Mouvement d’aller-retour entre l’enseignant et l’élève, apprentissage de l’un à l’autre et de l’un par l’autre, la réciprocité éducative suppose une prise de conscience par chacun de ses besoins et invite à repenser l'acte d'apprendre.
"Faire sentir que je suis prêt à recevoir des soins de l’autre est un acte à part entière de la formation de l’autre. "
Sébastien Charbonnier, https://doi.org/10.4000/edso.1489
Ces Élèves (Qui) Nous Élèvent : vers une exploitation avec et pour la classe
S'élever
Claire Pavy, chargée de mission CE(Q)NE
CE(Q)NE et D'Ailleurs
Impulsé en 2018 dans l'académie et piloté depuis par Frédéric Miquel, IA-IPR et responsable du CASNAV, le dispositif "Ces Élèves (Qui) Nous Élèvent" invite des acteurs du monde éducatif et, plus récemment, des artistes intervenant auprès d'élèves, à témoigner de leur vécu en matière de réciprocité éducative. Plusieurs vidéos permettent de mieux connaître ce dispositif.
Coordonné par Emmanuel Bergon, le recueil D'Ailleurs publié en 2025 met en lumière ceux de ces témoignages qui ouvrent le regard vers l'international, qu'il s'agisse d'enseigner hors de nos frontières ou d'accueillir des élèves venus d'autres pays, porteurs d'autres cultures et d'histoires autres. Une carte interactive permet de se rendre compte de la grande diversité présente au coeur de l'ouvrage.
La réflexion présentée sur ce support vise à proposer des observations ainsi que quelques pistes pédagogiques et didactiques à partir des témoignages recueillis dans le cadre de "Ces Élèves (Qui) Nous Élèvent". Elle se veut point de départ mais en aucun cas modèle ou prescription. Évolutive, la présentation se nourrira des futures contributions à CE(Q)NE ; ces dernières pourront d'ailleurs revenir sur les pistes suggérées, les questionner, les interroger... selon le dynamique de la réciprocité éducative !
Posture(s) enseignante(s)
Démarches pédagogiques et activités
Études de textes
Auteurs élevés
Les textes reçus pointent tous des attitudes et des compétences qui, lorsqu'elles sont cultivées par la ou le pédagogue, permettent à la réciprocité d'advenir.
"Ce qui peut alors se développer, se déployer, c'est un vrai changement de représentations de soi-même, de ses savoirs et de ses ignorances, de leur place dans notre popre vie et dans la société, des personnes, des conceptions des savoirs, des ignorances et de ce qu'est "Apprendre". En effet, si ces représentations des savoirs, des ignorances, ne bougent pas, n'est-ce pas le signe que l'on n'a pas vraiment appris sur soi, sur les autres, sur la société, sur les savoirs ...? N'est-ce pas le signe que l'on ne peut, ni ne veut, rien changer (pour soi et d'autres) en termes d'apprentissages, de relations, de coopérations ?"
Claire Héber-Suffrin, Apprendre par la réciprocité, éd. Chronique sociale, 2016.
Distance critique et humour
Humilité
Aptitude à la joie et à la surprise
Écoute
Curiosité
Sens de l'adaptation
" L’humour est généralement perçu par les étudiants comme un renforcement du lien, où les personnalités s’expriment. L’humour permet d’introduire du « prendre soin » (care en anglais).Il semble que l’humour exerce une influence dans la concentration individuelle des étudiants [...]La relation d’enseignement évoquée ici s’inscrit dans une gestion dynamique et enthousiaste où l’humour essaie d’être un marqueur de sollicitude empathique. L’humour est un des fils conducteurs de mes enseignements. Il sert bien sûr à éclairer les visages des étudiants et à susciter leur intérêt, mais il facilite aussi, à mon sens, les apprentissages et les acquisitions des connaissances didactiques et professionnelles. Il se veut aussi un outil d’expression et de décompression face à une réalité de terrain parfois difficile."
Michaël Bailleul, "Du rire aux apprentissages", Cahiers Pédagogiques n° 582.
"" ... accepter de manquer sans se perdre, sans angoisse d'anéantissement du fait du "siphonage narcissique" auquel ce manque pourrait exposer faute de contenus suffisants. S'éprouver manquant. Et donc aller chercher du côté non pas du "Tout" (le "tout" d'un savoir universel, d'un savoir absolu persécuteur incarné par un "sachant" qui le serait tout autant !) , mais du côté de "l'Autre d'un savoir", supporté par l'image d'un enseignant capable de se montrer curieux, capable de s'étonner, de s'émerveiller, mais aussi de se fâcher, d'être exigeant etc. Bref, un autre - l'enseignant - lui aussi manquant, qui n'est par exemple, jamais certain de parvenir exactement au but pédagogique recherché, qui remet en question ce qu'il pensait pourtant acquis ..."
Jean MALKA, Le Désir d'Apprendre, L'Harmattan, 2025.
Afin d'envisager une possible élévation, chaque partie prenante de la relation éducative doit donc faire preuve de désir et de curiosité. C'est cette envie de connaître l'Autre, présupposant qu'il peut nous apprendre quelque chose de lui ou du monde, qui doit animer l'apprentissage réciproque et la démarche de l'enseignant.e. Quel que soit le type d'élève concerné, l'enseignant doit prendre conscience que le savoir, dont Malka rappelle la parenté lexicale avec la saveur, le goût, implique un appétit de l'Autre. On pourra par exemple lire sur ce thème les contributions de Pierrette Leti-Palix, Malaury Massa, Myriam Gaujoux ou encore Catherine Sparfel.
Équipages
Espace(s)
Émotions
Langue(s)
Les textes mentionnent souvent des groupes :
Pour les modalités de travail dans et/ ou entre ces groupes, on peut s'appuyer sur les quatre familles de relations coopératives pour les apprentissages posées par Pierre Cieutat et Sylvain Connac : l'aide, l'entraide, le tutorat et le travail en petits groupes. Le travail collectif permet l'élévation réciproque : même dans les dispositifs d'aide, de tutorat voire d'évaluation, a priori unilatéraux, l'élève aidant, tuteur ou évaluateur est certes amené à donner, mais aussi à faire siennes les compétences d'inventivité, de transmission ou de jugement qui lui ont été montrées par son professeur. Ce dernier s'en trouve élevé, doublement : satisfait d'avoir rendu l'élève plus autonome, il peut aussi puiser, dans l'observation, de nouvelles idées, à l'instar de Cendrine Martinet (2025). Changeant pour un temps de rôle à la faveur d'un travail à plusieurs, l'élève est ici autorisé , placé en situation d'auteur d'une démarche d'enseignement, sous l'autorité de son enseignant ; ce texte de Dominique Pompougnac (2018) ou cette ressource partagée lors des 1ers Ateliers des Lettres (Mars 2025) en sont des témoignages.
MAIS...
La lecture de ce qui précède pourrait laisser penser que seul le fonctionnement en groupes permet la réciprocité et l'élévation. Or, certains témoignages montrent que ce n'est pas le cas : dans le récit de Marc Rosenzweig, c'est le système d'évaluation du professeur de SVT qui est mis en question par la remarque d'un nouveau bachelier ; Stéphanie Bonneaud raconte comment sa rencontre avec Zakhar, jeune réfugié ukrainien, l'a plongée dans des abîmes de doute et lui a permis de renouer avec l'essence de son engagement à transmettre les textes littéraires :
- Sans groupes, point d'élévation
"... les autres élèves me regardaient, étonnés, avec un silence à la fois respectueux et intrigué, en se demandant ce qui pouvait bien m'arriver. Toute la littérature semblait, à travers le prisme de l'histoire de Zakhar, prendre un sens plus fort, plus émouvant. "
Parfois, on le voit, la réciprocité naît de la rencontre avec un individu, un "élève" qui bouscule le plan initial.
- Sans groupes, point d'élévation
L'élévation réciproque peut de fait advenir dans des contextes très divers, du moment que l'enseignant y est disposé, comme le montre Christian Belin. Semblable au comédien, le professeur évolue sous le regard d'un public : parce que ce public est toujours autre, la pièce est toujours renouvelée, "recréée" et le jeu, adapté. L'auteur invite à prendre le pouls de ce collectif qu'est le public, si large soit-il, sans que cette énergie commune ne gomme les individualités ou les personnes (il revendique en cela l'héritage de systèmes éducatifs plaçant la personnalité de chacun au coeur de l'acte d'enseigner.)
"Notre métier étant si proche de celui des acteurs, la qualité de la pièce jouée dépend pour une grande part de l'osmose avec le public. Dans un ampithéâtre de trois cents étudiants, le groupe se comporte comme un ensemble hétéroclite et néanmoins, étrangement unifié."
