en écho : arts du fragment et autres liens
Quel spectacle ?
visiter le site de la compagnie (+ teaser)
Fiche péda
le site de Valérie Mréjen
L'AGRUME
extraits
activités d'expression
Extraits
La veille d'un jour passé, il m'avait dit qu'il m'appellerait. J'ai attendu. Je n'osais pas sortir. J'avais peur qu'il raccroche en trouvant le répondeur. Je suis restée chez moi, j'ai patienté non loin du téléphone en pleurant d'impatience. Il s'est mis à faire nuit. Je n'avais fait qu'attendre et espérer toute la journée. Peut-être était-il arrivé quelque chose ? (Je me disais cela pour ne pas l'accuser.) Je l'ai appelé vers neuf heures dix. Puis vers neuf heures et quart. Tout à coup, il venait de rentrer. Il m'a dit : on est allés voir une exposition au Jeu de Paume. Il parlait gentiment mais avec une voix ferme. Il m'a promis de rappeler plus tard.
Une autre fois, nous avions rendez-vous et je l'ai attendu. Il avait pris sa voiture, mais au moment d'acheter de l'essence, un type l'avait agressé en donnant un coup de poing sur le toit de sa Honda. Bruno avait répondu calmement et proposé de s'arranger à l'amiable. Le type, qui ne l'entendait pas de cette oreille, avait pris un gros caillou pour rayer sa peinture. Bruno voulut rester courtois mais c'était très dur de discuter avec un fou. Il gesticulait dans tous les sens avec l'air de chercher la bagarre. Bruno essaya encore de ne pas l'énerver mais il obtint l'effet contraire. L'autre lui demanda plein de mépris s'il se prenait pour Zorro. Si bien qu'il finit par retourner chez lui écœuré, préférant rentrer qu'arriver en retard.
Nous étions assis sur un banc près des Halles, sous une espèce de pergola en bois. Il faisait bon. Il m'a dit je ne t'aime pas.La veille, il était arrivé une heure en retard au rendez-vous. J'étais devant la station d'essence de la porte d'Orléans à guetter les 4 L en espérant qu'il vienne. Il a fini par apparaître. J'avais envie de faire la tête mais la gaieté de le voir annulait tout. Ce n'était pas le moment de faire une remarque : déjà qu'il ne m'aimait pas beaucoup. J'ai juste relevé son manque de ponctualité sur le ton de la plaisanterie.
Bruno gardait des oranges et des citrons qu'il mettait à moisir. Il s'étonnait après d'être envahi par les mouches. Au téléphone, il s'écriait tout le temps : Ah ! en voilà une ! Je ne sais pas d'où elles sortent ! Elles sont endormies ! Ilessayait de les attraper mais elles étaient trop molles. Ça le rendait hystérique. Jusqu'au jour où il comprit qu'elles venaient pour les fruits : c'étaient des drosophiles. Une fois, il avait oublié un reste de couscous dans une cocotte minute avant de s'en aller trois jours. C'était moisi à son retour. Je me disais : comme il est attendrissant. Il a la tête ailleurs. Je trouvais les drosophiles attendrissantes.
Il faisait un cérémonial de tout. Ouvrir le sac en papier des croissants, nettoyer ses verres correcteurs, verser du thé. Il aimait surtout défaire les emballages avec mille précautions. Il attrapait le papier de soie du bout des doigts et effectuait un mouvement du milieu vers les bords. Il aurait pu manipuler du gros carton comme si c'était un coquelicot pour la beauté du geste.D'ailleurs, la première fois que je l'ai revu, il m'avait parlé d'une vidéo dans laquelle Paul-Armand Gette tripotait un nénuphar en plastique. Il m'avait mimé le mouvement répétitif des doigts dans le salon de thé de la rue Racine. Nous dégustions du strudel. Son histoire m'avait fait rougir. Ça m'avait complètement séduite.
