L’expédition Shackleton (1914-1917)
Antarctique, 1915
M.Brouillon
Acceptes-tu l'offre de Sir Shackelton? Veux tu l'aider?
Oui, je pars à l'aventure !
Non, j'ai trop peur !
On est bien mieux au chaud chez soi... quand on a un chez soi ! A cette époque, nombreux sont, parmi les marins, ceux qui n'ont rien à perdre. L'aventure s'arrête donc ici pour toi sauf si, finalement, tu changes d'avis !
Lorsque tu montes sur le pont du navire l’Endurance, tu es assaillis par une vague d’air salé et d’activité frénétique. Les cordages sont attachés aux trois mâts, les voiles sont hissées et sans cesse ajustées au vent. De temps en temps, on entend quelques bribes des ordres du capitaine Worsley. La coque en chêne massif, renforcée à quatre reprises, grince au rythme régulier des vagues qui s’écrasent. Un peu à l’écart de tout cela, le chef de l’expédition, Ernest Shackleton, est penché sur une table de cartes, tirant de temps en temps sur sa pipe en étudiant une carte marine de l’océan Austral. Après des semaines de voyage en mer, l’Antarctique est proche ! Un immense continent au sud de la Terre, dont pratiquement tous les hommes, à part quelques chasseurs et pêcheurs, ignoraient l’existence il y a encore peu de temps !
La banquise devient de plus en plus dense. Le capitaine fait irruption dans la cabine de Shackleton :
« Monsieur, Shackleton ! Monsieur !!! Nous n’arrivons presque plus à avancer. La glace devant nous est de plus en plus épaisse. Nous devons nous arrêter ! Si nous ne faisons rien, nous risquons de rester coincés ici, avec notre navire prisonnier de la banquise ! » Le capitaine regarde Shackleton, l’air interrogateur –« Monsieur ? »
Que décides-tu ?
CHOIX A : Plein gaz arrière ! Tous sur le pont ! on tire le navire en arrière avec des cordes pour le sortir de la glace ; si nous nous dépêchons, nous pourrions peut-être nous libérer !
CHOIX B : Plus loin, la mer est encore dégagée ! Nous allons nous frayer un chemin avant que la glace ne devienne encore plus épaisse ! Allez les gars, prenez les pics à glace, barres et scies !
CHOIX C : Tu suggères à l'oreille de Shackleton de rester sur place. Ce dernier tire sur sa pipe pensivement, acquièsce finalement d'un mouvement de tête et dit alors : « Messieurs, il semble que nous devrons nous installer ici pour un moment. Capitaine Worsley, préparez le navire pour plusieurs mois dans la glace! »
Après plusieurs heures d’efforts intenses, on parvient à tirer le navire un peu en arrière, mais la glace derrière lui devient de plus en plus épaisse et bloque le chemin. Les hommes, épuisés, s’assoient sur la glace et boivent un thé avec dépit...
La glace gèle plus vite que vous ne pouvez la briser. Après des heures de lutte, la glace gagne et le navire est complètement gelé. Les hommes sont épuisés et ont les pieds trempés ...
La perspective de passer plusieurs mois sur cette banquise en Antarctique fait frissonner certains hommes. Mais c’est la seule véritable option qui s'offrent à vous. Bientôt, on entend le bruit du marteau, de la scie, et les repas commencent à être préparés.
Le 14 février 1915, Shackleton ordonna à son équipage de libérer le navire de la glace avec des pioches et des scies. Dans une course contre la glace qui se durcissait de plus en plus, ils tentèrent de creuser un passage dans la glace pour pouvoir tirer le navire à travers. Mais leurs efforts furent vains et après quelques jours, le navire était complètement coincé dans la banquise. Shackleton avait entendu dire qu’un navire allemand avait failli se retrouver dans la même situation trois ans plus tôt. Ce navire avait dérivé avec la glace pendant six mois avant d’en être finalement expulsé, sans dommages. Shackleton décida donc de préserver les forces de l’équipage et de se préparer du mieux possible pour un hiver austral.
Les jours se transforment en mois tandis que l’équipage est contraint de regarder, impuissant, les courants marins emporter lentement l’Endurance vers l’inconnu. Chaque nuit est un peu plus longue et un peu plus froide que la précédente. Même la lumière déclinante du jour ne parvient pas à chasser le froid glacial de la nuit à l’intérieur du navire. L’hiver austral est arrivé. Bien que l’équipage ne manque de rien et bénéficie de repas chauds et de lits tièdes, l’ambiance est morose. Peu de plaisanteries, beaucoup de disputes et même des bagarres éclatent. Un jour, le second se précipite dans la cabine de Shackleton : « Monsieur, le cuisinier n’a pas suivi mes ordres et m’a même insulté. Il faut que cela soit puni ! »
Que décides-tu ?
CHOIX A : Vous avez raison, c’est une grave violation de la discipline. Arrêtez-le et mettez-le en cellule pendant deux semaines.
CHOIX B : Oh, arrêtez, nous avons des problèmes beaucoup plus importants. Vous vous êtes probablement encore plaint de la nourriture au cuisinier.
CHOIX C : Je vois que la discipline laisse à désirer depuis quelques semaines. Le cuisinier était particulièrement grincheux. Supprimez-lui sa ration de boisson pendant deux semaines. En outre, en guise de réparation, il devra mettre sur pied un programme de divertissement avec théâtre et match de football pour l’équipage. Dites-lui que j’attends avec impatience la première du théâtre.
Bien que l’aide de cuisine fasse de son mieux, le second n’est plus le seul à se
plaindre de la nourriture à chaque repas...
Le second s’en va furieux. Au cours des semaines suivantes, si l’on prête attention, on peut entendre de plus en plus de voix en colère sous le pont...
Malgré les premières plaintes, le cuisinier se révèle être un directeur de théâtre talentueux et un bon arbitre de football. Les pièces de théâtre et les matchs de football deviennent les moments forts de la semaine et aident l’équipage à surmonter l’ennui des longues et froides nuits.
Shackleton et le capitaine Worsley étaient bien conscients que dans une telle situation, la satisfaction et le moral de l’équipage étaient au moins aussi importants que le respect strict des règles. De plus, il aurait probablement été très imprudent de mettre en prison le cuisinier, car rien n’est plus important pour le moral que de bien manger. En effet, durant les sombres mois d’hiver à bord de l’Endurance, plusieurs activités de loisirs furent organisées. Pendant la journée, il y avait des matchs de football et des courses de chiens, et le soir, des pièces de théâtre étaient répétées et jouées.