Telle Élodie Garcia-Foliot, de nombreux contributeurs soulignent l'importance du dialogue entre les langues et d'une attention particulière aux mots. En effet, quand les élèves parlent une autre langue, cette dernière est parfois victime de préjugés. Qu'ils viennent de l'extérieur, comme dans le témoignage de Carole Fleuret, ou qu'ils aient été intériorisés par l'élève au point qu'il se censure lui-même (Lucas), ces a priori ne sont pas toujours perçus ni pris en compte. Le lexique est pourtant une porte d'accès à la culture de l'Autre : le maîtriser, c'est apprivoiser un mode de pensée et un ensemble de représentations culturelles. Quels qu'ils soient. Loin de ne concerner que les élèves allophones, le travail sur le vocabulaire permettrait à l'élève de se sentir inclus.e dans un ensemble auquel il/elle pourrait apporter, apporter son mot, sa pierre. Dans certains contextes, ce travail pourrait aller jusqu'à la construction d'une séquence entière de comparaison des langues : on consultera à ce sujet le travail de Nathalie Auger.
Mentionnées dans la plupart des témoignages, les émotions sont souvent le pont jeté entre deux rives, celui qui permet la communication entre l'enseignant et l'élève : "L'instant de ce regard, nous avons échangé et partagé cet indicible de l'identité", écrit Asifa Bergon-Razack. Qu'il s'agisse de joie, d'émerveillement, d'empathie, d'angoisse, de colère ou de tristesse, traduites en mots et/ou en manifestations non verbales, suscitées tantôt par un commentaire négatif, tantôt par une rencontre avec le Beau (on relira entre autres les contributions de Mona Azzam, Marie-Christine Bourmault, Sabine Rossignol, Martine Toulza ou Marie Gola célébrant le pouvoir de la poésie), elles touchent à une forme d'universalité qui transcende l'opposition enseignant/enseigné. Les textes insistent sur ce point : l'élévation ne naît pas toujours d'un moment plaisant, elle peut aussi se développer dans l'adversité : difficulté personnelle ou professionnelle de l'enseignant, souffrances multiples de l'élève . On relira par exemple le témoignage de Marc Rosenzweig sur la remise en question de sa manière d'évaluer ou encore la sollicitude des élèves de Fabrice Bregler lors d'une séance d'inspection importante pour leur professeur.
Il convient donc d'accorder une place aux émotions de l'enseigné, de l'enseignant, et de dissiper les malentendus ou malaises que pourrait engendrer ce langage "autre", comme le montrent Lucille Soulier et Pamela Gobin.. Ainsi, des activités utilisant le jeu (ou le jeu de rôles), telles qu'en rapportent Suzanne Julliard Agie, Marie Lucas ou Corinne Neuhart, et des scénarios faisant appel aux cinq sens semblent offrir de belles perspectives d'élévation : travaux sur l'image, la musique, la poésie ou encore sur des textes interrogeant l'acte même d''éduquer. Des oeuvres aussi diverses que L'ïle des Esclaves de Marivaux ou Les Aventures de Tom Sawyer de Mark Twain en sont des exemples féconds : s'il est des dispositifs permettant de susciter la réciprocité et l'élévation, bon nombre de ceux qui mettent en jeu la créativité des élèves en font partie.
"Nulle part ailleurs les interactions langagièresn'auront un tel impact sur l'acquisition de la langue : ni bien sûr en famille, ni par le biais d'un quelconqueenseignement didactique. A l'école, lieu de la communication obligée entre pairs, l'immersion et lapratique du français sont constantes. C'est dans ce contexte naturel d'interlocution - et seulement dansce contexte - que l'enseignant doit puiser matière à construire sous forme de bilans langagiers lespremiers exercices de structuration du lexique.".
Jean-Charles Rafoni, "L'acquisition du vocabulaire en Français Langue Seconde", Eduscol, 2011. https://eduscol.education.fr/document/15652/download
"Les interactions avec les enseignants, quant à elles, semblent déterminantes dans la construction du rapport affectif à une activité. Nombreux sont celles et ceux qui se rappellent le professeur qui leur a fait aimer l'histoire-géographie, ou à l'inverse, celui qui serait à l'origine d'une aversion pour les mathématiques. [...] Lorsque l'on traite de la question des émotions à l'école, il convient également de considérer celles de l'enseignant. En effet, si ces dernières sont bien moins étudiées que les émotions ressenties par les élèves, elles ne sont pas pour autant moins réelles ni sans conséquence sur les situations d'apprentissage."
Gobin, Baltazart, Simöes-Perlant et Stefaniak, Émotions et Apprentissages, Dunod, 2001, " Les sources psychologiques des émotions à l'école".
"C’est aux parents puis aux enseignants de donner aux enfants, dès le début du langage, le goût des mots nouveaux afin que le désir précocement développé de posséder ces mots jusqu’ici inconnus écarte la crainte du ridicule. Dès trois ans, il est possible d’installer avec les enfants des rituels de transmission des mots, chacun d’eux venant enrichir un trésor sans cesse renouvelé [...] On créera ainsi dés l’enfance cet amour du mot rare, ce désir d’une saveur lexicale singulière que l’on savoure parce qu’elle est singulière, parce qu’elle est rare, parce qu’elle nous vient d’un autre si différent de nous, d’une autre génération, d’un autre milieu, d’une autre culture."
Alain Bentolila, "Le vocabulaire pour dire et lire", Eduscol, 2011. https://eduscol.education.fr/document/15634/download
L'importance des espaces d'enseignement est très souvent soulignée dans le contributions à CE(Q)NE.Qu'il s'agisse d'un espace réel, physique, tels le pays, le collège, le lycée, la classe - flexible comme la conçoit Marie Soulié, coopérative, mutuelle ou plus prosaïquement ordinaire, le gymnase, la salle ou la scène de théâtre - très souvent mentionnée, la forêt, la menuiserie d'un père d'élève dans le texte de Philippe Ibars...) ou d'un espace métaphorique (la page blanche, le livre, les lignes du texte) , c'est la question de la place et du rôle de chacun qui est posée ("Mettez-vous à notre place", réclamaient les élèves brésiliens de Claudine Franchon). Pour que la réciprocité puisse exister, il importe de lui laisser sa place. De sécuriser l'espace pour soi et pour l'Autre, par les règles, tout en laissant un peu de jeu (ou de je ? ) dans les rouages du système. De permettre à l'élève de créer, de s'approprier cet espace. Du bois de Vincennes à la salle de classe, l'élévation paraît possible dans les différents lieux qui ont le pouvoir d'attribuer les rôles et de les reconfigurer. Cécile Bony montre ainsi combien le début de la classe dans un lieu intermédiaire, neutre, situé entre l'aire des gens du voyage et l'école, est un moment suspendu et très élevant.
Les lieux plus tarditionnels seraient-ils moins propices à la réciprocité ? Même si l'on ne peut pas toujours pousser les meubles, c'est sans doute la place qu'il convient de considérer. Ainsi, Anthony Segura de prendre conscience, lors de sa première rentrée :
J'arrive devant ma classe. Ma toute première classe. Vingt élèves de sixième. [...] Leurs regards se posent sur moi et je sens que c'est précisément là que je deviens professeur. Ils me font professeur. Ils m'élèvent par le simple pouvoir de leurs regards."
Si la classe au sens de groupe d'élèves fait le professeur en le reconnaissant comme tel et en lui donnant une raison d'être, l'espace classe peut également être pensé pour permettre une relation éducative plus féconde. S'il n'est pas toujours possible ni utile de modifier le lieu d'enseignement, tout ce qui pourrait permettre une appropriation partagée de l'espace semble souhaitable. Même dans le cadre d'un cours magistral à l'université : "... Le professeur, écrit Christian Belin, n'est pas d'abord quelqu'un qui serait assis sur une chaire pour dispenser un savoir ne varietur. "
LES TEXTES
Certains des textes recueillis peuvent devenir des objets d'étude à part entière (collège, lycée, études supérieures.)
Vues
Idées
Vibrations
Comparaison des systèmes, hist.géo, sociologie
Argumentation, essai
Textes poétiques et chansons
Voix
Valeurs
Choix narratifs, mise en voix et en corps
Confrontation des valeurs, EMC, rapport à l'Autre
Le texte raconte l'échange entre un jeune garçon manouche et sa professeure de français. Écrit comme une lettre de l'enseignante à son élève, il s'appuie sur une anecdote marquée par l'autocensure de cet adolescent qui pensait ne pas être légitime pour faire entrer un peu de sa culture à l'école. L'enseignant trouvera dans la lettre matière à travailler sur les niveaux de langue, les types de textes, les codes de la correspondance écrite. La mise en musique et en corps du texte par la compagnie Scripta volant peut permettre de s'intéresser aux techniques d'appropriation et de transmission : quels sont les choix opérés par la compagnie (lecture, musique, visuel) ? Comment les comprendre ? Qu'apportent-ils au texte initial ? Aurait-on fait les mêmes ? ... Pourront découler des réponses à ces questions des activités sur la mise en voix, en scène, en musique et la lecture à voix haute.
