Les chemins de la mémoire du groupe Manouchian
Travail réalisé par les élèves de 3ème1 du Collège Saint Exupéry [75014 Paris] avec un accompagnement musical des élèves de CM2 de l'Ecole Arago
Introduction
En juin 1940, la France a perdu la bataille contre l’Allemagne. Le maréchal Philipe Pétain est nommé chef du gouvernement. La France est alors séparée en deux zones : au nord de la ligne de démarcation se trouve la zone occupée et administrée par les Allemands, et au sud, la zone libre. Dès le 18 juin 1940, depuis Londres, le général de Gaulle lance un appel aux Français à s’unir et à résister pour libérer la France. Il écrit : « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas». Ceux qui le rejoignent sont considérés comme membres de la «France libre», ou Résistance extérieure.
Sur le sol français, des résistants s’organisent progressivement. Ils sont rejoints par des partisans communistes après l’invasion de l’URSS par l’Allemagne en juin 1941.
Les FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée), font partie de cette Résistance intérieure française communiste. Ils passent à l’action armée plusieurs fois par semaine. Attentats, exécutions d’officiers allemands en plein jour, déraillements de trains, les FTP-MOI ne laissent aucun répit à l’occupant nazi. Les Allemands donnent alors l’ordre à la police française de les arrêter.
Un grand nombre d’entre eux est arrêté en 1943. Une parodie de procès contre ces «terroristes judéo-communistes » se tient en février 1944. Ce procès a pour but de discréditer la Résistance, en la présentant comme une « armée du crime» composée d'étrangers et de Juifs. Les 24 résistants sont condamnés à mort. Des affiches de propagande, «L’Affiche Rouge», sont placardées partout en France entre le 18 et 24 février 1944. L’Affiche Rouge montre des photographies d’armes, de trains déraillés et de corps sans vie. Ces images sont surmontées d’une flèche qui contient dix portraits de résistants, nommés. Les deux phrases «Des Libérateurs ?» «La Libération par l’armée du crime !» présentent les membres du « groupe Manouchian» comme de dangereux terroristes. L’affiche a pour objectif de démontrer la responsabilité des Juifs, des étrangers et des communistes (les «Rouges») dans «la délinquance» et le «terrorisme» qui menaceraient la France. Qui étaient réellement les résistants du « groupe Manouchian »?
Source : Gallica.BnF.fr
Simon C.
Chloé P.
Leconte, A. and Guilmin L., Plan Guilmin Nouveau Plan de Paris Monumental, 1931. Source : commons.wikimedia.org
Conclusion
Le général de Gaulle au Mont-Valérien, le 1er novembre 1944, dans la clairière. Source : https://www.mont-valerien.fr/fr/
Le général de Gaulle au Mont-Valérien, le 1er novembre 1944 : à la sortie de « la chapelle des fusillés ». Source : https://www.mont-valerien.fr/fr/
1er novembre 1944, lors de la visite du général de Gaulle au carré des fusillés du cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine.( Source : Archives municipales d'Ivry-sur-Seine)
Chloé P.
Mélinée Manouchian
Adrien S.
11 rue des Plantes
Je suis née le 13 novembre 1913 à Constantinople, alors dans l’empire ottoman. Enfant, j’échappe avec ma sœur Armène au génocide arménien qui a débuté en 1915, mais nos parents sont assassinés. Nous sommes placées dans un orphelinat en Grèce, puis envoyées en France, comme de nombreux orphelins chrétiens, rescapés du génocide.
En France, je suis une formation de secrétaire comptable et de sténodactylographie. Je rencontre Missak Manouchian, un émigré arménien qui, comme moi, est un rescapé du génocide. Nous nous marions le 22 février 1936.
Missak et moi sommes engagés au sein du Parti communiste français. Nous participons à des grèves et des manifestations lorsque le Front Populaire est élu en 1936. C’est la première fois que les socialistes arrivent au pouvoir sous la III ème République et des « grèves joyeuses » éclatent parmi les ouvriers pour demander de meilleures conditions de travail.
Je participe à la Résistance en rédigeant des compte-rendus d’actions, pour mon mari et ses compagnons.
Après l'arrestation de Missak, j'échappe à la police et je me réfugie chez des amis proches : les Aznavourian, parents de Charles Aznavour.
Mélinée Manouchian meurt le 6 décembre 1989. Contrairement au souhait de Missak, elle ne se remaria pas.
Missak et Mélinée Manouchian. Source : A. Atamian, C. Maroudian et D. Peschanski, Missak et Mélinée Manouchian, deux orphelins engagés dans la Résistance française, ed. Textuel, 2023.
Robert Witchitz
Simon D.
10, rue des Malicots, Ivry-sur-Seine
Je suis né dans le nord de la France le 5 août 1924. Lorsque j’ai quatre ans, avec mes parents, nous déménageons à Ivry-sur-Seine. Mon père est d’origine polonaise.
J’obtiens mon CEP (Certificat d’Etudes Primaire) et deviens télégraphiste. Licencié, je travaille comme ouvrier en usine.
Je deviens militant dans les Jeunesses communistes à Ivry-sur-Seine.
Afin de me soustraire au Service du Travail Obligatoire (STO), en février 1943 j’intègre les FTP-MOI et le détachement « des Italiens ». Je suis l’un des seuls Français d’origine étrangère du groupe et je fais équipe avec Cesare Luccarini et Spartaco Fontano. Je participe à une dizaine d’opérations, comme des lancers de grenades sur des troupes allemandes. J’assassine également des individus qui dénoncent les communistes et les antifascistes.
Le 12 novembre 1943, je participe aux côtés de Rino Della Negra et Antoine Salvadori à une attaque contre un convoyeur de fonds allemand, au cours de laquelle je suis blessé. Nous sommes alors arrêtés par la police française.
Bien qu’il soit Français, la photo de Robert Witchitz est reproduite en médaillon sur l’Affiche rouge avec une légende erronée : « Witchitz – Juif hongrois – 15 attentats ».
Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 19 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 22 février 1946.
Robert Witchitz. Source : www.bild.bundesarchiv.de
Thomas C.
Amédéo Usseglio
142 rue du Hameau, Plessis-Robinson
Je suis né le 4 décembre 1911 en Italie.
J’ai émigré de mon pays natal en 1930 pour la France.
Je suis adhérent du Parti communiste.
Je suis ouvrier maçon. En janvier 1943, j’ai refusé d’intégrer le STO et donc de partir travailler en Allemagne. J’intègre alors les FTP-MOI en juillet 1943. Je suis spécialisé dans le déraillement des trains.
Le 27 octobre 1943, je suis arrêté avec Léon Goldberg et Willy Szapiro près du lieu du déraillement d’un train.
Amédeo Usseglio est fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, à l’âge de 32 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 22 juin 2005.
Photographie anthropométrique d’Amedeo Usseglio, prise le 30 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris / gabrielperi.fr
Des Libérateurs ! Ces résistants furent des personnes d’un courage extraordinaire : des héros altruistes et humbles, morts pour la France, pour la libérer de l’idéologie nazie.
La majorité avait en commun d’avoir émigré de leur pays natal pour fuir des pouvoirs totalitaires, et/ ou des politiques antisémites. Certains avaient combattu en Espagne, aux côtés des Républicains. Beaucoup étaient communistes et voulaient une société plus égalitaire. Parmi eux, il y avait de très jeunes gens, des pères et mère de famille.
«L’Affiche Rouge» avait pour objectif d’imposer l'idée que ces résistants, étrangers, juifs et communistes étaient nuisibles à la société française. Mais il semblerait que «l'Affiche Rouge» eut un effet inverse : elle a pu convaincre de la nécessité de combattre l’occupant. Pour beaucoup, cette affiche a mis en lumière la bravoure de ces jeunes résistants qui se battaient pour la liberté de la France. ”Refonder la France” autour de la mémoire de la Résistance A partir de 1944, avec la Libération, refonder la France, c’est notamment réconcilier les Français autour de la figure de la Résistance. Le « groupe Manouchian » est honoré par des associations, gardiennes du souvenir, par exemple le Comité d’action et de défense des immigrés (animé par les anciens MOI, comme Mélinée Manouchian). Le 1er novembre 1944, le général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française, rend «l’hommage de la Toussaint aux morts de la Résistance». ll se recueille d’abord dans la clairière du Mont-Valérien puis au cimetière d’Ivry-sur-Seine, principal lieu d’inhumation des fusillés de l’Ile-de-France. Le 18 juin 1945, décidé à faire de cette date et du site du Mont-Valérien un véritable rendez-vous de la mémoire nationale, il y préside une cérémonie, qui se répètera tous les ans, en présence d’une foule nombreuse.
A partir de 1947, l’exclusion des communistes du gouvernement et le contexte international de la Guerre Froide dissipent, pour une grande partie des Français, le souvenir du rôle des FTP-MOI dans la Résistance. Commémorer Dans les années 1950, ce sont deux poètes de sensibilité communiste qui leur rendent hommage : Paul Eluard avec Légion (1950), puis Louis Aragon avec Strophes pour se souvenir (1955).
Le 21 février 2024, 80 ans après avoir été fusillés, Missak Manouchian et ses 23 camarades, accompagnés de Mélinée, entrent au Panthéon et ainsi dans la mémoire collective. Chloé P. et Mme Fruchard, lecture par Ruben H., Lili P. et Alice V.
Olga Bancic
Noémie C.
114 rue du Château
Je suis née le 10 mai 1912 à Kichinev alors dans l’empire russe, puis territoire roumain. J’ai émigré en 1938 vers la France. En effet, je suis juive et communiste. Or, des pogroms ont eu lieu dans ma région natale : ce sont des massacres de Juifs et des pillages de leurs biens commis par le reste de la population et souvent encouragés par le pouvoir politique. De plus, j’ai participé à une grève dans une usine de matelas, dans laquelle je travaillais depuis mes 12 ans. J’ai alors été arrêtée pour la première fois. Je suis un membre actif du syndicat ouvrier local. Fervente militante du Parti communiste et opposée à tout gouvernement autoritaire, j’ai été arrêtée, et même emprisonnée de nombreuses fois. Une fois installée en France, j’aide à faire parvenir des armes aux Républicains espagnols qui luttent contre le fascisme. J’ai épousé en Roumanie un écrivain du nom de Jacob Salomon, qui est venu avec moi en France. Nous avons une fille, Dolorès, née en 1939. Mon mari a été arrêté en 1941. Je suis vendeuse dans un magasin de confection pour dames, à Paris. J’ai aussi étudié à la Faculté des Lettres de Paris jusqu’à la déclaration de guerre. J’intègre les FTP-MOI en juillet 1943 sous le surnom de Pierrette. Je suis notamment chargée du dépôt d’armement et du transport des armes et des explosifs.