Les bruits de craquement, qui ressemblent de manière fort suspecte à du bois se brisant et à de l’eau envahissant le navire, deviennent de plus en plus forts et fréquents. Étant donné que la banquise est en mouvement et se déplace, le navire, pris au piège dans la glace, subit des forces énormes et est lentement écrasé. L’équipage est contraint d’abandonner le navire. Après quelques jours frénétiques, la plupart des matériaux nécessaires à la survie sur la glace ont été récupérés du navire qui coule lentement. Il reste juste assez de temps pour sauver les derniers objets sur la liste du capitaine. « Le temps nous est compté ! » s’écrie un marin, les genoux dans l’eau : « Que pouvons-nous laisser derrière nous ? »
Que décides-tu d'abandonner ?
CHOIX A : Des cartes à jouer.
CHOIX B : De la viande en conserve.
CHOIX C : Des fusées de détresse
« Vous n’êtes pas sérieux ! Nos cartes à jouer sont-elles vraiment en train de couler avec le navire ?! » s’indigne le charpentier. « Jouer au poker était la seule chose agréable de la garde de nuit. » Un murmure de découragement se fait entendre en arrière-plan. ...
Le cuisinier n’en revient pas : - Quoi ? Vous avez laissé la viande en conserve à bord ? Que va-t-on manger maintenant ? - Calme-toi. Nous avons des fusils et des cartouches, avec ça, on peut chasser autant de manchots et de phoques qu’on veut, et il y en a plus qu’assez ici ! Ce n’est pas une dinde de Noël, mais on peut quand même en manger. - C’est vrai que la viande en conserve n’était pas vraiment ce que j’appellerais de la haute cuisine, acquiesce le cuisinier.
- Comment allons-nous attirer l’attention des navires qui passent ? demande le cuisinier, inquiet. - Quand as-tu vu un navire passer pour la dernière fois? rit le timonier. Le cuisinier se gratte pensivement la tête :
- Eh bien, peut-être qu’on aurait pu allumer un feu avec ça, ou quelque chose du genre...
Cette question n’a pas de réponse clairement correcte. Cependant, la viande en conserve et les cartes à jouer sont d’une utilité indéniable pour l’expédition (plus de réserves alimentaires et un meilleur moral). À notre connaissance, les fusées de détresse n’ont pas été utilisées durant l’expédition.
Sans navire, vous et votre équipage êtes maintenant coincés sur la banquise... - À en juger par la direction, nous dérivons vers une des îles du nord. Avec un peu de chance, nous pourrons simplement rester sur cette plaque de glace, propose le capitaine. - Et avec un peu de malchance, nous allons encore tourner en rond sur la mer pendant un mois, jusqu’à ce que la banquise fonde sous nos pieds. Répond Shackelton. Je propose que nous prenions notre destin en main et que nous traînions nos canots de sauvetage en direction de l’île ; dès que nous atteignons la mer libre, nous finirons le trajet en mer. Monsieur le navigateur, qu’en pensez-vous ? »
Que décides-tu ?
CHOIX A : Il semble en effet que nous dérivions dans la bonne direction. De plus, dans ce terrain accidenté, on avance lentement lorsqu’il faut tirer les canots. Espérons que cette banquise nous mènera en toute sécurité à destination.
CHOIX B : Nous ne pouvons pas compter sur la banquise pour nous amener à destination ; elle peut aussi bien rester bloquée ou changer de direction. En outre, si je regarde nos trois petits canots de sauvetage, je préfère parcourir autant que possible le chemin à pied plutôt qu’en pleine mer. Je pense que nous devrions essayer à pied.
Après un grand fracas, le capitaine se réveille les pieds mouillés. Quelque chose lui mord la botte. "Réveillez-vous, la banquise se brise ! Et un léopard de mer a attrapé le capitaine !", crie le second, qui était allongé à côté du capitaine. Après un bref va-et-vient un peu paniqué, le capitaine se retrouve avec une botte en moins sur la glace : "D’accord, finalement je pense que je préfère quand même marcher..."
Vous progressez lentement en traînant les canots sur les crêtes de glace escarpées, mais vous avancez ! C’est mieux que de rester assis sur la banquise sans rien faire.
Le 30 octobre 1915, il a été décidé de partir à pied. La principale raison en était l’incertitude concernant la direction et la vitesse de déplacement de la banquise. De plus, Shackleton savait qu’il existait plusieurs dépôts d’urgence avec de la nourriture et de l’équipement, qu’il avait établis il y a 12 ans lors de sa participation à une expédition suédoise. Cependant, le dépôt le plus proche était estimé à 520 km de leur position actuelle. Il a donc été décidé de partir à pied en direction du prochain dépôt. Ils préféraient prendre leur destin en main plutôt que de rester passivement sur la banquise en espérant être emportés en mer. Une telle marche à travers un environnement rude et inconnu serait indéniablement épuisante et dangereuse, mais Shackleton savait qu’il était crucial de donner à l’équipage un objectif commun et une raison d’espérer. Les membres de l’expédition ont chargé autant de provisions que possible dans les trois canots de sauvetage. L’Endurance coule le 21 novembre et l’équipage part finalement à pied en traînant les canots remplis de provisions.
De nombreuses ascensions périlleuses se font les mois qui suivent à travers les crêtes de glace avec les canots de sauvetage à traîner ! Le soleil d’été austral se montre de plus en plus souvent et, à maintes reprises, les hommes se retrouvent dans l’eau jusqu’aux genoux, et traîner les canots devient de plus en plus fatiguant et dangereux. Il est finalement décidé d’attendre que suffisamment de glace fonde pour que les canots puissent être mis à l’eau et se diriger vers l’île la plus proche. Pendant les 7 jours de voyage en mer, le froid et la mer houleuse poussent l’équipage à ses limites. À tout moment, les petits canots menacent de chavirer. Les vagues glacées, qui déferlent sur les bords, font geler les vêtements des hommes et tout ce qui se trouve à bord.
Exténués et recouverts d’une couche épaisse de glace, ils arrivent enfin sur la minuscule et inhospitalière île de l’Elephant. Lorsque le cuisinier se débarrasse des derniers glaçons de sa barbe et commence à préparer un repas chaud tant attendu, il s’aperçoit, horrifié, que tout est gelé : « Zut ! Pour cuire ces blocs de glace, il me faut au moins quatre fois plus de carburant. » Le second, qui a entendu le cuisinier, arrive en courant et proteste contre le gaspillage de tant de carburant, en disant : « Prenez quelques morceaux et mettez-les dans les rations; vous pourrez les servir comme des sucettes glacées, ça économisera du carburant !
Que décides-tu ?
