La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi
Survivre - Témoigner - Juger (1944-1948) Le rôle des images
start
Survivant du camp de Nordhausen aidé par un soldat américain. Mai 1945. © Mémorial de la Shoah / Ministère de l’Information.
Fabrice ROMANET, correspondant académique du Mémorial de la Shoah.
INDEX
Introduction
PARTIE 1 : Survivre et comment survivre : un difficile retour à la vie
PARTIE 2 : Vivre pour témoigner
PARTIE 3 : Juger : nommer, savoir, réparer
Conclusion
Retour vers la France de rescapés.
© FNDIRP
Bibliographie
Introduction
« Nous savions. Le monde en avait entendu parler. Mais jusqu’à présent aucun d’entre nous n’avait vu ».
Meyer Levin,correspondant de la Jewish Telegraphic Agency, la principale agence de presse juive, après la découverte du camp de concentration nazi d’Ohrdruf, en avril 1945, près de la ville allemande de Gotha.
Il est alors accompagné d'Eric Schwab, photographe de la toute nouvelle Agence France Presse (AFP)
Cette photo prise le 1er mai 1945 montre un juif russe non identifié de 18 ans, souffrant de dysenterie, à la libération du camp de concentration nazi de Dachau, près de Munich. (Crédit : Eric Schwab / AFP)
Introduction
29 avril 1945, des prisonniers français observent une minute de silence, lors de la libération du camp de concentration nazi de Dachau, près de Munich, par les troupes alliées. (Crédit : Eric Schwab / AFP)
1er mai 1945, des soldats américains regardent un tas de corps de prisonniers dans un train près du camp de concentration de Dachau, après que le camp a été libéré par l'armée américaine le 29 avril 1945. (Crédit : Eric Schwab / AFP)
Frères d'armes (Band of Brothers) mini-série américano-britannique (2001), en dix épisodes d'environ créée par Tom Hanks et Steven Spielberg d'après le livre du même nom de l'historien Stephen Ambrose.Extrait de l'épisode 9, Pourquoi nous combattons (Why we fight), réalisé par David Frankel
Le Cinéma et la Shoah
Un événement historique qui marque durablement le XXe siècle
La Shoah
L'art du XXe siècle qui configure les imaginaires collectifs
Le cinéma
Donner à voir
Leni Riefenstahl (au centre) sur le tournage des Dieux du stade en 1936 | Ur Cameras via Flickr CC License by
LE CINÉASTE SOVIÉTIQUE ROMAN KARMEN À MAJDANEK, 1944 The Russian State Documentary Film & Photo Archive (Krasnogorsk)
Des chemins qui se croisent
"La Shoah est une tragédie de l'humanité dans son rapport au visible, c'est à ce titre qu'elle concerne fondamentalement le cinéma"
Jean-Michel FRODON, Le Cinéma et la Shoah, Un art à l'épreuve de la tragédie du XXe siècle, 2007, p. 13
Partie 01
Survivre et comment survivre
Un difficile retour à la vie
Comment les images (re)transmettent-elles durablement la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi ?
"Retour à la France, retour à la vie" Affiche de 1945
Survivre et comment survivre
Un difficile retour à la vie
"Le chemin de la survie a été long depuis la fin des camps jusqu'au transport et à l'accueil des déportés dont le retour s’est effectué dans des conditions souvent difficiles. Si certains ont été attendus par des proches et accueillis avec attention et affection, bien d’autres ont connu l’adversité d’un impossible retour ou d’un périple interminable."
Joseph Schleifstein, un survivant de Buchenwald
âgé de quatre ans, est assis sur le marchepied
d'un camion de l'UNRRA peu après la libération
du camp
"Les troupes soviétiques libèrent le camp d’Oswiescim (Auschwitz)", Date de diffusion : 1945 | Date d'évènement : 27 janv. 1945
Camp de concentration
KL : Konzentrationslager
Camp de travail forcé
Elément de l'arsenal répressif de l'Etat nazi (1,7 million d'hommes et de femmes envoyés vers les KL).
Mission première : "rééducation" des membres jugés déviants au sein de la société, de la communauté allemande (Volksgemeinschaft).
Systématiquement en territoire allemand puis dans chaque territoire annexé, au fur et à mesure de l'extension du Reich.
Camp d'extermination
Centre de mise à mort
Espace "construit" et développé dans le but de procéder à l'assassinat des Juifs.
Trois catégories : centre de mise à mort improvisé (ex: Chelmno), centre de mise à mort planifié (ex: Treblinka), centre de mise à mort rationalisé (Auschwitz).
"Parmi les choses que j’avais apprises à Auschwitz, une des plus importantes était qu’il fallait toujours éviter de paraître "n’importe qui". Tous les chemins sont fermés à qui semble inutile, tous sont ouverts à qui exerce une activité, voire la plus insignifiante."
"Quand il y a la guerre, il faut penser avant tout à deux choses : d'abord aux chaussures et ensuite à la nourriture ; et non l'inverse comme on le croit ordinairement : parce que celui qui a des chaussures peut partir en quête de nourriture mais pas le contraire."