Je ne pouvais pas voir ces images. À Rome, elles étaient présentées dans une galerie. J'essayais de formuler mon dégoût mais il était si sûr de lui qu'on ne pouvait pas parler du tout. Ses arguments étaient de marbre. Il citait toujours un exemple ou une phrase pour me désarçonner et me remettre à ma place. Un jour, j'ai éclaté en pleurs tellement il m'était difficile d'exprimer quoi que ce soit. Il m'a prise dans ses bras d'un air de dire pauvre fille. J'étais tout de même contente qu'il me prête son épaule : c'était toujours ça de pris. Bruno me serrait dans la rue ! Un inconnu quelconque aurait pu voir ce geste. N'importe qui ! Ça signifiait qu'il acceptait de montrer au monde comme nous étions intimes.
J'avais prévu de lui offrir une surprise dans le RER du retour, mais il fallait faire vite avant d'arriver à Châtelet. Je guettais le meilleur moment pour lui donner. Il valait mieux éviter les arrêts, les ouvertures de portes, les montées,les annonces au micro… Cela ne pouvait avoir lieu qu'au milieu d'un tunnel.Je tendis mon trousseau. C'étaient les clés de chez moi, pour qu'il puisse venir n'importe quand et qu'il soit comme chez lui.Il rit d'un air embarrassé. Il les mit dans sa poche. Le haut de son pantalon à pinces bouffait à cause de la posture assise.Nous ne fîmes pas de commentaires. Il avait l'air de se demander pourquoi je lui donnais un double. J'eus l'impression d'avoir gaffé.
Il possédait un Leica. Au cours d'un rendez-vous, il prit quelques photos, dont celle de deux sacs en plastique légèrement transparents. Il s'émouvait de la beauté des choses avec un réel enthousiasme. De la crème de lait à lasurface d'une tasse, d'un bouchon de lavabo durci et craquelé, d'une tache de moisi sur un fruit, il disait c'est beau en les pointant du doigt. Un jour que nous étions chez la sœur d'un ami, il aperçut une soupape de cocotte près des plaques de cuisson. Il la prit entre le pouce et l'index et loua ses qualités plastiques, sans mesurer la surprise de notre hôte. Il fit encore une ou deux remarques, étonné de ne pas rencontrer chez nous plus d'écho.
Expressions
Réécrire en changeant de point de vue
Impro : visite guidée
Écritures du fragment
Deux volontaires quittent le plateau pour devenir guide et visiteur du musée. Le meneur annonce un thème aux autres participants (au cinéma, dans la cour, un titre d’œuvre ou de roman… possibilité de mettre en lien avec la pièce qui sera étudiée ensuite). Les participants ont alors 45 secondes pour former un « tableau » pour illustrer ce thème.Le guide et sont visiteur reviennent et le guide présente le tableau en s’appuyant sur l’analyse de sa composition, le visiteur pose des questions.Variante à ajouter ensuite : au signal du meneur, le tableau prend vie pour 3 secondes puis revient à sa position initiale (GIF animé), d’abord silencieusement puis avec le bruit.
1. Réécrivez l'une des scènes du corpus d'extrait ou du spectacle en vous mettant à la place d'un autre personnage présent : Bruno lui-même, un ami du personnage principal, l'hôte... 2. Jouer et développer l'une des scènes racontées avec les personnages présents, en ajoutant les répliques manquantes
1. Rendre compte d’une relation, faire un portrait fictif ou réel à partir d’une écriture fragmentaire (anecdotes, événements, objets…). Essayer de recréer un personnage cohérent à partir d'éléments isolés. 2. arts pla / français : rendre compte de ce portrait de manière plastique par une accumulation d’objets (voir autoportrait robot Arman dans les liens prosposés)
Liens
écritures du fragment...
Annie Ernaux, Journal du dehors, 1996
Fatima Daas, La Petite dernière, 2020
George Pérec, Je me souviens, 1978
Je m’appelle Fatima.Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam.Je porte un nom auquel il faut rendre honneur.Un nom qu’il ne faut pas « salir », comme on dit chez moi.Chez moi, salir, c’est déshonorer. Wassekh, en arabealgérien.On dit darja, darija, pour dire dialecte. Wassekh : salir, foutre la merde, noircir. C’est comme « se rapprocher » en français, c’est polysémique. Ma mère utilisait le même mot pour me dire que j’avais sali mes vêtements, le même mot quand elle rentrait à la maison et qu’elle trouvait son Royaume enmauvais état. Son Royaume : la cuisine.Là où l’on ne pouvait pas mettre les pieds ni la main.
