L'histoire de la vaccination
430 av. J.-C
1760
IXe – Xe siècle
Xe – XIIIe siècle
1718
Robert et Daniel Sutton (Angleterre)améliorent la variolisation en réduisant les risques.
Épidémie de variole à Athènes .Certains survivants ne retombent jamais malades.
Chine & Indepratique de la variolisation : inhalation ou insertion dans la peau de croûtes de variole atténuée.
Le monde islamique : distinction des maladies et protection post-infection
Lady Mary Wortley Montagu découvre et décrit la variolisation pratiquée en Turquie : elle fait inoculer ses enfants.
L'histoire de la vaccination
1881
1796
1890
1857
1885
Pasteur vaccine Joseph Meister contre la rage.
Von Behring et Kitasatodéveloppent un sérum antidiphtérique : immunisation passive.
Louis Pasteur commence ses recherches sur les fermentations.Remise en cause de la génération spontanée.
Edward Jenner invente la vaccination en utilisant la variole bovine pour protéger de la variole humaine.
Pasteur vaccine des moutons contre le charbon (Bacillus anthracis).
L'histoire de la vaccination
1891
1926
1949
1923
1927
Gaston Ramon crée le premier vaccin contre la diphtérie à base d’anatoxine inactivée.
Mise au point du premier vaccin contre la coqueluche.
Mise au point du vaccin contre le tétanos.
Mise au point du vaccin contre la grippe (virus inactivé).
Paul Ehrlich introduit le terme "anticorps" et développe la théorie des chaînes latérales.
L'histoire de la vaccination
1957
1965
1963
1955 et 1961
1967
Bruce Glick, Max Cooper et Robert Good découvrent les lymphocytes B.
Vaccins contre la poliomyélite.
Premier vaccin contre la rougeole .
De la vaccine de Jenner (1796) au vaccinia du XXᵉ siècle Campagnes OMS d'éradication de la variole.
Thomas & Burnet découvre les lymphocytes T.
L'histoire de la vaccination
1971
1980
1988
1986
Années 1970
Vaccin ROR (Rougeole–Oreillons–Rubéole).
Éradication mondiale officielle de la variole (OMS)
Premier vaccin recombinant (hépatite B)
Initiative mondiale d’éradication de la poliomyélite (OMS)
Mise en évidence des lymphocytes B et T mémoire.
L'histoire de la vaccination
1998
2006
2000
2014
1995–2000
Création de GAVI (Alliance mondiale pour les vaccins).
Vaccin contre le papillomavirus (HPV).
Introduction du vaccin contre la varicelle dans de nombreux pays.
Premier vaccin combiné contre Haemophilus influenzae b (Hib).
Premiers vaccins à vecteurs viraux (Ebola).
L'histoire de la vaccination
2022
Années 2000
2020
A suivre...
Développement de nouvelles générations de vaccins : vers la personnalisation et la réponse rapide aux pandémies.
Autorisation des vaccins à ARNm bivalents (COVID-19 variants)
Vaccins à ARN messager contre la COVID-19. Premiers vaccins à ARN approuvés chez l’humain.
Le vaccin contre le tétanos est mis au point en 1927, dans la continuité des travaux sur les anatoxines. Le tétanos est causé par Clostridium tetani, une bactérie anaérobie dont la toxine, la tétanospasmine, s’attaque au système nerveux.Des chercheurs, notamment Gaston Ramon à l’Institut Pasteur, réussissent à inactiver la toxine tétanique par traitement chimique (formol), tout en conservant son pouvoir immunogène : c’est l’anatoxine tétanique. Injectée en petite quantité, elle stimule la production d’anticorps sans provoquer la maladie.Le vaccin est d’abord utilisé chez les soldats lors de la Seconde Guerre mondiale, où il permet de réduire drastiquement les décès par tétanos. Il devient ensuite un vaccin de routine, administré dès l’enfance et rappelé régulièrement.
Dans l’Angleterre du milieu du XVIIIe siècle, la variolisation commence à se répandre, mais reste controversée à cause des risques de complications ou de contagion. C’est dans ce contexte que Robert Sutton, chirurgien de campagne, et son fils Daniel, développent une version plus maîtrisée et plus efficace de cette technique.Leur méthode repose sur plusieurs améliorations :- Utilisation de matériel infectieux prélevé sur des cas légers, donc moins virulents.- Choix du bon moment pour l’inoculation (généralement au printemps).- Préparation du patient par un régime strict (diète, purges), censé limiter la gravité de la maladie.- Incision cutanée plus fine, évitant une infection trop forte.Grâce à ces ajustements, la mortalité chute à moins de 0,5 %, rendant la variolisation bien plus acceptable pour les familles aisées.Daniel Sutton, plus entreprenant que son père, système la méthode et ouvre des centres d’inoculation dans toute l’Angleterre. Il rédige un traité à succès et fait fortune, tout en démocratisant la pratique dans la haute société et les milieux éclairés. Les Sutton ont transformé une pratique artisanale et risquée en une procédure médicale semi-standardisée. Leur succès prépare le terrain à l’acceptation du vaccin de Jenner quelques décennies plus tard.
Dans les années 1920, la coqueluche (Bordetella pertussis) est l'une des principales causes de mortalité infantile dans les pays industrialisés. En 1926, Leila Denmark, Anna Wessels Williams et d’autres chercheurs développent le premier vaccin à germes entiers inactivés contre la coqueluche.Le principe : Le vaccin contient des bactéries tuées par la chaleur ou un agent chimique, ce qui permet de stimuler le système immunitaire sans provoquer la maladie. Il s'agit d'un vaccin inactivé complet (à bactéries entières), administré par injection.Ce vaccin réduit nettement la mortalité, mais il est encore imparfait avec des effets secondaires fréquents (fièvre, inflammation). Il sera progressivement amélioré, notamment avec l’introduction dans les années 1940 d’une version combinée avec les vaccins contre la diphtérie et le tétanos (vaccin DTP).Dans les années 1990, un vaccin acellulaire (ne contenant que certains antigènes purifiés) sera mis au point pour limiter les effets indésirables.
En 1998, le premier vaccin combiné incluant une protection contre Haemophilus influenzae de type b (Hib) est mis sur le marché. C’est une avancée importante en santé publique, car il permet de protéger efficacement les jeunes enfants contre cette bactérie tout en simplifiant le calendrier vaccinal.Haemophilus influenzae b est une bactérie particulièrement dangereuse chez les moins de cinq ans, responsable de méningites, d’épiglottites, de septicémies et de pneumonies graves. Avant la vaccination, Hib était la première cause de méningite bactérienne de l’enfant, souvent mortelle ou laissant des séquelles neurologiques importantes.Un vaccin spécifique contre Hib avait déjà été introduit au début des années 1990, ce qui avait permis de faire chuter fortement le nombre de cas. Mais en 1998, le vaccin Hib est intégré dans des vaccins combinés, protégeant en une seule injection contre plusieurs maladies infantiles comme la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite. Ces vaccins pentavalents, puis hexavalents (DTCaPolioHib-HBV) avec l’ajout de l’hépatite B, sont rapidement devenus la norme dans de nombreux pays.Le vaccin combiné présente de nombreux avantages : il réduit le nombre d’injections nécessaires, améliore l’acceptabilité par les parents et facilite la couverture vaccinale tout en maintenant une protection optimale contre chacune des maladies ciblées.Grâce à la vaccination généralisée, les infections graves à Hib ont pratiquement disparu dans les pays qui l’ont adoptée, et la vaccination est désormais systématiquement proposée dès les premiers mois de vie.
Le Dr John Franklin Enders et son équipe, notamment Dr Thomas C. Peebles, ont isolé le virus de la rougeole en 1954, et ont travaillé pendant plusieurs années à l’élaboration d’un vaccin atténué.Comment ont-ils fait ? 1. Isolement du virus : En 1954, le virus de la rougeole a été isolé à partir d’un élève infecté à Boston.2. Atténuation : Ils ont affaibli le virus en le faisant se multiplier dans des cellules embryonnaires de poulet, jusqu’à ce qu’il perde sa virulence mais conserve sa capacité à provoquer une réponse immunitaire.3. Premier vaccin (Edmonston B) : Ce vaccin vivant atténué est autorisé en 1963. Il est efficace mais cause parfois des effets secondaires (fièvre, éruptions). En 1968, un vaccin plus sûr et mieux toléré est développé : le vaccin Edmonston-Enders (ou Moraten), encore basé sur la souche d'origine mais davantage atténué. C’est ce type de vaccin qui est utilisé aujourd’hui, seul ou en combinaison (ROR : Rougeole–Oreillons–Rubéole). Avant le vaccin : des millions de cas par an dans le monde, et des centaines de milliers de morts, surtout chez les enfants. Aujourd’hui, grâce aux campagnes de vaccination la rougeole a été éliminée dans plusieurs régions. Les décès ont chuté de 95 % depuis 2000 dans les régions avec vaccination massive. Aujourd'hui, la rougeole revient car trop de personnes ne sont pas vaccinées, dans un contexte où le virus circule à l’international, et où la méfiance envers les vaccins augmente. Pour éviter de nouvelles épidémies, il est essentiel de renforcer la vaccination, notamment chez les enfants et les jeunes adultes.
En 2000, l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI) est créée pour rendre la vaccination accessible à tous les enfants, y compris dans les pays les plus pauvres. Cette initiative réunit des acteurs publics et privés : OMS, UNICEF, Banque mondiale, gouvernements, fondations philanthropiques comme la Fondation Gates, entreprises et ONG.Dans les années 1990, des millions d’enfants mouraient encore de maladies évitables faute de vaccins. GAVI a pour mission de financer l’achat de vaccins à prix abordable, soutenir les systèmes de santé locaux et introduire rapidement les vaccins les plus récents dans les pays à faibles revenus.Depuis sa création, GAVI a permis de vacciner des centaines de millions d’enfants contre des maladies comme la rougeole, la polio, l’hépatite B, le pneumocoque ou le papillomavirus, contribuant fortement à la baisse de la mortalité infantile.GAVI reste aujourd’hui un acteur central de la lutte mondiale pour l’équité en santé et l’accès universel aux vaccins.
