Avant le spectacle
le site de la compagnie
Embarquer pour...
Après le spectacle
Bopkyta,
le voyage à l'Est
Savoir où l'on va
Oeuvres en écho
Les lieux
Préparer son voyage : savoir où l'on va
Associez les noms de lieu et les images au bon endroit sur la carte. Cliquez sur les vignettes des images et des textes pour en voir le détail.
Bopkyta
le front de l'est
la Westphalie
Les images
Les textes
Ma chère Erna !
La ferme Feuilledorge
Or, à moins 55°, c’est un jour ouvrable...
Quelques recherches complémentaires pour aller plus loin :- Qu'est-ce que la Kolyma ?- Combien de gens y ont été emprisonnés et combien y sont morts ?- Quelles ont été les raisons de leur emprisonnement ?- Entre quelles dates a-t-elle été en fonctionnement ?
Préparer son voyage : savoir où l'on va
Ma chère Erna !
Bopkyta
Or, à moins 55°, c’est un jour ouvrable...
le front de l'est
la Westphalie
La ferme Feuilledorge
Après le spectacle
Aller plus loin à partir des ressources des archives sur le goulag
Se remémorer le spectacle
Sujets de réflexion
La page du critique sur le site de l'art des sens
Avant le spectacle
Imaginer le spectacle à partir de la légende familiale
Mettre en voix un extrait du texte
En groupe, répartissez-vous ce texte pour une lecture chorale.
Réfléchissez au découpage le plus pertinent : quelles phrases vont ensemble ? Certains passages peuvent-il être prononcés seul/à plusieurs.. ?
A partir de la lecture du texte du metteur en scène Rainer Sievert, imaginez à quoi ressemblera le spectacle (éléments de décors, costumes, scénographie, lumières, musiques... )
Improviser en lien avec les thématiques du spectacle
Improvisations : histoires de famille...
Secret de famille
Grommelots
Le mot inconnu
Générations
Histoire d'objets
Dans une valise, chacun apporte un objet lié à son passé (un jouet, une photographie, un dessin, une lettre...) Tour à tour, un objet est pioché ; il s'agit d'"incarner" le souvenir lié à l'objet, soit par un récit à la première personne, soit en créant une improvisation intégrant l'objet. On peut demander que chaque souvenir soit lié et prenne en compte l'improvisation précédente. On peut choisir les objets en lien avec une période ou un événement historique.
Par deux, à partir d'une situation simple (un départ, une dispute, une découverte, des retrouvailles...) chaque binôme doit improviser celle-ci successivement à trois âges différents : enfant, adulte, personne âgée. On peut ajouter une phrase-clé à replacer à chaque étape de l'improvisation, en montrant comment certains enjeux et certaines réactions changent à travers les générations.
Deux élèves jouent deux membres de la même famille : après avoir déterminé au préalable leur lien, le premier arrive sur scène avec un secret qu'il doit confier à l'autre, mais il n'arrive pas à le dire. On peut complexifier l'exercice avec deux élèves qui jouent les pensées et créent le sous-texte des deux personnages, pour travailler sur les non-dits familiaux.
Par groupe de deux, un élève raconte un secret qu'il n'a jamais avoué en grommelot (langue inventée), l'autre joue le traducteur : il transcrit les paroles supposées à partir des intonations et du rythme des paroles de l'autre. On peut ajouter un cadre plus développé (interview avec un présentateur, musique de générique d'émission) Cet exercice fonctionne encore mieux quand le secret en grommelot est un vrai secret !
Un mot inconnu est donné ; il doit être intégré dans l'improvisation en lui donnant un sens précis et en l'employant de manière normale, comme si tout le monde le connaissait. On peut ajouter une contrainte (le mot désigne quelque chose d'effrayant, de délicieux, etc.) On peut demander au public de déduire le sens du mot à la fin de l'improvisation. On peut rejouer l'improvisation ensuite avec la vraie traduction du mot pour des résultats étonnants !
Oeuvres en écho : auteurs du goulag
Cliquez sur les portraits pour découvrir des extraits de ces auteurs
Mettez en voix les textes des auteurs ci-dessus. Vous pouvez faire une lecture à plusieurs, en faisant un découpage du texte qui vous semble pertinent.
Chaque élève restitue un moment marquant du spectacle et lui donne un titre. Collectivement, la classe essaie de retrouver la place de l'événement raconté dans le temps et dans l'espace (sur la carte page 1).
La note d'intention de Rainer Sievert, le metteur en scène, est émaillée de questions : - Quel était son crime ? - Est-ce que mon grand-père a commis des exactions ? - Qu’est-ce que le grand-père a vu pendant toutes ces années ? - Qu’est-ce qu’il a dû voir ? - Qu’est-ce qu’il a voulu voir ? - Qu’est-ce qu’on peut trouver encore ? - Qu’est ce qu’elle attendait de cette nouvelle année, ma mère ? - Qu’est ce qu’elle attendait de sa vie ? - Qu’est-ce que ce récit va révéler sur nous aujourd’hui ? Auxquelles de ces questions a pu répondre cette enquête ? Quels éléments restent des hypothèses ?
Alexandre Soljenitsyne 1918-2008
En juin 1945, chaque jour, matin et soir, montait jusqu'aux fenêtres de la prison des Boutyrki le son des cuivres : les orchestres devaient se trouver à proximité, du côté de la rue Lesnaïa ou de la rue Novoslobodskaïa. C'étaient toujours des marches, et on les reprenait indéfiniment.Nous, nous tenions près des fenêtres de la prison, grandes ouvertes mais sans laisser entrer d'air, derrière les muselières verdâtres en verre armé, et nous tendions l'oreille.
L'Archipel du Goulag, 1973
Marina Tsvetaeva 1892-1941 et sa fille, Ariadna Efron 1912-1975
Il ne reste qu'un inconsolable, incurable, inextirpable malheur : la mort de Maman. Elle est avec moi, en moi, toujours, comme mon propre cœur.J'ajoute que j'avais encore reçu des lettres d'elle qui étaient restées quelque part en souffrance : elle n'était déjà plus de ce monde, mais je ne le savais pas. A la fin d'août 1941, pendant quelques jours d'affilée, dans le crépitement et le bourdonnement des machines à coudre de notre atelier, il me semblait toujours qu'on m'appelait par mon prénom, si nettement que je répondais chaque fois. Puis cela cessa. C'est elle qui m'appelait. Toi et moi nous vivrons et nous nous rencontrerons ; nous recueillerons, reconstituerons tout par petits morceaux, par petits bouts, par miettes, par petits grains. Dans ma mémoire tout est intact, inviolable : un monde tout entier. Je te raconterai tout. Je te serre dans mes bras.
