Marie - Antoinette
"Ici, je ne suis plus la reine, je suis moi."
ACTE I
ACTE II
ACTE III
Une influenceuse de son temps
Une dauphine de France adulée
Un destin tragique
MARIE-ANTOINETTE 1755-1793
2 novembre 1755
16 octobre 1793
Naissance en Autriche
Exécution de Marie-Antoinette
10 mai 1774
6 octobre 1789
Journées d'octobre
Marie-Antoinette, reine de France
15 août 1785
16 mai 1770
L'affaire du collier
20 juin 1791
Mariage avec le futur Louis XVI
Fuite de Varennes
ACTE I
Une dauphine de France adulée
Marie-Antoinette est aujourd’hui l’une des personnalités historiques les plus connues et les plus représentées au monde. Son enfance explique en partie sa façon de régner et la complexité de cette reine qui reste constamment bloquée entre ses obligations et ses envies de liberté, de modernité et d’idées nouvelles.
Une enfance joyeuse
Une princesse déracinée
le mariage
Une enfance joyeuse
Fille de l'empereur du Saint-Empire romain germanique et de l'archiduchesse d'Autriche Marie-Thérèse de Habsbourg, Marie-Antoinette, de son vrai nom « Maria Antonia Anna Josepha Johanna von Habsburg-Lothringen » (Marie-Antoinette de Lorraine-Habsbourg), naît à Vienne le 2 novembre 1755. Elle passe une enfance heureuse en Autriche et reçoit une éducation religieuse, artistique et musicale. Elle apprend les règles de la vie de cour, dont l’Etiquette est plus souple qu’elle ne le sera à Versailles, la bonne tenue et les bonnes manières. Elle grandit dans une relative liberté, qui marque profondément sa façon d’être. Elle fera d'ailleurs preuve de beaucoup d'audace qui vient probablement de cette enfance où elle a été tant aimée et admirée.
Une princesse déracinée
C’est donc une jeune fille à l’enfance privilégiée et déracinée qui découvre la cour de Versailles et les rudesses de l’Etiquette auxquelles elle se plie largement, mais avec le besoin permanent de pouvoir s’en échapper. C'est, entre autres, dans les arts qu'elle va se réfugier : musique, chant, danse, théâtre feront partie de son environnement tout au long de sa vie. Appréciant tous ces divertissements, elle fait organiser des représentations théâtrales deux à trois fois par semaine ainsi que des bals et devient ordonnatrice des plaisirs de la Cour dès 1774. Dès que possible, elle échappe à la Cour en se retirant dans ses espaces privés, comme ses cabinets intérieurs, puis au petit Trianon qui devient son domaine de liberté où elle convie uniquement quelques amis proches dont elle aime à s’entourer.
Le mariage
C’est en forêt de Compiègne, le 14 mai 1770, que Marie-Antoinette fait la connaissance du roi Louis XV et du dauphin, âgé de 15 ans. La fraîcheur de la jeune fille, son entrain et son joli minois charment Louis XV. Son petit-fils, peu démonstratif, maladroit et timide, reste, lui, sur la réserve.
Leur mariage est en partie l'œuvre du ministre Choiseul, l'un des principaux acteurs de la réconciliation franco-autrichienne. Cette union suscite déjà quelques réticences dans l'opinion publique, marquée par des années de guerre contre l'Autriche. Elle se retrouve donc, dès son arrivée à la cour, au milieu de jeux politiques et déjà sujette à l’antipathie d’une partie des courtisans car elle est autrichienne. Marie-Antoinette devint reine de France le 10 mai 1774 lorsque Louis XVI accède au trône. Elle a 18 ans et Louis XVI en a 19 ans. Il leur faudra 7 ans pour concevoir un hériter, une bonne raison d'alimenter les discussions sur le couple royal. Quatre enfants naitront finalement : Marie-Thérèse le 19 décembre 1778 ; Louis-Joseph, le dauphin, le 22 octobre 1781 ; Louis-Charles (Louis XVII) le 27 mars 1785 et Sophie le 9 juillet 1786.