Lucas like a rolling stone
Le texte offert par son auteur Laurent Vignat à CEQNE (2025) mais également publié dans l'ouvrage Des Lignes et des Liens (éd. Mutine, 2022), interroge notamment les représentations qui président à l'orientation des élèves dans notre système scolaire. Un travail sur les procédés de l'argumentation à travers le texte semble intéressant, en particulier dans le paragraphe portant précisément sur l'orientation, le "parcours Avenir " du jeune Burak (de "L'enjeu principal" à "c'est certain.").
Pont
Plus globalement, le texte pourra être utilisé dans le cadre de la réflexion sur l'orientation afin de permettre aux élèves de se prononcer sur la manière dont ils abordent et vivent ce parcours souvent complexe.
Je travaille dans le domaine de l'éducation.
J'enseigne...
- L'élévation peut-elle me concerner
J'ai affaire à des élèves...
J'exerce ce métier depuis...
Porté par un inspecteur de lettres et régulièrement abondé par des professeurs de lettres, de Français Langue Étrangère, de Français Langue Seconde ou, en moindre mesure, par des enseignants de langues vivantes, "Ces Élèves (Qui) Nous Élèvent" ne leur est pourtant pas réservé : adressé à tous les corps disciplinaires, l'appel à contribuer ambitionne de multiplier les regards, de faire dialoguer les différentes disciplines pour qu'émergent des points de convergence et de nouvelles approches. Cette contribution de Julien Nano, professeur d'Éducation Physique et Sportive, montre ainsi comment la question de l'autorité fait particulièrement sens dans une matière mettant en jeu le(s) corps des élèves ; le texte d'Hélène Micoud, inspectrice mais aussi professeure de sciences physiques, évoque la place qu'a pu prendre une lycéenne dans son propre parcours, en mettant à mal stéréotypes et déterminisme.Enfin, d''autres contributions insistent sur des expériences de coanimation, de collaboration et/ ou d'interdisciplinarité, telle celle de Stéphanie Balme et Carole Ferrini.Si les disciplines linguistiques sont souvent un lieu propice aux échanges et à la réciprocité, rien est automatique "en la matière". C'est donc davantage à l'esprit de la réciprocité qu'à sa lettre, davantage à une posture qu'à une discipline particulière qu'il convient de s'attacher.
" L'âge non plus n'a pas d'importance. Lors d'ateliers d'éveil à la poésie, que j'avais initiés dans une école maternelle, en voyant l'image d'un arbre orange, une petite fille m'a dit : « Cet arbre est très content, il se trouve très beau en orange, car il est le seul qui est orange. Il est différent des autres. » Et puis après un instant de silence elle a soudain ajouté avec gravité : « Cet arbre n'est pas content, il est triste d'être le seul à être orange. Il est différent des autres. » Je suis restée sans voix devant la maturité qui se dégageait de ces mots, la réflexion qui en ressortait. Alors oui, les élèves nous élèvent, et les élèves, ce sont chacun de nous.
Extrait de la contriution d'Emmanuelle Cabrol consultable ici :
" Comment enfin ne pas être touchée par leur naïve curiosité à l'égard de certaines disciplines comme l'histoire ou encore la philosophie qui n'est pas enseignée en Lycée professionnel ? Oui, ces élèves, bien que toujours tournés vers l'immédiateté ou l'avenir, sont friands de savoir, non seulement de mémoire et d'histoires du temps passé, si importantes pour eux, mais aussi de pensée philosophique comme s'il était terriblement injuste qu'ils en soient privés. Je me souviens de cette remarque d'élève de 1ère qui m'avait interpellée il y a quelques années au sujet justement de la philosophie : « Comme ça doit être intéressant la philo... ! Pourquoi on en fait pas ? » [...] Peut-être qu'inconsciemment, ces élèves enfaisaient-ils déjà sans le savoir..."
Extrait de la contribution de Catherine Sparfel consultable ici :
" J’éprouve aussi ce constat à l’université, comme enseignant-chercheur. Quand j’ai un étudiant qui m’élève, j’essaie de le garder [...] La direction de recherche consiste à donner une orientation, à accompagner, prendre par la main puis la lâcher. C’est alors que l’étudiant me dépasse, me tire vers le haut, lui le spécialiste. L’expertise s’inverse en 3ème année et mes étudiants m’enseignent des résultats obtenus grâce à la méthodologie donnée initialement. Toute situation sociale est prétexte à apprendre. Quand dans l’amphi un étudiant dit ne pas être d’accord avec moi, je grandis non comme enseignant mais comme personne sociale. Je dois trouver une réponse. Les étudiants qui cherchent vraiment à comprendre forcent à expliciter le discours pédagogique."
Extrait de la contribution de Jérémi Sauvage consultable ici :
" Ha est un enfant sourd de 5 ans avec sans doute de sérieux troubles cognitifs. La professeure, en accord avec les parents et le coordonnateur, a pu lui proposer d'être en classe une heure par jour au début. Les premiers jours, il déstabilisait tout le monde : prostré, puis soudain trop actif, destructuré, sautant, incapable de faire quoi que ce soit en classe. Puis, un mois après, Ha était un enfant souriant, qui avait envie d'école. Il n'arrivait toujours pas à canaliser son énergie mais essayait d'agir, de réaliser quelques activités adaptées. On y a senti son regard s'ouvrir sur son environnement. Son cas cumule un grand nombre de difficultés que l'institution scolaire n'est pas toujours capable de pendre en charge."
Extrait de la contribution de Stéphane Paroux consultable ici :
" Enseigner, c'est lutter, résister, recommencer, avec les jeunes alliés qui alertent, encouragent, aident à vivre et, finalement, remercient. À leur insu, les plus défavorisés - je pense en particulier aux enfants de bidonvilles - peuvent propulser leurs enseignants au rang de héros, de sauveurs, de révolutionnaires illuminés mais tellement humains. Que feront-ils du poids des déterminismes subis et intégrés que la jeunesse leur présente ? Ne peut-on interpréter les incivilités scolaires comme le symptôme d'un échec collectif à convertir la fatalité en rampe de lancement ? "
Extrait de la contribution de Myriam Gaujoux consultable ici :
" On ne soupçonne pas ce que les bons élèves peuvent traverser de périls et d'épreuves. Si les élèves en difficulté retiennent notre attention avec fracas et fureur, il est des douleurs qui se taisent dans l'éclat des belles lettres et le mauve des notes turquoise. "
Asifa Bergon-Razack
" Et voilà aussi l'occasion de remercier, bouleversé, les innombrables qui m'auront doublé en battant des mains."
Marc Wetzel
" Ainsi, G***, diagnostiqué TDAH (Trouble du Déficit de l'Attention avec Hyperactivité) et TSA (Trouble du Spectre Autistique) est par ailleurs entravé dans sa progression et son rythme de travail par une recherche poussée de la perfection ("j'aime le travail bien fait"), notamment dans l'écriture qui reste une souffrance pour lui. Mais alors que nous, adultes, perdons temps et énergie en plaintes et revendications parfois stériles ou dérisoires, nul ne l'a jamais entendu, lui, se plaindre [...] Il est, me semble-t-il, un exemple de persévérance et de courage. "
Extrait de la contribution de Sandrine Roy consultable ici :
" Un joyeux tumulte précède l'irruption dans la classe des élèves supposés être avec le proviseur. Un couvre-chef informe, recouvert de plumes bariolées, passe la porten cachant, derrière ses lunettes, le regard rieur de Zaccharia. Zaccharia, dit "le matheux"... [...] Je devine avec surprise dans le personnage de Philaminte qui vient d'intervenir la brune Sylvia ! Excellente élève, elle est d'ordinaire plutôt discrète. "
Extrait de la contribution d'Hélène Levasseur consultable ici :
" La présence des élèves de différentes origines linguistiques et culturelles nous incite à faire des recherches et à nous intéresser aux pays et aux cultures éoignées. [...] Au contact des élèves allophones, j'éprouve le besoin d'apprendre des choses sur l'histoire de leurs pays et les éléments clés de leurs cultures. J'ai envie de découvrir et d'apprendre des mots étrangers. Je sais qu'en les utilisant je peux étalbir un contact plus direct et plus authentique avec les élèves. "
Extrait de la contribution d'Eva Kotul consultable ici :
" Ce que tous les textes ne pourront jamais théoriser, enseigner, c’est ce qui se trouve encore plus bas, à ma droite, au pied du bureau, par terre : mon sac de cours; c’est la sollicitude de Sara qui a remarqué, un matin d’hiver, que sa prof se pétait le dos en contorsions saugrenues pour éviter chute et éventration dudit sac ; c’est sa prévenance à m’apporter, toute fière, dès le lendemain, un anneau de porte-clé pour réparer le cartable quelque peu désabusé et lui permettre de poursuivre sa mission [...] ; c’est la fierté de cette petite de savoir que si sa prof tient aujourd’hui, c’est aussi un peu grâce à elle ; c’est enfin toute la force et la détermination d’une enfant qui, pour n’être ni la plus compétente ni la plus pénible de sa classe, n’en attend pas moins d’exister et de se construire dans mes yeux. "
Extrait de la contribution de Claire Pavy consultable ici :
Volontairement incongrue, cette grille de bingo dans laquelle bon nombre d'éducateurs pourront cocher plusieurs cases à la fois prouve qu'aucun profil d'élève n'exclut a priori la possibilité d'une élévation de l'enseignant. En revanche, force est de constater que les contributions mentionnent presque toutes des élèves présentant des particularités. et que ces particularités vont être à l'origine de la réciprocité. Dès lors, il convient certainement d'opérer un déplacement de point de vue (et, par là, de s'élever ?) en considérant que "les élèves", "les 4ème A", "les bac pro. vente", "mes étudiants" sont avant tout des personnes, des individualités aux multiples facettes, dont certaines peuvent nous surprendre - positivement ou négativement - et nous faire grandir.
