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EL 8 - Cyrano de Bergerac - III,7
Camille Déruelle
Created on January 27, 2025
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Transcript
Explication linéaire n°8
« Mais ce soir, il me semble … Que je vais vous parler pour la première fois ! »
Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, 1897
Entrée dans l'extrait par la mise en scène
ROXANE.- C’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- De sorte qu’il …strangula comme rien… Les deux serpents…Orgueil et Doute. ROXANE, s’accoudant au balcon.- Ah ! c’est très bien. Mais pourquoi parlez-vous de façon peu hâtive ? Auriez-vous donc la goutte à l’imaginative ? CYRANO, tirant Christian sous le balcon, et se glissant à sa place.- Chut ! Cela devient trop difficile !… ROXANE.- Aujourd’hui… Vos mots sont hésitants. Pourquoi ? CYRANO, parlant à mi-voix, comme Christian.- C’est qu’il fait nuit, Dans cette ombre, à tâtons, ils cherchent votre oreille. ROXANE.- Les miens n’éprouvent pas difficulté pareille. CYRANO.- Ils trouvent tout de suite ? oh ! cela va de soi, Puisque c’est dans mon cœur, eux, que je les reçoi ; Or, moi, j’ai le cœur grand, vous, l’oreille petite. D’ailleurs vos mots, à vous, descendent : ils vont plus vite. Les miens montent, Madame : il leur faut plus de temps !
ROXANE, CHRISTIAN, CYRANO, d’abord caché sous le balcon […]CHRISTIAN.- Je voudrais vous parler. CYRANO, sous le balcon, à Christian.- Bien. Bien. Presque à voix basse. ROXANE.- Non ! Vous parlez trop mal. Allez-vous-en ! CHRISTIAN.- De grâce !… ROXANE.- Non ! Vous ne m’aimez plus ! CHRISTIAN, à qui Cyrano souffle ses mots.- M’accuser, - justes dieux !- De n’aimer plus …quand…j’aime plus ! ROXANE, qui allait refermer sa fenêtre, s’arrêtant.- Tiens, mais c’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- L’amour grandit bercé dans mon âme inquiète… Que ce … cruel marmot prit pour …barcelonnette ! ROXANE, s’avançant sur le balcon.- C’est mieux ! – Mais, puisqu’il est cruel, vous fûtes sot De ne pas, cet amour, l’étouffer au berceau ! CHRISTIAN, même jeu.- Aussi l’ai-je tenté, mais …tentative nulle : Ce…nouveau-né, Madame, est un petit …Hercule
ROXANE.- Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants. CYRANO.- De cette gymnastique, ils ont pris l’habitude ! ROXANE.- Je vous parle, en effet, d’une vraie altitude ! CYRANO.- Certe, et vous me tueriez si de cette hauteur Vous me laissiez tomber un mot dur sur le cœur. ROXANE, avec un mouvement.- Je descends. CYRANO, vivement.- Non ! ROXANE, lui montrant le banc qui est sous le balcon.- Grimpez sur le banc, alors, vite ! CYRANO, reculant avec effroi dans la nuit.- Non ! ROXANE.- Comment…non ? CYRANO, que l’émotion gagne de plus en plus.- Laissez un peu que l’on profite… De cette occasion qui s’offre…de pouvoir Se parler doucement, sans se voir. ROXANE.- Sans se voir ? CYRANO.- Mais oui, c’est adorable. On se devine à peine. Vous voyez la noirceur d’un long manteau qui traîne, J’aperçois la blancheur d’une robe d’été : Moi, je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté ! Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes ! Si quelquefois je fus éloquent…
ROXANE.- Vous le fûtes ! CYRANO.- Mon langage jamais jusqu’ici n’est sorti De mon vrai cœur… ROXANE.- Pourquoi ? CYRANO.- Parce que … jusqu’ici Je parlais à travers… ROXANE.- Quoi ? CYRANO.- …le vertige où tremble Quiconque est sous vos yeux !…Mais ce soir, il me semble… Que je vais vous parler pour la première fois !