Lady Mary Wortley Montagu (1689–1762), épouse de l’ambassadeur britannique à Constantinople, découvre dans l’Empire ottoman la variolisation, une méthode locale de prévention de la variole. Elle remarque que les femmes turques, inoculées dès l’enfance, sont épargnées par les formes graves de la maladie. Dans ses lettres, elle décrit la procédure : des femmes âgées incisaient la peau avec une aiguille et y inséraient du pus ou des croûtes infectées, prélevés sur un malade léger.Convaincue de son efficacité, elle fait inoculer son fils en 1718 à Constantinople, puis sa fille en 1721 en Angleterre, ce qui en fait les premiers cas documentés de variolisation en Europe de l’Ouest. Lady Montagu milite activement pour cette pratique, écrivant aux nobles et aux médecins anglais, malgré un fort scepticisme médical et des préjugés contre la médecine orientale et les femmes. Grâce à son influence, la variolisation gagne peu à peu les milieux aristocratiques.Cette méthode, bien qu’elle réduise fortement la mortalité par variole, restait risquée : certaines personnes développaient une forme grave et mouraient, et les sujets inoculés pouvaient transmettre la maladie et déclencher des épidémies.Lady Montagu joue néanmoins un rôle clé dans l’introduction de l’immunisation volontaire en Europe, bien avant Jenner, et incarne une figure rare de femme savante et engagée dans le monde médical du XVIIIᵉ siècle.
C’est en 1857 que Louis Pasteur commence ses recherches sur les fermentations, ce qui va progressivement l’amener à remettre en cause la théorie de la génération spontanée.Il étudie des fermentations défectueuses (vin, lait, bière) et montre qu’elles sont causées par des micro-organismes spécifiques, observables au microscope. Il constate que ces microbes ne naissent pas spontanément, mais proviennent de l’air ou de contaminations extérieures. En 1857, il formule pour la première fois l’hypothèse selon laquelle les micro-organismes viennent de l’extérieur et non « du rien ». Cela marque le début de la remise en cause scientifique de la génération spontanée.Dates clés :• 1857 : Début des recherches sur les fermentations → découverte du rôle des micro-organismes.• 1859–1860 : Expériences sur la génération spontanée (ex. flacons à col de cygne).• 1861 : Publication du Mémoire sur les corpuscules organisés de l’atmosphère, à l’Académie des sciences.• 7 avril 1864 : Conférence aux Soirées scientifiques de la Sorbonne, où Pasteur expose ses résultats au grand public et défend définitivement la fin de la génération spontanée.
À la fin du XIXe siècle, la diphtérie est l’une des principales causes de mortalité infantile. Provoquée par une bactérie (Corynebacterium diphtheriae), elle agit via une toxine mortelle. En 1890, Emil von Behring (Allemagne) et Shibasaburo Kitasato (Japon) montrent qu’un sérum prélevé sur un animal immunisé (généralement un cheval) peut neutraliser cette toxine.Principe de l’immunisation passive :- Le cheval reçoit une toxine atténuée et produit des « substances antitoxiques » (plus tard appelées anticorps).- On prélève le sérum contenant ces anticorps, et on l’injecte à un malade.- La toxine est neutralisée immédiatement, sans attendre que le corps du patient réagisse.C’est la première thérapie immunitaire efficace, qui sauve de nombreux enfants. Le même principe est ensuite appliqué au tétanos, à la rage, et à certains venins. En 1901, von Behring reçoit le premier prix Nobel de médecine pour cette découverte, qui marque la naissance de la sérothérapie et des anticorps thérapeutiques modernes (utilisés aujourd’hui contre Ebola, Covid-19, certains cancers…).
L’éradication d’une maladie signifie que le virus ne circule plus naturellement dans le monde. Elle repose sur la vaccination de masse, la surveillance et la coopération internationale.La variole est la première maladie à avoir été éradiquée. Très contagieuse et meurtrière, elle a causé des millions de morts et laissé des séquelles graves. Dès 1796, Edward Jenner invente la première vaccination, perfectionnée par la suite.En 1967, l’OMS lance une campagne mondiale : vaccination massive, isolement des malades, et vaccination « en anneau » autour des foyers. Le dernier cas naturel est enregistré en Somalie en 1977. Le 8 mai 1980, l’OMS déclare officiellement la variole éradiquée.Depuis, l’éradication d’autres maladies est envisagée. La poliomyélite est aujourd’hui proche de disparaître, avec seulement quelques foyers persistants. La rougeole, elle, reste plus difficile à éliminer car elle nécessite une couverture vaccinale très élevée et constante.L’éradication reste un défi majeur, mais la variole montre que cela est possible grâce à la science et à des efforts coordonnés.
Pendant la guerre du Péloponnèse, une terrible épidémie frappe la ville d’Athènes, alors assiégée par Sparte. Thucydide, historien grec et témoin direct de la catastrophe, décrit dans La Guerre du Péloponnèse les effets de la maladie, probablement la variole (certains chercheurs évoquent aussi la typhoïde ou la fièvre hémorragique virale).Il note un fait surprenant :« Les mêmes personnes ne furent pas attaquées deux fois ou, si elles l’étaient, ce n’était jamais mortel. »C’est l’une des premières descriptions connues d’un phénomène d’immunité naturelle : les personnes ayant survécu à une infection sont protégées contre une réinfection.À l’époque, il n’existe aucune connaissance sur les microbes, les virus ou le système immunitaire. Pourtant, l’observation empirique de Thucydide suggère déjà qu’il se passe quelque chose dans le corps après la guérison, une mémoire protectrice, bien avant que les mots "anticorps" ou "vaccination" n’existent.• Thucydide n'explique pas le phénomène, mais son observation est rigoureuse.• Cela constitue une base empirique très ancienne de la notion d'immunité acquise, qui sera redécouverte, expliquée et exploitée bien plus tard avec la vaccination.• Cette idée est restée marginale pendant des siècles, car il fallait d’abord comprendre les causes des maladies infectieuses pour que la vaccination puisse naître.
En 1988, l’OMS et ses partenaires (UNICEF, Rotary, CDC, Fondation Gates) lancent la Global Polio Eradication Initiative (IMEP), visant à éradiquer la poliomyélite, sur le modèle du succès contre la variole.La poliomyélite est une maladie virale très contagieuse, responsable d’environ 350 000 paralysies par an dans plus de 125 pays à l’époque. L’homme étant le seul réservoir du virus et des vaccins efficaces existant, l’éradication semblait possible.L’initiative repose sur :- Une vaccination massive et gratuite des enfants, même en zones reculées. - Des campagnes synchronisées dans les pays à risque.- Une surveillance des cas et des eaux usées.- Des réponses rapides aux flambées locales. Depuis 1988, les cas ont chuté de plus de 99 %, et seuls l’Afghanistan et le Pakistan restent endémiques en 2022. Plus de 20 millions de personnes ont été protégées d’une paralysie grâce à l’IMEP.L’éradication n’est pas encore complète à cause de conflits, de refus de vaccination, et de cas rares de virus dérivés des vaccins oraux, mais l’objectif reste atteignable à court terme.
Après des travaux initiaux dans les années 1930, c’est en 1949 que le premier vaccin contre la grippe à virus inactivé est mis au point à grande échelle aux États-Unis, notamment grâce à Jonas Salk et Thomas Francis Jr. Ce vaccin est produit en cultivant le virus de la grippe sur des œufs embryonnés de poule, puis en l’inactivant par des procédés chimiques (formol). Ce vaccin vise à prévenir l’infection par les virus grippaux en stimulant la production d’anticorps sans risque de provoquer la maladie. Il marque une avancée majeure, car : - C’est l’un des premiers vaccins contre un virus humain,- Il peut être produit en masse,- Il nécessite des mises à jour régulières en raison de la variabilité du virus (mutations fréquentes). La grippe devient ainsi le premier exemple de vaccination virale saisonnière, avec des campagnes annuelles adaptées aux souches circulantes. → Ce vaccin inaugure l’ère des vaccins viraux industriels et évolutifs, préfigurant les stratégies actuelles contre les virus à mutation rapide, comme le SARS-CoV-2.
Plusieurs siècles avant Jenner, les médecins chinois et indiens avaient observé qu’une personne ayant survécu à la variole ne retombait pas malade.Ils développèrent alors la variolisation : • En Chine (au moins dès le Xe siècle) : des croûtes de variole séchées étaient réduites en poudre puis insufflées dans les narines à l’aide d’un tube → On parlait parfois d’inoculation nasale. • En Inde (au moins dès le XVIe siècle, probablement plus tôt) : la protection se faisait par scarification : on déposait du pus ou des croûtes dans de petites incisions cutanées, souvent dans un contexte rituel associé à la déesse Shitala. Bien que risquée (1–2 % de mortalité), cette méthode restait bien moins dangereuse que la maladie (jusqu’à 30 % de mortalité naturelle).Elle repose sur l’observation, non sur la science microbienne (inconnue à l’époque), et s’est répandue jusqu’en Europe au XVIIIe siècle. C’est la première forme d’immunisation connue, développée indépendamment de la médecine occidentale.
L’hépatite B est une maladie virale grave qui attaque le foie et peut évoluer vers la cirrhose ou le cancer du foie.Avant 1986, un vaccin existait mais il était fabriqué à partir du sérum de personnes infectées, ce qui posait des risques de contamination et de production limitée.Grâce aux techniques de génie génétique, les chercheurs isolent le gène de la protéine de surface du virus (antigène HBs) et l’introduisent dans des cellules de levure. Ces levures produisent en grande quantité la protéine HBs, purifiée pour fabriquer le vaccin. Pourquoi c’est une révolution ?- C’est le premier vaccin fabriqué sans utiliser le pathogène entier (vivant ou tué).- Il inaugure la technologie des vaccins recombinants, plus sûrs car il n'y aucune possibilité d'infection et sont plus faciles à produire.- Il a permis de protéger des millions de personnes et de réduire drastiquement les cas d’hépatite B et les cancers du foie liés.Le vaccin recombinant ouvre la voie à d’autres vaccins innovants, basés sur l’ADN, l’ARN, ou d’autres vecteurs génétiques.C’est un précurseur des vaccins modernes, comme ceux contre la Covid-19.
Pendant l’âge d’or de la médecine islamique, les savants traduisent, enrichissent et diffusent les savoirs médicaux de Chine, d’Inde, de Grèce et de Perse. C’est dans ce contexte que la variolisation est étudiée et parfois pratiquée, même si elle reste minoritaire.Les médecins Rhazès (Al-Razi, IXe siècle) et Avicenne (Ibn Sina, XIe siècle) jouent un rôle majeur :- Rhazès distingue pour la première fois la variole de la rougeole, ce qui permet une meilleure compréhension des maladies à éruptions cutanées. - Avicenne, dans son Canon de la médecine, note que certaines maladies ne reviennent pas après guérison, ce qui correspond à une première idée d’immunité acquise. Les bimaristans (hôpitaux) du monde islamique, notamment à Bagdad, Damas ou Cordoue, offrent un environnement favorable à l’observation clinique systématique, permettant de mieux documenter l’effet protecteur d’une première infection.
Ces textes circuleront ensuite en Europe via l’Andalousie et les traductions latines, préparant le terrain aux pratiques d’inoculation bien avant Jenner. Le monde islamique a permis la conservation et l’enrichissement des connaissances sur la variole. Il constitue un maillon essentiel dans la transmission des idées sur l’immunité vers l’Europe.