"(...) Pour nous aussi, l'heure de la liberté eut une résonance sérieuse et grave et emplit nos âmes à la fois de joie et d'un douloureux sentiment de pudeur grâce auquel nous aurions voulu laver nos consciences de la laideur qui y régnait; et de peine, car nous sentions que rien ne pouvait arriver d'assez bon et d'assez pur pour effacer notre passé, que les marques de l'offense resteraient en nous pour toujours, dans le souvenir de ceux qui y avaient assisté, dans les lieux où cela s'était produit et dans les récits que nous en ferions (...). Il est absurde de penser que la justice humaine l'efface. C'est une source de mal inépuisable : elle brise l'âme et le corps de ses victimes, les anéantit et les rend abjects; elle rejaillit avec infamie sur les oppresseurs, entretient la haine chez les survivants et prolifère de mille façons, contre la volonté de chacun, sous forme de lâcheté morale, de négation, de lassitude, de renoncement."
La trève, Francesco Rosi, 1997
« Dès le retour des camps, nous avons ainsi entendu des propos plus déplaisants encore qu’incongrus, des jugements à l’emporte-pièces, des analyses géopolitiques aussi péremptoires que creuses. Mais il n’y a pas que de tels propos que nous aurions voulu ne jamais entendre. Nous nous serions dispensés de certains regards fuyants qui nous rendaient transparents. Et puis, combien de fois ai-je entendu des gens s’étonner : « Comment ils sont revenus? Ca prouve bien que ce n’était pas si terrible que ça. » Quelques années plus tard, en 1950 ou 1951, lors d’une réception dans une ambassade, un fonctionnaire français de haut niveau, je dois le dire, pointant du doigt mon avant-bras et mon numéro de déportée, m’a demandé avec le sourire si c’était mon numéro de vestiaire ! Après cela, pendant des années, j’ai privilégié les manches longues.
Plus généralement, dans ces années d’après-guerre, les gens disaient des choses épouvantables. Nous avons oublié tout l’antisémitisme rampant dont certains faisaient l’étalage. Aussi, dès 1945, suis-je devenue, non pas cynique, car ce n’est pas dans ma nature, mais dénuée de toute illusion. En dépit de tous les films, témoignages, récits qui lui ont été consacrés, la Shoah demeure un phénomène absolument spécifique et totalement inaccessible. »
Simone, le voyage du siècle, Olivier Dahan, 2022
Survivre et comment survivre
Un parcours de vie
1- Accroche Le Panthéon, Paris, 1er juillet 2018
2- DécouverteSimone Veil, une vie
3- EtudeSimone Veil, une enfance dans la guerre
4- TémoignageSimone Veil et les marches de la mort
Cinq prisonniers, une femme et quatre hommes, reviennent en France après la Seconde Guerre mondiale. Film à sketchs, tourné au cours de l'année 1948, Retour à la vie est une œuvre unique dans le cinéma français de l’après-guerre qui permet de confrontrer le spectateur la représentation de la guerre et de ses séquelles.
Affiche du film Retour à la vie,d'André Cayatte, Henri-Georges Clouzot, Jean Dréville et Georges Lampin - 1949
Affiche du film Le prêteur sur gages, Sidney Lumet, 1964
Partie 02
Vivre pour témoigner
Comment les images (re)transmettent-elles durablement la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi ?
Vivre pour témoigner
car "il faudra raconter"
"Les déportés qui survivent à la Shoah et à l’univers concentrationnaire deviennent des témoins. C’est la mission que leur ont donnée leurs camarades disparus et celle que beaucoup s’imposent à leur retour, quand tant d’autres préfèrent se taire. Il s’agit de dire ce qui fut, pour que chacun sache, pour que les responsables soient connus et répondent de leurs actes."
Dessin extrait de Marcel Nadjary, Sonderkommando. Birkenau 1944 – Thessalonique 1947.
Résurgence, Signes et Balises / Artulis, 2025, avec l’aimable autorisation de Nelly Nadjary
Actualités françaises, Date de diffusion : 27 avr. 1945 | Date d'évènement : 01 avr. 1945
Selon Sylvie Lindeperg, il ne faut pas tant juger la qualité documentaire de Nuit et brouillard à l’aune de l’exactitude historique de ses documents et de leur montage dans le film que considérer ce dernier comme l’occasion de dresser un état des lieux des images de la déportation disponibles en 1955 en Europe, avec tous ses silences et ses ombres.
"Les strates d'interprétation successives (...) ont déposé sur l'œuvre, au fil du temps, un palimpseste de regards. Car la longévité de Nuit et Brouillard et sa vaste distribution internationale en ont fait, au sens fort, " un lieu de mémoire portatif " traversé par de multiples enjeux : gestion ambivalente du passé en France et en RFA ; bataille diplomatique à Cannes ; querelles de guerre froide et spectre du goulag à l'Est ; basculement du discours public américain sur les victimes du nazisme ; exhumation du film en Israël dans le cadre du procès Eichmann ; conflit générationnel dans l'Allemagne des années de plomb."
Nuit et brouillard, un film dans l'histoire, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 10-11.