Questions d'introduction
1) Commentez l'utilisation des points de suspension : que traduisent-ils ? quand cessent-ils ? Pourquoi ?
2) Cyrano est-il lui même dans cette scène ? Justifier.
3) Etudiez l'évolution du comportement de Roxane : son attitude, ses répliques, ses déplacements physiques. Remarque-t-elle que deux personnes différentes lui parlent tour à tour ?
4) Etudiez les jeux de mots employés par Cyrano, sur quels thèmes et constructions reposent-ils ?
5) Que ressent-on pour Cyrano dans cette scène ? pour Christian ? Pour répondre, étudiez notamment les registres.
Introduction
Eléments biographiques à propos d'Edmond Rostand et présentation de la pièce
Place occupée par le texte étudié dans la pièce et thème
Annonce du projet de lecture et des mouvements
Mouvements du texte & projet de lecture
Projet de lecture :
Comment les jeux de la parole et l'identité d'un autre permettent à Cyrano de révéler la vérité de son coeur ?
2e mouvement
3e mouvement
1er mouvement
Les mots d'un poète dans la bouche d'une marionnette maladroite.
Le rejet de Roxanne
Confessions masquées à coeur ouvert
texte
texte
texte
analyse
analyse
analyse
1er mouvement : Le rejet de Roxane
ROXANE, CHRISTIAN, CYRANO, d’abord caché sous le balcon[…]CHRISTIAN.- Je voudrais vous parler. CYRANO, sous le balcon, à Christian.- Bien. Bien. Presque à voix basse. ROXANE.- Non ! Vous parlez trop mal. Allez-vous-en ! CHRISTIAN.- De grâce !… ROXANE.- Non ! Vous ne m’aimez plus !
Analyse du premier mouvement
Idée : Une femme peu disposée à ce qu'on lui fasse la cour.
ROXANE, CHRISTIAN, CYRANO, d’abord caché sous le balcon[…]CHRISTIAN.- Je voudrais vous parler. CYRANO, sous le balcon, à Christian.- Bien. Bien. Presque à voix basse. ROXANE.- Non ! Vous parlez trop mal. Allez-vous-en ! CHRISTIAN.- De grâce ! … ROXANE.- Non ! Vous ne m’aimez plus !
Deux didascalies annoncent le stratagème mis en place par les deux hommes, Cyrano est donc dissimulé mais l'adverbe "d'abord" laisse sous-entendre que cette situation est amenée à évoluer. Cyrano est le metteur en scène et le souffleur, guidant Christian avec la répétition de l'adverbe et un C.C de manière donnant des conseils à son acteur à qui il conseille de chuchoter.
Christian a échoué précédemment à séduire Roxane, précieuse, par la parole, il revient donc la supplier de l'écouter et de lui offrir une seconde change avec l'emploi d'un conditionnel présent et la supplication.
L'attitude de Roxane est particulièrement froide et distante, elle multiplie les formes de négation, les tournures exclamatives qui traduisent sa colère et elle le chasse avec un impératif. Ses répliques sont très brèves. Elle incrimine sa maîtrise de la parole désastreuse avec l'adverbe "trop mal" et associe son manque d'éloquence à la force de son amour avec la négation partielle qui entoure le verbe.
2e mouvement : Les mots d'un poète dans la bouche d'une marionnette maladroite
CHRISTIAN, à qui Cyrano souffle ses mots.- M’accuser, - justes dieux !- De n’aimer plus …quand…j’aime plus ! ROXANE, qui allait refermer sa fenêtre, s’arrêtant.- Tiens, mais c’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- L’amour grandit bercé dans mon âme inquiète… Que ce … cruel marmot prit pour … barcelonnette ! ROXANE, s’avançant sur le balcon.- C’est mieux ! – Mais, puisqu’il est cruel, vous fûtes sot De ne pas, cet amour, l’étouffer au berceau ! CHRISTIAN, même jeu.- Aussi l’ai-je tenté, mais …tentative nulle : Ce…nouveau-né, Madame, est un petit …Hercule ROXANE.- C’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- De sorte qu’il …strangula comme rien… Les deux serpents…Orgueil et Doute. ROXANE, s’accoudant au balcon.- Ah ! c’est très bien. Mais pourquoi parlez-vous de façon peu hâtive ? Auriez-vous donc la goutte à l’imaginative ?