Sur le mur du parking couvert de la gare R.E.R. il y a écrit DÉMENCE. Plus loin, sur le même mur, JE T'AIME ELSA et' IF YOUR CHILDREN ARE HAPPY THEY ARE COMUNISTS. Ce soir, dans le quartier des Linandes, une femme est passée sur une civière tenue par deux pompiers. Elle était en position surélevée, presque assise, tranquille, les cheveux gris, entre cinquante et soixante ans. Une couverture cachait ses jambes et la moitié du corps. Une petite fille a dit à une autre, « il y avait du sang sur son drap ». Mais il n'y avait pas de drap sur la femme. Elle a ainsi traversé la place piétonne des Linandes comme une reine au milieu des gens qui allaient faire leurs courses à Franprix, desenfants qui jouaient, jusqu'à la voiture des pompiers, sur le parking. Il était cinq heures et demie, il faisait clair et froid. Venue du haut d'un immeuble qui borde la place, une voix a crié « Rachid Rachid » J'ai mis mes courses dans le coffre de ma voiture. Le ramasseur de caddies était adossé au mur du passage qui conduit du parking à la place. Il avait un blazer bleu et toujours le même pantalon gris tombant sur de grosses chaussures...
2. Je me souviens que mon oncle avait une 11CV immatriculée 7070 RL2. 185. Je me souviens de la « balle aux prisonniers », dans la cour de l'école, à la récréation. 125. Je me souviens que Khrouchtcheva frappé avec sa chaussurela tribune de l’O.N.U. 177. Je me souviens de Youri Gagarine. 346. Je me souviens de la "Pile Wonder ne s'use que si l'on s'en sert". 451. Je me souviens de Robert Mitchum quand il dit "Children..." dans le film de Charles Laughton, La nuit du chasseur.
« Invariablement le fragment postule une totalité perdue », Pierre Garrigues, Poétiques du fragment, 1995
Liens
(se) donner à voir...
Que révèlent ces portraits des personnes représentées ?
sans mentir ? autoportrait, autodérision
Liens
Fab Caro, Le Discours, 2018
Marjane Satrapi, Persepolis, 2000
Clémentine Gras, 365 portraits sans visage, 2014
Le jour de mon premier rendez-vous avec Sonia, j'étais si stressé que j'avais préparé une liste de thèmes de discussion. L'éventualité d'un blanc me tétanisait, un silence qui s'invite à un premier rendez-vous me semblait synonyme de débâcle, il signifiait ça ne colle pas, vous deux c'est pas possible, en réalité vous n'avez pas tant de points communs que ça. J'avais la sensation de passer un oral décisif. J'avais donc pris une feuille et commencé à noter des thèmes en vrac, me fondant sur des sujets qu'on avait abordés par messagerie, pour pouvoir les recaser l'air de rien, entre deux gorgées de bière, le plus naturellement du monde, comme un interlocuteur passionnant et passionné pour qui la repartie serait une seconde nature.J'avais révisé durant le trajet en voiture, manquant même de griller un feu rouge, et avais glissé la feuille pliée en deux dans ma poche, juste avant d'arriver au rendez-vous. Si j'avais un trou de mémoire, je pourrais toujours aller aux toilettes relire mes antisèches.
Francis Bacon, "Autoportrait", 1961
Giorgio de Chirico "Autoportrait", 1954
Et je réalise tout à coup l’incongruité de ma ponctuation : pourquoi un point d’exclamation à la fin de bisous ? Pourquoi cet emballement soudain ? Ce point d’exclamation délivre un message inverse à celui souhaité : ce point d’exclamation est une demande, une supplique, un cri de douleur, il mendie une réponse, il quémande de l’amour, c’est de la ponctuation de genou à terre, il hurle Sonia, bordel, qu’est ce que tu fous ! Réponds-moi ! Tu vois pas que je suis malade de chagrin, que je n’y arrive pas sans toi, que tout est vide et fade et sans le moindre sens. Il se veut festif et léger mais il n’est que larmoyant et inquiet.