de bon à très bon niveau
La lecture des contributions montre que le professionnel de l'éducation débutantest un bon candidat à l'élévation. Cela s'entend : en se retrouvant pour la première fois devant des élèves, dont certains peuvent sortir du cadre étudié lors de sa formation, le/la pédagogue va souvent se sentir dépassé.e, démuni.e. Et sa candeur le/la rend, peut-on penser, plus disponible car moins parasité.e par des habitudes ou des réflexes. Enthousiaste, animé.e de l'envie et de l'espoir de trouver des solutions, nourri.e des expérimentations didactiques les plus récentes, il ou elle va pouvoir se lancer dans l'aventure avec une énergie et une adaptabilité qui porteront son parcours professionnel. Cela ne signifie pas que l'enseignant plus expérimenté soit incapable d'élévation. Certains textes montrent d'ailleurs que c'est la maturité et la multiplication des expériences dans des contextes variés qui permettent au professionnel de savourer rétrospectivement le chemin parcouru et les changements de direction qui n'avaient pas été prévus initialement. Et de remercier.
Histoire (V. Fay)
Présentation (F. Miquel)
Textes en écho (M. Toulza)
Analyse (L. Bellone)
Regard (Edgar Morin)
" Je ne veux pas qu'il conçoive et parle seul, je veux qu'ilécoute son disciple parler à son tour." Montaigne, Essais, I, "De l'institution des enfants", 1580. Montaigne l'avait déjà senti en décrivant le "précepteur" humaniste : c'est dans l'oralité que se jouent le plus grand nombre d'élévations réciproques. De multiples textes recueillis dans CEQNE placent les interactions orales au centre de la dynamique qui permet à chacun de donner et de recevoir. Cultiver la réciprocité, c'est avoir envie d'écouter l'Autre, comme le rapportent Mahorii Mahanora ou Julietta Vargas ; de savoir ce qu'il ou elle a à dire ; et, éventuellement, de l'aider à le faire.
Plusieurs textes comportent une visée argumentative et pourront être étudiés sous cet angle. C'est le cas de "Pont", de Laurent Vignat. Plus globalement, la question de la réciprocité éducative peut être intégrée à certaines séances pédagogiques de lettres, voire de philosophie : en Terminale ("Humanités, Littérature et philosophie" ), Lucie Bellone a ainsi traité du sur le rapport entre professeur et élèves avant d'interroger ses étudiants sur leur propre expérience. L'entretien entre l'équipe CEQNE et Paul-Marcel Lemaire, professeur et spécialiste de la philosophie du langage, regorge lui aussi de précieux points de départ didactiques, tout comme le texte à travers lequel Frédéric Miquel "fait parler" les élèves qui l'ont élevé.
* Rythme haché ; * emphase (anaphore "l'avenir",, déclinée en "L'avenir c'est" puis "ce n'est pas" ; utilisation du présentatif) ; * emploi du présent de l'indicatif ; * énumération, accumulation des définitions de l'avenir et des questions, lapidaires, montrant l'avalanche qui s'abat alors sur l'élève ; *antithèses pour souligner l'injustice frappant le stage de découverte ; * répétitions ("assommant", "épuisement") ; * construction circulaire du raisonnement qui s'ouvre et s'achève sur le "tacos". Etc...
Coopération et Évaluation, éd. Chronique Sociale, 2021.
Les contributions montrent souvent à quel point l'humilité de l'enseignant est nécessaire. On trouvera par exemple de quoi penser ce sujet dans le texte de Christian Belin ou encore dans les témoignages des professeurs du lycée franco-hellénique Delacroix d’Athènes : « La réciprocité éducatrice est un concept opératoire révolutionnaire qui bouscule les acteurs et les idées reçues : le rapport à toi m’oblige à faire un retour sur moi et à réviser mes certitudes [ …] Ainsi, une situation éducative n’est pas d’abord le lieu de la transmission mais le lieu où il s’agit d’apprendre à écouter l’autre, tout autre, et à le regarder, car la parole est silence et geste autant que verbe. » Jean-Marie Labelle, Apprendre des autres, L’Harmattan, 2022.
Pour évoquer la réciprocité éducative, certains auteurs tels Christian Dauch ou Lola Ettamymy, ont parfois choisi la forme poétique ou, comme Emmanuel Bergon, la chanson : ces textes pourront aisément intégrer un chapitre de lettres consacré à la poésie, mais également servir des projets plus larges, pourquoi pas interdisciplinaires : danse, musique, EPS .... afin de joindre les gestes des uns aux paroles des autres !
Pour découvrir des pistes de travail en classe autour du plurilinguisme, on visionnera aussi avec profit les vidéos du site Lirmonde de l'université de Rouen:
Voir les épisodes du documentaire
"Il faut différencier l'échec à l'école et l'échec de l'école. Ce n'est pas parce qu'un élève échoue scolairement qu'il va échouer dans ce qui sera son intégration dasn la société qui est la sienne et inversement le très bon élève ne sera pas forcément celui qui saura predre sa place dans le monde qui est le sien. La stigmatisation actuelle de tout échec scolaire prend ce visage de l'autorité autoritaire alors que l'échec à l'école [...] ouvre sur un possible d'une vie sociale. Là est l'autorité de l'école."
Dr V. Moreau, introduction au Désir d'Apprendre de J. Malka, L'Harmattan, 2025.
Si tous les textes de CEQNE célèbrent les valeurs de tolérance, de partage et d'entraide, certains mettent plus directement l'accent sur les valeurs républicaines et leur transmission : en ces temps de crise politique, l'espoir que notre école peut représenter pour certains élèves rappelle leur importance tout en interrogeant les modalités de leur transmission : étudiés seuls ou en réseau, les textes constituent dans cette optique de précieuses ressources pour les éducateurs (notamment professeurs d'HG / EMC, de sociologie ; CPE etc.):
Coopération et Évaluation, éd. Chronique Sociale, 2021.
... de nombreuses années
... peu
À ce sujet, l'on se reportera par exemple, avec délices, aux textes de Marc Wetzel et de Jean-Christophe Gary auxquels font écho les mots de Mickaël Bailleul évoquant dans un article son expérience en tant que formateur de futurs professeurs des écoles :
les lettres, les langues
une autre discipline
De nombreux textes parus dans le recueil D'Ailleurs constituent de véritables documents: ils invitent à découvrir des étudiants, des enseignants et des systèmes éducatifs qui nous élèvent en ce qu'ils nous poussent à mettre en question nos habitudes et points de vue. Il semblerait intéressant d'envisager ensemble plusieurs de ces textes (ou d'extraits) et, éventuellement, de les associer à d'autres documents (histoire, géographie, Enseignement Moral et Civique ...)
Voir sur une carte:
Qui les élèves peuvent-ils élever ? Les enseignants semblent les premiers concernés et leurs témoignages sont aujourd'hui les plus nombreux ; or, la communauté éducative est large et regroupe également les directeurs d'école, principaux, proviseurs ; les CPE, psyEN, Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap, éducateurs et assistants d'éducation. Plus récemment, l'appel à contribuer a été élargi aux artistes, habitués à mener des projets d'Education Artistique et Culturelle avec les publics scolaires mais aussi à enseigner leur art à des néophytes plus ou moins élevants. On lira, par exemple, cette contribution de la dessinatrice Anieshka : Le dispositif a ceci d'intéressant qu'il permet de croiser les regards : en plus de son expérience personnelle auprès d'élèves, chacun trouvera matière à s'élever dans des témoignages complémentaires au sien.