Affiche du film Nuit et brouillard, Alain Resnais, 1956
Six ans de recherches, dix campagnes de tournage dans quatorze pays, soixante-dix entretiens, trois cent cinquante heures de rushs et cinq ans de montage pour un documentaire de près de neuf heures et demie : Shoah est tout autant un film monumental qu’un film-monument, érigé à la mémoire des cinq à six millions de Juifs exterminés par le régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale. À sa sortie en salle en 1985, le film marque un tournant dans la représentation et la transmission de l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe.
Témoignage d'Abraham Bomba (Extrait 1)
Témoignage d'Abraham Bomba (Extrait 2)
Affiche du film Shoah, Claude Lanzmann, 1985
Affiche du film Le rapport Auschwitz, Peter Bebjak, 2021
Partie 03
Juger.
Nommer, savoir, réparer
Comment les images (re)transmettent-elles durablement la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi ?
Juger
Nommer, savoir, réparer.
"Au vu de l’ampleur des crimes, il s’agit d’en connaître la diversité, de les qualifier, de créer de nouvelles catégories juridiques et de les appliquer. Autant que possible, la justice condamne les criminels, et les victimes sont rétablies dans leurs droits. Portant sur les crimes du Reich et de ses alliés, les nouveaux instruments sont pensés pour le long terme."
Déposition du Rottenführer SS Theodor Schöllen devant la commission d’enquête soviétopolonaisesur les crimes de guerre nazis (été 1944), image tirée du film d’Aleksander Ford « Majdanek, cmentarzysko Europy » (Majdanek,
cimetière de l’Europe), Pologne, 1944
Réalisé sous la direction de Ray Kellogg adjoint de John Ford à la direction de la FBP/OSS (équipe photographique de l’Office of Strategic Services). C’est à partir des images tournées entre le 1er mars et le 8 mai 1945 par les équipes de tournage, sous la responsabilité du Colonel et réalisateur George Stevens dans les camps de concentration nazis et les camps de prisonniers libérés par les Alliés. Il se présente comme un compte rendu dont le commentaire reprend les notes des cameramen sur le terrain. Il fallait rester au plus près des images sources pour respecter leur statut de preuve auprès du Tribunal de Nuremberg.
Affiche du film Nazi concentration camps, George Stevens, 1945
"1948. Le Juge Haywood (Spencer Tracy) vient présider à Nuremberg un tribunal qui doit juger quatre magistrats allemands accusés de crimes contre l’humanité. Il va surtout chercher à comprendre comment Ernst Jannings (Burt Lancaster), un homme de loi intègre et respecté, a pu permettre de telles atrocités et comment le peuple allemand a pu fermer les yeux face aux crimes de masse abominables perpétrés par le régime nazi. Pour ce faire, en dehors du prétoire, il se lie d’amitié avec la veuve d’un général allemand (Marlene Dietrich) et va également rencontrer un certain nombre de civils. Lors de ce procès, l’avocat de l’accusation, le Colonel Lawson (Richard Widmark), va avoir fort à faire en affrontant celui de la défense, le charismatique Hans Rolfe (Maximilan Schell), qui estime que tout le monde a sa part de responsabilité dans le génocide qui a eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale."
Affiche du film Jugement à Nuremberg, Stanley Kramer, 1961
Serge et Beate Klarsfeld ont consacré douze années de leur vie à la traque acharnée de Klaus Barbie, réfugié en Amérique latine sous une fausse identité. La Traque est un retour sur leurs premiers coups d’éclat en Allemagne jusqu’aux combats juridiques et médiatiques qui ont mené aux grands procès en France.
Comment Klaus Barbie a-t-il pu se reconvertir si facilement et continuer de sévir en Bolivie, en toute impunité dans les années 70 ? Voici ce que dévoile cette fiction qui tient également son originalité des divers points-de-vue qu’elle adopte : celui des époux Klarsfeld, mais aussi celui de Klaus Barbie et des Boliviens, nouvelles victimes de cette barbarie "exilée".
La traque de Klaus Barbie à travers les archives
Des lanceurs d'alerte
Affiche du film La traque, Laurent Jaoui, 2008
Les 29 et 30 septembre 1941, le Sonderkommando 4a du Einsatzgruppe C, avec l’aide de deux bataillons du Régiment de Police Sud et de la Police auxiliaire ukrainienne, a abattu, sans la moindre résistance de la part de la population locale, 33 771 Juifs dans le ravin de Babi Yar, situé au nord-ouest de Kiev. Le film reconstitue le contexte historique de cette tragédie à travers des images d’archives documentant l’occupation allemande et la décennie qui a suivi.
Déposition du professeur Artobolevsky (janvier 1946)
Déposition Mme Osmachko (1943)
Déposition du sous-officier Hans Isenman (janvier 1946)
Exécution de la sentence (janvier 1946)
Affiche du film Babi Yar, Contexte, Sergei Loznitsa, 2021
Conclusion
Utiliser les images pour analyser la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi c'est non seulement saisir comment les contemporains ont découvert l'ampleur des crimes mais aussi analyser la manière dont s'est construite une mémoire confuse des camps de concentration et du génocide des Juifs. Utiliser les images pour analyser la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi, c'est comprendre comment elles ont engendré une mémoire durable dont les motifs s'articulent autour de la survie, du témoignage et de la justice.
