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A la musique
WangChuqin
Created on March 17, 2025
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Transcript
A la musique
Arthur Rimbaud
Sur la place taillée en mesquines pelouses, Square où tout est correct, les arbres et les fleurs, Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses. – L’orchestre militaire, au milieu du jardin, Balance ses schakos dans la Valse des fifres : Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ; Le notaire pend à ses breloques à chiffres. Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs : Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames Auprès desquelles vont, officieux cornacs, Celles dont les volants ont des airs de réclames ;
Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraitésQui tisonnent le sable avec leur canne à pomme, Fort sérieusement discutent les traités, Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… » Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins, Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande, Savoure son onnaing d’où le tabac par brins Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; – Le long des gazons verts ricanent les voyous ; Et, rendus amoureux par le chant des trombones, Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…
– Moi, je suis, débraillé comme un étudiant, Sous les marronniers verts les alertes fillettes : Elles le savent bien ; et tournent en riant, Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes. Je ne dis pas un mot : je regarde toujours La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles : Je suis, sous le corsage et les frêles atours, Le dos divin après la courbe des épaules. J’ai bientôt déniché la bottine, le bas… – Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres. Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas… – Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…
Sur la place bordée de multiples bistrots Square où tout est chaleureux, les bars et les auberges, Tous les fêtards souls que fait fermenter le vin, Portent, de nuit comme de jour, leur bouteille à la main. Les chants des buveurs, au milieu de la place, Balancent, aux passants, de belles paroles : Autour luisent les grandes flaques de vomi ; Que devra nettoyer, le garde champêtre . Les plus investis en débouchent une autre : Les plus courageux demandent à leur épouse De ramener une douzaine de bouteilles, Celles dont les bouchons s’apprêtent à sauter.
Sur les tables en bois, des concours de jeu à boire, Un homme au gros nez rouge, bedaine tombante, Vide son verre, pour se resservir mais cette fois Avec du Bordeaux, -Vous savez, rien de meilleur ; - Le long des gazons verts ricanent les voyous ; Et rendus amoureux par le chant des hommes ivres, Très stupides et fumant la cigarette, les jeunes Montrent leur virilité, pour enjôler les filles. -Moi, je suis soul comme tout le monde, Alors je m’approche à l’insu de mon plein gré, Des fillettes, elles me remarquent et fuient Le plus loin possible, les yeux apeurés.
Je ne dis pas un mot : je regarde toujours, Le muscles de leurs jambes qui courent très vite : Je suis d’un œil attentif, leurs silhouettes Qui ne forment plus qu’un point très lointain J’ai bientôt fini ma bouteille, la fond approche … Je m’allonge, brûlé d’une vilaine fièvre. La bouteille vide me parle tout bas… -«Rempli moi d’abord puis tu pourras dormir »