Mouvement d’aller-retour entre l’enseignant et l’élève, apprentissage de l’un à l’autre et de l’un par l’autre, la réciprocité éducative sup
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Mouvement d’aller-retour entre l’enseignant et l’élève, apprentissage de l’un à l’autre et de l’un par l’autre, la réciprocité éducative suppose une prise de conscience par chacun de ses besoins et invite à repenser l'acte d'apprendre.
"Faire sentir que je suis prêt à recevoir des soins de l’autre est un acte à part entière de la formation de l’autre. "
Sébastien Charbonnier, https://doi.org/10.4000/edso.1489
Ces Élèves (Qui) Nous Élèvent : vers une exploitation avec et pour la classe
S'élever
Claire Pavy, chargée de mission CE(Q)NE
CE(Q)NE et D'Ailleurs
Impulsé en 2018 dans l'académie et piloté depuis par Frédéric Miquel, IA-IPR et responsable du CASNAV, le dispositif "Ces Élèves (Qui) Nous Élèvent" invite des acteurs du monde éducatif et, plus récemment, des artistes intervenant auprès d'élèves, à témoigner de leur vécu en matière de réciprocité éducative. Plusieurs vidéos permettent de mieux connaître ce dispositif.
Coordonné par Emmanuel Bergon, le recueil D'Ailleurs publié en 2025 met en lumière ceux de ces témoignages qui ouvrent le regard vers l'international, qu'il s'agisse d'enseigner hors de nos frontières ou d'accueillir des élèves venus d'autres pays, porteurs d'autres cultures et d'histoires autres. Une carte interactive permet de se rendre compte de la grande diversité présente au coeur de l'ouvrage.
La réflexion présentée sur ce support vise à proposer des observations ainsi que quelques pistes pédagogiques et didactiques à partir des témoignages recueillis dans le cadre de "Ces Élèves (Qui) Nous Élèvent". Elle se veut point de départ mais en aucun cas modèle ou prescription. Évolutive, la présentation se nourrira des futures contributions à CE(Q)NE ; ces dernières pourront d'ailleurs revenir sur les pistes suggérées, les questionner, les interroger... selon le dynamique de la réciprocité éducative !
Posture(s) enseignante(s)
Démarches pédagogiques et activités
Études de textes
Auteurs élevés
Les textes reçus pointent tous des attitudes et des compétences qui, lorsqu'elles sont cultivées par la ou le pédagogue, permettent à la réciprocité d'advenir.
"Ce qui peut alors se développer, se déployer, c'est un vrai changement de représentations de soi-même, de ses savoirs et de ses ignorances, de leur place dans notre popre vie et dans la société, des personnes, des conceptions des savoirs, des ignorances et de ce qu'est "Apprendre". En effet, si ces représentations des savoirs, des ignorances, ne bougent pas, n'est-ce pas le signe que l'on n'a pas vraiment appris sur soi, sur les autres, sur la société, sur les savoirs ...? N'est-ce pas le signe que l'on ne peut, ni ne veut, rien changer (pour soi et d'autres) en termes d'apprentissages, de relations, de coopérations ?"
Claire Héber-Suffrin, Apprendre par la réciprocité, éd. Chronique sociale, 2016.
Distance critique et humour
Humilité
Aptitude à la joie et à la surprise
Écoute
Curiosité
Sens de l'adaptation
" L’humour est généralement perçu par les étudiants comme un renforcement du lien, où les personnalités s’expriment. L’humour permet d’introduire du « prendre soin » (care en anglais).Il semble que l’humour exerce une influence dans la concentration individuelle des étudiants [...]La relation d’enseignement évoquée ici s’inscrit dans une gestion dynamique et enthousiaste où l’humour essaie d’être un marqueur de sollicitude empathique. L’humour est un des fils conducteurs de mes enseignements. Il sert bien sûr à éclairer les visages des étudiants et à susciter leur intérêt, mais il facilite aussi, à mon sens, les apprentissages et les acquisitions des connaissances didactiques et professionnelles. Il se veut aussi un outil d’expression et de décompression face à une réalité de terrain parfois difficile."
Michaël Bailleul, "Du rire aux apprentissages", Cahiers Pédagogiques n° 582.
"" ... accepter de manquer sans se perdre, sans angoisse d'anéantissement du fait du "siphonage narcissique" auquel ce manque pourrait exposer faute de contenus suffisants. S'éprouver manquant. Et donc aller chercher du côté non pas du "Tout" (le "tout" d'un savoir universel, d'un savoir absolu persécuteur incarné par un "sachant" qui le serait tout autant !) , mais du côté de "l'Autre d'un savoir", supporté par l'image d'un enseignant capable de se montrer curieux, capable de s'étonner, de s'émerveiller, mais aussi de se fâcher, d'être exigeant etc. Bref, un autre - l'enseignant - lui aussi manquant, qui n'est par exemple, jamais certain de parvenir exactement au but pédagogique recherché, qui remet en question ce qu'il pensait pourtant acquis ..."
Jean MALKA, Le Désir d'Apprendre, L'Harmattan, 2025.
Afin d'envisager une possible élévation, chaque partie prenante de la relation éducative doit donc faire preuve de désir et de curiosité. C'est cette envie de connaître l'Autre, présupposant qu'il peut nous apprendre quelque chose de lui ou du monde, qui doit animer l'apprentissage réciproque et la démarche de l'enseignant.e. Quel que soit le type d'élève concerné, l'enseignant doit prendre conscience que le savoir, dont Malka rappelle la parenté lexicale avec la saveur, le goût, implique un appétit de l'Autre. On pourra par exemple lire sur ce thème les contributions de Pierrette Leti-Palix, Malaury Massa, Myriam Gaujoux ou encore Catherine Sparfel.
Équipages
Espace(s)
Émotions
Langue(s)
Les textes mentionnent souvent des groupes :
Pour les modalités de travail dans et/ ou entre ces groupes, on peut s'appuyer sur les quatre familles de relations coopératives pour les apprentissages posées par Pierre Cieutat et Sylvain Connac : l'aide, l'entraide, le tutorat et le travail en petits groupes. Le travail collectif permet l'élévation réciproque : même dans les dispositifs d'aide, de tutorat voire d'évaluation, a priori unilatéraux, l'élève aidant, tuteur ou évaluateur est certes amené à donner, mais aussi à faire siennes les compétences d'inventivité, de transmission ou de jugement qui lui ont été montrées par son professeur. Ce dernier s'en trouve élevé, doublement : satisfait d'avoir rendu l'élève plus autonome, il peut aussi puiser, dans l'observation, de nouvelles idées, à l'instar de Cendrine Martinet (2025). Changeant pour un temps de rôle à la faveur d'un travail à plusieurs, l'élève est ici autorisé , placé en situation d'auteur d'une démarche d'enseignement, sous l'autorité de son enseignant ; ce texte de Dominique Pompougnac (2018) ou cette ressource partagée lors des 1ers Ateliers des Lettres (Mars 2025) en sont des témoignages.
MAIS...
La lecture de ce qui précède pourrait laisser penser que seul le fonctionnement en groupes permet la réciprocité et l'élévation. Or, certains témoignages montrent que ce n'est pas le cas : dans le récit de Marc Rosenzweig, c'est le système d'évaluation du professeur de SVT qui est mis en question par la remarque d'un nouveau bachelier ; Stéphanie Bonneaud raconte comment sa rencontre avec Zakhar, jeune réfugié ukrainien, l'a plongée dans des abîmes de doute et lui a permis de renouer avec l'essence de son engagement à transmettre les textes littéraires :
- Sans groupes, point d'élévation
"... les autres élèves me regardaient, étonnés, avec un silence à la fois respectueux et intrigué, en se demandant ce qui pouvait bien m'arriver. Toute la littérature semblait, à travers le prisme de l'histoire de Zakhar, prendre un sens plus fort, plus émouvant. "
Parfois, on le voit, la réciprocité naît de la rencontre avec un individu, un "élève" qui bouscule le plan initial.
- Sans groupes, point d'élévation
L'élévation réciproque peut de fait advenir dans des contextes très divers, du moment que l'enseignant y est disposé, comme le montre Christian Belin. Semblable au comédien, le professeur évolue sous le regard d'un public : parce que ce public est toujours autre, la pièce est toujours renouvelée, "recréée" et le jeu, adapté. L'auteur invite à prendre le pouls de ce collectif qu'est le public, si large soit-il, sans que cette énergie commune ne gomme les individualités ou les personnes (il revendique en cela l'héritage de systèmes éducatifs plaçant la personnalité de chacun au coeur de l'acte d'enseigner.)
"Notre métier étant si proche de celui des acteurs, la qualité de la pièce jouée dépend pour une grande part de l'osmose avec le public. Dans un ampithéâtre de trois cents étudiants, le groupe se comporte comme un ensemble hétéroclite et néanmoins, étrangement unifié."