Chronique d’un Goulag ordinaire (1942-1955)
Varlam Chalamov, Les Récits de la Kolyma, 1978 - fragments
Comment occuper des centaines de milliers, des millions d’hommes, l’hiver ? Le climat de la Kolyma est très nettement continental, les températures descendent jusqu’à moins 60° en hiver. Or, à moins 55°, c’est un jour ouvrable.
Tous les sentiments humains : l'amour, l'amitié, la jalousie, l'amour du prochain, la charité, la soif de gloire, la probité, tous ces sentiments nous avaient quittés en même temps que la chair que nous avions perdue pendant notre famine prolongée. Dans cette insignifiante couche de muscles qui restait encore sur nos os et nous donnait la force de manger, de nous mouvoir, de respirer, même de scier du bois, de pelleter pierre et sable dans les brouettes, de pousser ensuite ces brouettes sur l'interminable chemin de roulage des gisements aurifères, sur l'étroit chemin de bois qui menait au dispositif de lavage, dans cette couche de muscles, il n'y avait plus de place que pour la rage, le plus vivace des sentiments humains.
La pierre, le Nord s'opposaient de toutes leurs forces à cette œuvre de l'homme en refusant d'accueillir les cadavres en leur sein.Les hivers rigoureux et les étés brûlants, les vents et les pluies enlevèrent les cadavres à la pierre en six ans. La terre s'entrouvrit pour montrer ses dépôts souterrains car les dépôts souterrains de la Kolyma, ce n'est pas seulement de l'or, de l'étain, du tungstène ou de l'uranium, mais aussi des corps humains non décomposés.
Ils avaient laissé le bon air de la campagne de l’autre côté de la mer. Ici, ils baignaient dans l’air raréfié de la taïga, imprégné des exhalaisons de marécage. Les monts étaient couverts d’une végétation marécageuse et seule la calvitie de leurs sommets dégarnis étincelait, calcaire nu, poli par les tempêtes et les vents. Les pieds s’enfonçaient dans une mousse fangeuse ; il était rare d’avoir les pieds au sec en été. L’hiver, tout gelait. Les montagnes, les rivières et les forêts n’étaient plus qu’un seul et même être, sinistre et hostile.
Le site Mémoires européennes du goulag propose des ressources et notamment des biographies de rescapés du goulag pouvant servir à un travail en classe.
Choisir un portrait et le présenter à l'oral Ecriture d'invention à partir d'une photographie et du nom de la personne Ecriture d'un monologue
histoires et Histoire
Poursuivre la réflexion...
- Quels aspects ou événements de notre monde contemporain sont évoqués dans le spectacle ?
- En quoi le théâtre permet-il de mieux comprendre les événements de l'histoire ?
- En quoi l'histoire de notre famille peut-elle influencer notre identité ?
- Que risquons-nous à oublier les histoires du passé ?
- Quels moyens utilisent les auteurs et artistes pour raconter l'indicible ? (voir les oeuvres en écho)
J'ai grandi avec une histoire, une légende familiale, comme nous en avons tous : mon grand-père maternel, Wilhelm Blattgerste, a fait la guerre en Russie pendant la grande guerre patriotique, comme disent les russes, il a été capturé, et il a fait neuf ans de Goulag, de camp de travail, dans un des endroits les plus difficiles : Vorkouta. Bopkyta en cyrillique.C'est au nord de l'Oural au dessus-du cercle polaire . Voilà pour la légende.Il reste quelques lettres de lui, rassemblées par mon père, son gendre, dans les années 90 ce qui a renforcé la légende. En 2021 j'ai voulu en savoir plus.Je me suis dit : 80 ans après toutes ces horreurs de guerre, de massacres, de déportation, je vais prendre l'exemple du grand-père et je vais écrire une histoire drôle sur les camps de travail. C'est assez loin. Ca va nous faire du bien. Ca va remettre les pendules à l'heure.Notre rapport au travail. Notre rapport au totalitarisme, comme on dit. Notre regard sur la vie et la mort en général. Je vais aller en Russie, rencontrer des russes, visiterleur histoire complexe, faire voyager l'âme du grand-père et on va bien rigoler.Et la Russie a attaqué l'Ukraine.
Rainer Sievert, metteur en scène
Ossip Mandelstam1891-1938
« Nous vivons sourds à la terre sous nos pieds, À dix pas personne ne discerne nos paroles. On entend seulement le montagnard du Kremlin, Le bourreau et l'assassin de moujiks. Ses doigts sont gras comme des vers, Des mots de plomb tombent de ses lèvres. Sa moustache de cafard nargue, Et la peau de ses bottes luit. Autour, une cohue de chefs aux cous de poulet, Les sous-hommes zélés dont il joue. Ils hennissent, miaulent, gémissent, Lui seul tempête et désigne. Comme des fers à cheval, il forge ses décrets, Qu'il jette à la tête, à l'œil, à l'aine. Chaque mise à mort est une fête, Et vaste est l'appétit de l'Ossète. »
Le Montagnard du Kremlin (Epigramme contre Staline), 1933
décor 1 - La ferme Feuilledorge
La ferme Feuilledorge, près du village de Brake se situe dans une région vallonnée de la Westphalie : l'ancien duché de Lippe, ce qui veut dire : lèvre. Bon, les habitants n'ont pas des lèvres particulièrement euh, enflées ...à ce que je sache. C'est le nom d'une rivière, quoi.Au bout de l'impasse « Am Stucken » on voit deux fermes, la ferme des Poulequiponds et la ferme des Feuilledorges. La ferme des Poulequiponds est directement en face du chemin, et si on tourne àdroite, un peu dissimulé par un saule pleureur se tenant au-dessus de L'Infidèle, on arrive directement devant le portail, toujours ouvert, des Feuilledorges.La ferme est dans une légère pente, montant vers le verger, l'ancien poulailler, les anciennes ruches sur la gauche, et une prairie de trèfle tout au bout. Il y a trois bâtiments.