CHOIX A : Tu acceptes l'idée du second et demande de distribuer les "glaces". Découragé, le cuisinier vous répond : « Si le carburant ne suffit pas, tant pis, mais c’est vous qui expliquerez cela à l’équipage. »
CHOIX B : Tu refuses l'idée du second. Horrifié par un tel menu barbare, le cuisinier te soutient et dit : « On est ce qu’on mange. Les hommes ont déjà l’air de blocs de glace, pas la peine qu’ils en mangent aussi ! »
Avec une gaieté exagérée, le second commence à distribuer les "glaces" aux hommes gelés et dépités. Lorsqu’il arrive auprès du médecin du bord, celui-ci lui dit: « C’est n’importe quoi ! Si vous mangez ça, vous perdrez plus d’énergie à le digérer que vous n’en récupérerez ! ». De moins en moins joyeux, le second commence à reprendre les "glaces" qu’il venait de distribuer ...
Très vite, l’équipage est rassemblé autour du feu et savoure son premier repas chaud depuis des jours. Lorsque le second remet ses bottes séchées près du feu, le médecin du bord l’appelle à part et plaisante : « Avant que j’oublie : vos ambitions de devenir vendeur de glace en Antarctique, vous feriez bien de les oublier tout de suite ! Car la nourriture gelée prive le corps d’énergie, puisqu’il faut d’abord la décongeler.
Le médecin a bien sûr raison. Pour faire fondre la glace, il faut de la chaleur (de l’énergie). Afin de digérer la nourriture gelée, le corps doit d’abord produire de la chaleur sous forme d’énergie. Avant même que la nourriture puisse fournir de l’énergie au corps, celui-ci doit utiliser sa propre énergie pour décongeler les aliments.
Bien que tous les hommes soient soulagés d’avoir retrouvé la terre ferme sous leurs pieds, leur voyage n’est pas encore terminé. En effet, un sauvetage par un navire passant au hasard est très improbable. Leur seul espoir est de parcourir une distance colossale de 1300 km dans l’un des canots de sauvetage pour obtenir de l’aide d’une station baleinière habitée sur l’île de la Géorgie du Sud. Shackleton, le capitaine et quatre autres hommes se lancent dans ce dangereux voyage vers l’inconnu, laissant le reste de l’équipage sur l’île.
Le petit canot de sauvetage et son équipage de six hommes sont secoués par des rafales glaciales. Les vagues, plus hautes que celles que Shackleton n’a jamais vues en 26 ans en mer, engloutissent plusieurs fois le canot. Lorsque le pire est passé, et après deux nuits blanches, le capitaine remet la barre à deux de ses marins. Juste avant l’aube, l’un des marins dit : « Vincent, ne t’appuie pas autant sur le gouvernail ! On tourne en rond ! Depuis combien de temps tu fais ça ?! » Vincent, penaud, hausse les épaules : « Aucune idée... on réveille le
capitaine ? ». « Non, il vient juste de s’endormir ! On va gérer ça nous-mêmes», dit l’autre en jetant un coup d’œil au sextant. « Tu sais comment ça marche, ce truc là ? ». Un peu perdu, Vincent fronce les sourcils et dit : « Si je me souviens bien...
A ton avis, à quoi sert le sextant ?
CHOIX A : A déterminer sa position sur la mer avec l’aide du soleil.
CHOIX B : A déterminer le point cardinal (nord...).
CHOIX C : A mesurer la direction du vent et prédire les tempêtes.
Vincent règle un bras du sextant sur le soleil et regarde à travers l’autre bras vers l’horizon. Il sort ensuite sa montre de sa veste et jette un œil à la table qui se trouve à côté du sextant. « Il semble qu’on soit un peu trop à l’est », dit Vincent et demande à son collègue de corriger le cap.
Prudemment, ils posent le sextant sur le banc et le regardent, attendant la réponse. « Ce truc ne bouge pas ! Il devrait montrer le nord, non?». Après encore 30 minutes et probablement plusieurs kilomètres parcourus dans la mauvaise direction, le capitaine, grognon, jette un œil au sextant, montre en silence la bonne direction et se rendort.
L’oreille collée à l’un des bras du sextant, l’un des marins dit : « Si on écoute bien, on entend la mer... mais je ne sais pas ce que ça veut dire ». Après encore 30 minutes et probablement plusieurs kilomètres parcourus dans la mauvaise direction, le capitaine grognon jette un coup d’œil au sextant, montre en silence la bonne direction et se rendort.
Le sextant, avec la boussole, était l’un des principaux instruments de navigation en mer. Avec une boussole, on sait toujours où se trouve le nord. Mais parfois, une boussole seule ne suffit pas. Par exemple, vous savez qu’il y a une île quelque part au nord. Vous prenez donc le compas et naviguez vers le nord en direction de l’île. Mais après avoir navigué toute la journée vers le nord, vous voulez savoir à quelle distance vous êtes de l’île afin de ne pas risquer de passer trop loin et de la manquer. C’est là que le sextant entre en jeu. Grâce au sextant, on peut savoir où l’on se trouve en déterminant l’angle entre le soleil et l’horizon. Il suffit ensuite de regarder l’heure et de consulter la table pour obtenir sa position.
Après 16 jours en mer, ils arrivent exténués sur l’île de la Géorgie du Sud. Mais la station baleinière habitée se trouve dans le nord de l’île. Ils doivent donc traverser 40 km de montagnes enneigées pour s’y rendre. Une fois arrivés à la station baleinière, Shackleton organise plusieurs expéditions de secours pour sauver le reste de l’équipage sur l'Île de l’Éléphant. Ce qu’il réussira finalement à faire le 30 août 1916 grâce à El Yelcho, un navire chilien !
Après deux ans de voyage, tous les membres de l'équipage de l'Espérance sont finalement rentrés sains et saufs.
Félicitations !
Citations et témoignages
Quand la guerre éclate en 1914, Sir Shackleton est sur le point de partir enfin pour l'expédition qu'il prépare depuis des longs mois. Pourtant il écrit immédiatement aux autorités pour leur proposer le bateau, le matériel, les vivres et tout son équipage aux services du pays. Il ne peut supporter l'idée de partir en expédition quand ses compatriotes partent combattre.
1.Marin qui tient le timon, la barre du gouvernail, qui s'occupe de la direction du navire. 2. Marin affecté au service de la surveillance de la route, de la direction, des signaux, etc.
En 1921, Ernest Shackleton retournera en Antarctique avec l'expédition Shackleton-Rowett, dans l'intention de mener à bien un programme scientifique et des explorations. Quelques heures après avoir jeté l'ancre dans l'anse de Grytviken en Géorgie du Sud, Shackleton succombera d'une crise cardiaque dans sa goélette, le Quest. Il sera, à la demande de son épouse, enterré sur place, là où il avait accompli l'un de ses plus grands exploits.
La tombe de Schackleton dans le cimetière de Grytviken
Chartentier : celui ou celle qui façonne le bois de charpente ou exécute des travaux de charpenterie pour les édifices, les navires, etc.