Le sergent Oakes conduisant un bulldozer à Bergen Belsen, No 5 Army Film & Photographic Unit This photograph BU 4058 comes from the collections of the Imperial War Museums
Bibliographie indicative
L'opérateur Avenir Sofin au front.
La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi
Survivre - Témoigner - Juger (1944-1948) Le rôle des images
Fabrice ROMANET, correspondant académique du Mémorial de la Shoah.
"Une Vie" (2007) raconte le passage de Simone Veil du bonheur familial à l'enfer de la déportation à Auschwitz, puis la difficile reconstruction après la libération. 1. Survivre dans l'univers concentrationnaire. Simone Veil raconte la brutalité de la persécution nazie, la déportation à Auschwitz-Birkenau avec sa mère et sa sœur, et les luttes pour survivre au quotidien. Dans le camp, la vie se résume à une peur permanente de mourir, à la quête de nourriture, au travail forcé et à l'absence totale de repères humains. La perte de proches, les conditions inhumaines et la solidarité entre rescapés sont au cœur de son récit. Elle témoigne de la disparition de sa mère, victime du typhus, et du meurtre de son père et de son frère en Lituanie. 2. La fin de la Shoah : la reconstruction et le retour à la vie. Après la libération des camps, Simone Veil fait face au défi de se reconstruire dans une Europe dévastée. Elle retrouve ses repères, reprend ses études de droit, puis sciences politiques, et forme une nouvelle famille. Survivre ne consiste pas simplement à continuer d'exister : c'est aussi retrouver une dignité, une identité et une raison d'agir. Veil participe activement à son métier de magistrat, ministre et figure de la mémoire.
Une œuvre portée par la mémoire et l'engagement
Simone Veil insiste sur le devoir de témoignage, la lutte contre le négationnisme et l'antisémitisme. Son livre met en lumière la résilience de l'esprit humain et la nécessité de perpétuer la mémoire pour défendre la dignité humaine et lutter contre la haine. Les morts de l'univers concentrationnaire ne quittent jamais vraiment les survivants : « Ils nous accompagnent où que nous allions, formant une immense chaîne qui les relève à nous autres, les rescapés. »
Dans "La Trève" (1963), Primo Levi raconte l'odyssée des rescapés libérés d'Auschwitz par l'Armée rouge, alors qu'ils traversent une Europe dévastée et désorganisée en tentant de regagner leur pays. Loin d'être un retour triomphal, ce voyage est chaotique, ponctué d'attentes dans des camps de transit, de rencontres improbables et d'incertitude constante, et révèle la difficulté à réapprendre la vie après la déshumanisation extrême. La narration se concentre sur les détails quotidiens — la faim, la maladie, la solidarité et la honte persistante — et sur le processus de reconstruction des corps et des consciences. 1. Liens avec "La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi" La Trève" incarne le moment charnière où la terreur nazie s'achève, mais où débute une nouvelle épreuve pour les survivants, celle de l'après-camp. Primo Levi montre que la fin de la Shoah ne signifie pas la fin du traumatisme : le spectre de l'univers concentrationnaire marque durablement les rescapés. Il décrit les tentatives de purification, de réconciliation avec soi-même et les autres, tout en explorant la persistance de la « zone grise » où résignation et résilience cohabitent. 2. La notion de "Survivre ou comment survivre" Primo Levi propose une réflexion sur la survie qui ne se limite pas à l'aspect physique : survivre, c'est aussi affronter l'épreuve morale de retrouver une dignité, de parler, de transmettre et parfois de se réadapter à une société qui ne comprend pas toujours le vécu des déportés. Il expose le rôle des gestes d'entraide, de l'organisation collective, et du devoir de mémoire pour se reconstruire après l'effondrement de tous les repères normaux. Ainsi, "La Trève" illustre puissamment que survivre après la Shoah est une aventure ambiguë, où se mêlent résilience individuelle et collective, mais aussi une lucidité tragique sur les séquelles indélébiles de l'univers concentrationnaire.
La défaite des troupes allemandes devant Moscou, Leonid Varlanov et Ilya Kopaline, 1942
Tarass l'indompté, Mark Donskoy, octobre 1945
Holocaust, Marvin J. Chomsky, 1978
War and remembrance, Dan Curtis, 1988
Centres de mise à mort
deux exemples types
1- L'exemple d'un centre de mise à mort planifié : TREBLINKA
2- L'exemple d'un centre de mise à mort rationalisé : Auschwitz-Birkenau
Une reconstitutuion en 3D d'après les documents historiques et le travail des archéologues
Le témoignage d'un survivant, Chil Rajchman
Comment les images (re)transmettent-elles durablement la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi ?
Centres de mise à mort
Des centres improvisés
2- Ponar
1- Babi Yar, 1941
Ponar (Lituanie), 1944, collection du Mémorial de Yad Vashem
Hamburger Institut für Sozialforschung Cette photo du ravin illustre l’affiche du documentaire « Babi Yar. Contexte » du réalisateur Ukrainien Sergueï Loznitsa, Prix spécial du Jury de l’œil d’or au Festival de Cannes 2021
Deux photographies montrant le génocide de Ponary, prises en 1941 (Wikimedia Commons)
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La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi
Survivre - Témoigner - Juger (1944-1948) Le rôle des images
start
Survivant du camp de Nordhausen aidé par un soldat américain. Mai 1945. © Mémorial de la Shoah / Ministère de l’Information.
