La chronologie
La chronologie
1944
18 avril 1944
Naissance de Marcel Amphoux à Gap dans les Hautes-Alpes.
8 octobre 1969
Naissance de Sandrine Devillard à Les Pavillons-Sous-Bois en Seine-Saint-Denis.
1998
2000
Sandrine Devillard ouvre son premier salon de massage érotique (peep show) à Paris.
Novembre 2001
Sandrine Devillard est condamnée par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d’amende pour « exécution de travail dissimulé ».
2003
Sandrine Devillard se marie religieusement en Algérie avec le père de sa fille et se convertit à l’islam.
Janvier 2005
Sandrine Devillard est interpellée par les policiers de la brigade de répression du proxénétisme à Paris. Placée en garde à vue puis mise en examen « pour proxénétisme aggravé », elle est incarcérée quelques semaines au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis puis laissée libre sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès.
2 octobre 2007
Sandrine Devillard est finalement condamnée par le tribunal correctionnel de Paris pour « tolérance habituelle de la prostitution » à 6 mois de prison avec sursis et 12 000 euros d’amende. Une peine en deçà des réquisitions du parquet qui avait demandé 24 mois de prison dont 18 mois assortis de sursis et 30000 euros d’amende.
Décembre 2009
Sandrine Devillard découvre la vallée de Serre Chevalier pour la première fois au cours de vacances d’hiver avec sa fille.
Août 2010
2010
Sandrine Devillard retourne à Serre Chevalier pour des vacances d’été. Elle se rend à la ferme d’André Lajeanne à La Salle-les-Alpes pour offrir un tour de poney à sa fille. L’éleveur équin s’amourache de Sandrine et l’emmène en voiture se promener dans le Briançonnais. Vers Puy-Saint-Pierre, Sandrine Devillard et André Lajeanne croisent Marcel Amphoux, à pied sur le bord du chemin. Premier échange de regards et de mots.
Noël 2010
Sandrine Devillard revient à Serre Chevalier. Avec l’aide d’un intermédiaire, Claude A., elle décide de se rendre au domicile de Marcel Amphoux pour faire plus ample connaissance : « Je l’ai trouvé attachant, original, drôle. Comme c’était Noël, je lui
ai offert un téléphone portable pour que l’on reste en contact. Il m’a rappelée, j’étais heureuse » déclare-t-elle alors. Comme Marcel n’a pas l’électricité à son domicile, il recharge régulièrement son portable sur un caisson électrique au pied d’un lampadaire sur la voie publique.
2011
Février 2011
Premiers émois entre Marcel et Sandrine
« On a commencé à flirter, c’était une relation sentimentale réciproque. Au début, c’est vrai j’ai eu de la pitié pour Marcel et ensuite ça s’est transformé en amour. Marcel avait envie de fonder une famille, d’avoir un enfant. Je n’y étais pas opposée. On a commencé à avoir des relations sexuelles » détaille Sandrine lors d’une comparution en 2014 devant un magistrat.
11 juillet 2011
Marcel et Sandrine constituent un dossier de mariage en mairie de Briançon.
12 juillet 2011
Sandrine se rend en mairie de Briançon pour annuler le projet de mariage, opposée à son audition (et celle de Marcel) réclamée par le maire de Briançon pour vérifier le consentement des deux parties. Le même jour, Marcel et Sandrine se rendent en mairie de Puy-Saint-Pierre pour constituer un dossier de mariage en présence de l’intermédiaire Claude A. qui se présente comme « le conseiller juridique des futurs époux ».
2 août 2011
Alerté par les maires de Briançon et Puy-Saint-Pierre tous deux dubitatifs sur cette union en préparation, le procureur de la République de Gap demande à la compagnie de gendarmerie de Briançon d’enquêter sur « la réalité des intentions matrimoniales et du consentement de Marcel Amphoux » car il existerait des éléments suffisants pour faire « craindre que ce mariage ne soit pas fondé sur une véritable intention matrimoniale. »
3 septembre 2011
Le procureur de la République de Gap ayant accepté l’officialisation de cette union à l’issue de l’enquête de gendarmerie, le maire de Puy-Saint-Pierre, Jean-Marius Barnéoud, accomplit sa mission d’officier d’état civil et célèbre le mariage de Sandrine (agent immobilier, 42 ans) et de Marcel (agriculteur retraité, 67 ans). La cérémonie publique se déroule dans un climat délétère, Sandrine étant prise à partie verbalement par des habitants du village qui la conspuent et lui jettent du papier toilettes. De son côté le père Gournay, curé de Briançon, refuse de célébrer le mariage religieux estimant que cette union était « non désirée par l’une des parties, en l’occurrence Marcel. Le code de droit canon utilisé dans l’Église empêche la célébration d’un sacrement lorsque le consentement n’est pas explicitement exprimé ».