Ernest Shackleton, né le 15 février 1874 à Kilkea en Irlande et mort le 5 janvier 1922 sur l'île de la Géorgie du Sud, est un explorateur anglo-irlandais considéré comme l'une des principales figures de l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique.
Pendant l'expédition, l'un de ses hommes a perdu un gant, Shackleton lui donne le sien et l'homme refuse ; Shackleton insiste et finit par lui dire qu'il préfère jeter legant à la mer plutôt que d'en profiter alors qu'un de ses hommes a les doigts gelés.
Ernest Shackelton a développé et a prouvé avoir lors de ce voyage, et ce malgré l'échec de son expédition et les difficultés sans cesse grandissantes, des qualités de chef indéniables : courage, détermination, organisation, sens du devoir, expérience, intuition, solidarité, humanisme, philosophie... Il a su faire des choix, souvent difficiles et délicats, au moment où il fallait les faire, déléguer et faire confiance quand il le fallait, fixer des objectifs et donner espoir à son équipage, se sacrifier pour la cause commune.
Le pôle Sud été conquis en 1911 par l'explorateur norvégien Roald Amundsen. Dans la « course au pôle Sud », il ne reste qu'un seul exploit à accomplir: être le premier à traverser l'Antarctique de part en part, de la mer de Weddell à la mer de Ross. C'est le défi que tente de relever, en 1914, Shackleton et ses hommes au bord de l'Endurance*!
* Une seconde équipe de l'expédition, au bord de l'Aurora, a été conjointement envoyée en mission d'approvisionnement de l'équipe de Shackleton, à l'opposé du continent, et a vécu aussi une situation critique de survie qui s'est soldée par la mort de trois de ses hommes.
En 1919, l'explorateur Ernest Shackleton relate lui même l'incroyable expédition de l'Endurance, première tentative avortée de traversée de l'Antarctique, dans son livre "South", dont le titre français est "L'Odyssée de l'Endurance".
"Chaque homme connaissait son poste et les détails de son service. Tout était organisé de sorte que moins de cinq minutes après mon coup de sifflet d'alarme les tentes soient pliées, les appareils et les provisions empaquetés et tout le monde prêt à partir." Ernest Shackleton
"Je savais qu'outre la nécessité d'économiser la nourriture journalière, il était important que les hommes restent gais. La mélancolie induite [ ... ] pouvait être atténuée, jusqu'à un certain point en tout cas, par l'augmentation des rations." Ernest Shackleton
"Nous étions vingt-huit hommes sur ce morceau de glace flottante, qui se réduisait sans cesse sous l'influence de vent, de la température, du choc des glaces alentour et de la grande houle. J'avoue que le fardeau de la responsabilité pesait lourdement sur mes épaules ; d'un autre côté, j'étais stimulé et encouragé par l'attitude des hommes. La solitude est un fardeau du chef ; mais l'homme obligé de prendre des décisions est grandement soulagé lorsqu'il sent que l'inquiétude n'atteint pas ceux qui le suivent et que ses ordres seront exécutés avec confiance." Ernest Shackleton
1.Marin qui tient le timon, la barre du gouvernail, qui s'occupe de la direction du navire. 2. Marin affecté au service de la surveillance de la route, de la direction, des signaux, etc.
Le terme banquise désigne une étendue de glace de mer -quelle que soit sa forme ou la façon dont elle est disposée- formée par solidification des premières couches d'une eau salée.
Le second est l'adjoint du capitaine du navire, aussi connu comme premier officier du pont ou simplement le Second ou le commandant en second. À ce titre il est appelé à le remplacer en cas de besoin. C'est un marin expérimenté, qui fait partie des officiers supérieurs du navire et dispose d'un pouvoir de décision et d'organisation à bord.
"La tâche, maintenant, était d'assurer la sécurité du groupe ; à cela je devais employer toute mon énergie et appliquer chaque parcelle de la connaissance de l'Antarctique que l'expérience m'avait donnée. " Ernest Shackleton
"Je passai toute la nuit sur le pont avec Worsley à épier les mouvements de la glace. A 3 heures, profitant d'une ouverture, la barre fut mise direction sud." Ernest Shackleton
Le 9 mars 2022, une équipe de chercheurs britanniques a retrouvé l'épave de l'Espérance dans les profondeurs de l’Antarctique. Ces chercheurs ont réussi à localiser le mytique trois mâts puis a immergé Sabertooth, un drone ultra-moderne capable de descendre à 3 000 mètres de profondeur, au niveau de l’Endurance mais n'ont pu toucher à ses vestiges car protégés par le Traité international sur l’Antarctique.
"Partout où il se trouve il inspire la confiance, et son état d'esprit influe naturellement sur celui du reste de la troupe." Témoignage du capitaine Worsley
Sir Ernest Shackleton sera érigé après sa mort, et ce malgré une dette colossale qui lèguera à sa descendance, en héros national anglais. Sa vie, ses aventures, son charisme et son héroïsme en milieux extrêmes polaires inspireront la publication de romans et la création de films.
La statue de Shackleton qui orne le côté de la Royal Geographical Society dans le quartier de Kensington à Londres.
Le 30 août 1916 et après trois tentatives de sauvetage ratées, Shackleton récupère enfin ses hommes grâce à un navire chilien. Depuis la barque qui le mène à son équipage agglutiné sur la plage, il entend son commandant en second, Frank Wild, lui crier : "Tous vivants patron !" Et ses hommes ajoutent en chœur : "Par l’endurance, nous vaincrons." La devise familiale de leur glorieux chef.
"Il est difficile d'écrire ce que je ressentais. Pour un marin, le navire est plus qu'une maison flottante. Dans l'Endurance j'avais concentré ambitions, espoirs, désirs, et voilà que la carrière de notre pauvre bateau blessé et gémissant était finie, ses instants comptés. " Ernest Shackleton
"Son idée était que nous avions mis notre confiance en lui, que nous nous étions placés entre ses mains, et si quoi que ce fût devait nous arriver, il en étaitmoralement responsable." Témoignage du capitaine Worsley
Une nuit alors qu'ils dérivent sur un morceau de banquise et que tout semble calme, il pressent un danger : « Vers 11 heures, un inexprimable sentiment de malaise me poussa à quitter ma tente. » Quelques minutes plus tard, la glace se fissure sous leurs pieds et des hommes tombent à l'eau ! Heureusement le chef veillait et avait donné une première alerte.
"Alors que tout semblait au pire, la face des choses changea. Je me suis souvent émerveillé de la limite imperceptible qui sépare le succès de la faillite et du rebondissement soudain qui change un désastre apparemment certain en une réussite relative." Ernest Shackleton
L’expédition Shackleton en Antarctique, 1915
MDD
Created on December 18, 2024
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Antarctique, 1915
M.Brouillon
Acceptes-tu l'offre de Sir Shackelton? Veux tu l'aider?