Je suis arrêtée par la police française en compagnie de Marcel Rayman le 17 novembre 1943.
Olga Bancic est guillotinée le 10 mai 1944, le jour de son trente-deuxième anniversaire, à la prison de Stuttgart, en Allemagne, contrairement à ses camarades, exécutés en France. Elle est reconnue « morte pour la France » le 14 décembre 2011.
Olga Bancic, photographie non datée. Source : maitron.fr
Diana M-G.
Jonas Geduldig
109 rue Manin
Je suis né le 22 janvier 1918 dans un village de Pologne.
J’ai émigré de Pologne en Palestine, à l’âge de seize ans, pour fuir les persécutions antisémites et rejoindre mon frère aîné. J’ai commencé à travailler en tant qu’apprenti mécanicien.
Malgré mon jeune âge, je comprends le danger fasciste et je rejoins les rangs communistes qui le combattent. Dès 1937, je me rends en Espagne, où je m’engage dans les Brigades internationales, aux côtés de l’armée républicaine espagnole, pour combattre l’avancée des troupes nationalistes de Franco.
A mon retour en France, comme de nombreux anciens brigadistes, considérés comme un danger par le pouvoir politique, je suis interné au camp de Gurs puis d’Argelès.
Je réussis à m’évader et, sous une fausse identité, je rejoins Paris.
J'intègre en 1942, les rangs du 2ème détachement juif des FTP-MOI puis le groupe des dérailleurs à partir de juillet 1943.
Mais je suis repéré par la police française et arrêté le 17 novembre 1943.
Jonas Geduldig est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, à l’âge de 36 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 17 avril 1972.
Photographie non datée de Jonas Geduldig. Source : https://museedelaresistanceenligne.org/
Missak Manouchian
Juliette B.
11 rue des Plantes
Je suis né le 1er septembre 1909 en Arménie, dans l’Empire ottoman. En 1915, débute le génocide arménien : les chrétiens sont exterminés sur ordre du gouvernement de l’empire ottoman. Mon père, chrétien, participe à la résistance face aux Ottomans et il est tué. Avec ma mère et mes frères, nous sommes ensuite déportés et ma mère meurt à son tour. Placé dans un orphelinat au Liban, alors administré par la France, j’y émigre avec mon frère Garabed, en 1925. En France, dans les années trente, je fonde la revue arménienne : « Tchank », qui signifie « effort ». Je m’engage dans le Parti communiste français et je deviens cadre de la Section française du Comité de Secours pour l’Arménie. Je lutte contre les inégalités sociales et reste attaché à ma patrie natale.
Je vis avec Mélinée Soukémian, qui est également arménienne et une orpheline du génocide. Nous n’avons pas d’enfant. A l’orphelinat, j’ai reçu une formation de menuisier. Dès mon arrivée en France, je fais plusieurs petits métiers afin de gagner modestement ma vie. Je suis également poète ; tout petit déjà j’écrivais des poèmes en français car j’aime cette langue. Je fonde deux revues littéraires et je deviens rédacteur en chef du journal Zangou. A deux reprises, en 1933 puis en janvier 1940, je demande à obtenir la nationalité française, mais sans succès. J’intègre les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans de la Main d’Œuvre Immigrée), à partir de février 1943, aux côtés de Joseph Epstein. Mon histoire personnelle me pousse à rejeter l’idéologie de l’occupant nazi, qui prône la domination d’un seul peuple. En août 1943, je deviens chef militaire des FTP-MOI, à la tête de 65 autres résistants de différentes nationalités (Hongrois, Arméniens...). Durant cette période, j’organise et je participe à des actions armées. Ma première action armée se déroule à Levallois-Perret le 17 mars 1943, je jette une grenade sur un détachement allemand. Je participe à l’assassinat du général SS Julius Ritter, un proche d’Adolf Hitler, le 28 septembre 1943.
Le 16 novembre 1943, la police française procède à mon arrestation lors de ma rencontre avec Joseph Epstein.
Missak Manouchian se trouve sur « l’Affiche rouge », sous la dénomination« Manouchian, Arménien, Chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés ». Missak Manouchian est fusillé au Mont Valérien, le 21 février 1944, à l’âge d’environ 34 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » en 1971.
Missak et Mélinée Manouchian. Source : A. Atamian, C. Maroudian et D. Peschanski, Missak et Mélinée Manouchian, deux orphelins engagés dans la Résistance française, ed. Textuel, 2023.
Jeanne B.
Emeric Glasz
37, rue Nationale
Je suis né le 14 juillet 1902 à Budapest, en Hongrie.
Je quitte la Hongrie en 1937 car je suis engagé dans des mouvements d’ouvriers et des groupes communistes, qui sont réprimés brutalement par le gouvernement.
Je suis mariée à Ilona, qui est venue avec moi en France.
Je travaille comme ouvrier mécanicien.
Lorsque la guerre éclate, je m’engage dans l’armée française, au sein du 23ème régiment de marche des volontaires étrangers. Après la démobilisation en 1940, je reviens à Paris et intègre l’année suivante l’Organisation Spéciale mise en place par le Parti communiste pour entreprendre les premières actions de résistance armée.
J’intègre les FTP-MOI vers 1942, sous le pseudonyme « Robert », en raison de mon engagement communiste et antifasciste. Je fais partie du groupe des « dérailleurs » et participe à plusieurs actions pour saboter les voies de chemin de fer.
Emeric Glasz est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 42 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 3 août 1971.
Photographie anthropométrique d’Emeric Glasz, prise le 20 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris / gabrielperi.fr
Louise L.
Roger Rouxel
135 voie Bacchus, Vitry-sur-Seine
Je suis né le 3 novembre 1925 en France.
En 1939, je n'ai que quatorze ans. Je vis à Vitry-sur-Seine avec mes parents qui sont communistes. Mon père est terrassier et ma mère est sans profession.
Après avoir obtenu mon certificat d'études primaires, je travaille comme tourneur sur métaux dans une usine de constructions mécaniques à Ivry-sur-Seine.
J'intègre les FTP-MOl en mars 1943 sur proposition de Robert Witchitz, un ancien camarade d'école. J'ai alors dix-sept ans. Sous le pseudonyme de « Léon », je suis affecté au 3ème détachement composé majoritairement d'Italiens.
Le 13 mars 1943, je mène ma première action, en assurant la protection de mes camarades lors de l’attaque d’un garage allemand à Paris. Dans les mois suivants, je participe à d’autres attentats à la grenade ciblant les forces d’occupation.
Le 14 novembre 1943, je suis arrêté par la police française.
Roger Rouxel est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, à l’âge de 18 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 14 décembre 1945.
Photographie anthropométrique de Roger Rouxel prise le 15 novembre 1943. Souce : gabrielperi.fr
Maëlys S-C.
Wolf Wajsbrot
153 avenue de Paris, Ivry-sur-Seine
Je suis né le 3 mars 1925 dans un petit village de Pologne.
Mes parents décident d’émigrer vers la France en 1930. Nous sommes en effet de confession juive, or l’antisémitisme se développe alors en Pologne. De plus, la situation économique du pays pousse mes parents à espérer une vie meilleure en France.
Je suis membre des Jeunesses Communistes de la Main-d’œuvre immigrée. J’ai une formation de mécanicien. Mes parents sont arrêtés au cours de la rafle du 16 juillet 1942 du Vel d'Hiv' et sont internés dans le camp de Drancy, puis déportés. J'intègre alors les FTP MOI en 1942. En 1943 je suis muté au 4ème détachement, dit « des dérailleurs». Je participe ainsi au sabotage des voies ferrées et au déraillement de trains. Je suis arrêtée par la police française chez ma petite amie, Sarah Danciger, dite « Suzy », également résistante de la FTP-MOI. Wolf Wajsbrot est sur l'Affiche Rouge, désigné par « Wajsbrot-Juif polonais, un attentat, trois déraillements ».
Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 18 ans. Il est reconnu «Mort pour la France » le 26 février 1958.
Après son arrestation, Sarah Danciger est internée dans le camp de Drancy, puis déportée et assassinée à Auschwitz en février 1944.
Photographie anthropométrique de Wolf Wajsbrot, prise le 18 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris ; gabrielperi.fr
Yanis S.
Georges Cloarec
15 Boulevard Lamouroux, Vitry-sur-Seine
Je suis né le 22 décembre 1923 en Eure-et- Loir, au sud-ouest de Paris.
Je suis ouvrier agricole, puis je travaille en usine lorsque je m’installe chez mon oncle à Alfortville.
A la déclaration de guerre en 1939, je suis animé de sentiments patriotiques et je veux m’engager dans les Forces françaises libres pour combattre les Allemands. Mais j’ai seulement un peu plus de seize ans et les recruteurs ne me choisissent pas.
J’échappe au Service du Travail Obligatoire et j’intègre en septembre 1943 le troisième détachement Italien des FTP-MOI sous le pseudonyme de Marc. Mon rôle est d’apporter les armes avant chaque action. Je réalise également des missions de reconnaissance.
Je suis arrêté le 13 novembre 1943.
Georges Cloarec est fusillé avec ses camarades au Mont Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 20 ans. Il est reconnu « Mort pour la France ».
Georges Cloarec lors de son arrestation le 13 novembre 1943. Source : maitron.fr
Celestino Alfonso
Amy L.
16, rue de Tolbiac
Je suis né le 1er Mai 1916 en Espagne. J’ai émigré vers la France, plus précisément à Ivry-Sur-Seine, en 1927, avec mes parents. J’adhère aux Jeunesses communistes en 1934. En 1936, je retourne en Espagne pour me battre aux côtés des Républicains, contre Franco. En 1939, comme d’autres anciens brigadistes communistes, et perçus comme un danger par les autorités françaises, je suis interné dans deux camps, dont celui d’Argelès. Je réussis à m’en évader et retourne dans la région parisienne. Je suis marié et j’ai un fils, prénommé Jean. Je suis menuisier. Après avoir participé à des actions clandestines du Parti Communiste, j’intègre les FTP-MOI en 1943 pour lutter contre l’occupant allemand. Fort de mon expérience militaire, je suis affecté à l’équipe spéciale chargée de tuer des collaborateurs et des officiers allemands. Je participe ainsi avec Marcel Rayman à l’assassinat de Julius Ritter, responsable du STO en France. Je suis arrêté par la police française le 17 novembre 1943. Alfonso Celestino apparaît sur l’Affiche rouge, sous la dénomination « Alfonso, Espagnol rouge, 7 attentats »
Il est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, à l’âge de 27 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 14 mai 1945.