Edward Jenner, médecin de campagne, remarque que les traiteuses de vaches, souvent exposées à la vaccine (variole bovine), ne contractent jamais la variole humaine, pourtant très contagieuse et mortelle.Pour vérifier cette protection, il inocule en 1796 du pus de pustule de vaccine à un enfant de 8 ans, James Phipps. L’enfant tombe légèrement malade, mais lorsqu’on lui injecte ensuite la variole humaine, il ne développe aucun symptôme. Ce succès marque une rupture majeure : pour la première fois, on utilise un virus animal atténué pour protéger contre une maladie humaine grave, sans provoquer la maladie.Jenner publie ses résultats en 1798 et propose d'appeler cette nouvelle méthode "vaccination", du mot latin vacca (vache).La méthode se répand rapidement en Europe, puis dans le monde. Pourquoi c’est révolutionnaire :- Moins risquée que la variolisation.- Reproductible, applicable à grande échelle.- Principe fondamental encore utilisé aujourd’hui : provoquer une réponse immunitaire sans causer la maladie. Le vaccin contre la variole, développé par Edward Jenner est le premier vaccin contre un virus (même si le virus n'était pas encore connu à l'époque).
Le cas de James Phipps
Créé en 1971 aux États-Unis, le vaccin ROR protège contre trois maladies virales :- Rougeole : très contagieuse, complications respiratoires et neurologiques.- Oreillons : inflammation des glandes salivaires, peut causer méningite ou stérilité.- Rubéole : bénigne chez l’enfant, mais dangereuse en cas de grossesse (malformations du fœtus). Type et fonctionnement : C’est un vaccin vivant atténué (virus affaiblis, non dangereux mais immunogènes). Une seule injection pour trois protections = gain de temps, efficacité, simplicité.Impact mondial- Forte réduction des cas dans les pays bien vaccinés.- Disparition de la rubéole congénitale dans certains pays.- Rechute dans les zones sous-vaccinées (rougeole notamment).En 1998, une étude frauduleuse publiée par Andrew Wakefield prétendait un lien entre vaccin ROR et autisme. L’étude a été rétractée et scientifiquement discréditée. Wakefield a été radié mais cette affaire a déclenché une méfiance durable envers le ROR, notamment dans certains pays, entraînant une baisse des taux de vaccination et une recrudescence d’épidémies de rougeole et d’oreillons. En France : Longtemps recommandé, le ROR devient obligatoire en 2018 et couvre aujourd’hui tous les nourrissons. Une reprise récente des cas (2023–2025) est liée à des retards post-Covid et à une couverture encore insuffisante dans certains territoires.
À la suite des travaux de von Behring et Kitasato sur l’immunisation passive (1890), Paul Ehrlich cherche à comprendre la nature des substances protectrices présentes dans le sérum. Il propose que les cellules possèdent à leur surface des chaînes latérales (récepteurs) capables de se lier spécifiquement à des substances étrangères (toxines, microbes).Selon lui :- Chaque cellule porte des chaînes spécifiques à un antigène.- Lorsqu’un antigène se fixe, cela stimule la cellule à produire cette chaîne en grande quantité, qui est ensuite libérée dans le sang. Il nomme d’abord cette substance « antitoxine », puis introduit le terme allemand « Antikörper », soit « anticorps », pour désigner ces molécules capables de neutraliser les agents pathogènes. À l’époque, les lymphocytes B ne sont pas encore connus. Ehrlich parle simplement de « cellules immunes ». Plus tard, la science montrera que ses chaînes latérales sont les récepteurs membranaires des lymphocytes B, à l’origine des anticorps produits après activation. La théorie des chaînes latérales est la première explication mécanistique de l’immunité spécifique : - Chaque anticorps cible un antigène précis. - Un vaccin déclenche la production anticipée de ces anticorps. Elle jette les bases de l’immunologie moderne, et sera enrichie au XXe siècle par la découverte : des immunoglobulines (structure des anticorps), du système immunitaire adaptatif, et du rôle des cellules B et T.
À cette époque, la rage est une maladie mortelle et incurable, transmise par morsure d’animal infecté. On connaît son caractère inéluctable une fois les symptômes déclarés. Pasteur, qui n’est pas médecin, a pourtant travaillé pendant des années à atténuer le virus chez l’animal, notamment par dessiccation progressive de moelles épinières infectées.L'affaire Joseph Meister :En juillet 1885, un jeune garçon alsacien de 9 ans, Joseph Meister, est mordu à 14 reprises par un chien enragé. Désespérés, ses parents le conduisent à Paris. Pasteur hésite, car la vaccination sur l’humain n’a jamais été tentée. Mais la mort semble certaine sans intervention. Il décide d’agir et lui administre une série de 13 injections de virus atténué, de plus en plus virulent, entre le 6 et le 16 juillet.Résultat : Joseph ne développe aucun symptôme de rage. C’est un succès historique, salué dans le monde entier.C’est la première vaccination post-exposition réussie chez l’humain. Cela fonde la vaccinothérapie moderne : on peut protéger un patient même après exposition à un agent pathogène. L’année suivante, Pasteur crée l’Institut Pasteur (1887), grâce à une souscription internationale.
En 1923, Gaston Ramon, vétérinaire et biologiste français à l'Institut Pasteur, met au point le premier vaccin efficace contre la diphtérie. Cette avancée repose sur l'idée d'utiliser une version inactivée de la toxine diphtérique, appelée anatoxine, pour stimuler une réponse immunitaire sans provoquer la maladie.Le principe : La bactérie Corynebacterium diphtheriae provoque la diphtérie par sa toxine, et non par sa simple présence. Ramon parvient à inactiver cette toxine (par traitement au formol et à la chaleur) tout en conservant sa capacité à déclencher une réponse immunitaire. Cette anatoxine diphtérique devient la base du vaccin : elle entraîne la production d’anticorps neutralisants sans danger pour le patient. C’est le premier vaccin basé sur une toxine inactivée.Il marque une rupture : on ne vaccine plus seulement avec des microbes tués ou atténués, mais avec des composants purifiés responsables des symptômes. Ce principe sera ensuite appliqué aux vaccins contre le tétanos, la coqueluche, etc. Ce vaccin permet une chute spectaculaire de la mortalité infantile liée à la diphtérie, autrefois très fréquente. Il est à la base du célèbre vaccin trivalent DTP (Diphtérie–Tétanos–Poliomyélite) administré dès l’enfance dans de nombreux pays.
En 2006, le premier vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) est autorisé, marquant une étape majeure en santé publique. C’est le premier vaccin utilisé à grande échelle pour prévenir un cancer, celui du col de l’utérus.Les infections à HPV sont très fréquentes et se transmettent par voie sexuelle. La plupart des infections disparaissent spontanément, mais certaines souches peuvent persister et entraîner des lésions précancéreuses, puis un cancer du col de l’utérus. Chaque année, cette maladie cause des centaines de milliers de décès dans le monde, en particulier dans les pays à faibles revenus où le dépistage est peu accessible.Le vaccin HPV cible les principales souches responsables des cancers et des verrues génitales. Administré avant le début de la vie sexuelle, il protège efficacement contre les infections et réduit le risque de développer un cancer du col de l’utérus plus tard dans la vie.Recommandé aux jeunes filles dès l’adolescence dans de nombreux pays, il est progressivement proposé également aux garçons, pour limiter la transmission et prévenir d’autres cancers liés au HPV, comme ceux de la gorge ou de l’anus. Le vaccin contre le HPV ouvre ainsi la voie à une prévention active des cancers liés à une infection virale, en complément du dépistage par frottis ou test HPV. Il constitue le premier vaccin anticancer déployé à grande échelle et a déjà permis de réduire significativement les infections et les lésions précancéreuses dans les populations vaccinées.
En 1881, Louis Pasteur met à l’épreuve sa théorie selon laquelle on peut protéger un organisme en l’exposant à un agent infectieux affaibli, sans provoquer la maladie.Pour le démontrer, il choisit le charbon (ou anthrax), une maladie grave qui tue rapidement le bétail, et causée par une bactérie identifiée quelques années plus tôt : Bacillus anthracis.L’expérience de Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne) :- Pasteur organise une démonstration publique, à la demande d’éleveurs sceptiques.- Il injecte à 25 moutons une forme atténuée du microbe du charbon (affaibli par la chaleur). 25 autres moutons ne reçoivent rien (groupe témoin).Quinze jours plus tard, tous les moutons (vaccinés et témoins) reçoivent une injection du microbe virulent. Les 25 moutons vaccinés survivent et les 25 autres meurent rapidement.C’est la première démonstration publique d’un vaccin obtenu par atténuation, dans un cadre contrôlé et reproductible. Pasteur prouve qu’un agent infectieux affaibli peut entraîner une protection durable, sans déclencher la maladie. Cela marque la naissance de la vaccinologie scientifique, distincte des méthodes empiriques précédentes (comme la variolisation ou la vaccine de Jenner).
Dans les années 1950, James Gowans démontre que les lymphocytes circulants (dans le sang et la lymphe) sont actifs et essentiels à la réponse immunitaire : ils migrent entre le sang, les tissus et les ganglions, ce qui suggère une fonction spécifique.En parallèle, Frank Macfarlane Burnet propose la théorie de la sélection clonale :- Chaque cellule immunitaire possède un récepteur spécifique à un antigène.- Si un antigène s’y fixe, la cellule s’active, se multiplie et lance la réponse immunitaire.Ce modèle explique pour la première fois la spécificité de l’immunité acquise et le fonctionnement des vaccins, qui préparent l’organisme à réagir rapidement à une future infection. Les recherches ultérieures montrent que :- Ces cellules sont les lymphocytes T (maturés dans le thymus),- Elles reconnaissent les antigènes via un récepteur membranaire (TCR).- Elles ont trois fonctions majeures :o Coordonner la réponse immunitaire (T CD4),o Détruire les cellules infectées par un virus ou cancéreuses (T CD8),o Former une mémoire durable, indispensable à l’efficacité vaccinale.Ces travaux marquent une étape-clé : l’immunité ne repose pas seulement sur les anticorps, mais aussi sur une réponse cellulaire spécifique, déclenchée par la vaccination.
Dans les années 1960, les biologistes américains Bruce Glick, Max Cooper et Robert Good mènent des recherches sur le système immunitaire des oiseaux, notamment sur un organe appelé la bourse de Fabricius, présent uniquement chez les oiseaux.Ils observent que si cet organe est retiré à un jeune poussin, celui-ci devient incapable de produire des anticorps. À l’inverse, si le thymus est retiré, l’oiseau ne peut plus rejeter une greffe, ce qui montre une autre fonction immunitaire (liée aux futurs lymphocytes T).Ces expériences démontrent l’existence de deux lignées distinctes de cellules immunitaires :• Les lymphocytes B, issus de la bourse de Fabricius, responsables de la production d’anticorps.• Les lymphocytes T, issus du thymus, impliqués dans l’immunité cellulaire.Chez l’humain, les lymphocytes B se développent dans la moelle osseuse (bone marrow), mais gardent le nom "B" en référence à la bourse aviaire.La découverte des lymphocytes B permet de comprendre précisément comment les vaccins agissent : un vaccin stimule ces cellules à produire des anticorps spécifiques contre un antigène. Ces anticorps neutralisent rapidement l’agent pathogène en cas d’exposition future.