Portrait de Marie-AntoinetteJoseph Ducreux, 1769
Ce tableau a décidé de la destinée de la jeune archiduchesse. Alors que l'alliance est presque scellée, Louis XV commande à Joseph Ducreux un portrait de la princesse. Satisfait de cette oeuvre, le roi valide l'union.
ACTE II
Une influenceuse de son temps
Marie-Antoinette fut une vraie femme moderne qui, telle une influenceuse, a su lancer des tendances, faire et défaire les modes de la cour, en devenant l'effigie d'artistes comme sa fidèle couturière, Rose Bertin ou la peintre Elisabeth Vigée Le Brun.
Une reine artiste
Une vraie mécène
Le domaine de Trianon à son image
Une reine artiste
La musique Elle fut très certainement la reine la plus musicienne de l’histoire de France. Jeune, elle est baignée dans la musique. Elle reçoit des cours de pianoforte et de clavecin. Si elle ne maîtrise pas d’instruments en particulier, elle n’en conserve pas moins une vive passion qu’elle emporte à Versailles, où on la verra notamment jouer de la harpe. Mais beaucoup ont voulu y voir qu’une passion excessive qui l’éloignait de ses devoirs de souveraine et l’entrainait vers des choix contestables.
Pour en savoir plus
Harpe Anonyme
Une reine artiste
Le théâtre
Marie-Antoinette aime depuis son enfance jouer des rôles avec ses frères et soeurs. Devenue reine, elle poursuit ce passe-temps en jouant d'abord dans des installations provisoires, comme la galerie du Grand Trianon, puis dans le véritable théâtre qu’elle fait édifier dans son domaine du petit Trianon par l’architecte Richard Mique. Théâtre qui sera inauguré le 1er juin 1780. C’est dans le rôle de Rosine du « Barbier de Séville » que Marie-Antoinette montera pour la dernière fois sur les planches de son théâtre de Trianon en 1785, tandis que son beau-frère le comte d’Artois (le futur roi Charles X) incarne celui de Figaro. Un rôle controversé et osé, alors que la reine interprète une jeune ingénue qui cherche à s'émanciper de l'homme qu'elle doit épouser et qu'elle n'a pas choisi. De quoi créer une nouvelle polémique. La pièce sera d'ailleurs interdite par la censure royale !
Pour en savoir plus sur le théâtre du petit Trianon.
ACTE II
MARIE-ANTOINETTE : UNE VRAIE MÉCÈNE
La mode, l’artisanat, l’architecture, l’aménagement paysager, autant de domaines où Marie-Antoinette, tel une réelle mécène, s’entoure des meilleurs artistes de son temps et ainsi marque son époque en faisant évoluer les arts vers la modernité. Pour les aménagements à Trianon, elle fait appel à trois artistes : - Richard Mique, architecte - Antoine Richard, jardinier - Hubert Robert, peintre Pour l’intérieur, l'ébéniste Riesener sera son grand fournisseur de meubles. Elle apporte également son soutien à Antoine Parmentier pour promouvoir la pomme de terre, tubercule longtemps considéré comme « un fruit vil et grossier », peu digne de l’homme. Ce légume deviendra même à la mode dans les coiffures de Marie-Antoinette, ornées de fleurs de pommes de terre et concoctées par Rose Bertin.
Une inspiratrice de son temps
Deux femmes qui doivent en grande partie leur carrière à Marie-Antoinette.