Oui, je pars à l'aventure !
Non, j'ai trop peur !
On est bien mieux au chaud chez soi... quand on a un chez soi ! A cette époque, nombreux sont, parmi les marins, ceux qui n'ont rien à perdre. L'aventure s'arrête donc ici pour toi sauf si, finalement, tu changes d'avis !
Lorsque tu montes sur le pont du navire l’Endurance, tu es assaillis par une vague d’air salé et d’activité frénétique. Les cordages sont attachés aux trois mâts, les voiles sont hissées et sans cesse ajustées au vent. De temps en temps, on entend quelques bribes des ordres du capitaine Worsley. La coque en chêne massif, renforcée à quatre reprises, grince au rythme régulier des vagues qui s’écrasent. Un peu à l’écart de tout cela, le chef de l’expédition, Ernest Shackleton, est penché sur une table de cartes, tirant de temps en temps sur sa pipe en étudiant une carte marine de l’océan Austral. Après des semaines de voyage en mer, l’Antarctique est proche ! Un immense continent au sud de la Terre, dont pratiquement tous les hommes, à part quelques chasseurs et pêcheurs, ignoraient l’existence il y a encore peu de temps !
La banquise devient de plus en plus dense. Le capitaine fait irruption dans la cabine de Shackleton : « Monsieur, Shackleton ! Monsieur !!! Nous n’arrivons presque plus à avancer. La glace devant nous est de plus en plus épaisse. Nous devons nous arrêter ! Si nous ne faisons rien, nous risquons de rester coincés ici, avec notre navire prisonnier de la banquise ! » Le capitaine regarde Shackleton, l’air interrogateur –« Monsieur ? »
Que décides-tu ?
CHOIX A : Plein gaz arrière ! Tous sur le pont ! on tire le navire en arrière avec des cordes pour le sortir de la glace ; si nous nous dépêchons, nous pourrions peut-être nous libérer !
CHOIX B : Plus loin, la mer est encore dégagée ! Nous allons nous frayer un chemin avant que la glace ne devienne encore plus épaisse ! Allez les gars, prenez les pics à glace, barres et scies !
CHOIX C : Tu suggères à l'oreille de Shackleton de rester sur place. Ce dernier tire sur sa pipe pensivement, acquièsce finalement d'un mouvement de tête et dit alors : « Messieurs, il semble que nous devrons nous installer ici pour un moment. Capitaine Worsley, préparez le navire pour plusieurs mois dans la glace! »
Après plusieurs heures d’efforts intenses, on parvient à tirer le navire un peu en arrière, mais la glace derrière lui devient de plus en plus épaisse et bloque le chemin. Les hommes, épuisés, s’assoient sur la glace et boivent un thé avec dépit...
La glace gèle plus vite que vous ne pouvez la briser. Après des heures de lutte, la glace gagne et le navire est complètement gelé. Les hommes sont épuisés et ont les pieds trempés ...
La perspective de passer plusieurs mois sur cette banquise en Antarctique fait frissonner certains hommes. Mais c’est la seule véritable option qui s'offrent à vous. Bientôt, on entend le bruit du marteau, de la scie, et les repas commencent à être préparés.
Le 14 février 1915, Shackleton ordonna à son équipage de libérer le navire de la glace avec des pioches et des scies. Dans une course contre la glace qui se durcissait de plus en plus, ils tentèrent de creuser un passage dans la glace pour pouvoir tirer le navire à travers. Mais leurs efforts furent vains et après quelques jours, le navire était complètement coincé dans la banquise. Shackleton avait entendu dire qu’un navire allemand avait failli se retrouver dans la même situation trois ans plus tôt. Ce navire avait dérivé avec la glace pendant six mois avant d’en être finalement expulsé, sans dommages. Shackleton décida donc de préserver les forces de l’équipage et de se préparer du mieux possible pour un hiver austral.
Les jours se transforment en mois tandis que l’équipage est contraint de regarder, impuissant, les courants marins emporter lentement l’Endurance vers l’inconnu. Chaque nuit est un peu plus longue et un peu plus froide que la précédente. Même la lumière déclinante du jour ne parvient pas à chasser le froid glacial de la nuit à l’intérieur du navire. L’hiver austral est arrivé. Bien que l’équipage ne manque de rien et bénéficie de repas chauds et de lits tièdes, l’ambiance est morose. Peu de plaisanteries, beaucoup de disputes et même des bagarres éclatent. Un jour, le second se précipite dans la cabine de Shackleton : « Monsieur, le cuisinier n’a pas suivi mes ordres et m’a même insulté. Il faut que cela soit puni ! »
Que décides-tu ?
CHOIX A : Vous avez raison, c’est une grave violation de la discipline. Arrêtez-le et mettez-le en cellule pendant deux semaines.
CHOIX B : Oh, arrêtez, nous avons des problèmes beaucoup plus importants. Vous vous êtes probablement encore plaint de la nourriture au cuisinier.
CHOIX C : Je vois que la discipline laisse à désirer depuis quelques semaines. Le cuisinier était particulièrement grincheux. Supprimez-lui sa ration de boisson pendant deux semaines. En outre, en guise de réparation, il devra mettre sur pied un programme de divertissement avec théâtre et match de football pour l’équipage. Dites-lui que j’attends avec impatience la première du théâtre.
Bien que l’aide de cuisine fasse de son mieux, le second n’est plus le seul à se plaindre de la nourriture à chaque repas...
Le second s’en va furieux. Au cours des semaines suivantes, si l’on prête attention, on peut entendre de plus en plus de voix en colère sous le pont...
Malgré les premières plaintes, le cuisinier se révèle être un directeur de théâtre talentueux et un bon arbitre de football. Les pièces de théâtre et les matchs de football deviennent les moments forts de la semaine et aident l’équipage à surmonter l’ennui des longues et froides nuits.
Shackleton et le capitaine Worsley étaient bien conscients que dans une telle situation, la satisfaction et le moral de l’équipage étaient au moins aussi importants que le respect strict des règles. De plus, il aurait probablement été très imprudent de mettre en prison le cuisinier, car rien n’est plus important pour le moral que de bien manger. En effet, durant les sombres mois d’hiver à bord de l’Endurance, plusieurs activités de loisirs furent organisées. Pendant la journée, il y avait des matchs de football et des courses de chiens, et le soir, des pièces de théâtre étaient répétées et jouées.