Dans les années 1950, la poliomyélite est l’une des maladies les plus redoutées : elle frappe surtout les enfants, causant des paralysies irréversibles, voire la mort.1955 – Jonas Salk met au point le premier vaccin injectable contre la polio.Ce vaccin contient un virus poliomyélitique inactivé (tué), incapable de provoquer la maladie mais toujours capable de stimuler le système immunitaire. Administré par injection, il est sûr et efficace. Il marque le début de campagnes de vaccination de grande ampleur, notamment aux États-Unis.1961 – Albert Sabin développe un vaccin oral à virus atténué.Plus simple à administrer (par goutte sur un morceau de sucre), ce vaccin contient un virus vivant mais affaibli, qui ne provoque pas la maladie mais déclenche une réponse immunitaire durable. Il se multiplie légèrement dans l’intestin, ce qui favorise l’immunité collective. Il est idéal pour les campagnes de masse, notamment dans les pays à faibles ressources.Ces deux vaccins, complémentaires, permettent une chute spectaculaire des cas de polio dans le monde. Grâce à eux, l’éradication de la maladie est devenue un objectif mondial. Aujourd’hui, la poliomyélite est presque totalement éliminée, à l’exception de quelques foyers résiduels.
En 2014, une étape majeure est franchie avec l’utilisation, pour la première fois en situation réelle, des vaccins à vecteurs viraux contre Ebola. Déployés en urgence lors de l’épidémie en Afrique de l’Ouest, ils apportent une lueur d’espoir face à une maladie jusque-là quasi incurable et meurtrière. Ces vaccins reposent sur un virus inoffensif, ou « vecteur », modifié pour produire des protéines d’Ebola. Injecté dans l’organisme, il déclenche une réponse immunitaire ciblée sans exposer au vrai virus.Cette approche combine une forte production d’anticorps et l’activation des lymphocytes T, deux piliers de la défense antivirale. Le vecteur, choisi pour être sans danger, reste très efficace pour stimuler l’immunité. Leur succès face à Ebola ouvre la voie à des vaccins similaires contre d’autres maladies émergentes, comme la COVID-19, la fièvre de Lassa ou de Marburg, enrichissant l’arsenal vaccinal avec des solutions rapides et adaptables. Grâce à la biologie moléculaire et à l’ingénierie virale, la vaccination entre ainsi dans une nouvelle ère : celle de vaccins « sur mesure », plus rapides, ciblés et efficaces face aux menaces imprévisibles. L’année 2014 restera une date clé dans cette évolution.
En 2022, un nouveau pas est franchi dans la lutte contre la COVID-19 avec l’autorisation des premiers vaccins à ARNm bivalents, conçus pour mieux répondre à l’évolution du virus. Ces vaccins marquent une avancée majeure dans la capacité à s’adapter rapidement aux mutations virales.Les variants du SARS-CoV-2, en particulier Omicron et ses sous-lignages, ont montré que la protection conférée par les premiers vaccins tendait à diminuer face aux nouvelles formes du virus. Pour contrer ce phénomène, les laboratoires ont développé des vaccins bivalents, combinant dans une même injection deux séquences d’ARN messager : l’une correspondant à la souche initiale du virus, et l’autre codant pour la protéine « Spike » spécifique aux variants préoccupants.Cette approche permet à l’organisme de produire des anticorps dirigés contre plusieurs versions du virus, améliorant ainsi la couverture immunitaire. Elle illustre la flexibilité remarquable de la technologie ARNm : en seulement quelques mois, un vaccin actualisé et plus pertinent face aux nouvelles souches a pu être produit et approuvé.L’arrivée des vaccins bivalents en 2022 démontre le potentiel des plateformes ARNm à suivre, presque en temps réel, l’évolution des virus. Cette capacité d’adaptation ouvre la voie à une stratégie vaccinale plus dynamique et mieux armée face aux futures mutations, qu’il s’agisse de la COVID-19 ou d’autres infections virales émergentes.
Les années 2020 marquent un tournant majeur avec des vaccins plus flexibles, rapides et adaptés aux besoins individuels ou contextuels.ARNm pour grippe, paludisme et cancersAprès la réussite contre la COVID-19, la technologie ARNm est étendue à la grippe, au paludisme et à certains cancers. Elle permet d’adapter rapidement les vaccins aux mutations ou aux antigènes tumoraux spécifiques.Vecteurs viraux thermostablesPour les zones du monde dépourvues de chaîne du froid fiable, des vaccins à vecteurs viraux « thermostables » ont été développés. Ils résistent à des températures plus élevées et se conservent plus longtemps, ce qui facilite leur déploiement dans les régions isolées ou en développement, où les infrastructures logistiques sont limitées.Cellules dendritiques personnaliséesEnfin, les vaccins à base de cellules dendritiques représentent une approche personnalisée prometteuse en oncologie. Ces vaccins sont fabriqués à partir des propres cellules du patient, « éduquées » en laboratoire à présenter des antigènes tumoraux, puis réinjectées pour stimuler une réponse immunitaire ciblée contre la tumeur. Ces innovations traduisent une double avancée : la personnalisation des vaccins et leur réactivité face aux pandémies et aux défis logistiques mondiaux.
En 2020, un tournant historique est franchi avec l’approbation, pour la première fois chez l’humain, de vaccins à ARN messager (ARNm) contre la COVID-19. Jamais cette technologie n’avait été utilisée à grande échelle, et son succès a bouleversé le monde des vaccins.Ces vaccins reposent sur un principe novateur : ils ne contiennent ni virus affaibli, ni protéine virale, mais une séquence d’ARNm codant pour la protéine « Spike » du SARS-CoV-2. Une fois injectée, elle est traduite par les cellules qui produisent la protéine et déclenchent une réponse immunitaire efficace, sans risque d’infection. La technologie présente deux atouts majeurs : une grande rapidité de développement — quelques semaines seulement après la publication de la séquence du virus — et une modularité exceptionnelle. En cas de mutation ou de nouveau pathogène, la séquence d’ARN peut être adaptée rapidement pour produire un vaccin mis à jour.En 2020, les vaccins à ARNm ont permis de répondre en un temps record à une crise sanitaire mondiale. Leur succès ouvre la voie à une nouvelle génération de vaccins « intelligents », adaptables, et potentiellement utilisables contre d’autres maladies infectieuses ou même des cancers.
La varicelle, causée par le virus varicelle-zona (VZV), est une maladie très contagieuse, généralement bénigne chez l’enfant mais pouvant être grave chez les nourrissons, adultes, femmes enceintes et personnes immunodéprimées.Le premier vaccin, autorisé au Japon en 1984, est introduit à grande échelle entre 1995 et 2000, d’abord aux États-Unis puis dans d’autres pays (Canada, Allemagne, Australie…). Fabriqué à partir d’un virus vivant atténué (souche Oka), il est administré en une ou deux doses selon l’âge.Son objectif est de prévenir la maladie et ses complications, réduire les hospitalisations et limiter la transmission en collectivités. Dans les pays où il est généralisé, on observe une baisse de 70 à 90 % des cas, une forte diminution des formes graves et une baisse attendue des cas de zona à long terme.La plupart des pays recommandent aujourd’hui deux doses pour une protection durable, mais en France il reste réservé aux personnes à risque.Son introduction a suscité des craintes d’un déplacement des cas vers l’adolescence, où la maladie est plus sévère, mais les données ont montré qu’une couverture vaccinale élevée évite ce risque.Le vaccin contre la varicelle représente donc une avancée majeure, en réduisant fortement la maladie et ses complications.
Dans les années 1970, les progrès en immunologie permettent à un collectif de scientifiques de mettre en évidence l’existence des lymphocytes B et T mémoire, grâce aux techniques de marquage cellulaire et aux modèles animaux. C’est une avancée majeure pour expliquer le fonctionnement de la vaccination.Ce que montrent les études :- Après une infection ou une vaccination, certains lymphocytes B et T persistent à long terme dans l’organisme.- Ils conservent la mémoire de l’antigène rencontré. En cas de nouvelle exposition, la réponse immunitaire est plus rapide, plus forte et ciblée.Rôle des lymphocytes mémoire :- B mémoire : produisent rapidement des anticorps.- T mémoire CD4 : coordonnent la réponse immunitaire.- T mémoire CD8 : détruisent les cellules infectées par les virus.La vaccination repose sur ce principe : créer des cellules mémoire prêtes à réagir rapidement lors d’un contact ultérieur. C’est cette mémoire immunitaire durable qui explique pourquoi une seule dose (ou quelques rappels) suffisent à protéger longtemps contre certaines maladies. Cette découverte a également permis de comprendre pourquoi certaines vaccinations doivent être renouvelées (si la mémoire s’estompe) et a ouvert la voie à l’immunologie de précision
En 1796, Edward Jenner utilisa le virus sauvage de la vaccine bovine (cow-pox), prélevé sur les lésions d’une laitière infectée, pour protéger contre la variole. Ce virus, naturellement présent chez les vaches, provoquait une infection bénigne chez l’homme et conférait une immunité croisée. Il s’agissait d’un virus bovin non modifié.Dans les décennies suivantes, des passages répétés d’un animal à un autre (vaches, veaux), puis sur œufs embryonnés et cultures cellulaires, entraînèrent des mutations et une adaptation progressive. Vers 1890–1910, les vaccins utilisaient une souche différente, appelée vaccinia, plus stable et adaptée à la production industrielle. Bien qu’appartenant à la même famille (orthopoxvirus), le vaccinia n’était plus identique ni au cow-pox ni à la variole. C’est cette souche qui fut utilisée dans les campagnes d’éradication des années 1960–1970.Origines du vaccinia :Le vaccinia n’a pas d’inventeur unique : il est issu d’une évolution progressive et involontaire. À partir des années 1870–1880, des producteurs en France, en Allemagne et aux États-Unis perfectionnent l’élevage sur veaux, favorisant sa sélection et sa stabilisation.Parmi les figures notables :• Louis Pasteur et ses collaborateurs, qui ont industrialisé la production de vaccins sur animaux (surtout pour la rage et le charbon).• L’Institut Pasteur à Paris et les laboratoires municipaux allemands, qui ont standardisé les techniques et les souches vaccinales.