Telle Élodie Garcia-Foliot, de nombreux contributeurs soulignent l'importance du dialogue entre les langues et d'une attention particulière aux mots. En effet, quand les élèves parlent une autre langue, cette dernière est parfois victime de préjugés. Qu'ils viennent de l'extérieur, comme dans le témoignage de Carole Fleuret, ou qu'ils aient été intériorisés par l'élève au point qu'il se censure lui-même (Lucas), ces a priori ne sont pas toujours perçus ni pris en compte. Le lexique est pourtant une porte d'accès à la culture de l'Autre : le maîtriser, c'est apprivoiser un mode de pensée et un ensemble de représentations culturelles. Quels qu'ils soient. Loin de ne concerner que les élèves allophones, le travail sur le vocabulaire permettrait à l'élève de se sentir inclus.e dans un ensemble auquel il/elle pourrait apporter, apporter son mot, sa pierre. Dans certains contextes, ce travail pourrait aller jusqu'à la construction d'une séquence entière de comparaison des langues : on consultera à ce sujet le travail de Nathalie Auger.
Mentionnées dans la plupart des témoignages, les émotions sont souvent le pont jeté entre deux rives, celui qui permet la communication entre l'enseignant et l'élève : "L'instant de ce regard, nous avons échangé et partagé cet indicible de l'identité", écrit Asifa Bergon-Razack. Qu'il s'agisse de joie, d'émerveillement, d'empathie, d'angoisse, de colère ou de tristesse, traduites en mots et/ou en manifestations non verbales, suscitées tantôt par un commentaire négatif, tantôt par une rencontre avec le Beau (on relira entre autres les contributions de Mona Azzam, Marie-Christine Bourmault, Sabine Rossignol, Martine Toulza ou Marie Gola célébrant le pouvoir de la poésie), elles touchent à une forme d'universalité qui transcende l'opposition enseignant/enseigné. Les textes insistent sur ce point : l'élévation ne naît pas toujours d'un moment plaisant, elle peut aussi se développer dans l'adversité : difficulté personnelle ou professionnelle de l'enseignant, souffrances multiples de l'élève . On relira par exemple le témoignage de Marc Rosenzweig sur la remise en question de sa manière d'évaluer ou encore la sollicitude des élèves de Fabrice Bregler lors d'une séance d'inspection importante pour leur professeur.
Il convient donc d'accorder une place aux émotions de l'enseigné, de l'enseignant, et de dissiper les malentendus ou malaises que pourrait engendrer ce langage "autre", comme le montrent Lucille Soulier et Pamela Gobin.. Ainsi, des activités utilisant le jeu (ou le jeu de rôles), telles qu'en rapportent Suzanne Julliard Agie, Marie Lucas ou Corinne Neuhart, et des scénarios faisant appel aux cinq sens semblent offrir de belles perspectives d'élévation : travaux sur l'image, la musique, la poésie ou encore sur des textes interrogeant l'acte même d''éduquer. Des oeuvres aussi diverses que L'ïle des Esclaves de Marivaux ou Les Aventures de Tom Sawyer de Mark Twain en sont des exemples féconds : s'il est des dispositifs permettant de susciter la réciprocité et l'élévation, bon nombre de ceux qui mettent en jeu la créativité des élèves en font partie.
"Nulle part ailleurs les interactions langagièresn'auront un tel impact sur l'acquisition de la langue : ni bien sûr en famille, ni par le biais d'un quelconqueenseignement didactique. A l'école, lieu de la communication obligée entre pairs, l'immersion et lapratique du français sont constantes. C'est dans ce contexte naturel d'interlocution - et seulement dansce contexte - que l'enseignant doit puiser matière à construire sous forme de bilans langagiers lespremiers exercices de structuration du lexique.".
Jean-Charles Rafoni, "L'acquisition du vocabulaire en Français Langue Seconde", Eduscol, 2011. https://eduscol.education.fr/document/15652/download
"Les interactions avec les enseignants, quant à elles, semblent déterminantes dans la construction du rapport affectif à une activité. Nombreux sont celles et ceux qui se rappellent le professeur qui leur a fait aimer l'histoire-géographie, ou à l'inverse, celui qui serait à l'origine d'une aversion pour les mathématiques. [...] Lorsque l'on traite de la question des émotions à l'école, il convient également de considérer celles de l'enseignant. En effet, si ces dernières sont bien moins étudiées que les émotions ressenties par les élèves, elles ne sont pas pour autant moins réelles ni sans conséquence sur les situations d'apprentissage."
Gobin, Baltazart, Simöes-Perlant et Stefaniak, Émotions et Apprentissages, Dunod, 2001, " Les sources psychologiques des émotions à l'école".
"C’est aux parents puis aux enseignants de donner aux enfants, dès le début du langage, le goût des mots nouveaux afin que le désir précocement développé de posséder ces mots jusqu’ici inconnus écarte la crainte du ridicule. Dès trois ans, il est possible d’installer avec les enfants des rituels de transmission des mots, chacun d’eux venant enrichir un trésor sans cesse renouvelé [...] On créera ainsi dés l’enfance cet amour du mot rare, ce désir d’une saveur lexicale singulière que l’on savoure parce qu’elle est singulière, parce qu’elle est rare, parce qu’elle nous vient d’un autre si différent de nous, d’une autre génération, d’un autre milieu, d’une autre culture."
Alain Bentolila, "Le vocabulaire pour dire et lire", Eduscol, 2011. https://eduscol.education.fr/document/15634/download
L'importance des espaces d'enseignement est très souvent soulignée dans le contributions à CE(Q)NE.Qu'il s'agisse d'un espace réel, physique, tels le pays, le collège, le lycée, la classe - flexible comme la conçoit Marie Soulié, coopérative, mutuelle ou plus prosaïquement ordinaire, le gymnase, la salle ou la scène de théâtre - très souvent mentionnée, la forêt, la menuiserie d'un père d'élève dans le texte de Philippe Ibars...) ou d'un espace métaphorique (la page blanche, le livre, les lignes du texte) , c'est la question de la place et du rôle de chacun qui est posée ("Mettez-vous à notre place", réclamaient les élèves brésiliens de Claudine Franchon). Pour que la réciprocité puisse exister, il importe de lui laisser sa place. De sécuriser l'espace pour soi et pour l'Autre, par les règles, tout en laissant un peu de jeu (ou de je ? ) dans les rouages du système. De permettre à l'élève de créer, de s'approprier cet espace. Du bois de Vincennes à la salle de classe, l'élévation paraît possible dans les différents lieux qui ont le pouvoir d'attribuer les rôles et de les reconfigurer. Cécile Bony montre ainsi combien le début de la classe dans un lieu intermédiaire, neutre, situé entre l'aire des gens du voyage et l'école, est un moment suspendu et très élevant.
Les lieux plus tarditionnels seraient-ils moins propices à la réciprocité ? Même si l'on ne peut pas toujours pousser les meubles, c'est sans doute la place qu'il convient de considérer. Ainsi, Anthony Segura de prendre conscience, lors de sa première rentrée :
J'arrive devant ma classe. Ma toute première classe. Vingt élèves de sixième. [...] Leurs regards se posent sur moi et je sens que c'est précisément là que je deviens professeur. Ils me font professeur. Ils m'élèvent par le simple pouvoir de leurs regards."
Si la classe au sens de groupe d'élèves fait le professeur en le reconnaissant comme tel et en lui donnant une raison d'être, l'espace classe peut également être pensé pour permettre une relation éducative plus féconde. S'il n'est pas toujours possible ni utile de modifier le lieu d'enseignement, tout ce qui pourrait permettre une appropriation partagée de l'espace semble souhaitable. Même dans le cadre d'un cours magistral à l'université : "... Le professeur, écrit Christian Belin, n'est pas d'abord quelqu'un qui serait assis sur une chaire pour dispenser un savoir ne varietur. "
LES TEXTES
Certains des textes recueillis peuvent devenir des objets d'étude à part entière (collège, lycée, études supérieures.)
Vues
Idées
Vibrations
Comparaison des systèmes, hist.géo, sociologie
Argumentation, essai
Textes poétiques et chansons
Voix
Valeurs
Choix narratifs, mise en voix et en corps
Confrontation des valeurs, EMC, rapport à l'Autre
Le texte raconte l'échange entre un jeune garçon manouche et sa professeure de français. Écrit comme une lettre de l'enseignante à son élève, il s'appuie sur une anecdote marquée par l'autocensure de cet adolescent qui pensait ne pas être légitime pour faire entrer un peu de sa culture à l'école. L'enseignant trouvera dans la lettre matière à travailler sur les niveaux de langue, les types de textes, les codes de la correspondance écrite. La mise en musique et en corps du texte par la compagnie Scripta volant peut permettre de s'intéresser aux techniques d'appropriation et de transmission : quels sont les choix opérés par la compagnie (lecture, musique, visuel) ? Comment les comprendre ? Qu'apportent-ils au texte initial ? Aurait-on fait les mêmes ? ... Pourront découler des réponses à ces questions des activités sur la mise en voix, en scène, en musique et la lecture à voix haute.