Les bruits de craquement, qui ressemblent de manière fort suspecte à du bois se brisant et à de l’eau envahissant le navire, deviennent de plus en plus forts et fréquents. Étant donné que la banquise est en mouvement et se déplace, le navire, pris au piège dans la glace, subit des forces énormes et est lentement écrasé. L’équipage est contraint d’abandonner le navire. Après quelques jours frénétiques, la plupart des matériaux nécessaires à la survie sur la glace ont été récupérés du navire qui coule lentement. Il reste juste assez de temps pour sauver les derniers objets sur la liste du capitaine. « Le temps nous est compté ! » s’écrie un marin, les genoux dans l’eau : « Que pouvons-nous laisser derrière nous ? »
Que décides-tu d'abandonner ?
CHOIX A : Des cartes à jouer.
CHOIX B : De la viande en conserve.
CHOIX C : Des fusées de détresse
« Vous n’êtes pas sérieux ! Nos cartes à jouer sont-elles vraiment en train de couler avec le navire ?! » s’indigne le charpentier. « Jouer au poker était la seule chose agréable de la garde de nuit. » Un murmure de découragement se fait entendre en arrière-plan. ...
Le cuisinier n’en revient pas : - Quoi ? Vous avez laissé la viande en conserve à bord ? Que va-t-on manger maintenant ? - Calme-toi. Nous avons des fusils et des cartouches, avec ça, on peut chasser autant de manchots et de phoques qu’on veut, et il y en a plus qu’assez ici ! Ce n’est pas une dinde de Noël, mais on peut quand même en manger. - C’est vrai que la viande en conserve n’était pas vraiment ce que j’appellerais de la haute cuisine, acquiesce le cuisinier.
- Comment allons-nous attirer l’attention des navires qui passent ? demande le cuisinier, inquiet. - Quand as-tu vu un navire passer pour la dernière fois? rit le timonier. Le cuisinier se gratte pensivement la tête : - Eh bien, peut-être qu’on aurait pu allumer un feu avec ça, ou quelque chose du genre...
Cette question n’a pas de réponse clairement correcte. Cependant, la viande en conserve et les cartes à jouer sont d’une utilité indéniable pour l’expédition (plus de réserves alimentaires et un meilleur moral). À notre connaissance, les fusées de détresse n’ont pas été utilisées durant l’expédition.
Sans navire, vous et votre équipage êtes maintenant coincés sur la banquise... - À en juger par la direction, nous dérivons vers une des îles du nord. Avec un peu de chance, nous pourrons simplement rester sur cette plaque de glace, propose le capitaine. - Et avec un peu de malchance, nous allons encore tourner en rond sur la mer pendant un mois, jusqu’à ce que la banquise fonde sous nos pieds. Répond Shackelton. Je propose que nous prenions notre destin en main et que nous traînions nos canots de sauvetage en direction de l’île ; dès que nous atteignons la mer libre, nous finirons le trajet en mer. Monsieur le navigateur, qu’en pensez-vous ? »
Que décides-tu ?
CHOIX A : Il semble en effet que nous dérivions dans la bonne direction. De plus, dans ce terrain accidenté, on avance lentement lorsqu’il faut tirer les canots. Espérons que cette banquise nous mènera en toute sécurité à destination.
CHOIX B : Nous ne pouvons pas compter sur la banquise pour nous amener à destination ; elle peut aussi bien rester bloquée ou changer de direction. En outre, si je regarde nos trois petits canots de sauvetage, je préfère parcourir autant que possible le chemin à pied plutôt qu’en pleine mer. Je pense que nous devrions essayer à pied.
Après un grand fracas, le capitaine se réveille les pieds mouillés. Quelque chose lui mord la botte. "Réveillez-vous, la banquise se brise ! Et un léopard de mer a attrapé le capitaine !", crie le second, qui était allongé à côté du capitaine. Après un bref va-et-vient un peu paniqué, le capitaine se retrouve avec une botte en moins sur la glace : "D’accord, finalement je pense que je préfère quand même marcher..."
Vous progressez lentement en traînant les canots sur les crêtes de glace escarpées, mais vous avancez ! C’est mieux que de rester assis sur la banquise sans rien faire.
Le 30 octobre 1915, il a été décidé de partir à pied. La principale raison en était l’incertitude concernant la direction et la vitesse de déplacement de la banquise. De plus, Shackleton savait qu’il existait plusieurs dépôts d’urgence avec de la nourriture et de l’équipement, qu’il avait établis il y a 12 ans lors de sa participation à une expédition suédoise. Cependant, le dépôt le plus proche était estimé à 520 km de leur position actuelle. Il a donc été décidé de partir à pied en direction du prochain dépôt. Ils préféraient prendre leur destin en main plutôt que de rester passivement sur la banquise en espérant être emportés en mer. Une telle marche à travers un environnement rude et inconnu serait indéniablement épuisante et dangereuse, mais Shackleton savait qu’il était crucial de donner à l’équipage un objectif commun et une raison d’espérer. Les membres de l’expédition ont chargé autant de provisions que possible dans les trois canots de sauvetage. L’Endurance coule le 21 novembre et l’équipage part finalement à pied en traînant les canots remplis de provisions.
De nombreuses ascensions périlleuses se font les mois qui suivent à travers les crêtes de glace avec les canots de sauvetage à traîner ! Le soleil d’été austral se montre de plus en plus souvent et, à maintes reprises, les hommes se retrouvent dans l’eau jusqu’aux genoux, et traîner les canots devient de plus en plus fatiguant et dangereux. Il est finalement décidé d’attendre que suffisamment de glace fonde pour que les canots puissent être mis à l’eau et se diriger vers l’île la plus proche. Pendant les 7 jours de voyage en mer, le froid et la mer houleuse poussent l’équipage à ses limites. À tout moment, les petits canots menacent de chavirer. Les vagues glacées, qui déferlent sur les bords, font geler les vêtements des hommes et tout ce qui se trouve à bord.
Exténués et recouverts d’une couche épaisse de glace, ils arrivent enfin sur la minuscule et inhospitalière île de l’Elephant. Lorsque le cuisinier se débarrasse des derniers glaçons de sa barbe et commence à préparer un repas chaud tant attendu, il s’aperçoit, horrifié, que tout est gelé : « Zut ! Pour cuire ces blocs de glace, il me faut au moins quatre fois plus de carburant. » Le second, qui a entendu le cuisinier, arrive en courant et proteste contre le gaspillage de tant de carburant, en disant : « Prenez quelques morceaux et mettez-les dans les rations; vous pourrez les servir comme des sucettes glacées, ça économisera du carburant !
Que décides-tu ?
