge taché et après elle m’avait dit qu’il avait été lavé en partie, elle m’a montré le drap du lit où il se trouvait qu’il portait des traces de sang.Elle nia formellement être accouchée.
La lettre anonyme
Butry le 16 août 1883Monsieur le brigadier Je vous prie d’avoir la bonté de vous transporter immédiatement si cela est possible chez bance à Butry pour une affaire au sujet de Albertine Bance femme Gourdin. Dans la nuit du 13 août, étant accouchée sans médecin ni sage-femme et ne sachant pas où est passé l’enfant. Je vous prie de vous préoccuper de cette affaire. Je vous salue, Tout à vous
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 47/48 (droite) et 49/50 (gauche)
M. Le Procureur
Son réquisitoire probable
Le 12 août 1883, vers 3h de l’après-midi, la née Bance femme Gourdin, séparée de son mari depuis environ 2 ans, et demeurant chez ses parents à Butry, commune d’Auvers sur Oise, accouchant clandestinement d’un enfant de sexe masculin ; elle étrangla aussitôt le nouveau-né, l’enveloppa dans un linge et y conserva le corps dans sa chambre durant 2 jours. Elle a agi de sang froid, eu pleine connaissance de cause. Elle a allégué comme excuse qu’elle craignait que cet enfant fut une nouvelle charge pour ses parents ; mais cette considération tardive ne saurait justifier son crime ; alors même qu’elle serait vraie. Rappelons également que la femme Gourdin se serait prostituée depuis sa tendre jeunesse, et que l'enfant qu'elle avait étranglé était le fruit de l'adultère. En conséquence, attendu que de ces faits résultent charges suffisantes contre la Femme Gourdin d'avoir le premier aout 1883 à Auvers sur oise, volontairement donné la mort à son enfant nouveau né. Crime prévu par l'article 300 et 302 du code pénal, et vu l'article 133 du code d'Instruction criminelle.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 33, et 37
Les 12 jurés du procès
Dr Bibard
Docteur ayant procédé à l'autopsie et à l'examen anatomique du nouveau-né
Contexte
Ce qu'il constate
Le Dr Bibard est docteur médecin à Pontoise. Il a réalisé l'autopsie du nouveau-né. "Celle-ci ne fut pratiquée par les soins du docteur Bibard que le 27 août, c'est-à-dire quinze jours après la mort"
1. Le cadavre est celui d’un enfant né à terme, bien conformé et viable. 2. Il ne porte aucune trace extérieure de violence. 3. Les poumons peu développés, ne remplissent qu’en partie la cage thoracique, par conséquent, que la respiration ne s’est pas effectuée d’une façon complète.
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], pages 32 (droite) et 36 (gauche)
Les 12 jurés du procès
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 4
M. Durand
Président du tribunal
Chevalier de la légion d'honneur
" Madame Albertine, Héloïse Bance, femme Gourdin, est née le 15 mai 1853 à Butry, commune d'Auvers, dans le département de Seine et Oise ".
Dossier de procédure relatif à GOURDIN Albertine, Héloïse, épouse, journalière, 26 ans. 2U 666 [4], page 16