L'histoire de la vaccination
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L'histoire de la vaccination
430 av. J.-C
1760
IXe – Xe siècle
Xe – XIIIe siècle
1718
Robert et Daniel Sutton (Angleterre)améliorent la variolisation en réduisant les risques.
Épidémie de variole à Athènes .Certains survivants ne retombent jamais malades.
Chine & Indepratique de la variolisation : inhalation ou insertion dans la peau de croûtes de variole atténuée.
Le monde islamique : distinction des maladies et protection post-infection
Lady Mary Wortley Montagu découvre et décrit la variolisation pratiquée en Turquie : elle fait inoculer ses enfants.
L'histoire de la vaccination
1881
1796
1890
1857
1885
Pasteur vaccine Joseph Meister contre la rage.
Von Behring et Kitasatodéveloppent un sérum antidiphtérique : immunisation passive.
Louis Pasteur commence ses recherches sur les fermentations.Remise en cause de la génération spontanée.
Edward Jenner invente la vaccination en utilisant la variole bovine pour protéger de la variole humaine.
Pasteur vaccine des moutons contre le charbon (Bacillus anthracis).
L'histoire de la vaccination
1891
1926
1949
1923
1927
Gaston Ramon crée le premier vaccin contre la diphtérie à base d’anatoxine inactivée.
Mise au point du premier vaccin contre la coqueluche.
Mise au point du vaccin contre le tétanos.
Mise au point du vaccin contre la grippe (virus inactivé).
Paul Ehrlich introduit le terme "anticorps" et développe la théorie des chaînes latérales.
L'histoire de la vaccination
1957
1965
1963
1955 et 1961
1967
Bruce Glick, Max Cooper et Robert Good découvrent les lymphocytes B.
Vaccins contre la poliomyélite.
Premier vaccin contre la rougeole .
De la vaccine de Jenner (1796) au vaccinia du XXᵉ siècle Campagnes OMS d'éradication de la variole.
Thomas & Burnet découvre les lymphocytes T.
L'histoire de la vaccination
1971
1980
1988
1986
Années 1970
Vaccin ROR (Rougeole–Oreillons–Rubéole).
Éradication mondiale officielle de la variole (OMS)
Premier vaccin recombinant (hépatite B)
Initiative mondiale d’éradication de la poliomyélite (OMS)
Mise en évidence des lymphocytes B et T mémoire.
L'histoire de la vaccination
1998
2006
2000
2014
1995–2000
Création de GAVI (Alliance mondiale pour les vaccins).
Vaccin contre le papillomavirus (HPV).
Introduction du vaccin contre la varicelle dans de nombreux pays.
Premier vaccin combiné contre Haemophilus influenzae b (Hib).
Premiers vaccins à vecteurs viraux (Ebola).
L'histoire de la vaccination
2022
Années 2000
2020
A suivre...
Développement de nouvelles générations de vaccins : vers la personnalisation et la réponse rapide aux pandémies.
Autorisation des vaccins à ARNm bivalents (COVID-19 variants)
Vaccins à ARN messager contre la COVID-19. Premiers vaccins à ARN approuvés chez l’humain.
Le vaccin contre le tétanos est mis au point en 1927, dans la continuité des travaux sur les anatoxines. Le tétanos est causé par Clostridium tetani, une bactérie anaérobie dont la toxine, la tétanospasmine, s’attaque au système nerveux.Des chercheurs, notamment Gaston Ramon à l’Institut Pasteur, réussissent à inactiver la toxine tétanique par traitement chimique (formol), tout en conservant son pouvoir immunogène : c’est l’anatoxine tétanique. Injectée en petite quantité, elle stimule la production d’anticorps sans provoquer la maladie.Le vaccin est d’abord utilisé chez les soldats lors de la Seconde Guerre mondiale, où il permet de réduire drastiquement les décès par tétanos. Il devient ensuite un vaccin de routine, administré dès l’enfance et rappelé régulièrement.
Dans l’Angleterre du milieu du XVIIIe siècle, la variolisation commence à se répandre, mais reste controversée à cause des risques de complications ou de contagion. C’est dans ce contexte que Robert Sutton, chirurgien de campagne, et son fils Daniel, développent une version plus maîtrisée et plus efficace de cette technique.Leur méthode repose sur plusieurs améliorations :- Utilisation de matériel infectieux prélevé sur des cas légers, donc moins virulents.- Choix du bon moment pour l’inoculation (généralement au printemps).- Préparation du patient par un régime strict (diète, purges), censé limiter la gravité de la maladie.- Incision cutanée plus fine, évitant une infection trop forte.Grâce à ces ajustements, la mortalité chute à moins de 0,5 %, rendant la variolisation bien plus acceptable pour les familles aisées.Daniel Sutton, plus entreprenant que son père, système la méthode et ouvre des centres d’inoculation dans toute l’Angleterre. Il rédige un traité à succès et fait fortune, tout en démocratisant la pratique dans la haute société et les milieux éclairés. Les Sutton ont transformé une pratique artisanale et risquée en une procédure médicale semi-standardisée. Leur succès prépare le terrain à l’acceptation du vaccin de Jenner quelques décennies plus tard.
Dans les années 1920, la coqueluche (Bordetella pertussis) est l'une des principales causes de mortalité infantile dans les pays industrialisés. En 1926, Leila Denmark, Anna Wessels Williams et d’autres chercheurs développent le premier vaccin à germes entiers inactivés contre la coqueluche.Le principe : Le vaccin contient des bactéries tuées par la chaleur ou un agent chimique, ce qui permet de stimuler le système immunitaire sans provoquer la maladie. Il s'agit d'un vaccin inactivé complet (à bactéries entières), administré par injection.Ce vaccin réduit nettement la mortalité, mais il est encore imparfait avec des effets secondaires fréquents (fièvre, inflammation). Il sera progressivement amélioré, notamment avec l’introduction dans les années 1940 d’une version combinée avec les vaccins contre la diphtérie et le tétanos (vaccin DTP).Dans les années 1990, un vaccin acellulaire (ne contenant que certains antigènes purifiés) sera mis au point pour limiter les effets indésirables.
En 1998, le premier vaccin combiné incluant une protection contre Haemophilus influenzae de type b (Hib) est mis sur le marché. C’est une avancée importante en santé publique, car il permet de protéger efficacement les jeunes enfants contre cette bactérie tout en simplifiant le calendrier vaccinal.Haemophilus influenzae b est une bactérie particulièrement dangereuse chez les moins de cinq ans, responsable de méningites, d’épiglottites, de septicémies et de pneumonies graves. Avant la vaccination, Hib était la première cause de méningite bactérienne de l’enfant, souvent mortelle ou laissant des séquelles neurologiques importantes.Un vaccin spécifique contre Hib avait déjà été introduit au début des années 1990, ce qui avait permis de faire chuter fortement le nombre de cas. Mais en 1998, le vaccin Hib est intégré dans des vaccins combinés, protégeant en une seule injection contre plusieurs maladies infantiles comme la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite. Ces vaccins pentavalents, puis hexavalents (DTCaPolioHib-HBV) avec l’ajout de l’hépatite B, sont rapidement devenus la norme dans de nombreux pays.Le vaccin combiné présente de nombreux avantages : il réduit le nombre d’injections nécessaires, améliore l’acceptabilité par les parents et facilite la couverture vaccinale tout en maintenant une protection optimale contre chacune des maladies ciblées.Grâce à la vaccination généralisée, les infections graves à Hib ont pratiquement disparu dans les pays qui l’ont adoptée, et la vaccination est désormais systématiquement proposée dès les premiers mois de vie.
Le Dr John Franklin Enders et son équipe, notamment Dr Thomas C. Peebles, ont isolé le virus de la rougeole en 1954, et ont travaillé pendant plusieurs années à l’élaboration d’un vaccin atténué.Comment ont-ils fait ? 1. Isolement du virus : En 1954, le virus de la rougeole a été isolé à partir d’un élève infecté à Boston.2. Atténuation : Ils ont affaibli le virus en le faisant se multiplier dans des cellules embryonnaires de poulet, jusqu’à ce qu’il perde sa virulence mais conserve sa capacité à provoquer une réponse immunitaire.3. Premier vaccin (Edmonston B) : Ce vaccin vivant atténué est autorisé en 1963. Il est efficace mais cause parfois des effets secondaires (fièvre, éruptions). En 1968, un vaccin plus sûr et mieux toléré est développé : le vaccin Edmonston-Enders (ou Moraten), encore basé sur la souche d'origine mais davantage atténué. C’est ce type de vaccin qui est utilisé aujourd’hui, seul ou en combinaison (ROR : Rougeole–Oreillons–Rubéole). Avant le vaccin : des millions de cas par an dans le monde, et des centaines de milliers de morts, surtout chez les enfants. Aujourd’hui, grâce aux campagnes de vaccination la rougeole a été éliminée dans plusieurs régions. Les décès ont chuté de 95 % depuis 2000 dans les régions avec vaccination massive. Aujourd'hui, la rougeole revient car trop de personnes ne sont pas vaccinées, dans un contexte où le virus circule à l’international, et où la méfiance envers les vaccins augmente. Pour éviter de nouvelles épidémies, il est essentiel de renforcer la vaccination, notamment chez les enfants et les jeunes adultes.
En 2000, l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI) est créée pour rendre la vaccination accessible à tous les enfants, y compris dans les pays les plus pauvres. Cette initiative réunit des acteurs publics et privés : OMS, UNICEF, Banque mondiale, gouvernements, fondations philanthropiques comme la Fondation Gates, entreprises et ONG.Dans les années 1990, des millions d’enfants mouraient encore de maladies évitables faute de vaccins. GAVI a pour mission de financer l’achat de vaccins à prix abordable, soutenir les systèmes de santé locaux et introduire rapidement les vaccins les plus récents dans les pays à faibles revenus.Depuis sa création, GAVI a permis de vacciner des centaines de millions d’enfants contre des maladies comme la rougeole, la polio, l’hépatite B, le pneumocoque ou le papillomavirus, contribuant fortement à la baisse de la mortalité infantile.GAVI reste aujourd’hui un acteur central de la lutte mondiale pour l’équité en santé et l’accès universel aux vaccins.