Fabrice ROMANET, correspondant académique du Mémorial de la Shoah.
INDEX
Introduction
PARTIE 1 : Survivre et comment survivre : un difficile retour à la vie
PARTIE 2 : Vivre pour témoigner
PARTIE 3 : Juger : nommer, savoir, réparer
Conclusion
Retour vers la France de rescapés. © FNDIRP
Bibliographie
Introduction
« Nous savions. Le monde en avait entendu parler. Mais jusqu’à présent aucun d’entre nous n’avait vu ».
Meyer Levin,correspondant de la Jewish Telegraphic Agency, la principale agence de presse juive, après la découverte du camp de concentration nazi d’Ohrdruf, en avril 1945, près de la ville allemande de Gotha. Il est alors accompagné d'Eric Schwab, photographe de la toute nouvelle Agence France Presse (AFP)
Cette photo prise le 1er mai 1945 montre un juif russe non identifié de 18 ans, souffrant de dysenterie, à la libération du camp de concentration nazi de Dachau, près de Munich. (Crédit : Eric Schwab / AFP)
Introduction
29 avril 1945, des prisonniers français observent une minute de silence, lors de la libération du camp de concentration nazi de Dachau, près de Munich, par les troupes alliées. (Crédit : Eric Schwab / AFP)
1er mai 1945, des soldats américains regardent un tas de corps de prisonniers dans un train près du camp de concentration de Dachau, après que le camp a été libéré par l'armée américaine le 29 avril 1945. (Crédit : Eric Schwab / AFP)
Frères d'armes (Band of Brothers) mini-série américano-britannique (2001), en dix épisodes d'environ créée par Tom Hanks et Steven Spielberg d'après le livre du même nom de l'historien Stephen Ambrose.Extrait de l'épisode 9, Pourquoi nous combattons (Why we fight), réalisé par David Frankel
Le Cinéma et la Shoah
Un événement historique qui marque durablement le XXe siècle
La Shoah
L'art du XXe siècle qui configure les imaginaires collectifs
Le cinéma
Donner à voir
Leni Riefenstahl (au centre) sur le tournage des Dieux du stade en 1936 | Ur Cameras via Flickr CC License by
LE CINÉASTE SOVIÉTIQUE ROMAN KARMEN À MAJDANEK, 1944 The Russian State Documentary Film & Photo Archive (Krasnogorsk)
Des chemins qui se croisent
"La Shoah est une tragédie de l'humanité dans son rapport au visible, c'est à ce titre qu'elle concerne fondamentalement le cinéma"
Jean-Michel FRODON, Le Cinéma et la Shoah, Un art à l'épreuve de la tragédie du XXe siècle, 2007, p. 13
Partie 01
Survivre et comment survivre
Un difficile retour à la vie
Comment les images (re)transmettent-elles durablement la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi ?
"Retour à la France, retour à la vie" Affiche de 1945
Survivre et comment survivre
Un difficile retour à la vie
"Le chemin de la survie a été long depuis la fin des camps jusqu'au transport et à l'accueil des déportés dont le retour s’est effectué dans des conditions souvent difficiles. Si certains ont été attendus par des proches et accueillis avec attention et affection, bien d’autres ont connu l’adversité d’un impossible retour ou d’un périple interminable."
Joseph Schleifstein, un survivant de Buchenwald âgé de quatre ans, est assis sur le marchepied d'un camion de l'UNRRA peu après la libération du camp
"Les troupes soviétiques libèrent le camp d’Oswiescim (Auschwitz)", Date de diffusion : 1945 | Date d'évènement : 27 janv. 1945
Camp de concentration
KL : Konzentrationslager
Camp de travail forcé
Elément de l'arsenal répressif de l'Etat nazi (1,7 million d'hommes et de femmes envoyés vers les KL).
Mission première : "rééducation" des membres jugés déviants au sein de la société, de la communauté allemande (Volksgemeinschaft).
Systématiquement en territoire allemand puis dans chaque territoire annexé, au fur et à mesure de l'extension du Reich.
Camp d'extermination
Centre de mise à mort
Espace "construit" et développé dans le but de procéder à l'assassinat des Juifs.
Trois catégories : centre de mise à mort improvisé (ex: Chelmno), centre de mise à mort planifié (ex: Treblinka), centre de mise à mort rationalisé (Auschwitz).
"Parmi les choses que j’avais apprises à Auschwitz, une des plus importantes était qu’il fallait toujours éviter de paraître "n’importe qui". Tous les chemins sont fermés à qui semble inutile, tous sont ouverts à qui exerce une activité, voire la plus insignifiante."
"Quand il y a la guerre, il faut penser avant tout à deux choses : d'abord aux chaussures et ensuite à la nourriture ; et non l'inverse comme on le croit ordinairement : parce que celui qui a des chaussures peut partir en quête de nourriture mais pas le contraire."