Novembre 2011
Après le mariage, Sandrine reste à Paris au motif que le domicile de Marcel Amphoux à Briançon, dépourvu d’eau courante, d’électricité, de salle de bains, de WC, serait insalubre. Pour remédier à cette situation, le couple s’attache les services d’un avocat pour faire expulser les occupants des maisons de Marcel à Puy-Saint-Pierre, avec l’idée d’y établir leur foyer.
2012
Avril 2012
Sandrine se lance dans une tournée médiatique et artistique : Dauphiné Libéré, France 2, M6… elle veut faire taire les mauvaises langues en déballant publiquement sa vie personnelle, sentimentale, intime. Dans le même temps, elle diffuse sur Internet une chanson, "L’appel du soleil" et fait appel à une équipe de production marseillaise pour en tourner le clip vidéo à Puy-Saint-Pierre. Les images sont visionnées 1,5 million de fois sur la plateforme YouTube. Mais, selon un document fourni par les services juridiques de la Sacem à la Brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Briançon, cette œuvre aurait été déposée auprès de l’organisme chargé de la gestion des droits d’auteur le 9 avril 2002. Soit dix avant la love story entre Marcel et Sandrine.
29 mai 2012
André Lajeanne, éleveur d’ânes et de chevaux, décède après avoir été écrasé par le tracteur qu’il conduisait. Dans un champ surplombant la rue de la Guisane à La-Salle-les-Alpes, l’engin et sa remorque se sont renversés. « C’est un gros coup dur pour moi. André était le seul à prendre ma défense contre les amis de ma femme » commente Marcel.
Octobre 2012
Marcel demande à son avocat un mandat étonnant : faire annuler son propre mariage. Il reproche à sa femme de lui avoir confisqué et démonté son tracteur.
15 novembre 2012
Marcel rédige un testament au dos d’une facture : « À ma mort je lègue mes maisons à leurs occupants actuels et rien à ma femme. Signé Amphoux ».
28 novembre 2012
Décès de Marcel Amphoux
À la suite d’un accident de voiture, Marcel Amphoux décède au centre hospitalier des Escartons à Briançon où il a été transporté en urgence absolue par les sapeurs-pompiers. Au moment de l’accident, Marcel se trouve assis sur le siège passager d’un véhicule conduit par l’homme qui l’a présenté en 2010 à Sandrine, Claude A. Dans le dernier lacet de la RD 185 avant l’église de Puy-Saint-Pierre, la voiture a chuté dans le ravin sur 80 mètres. Ce jour-là, Sandrine est chez elle à Paris.
3 décembre 2012
Les obsèques de Marcel Amphoux sont célébrées à l’église de Puy-Saint-Pierre ; le défunt est enterré dans le cimetière de la commune.
2013
Mai 2013
Un testament ? Le bout de papier qui change tout
L’un des locataires de Marcel Amphoux trouve un bout de papier dans une boîte en plastique sur lequel Marcel a griffonné ses dernières volontés. Ce bout de papier a-t-il valeur de testament ? Sans descendance, Marcel est alors l’unique propriétaire de quatre vieilles maisons à Briançon et Puy-Saint-Pierre et de terres agricoles d’une valeur totale estimée à 1,5 million d’euros.
30 mai 2013
Claude A. comparaît pour homicide involontaire devant le tribunal correctionnel de Gap. C’est lui qui conduisait la voiture dans laquelle Marcel a trouvé la mort. Le procureur de la République de Gap requiert six mois de prison avec sursis.
27 juin 2013
Le tribunal correctionnel de Gap relaxe Claude A. de toutes les charges qui pèsent contre lui. Le juge considère que le conducteur ne peut être tenu pénalement responsable de l’accident imputable au brouillard et à la pluie.