Analyse du deuxième mouvement
Idée : Une éloquence capable de séduire une précieuse
CHRISTIAN, à qui Cyrano souffle ses mots.- M’accuser, - justes dieux !- De n’aimer plus …quand…j’aime plus ! ROXANE, qui allait refermer sa fenêtre, s’arrêtant.- Tiens, mais c’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- L’amour grandit bercé dans mon âme inquiète… Que ce … cruel marmot prit pour … barcelonnette ! ROXANE, s’avançant sur le balcon.- C’est mieux ! – Mais, puisqu’il est cruel, vous fûtes sot De ne pas, cet amour, l’étouffer au berceau ! CHRISTIAN, même jeu.- Aussi l’ai-je tenté, mais …tentative nulle : Ce…nouveau-né, Madame, est un petit …Hercule ROXANE.- C’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- De sorte qu’il …strangula comme rien… Les deux serpents…Orgueil et Doute. ROXANE, s’accoudant au balcon.- Ah ! c’est très bien. Mais pourquoi parlez-vous de façon peu hâtive ? Auriez-vous donc la goutte à l’imaginative ?
Plusieurs didascalies signalent la mise en scène des deux hommes : Cyrano, qui sait parler avec éloquence contrairement à Christian, fait se faire souffleur et Christian, perroquet. Toutefois, les très nombreux points de suspension qui scandent les phrases et les hachent montrent que cette technique atteint vite ses limites.Roxane le signale avec deux questions avec le C.C de manière et le trait d'esprit qui montre qu'elle prend goût à ce jeu verbal avec Christian (le spectateur sait qu'elle joue en réalité avec Cyrano).
Cyrano, à travers la bouche de Christian, va immédiatement faire preuve de l'éloquence et de la maîtrise verbale attendue par Roxane en multipliant les figures : il joue d'abord sur l'homophonie et le parallélisme qui rend omniprésent le verbe "aimer" en reprenant l'accusation précédente de la jeune femme. Il introduit la métaphore filée de l'enfant, en en faisant l'allégorie de son amour puis utilise avec lyrisme le recours à une référence mythologique qui va séduire Roxane en faisant de son amour un demi-dieu à la force remarquable. Il emploie un langage sophistiqué "strangula" et poursuit l'allégorie en évoquant les deux serpents qui allégoriquement représentent les obstacles à cet amour qui ont été vaincus.
Le lyrisme de Cyrano et sa maîtrise des mots permettent d'attiser la curiosité de Roxane "Tiens" puis d'emporter son adhésion comme le montre ses commentaires la répétition de ses encouragements en gradation. Les didascalies signalent également ce rapprochement par ses mouvements puisqu'elle alors qu'elle s'apprêtait à partir, elle avance sur le balcon puis s'y installe afin de participer pleinement au jeu. Sa participation est notable par la métaphore filée de l'enfant initiée par Cyrano qu'elle réutilise afin de mettre son amour à l'épreuve.