Lady Mary Wortley Montagu (1689–1762), épouse de l’ambassadeur britannique à Constantinople, découvre dans l’Empire ottoman la variolisation, une méthode locale de prévention de la variole. Elle remarque que les femmes turques, inoculées dès l’enfance, sont épargnées par les formes graves de la maladie. Dans ses lettres, elle décrit la procédure : des femmes âgées incisaient la peau avec une aiguille et y inséraient du pus ou des croûtes infectées, prélevés sur un malade léger.Convaincue de son efficacité, elle fait inoculer son fils en 1718 à Constantinople, puis sa fille en 1721 en Angleterre, ce qui en fait les premiers cas documentés de variolisation en Europe de l’Ouest. Lady Montagu milite activement pour cette pratique, écrivant aux nobles et aux médecins anglais, malgré un fort scepticisme médical et des préjugés contre la médecine orientale et les femmes. Grâce à son influence, la variolisation gagne peu à peu les milieux aristocratiques.Cette méthode, bien qu’elle réduise fortement la mortalité par variole, restait risquée : certaines personnes développaient une forme grave et mouraient, et les sujets inoculés pouvaient transmettre la maladie et déclencher des épidémies.Lady Montagu joue néanmoins un rôle clé dans l’introduction de l’immunisation volontaire en Europe, bien avant Jenner, et incarne une figure rare de femme savante et engagée dans le monde médical du XVIIIᵉ siècle.
C’est en 1857 que Louis Pasteur commence ses recherches sur les fermentations, ce qui va progressivement l’amener à remettre en cause la théorie de la génération spontanée.Il étudie des fermentations défectueuses (vin, lait, bière) et montre qu’elles sont causées par des micro-organismes spécifiques, observables au microscope. Il constate que ces microbes ne naissent pas spontanément, mais proviennent de l’air ou de contaminations extérieures. En 1857, il formule pour la première fois l’hypothèse selon laquelle les micro-organismes viennent de l’extérieur et non « du rien ». Cela marque le début de la remise en cause scientifique de la génération spontanée.Dates clés :• 1857 : Début des recherches sur les fermentations → découverte du rôle des micro-organismes.• 1859–1860 : Expériences sur la génération spontanée (ex. flacons à col de cygne).• 1861 : Publication du Mémoire sur les corpuscules organisés de l’atmosphère, à l’Académie des sciences.• 7 avril 1864 : Conférence aux Soirées scientifiques de la Sorbonne, où Pasteur expose ses résultats au grand public et défend définitivement la fin de la génération spontanée.
À la fin du XIXe siècle, la diphtérie est l’une des principales causes de mortalité infantile. Provoquée par une bactérie (Corynebacterium diphtheriae), elle agit via une toxine mortelle. En 1890, Emil von Behring (Allemagne) et Shibasaburo Kitasato (Japon) montrent qu’un sérum prélevé sur un animal immunisé (généralement un cheval) peut neutraliser cette toxine.Principe de l’immunisation passive :- Le cheval reçoit une toxine atténuée et produit des « substances antitoxiques » (plus tard appelées anticorps).- On prélève le sérum contenant ces anticorps, et on l’injecte à un malade.- La toxine est neutralisée immédiatement, sans attendre que le corps du patient réagisse.C’est la première thérapie immunitaire efficace, qui sauve de nombreux enfants. Le même principe est ensuite appliqué au tétanos, à la rage, et à certains venins. En 1901, von Behring reçoit le premier prix Nobel de médecine pour cette découverte, qui marque la naissance de la sérothérapie et des anticorps thérapeutiques modernes (utilisés aujourd’hui contre Ebola, Covid-19, certains cancers…).
L’éradication d’une maladie signifie que le virus ne circule plus naturellement dans le monde. Elle repose sur la vaccination de masse, la surveillance et la coopération internationale.La variole est la première maladie à avoir été éradiquée. Très contagieuse et meurtrière, elle a causé des millions de morts et laissé des séquelles graves. Dès 1796, Edward Jenner invente la première vaccination, perfectionnée par la suite.En 1967, l’OMS lance une campagne mondiale : vaccination massive, isolement des malades, et vaccination « en anneau » autour des foyers. Le dernier cas naturel est enregistré en Somalie en 1977. Le 8 mai 1980, l’OMS déclare officiellement la variole éradiquée.Depuis, l’éradication d’autres maladies est envisagée. La poliomyélite est aujourd’hui proche de disparaître, avec seulement quelques foyers persistants. La rougeole, elle, reste plus difficile à éliminer car elle nécessite une couverture vaccinale très élevée et constante.L’éradication reste un défi majeur, mais la variole montre que cela est possible grâce à la science et à des efforts coordonnés.
Pendant la guerre du Péloponnèse, une terrible épidémie frappe la ville d’Athènes, alors assiégée par Sparte. Thucydide, historien grec et témoin direct de la catastrophe, décrit dans La Guerre du Péloponnèse les effets de la maladie, probablement la variole (certains chercheurs évoquent aussi la typhoïde ou la fièvre hémorragique virale).Il note un fait surprenant :« Les mêmes personnes ne furent pas attaquées deux fois ou, si elles l’étaient, ce n’était jamais mortel. »C’est l’une des premières descriptions connues d’un phénomène d’immunité naturelle : les personnes ayant survécu à une infection sont protégées contre une réinfection.À l’époque, il n’existe aucune connaissance sur les microbes, les virus ou le système immunitaire. Pourtant, l’observation empirique de Thucydide suggère déjà qu’il se passe quelque chose dans le corps après la guérison, une mémoire protectrice, bien avant que les mots "anticorps" ou "vaccination" n’existent.• Thucydide n'explique pas le phénomène, mais son observation est rigoureuse.• Cela constitue une base empirique très ancienne de la notion d'immunité acquise, qui sera redécouverte, expliquée et exploitée bien plus tard avec la vaccination.• Cette idée est restée marginale pendant des siècles, car il fallait d’abord comprendre les causes des maladies infectieuses pour que la vaccination puisse naître.
En 1988, l’OMS et ses partenaires (UNICEF, Rotary, CDC, Fondation Gates) lancent la Global Polio Eradication Initiative (IMEP), visant à éradiquer la poliomyélite, sur le modèle du succès contre la variole.La poliomyélite est une maladie virale très contagieuse, responsable d’environ 350 000 paralysies par an dans plus de 125 pays à l’époque. L’homme étant le seul réservoir du virus et des vaccins efficaces existant, l’éradication semblait possible.L’initiative repose sur :- Une vaccination massive et gratuite des enfants, même en zones reculées. - Des campagnes synchronisées dans les pays à risque.- Une surveillance des cas et des eaux usées.- Des réponses rapides aux flambées locales. Depuis 1988, les cas ont chuté de plus de 99 %, et seuls l’Afghanistan et le Pakistan restent endémiques en 2022. Plus de 20 millions de personnes ont été protégées d’une paralysie grâce à l’IMEP.L’éradication n’est pas encore complète à cause de conflits, de refus de vaccination, et de cas rares de virus dérivés des vaccins oraux, mais l’objectif reste atteignable à court terme.
Après des travaux initiaux dans les années 1930, c’est en 1949 que le premier vaccin contre la grippe à virus inactivé est mis au point à grande échelle aux États-Unis, notamment grâce à Jonas Salk et Thomas Francis Jr. Ce vaccin est produit en cultivant le virus de la grippe sur des œufs embryonnés de poule, puis en l’inactivant par des procédés chimiques (formol). Ce vaccin vise à prévenir l’infection par les virus grippaux en stimulant la production d’anticorps sans risque de provoquer la maladie. Il marque une avancée majeure, car : - C’est l’un des premiers vaccins contre un virus humain,- Il peut être produit en masse,- Il nécessite des mises à jour régulières en raison de la variabilité du virus (mutations fréquentes). La grippe devient ainsi le premier exemple de vaccination virale saisonnière, avec des campagnes annuelles adaptées aux souches circulantes. → Ce vaccin inaugure l’ère des vaccins viraux industriels et évolutifs, préfigurant les stratégies actuelles contre les virus à mutation rapide, comme le SARS-CoV-2.
Plusieurs siècles avant Jenner, les médecins chinois et indiens avaient observé qu’une personne ayant survécu à la variole ne retombait pas malade.Ils développèrent alors la variolisation : • En Chine (au moins dès le Xe siècle) : des croûtes de variole séchées étaient réduites en poudre puis insufflées dans les narines à l’aide d’un tube → On parlait parfois d’inoculation nasale. • En Inde (au moins dès le XVIe siècle, probablement plus tôt) : la protection se faisait par scarification : on déposait du pus ou des croûtes dans de petites incisions cutanées, souvent dans un contexte rituel associé à la déesse Shitala. Bien que risquée (1–2 % de mortalité), cette méthode restait bien moins dangereuse que la maladie (jusqu’à 30 % de mortalité naturelle).Elle repose sur l’observation, non sur la science microbienne (inconnue à l’époque), et s’est répandue jusqu’en Europe au XVIIIe siècle. C’est la première forme d’immunisation connue, développée indépendamment de la médecine occidentale.
L’hépatite B est une maladie virale grave qui attaque le foie et peut évoluer vers la cirrhose ou le cancer du foie.Avant 1986, un vaccin existait mais il était fabriqué à partir du sérum de personnes infectées, ce qui posait des risques de contamination et de production limitée.Grâce aux techniques de génie génétique, les chercheurs isolent le gène de la protéine de surface du virus (antigène HBs) et l’introduisent dans des cellules de levure. Ces levures produisent en grande quantité la protéine HBs, purifiée pour fabriquer le vaccin. Pourquoi c’est une révolution ?- C’est le premier vaccin fabriqué sans utiliser le pathogène entier (vivant ou tué).- Il inaugure la technologie des vaccins recombinants, plus sûrs car il n'y aucune possibilité d'infection et sont plus faciles à produire.- Il a permis de protéger des millions de personnes et de réduire drastiquement les cas d’hépatite B et les cancers du foie liés.Le vaccin recombinant ouvre la voie à d’autres vaccins innovants, basés sur l’ADN, l’ARN, ou d’autres vecteurs génétiques.C’est un précurseur des vaccins modernes, comme ceux contre la Covid-19.
Pendant l’âge d’or de la médecine islamique, les savants traduisent, enrichissent et diffusent les savoirs médicaux de Chine, d’Inde, de Grèce et de Perse. C’est dans ce contexte que la variolisation est étudiée et parfois pratiquée, même si elle reste minoritaire.Les médecins Rhazès (Al-Razi, IXe siècle) et Avicenne (Ibn Sina, XIe siècle) jouent un rôle majeur :- Rhazès distingue pour la première fois la variole de la rougeole, ce qui permet une meilleure compréhension des maladies à éruptions cutanées. - Avicenne, dans son Canon de la médecine, note que certaines maladies ne reviennent pas après guérison, ce qui correspond à une première idée d’immunité acquise. Les bimaristans (hôpitaux) du monde islamique, notamment à Bagdad, Damas ou Cordoue, offrent un environnement favorable à l’observation clinique systématique, permettant de mieux documenter l’effet protecteur d’une première infection.
Ces textes circuleront ensuite en Europe via l’Andalousie et les traductions latines, préparant le terrain aux pratiques d’inoculation bien avant Jenner. Le monde islamique a permis la conservation et l’enrichissement des connaissances sur la variole. Il constitue un maillon essentiel dans la transmission des idées sur l’immunité vers l’Europe.