Bopkyta, Voyage à l'Est, extrait
Marina Tsvetaeva 1892-1941 et sa fille, Ariadna Efron 1912-1975
Il ne reste qu'un inconsolable, incurable, inextirpable malheur : la mort de Maman. Elle est avec moi, en moi, toujours, comme mon propre cœur.J'ajoute que j'avais encore reçu des lettres d'elle qui étaient restées quelque part en souffrance : elle n'était déjà plus de ce monde, mais je ne le savais pas. A la fin d'août 1941, pendant quelques jours d'affilée, dans le crépitement et le bourdonnement des machines à coudre de notre atelier, il me semblait toujours qu'on m'appelait par mon prénom, si nettement que je répondais chaque fois. Puis cela cessa. C'est elle qui m'appelait. Toi et moi nous vivrons et nous nous rencontrerons ; nous recueillerons, reconstituerons tout par petits morceaux, par petits bouts, par miettes, par petits grains. Dans ma mémoire tout est intact, inviolable : un monde tout entier. Je te raconterai tout. Je te serre dans mes bras.
Chronique d’un Goulag ordinaire (1942-1955)
Le 31 décembre 1953, à 23h50.Mon oncle Rolf, 14 ans, se glisse sur le toit enneigé de la ferme familialepour faire une farce à sa soeur... à ma mère Anne-Lore, qui vient d’avoir 17 anset qui compte fêter le Nouvel An avec deux copines dans le salon.Qu’est ce qu’elle attendait de cette nouvelle année, ma mère ?Qu’est ce qu’elle attendait de sa vie ?En tout cas, ce 31 décembre, elle attend le Nouvel An.Je suppose que c’est un moment plutôt sage avec les copines.Pas de télé avec le décompte des minutes et des secondes et des excitéstout excités.Non, pas tout ça. Pas encore.C’est tranquille.Nous sommes à la ferme, qui se trouve un peu en dehors du village,et on attend les cloches de l’église qui annoncent minuit.Ce sont les mêmes cloches qui vont sonner à son enterrement à elle,48 ans plus tard.Le grand frère, Willi, est peut-être encore avec les bêtes.Les grands-parents sont peut-être couchés, avec Klaus, le petit de 9 ans.La mère est chez les voisins, elle n’aime pas être seule à ces moments là.Et Rolf, du haut de ses 14 ans, est sur le toit enneigé, près de la cheminée.Il a dans la main une surprise : des feux d’artifice.Il a dans la main de petits feux d’artifice qui se déclenchent à la chaîne.C’est pas très gros, pas trop dangereux, mais jetés dans la cheminée, à minuit,pour atterrir dans le salon devant les filles, le succès va être garanti !Il est très content. Il se réjouit. C’est une idée superbe.Il est là-haut, sur le toit.La neige est épaisse et il attend les douze coups de minuit de l’église du village.Il a un peu froid, mais il s’est fait un creux dans la neige et il regarde les étoilesau-dessus de lui.Ça vaut la peine. Et il se réjouit de sa farce !Eh bien, mesdames et messieurs, ces petites bombes, il ne les a jamais jetées,et je vais vous raconter pourquoi.Donc, c’est une histoire familiale. Mais pas que.Rainer Sievert
J'ai grandi avec une histoire, une légende familiale, comme nous en avons tous : mon grand-père maternel, Wilhelm Blattgerste, a fait la guerre en Russie pendant la grande guerre patriotique, comme disent les russes, il a été capturé, et il a fait neuf ans de Goulag, de camp de travail, dans un des endroits les plus difficiles : Vorkouta. Bopkyta en cyrillique.C'est au nord de l'Oural au dessus-du cercle polaire . Voilà pour la légende.Il reste quelques lettres de lui, rassemblées par mon père, son gendre, dans les années 90 ce qui a renforcé la légende. En 2021 j'ai voulu en savoir plus.Je me suis dit : 80 ans après toutes ces horreurs de guerre, de massacres, de déportation, je vais prendre l'exemple du grand-père et je vais écrire une histoire drôle sur les camps de travail. C'est assez loin. Ca va nous faire du bien. Ca va remettre les pendules à l'heure.Notre rapport au travail. Notre rapport au totalitarisme, comme on dit. Notre regard sur la vie et la mort en général. Je vais aller en Russie, rencontrer des russes, visiterleur histoire complexe, faire voyager l'âme du grand-père et on va bien rigoler.Et la Russie a attaqué l'Ukraine.
Rainer Sievert
Le 31 décembre 1953, à 23h50.Mon oncle Rolf, 14 ans, se glisse sur le toit enneigé de la ferme familialepour faire une farce à sa soeur... à ma mère Anne-Lore, qui vient d’avoir 17 anset qui compte fêter le Nouvel An avec deux copines dans le salon.Qu’est ce qu’elle attendait de cette nouvelle année, ma mère ?Qu’est ce qu’elle attendait de sa vie ?En tout cas, ce 31 décembre, elle attend le Nouvel An.Je suppose que c’est un moment plutôt sage avec les copines.Pas de télé avec le décompte des minutes et des secondes et des excitéstout excités.Non, pas tout ça. Pas encore.C’est tranquille.Nous sommes à la ferme, qui se trouve un peu en dehors du village,et on attend les cloches de l’église qui annoncent minuit.Ce sont les mêmes cloches qui vont sonner à son enterrement à elle,48 ans plus tard.Le grand frère, Willi, est peut-être encore avec les bêtes.Les grands-parents sont peut-être couchés, avec Klaus, le petit de 9 ans.La mère est chez les voisins, elle n’aime pas être seule à ces moments là.Et Rolf, du haut de ses 14 ans, est sur le toit enneigé, près de la cheminée.Il a dans la main une surprise : des feux d’artifice.Il a dans la main de petits feux d’artifice qui se déclenchent à la chaîne.C’est pas très gros, pas trop dangereux, mais jetés dans la cheminée, à minuit,pour atterrir dans le salon devant les filles, le succès va être garanti !Il est très content. Il se réjouit. C’est une idée superbe.Il est là-haut, sur le toit.La neige est épaisse et il attend les douze coups de minuit de l’église du village.Il a un peu froid, mais il s’est fait un creux dans la neige et il regarde les étoilesau-dessus de lui.Ça vaut la peine. Et il se réjouit de sa farce !Eh bien, mesdames et messieurs, ces petites bombes, il ne les a jamais jetées,et je vais vous raconter pourquoi.Donc, c’est une histoire familiale. Mais pas que.Rainer Sievert
Chaque élève restitue un moment marquant du spectacle et lui donne un titre. Collectivement, la classe essaie de retrouver la place de l'événement raconté dans le temps et dans l'espace (sur la carte page 1).