3e mouvement : Confessions masquées à coeur ouvert
CYRANO, tirant Christian sous le balcon, et se glissant à sa place.- Chut ! Cela devient trop difficile !… ROXANE.- Aujourd’hui… Vos mots sont hésitants. Pourquoi ? CYRANO, parlant à mi-voix, comme Christian.- C’est qu’il fait nuit, Dans cette ombre, à tâtons, ils cherchent votre oreille. ROXANE.- Les miens n’éprouvent pas difficulté pareille. CYRANO.- Ils trouvent tout de suite ? oh ! cela va de soi, Puisque c’est dans mon cœur, eux, que je les reçoi ; Or, moi, j’ai le cœur grand, vous, l’oreille petite. D’ailleurs vos mots, à vous, descendent : ils vont plus vite. Les miens montent, Madame : il leur faut plus de temps ! ROXANE.- Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants. CYRANO.- De cette gymnastique, ils ont pris l’habitude ! ROXANE.- Je vous parle, en effet, d’une vraie altitude ! ROXANE, avec un mouvement.- Je descends. CYRANO, vivement.- Non ! ROXANE, lui montrant le banc qui est sous le balcon.- Grimpez sur le banc, alors, vite !
CYRANO, reculant avec effroi dans la nuit.- Non ! ROXANE.- Comment…non ? CYRANO, que l’émotion gagne de plus en plus.- Laissez un peu que l’on profite… De cette occasion qui s’offre…de pouvoir Se parler doucement, sans se voir. ROXANE.- Sans se voir ?CYRANO.- Mais oui, c’est adorable. On se devine à peine. Vous voyez la noirceur d’un long manteau qui traîne, J’aperçois la blancheur d’une robe d’été : Moi, je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté ! Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes ! Si quelquefois je fus éloquent… ROXANE.- Vous le fûtes ! CYRANO.- Mon langage jamais jusqu’ici n’est sorti De mon vrai cœur… ROXANE.- Pourquoi ? CYRANO.- Parce que … jusqu’ici Je parlais à travers… ROXANE.- Quoi ?
CYRANO.- …le vertige où tremble Quiconque est sous vos yeux !… Mais ce soir, il me semble… Que je vais vous parler pour la première fois !
Analyse du troisième mouvement
CYRANO, tirant Christian sous le balcon, et se glissant à sa place.- Chut ! Cela devient trop difficile !… ROXANE.- Aujourd’hui… Vos mots sont hésitants. Pourquoi ? CYRANO, parlant à mi-voix, comme Christian.- C’est qu’il fait nuit, Dans cette ombre, à tâtons, ils cherchent votre oreille. ROXANE.- Les miens n’éprouvent pas difficulté pareille. CYRANO.- Ils trouvent tout de suite ? oh ! cela va de soi, Puisque c’est dans mon cœur, eux, que je les reçoi ; Or, moi, j’ai le cœur grand, vous, l’oreille petite. D’ailleurs vos mots, à vous, descendent : ils vont plus vite. Les miens montent, Madame : il leur faut plus de temps ! ROXANE.- Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants. CYRANO.- De cette gymnastique, ils ont pris l’habitude ! ROXANE.- Je vous parle, en effet, d’une vraie altitude !
Idée : Le souffleur, metteur en scène devient acteur de la déclaration
L'interrogation de Roxane à propos du rythme saccadé des répliques pousse Cyrano à exclure Christian et à "prendre sa place", peut-être aussi veut-il faire cette déclaration sienne, puisque c'est à ses propres mots que Roxane répond. Il va ainsi parler de ses propres sentiments en portant le masque d'un homme qui plaît par son physique (et qu'il somme de se taire : "Chut!") On peut ainsi s'interroger sur ce qui devient "difficile" : voir un autre homme déclarer son amour à celle qu'il aime ou rendre éloquent un homme qui en est incapable ?
Cyrano va habilement jutifier les hésitations dans le discours de Christian par l'émotion que provoque l'amour et par le cadre nocturne. Il va personnifier "les mots" sur lesquels se questionne Roxane en en faisant des éléments mouvants et en jouant sur la montée (Roxane à son balcon) et la descente (vers Cyrano sous le balcon). Les répliques de Cyrano se font plus longues maintenant qu'il peut parler librement et il présente un raisonnement construit avec des connecteurs logiques, des jeux sur les antithèses (montent/descendent, grand/petite) qui les comparent tous deux pour mettre en valeur Roxane et en exergue la force de son amour avec la métonymie du coeur (x2) présenté comme grand. Cyrano sert ainsi à Roxane le discours plein de galanterie, d'esprit et de déclaration d'amour qu'elle espérait de la part de Christian.
