3 questions à Christophe Riou
Addictologue au service universitaire d’addictologie de Lyon, qui anime depuis novembre 2024 la première et unique téléconsultation dédiée aux consommateurs du protoxyde d’azote.
Peut-on envisager de classer le protoxyde d’azote comme stupéfiant?
Pourquoi avoir créé une téléconsultation uniquement consacrée au protoxyde d’azote ?
Quel est aujourd’hui le profil type des consommateurs, et comment agir efficacement?
Quel est aujourd’hui le profil type des consommateurs, et comment agir efficacement?
Il y a deux profils : les fêtards qui consomment en groupe, souvent en voiture ou en soirée, et les solitaires dépressifs qui utilisent le proto pour apaiser leurs angoisses. Le plus jeune patient que j’ai suivi avait 15 ans, et le plus âgé 35. C’est un phénomène de jeunesse, facilité par le fait que le proto n’est pas considéré comme un stupéfiant, qu’il ne laisse ni odeur ni trace visible. On peut rentrer chez ses parents « blanc comme neige », alors qu’en réalité on prend un produit dont la neurotoxicité est plus grave que celle du cannabis ou de l’alcool.
Il faut donc miser sur la prévention et l’éducation, pas seulement sur l’interdiction. Expliquer les risques, faire de la réduction des dommages, et encadrer la vente, surtout en ligne, c’est beaucoup plus efficace que de simplement interdire.
Pourquoi avoir créé une téléconsultation uniquement consacrée au protoxyde d’azote ?
Parce qu’on recevait les patients trop tard, souvent dans des états neurologiques catastrophiques. L’idée, c’est d’intervenir plus tôt, avant les paralysies irréversibles. Beaucoup de jeunes ne viennent pas en consultation d’addictologie classique, ils ne se sentent pas concernés. Avec la téléconsultation, on les accroche à distance, on évalue leur consommation et leurs symptômes selon une échelle simple : zone verte, orange ou rouge. En dix mois, j’ai déjà vu environ 150 patients. C’est modeste, mais cela prouve qu’il y a une vraie demande, et un vide total dans la prise en charge.
Peut-on envisager de classer le protoxyde d’azote comme stupéfiant?
Non, on ne peut pas le classer comme stupéfiant parce que le protoxyde d’azote a des usages industriels et médicaux, contrairement au cannabis ou à la cocaïne. C’est un gaz à double usage. Ce n’est pas la molécule qui pose problème, c’est son usage détourné. Si on le classe comme stupéfiant, on risque surtout de le rendre plus attractif pour certains jeunes, ou de créer un marché parallèle incontrôlable.
3 questions à Christophe Riou
Univ Tours Master
Created on October 19, 2025
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3 questions à Christophe Riou
Addictologue au service universitaire d’addictologie de Lyon, qui anime depuis novembre 2024 la première et unique téléconsultation dédiée aux consommateurs du protoxyde d’azote.
Peut-on envisager de classer le protoxyde d’azote comme stupéfiant?
Pourquoi avoir créé une téléconsultation uniquement consacrée au protoxyde d’azote ?
Quel est aujourd’hui le profil type des consommateurs, et comment agir efficacement?
Quel est aujourd’hui le profil type des consommateurs, et comment agir efficacement?
Il y a deux profils : les fêtards qui consomment en groupe, souvent en voiture ou en soirée, et les solitaires dépressifs qui utilisent le proto pour apaiser leurs angoisses. Le plus jeune patient que j’ai suivi avait 15 ans, et le plus âgé 35. C’est un phénomène de jeunesse, facilité par le fait que le proto n’est pas considéré comme un stupéfiant, qu’il ne laisse ni odeur ni trace visible. On peut rentrer chez ses parents « blanc comme neige », alors qu’en réalité on prend un produit dont la neurotoxicité est plus grave que celle du cannabis ou de l’alcool. Il faut donc miser sur la prévention et l’éducation, pas seulement sur l’interdiction. Expliquer les risques, faire de la réduction des dommages, et encadrer la vente, surtout en ligne, c’est beaucoup plus efficace que de simplement interdire.
Pourquoi avoir créé une téléconsultation uniquement consacrée au protoxyde d’azote ?
Parce qu’on recevait les patients trop tard, souvent dans des états neurologiques catastrophiques. L’idée, c’est d’intervenir plus tôt, avant les paralysies irréversibles. Beaucoup de jeunes ne viennent pas en consultation d’addictologie classique, ils ne se sentent pas concernés. Avec la téléconsultation, on les accroche à distance, on évalue leur consommation et leurs symptômes selon une échelle simple : zone verte, orange ou rouge. En dix mois, j’ai déjà vu environ 150 patients. C’est modeste, mais cela prouve qu’il y a une vraie demande, et un vide total dans la prise en charge.
Peut-on envisager de classer le protoxyde d’azote comme stupéfiant?
Non, on ne peut pas le classer comme stupéfiant parce que le protoxyde d’azote a des usages industriels et médicaux, contrairement au cannabis ou à la cocaïne. C’est un gaz à double usage. Ce n’est pas la molécule qui pose problème, c’est son usage détourné. Si on le classe comme stupéfiant, on risque surtout de le rendre plus attractif pour certains jeunes, ou de créer un marché parallèle incontrôlable.