La note d'intention de Rainer Sievert, le metteur en scène, est émaillée de questions : - Quel était son crime ? - Est-ce que mon grand-père a commis des exactions ? - Qu’est-ce que le grand-père a vu pendant toutes ces années ? - Qu’est-ce qu’il a dû voir ? - Qu’est-ce qu’il a voulu voir ? - Qu’est-ce qu’on peut trouver encore ? - Qu’est ce qu’elle attendait de cette nouvelle année, ma mère ? - Qu’est ce qu’elle attendait de sa vie ? - Qu’est-ce que ce récit va révéler sur nous aujourd’hui ? Auxquelles de ces questions a pu répondre cette enquête ? Quels éléments restent des hypothèses ?
Varlam Chalamov1907-1982
« Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un « crevard », un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard. »
Récits de la Kolyma, 1978
histoires et Histoire
Poursuivre la réflexion...
- Quels aspects ou événements de notre monde contemporain sont évoqués dans le spectacle ?
- En quoi le théâtre permet-il de mieux comprendre les événements de l'histoire ?
- En quoi l'histoire de notre famille peut-elle influencer notre identité ?
- Que risquons-nous à oublier les histoires du passé ?
- Quels moyens utilisent les auteurs et artistes pour raconter l'indicible ? (voir les oeuvres en écho)
décor 1 - La ferme Feuilledorge
La ferme Feuilledorge, près du village de Brake se situe dans une région vallonnée de la Westphalie : l'ancien duché de Lippe, ce qui veut dire : lèvre. Bon, les habitants n'ont pas des lèvres particulièrement euh, enflées ...à ce que je sache. C'est le nom d'une rivière, quoi.Au bout de l'impasse « Am Stucken » on voit deux fermes, la ferme des Poulequiponds et la ferme des Feuilledorges. La ferme des Poulequiponds est directement en face du chemin, et si on tourne àdroite, un peu dissimulé par un saule pleureur se tenant au-dessus de L'Infidèle, on arrive directement devant le portail, toujours ouvert, des Feuilledorges.La ferme est dans une légère pente, montant vers le verger, l'ancien poulailler, les anciennes ruches sur la gauche, et une prairie de trèfle tout au bout. Il y a trois bâtiments.
Bopkyta, Voyage à l'Est, extrait
mardi, le 28 juillet 1943
Ma chère Erna ! Je t'envoie ces lignes de la frontière (Wirballen/Virbalis). Il fait encore une fois très chaud mais plus supportable qu' hier. Il a du y avoir beaucoup de pluie ici les derniers jours. Les champs sont sous l'eau et le foin est tout noir. Puisque notre train a eu plusieurs heures de retard nous ne pouvonscontinuer que cette nuit (1h). Nous sommes dans les baraquements de logement et il y a un silence d'enterrement. Chère Erna, exhorte les enfants encore et encore qu'ils ne s'approchent pas trop des chevaux. Hektor est une bête dangereuse. Et réfléchissez encore une fois a comment vous créer une défense aérienne sure . Surtout rassemblez les affaires indispensables, pour que vous ayez tout, si vous devez fuir. C'est maintenant la troisième fois que je dois partir avant la récolte, vraiment une triste affaire . Je salue encore une fois toutes les connaissances, les salutations aux parents et enfants. Ton Willi
mardi, le 28 juillet 1943
Ma chère Erna ! Je t'envoie ces lignes de la frontière (Wirballen/Virbalis). Il fait encore une fois très chaud mais plus supportable qu' hier. Il a du y avoir beaucoup de pluie ici les derniers jours. Les champs sont sous l'eau et le foin est tout noir. Puisque notre train a eu plusieurs heures de retard nous ne pouvonscontinuer que cette nuit (1h). Nous sommes dans les baraquements de logement et il y a un silence d'enterrement. Chère Erna, exhorte les enfants encore et encore qu'ils ne s'approchent pas trop des chevaux. Hektor est une bête dangereuse. Et réfléchissez encore une fois a comment vous créer une défense aérienne sure . Surtout rassemblez les affaires indispensables, pour que vous ayez tout, si vous devez fuir. C'est maintenant la troisième fois que je dois partir avant la récolte, vraiment une triste affaire . Je salue encore une fois toutes les connaissances, les salutations aux parents et enfants. Ton Willi
Le site Mémoires européennes du goulag propose de nombreuses ressources permettant de faire écho au spectacle : biographies, phtographies, dessins de rescapés du goulag.
A partir de ces ressources, on pourra par exemple : -Choisir un portrait et le présenter à l'oral -Retracer son parcours géographique - Ecrire à partir d'une photographie, d'un dessin - Inventer un monologue et le jouer...
Varlam Chalamov, Les Récits de la Kolyma, 1978 - fragments
Comment occuper des centaines de milliers, des millions d’hommes, l’hiver ? Le climat de la Kolyma est très nettement continental, les températures descendent jusqu’à moins 60° en hiver. Or, à moins 55°, c’est un jour ouvrable.
Tous les sentiments humains : l'amour, l'amitié, la jalousie, l'amour du prochain, la charité, la soif de gloire, la probité, tous ces sentiments nous avaient quittés en même temps que la chair que nous avions perdue pendant notre famine prolongée. Dans cette insignifiante couche de muscles qui restait encore sur nos os et nous donnait la force de manger, de nous mouvoir, de respirer, même de scier du bois, de pelleter pierre et sable dans les brouettes, de pousser ensuite ces brouettes sur l'interminable chemin de roulage des gisements aurifères, sur l'étroit chemin de bois qui menait au dispositif de lavage, dans cette couche de muscles, il n'y avait plus de place que pour la rage, le plus vivace des sentiments humains.