Roxane remarque non pas le changement d'interlocuteur mais le changement d'éloquence avec l'adverbe déjà utilisé auparavant pour signaler qu'elle apprécie ce revirement dans la conversation après l'échec de Christian.
Analyse du troisième mouvement
ROXANE, avec un mouvement.- Je descends. CYRANO, vivement.- Non ! ROXANE, lui montrant le banc qui est sous le balcon.- Grimpez sur le banc, alors, vite ! CYRANO, reculant avec effroi dans la nuit.- Non ! ROXANE.- Comment…non ? CYRANO, que l’émotion gagne de plus en plus.- Laissez un peu que l’on profite… De cette occasion qui s’offre…de pouvoir Se parler doucement, sans se voir. ROXANE.- Sans se voir ? CYRANO.- Mais oui, c’est adorable. On se devine à peine. Vous voyez la noirceur d’un long manteau qui traîne, J’aperçois la blancheur d’une robe d’été : Moi, je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté ! Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes ! Si quelquefois je fus éloquent… ROXANE.- Vous le fûtes !
Idée : Un cadre nocturne propice aux confessions qui ne peuvent être troublées par l'apparence physique ou la réelle identité.
Séduite par l'éloquence de son interlocuteur et génée par le volume sonore qu'impose cette distance physique, Roxane réclame un rapprochement, de manière pressante comme le prouvent la didascalie et l'adverbe. Cyrano lui oppose deux refus (on retrouve encore ce jeu sur haut/bas) l'empêchant de descendre et refusant de monter puisque cela mettrait fin à cet échange si précieux pour lui qui se voit camouflé par la nuit et en est terrifié comme en témoignent les didascalies. Les répliques de Roxane vont alors se faire de plus en plus courtes face à ce refus qu'elle ne comprend pas.
Cyrano tire à nouveau parti des actions de Roxane en proposant le cadre nocturne qui le camoufle comme occasion de lui déclarer son amour plus passionnément en usant d'un champ lexical de l'opportunité.La didadascalie et le retour des points de suspension montrent qu'il est ému par la confession de son amour fait directement à la femme qu'il aime ; il le doit à son camouflage comme le montre la négation lexicale et le vocabulaire de la dissimulation.
Cyrano, à travers une nouvelle longue réplique lyrique, fait du cadre nocturne une atmosphère de douceur propice à la déclaration. Il oppose à nouveau à travers un réseau d'antithèses son statut à celui de Roxane à travers l'évocation des tenues qui les camouflent pour se comparer et la mettre en valeur. La césure à l'hémistiche permet de les opposer avec une antithèse et un parallélisme. Tout repose également sur la vision (se devine, voyez, aperçois).Il annonce une nouvelle étape à sa déclaration et insiste sur la valeur de cet échange qu'il présente dans sa durée, courte (minutes). Avec une circonstancielle de condition qui évoque ses talents d'orateur immédiatement reprise et confirmée par Roxane avec l'attribut du sujet, il s'apprête à révéler que son discours de ce soir est bien différent de d'habitude puisqu'il est sincère et inespéré.
Analyse du troisième mouvement
CYRANO.- Mon langage jamais jusqu’ici n’est sorti De mon vrai cœur… ROXANE.- Pourquoi ? CYRANO.- Parce que … jusqu’ici Je parlais à travers… ROXANE.- Quoi ? CYRANO.- …le vertige où tremble Quiconque est sous vos yeux !… Mais ce soir, il me semble… Que je vais vous parler pour la première fois !
Idée : La vérité du langage du coeur
Roxane ne comprend pas pourquoi Cyrano affirme ne pas avoir été sincère jusqu'ici, ses répliques ne sont plus que des questions réduites au simple mot interrogatif, montrant son impatience et l'attention extrême qu'elle porte à son interlocuteur qu'elle relance.