Celestino Alfonso, deuxième à partir de la gauche, avec son maillot ouvert. (Photographie de famille). Source : https://histoireetsociete.com
Axel C.
Rino Della Negra
119 Route de Sannois, Argenteuil
Je suis né le 18 aout 1923 en France, dans le Nord, où s’étaient installés mes parents après avoir quitté l’Italie au début des années vingt. Puis, nous déménageons dans la région parisienne, à Argenteuil.
Je suis contre la dictature et sensible aux idées communistes.
Je suis ouvrier et également footballeur, je joue ailier droit au Red Star Olympique de Saint-Ouen.
J’intègre les FTP-MOI en octobre 1942 car je refuse de partir au STO. Je me cache alors chez des membres de mon club de football et j’entre dans la résistance. Mon rôle est d’attaquer des soldats allemands, notamment en lançant contre eux des grenades. Le 12 novembre 1943, lors d’une opération, je suis blessé par balle et arrêté par la police.
Rino Della Negra est fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, à l’âge de 20 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 24 novembre 1950.
Stanislas Kubacki
Joshua B-M.
38 rue Jean-Jaurès, Puteaux
Je suis né en Pologne le 2 mai 1908. J’émigre en France en 1925, dans le Pas-de-Calais, puis en région parisienne pour des raisons économiques.
Sur le plan politique, je suis marqué par des convictions de gauche et j’adhère au Parti Communiste Français, qui joue un rôle important dans la défense des droits des ouvriers et des mineurs, profession dans lesquelles travaillent beaucoup d’immigrés polonais. Je participe à des grèves et des manifestations.
Je rejoins les Brigades internationales en 1937, en tant que soldat dans l'unité polonaise. Je m’oppose ainsi à l'avancée du fascisme en Espagne et lutte aux côtés des Républicains contre Franco
A mon retour en France, je suis interné dans les camps de Gurs puis du Vernet, comme d'autres anciens brigadistes. En effet, les autorités françaises se méfient de nous, combattants et communistes, considérés comme potentiellement dangereux pour la stabilité politique en 1939-1940.
Je suis marié avec Geneviève Klébek et nous avons un fils. Je travaille comme ouvrier.
Mes convictions m’ont naturellement conduit vers la résistance antifasciste pendant l’Occupation. J’intègre les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans) - (Main-d’œuvre Immigrée) en 1943. J’y joue un rôle actif dans des actions de sabotage contre les installations allemandes.
Je suis arrêté le 19 novembre 1943 par la police française.
Stanislas Kubacki est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 35 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 28 novembre 1945
Photographie non datée de Stanislas Kubacki. Source : https://gabrielperi.fr/
Armenak Manoukian
Andrew S-R.
200 rue de Belleville
Je suis né le 5 novembre 1898 en Arménie, alors dans l’empire russe.
J’ai dû fuir mon pays natal. En effet, dans les années 1920, j’ai eu de nombreuses responsabilités dans l’Armée rouge et au sein du Parti Communiste mais je me suis ensuite opposé à Staline. En 1935 j’écris un « Appel au prolétariat mondial » sous le pseudonyme de Tarov, dans lequel je dénonce le sort des prisonniers politiques en URSS.
J’ai pris différentes identités afin d’échapper à la police politique de Staline. Après plusieurs arrestations et emprisonnements, je réussis à m’enfuir vers la France en 1937.
Je suis marié et nous avons un enfant. Je suis mécanicien, et j’ai également été typographe. J’intègre les FTP-MOI en 1943. J’ai participé au déraillement d’un train et à un jet de grenades contre des soldats allemands. Lors d’une action, je suis blessé accidentellement ; je suis alors hébergé et soigné par Armène, la sœur de Mélinée Manouchian.
Je suis arrêté le 19 novembre 1943 par la police française.
Armenak Manoukian est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à 45 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » en 1972.
Photographie anthropométrique d’Armenak Manoukian prise le 21 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris. Source : gabrielperi.fr
Lili P.
Joseph Epstein
2 rue Labrouste
Je suis né le 16 octobre 1911 en Pologne. J’émigre vers la Tchécoslovaquie puis vers la France en 1931. J’ai quitté la Pologne puis la Tchécoslovaquie à cause de mes actions militantes en faveur du communisme, qui n’étaient alors pas tolérées par le pouvoir en place.
Je suis de religion juive.
Communiste, je m’engage en 1936 dans les Brigades internationales en Espagne, afin de préserver la République et de lutter contre Franco
A mon retour en France en 1939, comme de nombreux combattants des Brigades internationales, je suis interné au camp de Gurs. Peu après ma libération et avec la déclaration de guerre à l’Allemagne, je m’engage dans la Légion étrangère. Je suis fait prisonnier par les Allemands en 1940 et je suis interné au Stalag IV près de Leipzig d’où je parviens à m’évader.
J’ai une femme, Paula avec qui j’ai un fils, Georges.
J’ai suivi des études de droit à Varsovie, que j’ai achevées en France.
Dès 1941, j’intègre les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) et en deviens le chef pour la région parisienne. J’améliore la stratégie de combat en ville contre les Allemands en abandonnant les groupes de trois (un tireur ou grenadier et deux autres combattants chargés de la protection) au profit d’opérations impliquant une quinzaine de combattants. Cette nouvelle conception rend possible l’organisation d’actions spectaculaires en plein jour (déraillements, attaques de véhicules allemands …) Je suis arrêté le 16 novembre 1943 à la gare d’Evry Petit-Bourg avec Missak Manouchian.
Joseph Epstein est fusillé le 11 avril 1944 au Mont Valérien, à l’âge de 32 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 10 octobre 1945.
Joseph Epstein. Source : Pascal Convert, Joseph Epstein. Bon pour la légende. Lettre au fils, Editions Atlantica-Séguier, 300 pages, septembre 2007.
Antoine Salvadori
Ruben H.
30 avenue de Choisy
Je suis né le 13 juin 1920 près de Parme, en Italie. J’ai sept ans lorsque mes parents décident d’émigrer vers la France. Mon père craint en effet d’être mobilisé dans l’armée fasciste de Mussolini, dont il ne partage pas les idées.J’exerce le métier d’ouvrier cimentier dans une mine située dans le Pas-de-Calais. C’est là que je rencontre Eugène Martinelli, secrétaire de la section locale du Parti communiste français et secrétaire régional de l'Union des Italiens. En 1943, Eugène Martinelli m’emmène avec son fils à Paris, où je fais la connaissance de Cesare Luccarini. Nous intégrons alors le troisième détachement italien des FTP-MOI de la région parisienne. En septembre 1943, j’attaque à la grenade, avec César Luccarini, un lieu fréquenté par l’armée allemande. Le 4 novembre, avec d'autres combattants, je contrains un garagiste à nous remettre des bicyclettes. Le 12 novembre, j’attaque avec six camarades des FTP-MOI un convoyeur de fonds allemand. Le chauffeur sort, accompagné d’un militaire allemand. Deux de mes camarades ouvrent le feu pour s’emparer de la sacoche. Mais des agents de police interviennent et une fusillade s’ensuit. Grièvement blessé, Rino Della Negra est arrêté. Robert Witchitz, blessé lui aussi, s’enfuit mais il est finalement capturé. Des inspecteurs de la 2e brigade spéciale m’interpellent à mon domicile, avec Cesare Luccarini, le jour même. Antoine Salvadori est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 à l’âge de 23 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 18 décembre 1945. Il reçoit la Médaille de la Résistance Française à titre posthume par décret du 31 Mars 1947.
Photographie anthropométrique d’Antoine Salvadori, prise le 15 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris / gabrielperi.fr
Romane G.
Maurice Fingercweig
124 rue Véron, Alfortville
Je suis né le 25 décembre 1923 en Pologne. Lorsque j'avais 3 ans, avec mes parents et mon frère, nous avons émigré de Pologne vers la France.
Je suis juif et communiste. En 1940, je rejoins les Jeunesses Communistes sous l'influence de mon frère qui en était déjà membre. Je suis ouvrier tapissier. En 1942, mon père, sa nouvelle épouse et leur fille, ainsi que mon frère, sont arrêtés et déportés lors des grandes rafles et persécutions antijuives.
J’intègre alors les FTP-MOI au printemps 1942 et fais partie de l’équipe des « dérailleurs ».
Je suis arrêté par la police française le 17 novembre 1943. Maurice Fingercweig est sur l'«Affiche Rouge» sous la dénomination de « FINGERWEIG, juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements.» Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 20 ans. Il est reconnu mort pour la France le 10 juin 1971. Après leur déportation, son frère, son père, la nouvelle épouse de ce dernier et leur fille, meurent assassinés à Auschwitz en 1942.
Photographie sans date de Maurice Fingercweig, source : © Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne. Droits réservés
Nathan S.
Szlama Grzywacz
11, rue de l'Equerre
Je suis né le 8 décembre, selon les sources, entre 1908 et 1910, dans un village de Pologne.
J'ai émigré en France en 1937. En effet, mon activité militante communiste m’a valu des années de prison et de nombreuses persécutions par la police polonaise. Arrivé en France clandestinement et sans passeport, je fais l’objet d’une mesure de refoulement. Je pars alors pour l’Espagne et m’engage aux côtés des Républicains au sein des Brigades internationales, afin d’y combattre le fascisme. Je regagne ensuite la France par les Pyrénées où je suis arrêté et interné dans les camps de Gurs et d'Argelès, comme de nombreux combattants républicains. Je m’en évade et retourne à Paris. Je suis de confession juive et j’ai une compagne qui se prénomme Janine. J’ai été formé au métier de cordonnier par mon père. J'intègre les FTP-MOI en août 1942 à la sous-section juive de la résistance communiste pour combattre l’occupant allemand. J'ai réalisé plusieurs actions de sabotage comme lancer une grenade dans la cave de l’immeuble occupé par les bureaux d’un journal allemand. J'ai jeté une bombe incendiaire sur un camion de soldats allemands et j’ai également participé au déraillement de plusieurs trains.
Je suis arrêté le 19 novembre 1943 par la police française.
Szlama GRZYWACZ se trouve sur l'Affiche Rouge désigné par « GRZYWACZ, juif polonais ayant commis deux attentats».
Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge d’environ 36 ans. Il est reconnu "mort pour la France" le 18 février 2023.
Photographie de Szlama Grzywacz prise à la prison de Fresnes. Source : https://www.bundesarchiv.de/
Léon Goldberg
Shaynez B-E.