Rose Bertin Georges Ripart
Elisabeth-Louise Vigée-LebrunEugénie Lebrun, épouse Tripier-Lefranc
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ROSE BERTIN – aux origines de la haute couture
Rose Bertin vient d’Abbeville, réputée pour ses manufactures textiles.D’origine modeste, elle est une marchande de mode, c’est-à-dire qu’elle vend les « enjolivements d’un costume », les ornements, les accessoires – manchons pour l’hiver, mantelet, ruban de soie… – tout ce qui fait le prix d’un vêtement. En arrivant à Paris, elle travaille dans des petites boutiques de mode et va connaitre une ascension fulgurante grâce à son sens des affaires. Quand elle rencontre Marie-Antoinette, elle est déjà reconnue car elle introduit des nouveautés dans les parures des dames qui font déjà beaucoup parler d’elle. Elle a sa propre boutique côtoyée par la Duchesse de Chartres, qui lui fait rencontrer la reine dès 1774. Un véritable « coup de foudre » s’installe entre elles, d’autant que la reine a du mal à résister à toutes ces nouveautés. Devenue toute-puissante dans le monde des vêtements, Rose Bertin se fait surnommer sa « Ministre des modes » par Marie-Antoinette. Petite révolution, car à l’époque seuls des fournisseurs livraient les costumes de la reine. Les deux femmes vont devenir d’ailleurs très proches et s’entretiennent en privé, ce qui va attirer inévitablement les jalousies des courtisans.
Les modèles qu’elle propose à la reine sont également vendus dans sa boutique parisienne "Au Grand Mogol" ; toutes les femmes fortunées peuvent ainsi s’habiller comme la reine, ce qui n’est pas sans danger à la cour de France.
Rose Bertin livre à la reine ses tenues d’apparat.Comme nous pouvons le voir dans ce portrait officiel, la reine est représentée dans son grand habit de cour qui est très lourd, très contraignant, avec une pièce d’estomac baleinée recouverte de pierreries très rigides, de multiples jupons en brocard et d’une traine qui pouvait faire plusieurs mètres de long. C'est pourquoi Rose Bertin va également proposer des robes plus à la mode et plus légères qui contribuent déjà à libérer un peu le corps de la femme de cour.
Après ses maternités en 1778 et 1781, la reine aspire d’ailleurs à des tenues plus fluides. Mlle Bertin lance alors une nouvelle tendance : les robes champêtres en mousseline.
Marie-Antoinette, Jean-Baptiste-André Gautier-Dagoty
CHERCHEZ L’ERREUR Au Salon de 1783, Elisabeth Vigée Le Brun présenta un nouveau portrait de la reine, qui choqua les visiteurs : la reine était représentée en simple robe transparente, la « gaulle », les cheveux détachés et sans aucun bijou. Pour la critique, ce portrait est indécent et n’est pas digne d’une reine ! Pourtant cela partait d’une bonne intention. Comme le peuple lui reproche d’être trop dépensière ou trop extravagante, l’artiste a voulu la peindre de manière plus simple et naturelle.
Elle y apparait sous son beau profil, le teint parfait, le regard clair et la bouche rosée. Mais la reine, élite sociale et politique, s’y tient de façon si décontractée que l’on prend cela pour une insulte à l’étiquette. Elisabeth dût alors refaire rapidement un nouveau portrait dans lequel elle rhabille la reine pour l'exposer avant la fin du Salon.
Cette fois, la reine est peinte dans une robe d’apparat, de soie bleu-gris aux reflets argentés parée de perles - marquant le soutien implicite de Marie-Antoinette aux soyeux lyonnais - et d’un grand chapeau de plumes. Ce tableau est aujourd’hui sans doute le portrait le plus connu de Marie-Antoinette.
Marie-Antoinette à la rose, Élisabeth Louise Vigée Le Brun, 1783
La couturière s’occupe également des accessoires des coiffures de la reine. Elle va créer avec Léonard Autier des coiffures dites « à très haut bonnet » connu aujourd’hui sous le terme de pouf. Ce sont des sortes de grands coussins de crins, très hauts piqués de toutes sortes de décors. Si au début, on y place simplement des plumes ou des fleurs, par la suite c’est toute l’actualité de l’époque qui s’invite : on aura des coiffures à la montgolfière suite au premier vol d’une montgolfière en 1783, la coiffure de l’inoculation… et d’autres contenant des objets mécaniques. Extrêmement créatif et particulièrement extravagant !