Sophie Calle, Hotel, Chambre 26
Sophie Calle, chambre 43, 28 février, série Hôtel - 1981
Marjane Satrapi, Persepolis, 2000
l'agrume
Théâtre Auxerre
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Fiche péda
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L'AGRUME
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Extraits
La veille d'un jour passé, il m'avait dit qu'il m'appellerait. J'ai attendu. Je n'osais pas sortir. J'avais peur qu'il raccroche en trouvant le répondeur. Je suis restée chez moi, j'ai patienté non loin du téléphone en pleurant d'impatience. Il s'est mis à faire nuit. Je n'avais fait qu'attendre et espérer toute la journée. Peut-être était-il arrivé quelque chose ? (Je me disais cela pour ne pas l'accuser.) Je l'ai appelé vers neuf heures dix. Puis vers neuf heures et quart. Tout à coup, il venait de rentrer. Il m'a dit : on est allés voir une exposition au Jeu de Paume. Il parlait gentiment mais avec une voix ferme. Il m'a promis de rappeler plus tard.
Une autre fois, nous avions rendez-vous et je l'ai attendu. Il avait pris sa voiture, mais au moment d'acheter de l'essence, un type l'avait agressé en donnant un coup de poing sur le toit de sa Honda. Bruno avait répondu calmement et proposé de s'arranger à l'amiable. Le type, qui ne l'entendait pas de cette oreille, avait pris un gros caillou pour rayer sa peinture. Bruno voulut rester courtois mais c'était très dur de discuter avec un fou. Il gesticulait dans tous les sens avec l'air de chercher la bagarre. Bruno essaya encore de ne pas l'énerver mais il obtint l'effet contraire. L'autre lui demanda plein de mépris s'il se prenait pour Zorro. Si bien qu'il finit par retourner chez lui écœuré, préférant rentrer qu'arriver en retard.
Nous étions assis sur un banc près des Halles, sous une espèce de pergola en bois. Il faisait bon. Il m'a dit je ne t'aime pas.La veille, il était arrivé une heure en retard au rendez-vous. J'étais devant la station d'essence de la porte d'Orléans à guetter les 4 L en espérant qu'il vienne. Il a fini par apparaître. J'avais envie de faire la tête mais la gaieté de le voir annulait tout. Ce n'était pas le moment de faire une remarque : déjà qu'il ne m'aimait pas beaucoup. J'ai juste relevé son manque de ponctualité sur le ton de la plaisanterie.
Bruno gardait des oranges et des citrons qu'il mettait à moisir. Il s'étonnait après d'être envahi par les mouches. Au téléphone, il s'écriait tout le temps : Ah ! en voilà une ! Je ne sais pas d'où elles sortent ! Elles sont endormies ! Ilessayait de les attraper mais elles étaient trop molles. Ça le rendait hystérique. Jusqu'au jour où il comprit qu'elles venaient pour les fruits : c'étaient des drosophiles. Une fois, il avait oublié un reste de couscous dans une cocotte minute avant de s'en aller trois jours. C'était moisi à son retour. Je me disais : comme il est attendrissant. Il a la tête ailleurs. Je trouvais les drosophiles attendrissantes.
Il faisait un cérémonial de tout. Ouvrir le sac en papier des croissants, nettoyer ses verres correcteurs, verser du thé. Il aimait surtout défaire les emballages avec mille précautions. Il attrapait le papier de soie du bout des doigts et effectuait un mouvement du milieu vers les bords. Il aurait pu manipuler du gros carton comme si c'était un coquelicot pour la beauté du geste.D'ailleurs, la première fois que je l'ai revu, il m'avait parlé d'une vidéo dans laquelle Paul-Armand Gette tripotait un nénuphar en plastique. Il m'avait mimé le mouvement répétitif des doigts dans le salon de thé de la rue Racine. Nous dégustions du strudel. Son histoire m'avait fait rougir. Ça m'avait complètement séduite.