32, rue de Meaux
Je suis né le 14 février 1924 en Pologne.
Ma mère et moi avons émigré à mes cinq ans en France, pour rejoindre mon père qui y était arrivé l’année précédente.
Je suis de confession juive et proche des Jeunesses communistes.
Je suis étudiant et je suis fiancé à Ginette Tenenbaum.
Le 16 juillet 1942, lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’ mes parents et mes deux petits frères de onze et huit ans sont arrêtés. J’échappe à cette arrestation.
J’intègre les FTP-MOI en 1942 sous le pseudonyme de Julien, et plus particulièrement le 4ème détachement des dérailleurs. J’ai ainsi participé à des déraillements de trains et à des sabotages de voies ferrées.
Je suis arrêté par la police française le 26 octobre 1943, avec mes camarades Amedeo Usseglio et Willy Szapiro.
Léon Goldberg est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, une semaine après avoir eu 20 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 15 février 1949.
Ses parents et ses deux frères sont morts assassinés à Auschwitz, après leur déportation en 1942.
Léon Goldberg (photographie non datée).
Source : Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne
Cesare Luccarini
Marian G-N.
9, rue Charles Bertheau
Je suis né le 24 février 1922, en Italie. Mon père a émigré en France car il est contre le régime totalitaire de Mussolini, il était antifasciste. Je le rejoins en France avec ma mère et mes sœurs lorsque j’ai 8 ans.Je suis allé à l’école en France et j’ai obtenu le certificat d’études. Je travaille ensuite comme ouvrier cimentier.
Lorsque la guerre éclate, en 1940, je rejoins les Jeunesses communistes dans la clandestinité. Parce que communiste, je suis arrêté en 1942 pour distribution de tracts et condamné à de la prison. En 1943, je réussis à m’évader du camp dans lequel je suis prisonnier dans le nord de la France. J’entre alors dans la résistance armée. Recherché et repéré par la police, je pars à Paris.
C’est à Paris que j’intègre les FTP-MOI, sous le pseudonyme de Marcel Châtelain. Avec les FTP-MOI, je participe à 6 actions : par exemple tuer des Français qui collaborent avec les Allemands, jeter des grenades sur des soldats allemands dans un café. Le 12 novembre 1943, la septième action échoue. Mes camarades Robert Witchitz et Rino Della Negra sont arrêtés sur le moment par la police française.
Avec Antonio Salvadori nous sommes arrêtés quelques heures plus tard. Cesare Luccarini est fusillé au Mont-Valérien avec ses camarades le 21 février 1944, trois jours avant ses 22 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 18 avril 1946.
Photo de Cesare LUCCARINI extraite de sa carte d'engagé volontaire. Archives familiales / wikimedia commons
Joseph Boczov
Daniel S.
9 rue Caillaux
Je suis né le 3 août 1905 en Hongrie. J’ai d’abord émigré vers 1936 en Espagne, puis en France. Je suis de religion juive. Dans mon pays natal, je milite aux Jeunesses communistes et en deviens le responsable dans certaines villes. A presque 32 ans je quitte mon pays afin de combattre en Espagne dans les rangs des Brigades internationales. Je veux en effet défendre les idées communistes et antifascistes. Après la défaite de la République espagnole, comme de nombreux brigadistes étrangers, je suis interné dans les camps d’Argelès et de Gurs, car la France considère les communistes comme de potentiels ennemis. Je suis ensuite déporté vers l’Allemagne mais je m’évade pendant le trajet en train avec des camarades. J’ai une compagne, également résistante et qui est arrêtée en 1942. J’ai suivi des études d’ingénieur lorsque je vivais en Hongrie. J’entre en 1941-1942 dans la Résistance et j’intègre les FTP-MOI. Je fonde et dirige le détachement spécialisé dans le déraillement des trains. Ma formation d’ingénieur fait de moi un spécialiste pour organiser le déraillement des trains ennemis. Je suis arrêté le 19 novembre 1943. Joseph Boczov se trouve sur l’Affiche rouge avec le nom suivant : « BOCZOV JUIF HONGROIS CHEF DÉRAILLEUR 20 ATTENTATS ». Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 38 ans. Il est reconnu « Mort pour la France» le 17 avril 1972.
Photographie anthropométrique, de Joseph Boczov, prise le 18 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris / maitron.fr
Spartaco Fontanot
Noé A.
40 Boulevard de Belfort, Montreuil
Je suis né le 17 janvier 1922 en Italie. Je n’ai que deux ans lorsque mes parents décident de quitter l’Italie pour aller habiter en France. En effet, mes parents fuient le fascisme, c’est-à-dire la dictature de Mussolini Je suis militant du Syndicat de la Confédération Générale des Travailleurs. Je suis proche des idées du Parti Communiste, afin de lutter contre la misère. J’ai obtenu mon Certificat d’Aptitude Professionnelle et je travaille comme tourneur sur métaux en usine. Mon père et ma sœur sont arrêtés en mars 1943. J’entre alors dans la clandestinité et intègre les FTP-MOI, plus précisément le 3ème détachement composé d’Italiens. Je fais partie des tireurs d’élite et participent à de nombreux sabotages et attentats contre les Allemands, notamment celui contre Julius Ritter, chef du STO en France. Mes deux cousins, Nerone et Jacques, sont également entrés dans la Résistance. Nerone a été arrêté en juillet 1943, condamné à mort et exécuté le 20 septembre. Je suis arrêté le 13 novembre 1943 au domicile de Robert Witchitz par la police française.
Spartaco Fontano se trouve sur l’Affiche rouge désigné par « Fontanot, communiste italien, 12 attentats ». Il est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944 à l'âge de 22 ans. Il est reconnu “mort pour la France” le 29 août 1946.
Photographie de Spartaco Fontano, non datée. Source : https://maitron.fr/
Romain C.
Marcel Rajman
296 rue de Belleville
Je suis né le 1er mai 1923 en Pologne.
En 1931, avec mes parents et mon petit frère Simon, nous émigrons vers la France. En effet, notre famille est de confession juive et mes parents veulent échapper aux persécutions antisémites qui ont lieu alors en Pologne. J’adhère aux Jeunesses communistes et rencontre Henri Krasucki à l’Union de la Jeunesse Juive qui dépend de la Main d’œuvre immigrée. J’obtiens mon certificat d’études, mais je travaille avec mes parents comme ouvrier tricoteur. Mon père, comme de nombreux Juifs, est raflé dans Paris en 1941 et il est déporté. J’intègre les FTP-MOI en 1942 pour lutter contre l’occupant allemand et son idéologie antisémite. Membre du 2ème détachement juif, je deviens instructeur pour entraîner les nouveaux combattants. J’ai notamment abattu le chef du STO en France Julius Ritter, avec l’aide de Spartaco Fontano. J’ai aussi attaqué à la grenade un autocar allemand. Je suis arrêté avec Olga Bancic par la police française, le 16 novembre 1943. Marcel Rajman se trouve sur « l’Affiche Rouge » sous la dénomination de : « Rayman : juif polonais 13 attentats ». Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 à l’âge de 20 ans. Il est déclaré « Mort pour la France » le 17 avril 1972. Son père, après avoir été déporté, est assassiné à Auschwitz en 1941.Sa mère et son petit frère Simon sont arrêtés à la suite de Marcel. Elle est déportée en février 1944 et meurt assassinée à Auschwitz. Simon est envoyé avec Henri Krasucki au camp de Buchenwald. Ils en sont libérés par les Alliés en 1945.
Photo anthropométrique de Marcel Rajman (18 novembre 1943)
Lyne D-L.
Willy Szapiro
31 rue Bergère
Je suis né le 25 mai 1910, en Pologne. J'ai quitté mon pays natal vers 1930 pour aller vivre et travailler en Palestine. En effet, je suis de confession juive et favorable au sionisme, un mouvement politique et religieux, qui vise à la création d'un État juif en Palestine, alors sous mandat britannique. Je participe ainsi à des manifestations pour mettre un terme au mandat britannique. En 1931, je suis arrêté par la police anglaise et condamné à deux ans de prison. Après avoir purgé ma peine, je suis expulsé de Palestine et m’installe en Autriche, puis en France à partir de 1938. De plus, je suis un militant du parti communiste et je développe une organisation syndicale afin de défendre les ouvriers des ateliers de fourrures. J'ai une femme et nous attendons un enfant. Je suis allé au Lycée mais je n’ai pas terminé mes études et j'ai travaillé dans une savonnerie. Je suis ouvrier fourreur. J'intègre les FTP-MOI en 1942 car je partage leur volonté de libérer la France des nazis. Je suis ainsi chargé de saboter des voies ferrées. Le 27 octobre 1943 je suis arrêté avec Léon Goldberg et Amedeo Usseglio. Willy Szapiro est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 33 ans. Il est reconnu "Mort pour la France" le 28 juin 1971.
Photographie anthropométrique de Willy Szapiro, prise le 26 octobre 1943, lors de son arrestation près de Melun en Seine-et-Marne. Archives de la préfecture de police. Source : gabrielperi.fr
Alice V.
Thomas Elek
7 rue Roger
Je suis né le 7 décembre 1924 à Budapest en Hongrie. A l’âge de 6 ans, j’émigre en France avec ma famille. En effet, mon père était membre du parti communiste, ce qui lui a valu d’être arrêté et interné dans un camp en Hongrie.
Je suis né dans une famille juive et je suis communiste.
Depuis 1933, ma mère tient un restaurant, qui est un lieu de rencontre important d’étudiants du quartier latin. Ma famille refuse les mesures prises contre les Juifs et change plusieurs fois d’adresse.
En 1941, alors élève au lycée Louis le Grand, je me bagarre avec un camarade qui a tenu des propos antisémites à mon encontre. Je quitte alors le lycée et je m’engage dans l’action clandestine.
J’intègre les FTP-MOI en août 1942. Le 9 novembre, je confectionne une bombe, la dépose sur un rayon d’une librairie allemande située Boulevard Saint-Michel, qui est incendiée. Je deviens l’adjoint de Joseph Boczov, qui dirige le 4ème détachement des FTP-MOI chargé des sabotages ferroviaires.
Je suis arrêté par la police française le 21 novembre 1943.
Thomas Elek se trouve sur l’Affiche rouge présenté comme : « Juif hongrois, 8 déraillements. »
Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 19 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 13 avril 1947.