Pour en savoir plus
Sa mère, Marie-Thérèse, est littéralement affligée de l’accoutrement de sa fille et la met en garde dans de nombreuses lettres d’abandonner l’image sacrée de reine qui finalement ne ressemble plus à une reine mais à une favorite ! On demande évidement à une reine de montrer la tradition et non d’être à la mode. Comme sa mère Marie-Thérèse d’Autriche aimait à le dire: « c’est à la souveraine de donner le ton ». Et on peut dire que Marie-Antoinette eut un véritable don pour lancer des tendances, faire et défaire les modes.
La Révolution met un coup d’arrêt à ce commerce particulièrement florissant.Dès octobre 1789, Rose Bertin suit la cour qui immigre et quitte la France. Elle trouve une nouvelle clientèle étrangère, notamment en Russie, il lui faut bien trouver à écouler ses robes de cours qui n’ont plus court en France.
Son magasin parisien reste malgré tout ouvert pendant la révolution. En livrant des cocardes bleu-blanc-rouge, elle s’adapte au nouveau marché. Elle reste évidemment fidèle à la reine et continue de lui livrer des vêtements lorsqu’elle est emprisonnée aux Tuileries et au Temple. Elle lui fournira en particulier le grand habit de deuil qu’elle portera après l’exécution de Louis XVI. Après la mort de la reine, elle va émigrer à Londres, va se refaire une clientèle. Elle rentre en France en 1795 mais ne trouve plus de clientèle vu les prix pratiqués. En 1813, elle meurt avec de nombreuses créances, tous ces nobles qui n’ont pu honorer leur commande sous la révolution.
La reine Marie-Antoinette en habit de veuve à la prison de la Conciergerie.Kucharski Alexandre
La vie de Rose Bertin fut celle d’une femme moderne qui bouscula les codes de l’Ancien Régime. Elle invente ainsi la mode au sens moderne du terme : • Par la notoriété qu’elle a de son vivant, ce qui explique l’extravagance de ses prix, comme en haute couture aujourd’hui. • Par l’invention du renouvellement rapide des collections, en particulier le changement saisonnier. • Quand elle utilise la célébrité – mot qui apparait d’ailleurs au XVIIIème siècle - de Marie-Antoinette pour promouvoir ses modèles. C’est le goût de Marie-Antoinette qui crée cette mode. La reine devient sa meilleure « publicité ». En effet, elle pose régulièrement avec les tenues de sa créatrice fétiche – que ce soit sur de fameux tableaux ou sur les gravures du Mercure de France, une revue française.
La cour de Versailles, Paris, et toute la France suivent les tendances proposées par Rose Bertin. Et Marie-Antoinette devient alors une influenceuse de son temps !
Pour en savoir plus sur la mode à Versailles
ACTE II
LE DOMAINE DE TRIANON À SON IMAGE
Marie-Antoinette reçoit le petit Trianon en cadeau de mariage de Louis XVI. Comme l’ont écrit Philippe Huisman et Marguerite Jallut : « Du jour où Marie-Antoinette comprend qu’elle est devenue reine à celui où elle quitte pour toujours Versailles, ses rêves, ses goûts, ses bonheurs s’expriment dans l’exigu palais de Trianon qui devient le vrai miroir de son être profond ». Éprise de liberté et sensible à la nature, Trianon est le lieu tout trouvé pour la reine. Elle y entreprend rapidement d’importants aménagements autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Une inspiratrice de son temps
Dans les jardins
Elle entreprend des travaux d’embellissement transformant les jardins à son image. Trianon a déjà un jardin à la française mais Marie-Antoinette va s’attacher à le compléter et missionne Richard Mique, son architecte, d’aménager un jardin anglo-chinois, selon la mode du temps. Elle est très sensible à la nature et veut quelque chose d’assez simple au début, pas trop couteux : une rivière, de la pelouse, un rocher… Mais rapidement on va y ajouter le temple de l’amour, un belvédère, une belle statue… et tout cela commence à chiffrer. Ces jardins sont le reflet du goût de la Reine pour la nature. Marie-Antoinette qui aime s’entourer de fleurs, participe à la naissance d’une nouvelle mode florale en parfumerie, plus subtile et rafraîchissante. La rose, la lavande, la violette et l’œillet sont alors particulièrement appréciés.