Je ne pouvais pas voir ces images. À Rome, elles étaient présentées dans une galerie. J'essayais de formuler mon dégoût mais il était si sûr de lui qu'on ne pouvait pas parler du tout. Ses arguments étaient de marbre. Il citait toujours un exemple ou une phrase pour me désarçonner et me remettre à ma place. Un jour, j'ai éclaté en pleurs tellement il m'était difficile d'exprimer quoi que ce soit. Il m'a prise dans ses bras d'un air de dire pauvre fille. J'étais tout de même contente qu'il me prête son épaule : c'était toujours ça de pris. Bruno me serrait dans la rue ! Un inconnu quelconque aurait pu voir ce geste. N'importe qui ! Ça signifiait qu'il acceptait de montrer au monde comme nous étions intimes.
J'avais prévu de lui offrir une surprise dans le RER du retour, mais il fallait faire vite avant d'arriver à Châtelet. Je guettais le meilleur moment pour lui donner. Il valait mieux éviter les arrêts, les ouvertures de portes, les montées,les annonces au micro… Cela ne pouvait avoir lieu qu'au milieu d'un tunnel.Je tendis mon trousseau. C'étaient les clés de chez moi, pour qu'il puisse venir n'importe quand et qu'il soit comme chez lui.Il rit d'un air embarrassé. Il les mit dans sa poche. Le haut de son pantalon à pinces bouffait à cause de la posture assise.Nous ne fîmes pas de commentaires. Il avait l'air de se demander pourquoi je lui donnais un double. J'eus l'impression d'avoir gaffé.
Il possédait un Leica. Au cours d'un rendez-vous, il prit quelques photos, dont celle de deux sacs en plastique légèrement transparents. Il s'émouvait de la beauté des choses avec un réel enthousiasme. De la crème de lait à lasurface d'une tasse, d'un bouchon de lavabo durci et craquelé, d'une tache de moisi sur un fruit, il disait c'est beau en les pointant du doigt. Un jour que nous étions chez la sœur d'un ami, il aperçut une soupape de cocotte près des plaques de cuisson. Il la prit entre le pouce et l'index et loua ses qualités plastiques, sans mesurer la surprise de notre hôte. Il fit encore une ou deux remarques, étonné de ne pas rencontrer chez nous plus d'écho.
Expressions
Réécrire en changeant de point de vue
Impro : visite guidée
Écritures du fragment
Deux volontaires quittent le plateau pour devenir guide et visiteur du musée. Le meneur annonce un thème aux autres participants (au cinéma, dans la cour, un titre d’œuvre ou de roman… possibilité de mettre en lien avec la pièce qui sera étudiée ensuite). Les participants ont alors 45 secondes pour former un « tableau » pour illustrer ce thème.Le guide et sont visiteur reviennent et le guide présente le tableau en s’appuyant sur l’analyse de sa composition, le visiteur pose des questions.Variante à ajouter ensuite : au signal du meneur, le tableau prend vie pour 3 secondes puis revient à sa position initiale (GIF animé), d’abord silencieusement puis avec le bruit.
1. Réécrivez l'une des scènes du corpus d'extrait ou du spectacle en vous mettant à la place d'un autre personnage présent : Bruno lui-même, un ami du personnage principal, l'hôte... 2. Jouer et développer l'une des scènes racontées avec les personnages présents, en ajoutant les répliques manquantes
1. Rendre compte d’une relation, faire un portrait fictif ou réel à partir d’une écriture fragmentaire (anecdotes, événements, objets…). Essayer de recréer un personnage cohérent à partir d'éléments isolés. 2. arts pla / français : rendre compte de ce portrait de manière plastique par une accumulation d’objets (voir autoportrait robot Arman dans les liens prosposés)
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Annie Ernaux, Journal du dehors, 1996
Fatima Daas, La Petite dernière, 2020
George Pérec, Je me souviens, 1978
Je m’appelle Fatima.Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam.Je porte un nom auquel il faut rendre honneur.Un nom qu’il ne faut pas « salir », comme on dit chez moi.Chez moi, salir, c’est déshonorer. Wassekh, en arabealgérien.On dit darja, darija, pour dire dialecte. Wassekh : salir, foutre la merde, noircir. C’est comme « se rapprocher » en français, c’est polysémique. Ma mère utilisait le même mot pour me dire que j’avais sali mes vêtements, le même mot quand elle rentrait à la maison et qu’elle trouvait son Royaume enmauvais état. Son Royaume : la cuisine.Là où l’on ne pouvait pas mettre les pieds ni la main.