La pierre, le Nord s'opposaient de toutes leurs forces à cette œuvre de l'homme en refusant d'accueillir les cadavres en leur sein.Les hivers rigoureux et les étés brûlants, les vents et les pluies enlevèrent les cadavres à la pierre en six ans. La terre s'entrouvrit pour montrer ses dépôts souterrains car les dépôts souterrains de la Kolyma, ce n'est pas seulement de l'or, de l'étain, du tungstène ou de l'uranium, mais aussi des corps humains non décomposés.
Ils avaient laissé le bon air de la campagne de l’autre côté de la mer. Ici, ils baignaient dans l’air raréfié de la taïga, imprégné des exhalaisons de marécage. Les monts étaient couverts d’une végétation marécageuse et seule la calvitie de leurs sommets dégarnis étincelait, calcaire nu, poli par les tempêtes et les vents. Les pieds s’enfonçaient dans une mousse fangeuse ; il était rare d’avoir les pieds au sec en été. L’hiver, tout gelait. Les montagnes, les rivières et les forêts n’étaient plus qu’un seul et même être, sinistre et hostile.
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Réfléchissez au découpage le plus pertinent : quelles phrases vont ensemble ? Certains passages peuvent-il être prononcés seul/à plusieurs.. ?
A partir de la lecture du texte du metteur en scène Rainer Sievert, imaginez à quoi ressemblera le spectacle (éléments de décors, costumes, scénographie, lumières, musiques... )
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Improvisations : histoires de famille...
Secret de famille
Grommelots
Le mot inconnu
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Dans une valise, chacun apporte un objet lié à son passé (un jouet, une photographie, un dessin, une lettre...) Tour à tour, un objet est pioché ; il s'agit d'"incarner" le souvenir lié à l'objet, soit par un récit à la première personne, soit en créant une improvisation intégrant l'objet. On peut demander que chaque souvenir soit lié et prenne en compte l'improvisation précédente. On peut choisir les objets en lien avec une période ou un événement historique.
Par deux, à partir d'une situation simple (un départ, une dispute, une découverte, des retrouvailles...) chaque binôme doit improviser celle-ci successivement à trois âges différents : enfant, adulte, personne âgée. On peut ajouter une phrase-clé à replacer à chaque étape de l'improvisation, en montrant comment certains enjeux et certaines réactions changent à travers les générations.
Deux élèves jouent deux membres de la même famille : après avoir déterminé au préalable leur lien, le premier arrive sur scène avec un secret qu'il doit confier à l'autre, mais il n'arrive pas à le dire. On peut complexifier l'exercice avec deux élèves qui jouent les pensées et créent le sous-texte des deux personnages, pour travailler sur les non-dits familiaux.
Par groupe de deux, un élève raconte un secret qu'il n'a jamais avoué en grommelot (langue inventée), l'autre joue le traducteur : il transcrit les paroles supposées à partir des intonations et du rythme des paroles de l'autre. On peut ajouter un cadre plus développé (interview avec un présentateur, musique de générique d'émission) Cet exercice fonctionne encore mieux quand le secret en grommelot est un vrai secret !
Un mot inconnu est donné ; il doit être intégré dans l'improvisation en lui donnant un sens précis et en l'employant de manière normale, comme si tout le monde le connaissait. On peut ajouter une contrainte (le mot désigne quelque chose d'effrayant, de délicieux, etc.) On peut demander au public de déduire le sens du mot à la fin de l'improvisation. On peut rejouer l'improvisation ensuite avec la vraie traduction du mot pour des résultats étonnants !
Oeuvres en écho : auteurs du goulag
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Chaque élève restitue un moment marquant du spectacle et lui donne un titre. Collectivement, la classe essaie de retrouver la place de l'événement raconté dans le temps et dans l'espace (sur la carte page 1).
La note d'intention de Rainer Sievert, le metteur en scène, est émaillée de questions : - Quel était son crime ? - Est-ce que mon grand-père a commis des exactions ? - Qu’est-ce que le grand-père a vu pendant toutes ces années ? - Qu’est-ce qu’il a dû voir ? - Qu’est-ce qu’il a voulu voir ? - Qu’est-ce qu’on peut trouver encore ? - Qu’est ce qu’elle attendait de cette nouvelle année, ma mère ? - Qu’est ce qu’elle attendait de sa vie ? - Qu’est-ce que ce récit va révéler sur nous aujourd’hui ? Auxquelles de ces questions a pu répondre cette enquête ? Quels éléments restent des hypothèses ?
Alexandre Soljenitsyne 1918-2008
En juin 1945, chaque jour, matin et soir, montait jusqu'aux fenêtres de la prison des Boutyrki le son des cuivres : les orchestres devaient se trouver à proximité, du côté de la rue Lesnaïa ou de la rue Novoslobodskaïa. C'étaient toujours des marches, et on les reprenait indéfiniment.Nous, nous tenions près des fenêtres de la prison, grandes ouvertes mais sans laisser entrer d'air, derrière les muselières verdâtres en verre armé, et nous tendions l'oreille.
L'Archipel du Goulag, 1973
Marina Tsvetaeva 1892-1941 et sa fille, Ariadna Efron 1912-1975
Il ne reste qu'un inconsolable, incurable, inextirpable malheur : la mort de Maman. Elle est avec moi, en moi, toujours, comme mon propre cœur.J'ajoute que j'avais encore reçu des lettres d'elle qui étaient restées quelque part en souffrance : elle n'était déjà plus de ce monde, mais je ne le savais pas. A la fin d'août 1941, pendant quelques jours d'affilée, dans le crépitement et le bourdonnement des machines à coudre de notre atelier, il me semblait toujours qu'on m'appelait par mon prénom, si nettement que je répondais chaque fois. Puis cela cessa. C'est elle qui m'appelait. Toi et moi nous vivrons et nous nous rencontrerons ; nous recueillerons, reconstituerons tout par petits morceaux, par petits bouts, par miettes, par petits grains. Dans ma mémoire tout est intact, inviolable : un monde tout entier. Je te raconterai tout. Je te serre dans mes bras.