Photographie de classe au lycée Louis-le-Grand (Source : Denis Peschanski, Christian Ingrao, Peter Lieb, Mont Valérien, un lieu d'exécution dans la Seconde Guerre mondiale. Mémoires intimes, mémoire nationale, ed. Ouest-France, 2022)
carte interactive
Inès Félix
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Transcript
Les chemins de la mémoire du groupe Manouchian
Travail réalisé par les élèves de 3ème1 du Collège Saint Exupéry [75014 Paris] avec un accompagnement musical des élèves de CM2 de l'Ecole Arago
Introduction
En juin 1940, la France a perdu la bataille contre l’Allemagne. Le maréchal Philipe Pétain est nommé chef du gouvernement. La France est alors séparée en deux zones : au nord de la ligne de démarcation se trouve la zone occupée et administrée par les Allemands, et au sud, la zone libre. Dès le 18 juin 1940, depuis Londres, le général de Gaulle lance un appel aux Français à s’unir et à résister pour libérer la France. Il écrit : « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas». Ceux qui le rejoignent sont considérés comme membres de la «France libre», ou Résistance extérieure. Sur le sol français, des résistants s’organisent progressivement. Ils sont rejoints par des partisans communistes après l’invasion de l’URSS par l’Allemagne en juin 1941. Les FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée), font partie de cette Résistance intérieure française communiste. Ils passent à l’action armée plusieurs fois par semaine. Attentats, exécutions d’officiers allemands en plein jour, déraillements de trains, les FTP-MOI ne laissent aucun répit à l’occupant nazi. Les Allemands donnent alors l’ordre à la police française de les arrêter. Un grand nombre d’entre eux est arrêté en 1943. Une parodie de procès contre ces «terroristes judéo-communistes » se tient en février 1944. Ce procès a pour but de discréditer la Résistance, en la présentant comme une « armée du crime» composée d'étrangers et de Juifs. Les 24 résistants sont condamnés à mort. Des affiches de propagande, «L’Affiche Rouge», sont placardées partout en France entre le 18 et 24 février 1944. L’Affiche Rouge montre des photographies d’armes, de trains déraillés et de corps sans vie. Ces images sont surmontées d’une flèche qui contient dix portraits de résistants, nommés. Les deux phrases «Des Libérateurs ?» «La Libération par l’armée du crime !» présentent les membres du « groupe Manouchian» comme de dangereux terroristes. L’affiche a pour objectif de démontrer la responsabilité des Juifs, des étrangers et des communistes (les «Rouges») dans «la délinquance» et le «terrorisme» qui menaceraient la France. Qui étaient réellement les résistants du « groupe Manouchian »?
Source : Gallica.BnF.fr
Simon C.
Chloé P.
Leconte, A. and Guilmin L., Plan Guilmin Nouveau Plan de Paris Monumental, 1931. Source : commons.wikimedia.org
Conclusion
Le général de Gaulle au Mont-Valérien, le 1er novembre 1944, dans la clairière. Source : https://www.mont-valerien.fr/fr/
Le général de Gaulle au Mont-Valérien, le 1er novembre 1944 : à la sortie de « la chapelle des fusillés ». Source : https://www.mont-valerien.fr/fr/
1er novembre 1944, lors de la visite du général de Gaulle au carré des fusillés du cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine.( Source : Archives municipales d'Ivry-sur-Seine)
Chloé P.
Mélinée Manouchian
Adrien S.
11 rue des Plantes
Je suis née le 13 novembre 1913 à Constantinople, alors dans l’empire ottoman. Enfant, j’échappe avec ma sœur Armène au génocide arménien qui a débuté en 1915, mais nos parents sont assassinés. Nous sommes placées dans un orphelinat en Grèce, puis envoyées en France, comme de nombreux orphelins chrétiens, rescapés du génocide. En France, je suis une formation de secrétaire comptable et de sténodactylographie. Je rencontre Missak Manouchian, un émigré arménien qui, comme moi, est un rescapé du génocide. Nous nous marions le 22 février 1936. Missak et moi sommes engagés au sein du Parti communiste français. Nous participons à des grèves et des manifestations lorsque le Front Populaire est élu en 1936. C’est la première fois que les socialistes arrivent au pouvoir sous la III ème République et des « grèves joyeuses » éclatent parmi les ouvriers pour demander de meilleures conditions de travail. Je participe à la Résistance en rédigeant des compte-rendus d’actions, pour mon mari et ses compagnons. Après l'arrestation de Missak, j'échappe à la police et je me réfugie chez des amis proches : les Aznavourian, parents de Charles Aznavour. Mélinée Manouchian meurt le 6 décembre 1989. Contrairement au souhait de Missak, elle ne se remaria pas.
Missak et Mélinée Manouchian. Source : A. Atamian, C. Maroudian et D. Peschanski, Missak et Mélinée Manouchian, deux orphelins engagés dans la Résistance française, ed. Textuel, 2023.
Robert Witchitz
Simon D.
10, rue des Malicots, Ivry-sur-Seine
Je suis né dans le nord de la France le 5 août 1924. Lorsque j’ai quatre ans, avec mes parents, nous déménageons à Ivry-sur-Seine. Mon père est d’origine polonaise. J’obtiens mon CEP (Certificat d’Etudes Primaire) et deviens télégraphiste. Licencié, je travaille comme ouvrier en usine. Je deviens militant dans les Jeunesses communistes à Ivry-sur-Seine. Afin de me soustraire au Service du Travail Obligatoire (STO), en février 1943 j’intègre les FTP-MOI et le détachement « des Italiens ». Je suis l’un des seuls Français d’origine étrangère du groupe et je fais équipe avec Cesare Luccarini et Spartaco Fontano. Je participe à une dizaine d’opérations, comme des lancers de grenades sur des troupes allemandes. J’assassine également des individus qui dénoncent les communistes et les antifascistes. Le 12 novembre 1943, je participe aux côtés de Rino Della Negra et Antoine Salvadori à une attaque contre un convoyeur de fonds allemand, au cours de laquelle je suis blessé. Nous sommes alors arrêtés par la police française. Bien qu’il soit Français, la photo de Robert Witchitz est reproduite en médaillon sur l’Affiche rouge avec une légende erronée : « Witchitz – Juif hongrois – 15 attentats ». Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 19 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 22 février 1946.
Robert Witchitz. Source : www.bild.bundesarchiv.de
Thomas C.
Amédéo Usseglio
142 rue du Hameau, Plessis-Robinson
Je suis né le 4 décembre 1911 en Italie. J’ai émigré de mon pays natal en 1930 pour la France. Je suis adhérent du Parti communiste. Je suis ouvrier maçon. En janvier 1943, j’ai refusé d’intégrer le STO et donc de partir travailler en Allemagne. J’intègre alors les FTP-MOI en juillet 1943. Je suis spécialisé dans le déraillement des trains. Le 27 octobre 1943, je suis arrêté avec Léon Goldberg et Willy Szapiro près du lieu du déraillement d’un train. Amédeo Usseglio est fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, à l’âge de 32 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 22 juin 2005.
Photographie anthropométrique d’Amedeo Usseglio, prise le 30 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris / gabrielperi.fr
Des Libérateurs ! Ces résistants furent des personnes d’un courage extraordinaire : des héros altruistes et humbles, morts pour la France, pour la libérer de l’idéologie nazie. La majorité avait en commun d’avoir émigré de leur pays natal pour fuir des pouvoirs totalitaires, et/ ou des politiques antisémites. Certains avaient combattu en Espagne, aux côtés des Républicains. Beaucoup étaient communistes et voulaient une société plus égalitaire. Parmi eux, il y avait de très jeunes gens, des pères et mère de famille. «L’Affiche Rouge» avait pour objectif d’imposer l'idée que ces résistants, étrangers, juifs et communistes étaient nuisibles à la société française. Mais il semblerait que «l'Affiche Rouge» eut un effet inverse : elle a pu convaincre de la nécessité de combattre l’occupant. Pour beaucoup, cette affiche a mis en lumière la bravoure de ces jeunes résistants qui se battaient pour la liberté de la France. ”Refonder la France” autour de la mémoire de la Résistance A partir de 1944, avec la Libération, refonder la France, c’est notamment réconcilier les Français autour de la figure de la Résistance. Le « groupe Manouchian » est honoré par des associations, gardiennes du souvenir, par exemple le Comité d’action et de défense des immigrés (animé par les anciens MOI, comme Mélinée Manouchian). Le 1er novembre 1944, le général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française, rend «l’hommage de la Toussaint aux morts de la Résistance». ll se recueille d’abord dans la clairière du Mont-Valérien puis au cimetière d’Ivry-sur-Seine, principal lieu d’inhumation des fusillés de l’Ile-de-France. Le 18 juin 1945, décidé à faire de cette date et du site du Mont-Valérien un véritable rendez-vous de la mémoire nationale, il y préside une cérémonie, qui se répètera tous les ans, en présence d’une foule nombreuse. A partir de 1947, l’exclusion des communistes du gouvernement et le contexte international de la Guerre Froide dissipent, pour une grande partie des Français, le souvenir du rôle des FTP-MOI dans la Résistance. Commémorer Dans les années 1950, ce sont deux poètes de sensibilité communiste qui leur rendent hommage : Paul Eluard avec Légion (1950), puis Louis Aragon avec Strophes pour se souvenir (1955). Le 21 février 2024, 80 ans après avoir été fusillés, Missak Manouchian et ses 23 camarades, accompagnés de Mélinée, entrent au Panthéon et ainsi dans la mémoire collective. Chloé P. et Mme Fruchard, lecture par Ruben H., Lili P. et Alice V.
Olga Bancic
Noémie C.
114 rue du Château
Je suis née le 10 mai 1912 à Kichinev alors dans l’empire russe, puis territoire roumain. J’ai émigré en 1938 vers la France. En effet, je suis juive et communiste. Or, des pogroms ont eu lieu dans ma région natale : ce sont des massacres de Juifs et des pillages de leurs biens commis par le reste de la population et souvent encouragés par le pouvoir politique. De plus, j’ai participé à une grève dans une usine de matelas, dans laquelle je travaillais depuis mes 12 ans. J’ai alors été arrêtée pour la première fois. Je suis un membre actif du syndicat ouvrier local. Fervente militante du Parti communiste et opposée à tout gouvernement autoritaire, j’ai été arrêtée, et même emprisonnée de nombreuses fois. Une fois installée en France, j’aide à faire parvenir des armes aux Républicains espagnols qui luttent contre le fascisme. J’ai épousé en Roumanie un écrivain du nom de Jacob Salomon, qui est venu avec moi en France. Nous avons une fille, Dolorès, née en 1939. Mon mari a été arrêté en 1941. Je suis vendeuse dans un magasin de confection pour dames, à Paris. J’ai aussi étudié à la Faculté des Lettres de Paris jusqu’à la déclaration de guerre. J’intègre les FTP-MOI en juillet 1943 sous le surnom de Pierrette. Je suis notamment chargée du dépôt d’armement et du transport des armes et des explosifs. Je suis arrêtée par la police française en compagnie de Marcel Rayman le 17 novembre 1943. Olga Bancic est guillotinée le 10 mai 1944, le jour de son trente-deuxième anniversaire, à la prison de Stuttgart, en Allemagne, contrairement à ses camarades, exécutés en France. Elle est reconnue « morte pour la France » le 14 décembre 2011.