Sur le mur du parking couvert de la gare R.E.R. il y a écrit DÉMENCE. Plus loin, sur le même mur, JE T'AIME ELSA et' IF YOUR CHILDREN ARE HAPPY THEY ARE COMUNISTS. Ce soir, dans le quartier des Linandes, une femme est passée sur une civière tenue par deux pompiers. Elle était en position surélevée, presque assise, tranquille, les cheveux gris, entre cinquante et soixante ans. Une couverture cachait ses jambes et la moitié du corps. Une petite fille a dit à une autre, « il y avait du sang sur son drap ». Mais il n'y avait pas de drap sur la femme. Elle a ainsi traversé la place piétonne des Linandes comme une reine au milieu des gens qui allaient faire leurs courses à Franprix, desenfants qui jouaient, jusqu'à la voiture des pompiers, sur le parking. Il était cinq heures et demie, il faisait clair et froid. Venue du haut d'un immeuble qui borde la place, une voix a crié « Rachid Rachid » J'ai mis mes courses dans le coffre de ma voiture. Le ramasseur de caddies était adossé au mur du passage qui conduit du parking à la place. Il avait un blazer bleu et toujours le même pantalon gris tombant sur de grosses chaussures...
2. Je me souviens que mon oncle avait une 11CV immatriculée 7070 RL2. 185. Je me souviens de la « balle aux prisonniers », dans la cour de l'école, à la récréation. 125. Je me souviens que Khrouchtcheva frappé avec sa chaussurela tribune de l’O.N.U. 177. Je me souviens de Youri Gagarine. 346. Je me souviens de la "Pile Wonder ne s'use que si l'on s'en sert". 451. Je me souviens de Robert Mitchum quand il dit "Children..." dans le film de Charles Laughton, La nuit du chasseur.
« Invariablement le fragment postule une totalité perdue », Pierre Garrigues, Poétiques du fragment, 1995
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Que révèlent ces portraits des personnes représentées ?
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Marjane Satrapi, Persepolis, 2000
Clémentine Gras, 365 portraits sans visage, 2014
Le jour de mon premier rendez-vous avec Sonia, j'étais si stressé que j'avais préparé une liste de thèmes de discussion. L'éventualité d'un blanc me tétanisait, un silence qui s'invite à un premier rendez-vous me semblait synonyme de débâcle, il signifiait ça ne colle pas, vous deux c'est pas possible, en réalité vous n'avez pas tant de points communs que ça. J'avais la sensation de passer un oral décisif. J'avais donc pris une feuille et commencé à noter des thèmes en vrac, me fondant sur des sujets qu'on avait abordés par messagerie, pour pouvoir les recaser l'air de rien, entre deux gorgées de bière, le plus naturellement du monde, comme un interlocuteur passionnant et passionné pour qui la repartie serait une seconde nature.J'avais révisé durant le trajet en voiture, manquant même de griller un feu rouge, et avais glissé la feuille pliée en deux dans ma poche, juste avant d'arriver au rendez-vous. Si j'avais un trou de mémoire, je pourrais toujours aller aux toilettes relire mes antisèches.
Francis Bacon, "Autoportrait", 1961
Giorgio de Chirico "Autoportrait", 1954
Et je réalise tout à coup l’incongruité de ma ponctuation : pourquoi un point d’exclamation à la fin de bisous ? Pourquoi cet emballement soudain ? Ce point d’exclamation délivre un message inverse à celui souhaité : ce point d’exclamation est une demande, une supplique, un cri de douleur, il mendie une réponse, il quémande de l’amour, c’est de la ponctuation de genou à terre, il hurle Sonia, bordel, qu’est ce que tu fous ! Réponds-moi ! Tu vois pas que je suis malade de chagrin, que je n’y arrive pas sans toi, que tout est vide et fade et sans le moindre sens. Il se veut festif et léger mais il n’est que larmoyant et inquiet.
Sophie Calle, Hotel, Chambre 26
Sophie Calle, chambre 43, 28 février, série Hôtel - 1981
Marjane Satrapi, Persepolis, 2000