Chronique d’un Goulag ordinaire (1942-1955)
Varlam Chalamov, Les Récits de la Kolyma, 1978 - fragments
Comment occuper des centaines de milliers, des millions d’hommes, l’hiver ? Le climat de la Kolyma est très nettement continental, les températures descendent jusqu’à moins 60° en hiver. Or, à moins 55°, c’est un jour ouvrable.
Tous les sentiments humains : l'amour, l'amitié, la jalousie, l'amour du prochain, la charité, la soif de gloire, la probité, tous ces sentiments nous avaient quittés en même temps que la chair que nous avions perdue pendant notre famine prolongée. Dans cette insignifiante couche de muscles qui restait encore sur nos os et nous donnait la force de manger, de nous mouvoir, de respirer, même de scier du bois, de pelleter pierre et sable dans les brouettes, de pousser ensuite ces brouettes sur l'interminable chemin de roulage des gisements aurifères, sur l'étroit chemin de bois qui menait au dispositif de lavage, dans cette couche de muscles, il n'y avait plus de place que pour la rage, le plus vivace des sentiments humains.
La pierre, le Nord s'opposaient de toutes leurs forces à cette œuvre de l'homme en refusant d'accueillir les cadavres en leur sein.Les hivers rigoureux et les étés brûlants, les vents et les pluies enlevèrent les cadavres à la pierre en six ans. La terre s'entrouvrit pour montrer ses dépôts souterrains car les dépôts souterrains de la Kolyma, ce n'est pas seulement de l'or, de l'étain, du tungstène ou de l'uranium, mais aussi des corps humains non décomposés.
Ils avaient laissé le bon air de la campagne de l’autre côté de la mer. Ici, ils baignaient dans l’air raréfié de la taïga, imprégné des exhalaisons de marécage. Les monts étaient couverts d’une végétation marécageuse et seule la calvitie de leurs sommets dégarnis étincelait, calcaire nu, poli par les tempêtes et les vents. Les pieds s’enfonçaient dans une mousse fangeuse ; il était rare d’avoir les pieds au sec en été. L’hiver, tout gelait. Les montagnes, les rivières et les forêts n’étaient plus qu’un seul et même être, sinistre et hostile.
Le site Mémoires européennes du goulag propose des ressources et notamment des biographies de rescapés du goulag pouvant servir à un travail en classe.
Choisir un portrait et le présenter à l'oral Ecriture d'invention à partir d'une photographie et du nom de la personne Ecriture d'un monologue
histoires et Histoire
Poursuivre la réflexion...
J'ai grandi avec une histoire, une légende familiale, comme nous en avons tous : mon grand-père maternel, Wilhelm Blattgerste, a fait la guerre en Russie pendant la grande guerre patriotique, comme disent les russes, il a été capturé, et il a fait neuf ans de Goulag, de camp de travail, dans un des endroits les plus difficiles : Vorkouta. Bopkyta en cyrillique.C'est au nord de l'Oural au dessus-du cercle polaire . Voilà pour la légende.Il reste quelques lettres de lui, rassemblées par mon père, son gendre, dans les années 90 ce qui a renforcé la légende. En 2021 j'ai voulu en savoir plus.Je me suis dit : 80 ans après toutes ces horreurs de guerre, de massacres, de déportation, je vais prendre l'exemple du grand-père et je vais écrire une histoire drôle sur les camps de travail. C'est assez loin. Ca va nous faire du bien. Ca va remettre les pendules à l'heure.Notre rapport au travail. Notre rapport au totalitarisme, comme on dit. Notre regard sur la vie et la mort en général. Je vais aller en Russie, rencontrer des russes, visiterleur histoire complexe, faire voyager l'âme du grand-père et on va bien rigoler.Et la Russie a attaqué l'Ukraine.
Rainer Sievert, metteur en scène
Ossip Mandelstam1891-1938
« Nous vivons sourds à la terre sous nos pieds, À dix pas personne ne discerne nos paroles. On entend seulement le montagnard du Kremlin, Le bourreau et l'assassin de moujiks. Ses doigts sont gras comme des vers, Des mots de plomb tombent de ses lèvres. Sa moustache de cafard nargue, Et la peau de ses bottes luit. Autour, une cohue de chefs aux cous de poulet, Les sous-hommes zélés dont il joue. Ils hennissent, miaulent, gémissent, Lui seul tempête et désigne. Comme des fers à cheval, il forge ses décrets, Qu'il jette à la tête, à l'œil, à l'aine. Chaque mise à mort est une fête, Et vaste est l'appétit de l'Ossète. »
Le Montagnard du Kremlin (Epigramme contre Staline), 1933
décor 1 - La ferme Feuilledorge
La ferme Feuilledorge, près du village de Brake se situe dans une région vallonnée de la Westphalie : l'ancien duché de Lippe, ce qui veut dire : lèvre. Bon, les habitants n'ont pas des lèvres particulièrement euh, enflées ...à ce que je sache. C'est le nom d'une rivière, quoi.Au bout de l'impasse « Am Stucken » on voit deux fermes, la ferme des Poulequiponds et la ferme des Feuilledorges. La ferme des Poulequiponds est directement en face du chemin, et si on tourne àdroite, un peu dissimulé par un saule pleureur se tenant au-dessus de L'Infidèle, on arrive directement devant le portail, toujours ouvert, des Feuilledorges.La ferme est dans une légère pente, montant vers le verger, l'ancien poulailler, les anciennes ruches sur la gauche, et une prairie de trèfle tout au bout. Il y a trois bâtiments.
Bopkyta, Voyage à l'Est, extrait
Marina Tsvetaeva 1892-1941 et sa fille, Ariadna Efron 1912-1975
Il ne reste qu'un inconsolable, incurable, inextirpable malheur : la mort de Maman. Elle est avec moi, en moi, toujours, comme mon propre cœur.J'ajoute que j'avais encore reçu des lettres d'elle qui étaient restées quelque part en souffrance : elle n'était déjà plus de ce monde, mais je ne le savais pas. A la fin d'août 1941, pendant quelques jours d'affilée, dans le crépitement et le bourdonnement des machines à coudre de notre atelier, il me semblait toujours qu'on m'appelait par mon prénom, si nettement que je répondais chaque fois. Puis cela cessa. C'est elle qui m'appelait. Toi et moi nous vivrons et nous nous rencontrerons ; nous recueillerons, reconstituerons tout par petits morceaux, par petits bouts, par miettes, par petits grains. Dans ma mémoire tout est intact, inviolable : un monde tout entier. Je te raconterai tout. Je te serre dans mes bras.