CHOIX A : Tu acceptes l'idée du second et demande de distribuer les "glaces". Découragé, le cuisinier vous répond : « Si le carburant ne suffit pas, tant pis, mais c’est vous qui expliquerez cela à l’équipage. »
CHOIX B : Tu refuses l'idée du second. Horrifié par un tel menu barbare, le cuisinier te soutient et dit : « On est ce qu’on mange. Les hommes ont déjà l’air de blocs de glace, pas la peine qu’ils en mangent aussi ! »
Avec une gaieté exagérée, le second commence à distribuer les "glaces" aux hommes gelés et dépités. Lorsqu’il arrive auprès du médecin du bord, celui-ci lui dit: « C’est n’importe quoi ! Si vous mangez ça, vous perdrez plus d’énergie à le digérer que vous n’en récupérerez ! ». De moins en moins joyeux, le second commence à reprendre les "glaces" qu’il venait de distribuer ...
Très vite, l’équipage est rassemblé autour du feu et savoure son premier repas chaud depuis des jours. Lorsque le second remet ses bottes séchées près du feu, le médecin du bord l’appelle à part et plaisante : « Avant que j’oublie : vos ambitions de devenir vendeur de glace en Antarctique, vous feriez bien de les oublier tout de suite ! Car la nourriture gelée prive le corps d’énergie, puisqu’il faut d’abord la décongeler.
Le médecin a bien sûr raison. Pour faire fondre la glace, il faut de la chaleur (de l’énergie). Afin de digérer la nourriture gelée, le corps doit d’abord produire de la chaleur sous forme d’énergie. Avant même que la nourriture puisse fournir de l’énergie au corps, celui-ci doit utiliser sa propre énergie pour décongeler les aliments.
Bien que tous les hommes soient soulagés d’avoir retrouvé la terre ferme sous leurs pieds, leur voyage n’est pas encore terminé. En effet, un sauvetage par un navire passant au hasard est très improbable. Leur seul espoir est de parcourir une distance colossale de 1300 km dans l’un des canots de sauvetage pour obtenir de l’aide d’une station baleinière habitée sur l’île de la Géorgie du Sud. Shackleton, le capitaine et quatre autres hommes se lancent dans ce dangereux voyage vers l’inconnu, laissant le reste de l’équipage sur l’île.
Le petit canot de sauvetage et son équipage de six hommes sont secoués par des rafales glaciales. Les vagues, plus hautes que celles que Shackleton n’a jamais vues en 26 ans en mer, engloutissent plusieurs fois le canot. Lorsque le pire est passé, et après deux nuits blanches, le capitaine remet la barre à deux de ses marins. Juste avant l’aube, l’un des marins dit : « Vincent, ne t’appuie pas autant sur le gouvernail ! On tourne en rond ! Depuis combien de temps tu fais ça ?! » Vincent, penaud, hausse les épaules : « Aucune idée... on réveille le capitaine ? ». « Non, il vient juste de s’endormir ! On va gérer ça nous-mêmes», dit l’autre en jetant un coup d’œil au sextant. « Tu sais comment ça marche, ce truc là ? ». Un peu perdu, Vincent fronce les sourcils et dit : « Si je me souviens bien...
A ton avis, à quoi sert le sextant ?
CHOIX A : A déterminer sa position sur la mer avec l’aide du soleil.
CHOIX B : A déterminer le point cardinal (nord...).
CHOIX C : A mesurer la direction du vent et prédire les tempêtes.
Vincent règle un bras du sextant sur le soleil et regarde à travers l’autre bras vers l’horizon. Il sort ensuite sa montre de sa veste et jette un œil à la table qui se trouve à côté du sextant. « Il semble qu’on soit un peu trop à l’est », dit Vincent et demande à son collègue de corriger le cap.
Prudemment, ils posent le sextant sur le banc et le regardent, attendant la réponse. « Ce truc ne bouge pas ! Il devrait montrer le nord, non?». Après encore 30 minutes et probablement plusieurs kilomètres parcourus dans la mauvaise direction, le capitaine, grognon, jette un œil au sextant, montre en silence la bonne direction et se rendort.
L’oreille collée à l’un des bras du sextant, l’un des marins dit : « Si on écoute bien, on entend la mer... mais je ne sais pas ce que ça veut dire ». Après encore 30 minutes et probablement plusieurs kilomètres parcourus dans la mauvaise direction, le capitaine grognon jette un coup d’œil au sextant, montre en silence la bonne direction et se rendort.
Le sextant, avec la boussole, était l’un des principaux instruments de navigation en mer. Avec une boussole, on sait toujours où se trouve le nord. Mais parfois, une boussole seule ne suffit pas. Par exemple, vous savez qu’il y a une île quelque part au nord. Vous prenez donc le compas et naviguez vers le nord en direction de l’île. Mais après avoir navigué toute la journée vers le nord, vous voulez savoir à quelle distance vous êtes de l’île afin de ne pas risquer de passer trop loin et de la manquer. C’est là que le sextant entre en jeu. Grâce au sextant, on peut savoir où l’on se trouve en déterminant l’angle entre le soleil et l’horizon. Il suffit ensuite de regarder l’heure et de consulter la table pour obtenir sa position.
Après 16 jours en mer, ils arrivent exténués sur l’île de la Géorgie du Sud. Mais la station baleinière habitée se trouve dans le nord de l’île. Ils doivent donc traverser 40 km de montagnes enneigées pour s’y rendre. Une fois arrivés à la station baleinière, Shackleton organise plusieurs expéditions de secours pour sauver le reste de l’équipage sur l'Île de l’Éléphant. Ce qu’il réussira finalement à faire le 30 août 1916 grâce à El Yelcho, un navire chilien !
Après deux ans de voyage, tous les membres de l'équipage de l'Espérance sont finalement rentrés sains et saufs.
Félicitations !
Citations et témoignages
Quand la guerre éclate en 1914, Sir Shackleton est sur le point de partir enfin pour l'expédition qu'il prépare depuis des longs mois. Pourtant il écrit immédiatement aux autorités pour leur proposer le bateau, le matériel, les vivres et tout son équipage aux services du pays. Il ne peut supporter l'idée de partir en expédition quand ses compatriotes partent combattre.
1.Marin qui tient le timon, la barre du gouvernail, qui s'occupe de la direction du navire. 2. Marin affecté au service de la surveillance de la route, de la direction, des signaux, etc.
En 1921, Ernest Shackleton retournera en Antarctique avec l'expédition Shackleton-Rowett, dans l'intention de mener à bien un programme scientifique et des explorations. Quelques heures après avoir jeté l'ancre dans l'anse de Grytviken en Géorgie du Sud, Shackleton succombera d'une crise cardiaque dans sa goélette, le Quest. Il sera, à la demande de son épouse, enterré sur place, là où il avait accompli l'un de ses plus grands exploits.
La tombe de Schackleton dans le cimetière de Grytviken
Chartentier : celui ou celle qui façonne le bois de charpente ou exécute des travaux de charpenterie pour les édifices, les navires, etc.