Edward Jenner, médecin de campagne, remarque que les traiteuses de vaches, souvent exposées à la vaccine (variole bovine), ne contractent jamais la variole humaine, pourtant très contagieuse et mortelle.Pour vérifier cette protection, il inocule en 1796 du pus de pustule de vaccine à un enfant de 8 ans, James Phipps. L’enfant tombe légèrement malade, mais lorsqu’on lui injecte ensuite la variole humaine, il ne développe aucun symptôme. Ce succès marque une rupture majeure : pour la première fois, on utilise un virus animal atténué pour protéger contre une maladie humaine grave, sans provoquer la maladie.Jenner publie ses résultats en 1798 et propose d'appeler cette nouvelle méthode "vaccination", du mot latin vacca (vache).La méthode se répand rapidement en Europe, puis dans le monde. Pourquoi c’est révolutionnaire :- Moins risquée que la variolisation.- Reproductible, applicable à grande échelle.- Principe fondamental encore utilisé aujourd’hui : provoquer une réponse immunitaire sans causer la maladie. Le vaccin contre la variole, développé par Edward Jenner est le premier vaccin contre un virus (même si le virus n'était pas encore connu à l'époque).
Le cas de James Phipps
Créé en 1971 aux États-Unis, le vaccin ROR protège contre trois maladies virales :- Rougeole : très contagieuse, complications respiratoires et neurologiques.- Oreillons : inflammation des glandes salivaires, peut causer méningite ou stérilité.- Rubéole : bénigne chez l’enfant, mais dangereuse en cas de grossesse (malformations du fœtus). Type et fonctionnement : C’est un vaccin vivant atténué (virus affaiblis, non dangereux mais immunogènes). Une seule injection pour trois protections = gain de temps, efficacité, simplicité.Impact mondial- Forte réduction des cas dans les pays bien vaccinés.- Disparition de la rubéole congénitale dans certains pays.- Rechute dans les zones sous-vaccinées (rougeole notamment).En 1998, une étude frauduleuse publiée par Andrew Wakefield prétendait un lien entre vaccin ROR et autisme. L’étude a été rétractée et scientifiquement discréditée. Wakefield a été radié mais cette affaire a déclenché une méfiance durable envers le ROR, notamment dans certains pays, entraînant une baisse des taux de vaccination et une recrudescence d’épidémies de rougeole et d’oreillons. En France : Longtemps recommandé, le ROR devient obligatoire en 2018 et couvre aujourd’hui tous les nourrissons. Une reprise récente des cas (2023–2025) est liée à des retards post-Covid et à une couverture encore insuffisante dans certains territoires.
À la suite des travaux de von Behring et Kitasato sur l’immunisation passive (1890), Paul Ehrlich cherche à comprendre la nature des substances protectrices présentes dans le sérum. Il propose que les cellules possèdent à leur surface des chaînes latérales (récepteurs) capables de se lier spécifiquement à des substances étrangères (toxines, microbes).Selon lui :- Chaque cellule porte des chaînes spécifiques à un antigène.- Lorsqu’un antigène se fixe, cela stimule la cellule à produire cette chaîne en grande quantité, qui est ensuite libérée dans le sang. Il nomme d’abord cette substance « antitoxine », puis introduit le terme allemand « Antikörper », soit « anticorps », pour désigner ces molécules capables de neutraliser les agents pathogènes. À l’époque, les lymphocytes B ne sont pas encore connus. Ehrlich parle simplement de « cellules immunes ». Plus tard, la science montrera que ses chaînes latérales sont les récepteurs membranaires des lymphocytes B, à l’origine des anticorps produits après activation. La théorie des chaînes latérales est la première explication mécanistique de l’immunité spécifique : - Chaque anticorps cible un antigène précis. - Un vaccin déclenche la production anticipée de ces anticorps. Elle jette les bases de l’immunologie moderne, et sera enrichie au XXe siècle par la découverte : des immunoglobulines (structure des anticorps), du système immunitaire adaptatif, et du rôle des cellules B et T.
À cette époque, la rage est une maladie mortelle et incurable, transmise par morsure d’animal infecté. On connaît son caractère inéluctable une fois les symptômes déclarés. Pasteur, qui n’est pas médecin, a pourtant travaillé pendant des années à atténuer le virus chez l’animal, notamment par dessiccation progressive de moelles épinières infectées.L'affaire Joseph Meister :En juillet 1885, un jeune garçon alsacien de 9 ans, Joseph Meister, est mordu à 14 reprises par un chien enragé. Désespérés, ses parents le conduisent à Paris. Pasteur hésite, car la vaccination sur l’humain n’a jamais été tentée. Mais la mort semble certaine sans intervention. Il décide d’agir et lui administre une série de 13 injections de virus atténué, de plus en plus virulent, entre le 6 et le 16 juillet.Résultat : Joseph ne développe aucun symptôme de rage. C’est un succès historique, salué dans le monde entier.C’est la première vaccination post-exposition réussie chez l’humain. Cela fonde la vaccinothérapie moderne : on peut protéger un patient même après exposition à un agent pathogène. L’année suivante, Pasteur crée l’Institut Pasteur (1887), grâce à une souscription internationale.
En 1923, Gaston Ramon, vétérinaire et biologiste français à l'Institut Pasteur, met au point le premier vaccin efficace contre la diphtérie. Cette avancée repose sur l'idée d'utiliser une version inactivée de la toxine diphtérique, appelée anatoxine, pour stimuler une réponse immunitaire sans provoquer la maladie.Le principe : La bactérie Corynebacterium diphtheriae provoque la diphtérie par sa toxine, et non par sa simple présence. Ramon parvient à inactiver cette toxine (par traitement au formol et à la chaleur) tout en conservant sa capacité à déclencher une réponse immunitaire. Cette anatoxine diphtérique devient la base du vaccin : elle entraîne la production d’anticorps neutralisants sans danger pour le patient. C’est le premier vaccin basé sur une toxine inactivée.Il marque une rupture : on ne vaccine plus seulement avec des microbes tués ou atténués, mais avec des composants purifiés responsables des symptômes. Ce principe sera ensuite appliqué aux vaccins contre le tétanos, la coqueluche, etc. Ce vaccin permet une chute spectaculaire de la mortalité infantile liée à la diphtérie, autrefois très fréquente. Il est à la base du célèbre vaccin trivalent DTP (Diphtérie–Tétanos–Poliomyélite) administré dès l’enfance dans de nombreux pays.
En 2006, le premier vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) est autorisé, marquant une étape majeure en santé publique. C’est le premier vaccin utilisé à grande échelle pour prévenir un cancer, celui du col de l’utérus.Les infections à HPV sont très fréquentes et se transmettent par voie sexuelle. La plupart des infections disparaissent spontanément, mais certaines souches peuvent persister et entraîner des lésions précancéreuses, puis un cancer du col de l’utérus. Chaque année, cette maladie cause des centaines de milliers de décès dans le monde, en particulier dans les pays à faibles revenus où le dépistage est peu accessible.Le vaccin HPV cible les principales souches responsables des cancers et des verrues génitales. Administré avant le début de la vie sexuelle, il protège efficacement contre les infections et réduit le risque de développer un cancer du col de l’utérus plus tard dans la vie.Recommandé aux jeunes filles dès l’adolescence dans de nombreux pays, il est progressivement proposé également aux garçons, pour limiter la transmission et prévenir d’autres cancers liés au HPV, comme ceux de la gorge ou de l’anus. Le vaccin contre le HPV ouvre ainsi la voie à une prévention active des cancers liés à une infection virale, en complément du dépistage par frottis ou test HPV. Il constitue le premier vaccin anticancer déployé à grande échelle et a déjà permis de réduire significativement les infections et les lésions précancéreuses dans les populations vaccinées.
En 1881, Louis Pasteur met à l’épreuve sa théorie selon laquelle on peut protéger un organisme en l’exposant à un agent infectieux affaibli, sans provoquer la maladie.Pour le démontrer, il choisit le charbon (ou anthrax), une maladie grave qui tue rapidement le bétail, et causée par une bactérie identifiée quelques années plus tôt : Bacillus anthracis.L’expérience de Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne) :- Pasteur organise une démonstration publique, à la demande d’éleveurs sceptiques.- Il injecte à 25 moutons une forme atténuée du microbe du charbon (affaibli par la chaleur). 25 autres moutons ne reçoivent rien (groupe témoin).Quinze jours plus tard, tous les moutons (vaccinés et témoins) reçoivent une injection du microbe virulent. Les 25 moutons vaccinés survivent et les 25 autres meurent rapidement.C’est la première démonstration publique d’un vaccin obtenu par atténuation, dans un cadre contrôlé et reproductible. Pasteur prouve qu’un agent infectieux affaibli peut entraîner une protection durable, sans déclencher la maladie. Cela marque la naissance de la vaccinologie scientifique, distincte des méthodes empiriques précédentes (comme la variolisation ou la vaccine de Jenner).
Dans les années 1950, James Gowans démontre que les lymphocytes circulants (dans le sang et la lymphe) sont actifs et essentiels à la réponse immunitaire : ils migrent entre le sang, les tissus et les ganglions, ce qui suggère une fonction spécifique.En parallèle, Frank Macfarlane Burnet propose la théorie de la sélection clonale :- Chaque cellule immunitaire possède un récepteur spécifique à un antigène.- Si un antigène s’y fixe, la cellule s’active, se multiplie et lance la réponse immunitaire.Ce modèle explique pour la première fois la spécificité de l’immunité acquise et le fonctionnement des vaccins, qui préparent l’organisme à réagir rapidement à une future infection. Les recherches ultérieures montrent que :- Ces cellules sont les lymphocytes T (maturés dans le thymus),- Elles reconnaissent les antigènes via un récepteur membranaire (TCR).- Elles ont trois fonctions majeures :o Coordonner la réponse immunitaire (T CD4),o Détruire les cellules infectées par un virus ou cancéreuses (T CD8),o Former une mémoire durable, indispensable à l’efficacité vaccinale.Ces travaux marquent une étape-clé : l’immunité ne repose pas seulement sur les anticorps, mais aussi sur une réponse cellulaire spécifique, déclenchée par la vaccination.