Janvier 2014
Sandrine Devillard conteste l’authenticité du testament et dépose plainte pour « abus de faiblesse », « escroquerie », « faux » mais le procureur de la République de Gap classe l’enquête sans suite.
Mai 2014
Sandrine Devillard maintient sa plainte pour « abus de faiblesse », « escroquerie », « faux » et se constitue partie civile. Une information judiciaire est ouverte et un juge d’instruction se saisit du dossier.
13 juillet 2015
L’expert en graphologie mandaté par la juge d’instruction délivre ses conclusions sur la rédaction du testament de Marcel : « L’écriture n’est pas contrefaite mais naturelle et spontanée. Les études et analyses mettent en évidence des similitudes suffisamment nombreuses pour permettre de conclure que ce testament et les pièces de comparaisons sont de la main d’un seul et même scripteur ». À savoir, Marcel Amphoux.
16 décembre 2016
La juge d’instruction referme l’information judiciaire et rend une ordonnance de non-lieu. Sandrine fait appel.
2017
23 mars 2017
Le tribunal correctionnel de Gap condamne Sandrine à 15 000 euros d’amende pour des travaux réalisés sans autorisation dans un chalet de Serre Chevalier acquis en co-propriété avec Claude A. En outre, la SCI qu’ils avaient constituée est condamnée à une amende de 150 000 euros.
Juillet 2017
Vide de tout occupant, la maison où vivait Marcel entre Briançon et Puy-Saint-Pierre devient un lieu d’accueil pour les migrants. Aujourd’hui encore, en 2025, la bâtisse est occupée à cet effet, en auto-gestion.
21 novembre 2017
La cour d’Appel de Grenoble confirme l’ordonnance de non-lieu dans l’enquête ouverte pour « abus de faiblesse », « escroquerie », « faux ». Déboutée, Sandrine se pourvoit en cassation.
24 janvier 2018
La cour d’appel de Paris condamne Sandrine Devillard à six mois d’emprisonnement et cinq ans d’interdiction de gérer une société pour « faux et usage de faux ». À la barre, elle avoue avoir produit des documents grossièrement falsifiés pour récupérer l’entière jouissance du chalet à Serre Chevalier dont elle est co-propriétaire avec Claude A., l’intermédiaire qui lui a fait rencontrer Marcel.
24 octobre 2018
La cour de cassation de la chambre criminelle rejette le pourvoi formé par Sandrine Devillard dans le litige immobilier qui l’oppose à Claude A. Sa condamnation pour « faux, usage de faux » est définitive.
6 mars 2019
La cour de cassation suit la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Grenoble et met fin à la procédure pénale dans l’enquête ouverte pour « abus de faiblesse », « escroquerie », « faux ». L’authenticité du testament n’est plus opposable ni attaquable, Sandrine n’a plus de voie de recours.
Septembre 2021
L'affaire éteinte, les convoitises restent
L’affaire du testament éteinte pénalement, Sandrine se tourne vers la justice civile pour faire entendre ses droits à l’héritage.
2022
Septembre 2022
Les héritiers désignés par Marcel demandent officiellement à l’administration fiscale la jouissance des legs et règlent les droits de succession en retour.
6 décembre 2022
En audience civile, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Gap confirme les droits à succession aux occupants des maisons de Marcel, au détriment de la veuve. Conformément aux souhaits du défunt mentionné dans son testament.
Juin 2023
Un arrêt de la chambre civile de la cour de cassation confirmé en octobre 2024 modifie, par jurisprudence, les règles de prescription de délivrance des legs. Le délai de trente ans utilisé jusqu’alors est ramené à cinq ans. Or Marcel Amphoux est décédé en 2012, il y a déjà douze ans. Les légataires seraient donc empêchés par le délai de prescription pour jouir de leurs legs.
8 janvier 2024
La cour d’appel de Grenoble confirme l’irrecevabilité de la demande formulée par les occupants des maisons du défunt concernant la jouissance des legs au motif de prescription.
2025
4 février 2025
Sandrine Devillard est assignée devant le tribunal judiciaire de Grasse dans les Alpes-Maritimes à la demande des héritiers désignés par Marcel. Au cœur de cette nouvelle procédure : l’annulation du mariage à titre posthume.