Cyrano affirme par une négation et l'adverbe "jusqu'ici" que la situation est pour lui inédite puisque jamais il n'a pu lui confier directement la vérité de son coeur comme en témoigne l'emploi de cet adjectif et la conjonction d'opposition. Les points de suspension traduisent à nouveau son émotion. Il utilise à nouveau cet aveu pour mettre en valeur Roxane à travers le trouble qu'elle provoque chez tous les hommes hyperbolisé et justifie en réalité le motif de la dissimulation qui permet à Cyrano d'ouvrir son coeur et d'en transmettre la vérité "pour la première fois".
Conclusion
Réponse directe au projet de lecture.
Proposition d'ouverture.
L'extrait à l'étude se situe dans la septième scène du troisième acte. Christian a essayé de séduire Roxane sans l'aide de Cyrano dont il dépend habituellement. Face à un homme au langage si pauvre et à l'éloquence si déplorable, la précieuse a pris la fuite et refuse de revoir le jeune homme. Cyrano va alors voler au secours du prétendant maladroit, en les faisant s'introduire dans le jardin de Roxane et en soufflant à Christian les répliques qui sauront la séduire. Toutefois, Christian peine à répéter puisqu'il est dépourvu de tout talent d'orateur, Cyrano va alors prendre sa place. Pour la première fois, sous le masque de Christian, il va parler avec sincérité de ses sentiments à Roxane.
ROXANE, s’accoudant au balcon.- Ah ! c’est très bien. Mais pourquoi parlez-vous de façon peu hâtive ? Auriez-vous donc la goutte à l’imaginative ? CYRANO, tirant Christian sous le balcon, et se glissant à sa place.- Chut ! Cela devient trop difficile !… ROXANE.- Aujourd’hui… Vos mots sont hésitants. Pourquoi ? CYRANO, parlant à mi-voix, comme Christian.- C’est qu’il fait nuit, Dans cette ombre, à tâtons, ils cherchent votre oreille. ROXANE.- Les miens n’éprouvent pas difficulté pareille. CYRANO.- Ils trouvent tout de suite ? oh ! cela va de soi, Puisque c’est dans mon cœur, eux, que je les reçoi ; Or, moi, j’ai le cœur grand, vous, l’oreille petite. D’ailleurs vos mots, à vous, descendent : ils vont plus vite. Les miens montent, Madame : il leur faut plus de temps ! ROXANE.- Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants. CYRANO.- De cette gymnastique, ils ont pris l’habitude ! ROXANE.- Je vous parle, en effet, d’une vraie altitude ! CYRANO.- Certe, et vous me tueriez si de cette hauteur Vous me laissiez tomber un mot dur sur le cœur.
ROXANE, CHRISTIAN, CYRANO, d’abord caché sous le balcon […]CHRISTIAN.- Je voudrais vous parler. CYRANO, sous le balcon, à Christian.- Bien. Bien. Presque à voix basse. ROXANE.- Non ! Vous parlez trop mal. Allez-vous-en ! CHRISTIAN.- De grâce !… ROXANE.- Non ! Vous ne m’aimez plus ! CHRISTIAN, à qui Cyrano souffle ses mots.- M’accuser, - justes dieux !- De n’aimer plus …quand…j’aime plus ! ROXANE, qui allait refermer sa fenêtre, s’arrêtant.- Tiens, mais c’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- L’amour grandit bercé dans mon âme inquiète… Que ce … cruel marmot prit pour …barcelonnette ! ROXANE, s’avançant sur le balcon.- C’est mieux ! – Mais, puisqu’il est cruel, vous fûtes sot De ne pas, cet amour, l’étouffer au berceau ! CHRISTIAN, même jeu.- Aussi l’ai-je tenté, mais …tentative nulle : Ce…nouveau-né, Madame, est un petit …Hercule ROXANE.-C’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- De sorte qu’il …strangula comme rien… Les deux serpents…Orgueil et Doute.