"(...) Pour nous aussi, l'heure de la liberté eut une résonance sérieuse et grave et emplit nos âmes à la fois de joie et d'un douloureux sentiment de pudeur grâce auquel nous aurions voulu laver nos consciences de la laideur qui y régnait; et de peine, car nous sentions que rien ne pouvait arriver d'assez bon et d'assez pur pour effacer notre passé, que les marques de l'offense resteraient en nous pour toujours, dans le souvenir de ceux qui y avaient assisté, dans les lieux où cela s'était produit et dans les récits que nous en ferions (...). Il est absurde de penser que la justice humaine l'efface. C'est une source de mal inépuisable : elle brise l'âme et le corps de ses victimes, les anéantit et les rend abjects; elle rejaillit avec infamie sur les oppresseurs, entretient la haine chez les survivants et prolifère de mille façons, contre la volonté de chacun, sous forme de lâcheté morale, de négation, de lassitude, de renoncement."
La trève, Francesco Rosi, 1997
« Dès le retour des camps, nous avons ainsi entendu des propos plus déplaisants encore qu’incongrus, des jugements à l’emporte-pièces, des analyses géopolitiques aussi péremptoires que creuses. Mais il n’y a pas que de tels propos que nous aurions voulu ne jamais entendre. Nous nous serions dispensés de certains regards fuyants qui nous rendaient transparents. Et puis, combien de fois ai-je entendu des gens s’étonner : « Comment ils sont revenus? Ca prouve bien que ce n’était pas si terrible que ça. » Quelques années plus tard, en 1950 ou 1951, lors d’une réception dans une ambassade, un fonctionnaire français de haut niveau, je dois le dire, pointant du doigt mon avant-bras et mon numéro de déportée, m’a demandé avec le sourire si c’était mon numéro de vestiaire ! Après cela, pendant des années, j’ai privilégié les manches longues. Plus généralement, dans ces années d’après-guerre, les gens disaient des choses épouvantables. Nous avons oublié tout l’antisémitisme rampant dont certains faisaient l’étalage. Aussi, dès 1945, suis-je devenue, non pas cynique, car ce n’est pas dans ma nature, mais dénuée de toute illusion. En dépit de tous les films, témoignages, récits qui lui ont été consacrés, la Shoah demeure un phénomène absolument spécifique et totalement inaccessible. »
Simone, le voyage du siècle, Olivier Dahan, 2022
Survivre et comment survivre
Un parcours de vie
1- Accroche Le Panthéon, Paris, 1er juillet 2018
2- DécouverteSimone Veil, une vie
3- EtudeSimone Veil, une enfance dans la guerre
4- TémoignageSimone Veil et les marches de la mort
Cinq prisonniers, une femme et quatre hommes, reviennent en France après la Seconde Guerre mondiale. Film à sketchs, tourné au cours de l'année 1948, Retour à la vie est une œuvre unique dans le cinéma français de l’après-guerre qui permet de confrontrer le spectateur la représentation de la guerre et de ses séquelles.
Affiche du film Retour à la vie,d'André Cayatte, Henri-Georges Clouzot, Jean Dréville et Georges Lampin - 1949
Affiche du film Le prêteur sur gages, Sidney Lumet, 1964
Partie 02
Vivre pour témoigner
Comment les images (re)transmettent-elles durablement la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi ?
Vivre pour témoigner
car "il faudra raconter"
"Les déportés qui survivent à la Shoah et à l’univers concentrationnaire deviennent des témoins. C’est la mission que leur ont donnée leurs camarades disparus et celle que beaucoup s’imposent à leur retour, quand tant d’autres préfèrent se taire. Il s’agit de dire ce qui fut, pour que chacun sache, pour que les responsables soient connus et répondent de leurs actes."
Dessin extrait de Marcel Nadjary, Sonderkommando. Birkenau 1944 – Thessalonique 1947. Résurgence, Signes et Balises / Artulis, 2025, avec l’aimable autorisation de Nelly Nadjary
Actualités françaises, Date de diffusion : 27 avr. 1945 | Date d'évènement : 01 avr. 1945
Selon Sylvie Lindeperg, il ne faut pas tant juger la qualité documentaire de Nuit et brouillard à l’aune de l’exactitude historique de ses documents et de leur montage dans le film que considérer ce dernier comme l’occasion de dresser un état des lieux des images de la déportation disponibles en 1955 en Europe, avec tous ses silences et ses ombres.
"Les strates d'interprétation successives (...) ont déposé sur l'œuvre, au fil du temps, un palimpseste de regards. Car la longévité de Nuit et Brouillard et sa vaste distribution internationale en ont fait, au sens fort, " un lieu de mémoire portatif " traversé par de multiples enjeux : gestion ambivalente du passé en France et en RFA ; bataille diplomatique à Cannes ; querelles de guerre froide et spectre du goulag à l'Est ; basculement du discours public américain sur les victimes du nazisme ; exhumation du film en Israël dans le cadre du procès Eichmann ; conflit générationnel dans l'Allemagne des années de plomb."
Nuit et brouillard, un film dans l'histoire, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 10-11.