Pour en savoir plus sur les plans et vues du petit Trianon.
Pour en savoir plus sur la parfumerie.
Elle poursuit les travaux dans son jardin et en s’inspirant des tendances du moment que l’on retrouve dans d’autres lieux prestigieux, le hameau de la reine va voir le jour. Richard Mique y bâtit d’abord une ferme puis un moulin et enfin la tour Malbrouck. Un « village normand » idéalisé tel qu’elle le voulait apparait.
Une nouvelle mode florale
Au XVIIIe siècle, la cosmétique connaît un important essor
dans la lignée du mouvement hygiéniste. A Versailles, le but était de masquer les mauvaises odeurs, ce qui a donné naissance à un véritable rafinement olfactif.La profession de parfumeur
devient alors particulièrement en vogue et compte de plus en plus de
représentants, parmi lesquels le parfumeur Jean-Louis Fargeon qui fit de la reine son égérie.
Amoureuse du petit Trianon, de ses senteurs et de ses effluves, Marie-Antoinette privilégiait les motifs fleuris, notamment la rose et la fleur d'oranger.
Les produits de
parfumerie –poudres, pommades, fards, eaux de senteurs– vont devenir également des éléments essentiels de la garde-robe des courtisans. Marie-Antoinette, reine de la mode, jouera avec les fleurs odorantescomme avec les couleurs de ses robes.
En intérieur
Le petit Trianon est avant tout un lieu du luxe. Si Marie-Antoinette s’installe dans les meubles de Madame du Barry, précédente locataire du petit Trianon et amante de Louis XV, elle y apporte rapidement des modifications avec des aménagements intérieurs faisant de Trianon le lieu de tous les raffinements. Elle s’investit dans la décoration et l’ameublement de ses appartements avec beaucoup de goût. Elle préfère les couleurs douces comme le lilas, le gris perle ou le vert d’eau.
Elle fait fabriquer des meubles auprès d’ébénistes renommés qui reflètent son engagement envers l’esthétique. Le mobilier y est très travaillé, avec un constant rappel de la nature, et des meubles en bois laissés au naturel qui fascinent les contemporains. Elle laisse ainsi une empreinte significative sur l’art et le design d’intérieur. Un élément essentiel manque cependant aux yeux de la reine pour parfaire le domaine de Trianon : un théâtre ! Rappelons que Marie-Antoinette aime jouer des pièces de théâtre.
Chambre de Marie-Antoinette
Grâce à Richard Mique, elle fait construire un théâtre, bâtiment discret qu’elle peut rejoindre depuis le petit château sous une voûte de rosiers. La sobriété extérieure contraste avec l’extrême raffinement intérieur. Une salle de spectacle intime mais dotée de la meilleure machinerie de son temps est créée. C’est le luxe qui saute aux yeux, dans cette salle dorée tout en carton-pâte…Encore beaucoup de dépenses pour une construction que l’on croit éphémère.
La reine s’adonne au théâtre avec sa petite troupe et plusieurs pièces y seront jouées.
Trianon devient, plus que le château du roi, l’endroit où il faut être. Il devient le lieu de grandes fêtes nocturnes mémorables où des invités prestigieux y sont invités. De toutes les fêtes données par la reine de France dans les jardins anglo-chinois du Petit Trianon, la plus exceptionnelle se déroule le 21 juin 1784. Elle est donnée en l’honneur du souverain de Suède, le roi Gustave III, accompagné d’une délégation, parmi laquelle le comte Axel de Fersen, devenu le protégé de la reine.
Dans une lettre à son frère, Gustave III raconte cette soirée féérique : “On a joué sur le Petit Théâtre “Le Dormeur Réveillé”, par M. de Marmontel, musique de Grétry, avec tout l’appareil des ballets de l’Opéra, réunis à la Comédie Italienne. La décoration de diamants termina le spectacle. On soupa dans les pavillons du jardin et, après souper, le Jardin Anglais fut illuminé. C’était un enchantement parfait ».