Olga Bancic, photographie non datée. Source : maitron.fr
Diana M-G.
Jonas Geduldig
109 rue Manin
Je suis né le 22 janvier 1918 dans un village de Pologne. J’ai émigré de Pologne en Palestine, à l’âge de seize ans, pour fuir les persécutions antisémites et rejoindre mon frère aîné. J’ai commencé à travailler en tant qu’apprenti mécanicien. Malgré mon jeune âge, je comprends le danger fasciste et je rejoins les rangs communistes qui le combattent. Dès 1937, je me rends en Espagne, où je m’engage dans les Brigades internationales, aux côtés de l’armée républicaine espagnole, pour combattre l’avancée des troupes nationalistes de Franco. A mon retour en France, comme de nombreux anciens brigadistes, considérés comme un danger par le pouvoir politique, je suis interné au camp de Gurs puis d’Argelès. Je réussis à m’évader et, sous une fausse identité, je rejoins Paris. J'intègre en 1942, les rangs du 2ème détachement juif des FTP-MOI puis le groupe des dérailleurs à partir de juillet 1943. Mais je suis repéré par la police française et arrêté le 17 novembre 1943. Jonas Geduldig est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, à l’âge de 36 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 17 avril 1972.
Photographie non datée de Jonas Geduldig. Source : https://museedelaresistanceenligne.org/
Missak Manouchian
Juliette B.
11 rue des Plantes
Je suis né le 1er septembre 1909 en Arménie, dans l’Empire ottoman. En 1915, débute le génocide arménien : les chrétiens sont exterminés sur ordre du gouvernement de l’empire ottoman. Mon père, chrétien, participe à la résistance face aux Ottomans et il est tué. Avec ma mère et mes frères, nous sommes ensuite déportés et ma mère meurt à son tour. Placé dans un orphelinat au Liban, alors administré par la France, j’y émigre avec mon frère Garabed, en 1925. En France, dans les années trente, je fonde la revue arménienne : « Tchank », qui signifie « effort ». Je m’engage dans le Parti communiste français et je deviens cadre de la Section française du Comité de Secours pour l’Arménie. Je lutte contre les inégalités sociales et reste attaché à ma patrie natale. Je vis avec Mélinée Soukémian, qui est également arménienne et une orpheline du génocide. Nous n’avons pas d’enfant. A l’orphelinat, j’ai reçu une formation de menuisier. Dès mon arrivée en France, je fais plusieurs petits métiers afin de gagner modestement ma vie. Je suis également poète ; tout petit déjà j’écrivais des poèmes en français car j’aime cette langue. Je fonde deux revues littéraires et je deviens rédacteur en chef du journal Zangou. A deux reprises, en 1933 puis en janvier 1940, je demande à obtenir la nationalité française, mais sans succès. J’intègre les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans de la Main d’Œuvre Immigrée), à partir de février 1943, aux côtés de Joseph Epstein. Mon histoire personnelle me pousse à rejeter l’idéologie de l’occupant nazi, qui prône la domination d’un seul peuple. En août 1943, je deviens chef militaire des FTP-MOI, à la tête de 65 autres résistants de différentes nationalités (Hongrois, Arméniens...). Durant cette période, j’organise et je participe à des actions armées. Ma première action armée se déroule à Levallois-Perret le 17 mars 1943, je jette une grenade sur un détachement allemand. Je participe à l’assassinat du général SS Julius Ritter, un proche d’Adolf Hitler, le 28 septembre 1943. Le 16 novembre 1943, la police française procède à mon arrestation lors de ma rencontre avec Joseph Epstein. Missak Manouchian se trouve sur « l’Affiche rouge », sous la dénomination« Manouchian, Arménien, Chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés ». Missak Manouchian est fusillé au Mont Valérien, le 21 février 1944, à l’âge d’environ 34 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » en 1971.
Missak et Mélinée Manouchian. Source : A. Atamian, C. Maroudian et D. Peschanski, Missak et Mélinée Manouchian, deux orphelins engagés dans la Résistance française, ed. Textuel, 2023.
Jeanne B.
Emeric Glasz
37, rue Nationale
Je suis né le 14 juillet 1902 à Budapest, en Hongrie. Je quitte la Hongrie en 1937 car je suis engagé dans des mouvements d’ouvriers et des groupes communistes, qui sont réprimés brutalement par le gouvernement. Je suis mariée à Ilona, qui est venue avec moi en France. Je travaille comme ouvrier mécanicien. Lorsque la guerre éclate, je m’engage dans l’armée française, au sein du 23ème régiment de marche des volontaires étrangers. Après la démobilisation en 1940, je reviens à Paris et intègre l’année suivante l’Organisation Spéciale mise en place par le Parti communiste pour entreprendre les premières actions de résistance armée. J’intègre les FTP-MOI vers 1942, sous le pseudonyme « Robert », en raison de mon engagement communiste et antifasciste. Je fais partie du groupe des « dérailleurs » et participe à plusieurs actions pour saboter les voies de chemin de fer. Emeric Glasz est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 42 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 3 août 1971.
Photographie anthropométrique d’Emeric Glasz, prise le 20 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris / gabrielperi.fr
Louise L.
Roger Rouxel
135 voie Bacchus, Vitry-sur-Seine
Je suis né le 3 novembre 1925 en France. En 1939, je n'ai que quatorze ans. Je vis à Vitry-sur-Seine avec mes parents qui sont communistes. Mon père est terrassier et ma mère est sans profession. Après avoir obtenu mon certificat d'études primaires, je travaille comme tourneur sur métaux dans une usine de constructions mécaniques à Ivry-sur-Seine. J'intègre les FTP-MOl en mars 1943 sur proposition de Robert Witchitz, un ancien camarade d'école. J'ai alors dix-sept ans. Sous le pseudonyme de « Léon », je suis affecté au 3ème détachement composé majoritairement d'Italiens. Le 13 mars 1943, je mène ma première action, en assurant la protection de mes camarades lors de l’attaque d’un garage allemand à Paris. Dans les mois suivants, je participe à d’autres attentats à la grenade ciblant les forces d’occupation. Le 14 novembre 1943, je suis arrêté par la police française. Roger Rouxel est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, à l’âge de 18 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 14 décembre 1945.
Photographie anthropométrique de Roger Rouxel prise le 15 novembre 1943. Souce : gabrielperi.fr
Maëlys S-C.
Wolf Wajsbrot
153 avenue de Paris, Ivry-sur-Seine
Je suis né le 3 mars 1925 dans un petit village de Pologne. Mes parents décident d’émigrer vers la France en 1930. Nous sommes en effet de confession juive, or l’antisémitisme se développe alors en Pologne. De plus, la situation économique du pays pousse mes parents à espérer une vie meilleure en France. Je suis membre des Jeunesses Communistes de la Main-d’œuvre immigrée. J’ai une formation de mécanicien. Mes parents sont arrêtés au cours de la rafle du 16 juillet 1942 du Vel d'Hiv' et sont internés dans le camp de Drancy, puis déportés. J'intègre alors les FTP MOI en 1942. En 1943 je suis muté au 4ème détachement, dit « des dérailleurs». Je participe ainsi au sabotage des voies ferrées et au déraillement de trains. Je suis arrêtée par la police française chez ma petite amie, Sarah Danciger, dite « Suzy », également résistante de la FTP-MOI. Wolf Wajsbrot est sur l'Affiche Rouge, désigné par « Wajsbrot-Juif polonais, un attentat, trois déraillements ». Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 18 ans. Il est reconnu «Mort pour la France » le 26 février 1958. Après son arrestation, Sarah Danciger est internée dans le camp de Drancy, puis déportée et assassinée à Auschwitz en février 1944.
Photographie anthropométrique de Wolf Wajsbrot, prise le 18 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris ; gabrielperi.fr
Yanis S.
Georges Cloarec
15 Boulevard Lamouroux, Vitry-sur-Seine
Je suis né le 22 décembre 1923 en Eure-et- Loir, au sud-ouest de Paris. Je suis ouvrier agricole, puis je travaille en usine lorsque je m’installe chez mon oncle à Alfortville. A la déclaration de guerre en 1939, je suis animé de sentiments patriotiques et je veux m’engager dans les Forces françaises libres pour combattre les Allemands. Mais j’ai seulement un peu plus de seize ans et les recruteurs ne me choisissent pas. J’échappe au Service du Travail Obligatoire et j’intègre en septembre 1943 le troisième détachement Italien des FTP-MOI sous le pseudonyme de Marc. Mon rôle est d’apporter les armes avant chaque action. Je réalise également des missions de reconnaissance. Je suis arrêté le 13 novembre 1943. Georges Cloarec est fusillé avec ses camarades au Mont Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 20 ans. Il est reconnu « Mort pour la France ».
Georges Cloarec lors de son arrestation le 13 novembre 1943. Source : maitron.fr
Celestino Alfonso
Amy L.
16, rue de Tolbiac
Je suis né le 1er Mai 1916 en Espagne. J’ai émigré vers la France, plus précisément à Ivry-Sur-Seine, en 1927, avec mes parents. J’adhère aux Jeunesses communistes en 1934. En 1936, je retourne en Espagne pour me battre aux côtés des Républicains, contre Franco. En 1939, comme d’autres anciens brigadistes communistes, et perçus comme un danger par les autorités françaises, je suis interné dans deux camps, dont celui d’Argelès. Je réussis à m’en évader et retourne dans la région parisienne. Je suis marié et j’ai un fils, prénommé Jean. Je suis menuisier. Après avoir participé à des actions clandestines du Parti Communiste, j’intègre les FTP-MOI en 1943 pour lutter contre l’occupant allemand. Fort de mon expérience militaire, je suis affecté à l’équipe spéciale chargée de tuer des collaborateurs et des officiers allemands. Je participe ainsi avec Marcel Rayman à l’assassinat de Julius Ritter, responsable du STO en France. Je suis arrêté par la police française le 17 novembre 1943. Alfonso Celestino apparaît sur l’Affiche rouge, sous la dénomination « Alfonso, Espagnol rouge, 7 attentats » Il est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, à l’âge de 27 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 14 mai 1945.