Affiche du film Nuit et brouillard, Alain Resnais, 1956
Six ans de recherches, dix campagnes de tournage dans quatorze pays, soixante-dix entretiens, trois cent cinquante heures de rushs et cinq ans de montage pour un documentaire de près de neuf heures et demie : Shoah est tout autant un film monumental qu’un film-monument, érigé à la mémoire des cinq à six millions de Juifs exterminés par le régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale. À sa sortie en salle en 1985, le film marque un tournant dans la représentation et la transmission de l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe.
Témoignage d'Abraham Bomba (Extrait 1)
Témoignage d'Abraham Bomba (Extrait 2)
Affiche du film Shoah, Claude Lanzmann, 1985
Affiche du film Le rapport Auschwitz, Peter Bebjak, 2021
Partie 03
Juger.
Nommer, savoir, réparer
Comment les images (re)transmettent-elles durablement la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi ?
Juger
Nommer, savoir, réparer.
"Au vu de l’ampleur des crimes, il s’agit d’en connaître la diversité, de les qualifier, de créer de nouvelles catégories juridiques et de les appliquer. Autant que possible, la justice condamne les criminels, et les victimes sont rétablies dans leurs droits. Portant sur les crimes du Reich et de ses alliés, les nouveaux instruments sont pensés pour le long terme."
Déposition du Rottenführer SS Theodor Schöllen devant la commission d’enquête soviétopolonaisesur les crimes de guerre nazis (été 1944), image tirée du film d’Aleksander Ford « Majdanek, cmentarzysko Europy » (Majdanek, cimetière de l’Europe), Pologne, 1944
Réalisé sous la direction de Ray Kellogg adjoint de John Ford à la direction de la FBP/OSS (équipe photographique de l’Office of Strategic Services). C’est à partir des images tournées entre le 1er mars et le 8 mai 1945 par les équipes de tournage, sous la responsabilité du Colonel et réalisateur George Stevens dans les camps de concentration nazis et les camps de prisonniers libérés par les Alliés. Il se présente comme un compte rendu dont le commentaire reprend les notes des cameramen sur le terrain. Il fallait rester au plus près des images sources pour respecter leur statut de preuve auprès du Tribunal de Nuremberg.
Affiche du film Nazi concentration camps, George Stevens, 1945
"1948. Le Juge Haywood (Spencer Tracy) vient présider à Nuremberg un tribunal qui doit juger quatre magistrats allemands accusés de crimes contre l’humanité. Il va surtout chercher à comprendre comment Ernst Jannings (Burt Lancaster), un homme de loi intègre et respecté, a pu permettre de telles atrocités et comment le peuple allemand a pu fermer les yeux face aux crimes de masse abominables perpétrés par le régime nazi. Pour ce faire, en dehors du prétoire, il se lie d’amitié avec la veuve d’un général allemand (Marlene Dietrich) et va également rencontrer un certain nombre de civils. Lors de ce procès, l’avocat de l’accusation, le Colonel Lawson (Richard Widmark), va avoir fort à faire en affrontant celui de la défense, le charismatique Hans Rolfe (Maximilan Schell), qui estime que tout le monde a sa part de responsabilité dans le génocide qui a eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale."
Affiche du film Jugement à Nuremberg, Stanley Kramer, 1961
Serge et Beate Klarsfeld ont consacré douze années de leur vie à la traque acharnée de Klaus Barbie, réfugié en Amérique latine sous une fausse identité. La Traque est un retour sur leurs premiers coups d’éclat en Allemagne jusqu’aux combats juridiques et médiatiques qui ont mené aux grands procès en France. Comment Klaus Barbie a-t-il pu se reconvertir si facilement et continuer de sévir en Bolivie, en toute impunité dans les années 70 ? Voici ce que dévoile cette fiction qui tient également son originalité des divers points-de-vue qu’elle adopte : celui des époux Klarsfeld, mais aussi celui de Klaus Barbie et des Boliviens, nouvelles victimes de cette barbarie "exilée".
La traque de Klaus Barbie à travers les archives
Des lanceurs d'alerte
Affiche du film La traque, Laurent Jaoui, 2008
Les 29 et 30 septembre 1941, le Sonderkommando 4a du Einsatzgruppe C, avec l’aide de deux bataillons du Régiment de Police Sud et de la Police auxiliaire ukrainienne, a abattu, sans la moindre résistance de la part de la population locale, 33 771 Juifs dans le ravin de Babi Yar, situé au nord-ouest de Kiev. Le film reconstitue le contexte historique de cette tragédie à travers des images d’archives documentant l’occupation allemande et la décennie qui a suivi.
Déposition du professeur Artobolevsky (janvier 1946)
Déposition Mme Osmachko (1943)
Déposition du sous-officier Hans Isenman (janvier 1946)
Exécution de la sentence (janvier 1946)
Affiche du film Babi Yar, Contexte, Sergei Loznitsa, 2021
Conclusion
Utiliser les images pour analyser la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi c'est non seulement saisir comment les contemporains ont découvert l'ampleur des crimes mais aussi analyser la manière dont s'est construite une mémoire confuse des camps de concentration et du génocide des Juifs. Utiliser les images pour analyser la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi, c'est comprendre comment elles ont engendré une mémoire durable dont les motifs s'articulent autour de la survie, du témoignage et de la justice.