Ernest Shackleton, né le 15 février 1874 à Kilkea en Irlande et mort le 5 janvier 1922 sur l'île de la Géorgie du Sud, est un explorateur anglo-irlandais considéré comme l'une des principales figures de l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique.
Pendant l'expédition, l'un de ses hommes a perdu un gant, Shackleton lui donne le sien et l'homme refuse ; Shackleton insiste et finit par lui dire qu'il préfère jeter legant à la mer plutôt que d'en profiter alors qu'un de ses hommes a les doigts gelés.
Ernest Shackelton a développé et a prouvé avoir lors de ce voyage, et ce malgré l'échec de son expédition et les difficultés sans cesse grandissantes, des qualités de chef indéniables : courage, détermination, organisation, sens du devoir, expérience, intuition, solidarité, humanisme, philosophie... Il a su faire des choix, souvent difficiles et délicats, au moment où il fallait les faire, déléguer et faire confiance quand il le fallait, fixer des objectifs et donner espoir à son équipage, se sacrifier pour la cause commune.
Le pôle Sud été conquis en 1911 par l'explorateur norvégien Roald Amundsen. Dans la « course au pôle Sud », il ne reste qu'un seul exploit à accomplir: être le premier à traverser l'Antarctique de part en part, de la mer de Weddell à la mer de Ross. C'est le défi que tente de relever, en 1914, Shackleton et ses hommes au bord de l'Endurance*!
* Une seconde équipe de l'expédition, au bord de l'Aurora, a été conjointement envoyée en mission d'approvisionnement de l'équipe de Shackleton, à l'opposé du continent, et a vécu aussi une situation critique de survie qui s'est soldée par la mort de trois de ses hommes.
En 1919, l'explorateur Ernest Shackleton relate lui même l'incroyable expédition de l'Endurance, première tentative avortée de traversée de l'Antarctique, dans son livre "South", dont le titre français est "L'Odyssée de l'Endurance".
"Chaque homme connaissait son poste et les détails de son service. Tout était organisé de sorte que moins de cinq minutes après mon coup de sifflet d'alarme les tentes soient pliées, les appareils et les provisions empaquetés et tout le monde prêt à partir." Ernest Shackleton
"Je savais qu'outre la nécessité d'économiser la nourriture journalière, il était important que les hommes restent gais. La mélancolie induite [ ... ] pouvait être atténuée, jusqu'à un certain point en tout cas, par l'augmentation des rations." Ernest Shackleton
"Nous étions vingt-huit hommes sur ce morceau de glace flottante, qui se réduisait sans cesse sous l'influence de vent, de la température, du choc des glaces alentour et de la grande houle. J'avoue que le fardeau de la responsabilité pesait lourdement sur mes épaules ; d'un autre côté, j'étais stimulé et encouragé par l'attitude des hommes. La solitude est un fardeau du chef ; mais l'homme obligé de prendre des décisions est grandement soulagé lorsqu'il sent que l'inquiétude n'atteint pas ceux qui le suivent et que ses ordres seront exécutés avec confiance." Ernest Shackleton
1.Marin qui tient le timon, la barre du gouvernail, qui s'occupe de la direction du navire. 2. Marin affecté au service de la surveillance de la route, de la direction, des signaux, etc.
Le terme banquise désigne une étendue de glace de mer -quelle que soit sa forme ou la façon dont elle est disposée- formée par solidification des premières couches d'une eau salée.
Le second est l'adjoint du capitaine du navire, aussi connu comme premier officier du pont ou simplement le Second ou le commandant en second. À ce titre il est appelé à le remplacer en cas de besoin. C'est un marin expérimenté, qui fait partie des officiers supérieurs du navire et dispose d'un pouvoir de décision et d'organisation à bord.
"La tâche, maintenant, était d'assurer la sécurité du groupe ; à cela je devais employer toute mon énergie et appliquer chaque parcelle de la connaissance de l'Antarctique que l'expérience m'avait donnée. " Ernest Shackleton
"Je passai toute la nuit sur le pont avec Worsley à épier les mouvements de la glace. A 3 heures, profitant d'une ouverture, la barre fut mise direction sud." Ernest Shackleton
Le 9 mars 2022, une équipe de chercheurs britanniques a retrouvé l'épave de l'Espérance dans les profondeurs de l’Antarctique. Ces chercheurs ont réussi à localiser le mytique trois mâts puis a immergé Sabertooth, un drone ultra-moderne capable de descendre à 3 000 mètres de profondeur, au niveau de l’Endurance mais n'ont pu toucher à ses vestiges car protégés par le Traité international sur l’Antarctique.
"Partout où il se trouve il inspire la confiance, et son état d'esprit influe naturellement sur celui du reste de la troupe." Témoignage du capitaine Worsley
Sir Ernest Shackleton sera érigé après sa mort, et ce malgré une dette colossale qui lèguera à sa descendance, en héros national anglais. Sa vie, ses aventures, son charisme et son héroïsme en milieux extrêmes polaires inspireront la publication de romans et la création de films.
La statue de Shackleton qui orne le côté de la Royal Geographical Society dans le quartier de Kensington à Londres.
Le 30 août 1916 et après trois tentatives de sauvetage ratées, Shackleton récupère enfin ses hommes grâce à un navire chilien. Depuis la barque qui le mène à son équipage agglutiné sur la plage, il entend son commandant en second, Frank Wild, lui crier : "Tous vivants patron !" Et ses hommes ajoutent en chœur : "Par l’endurance, nous vaincrons." La devise familiale de leur glorieux chef.
"Il est difficile d'écrire ce que je ressentais. Pour un marin, le navire est plus qu'une maison flottante. Dans l'Endurance j'avais concentré ambitions, espoirs, désirs, et voilà que la carrière de notre pauvre bateau blessé et gémissant était finie, ses instants comptés. " Ernest Shackleton
"Son idée était que nous avions mis notre confiance en lui, que nous nous étions placés entre ses mains, et si quoi que ce fût devait nous arriver, il en étaitmoralement responsable." Témoignage du capitaine Worsley
Une nuit alors qu'ils dérivent sur un morceau de banquise et que tout semble calme, il pressent un danger : « Vers 11 heures, un inexprimable sentiment de malaise me poussa à quitter ma tente. » Quelques minutes plus tard, la glace se fissure sous leurs pieds et des hommes tombent à l'eau ! Heureusement le chef veillait et avait donné une première alerte.
"Alors que tout semblait au pire, la face des choses changea. Je me suis souvent émerveillé de la limite imperceptible qui sépare le succès de la faillite et du rebondissement soudain qui change un désastre apparemment certain en une réussite relative." Ernest Shackleton