Chronique d’un Goulag ordinaire (1942-1955)
Le 31 décembre 1953, à 23h50.Mon oncle Rolf, 14 ans, se glisse sur le toit enneigé de la ferme familialepour faire une farce à sa soeur... à ma mère Anne-Lore, qui vient d’avoir 17 anset qui compte fêter le Nouvel An avec deux copines dans le salon.Qu’est ce qu’elle attendait de cette nouvelle année, ma mère ?Qu’est ce qu’elle attendait de sa vie ?En tout cas, ce 31 décembre, elle attend le Nouvel An.Je suppose que c’est un moment plutôt sage avec les copines.Pas de télé avec le décompte des minutes et des secondes et des excitéstout excités.Non, pas tout ça. Pas encore.C’est tranquille.Nous sommes à la ferme, qui se trouve un peu en dehors du village,et on attend les cloches de l’église qui annoncent minuit.Ce sont les mêmes cloches qui vont sonner à son enterrement à elle,48 ans plus tard.Le grand frère, Willi, est peut-être encore avec les bêtes.Les grands-parents sont peut-être couchés, avec Klaus, le petit de 9 ans.La mère est chez les voisins, elle n’aime pas être seule à ces moments là.Et Rolf, du haut de ses 14 ans, est sur le toit enneigé, près de la cheminée.Il a dans la main une surprise : des feux d’artifice.Il a dans la main de petits feux d’artifice qui se déclenchent à la chaîne.C’est pas très gros, pas trop dangereux, mais jetés dans la cheminée, à minuit,pour atterrir dans le salon devant les filles, le succès va être garanti !Il est très content. Il se réjouit. C’est une idée superbe.Il est là-haut, sur le toit.La neige est épaisse et il attend les douze coups de minuit de l’église du village.Il a un peu froid, mais il s’est fait un creux dans la neige et il regarde les étoilesau-dessus de lui.Ça vaut la peine. Et il se réjouit de sa farce !Eh bien, mesdames et messieurs, ces petites bombes, il ne les a jamais jetées,et je vais vous raconter pourquoi.Donc, c’est une histoire familiale. Mais pas que.Rainer Sievert
J'ai grandi avec une histoire, une légende familiale, comme nous en avons tous : mon grand-père maternel, Wilhelm Blattgerste, a fait la guerre en Russie pendant la grande guerre patriotique, comme disent les russes, il a été capturé, et il a fait neuf ans de Goulag, de camp de travail, dans un des endroits les plus difficiles : Vorkouta. Bopkyta en cyrillique.C'est au nord de l'Oural au dessus-du cercle polaire . Voilà pour la légende.Il reste quelques lettres de lui, rassemblées par mon père, son gendre, dans les années 90 ce qui a renforcé la légende. En 2021 j'ai voulu en savoir plus.Je me suis dit : 80 ans après toutes ces horreurs de guerre, de massacres, de déportation, je vais prendre l'exemple du grand-père et je vais écrire une histoire drôle sur les camps de travail. C'est assez loin. Ca va nous faire du bien. Ca va remettre les pendules à l'heure.Notre rapport au travail. Notre rapport au totalitarisme, comme on dit. Notre regard sur la vie et la mort en général. Je vais aller en Russie, rencontrer des russes, visiterleur histoire complexe, faire voyager l'âme du grand-père et on va bien rigoler.Et la Russie a attaqué l'Ukraine.
Rainer Sievert
Le 31 décembre 1953, à 23h50.Mon oncle Rolf, 14 ans, se glisse sur le toit enneigé de la ferme familialepour faire une farce à sa soeur... à ma mère Anne-Lore, qui vient d’avoir 17 anset qui compte fêter le Nouvel An avec deux copines dans le salon.Qu’est ce qu’elle attendait de cette nouvelle année, ma mère ?Qu’est ce qu’elle attendait de sa vie ?En tout cas, ce 31 décembre, elle attend le Nouvel An.Je suppose que c’est un moment plutôt sage avec les copines.Pas de télé avec le décompte des minutes et des secondes et des excitéstout excités.Non, pas tout ça. Pas encore.C’est tranquille.Nous sommes à la ferme, qui se trouve un peu en dehors du village,et on attend les cloches de l’église qui annoncent minuit.Ce sont les mêmes cloches qui vont sonner à son enterrement à elle,48 ans plus tard.Le grand frère, Willi, est peut-être encore avec les bêtes.Les grands-parents sont peut-être couchés, avec Klaus, le petit de 9 ans.La mère est chez les voisins, elle n’aime pas être seule à ces moments là.Et Rolf, du haut de ses 14 ans, est sur le toit enneigé, près de la cheminée.Il a dans la main une surprise : des feux d’artifice.Il a dans la main de petits feux d’artifice qui se déclenchent à la chaîne.C’est pas très gros, pas trop dangereux, mais jetés dans la cheminée, à minuit,pour atterrir dans le salon devant les filles, le succès va être garanti !Il est très content. Il se réjouit. C’est une idée superbe.Il est là-haut, sur le toit.La neige est épaisse et il attend les douze coups de minuit de l’église du village.Il a un peu froid, mais il s’est fait un creux dans la neige et il regarde les étoilesau-dessus de lui.Ça vaut la peine. Et il se réjouit de sa farce !Eh bien, mesdames et messieurs, ces petites bombes, il ne les a jamais jetées,et je vais vous raconter pourquoi.Donc, c’est une histoire familiale. Mais pas que.Rainer Sievert
Chaque élève restitue un moment marquant du spectacle et lui donne un titre. Collectivement, la classe essaie de retrouver la place de l'événement raconté dans le temps et dans l'espace (sur la carte page 1).