Théâtre de la reine Marie-Antoinette au Petit Trianon Mique Richard (1728-1794) architecte français
Le petit Trianon comme le Hameau, lieux de luxe champêtres et raffinés, seront le refuge d’une reine qui cherchera des moments de liberté, loin des complots de la cour. Il deviendra l'instrument de son indépendance.Malheureusement, elle n’aura pas eu beaucoup de temps pour jouir de ce lieu insolite : elle n’y passera que trois ans entre la fin de sa construction en 1786 et les événements de la révolution de 1789. Trois années durant lesquelles elle viendra s’y promener quelques fois, plutôt aux belles saisons et où seuls quelques intimes y seront invités. Elle quittera définitivement Trianon le 5 octobre 1789 alors que le peuple arrive au Château.
Pour en savoir plus sur les journées d'octobre:
ACTE III
uN DESTIN TRAGIQUE
Malgré une opinion qui lui est d’abord très favorable, la Reine devient peu à peu la cible de critiques qui redoublent à partir de 1785 avec l’affaire du Collier, escroquerie dont elle n’est pourtant que la victime. Ses dépenses sont scrutées, souvent exagérées et elle est accusée d'épuiser toujours davantage les finances du royaume. Chaque tentative de reconquête de l’opinion est un échec et, au moment de la Révolution, la Reine est franchement haïe.
Une reine décriée
Marie-Antoinette et la révolution
L'image de marie-antoinette aujourd'hui
UNE REINE DÉCRIÉE
Reine de France, Marie-Antoinette n’entend pas devenir une nouvelle Marie Leszczynska, souveraine effacée. Jeune et belle, elle chercha à manifester une certaine indépendance à l’égard du système de cour, faire ses propres choix et prendre des décisions.Mais cela va vite engendrer un train de vie très dispendieux et rapidement critiqué. C’est au moment où la monarchie se débat dans une crise financière aggravée par la guerre d’Amérique que les reproches sur ses dépenses pharaoniques apparaissent davantage. Certes en se livrant sans retenu à ses passions – la mode, les bijoux, les fêtes, le jeu – la reine dépense. Mais finalement probablement une goutte d’eau dans le déficit du royaume. Marie-Antoinette gagne le titre de "Madame Déficit" ou de "l’Autrichienne" et devient la cible privilégiée des pamphlets, libelles et caricatures. Le scandale de l'affaire du collier en 1785, escroquerie montée de toutes pièces par Jeanne de la Motte dont la reine n'est que la victime, sert de prétexte pour la calomnier davantage.
Pour en savoir plus sur l'affaire du collier:
Marie-Antoinette et la révolution
La Révolution française fait entrer Marie-Antoinette en politique, elle que Louis XVI avait toujours pris soin de maintenir à l’écart du pouvoir. Le roi la fait entrer dans son Conseil dès décembre 1788. Elle n’y a pas de pouvoir réel mais ses opinions influenceront les décisions prises. Dans ce nouveau rôle, bien plus sérieux, elle négocie des alliances pour renverser l’insurrection populaire, tandis que le roi se montre hésitant. Dans un royaume comme la France, qu’une femme accède au pouvoir politique si directement est alors inconcevable. Durant la Révolution, elle va apparaitre comme celle qui manipule le Roi contre son peuple. Son image est à nouveau entachée. La confiance et l’amour qu’inspirait la reine au début de son règne s’évanouissent pour laisser place à la malveillance et à la violence. Elle incarne à elle seule la faillite de la royauté.