Celestino Alfonso, deuxième à partir de la gauche, avec son maillot ouvert. (Photographie de famille). Source : https://histoireetsociete.com
Axel C.
Rino Della Negra
119 Route de Sannois, Argenteuil
Je suis né le 18 aout 1923 en France, dans le Nord, où s’étaient installés mes parents après avoir quitté l’Italie au début des années vingt. Puis, nous déménageons dans la région parisienne, à Argenteuil. Je suis contre la dictature et sensible aux idées communistes. Je suis ouvrier et également footballeur, je joue ailier droit au Red Star Olympique de Saint-Ouen. J’intègre les FTP-MOI en octobre 1942 car je refuse de partir au STO. Je me cache alors chez des membres de mon club de football et j’entre dans la résistance. Mon rôle est d’attaquer des soldats allemands, notamment en lançant contre eux des grenades. Le 12 novembre 1943, lors d’une opération, je suis blessé par balle et arrêté par la police. Rino Della Negra est fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, à l’âge de 20 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 24 novembre 1950.
Stanislas Kubacki
Joshua B-M.
38 rue Jean-Jaurès, Puteaux
Je suis né en Pologne le 2 mai 1908. J’émigre en France en 1925, dans le Pas-de-Calais, puis en région parisienne pour des raisons économiques. Sur le plan politique, je suis marqué par des convictions de gauche et j’adhère au Parti Communiste Français, qui joue un rôle important dans la défense des droits des ouvriers et des mineurs, profession dans lesquelles travaillent beaucoup d’immigrés polonais. Je participe à des grèves et des manifestations. Je rejoins les Brigades internationales en 1937, en tant que soldat dans l'unité polonaise. Je m’oppose ainsi à l'avancée du fascisme en Espagne et lutte aux côtés des Républicains contre Franco A mon retour en France, je suis interné dans les camps de Gurs puis du Vernet, comme d'autres anciens brigadistes. En effet, les autorités françaises se méfient de nous, combattants et communistes, considérés comme potentiellement dangereux pour la stabilité politique en 1939-1940. Je suis marié avec Geneviève Klébek et nous avons un fils. Je travaille comme ouvrier. Mes convictions m’ont naturellement conduit vers la résistance antifasciste pendant l’Occupation. J’intègre les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans) - (Main-d’œuvre Immigrée) en 1943. J’y joue un rôle actif dans des actions de sabotage contre les installations allemandes. Je suis arrêté le 19 novembre 1943 par la police française. Stanislas Kubacki est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 35 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 28 novembre 1945
Photographie non datée de Stanislas Kubacki. Source : https://gabrielperi.fr/
Armenak Manoukian
Andrew S-R.
200 rue de Belleville
Je suis né le 5 novembre 1898 en Arménie, alors dans l’empire russe. J’ai dû fuir mon pays natal. En effet, dans les années 1920, j’ai eu de nombreuses responsabilités dans l’Armée rouge et au sein du Parti Communiste mais je me suis ensuite opposé à Staline. En 1935 j’écris un « Appel au prolétariat mondial » sous le pseudonyme de Tarov, dans lequel je dénonce le sort des prisonniers politiques en URSS. J’ai pris différentes identités afin d’échapper à la police politique de Staline. Après plusieurs arrestations et emprisonnements, je réussis à m’enfuir vers la France en 1937. Je suis marié et nous avons un enfant. Je suis mécanicien, et j’ai également été typographe. J’intègre les FTP-MOI en 1943. J’ai participé au déraillement d’un train et à un jet de grenades contre des soldats allemands. Lors d’une action, je suis blessé accidentellement ; je suis alors hébergé et soigné par Armène, la sœur de Mélinée Manouchian. Je suis arrêté le 19 novembre 1943 par la police française. Armenak Manoukian est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à 45 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » en 1972.
Photographie anthropométrique d’Armenak Manoukian prise le 21 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris. Source : gabrielperi.fr
Lili P.
Joseph Epstein
2 rue Labrouste
Je suis né le 16 octobre 1911 en Pologne. J’émigre vers la Tchécoslovaquie puis vers la France en 1931. J’ai quitté la Pologne puis la Tchécoslovaquie à cause de mes actions militantes en faveur du communisme, qui n’étaient alors pas tolérées par le pouvoir en place. Je suis de religion juive. Communiste, je m’engage en 1936 dans les Brigades internationales en Espagne, afin de préserver la République et de lutter contre Franco A mon retour en France en 1939, comme de nombreux combattants des Brigades internationales, je suis interné au camp de Gurs. Peu après ma libération et avec la déclaration de guerre à l’Allemagne, je m’engage dans la Légion étrangère. Je suis fait prisonnier par les Allemands en 1940 et je suis interné au Stalag IV près de Leipzig d’où je parviens à m’évader. J’ai une femme, Paula avec qui j’ai un fils, Georges. J’ai suivi des études de droit à Varsovie, que j’ai achevées en France. Dès 1941, j’intègre les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) et en deviens le chef pour la région parisienne. J’améliore la stratégie de combat en ville contre les Allemands en abandonnant les groupes de trois (un tireur ou grenadier et deux autres combattants chargés de la protection) au profit d’opérations impliquant une quinzaine de combattants. Cette nouvelle conception rend possible l’organisation d’actions spectaculaires en plein jour (déraillements, attaques de véhicules allemands …) Je suis arrêté le 16 novembre 1943 à la gare d’Evry Petit-Bourg avec Missak Manouchian. Joseph Epstein est fusillé le 11 avril 1944 au Mont Valérien, à l’âge de 32 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 10 octobre 1945.
Joseph Epstein. Source : Pascal Convert, Joseph Epstein. Bon pour la légende. Lettre au fils, Editions Atlantica-Séguier, 300 pages, septembre 2007.
Antoine Salvadori
Ruben H.
30 avenue de Choisy
Je suis né le 13 juin 1920 près de Parme, en Italie. J’ai sept ans lorsque mes parents décident d’émigrer vers la France. Mon père craint en effet d’être mobilisé dans l’armée fasciste de Mussolini, dont il ne partage pas les idées.J’exerce le métier d’ouvrier cimentier dans une mine située dans le Pas-de-Calais. C’est là que je rencontre Eugène Martinelli, secrétaire de la section locale du Parti communiste français et secrétaire régional de l'Union des Italiens. En 1943, Eugène Martinelli m’emmène avec son fils à Paris, où je fais la connaissance de Cesare Luccarini. Nous intégrons alors le troisième détachement italien des FTP-MOI de la région parisienne. En septembre 1943, j’attaque à la grenade, avec César Luccarini, un lieu fréquenté par l’armée allemande. Le 4 novembre, avec d'autres combattants, je contrains un garagiste à nous remettre des bicyclettes. Le 12 novembre, j’attaque avec six camarades des FTP-MOI un convoyeur de fonds allemand. Le chauffeur sort, accompagné d’un militaire allemand. Deux de mes camarades ouvrent le feu pour s’emparer de la sacoche. Mais des agents de police interviennent et une fusillade s’ensuit. Grièvement blessé, Rino Della Negra est arrêté. Robert Witchitz, blessé lui aussi, s’enfuit mais il est finalement capturé. Des inspecteurs de la 2e brigade spéciale m’interpellent à mon domicile, avec Cesare Luccarini, le jour même. Antoine Salvadori est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 à l’âge de 23 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 18 décembre 1945. Il reçoit la Médaille de la Résistance Française à titre posthume par décret du 31 Mars 1947.
Photographie anthropométrique d’Antoine Salvadori, prise le 15 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris / gabrielperi.fr
Romane G.
Maurice Fingercweig
124 rue Véron, Alfortville
Je suis né le 25 décembre 1923 en Pologne. Lorsque j'avais 3 ans, avec mes parents et mon frère, nous avons émigré de Pologne vers la France. Je suis juif et communiste. En 1940, je rejoins les Jeunesses Communistes sous l'influence de mon frère qui en était déjà membre. Je suis ouvrier tapissier. En 1942, mon père, sa nouvelle épouse et leur fille, ainsi que mon frère, sont arrêtés et déportés lors des grandes rafles et persécutions antijuives. J’intègre alors les FTP-MOI au printemps 1942 et fais partie de l’équipe des « dérailleurs ». Je suis arrêté par la police française le 17 novembre 1943. Maurice Fingercweig est sur l'«Affiche Rouge» sous la dénomination de « FINGERWEIG, juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements.» Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 20 ans. Il est reconnu mort pour la France le 10 juin 1971. Après leur déportation, son frère, son père, la nouvelle épouse de ce dernier et leur fille, meurent assassinés à Auschwitz en 1942.
Photographie sans date de Maurice Fingercweig, source : © Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne. Droits réservés
Nathan S.
Szlama Grzywacz
11, rue de l'Equerre
Je suis né le 8 décembre, selon les sources, entre 1908 et 1910, dans un village de Pologne. J'ai émigré en France en 1937. En effet, mon activité militante communiste m’a valu des années de prison et de nombreuses persécutions par la police polonaise. Arrivé en France clandestinement et sans passeport, je fais l’objet d’une mesure de refoulement. Je pars alors pour l’Espagne et m’engage aux côtés des Républicains au sein des Brigades internationales, afin d’y combattre le fascisme. Je regagne ensuite la France par les Pyrénées où je suis arrêté et interné dans les camps de Gurs et d'Argelès, comme de nombreux combattants républicains. Je m’en évade et retourne à Paris. Je suis de confession juive et j’ai une compagne qui se prénomme Janine. J’ai été formé au métier de cordonnier par mon père. J'intègre les FTP-MOI en août 1942 à la sous-section juive de la résistance communiste pour combattre l’occupant allemand. J'ai réalisé plusieurs actions de sabotage comme lancer une grenade dans la cave de l’immeuble occupé par les bureaux d’un journal allemand. J'ai jeté une bombe incendiaire sur un camion de soldats allemands et j’ai également participé au déraillement de plusieurs trains. Je suis arrêté le 19 novembre 1943 par la police française. Szlama GRZYWACZ se trouve sur l'Affiche Rouge désigné par « GRZYWACZ, juif polonais ayant commis deux attentats». Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge d’environ 36 ans. Il est reconnu "mort pour la France" le 18 février 2023.
Photographie de Szlama Grzywacz prise à la prison de Fresnes. Source : https://www.bundesarchiv.de/
Léon Goldberg
Shaynez B-E.