Lucas like a rolling stone
Le texte offert par son auteur Laurent Vignat à CEQNE (2025) mais également publié dans l'ouvrage Des Lignes et des Liens (éd. Mutine, 2022), interroge notamment les représentations qui président à l'orientation des élèves dans notre système scolaire. Un travail sur les procédés de l'argumentation à travers le texte semble intéressant, en particulier dans le paragraphe portant précisément sur l'orientation, le "parcours Avenir " du jeune Burak (de "L'enjeu principal" à "c'est certain.").
Pont
Plus globalement, le texte pourra être utilisé dans le cadre de la réflexion sur l'orientation afin de permettre aux élèves de se prononcer sur la manière dont ils abordent et vivent ce parcours souvent complexe.
Je travaille dans le domaine de l'éducation.
J'enseigne...
- L'élévation peut-elle me concerner
J'ai affaire à des élèves...
J'exerce ce métier depuis...
Porté par un inspecteur de lettres et régulièrement abondé par des professeurs de lettres, de Français Langue Étrangère, de Français Langue Seconde ou, en moindre mesure, par des enseignants de langues vivantes, "Ces Élèves (Qui) Nous Élèvent" ne leur est pourtant pas réservé : adressé à tous les corps disciplinaires, l'appel à contribuer ambitionne de multiplier les regards, de faire dialoguer les différentes disciplines pour qu'émergent des points de convergence et de nouvelles approches. Cette contribution de Julien Nano, professeur d'Éducation Physique et Sportive, montre ainsi comment la question de l'autorité fait particulièrement sens dans une matière mettant en jeu le(s) corps des élèves ; le texte d'Hélène Micoud, inspectrice mais aussi professeure de sciences physiques, évoque la place qu'a pu prendre une lycéenne dans son propre parcours, en mettant à mal stéréotypes et déterminisme.Enfin, d''autres contributions insistent sur des expériences de coanimation, de collaboration et/ ou d'interdisciplinarité, telle celle de Stéphanie Balme et Carole Ferrini.Si les disciplines linguistiques sont souvent un lieu propice aux échanges et à la réciprocité, rien est automatique "en la matière". C'est donc davantage à l'esprit de la réciprocité qu'à sa lettre, davantage à une posture qu'à une discipline particulière qu'il convient de s'attacher.
" L'âge non plus n'a pas d'importance. Lors d'ateliers d'éveil à la poésie, que j'avais initiés dans une école maternelle, en voyant l'image d'un arbre orange, une petite fille m'a dit : « Cet arbre est très content, il se trouve très beau en orange, car il est le seul qui est orange. Il est différent des autres. » Et puis après un instant de silence elle a soudain ajouté avec gravité : « Cet arbre n'est pas content, il est triste d'être le seul à être orange. Il est différent des autres. » Je suis restée sans voix devant la maturité qui se dégageait de ces mots, la réflexion qui en ressortait. Alors oui, les élèves nous élèvent, et les élèves, ce sont chacun de nous.
Extrait de la contriution d'Emmanuelle Cabrol consultable ici :
" Comment enfin ne pas être touchée par leur naïve curiosité à l'égard de certaines disciplines comme l'histoire ou encore la philosophie qui n'est pas enseignée en Lycée professionnel ? Oui, ces élèves, bien que toujours tournés vers l'immédiateté ou l'avenir, sont friands de savoir, non seulement de mémoire et d'histoires du temps passé, si importantes pour eux, mais aussi de pensée philosophique comme s'il était terriblement injuste qu'ils en soient privés. Je me souviens de cette remarque d'élève de 1ère qui m'avait interpellée il y a quelques années au sujet justement de la philosophie : « Comme ça doit être intéressant la philo... ! Pourquoi on en fait pas ? » [...] Peut-être qu'inconsciemment, ces élèves enfaisaient-ils déjà sans le savoir..."
Extrait de la contribution de Catherine Sparfel consultable ici :
" J’éprouve aussi ce constat à l’université, comme enseignant-chercheur. Quand j’ai un étudiant qui m’élève, j’essaie de le garder [...] La direction de recherche consiste à donner une orientation, à accompagner, prendre par la main puis la lâcher. C’est alors que l’étudiant me dépasse, me tire vers le haut, lui le spécialiste. L’expertise s’inverse en 3ème année et mes étudiants m’enseignent des résultats obtenus grâce à la méthodologie donnée initialement. Toute situation sociale est prétexte à apprendre. Quand dans l’amphi un étudiant dit ne pas être d’accord avec moi, je grandis non comme enseignant mais comme personne sociale. Je dois trouver une réponse. Les étudiants qui cherchent vraiment à comprendre forcent à expliciter le discours pédagogique."
Extrait de la contribution de Jérémi Sauvage consultable ici :
" Ha est un enfant sourd de 5 ans avec sans doute de sérieux troubles cognitifs. La professeure, en accord avec les parents et le coordonnateur, a pu lui proposer d'être en classe une heure par jour au début. Les premiers jours, il déstabilisait tout le monde : prostré, puis soudain trop actif, destructuré, sautant, incapable de faire quoi que ce soit en classe. Puis, un mois après, Ha était un enfant souriant, qui avait envie d'école. Il n'arrivait toujours pas à canaliser son énergie mais essayait d'agir, de réaliser quelques activités adaptées. On y a senti son regard s'ouvrir sur son environnement. Son cas cumule un grand nombre de difficultés que l'institution scolaire n'est pas toujours capable de pendre en charge."
Extrait de la contribution de Stéphane Paroux consultable ici :
" Enseigner, c'est lutter, résister, recommencer, avec les jeunes alliés qui alertent, encouragent, aident à vivre et, finalement, remercient. À leur insu, les plus défavorisés - je pense en particulier aux enfants de bidonvilles - peuvent propulser leurs enseignants au rang de héros, de sauveurs, de révolutionnaires illuminés mais tellement humains. Que feront-ils du poids des déterminismes subis et intégrés que la jeunesse leur présente ? Ne peut-on interpréter les incivilités scolaires comme le symptôme d'un échec collectif à convertir la fatalité en rampe de lancement ? "
Extrait de la contribution de Myriam Gaujoux consultable ici :
" On ne soupçonne pas ce que les bons élèves peuvent traverser de périls et d'épreuves. Si les élèves en difficulté retiennent notre attention avec fracas et fureur, il est des douleurs qui se taisent dans l'éclat des belles lettres et le mauve des notes turquoise. "
Asifa Bergon-Razack
" Et voilà aussi l'occasion de remercier, bouleversé, les innombrables qui m'auront doublé en battant des mains."
Marc Wetzel
" Ainsi, G***, diagnostiqué TDAH (Trouble du Déficit de l'Attention avec Hyperactivité) et TSA (Trouble du Spectre Autistique) est par ailleurs entravé dans sa progression et son rythme de travail par une recherche poussée de la perfection ("j'aime le travail bien fait"), notamment dans l'écriture qui reste une souffrance pour lui. Mais alors que nous, adultes, perdons temps et énergie en plaintes et revendications parfois stériles ou dérisoires, nul ne l'a jamais entendu, lui, se plaindre [...] Il est, me semble-t-il, un exemple de persévérance et de courage. "
Extrait de la contribution de Sandrine Roy consultable ici :
" Un joyeux tumulte précède l'irruption dans la classe des élèves supposés être avec le proviseur. Un couvre-chef informe, recouvert de plumes bariolées, passe la porten cachant, derrière ses lunettes, le regard rieur de Zaccharia. Zaccharia, dit "le matheux"... [...] Je devine avec surprise dans le personnage de Philaminte qui vient d'intervenir la brune Sylvia ! Excellente élève, elle est d'ordinaire plutôt discrète. "
Extrait de la contribution d'Hélène Levasseur consultable ici :
" La présence des élèves de différentes origines linguistiques et culturelles nous incite à faire des recherches et à nous intéresser aux pays et aux cultures éoignées. [...] Au contact des élèves allophones, j'éprouve le besoin d'apprendre des choses sur l'histoire de leurs pays et les éléments clés de leurs cultures. J'ai envie de découvrir et d'apprendre des mots étrangers. Je sais qu'en les utilisant je peux étalbir un contact plus direct et plus authentique avec les élèves. "
Extrait de la contribution d'Eva Kotul consultable ici :
" Ce que tous les textes ne pourront jamais théoriser, enseigner, c’est ce qui se trouve encore plus bas, à ma droite, au pied du bureau, par terre : mon sac de cours; c’est la sollicitude de Sara qui a remarqué, un matin d’hiver, que sa prof se pétait le dos en contorsions saugrenues pour éviter chute et éventration dudit sac ; c’est sa prévenance à m’apporter, toute fière, dès le lendemain, un anneau de porte-clé pour réparer le cartable quelque peu désabusé et lui permettre de poursuivre sa mission [...] ; c’est la fierté de cette petite de savoir que si sa prof tient aujourd’hui, c’est aussi un peu grâce à elle ; c’est enfin toute la force et la détermination d’une enfant qui, pour n’être ni la plus compétente ni la plus pénible de sa classe, n’en attend pas moins d’exister et de se construire dans mes yeux. "
Extrait de la contribution de Claire Pavy consultable ici :
Volontairement incongrue, cette grille de bingo dans laquelle bon nombre d'éducateurs pourront cocher plusieurs cases à la fois prouve qu'aucun profil d'élève n'exclut a priori la possibilité d'une élévation de l'enseignant. En revanche, force est de constater que les contributions mentionnent presque toutes des élèves présentant des particularités. et que ces particularités vont être à l'origine de la réciprocité. Dès lors, il convient certainement d'opérer un déplacement de point de vue (et, par là, de s'élever ?) en considérant que "les élèves", "les 4ème A", "les bac pro. vente", "mes étudiants" sont avant tout des personnes, des individualités aux multiples facettes, dont certaines peuvent nous surprendre - positivement ou négativement - et nous faire grandir.