On peut faire le rapprochement avec la scène 3 de l'acte III où Christian assiste, comme Camille, réduit au silence à la déclaration d'amour à un autre ou par un autre à la personne qu'il aime. On peut également faire le lien avec la scène du balcon de Roméo et Juliette de Shakespeare, dont les enjeux sont autres puisqu'elle ne fait intervenir que deux protagonistes mais dont la mise en scène est similaire.
Edmond Rostand écrit et fait jouer pour la première fois en 1897 Cyrano de Bergerac qu'il qualifie de "comédie héroïque". La pièce est particulièrement variée en genres et en registres ce qui la rend complexe à jouer. Elle rencontre pourtant immédiatement un franc succès qu'elle conserve encore aujourd'hui. Elle s'inspire très librement de la vie de l'auteur libertin du XVIIIe s, Savinien Cyrano de Bergerac. L'intrigue repose sur un triangle amoureux : Cyrano, brave, honorable, brillant orateur mais enlaidi par un nez démesuré aime sa cousine Roxane, une précieuse. Celle-ci aime et est aimée en retour de Christian qui dispose de la beauté mais est cruellement dépourvu d'un esprit nécessaire pour séduire Roxane. Cyrano va alors prêter ses talents de poète à Christian afin de la séduire au mépris de ses propres sentiments.
ROXANE, avec un mouvement.- Je descends. CYRANO, vivement.- Non ! ROXANE, lui montrant le banc qui est sous le balcon.- Grimpez sur le banc, alors, vite ! CYRANO, reculant avec effroi dans la nuit.- Non ! ROXANE.- Comment…non ? CYRANO, que l’émotion gagne de plus en plus.- Laissez un peu que l’on profite… De cette occasion qui s’offre…de pouvoir Se parler doucement, sans se voir. ROXANE.- Sans se voir ? CYRANO.- Mais oui, c’est adorable. On se devine à peine. Vous voyez la noirceur d’un long manteau qui traîne, J’aperçois la blancheur d’une robe d’été : Moi, je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté ! Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes ! Si quelquefois je fus éloquent… ROXANE.- Vous le fûtes ! CYRANO.- Mon langage jamais jusqu’ici n’est sorti De mon vrai cœur…
ROXANE, s’accoudant au balcon.- Ah ! c’est très bien. Mais pourquoi parlez-vous de façon peu hâtive ? Auriez-vous donc la goutte à l’imaginative ? CYRANO, tirant Christian sous le balcon, et se glissant à sa place.- Chut ! Cela devient trop difficile !… ROXANE.- Aujourd’hui… Vos mots sont hésitants. Pourquoi ? CYRANO, parlant à mi-voix, comme Christian.- C’est qu’il fait nuit, Dans cette ombre, à tâtons, ils cherchent votre oreille. ROXANE.- Les miens n’éprouvent pas difficulté pareille. CYRANO.- Ils trouvent tout de suite ? oh ! cela va de soi, Puisque c’est dans mon cœur, eux, que je les reçoi ; Or, moi, j’ai le cœur grand, vous, l’oreille petite. D’ailleurs vos mots, à vous, descendent : ils vont plus vite. Les miens montent, Madame : il leur faut plus de temps ! ROXANE.- Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants. CYRANO.- De cette gymnastique, ils ont pris l’habitude ! ROXANE.- Je vous parle, en effet, d’une vraie altitude !
ROXANE.- Pourquoi ? CYRANO.- Parce que … jusqu’ici Je parlais à travers… ROXANE.- Quoi ? CYRANO.- …le vertige où tremble Quiconque est sous vos yeux !…Mais ce soir, il me semble… Que je vais vous parler pour la première fois !