32, rue de Meaux
Je suis né le 14 février 1924 en Pologne. Ma mère et moi avons émigré à mes cinq ans en France, pour rejoindre mon père qui y était arrivé l’année précédente. Je suis de confession juive et proche des Jeunesses communistes. Je suis étudiant et je suis fiancé à Ginette Tenenbaum. Le 16 juillet 1942, lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’ mes parents et mes deux petits frères de onze et huit ans sont arrêtés. J’échappe à cette arrestation. J’intègre les FTP-MOI en 1942 sous le pseudonyme de Julien, et plus particulièrement le 4ème détachement des dérailleurs. J’ai ainsi participé à des déraillements de trains et à des sabotages de voies ferrées. Je suis arrêté par la police française le 26 octobre 1943, avec mes camarades Amedeo Usseglio et Willy Szapiro. Léon Goldberg est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, une semaine après avoir eu 20 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 15 février 1949. Ses parents et ses deux frères sont morts assassinés à Auschwitz, après leur déportation en 1942.
Léon Goldberg (photographie non datée). Source : Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne
Cesare Luccarini
Marian G-N.
9, rue Charles Bertheau
Je suis né le 24 février 1922, en Italie. Mon père a émigré en France car il est contre le régime totalitaire de Mussolini, il était antifasciste. Je le rejoins en France avec ma mère et mes sœurs lorsque j’ai 8 ans.Je suis allé à l’école en France et j’ai obtenu le certificat d’études. Je travaille ensuite comme ouvrier cimentier. Lorsque la guerre éclate, en 1940, je rejoins les Jeunesses communistes dans la clandestinité. Parce que communiste, je suis arrêté en 1942 pour distribution de tracts et condamné à de la prison. En 1943, je réussis à m’évader du camp dans lequel je suis prisonnier dans le nord de la France. J’entre alors dans la résistance armée. Recherché et repéré par la police, je pars à Paris. C’est à Paris que j’intègre les FTP-MOI, sous le pseudonyme de Marcel Châtelain. Avec les FTP-MOI, je participe à 6 actions : par exemple tuer des Français qui collaborent avec les Allemands, jeter des grenades sur des soldats allemands dans un café. Le 12 novembre 1943, la septième action échoue. Mes camarades Robert Witchitz et Rino Della Negra sont arrêtés sur le moment par la police française. Avec Antonio Salvadori nous sommes arrêtés quelques heures plus tard. Cesare Luccarini est fusillé au Mont-Valérien avec ses camarades le 21 février 1944, trois jours avant ses 22 ans. Il est reconnu « Mort pour la France » le 18 avril 1946.
Photo de Cesare LUCCARINI extraite de sa carte d'engagé volontaire. Archives familiales / wikimedia commons
Joseph Boczov
Daniel S.
9 rue Caillaux
Je suis né le 3 août 1905 en Hongrie. J’ai d’abord émigré vers 1936 en Espagne, puis en France. Je suis de religion juive. Dans mon pays natal, je milite aux Jeunesses communistes et en deviens le responsable dans certaines villes. A presque 32 ans je quitte mon pays afin de combattre en Espagne dans les rangs des Brigades internationales. Je veux en effet défendre les idées communistes et antifascistes. Après la défaite de la République espagnole, comme de nombreux brigadistes étrangers, je suis interné dans les camps d’Argelès et de Gurs, car la France considère les communistes comme de potentiels ennemis. Je suis ensuite déporté vers l’Allemagne mais je m’évade pendant le trajet en train avec des camarades. J’ai une compagne, également résistante et qui est arrêtée en 1942. J’ai suivi des études d’ingénieur lorsque je vivais en Hongrie. J’entre en 1941-1942 dans la Résistance et j’intègre les FTP-MOI. Je fonde et dirige le détachement spécialisé dans le déraillement des trains. Ma formation d’ingénieur fait de moi un spécialiste pour organiser le déraillement des trains ennemis. Je suis arrêté le 19 novembre 1943. Joseph Boczov se trouve sur l’Affiche rouge avec le nom suivant : « BOCZOV JUIF HONGROIS CHEF DÉRAILLEUR 20 ATTENTATS ». Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 38 ans. Il est reconnu « Mort pour la France» le 17 avril 1972.
Photographie anthropométrique, de Joseph Boczov, prise le 18 novembre 1943. Source : Archives de la préfecture de police de Paris / maitron.fr
Spartaco Fontanot
Noé A.
40 Boulevard de Belfort, Montreuil
Je suis né le 17 janvier 1922 en Italie. Je n’ai que deux ans lorsque mes parents décident de quitter l’Italie pour aller habiter en France. En effet, mes parents fuient le fascisme, c’est-à-dire la dictature de Mussolini Je suis militant du Syndicat de la Confédération Générale des Travailleurs. Je suis proche des idées du Parti Communiste, afin de lutter contre la misère. J’ai obtenu mon Certificat d’Aptitude Professionnelle et je travaille comme tourneur sur métaux en usine. Mon père et ma sœur sont arrêtés en mars 1943. J’entre alors dans la clandestinité et intègre les FTP-MOI, plus précisément le 3ème détachement composé d’Italiens. Je fais partie des tireurs d’élite et participent à de nombreux sabotages et attentats contre les Allemands, notamment celui contre Julius Ritter, chef du STO en France. Mes deux cousins, Nerone et Jacques, sont également entrés dans la Résistance. Nerone a été arrêté en juillet 1943, condamné à mort et exécuté le 20 septembre. Je suis arrêté le 13 novembre 1943 au domicile de Robert Witchitz par la police française. Spartaco Fontano se trouve sur l’Affiche rouge désigné par « Fontanot, communiste italien, 12 attentats ». Il est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944 à l'âge de 22 ans. Il est reconnu “mort pour la France” le 29 août 1946.
Photographie de Spartaco Fontano, non datée. Source : https://maitron.fr/
Romain C.
Marcel Rajman
296 rue de Belleville
Je suis né le 1er mai 1923 en Pologne. En 1931, avec mes parents et mon petit frère Simon, nous émigrons vers la France. En effet, notre famille est de confession juive et mes parents veulent échapper aux persécutions antisémites qui ont lieu alors en Pologne. J’adhère aux Jeunesses communistes et rencontre Henri Krasucki à l’Union de la Jeunesse Juive qui dépend de la Main d’œuvre immigrée. J’obtiens mon certificat d’études, mais je travaille avec mes parents comme ouvrier tricoteur. Mon père, comme de nombreux Juifs, est raflé dans Paris en 1941 et il est déporté. J’intègre les FTP-MOI en 1942 pour lutter contre l’occupant allemand et son idéologie antisémite. Membre du 2ème détachement juif, je deviens instructeur pour entraîner les nouveaux combattants. J’ai notamment abattu le chef du STO en France Julius Ritter, avec l’aide de Spartaco Fontano. J’ai aussi attaqué à la grenade un autocar allemand. Je suis arrêté avec Olga Bancic par la police française, le 16 novembre 1943. Marcel Rajman se trouve sur « l’Affiche Rouge » sous la dénomination de : « Rayman : juif polonais 13 attentats ». Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 à l’âge de 20 ans. Il est déclaré « Mort pour la France » le 17 avril 1972. Son père, après avoir été déporté, est assassiné à Auschwitz en 1941.Sa mère et son petit frère Simon sont arrêtés à la suite de Marcel. Elle est déportée en février 1944 et meurt assassinée à Auschwitz. Simon est envoyé avec Henri Krasucki au camp de Buchenwald. Ils en sont libérés par les Alliés en 1945.
Photo anthropométrique de Marcel Rajman (18 novembre 1943)
Lyne D-L.
Willy Szapiro
31 rue Bergère
Je suis né le 25 mai 1910, en Pologne. J'ai quitté mon pays natal vers 1930 pour aller vivre et travailler en Palestine. En effet, je suis de confession juive et favorable au sionisme, un mouvement politique et religieux, qui vise à la création d'un État juif en Palestine, alors sous mandat britannique. Je participe ainsi à des manifestations pour mettre un terme au mandat britannique. En 1931, je suis arrêté par la police anglaise et condamné à deux ans de prison. Après avoir purgé ma peine, je suis expulsé de Palestine et m’installe en Autriche, puis en France à partir de 1938. De plus, je suis un militant du parti communiste et je développe une organisation syndicale afin de défendre les ouvriers des ateliers de fourrures. J'ai une femme et nous attendons un enfant. Je suis allé au Lycée mais je n’ai pas terminé mes études et j'ai travaillé dans une savonnerie. Je suis ouvrier fourreur. J'intègre les FTP-MOI en 1942 car je partage leur volonté de libérer la France des nazis. Je suis ainsi chargé de saboter des voies ferrées. Le 27 octobre 1943 je suis arrêté avec Léon Goldberg et Amedeo Usseglio. Willy Szapiro est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 33 ans. Il est reconnu "Mort pour la France" le 28 juin 1971.
Photographie anthropométrique de Willy Szapiro, prise le 26 octobre 1943, lors de son arrestation près de Melun en Seine-et-Marne. Archives de la préfecture de police. Source : gabrielperi.fr
Alice V.
Thomas Elek
7 rue Roger
Je suis né le 7 décembre 1924 à Budapest en Hongrie. A l’âge de 6 ans, j’émigre en France avec ma famille. En effet, mon père était membre du parti communiste, ce qui lui a valu d’être arrêté et interné dans un camp en Hongrie. Je suis né dans une famille juive et je suis communiste. Depuis 1933, ma mère tient un restaurant, qui est un lieu de rencontre important d’étudiants du quartier latin. Ma famille refuse les mesures prises contre les Juifs et change plusieurs fois d’adresse. En 1941, alors élève au lycée Louis le Grand, je me bagarre avec un camarade qui a tenu des propos antisémites à mon encontre. Je quitte alors le lycée et je m’engage dans l’action clandestine. J’intègre les FTP-MOI en août 1942. Le 9 novembre, je confectionne une bombe, la dépose sur un rayon d’une librairie allemande située Boulevard Saint-Michel, qui est incendiée. Je deviens l’adjoint de Joseph Boczov, qui dirige le 4ème détachement des FTP-MOI chargé des sabotages ferroviaires. Je suis arrêté par la police française le 21 novembre 1943. Thomas Elek se trouve sur l’Affiche rouge présenté comme : « Juif hongrois, 8 déraillements. » Il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944, à l’âge de 19 ans. Il est reconnu « mort pour la France » le 13 avril 1947.
Photographie de classe au lycée Louis-le-Grand (Source : Denis Peschanski, Christian Ingrao, Peter Lieb, Mont Valérien, un lieu d'exécution dans la Seconde Guerre mondiale. Mémoires intimes, mémoire nationale, ed. Ouest-France, 2022)