de bon à très bon niveau
La lecture des contributions montre que le professionnel de l'éducation débutantest un bon candidat à l'élévation. Cela s'entend : en se retrouvant pour la première fois devant des élèves, dont certains peuvent sortir du cadre étudié lors de sa formation, le/la pédagogue va souvent se sentir dépassé.e, démuni.e. Et sa candeur le/la rend, peut-on penser, plus disponible car moins parasité.e par des habitudes ou des réflexes. Enthousiaste, animé.e de l'envie et de l'espoir de trouver des solutions, nourri.e des expérimentations didactiques les plus récentes, il ou elle va pouvoir se lancer dans l'aventure avec une énergie et une adaptabilité qui porteront son parcours professionnel. Cela ne signifie pas que l'enseignant plus expérimenté soit incapable d'élévation. Certains textes montrent d'ailleurs que c'est la maturité et la multiplication des expériences dans des contextes variés qui permettent au professionnel de savourer rétrospectivement le chemin parcouru et les changements de direction qui n'avaient pas été prévus initialement. Et de remercier.
Histoire (V. Fay)
Présentation (F. Miquel)
Textes en écho (M. Toulza)
Analyse (L. Bellone)
Regard (Edgar Morin)
" Je ne veux pas qu'il conçoive et parle seul, je veux qu'ilécoute son disciple parler à son tour." Montaigne, Essais, I, "De l'institution des enfants", 1580. Montaigne l'avait déjà senti en décrivant le "précepteur" humaniste : c'est dans l'oralité que se jouent le plus grand nombre d'élévations réciproques. De multiples textes recueillis dans CEQNE placent les interactions orales au centre de la dynamique qui permet à chacun de donner et de recevoir. Cultiver la réciprocité, c'est avoir envie d'écouter l'Autre, comme le rapportent Mahorii Mahanora ou Julietta Vargas ; de savoir ce qu'il ou elle a à dire ; et, éventuellement, de l'aider à le faire.
Plusieurs textes comportent une visée argumentative et pourront être étudiés sous cet angle. C'est le cas de "Pont", de Laurent Vignat. Plus globalement, la question de la réciprocité éducative peut être intégrée à certaines séances pédagogiques de lettres, voire de philosophie : en Terminale ("Humanités, Littérature et philosophie" ), Lucie Bellone a ainsi traité du sur le rapport entre professeur et élèves avant d'interroger ses étudiants sur leur propre expérience. L'entretien entre l'équipe CEQNE et Paul-Marcel Lemaire, professeur et spécialiste de la philosophie du langage, regorge lui aussi de précieux points de départ didactiques, tout comme le texte à travers lequel Frédéric Miquel "fait parler" les élèves qui l'ont élevé.
* Rythme haché ; * emphase (anaphore "l'avenir",, déclinée en "L'avenir c'est" puis "ce n'est pas" ; utilisation du présentatif) ; * emploi du présent de l'indicatif ; * énumération, accumulation des définitions de l'avenir et des questions, lapidaires, montrant l'avalanche qui s'abat alors sur l'élève ; *antithèses pour souligner l'injustice frappant le stage de découverte ; * répétitions ("assommant", "épuisement") ; * construction circulaire du raisonnement qui s'ouvre et s'achève sur le "tacos". Etc...
Coopération et Évaluation, éd. Chronique Sociale, 2021.
Les contributions montrent souvent à quel point l'humilité de l'enseignant est nécessaire. On trouvera par exemple de quoi penser ce sujet dans le texte de Christian Belin ou encore dans les témoignages des professeurs du lycée franco-hellénique Delacroix d’Athènes : « La réciprocité éducatrice est un concept opératoire révolutionnaire qui bouscule les acteurs et les idées reçues : le rapport à toi m’oblige à faire un retour sur moi et à réviser mes certitudes [ …] Ainsi, une situation éducative n’est pas d’abord le lieu de la transmission mais le lieu où il s’agit d’apprendre à écouter l’autre, tout autre, et à le regarder, car la parole est silence et geste autant que verbe. » Jean-Marie Labelle, Apprendre des autres, L’Harmattan, 2022.
Pour évoquer la réciprocité éducative, certains auteurs tels Christian Dauch ou Lola Ettamymy, ont parfois choisi la forme poétique ou, comme Emmanuel Bergon, la chanson : ces textes pourront aisément intégrer un chapitre de lettres consacré à la poésie, mais également servir des projets plus larges, pourquoi pas interdisciplinaires : danse, musique, EPS .... afin de joindre les gestes des uns aux paroles des autres !
Pour découvrir des pistes de travail en classe autour du plurilinguisme, on visionnera aussi avec profit les vidéos du site Lirmonde de l'université de Rouen:
Voir les épisodes du documentaire
"Il faut différencier l'échec à l'école et l'échec de l'école. Ce n'est pas parce qu'un élève échoue scolairement qu'il va échouer dans ce qui sera son intégration dasn la société qui est la sienne et inversement le très bon élève ne sera pas forcément celui qui saura predre sa place dans le monde qui est le sien. La stigmatisation actuelle de tout échec scolaire prend ce visage de l'autorité autoritaire alors que l'échec à l'école [...] ouvre sur un possible d'une vie sociale. Là est l'autorité de l'école."
Dr V. Moreau, introduction au Désir d'Apprendre de J. Malka, L'Harmattan, 2025.
Si tous les textes de CEQNE célèbrent les valeurs de tolérance, de partage et d'entraide, certains mettent plus directement l'accent sur les valeurs républicaines et leur transmission : en ces temps de crise politique, l'espoir que notre école peut représenter pour certains élèves rappelle leur importance tout en interrogeant les modalités de leur transmission : étudiés seuls ou en réseau, les textes constituent dans cette optique de précieuses ressources pour les éducateurs (notamment professeurs d'HG / EMC, de sociologie ; CPE etc.):
Coopération et Évaluation, éd. Chronique Sociale, 2021.
... de nombreuses années
... peu
À ce sujet, l'on se reportera par exemple, avec délices, aux textes de Marc Wetzel et de Jean-Christophe Gary auxquels font écho les mots de Mickaël Bailleul évoquant dans un article son expérience en tant que formateur de futurs professeurs des écoles :
les lettres, les langues
une autre discipline
De nombreux textes parus dans le recueil D'Ailleurs constituent de véritables documents: ils invitent à découvrir des étudiants, des enseignants et des systèmes éducatifs qui nous élèvent en ce qu'ils nous poussent à mettre en question nos habitudes et points de vue. Il semblerait intéressant d'envisager ensemble plusieurs de ces textes (ou d'extraits) et, éventuellement, de les associer à d'autres documents (histoire, géographie, Enseignement Moral et Civique ...)
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Qui les élèves peuvent-ils élever ? Les enseignants semblent les premiers concernés et leurs témoignages sont aujourd'hui les plus nombreux ; or, la communauté éducative est large et regroupe également les directeurs d'école, principaux, proviseurs ; les CPE, psyEN, Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap, éducateurs et assistants d'éducation. Plus récemment, l'appel à contribuer a été élargi aux artistes, habitués à mener des projets d'Education Artistique et Culturelle avec les publics scolaires mais aussi à enseigner leur art à des néophytes plus ou moins élevants. On lira, par exemple, cette contribution de la dessinatrice Anieshka : Le dispositif a ceci d'intéressant qu'il permet de croiser les regards : en plus de son expérience personnelle auprès d'élèves, chacun trouvera matière à s'élever dans des témoignages complémentaires au sien.