La note d'intention de Rainer Sievert, le metteur en scène, est émaillée de questions : - Quel était son crime ? - Est-ce que mon grand-père a commis des exactions ? - Qu’est-ce que le grand-père a vu pendant toutes ces années ? - Qu’est-ce qu’il a dû voir ? - Qu’est-ce qu’il a voulu voir ? - Qu’est-ce qu’on peut trouver encore ? - Qu’est ce qu’elle attendait de cette nouvelle année, ma mère ? - Qu’est ce qu’elle attendait de sa vie ? - Qu’est-ce que ce récit va révéler sur nous aujourd’hui ? Auxquelles de ces questions a pu répondre cette enquête ? Quels éléments restent des hypothèses ?
Varlam Chalamov1907-1982
« Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un « crevard », un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard. »
Récits de la Kolyma, 1978
histoires et Histoire
Poursuivre la réflexion...
décor 1 - La ferme Feuilledorge
La ferme Feuilledorge, près du village de Brake se situe dans une région vallonnée de la Westphalie : l'ancien duché de Lippe, ce qui veut dire : lèvre. Bon, les habitants n'ont pas des lèvres particulièrement euh, enflées ...à ce que je sache. C'est le nom d'une rivière, quoi.Au bout de l'impasse « Am Stucken » on voit deux fermes, la ferme des Poulequiponds et la ferme des Feuilledorges. La ferme des Poulequiponds est directement en face du chemin, et si on tourne àdroite, un peu dissimulé par un saule pleureur se tenant au-dessus de L'Infidèle, on arrive directement devant le portail, toujours ouvert, des Feuilledorges.La ferme est dans une légère pente, montant vers le verger, l'ancien poulailler, les anciennes ruches sur la gauche, et une prairie de trèfle tout au bout. Il y a trois bâtiments.
Bopkyta, Voyage à l'Est, extrait
mardi, le 28 juillet 1943
Ma chère Erna ! Je t'envoie ces lignes de la frontière (Wirballen/Virbalis). Il fait encore une fois très chaud mais plus supportable qu' hier. Il a du y avoir beaucoup de pluie ici les derniers jours. Les champs sont sous l'eau et le foin est tout noir. Puisque notre train a eu plusieurs heures de retard nous ne pouvonscontinuer que cette nuit (1h). Nous sommes dans les baraquements de logement et il y a un silence d'enterrement. Chère Erna, exhorte les enfants encore et encore qu'ils ne s'approchent pas trop des chevaux. Hektor est une bête dangereuse. Et réfléchissez encore une fois a comment vous créer une défense aérienne sure . Surtout rassemblez les affaires indispensables, pour que vous ayez tout, si vous devez fuir. C'est maintenant la troisième fois que je dois partir avant la récolte, vraiment une triste affaire . Je salue encore une fois toutes les connaissances, les salutations aux parents et enfants. Ton Willi
mardi, le 28 juillet 1943
Ma chère Erna ! Je t'envoie ces lignes de la frontière (Wirballen/Virbalis). Il fait encore une fois très chaud mais plus supportable qu' hier. Il a du y avoir beaucoup de pluie ici les derniers jours. Les champs sont sous l'eau et le foin est tout noir. Puisque notre train a eu plusieurs heures de retard nous ne pouvonscontinuer que cette nuit (1h). Nous sommes dans les baraquements de logement et il y a un silence d'enterrement. Chère Erna, exhorte les enfants encore et encore qu'ils ne s'approchent pas trop des chevaux. Hektor est une bête dangereuse. Et réfléchissez encore une fois a comment vous créer une défense aérienne sure . Surtout rassemblez les affaires indispensables, pour que vous ayez tout, si vous devez fuir. C'est maintenant la troisième fois que je dois partir avant la récolte, vraiment une triste affaire . Je salue encore une fois toutes les connaissances, les salutations aux parents et enfants. Ton Willi
Le site Mémoires européennes du goulag propose de nombreuses ressources permettant de faire écho au spectacle : biographies, phtographies, dessins de rescapés du goulag.
A partir de ces ressources, on pourra par exemple : -Choisir un portrait et le présenter à l'oral -Retracer son parcours géographique - Ecrire à partir d'une photographie, d'un dessin - Inventer un monologue et le jouer...
Varlam Chalamov, Les Récits de la Kolyma, 1978 - fragments
Comment occuper des centaines de milliers, des millions d’hommes, l’hiver ? Le climat de la Kolyma est très nettement continental, les températures descendent jusqu’à moins 60° en hiver. Or, à moins 55°, c’est un jour ouvrable.
Tous les sentiments humains : l'amour, l'amitié, la jalousie, l'amour du prochain, la charité, la soif de gloire, la probité, tous ces sentiments nous avaient quittés en même temps que la chair que nous avions perdue pendant notre famine prolongée. Dans cette insignifiante couche de muscles qui restait encore sur nos os et nous donnait la force de manger, de nous mouvoir, de respirer, même de scier du bois, de pelleter pierre et sable dans les brouettes, de pousser ensuite ces brouettes sur l'interminable chemin de roulage des gisements aurifères, sur l'étroit chemin de bois qui menait au dispositif de lavage, dans cette couche de muscles, il n'y avait plus de place que pour la rage, le plus vivace des sentiments humains.
La pierre, le Nord s'opposaient de toutes leurs forces à cette œuvre de l'homme en refusant d'accueillir les cadavres en leur sein.Les hivers rigoureux et les étés brûlants, les vents et les pluies enlevèrent les cadavres à la pierre en six ans. La terre s'entrouvrit pour montrer ses dépôts souterrains car les dépôts souterrains de la Kolyma, ce n'est pas seulement de l'or, de l'étain, du tungstène ou de l'uranium, mais aussi des corps humains non décomposés.
Ils avaient laissé le bon air de la campagne de l’autre côté de la mer. Ici, ils baignaient dans l’air raréfié de la taïga, imprégné des exhalaisons de marécage. Les monts étaient couverts d’une végétation marécageuse et seule la calvitie de leurs sommets dégarnis étincelait, calcaire nu, poli par les tempêtes et les vents. Les pieds s’enfonçaient dans une mousse fangeuse ; il était rare d’avoir les pieds au sec en été. L’hiver, tout gelait. Les montagnes, les rivières et les forêts n’étaient plus qu’un seul et même être, sinistre et hostile.