Dans cette scène, qui réécrit la scène du balcon de Shakespeare dans Roméo et Juliette, c'est un triangle amoureux qui intervient. Dans ce cadre nocturne propice aux confidences, Cyrano peut éclipser Christian - tout en utilisant son image tout comme Christian a utilisé son esprit - pour parler à coeur ouvert à la femme qu'il aime. Tour à tour metteur en scène, souffleur et acteur, c'est en jouant le rôle d'un autre qu'il parvient à parler sincérement. Roxane succombe à des "paroles en l'air", empreintes de poésie tandis que le spectateur est complice de cette déclaration et touché par celui qui aime passionnément mais en pourra jamais l'être en retour. Cette mise en abyme révèle le pouvoir séducteur du langage et la théâtralité inhérente à l'amour. L'extrait illustre le jeu complexe entre apparences et vérité, où la parole devient un outil de conquête, mais aussi une barrière à l’expression sincère des sentiments. Cyrano, en manipulant les mots avec virtuosité, démontre la puissance du langage, capable d'éveiller l'amour tout en masquant la véritable identité de celui qui parle.
Cyrano fait ici référence à un épisode de la mythologie grecque : Hercule est le fruit de l'union de Zeus avec une de ses nombreuses maîtresses. Son épouse officielle, Hera, envoie une nuit deux serpents dans le berceau d'Hercule encore bébé afin de l'assassiner. Disposant déjà d'une force remarquable, il étrangle immédiatement les deux serpents et est retrouvé en train de les secouer comme deux hochets...
ROXANE, CHRISTIAN, CYRANO, d’abord caché sous le balcon […]CHRISTIAN.- Je voudrais vous parler. CYRANO, sous le balcon, à Christian.- Bien. Bien. Presque à voix basse. ROXANE.- Non ! Vous parlez trop mal. Allez-vous-en ! CHRISTIAN.- De grâce !… ROXANE.- Non ! Vous ne m’aimez plus ! CHRISTIAN, à qui Cyrano souffle ses mots.- M’accuser, - justes dieux !- De n’aimer plus …quand…j’aime plus ! ROXANE, qui allait refermer sa fenêtre, s’arrêtant.- Tiens, mais c’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- L’amour grandit bercé dans mon âme inquiète… Que ce … cruel marmot prit pour …barcelonnette ! ROXANE, s’avançant sur le balcon.- C’est mieux ! – Mais, puisqu’il est cruel, vous fûtes sot De ne pas, cet amour, l’étouffer au berceau ! CHRISTIAN, même jeu.- Aussi l’ai-je tenté, mais …tentative nulle : Ce…nouveau-né, Madame, est un petit …Hercule ROXANE.-C’est mieux ! CHRISTIAN, même jeu.- De sorte qu’il …strangula comme rien… Les deux serpents…Orgueil et Doute.
ROXANE, s’accoudant au balcon.- Ah ! c’est très bien. Mais pourquoi parlez-vous de façon peu hâtive ? Auriez-vous donc la goutte à l’imaginative ? CYRANO, tirant Christian sous le balcon, et se glissant à sa place.- Chut ! Cela devient trop difficile !… ROXANE.- Aujourd’hui… Vos mots sont hésitants. Pourquoi ? CYRANO, parlant à mi-voix, comme Christian.- C’est qu’il fait nuit, Dans cette ombre, à tâtons, ils cherchent votre oreille. ROXANE.- Les miens n’éprouvent pas difficulté pareille. CYRANO.- Ils trouvent tout de suite ? oh ! cela va de soi, Puisque c’est dans mon cœur, eux, que je les reçoi ; Or, moi, j’ai le cœur grand, vous, l’oreille petite. D’ailleurs vos mots, à vous, descendent : ils vont plus vite. Les miens montent, Madame : il leur faut plus de temps ! ROXANE.- Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants. CYRANO.- De cette gymnastique, ils ont pris l’habitude ! ROXANE.- Je vous parle, en effet, d’une vraie altitude ! CYRANO.- Certe, et vous me tueriez si de cette hauteur Vous me laissiez tomber un mot dur sur le cœur.