Le sergent Oakes conduisant un bulldozer à Bergen Belsen, No 5 Army Film & Photographic Unit This photograph BU 4058 comes from the collections of the Imperial War Museums
Bibliographie indicative
L'opérateur Avenir Sofin au front.
La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi
Survivre - Témoigner - Juger (1944-1948) Le rôle des images
Fabrice ROMANET, correspondant académique du Mémorial de la Shoah.
"Une Vie" (2007) raconte le passage de Simone Veil du bonheur familial à l'enfer de la déportation à Auschwitz, puis la difficile reconstruction après la libération. 1. Survivre dans l'univers concentrationnaire. Simone Veil raconte la brutalité de la persécution nazie, la déportation à Auschwitz-Birkenau avec sa mère et sa sœur, et les luttes pour survivre au quotidien. Dans le camp, la vie se résume à une peur permanente de mourir, à la quête de nourriture, au travail forcé et à l'absence totale de repères humains. La perte de proches, les conditions inhumaines et la solidarité entre rescapés sont au cœur de son récit. Elle témoigne de la disparition de sa mère, victime du typhus, et du meurtre de son père et de son frère en Lituanie. 2. La fin de la Shoah : la reconstruction et le retour à la vie. Après la libération des camps, Simone Veil fait face au défi de se reconstruire dans une Europe dévastée. Elle retrouve ses repères, reprend ses études de droit, puis sciences politiques, et forme une nouvelle famille. Survivre ne consiste pas simplement à continuer d'exister : c'est aussi retrouver une dignité, une identité et une raison d'agir. Veil participe activement à son métier de magistrat, ministre et figure de la mémoire. Une œuvre portée par la mémoire et l'engagement Simone Veil insiste sur le devoir de témoignage, la lutte contre le négationnisme et l'antisémitisme. Son livre met en lumière la résilience de l'esprit humain et la nécessité de perpétuer la mémoire pour défendre la dignité humaine et lutter contre la haine. Les morts de l'univers concentrationnaire ne quittent jamais vraiment les survivants : « Ils nous accompagnent où que nous allions, formant une immense chaîne qui les relève à nous autres, les rescapés. »
Dans "La Trève" (1963), Primo Levi raconte l'odyssée des rescapés libérés d'Auschwitz par l'Armée rouge, alors qu'ils traversent une Europe dévastée et désorganisée en tentant de regagner leur pays. Loin d'être un retour triomphal, ce voyage est chaotique, ponctué d'attentes dans des camps de transit, de rencontres improbables et d'incertitude constante, et révèle la difficulté à réapprendre la vie après la déshumanisation extrême. La narration se concentre sur les détails quotidiens — la faim, la maladie, la solidarité et la honte persistante — et sur le processus de reconstruction des corps et des consciences. 1. Liens avec "La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi" La Trève" incarne le moment charnière où la terreur nazie s'achève, mais où débute une nouvelle épreuve pour les survivants, celle de l'après-camp. Primo Levi montre que la fin de la Shoah ne signifie pas la fin du traumatisme : le spectre de l'univers concentrationnaire marque durablement les rescapés. Il décrit les tentatives de purification, de réconciliation avec soi-même et les autres, tout en explorant la persistance de la « zone grise » où résignation et résilience cohabitent. 2. La notion de "Survivre ou comment survivre" Primo Levi propose une réflexion sur la survie qui ne se limite pas à l'aspect physique : survivre, c'est aussi affronter l'épreuve morale de retrouver une dignité, de parler, de transmettre et parfois de se réadapter à une société qui ne comprend pas toujours le vécu des déportés. Il expose le rôle des gestes d'entraide, de l'organisation collective, et du devoir de mémoire pour se reconstruire après l'effondrement de tous les repères normaux. Ainsi, "La Trève" illustre puissamment que survivre après la Shoah est une aventure ambiguë, où se mêlent résilience individuelle et collective, mais aussi une lucidité tragique sur les séquelles indélébiles de l'univers concentrationnaire.
La défaite des troupes allemandes devant Moscou, Leonid Varlanov et Ilya Kopaline, 1942
Tarass l'indompté, Mark Donskoy, octobre 1945
Holocaust, Marvin J. Chomsky, 1978
War and remembrance, Dan Curtis, 1988
Centres de mise à mort
deux exemples types
1- L'exemple d'un centre de mise à mort planifié : TREBLINKA
2- L'exemple d'un centre de mise à mort rationalisé : Auschwitz-Birkenau
Une reconstitutuion en 3D d'après les documents historiques et le travail des archéologues
Le témoignage d'un survivant, Chil Rajchman
Comment les images (re)transmettent-elles durablement la fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi ?
Centres de mise à mort
Des centres improvisés
2- Ponar
1- Babi Yar, 1941
Ponar (Lituanie), 1944, collection du Mémorial de Yad Vashem
Hamburger Institut für Sozialforschung Cette photo du ravin illustre l’affiche du documentaire « Babi Yar. Contexte » du réalisateur Ukrainien Sergueï Loznitsa, Prix spécial du Jury de l’œil d’or au Festival de Cannes 2021
Deux photographies montrant le génocide de Ponary, prises en 1941 (Wikimedia Commons)