Dans les années 1960, les biologistes américains Bruce Glick, Max Cooper et Robert Good mènent des recherches sur le système immunitaire des oiseaux, notamment sur un organe appelé la bourse de Fabricius, présent uniquement chez les oiseaux.Ils observent que si cet organe est retiré à un jeune poussin, celui-ci devient incapable de produire des anticorps. À l’inverse, si le thymus est retiré, l’oiseau ne peut plus rejeter une greffe, ce qui montre une autre fonction immunitaire (liée aux futurs lymphocytes T).Ces expériences démontrent l’existence de deux lignées distinctes de cellules immunitaires :• Les lymphocytes B, issus de la bourse de Fabricius, responsables de la production d’anticorps.• Les lymphocytes T, issus du thymus, impliqués dans l’immunité cellulaire.Chez l’humain, les lymphocytes B se développent dans la moelle osseuse (bone marrow), mais gardent le nom "B" en référence à la bourse aviaire.La découverte des lymphocytes B permet de comprendre précisément comment les vaccins agissent : un vaccin stimule ces cellules à produire des anticorps spécifiques contre un antigène. Ces anticorps neutralisent rapidement l’agent pathogène en cas d’exposition future.
Dans les années 1950, la poliomyélite est l’une des maladies les plus redoutées : elle frappe surtout les enfants, causant des paralysies irréversibles, voire la mort.1955 – Jonas Salk met au point le premier vaccin injectable contre la polio.Ce vaccin contient un virus poliomyélitique inactivé (tué), incapable de provoquer la maladie mais toujours capable de stimuler le système immunitaire. Administré par injection, il est sûr et efficace. Il marque le début de campagnes de vaccination de grande ampleur, notamment aux États-Unis.1961 – Albert Sabin développe un vaccin oral à virus atténué.Plus simple à administrer (par goutte sur un morceau de sucre), ce vaccin contient un virus vivant mais affaibli, qui ne provoque pas la maladie mais déclenche une réponse immunitaire durable. Il se multiplie légèrement dans l’intestin, ce qui favorise l’immunité collective. Il est idéal pour les campagnes de masse, notamment dans les pays à faibles ressources.Ces deux vaccins, complémentaires, permettent une chute spectaculaire des cas de polio dans le monde. Grâce à eux, l’éradication de la maladie est devenue un objectif mondial. Aujourd’hui, la poliomyélite est presque totalement éliminée, à l’exception de quelques foyers résiduels.
En 2014, une étape majeure est franchie avec l’utilisation, pour la première fois en situation réelle, des vaccins à vecteurs viraux contre Ebola. Déployés en urgence lors de l’épidémie en Afrique de l’Ouest, ils apportent une lueur d’espoir face à une maladie jusque-là quasi incurable et meurtrière. Ces vaccins reposent sur un virus inoffensif, ou « vecteur », modifié pour produire des protéines d’Ebola. Injecté dans l’organisme, il déclenche une réponse immunitaire ciblée sans exposer au vrai virus.Cette approche combine une forte production d’anticorps et l’activation des lymphocytes T, deux piliers de la défense antivirale. Le vecteur, choisi pour être sans danger, reste très efficace pour stimuler l’immunité. Leur succès face à Ebola ouvre la voie à des vaccins similaires contre d’autres maladies émergentes, comme la COVID-19, la fièvre de Lassa ou de Marburg, enrichissant l’arsenal vaccinal avec des solutions rapides et adaptables. Grâce à la biologie moléculaire et à l’ingénierie virale, la vaccination entre ainsi dans une nouvelle ère : celle de vaccins « sur mesure », plus rapides, ciblés et efficaces face aux menaces imprévisibles. L’année 2014 restera une date clé dans cette évolution.
En 2022, un nouveau pas est franchi dans la lutte contre la COVID-19 avec l’autorisation des premiers vaccins à ARNm bivalents, conçus pour mieux répondre à l’évolution du virus. Ces vaccins marquent une avancée majeure dans la capacité à s’adapter rapidement aux mutations virales.Les variants du SARS-CoV-2, en particulier Omicron et ses sous-lignages, ont montré que la protection conférée par les premiers vaccins tendait à diminuer face aux nouvelles formes du virus. Pour contrer ce phénomène, les laboratoires ont développé des vaccins bivalents, combinant dans une même injection deux séquences d’ARN messager : l’une correspondant à la souche initiale du virus, et l’autre codant pour la protéine « Spike » spécifique aux variants préoccupants.Cette approche permet à l’organisme de produire des anticorps dirigés contre plusieurs versions du virus, améliorant ainsi la couverture immunitaire. Elle illustre la flexibilité remarquable de la technologie ARNm : en seulement quelques mois, un vaccin actualisé et plus pertinent face aux nouvelles souches a pu être produit et approuvé.L’arrivée des vaccins bivalents en 2022 démontre le potentiel des plateformes ARNm à suivre, presque en temps réel, l’évolution des virus. Cette capacité d’adaptation ouvre la voie à une stratégie vaccinale plus dynamique et mieux armée face aux futures mutations, qu’il s’agisse de la COVID-19 ou d’autres infections virales émergentes.
Les années 2020 marquent un tournant majeur avec des vaccins plus flexibles, rapides et adaptés aux besoins individuels ou contextuels.ARNm pour grippe, paludisme et cancersAprès la réussite contre la COVID-19, la technologie ARNm est étendue à la grippe, au paludisme et à certains cancers. Elle permet d’adapter rapidement les vaccins aux mutations ou aux antigènes tumoraux spécifiques.Vecteurs viraux thermostablesPour les zones du monde dépourvues de chaîne du froid fiable, des vaccins à vecteurs viraux « thermostables » ont été développés. Ils résistent à des températures plus élevées et se conservent plus longtemps, ce qui facilite leur déploiement dans les régions isolées ou en développement, où les infrastructures logistiques sont limitées.Cellules dendritiques personnaliséesEnfin, les vaccins à base de cellules dendritiques représentent une approche personnalisée prometteuse en oncologie. Ces vaccins sont fabriqués à partir des propres cellules du patient, « éduquées » en laboratoire à présenter des antigènes tumoraux, puis réinjectées pour stimuler une réponse immunitaire ciblée contre la tumeur. Ces innovations traduisent une double avancée : la personnalisation des vaccins et leur réactivité face aux pandémies et aux défis logistiques mondiaux.
En 2020, un tournant historique est franchi avec l’approbation, pour la première fois chez l’humain, de vaccins à ARN messager (ARNm) contre la COVID-19. Jamais cette technologie n’avait été utilisée à grande échelle, et son succès a bouleversé le monde des vaccins.Ces vaccins reposent sur un principe novateur : ils ne contiennent ni virus affaibli, ni protéine virale, mais une séquence d’ARNm codant pour la protéine « Spike » du SARS-CoV-2. Une fois injectée, elle est traduite par les cellules qui produisent la protéine et déclenchent une réponse immunitaire efficace, sans risque d’infection. La technologie présente deux atouts majeurs : une grande rapidité de développement — quelques semaines seulement après la publication de la séquence du virus — et une modularité exceptionnelle. En cas de mutation ou de nouveau pathogène, la séquence d’ARN peut être adaptée rapidement pour produire un vaccin mis à jour.En 2020, les vaccins à ARNm ont permis de répondre en un temps record à une crise sanitaire mondiale. Leur succès ouvre la voie à une nouvelle génération de vaccins « intelligents », adaptables, et potentiellement utilisables contre d’autres maladies infectieuses ou même des cancers.
La varicelle, causée par le virus varicelle-zona (VZV), est une maladie très contagieuse, généralement bénigne chez l’enfant mais pouvant être grave chez les nourrissons, adultes, femmes enceintes et personnes immunodéprimées.Le premier vaccin, autorisé au Japon en 1984, est introduit à grande échelle entre 1995 et 2000, d’abord aux États-Unis puis dans d’autres pays (Canada, Allemagne, Australie…). Fabriqué à partir d’un virus vivant atténué (souche Oka), il est administré en une ou deux doses selon l’âge.Son objectif est de prévenir la maladie et ses complications, réduire les hospitalisations et limiter la transmission en collectivités. Dans les pays où il est généralisé, on observe une baisse de 70 à 90 % des cas, une forte diminution des formes graves et une baisse attendue des cas de zona à long terme.La plupart des pays recommandent aujourd’hui deux doses pour une protection durable, mais en France il reste réservé aux personnes à risque.Son introduction a suscité des craintes d’un déplacement des cas vers l’adolescence, où la maladie est plus sévère, mais les données ont montré qu’une couverture vaccinale élevée évite ce risque.Le vaccin contre la varicelle représente donc une avancée majeure, en réduisant fortement la maladie et ses complications.
Dans les années 1970, les progrès en immunologie permettent à un collectif de scientifiques de mettre en évidence l’existence des lymphocytes B et T mémoire, grâce aux techniques de marquage cellulaire et aux modèles animaux. C’est une avancée majeure pour expliquer le fonctionnement de la vaccination.Ce que montrent les études :- Après une infection ou une vaccination, certains lymphocytes B et T persistent à long terme dans l’organisme.- Ils conservent la mémoire de l’antigène rencontré. En cas de nouvelle exposition, la réponse immunitaire est plus rapide, plus forte et ciblée.Rôle des lymphocytes mémoire :- B mémoire : produisent rapidement des anticorps.- T mémoire CD4 : coordonnent la réponse immunitaire.- T mémoire CD8 : détruisent les cellules infectées par les virus.La vaccination repose sur ce principe : créer des cellules mémoire prêtes à réagir rapidement lors d’un contact ultérieur. C’est cette mémoire immunitaire durable qui explique pourquoi une seule dose (ou quelques rappels) suffisent à protéger longtemps contre certaines maladies. Cette découverte a également permis de comprendre pourquoi certaines vaccinations doivent être renouvelées (si la mémoire s’estompe) et a ouvert la voie à l’immunologie de précision
En 1796, Edward Jenner utilisa le virus sauvage de la vaccine bovine (cow-pox), prélevé sur les lésions d’une laitière infectée, pour protéger contre la variole. Ce virus, naturellement présent chez les vaches, provoquait une infection bénigne chez l’homme et conférait une immunité croisée. Il s’agissait d’un virus bovin non modifié.Dans les décennies suivantes, des passages répétés d’un animal à un autre (vaches, veaux), puis sur œufs embryonnés et cultures cellulaires, entraînèrent des mutations et une adaptation progressive. Vers 1890–1910, les vaccins utilisaient une souche différente, appelée vaccinia, plus stable et adaptée à la production industrielle. Bien qu’appartenant à la même famille (orthopoxvirus), le vaccinia n’était plus identique ni au cow-pox ni à la variole. C’est cette souche qui fut utilisée dans les campagnes d’éradication des années 1960–1970.Origines du vaccinia :Le vaccinia n’a pas d’inventeur unique : il est issu d’une évolution progressive et involontaire. À partir des années 1870–1880, des producteurs en France, en Allemagne et aux États-Unis perfectionnent l’élevage sur veaux, favorisant sa sélection et sa stabilisation.Parmi les figures notables :• Louis Pasteur et ses collaborateurs, qui ont industrialisé la production de vaccins sur animaux (surtout pour la rage et le charbon).• L’Institut Pasteur à Paris et les laboratoires municipaux allemands, qui ont standardisé les techniques et les souches vaccinales.