MARIE-ANTOINETTE ET AXEL DE FERSEN : une correspondance politique et intime
De nombreuses lettres de Marie-Antoinette, reine de France, nous sont parvenues, constituant un témoignage précieux pour comprendre sa personnalité et son époque. Elle correspondait avant tout avec sa famille – et tout particulièrement avec sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse d’Autriche – mais également avec ses amis proches, des membres de maisons royales étrangères, des nobles français ainsi que des hommes politiques, comme le député Barnave. Ces échanges témoignent de l'influence de l'éducation autrichienne sur la jeune reine et de la pression exercée par sa famille pour affermir les relations diplomatiques entre la France et l'Autriche. Parmi cette riche correspondance, celle échangée avec Axel de Fersen, un noble suédois et fidèle confident, occupe une place particulière. S'étalant sur près de quinze ans, leur relation a suscité de nombreuses spéculations et continue d’alimenter débats et recherches. Ces lettres, souvent empreintes d’affection et de complicité, offrent une perspective plus intime et humaine de la reine, contrastant avec son image publique parfois controversée.
Hans Axel von Fersen, 1769, Gustaf Lundberg
Une rencontre des plus intrigante
En 1774, Marie-Antoinette, alors Dauphine de France, participe au bal de l’Opéra de Paris, un lieu où les élites se croisent dans une ambiance festive. À seulement 19 ans, elle apprécie les fêtes parisiennes où elle peut encore s’amuser dans l’insouciance et profiter des plaisirs de la jeunesse, loin des responsabilités qui l’attendent en tant que future reine.
Le peuple l’acclame à chaque fois qu’elle apparait la considérant comme un symbole de renouveau et de fraîcheur pour la monarchie. Cela lui donne l’impression d’être aimée. C’est dans cet esprit de légèreté qu’elle aborde librement Axel de Fersen, ce jeune aristocrate suédois déjà célèbre en France, dont le charme naturel ne la laisse pas indifférente. Un lien naît entre eux, discret mais profond.
Après être rentré en Suède, il retourne à Paris en 1778 où il devient un proche de la reine en 1779. Leur relation connaît une nouvelle interruption lorsqu’il s’engage dans les combats en Amérique.
À son retour en 1783, ils renouent leurs liens et se fréquentent régulièrement. Le pied à terre que Fersen acquiert à Versailles, gardé secret, leur permet de se retrouver en toute intimité. Ils se rejoignent également, dans les jardins de Trianon jusqu’à quatre fois par semaine ou lors de rendez-vous secret comme le 15 juillet 1783, en tête à tête dans les cabinets particuliers de la reine. Une véritable histoire d’amour s’installe.
Une aide préciseuse
À mesure que la Révolution française s’intensifie, Louis XVI, miné par une profonde dépression depuis plusieurs années, sombre dans le silence et la passivité. Cela oblige Marie-Antoinette à intervenir davantage en politique. Soutenue par Axel de Fersen, devenu le conseiller secret du couple royal, elle trouve en lui un allié fidèle et dévoué. Fersen joue un rôle clé dans les préparatifs de la fuite à Varennes, le 20 juin 1791.
Chargé de l’organisation logistique, il se procure de faux passeports, fait construire une berline adaptée pour le voyage et n’hésite pas à s’endetter pour couvrir les frais liés à l’opération. Déguisé en cocher, il conduit la famille royale jusqu’au relais de Bondy. Là, sur ordre de Louis XVI, il se résigne, le cœur lourd, à les quitter pour éviter d’attirer davantage d’attention.
Malheureusement, la suite de l’évasion tourne au drame : le roi et la reine sont reconnus à Varennes, arrêtés, et ramenés sous escorte à Paris, aux Tuileries.
L'arrestation du roi et de la famille royale à Varennes le 21 juin 1791 Anonyme
Fersen, profondément attaché à leur sort, est anéanti par cet échec. Par la suite, il ne ménage pas ses efforts pour venir en aide aux monarques emprisonnés. Depuis l'étranger, il multiplie les négociations avec les puissances européennes, tentant de rallier des soutiens pour organiser leur libération.
La vraie nature de leur relation révélée
Entre la fin juin 1791 et août 1792, alors que la famille royale vivait en résidence surveillée aux Tuileries, la reine Marie-Antoinette et celui que la rumeur de l’époque soupçonnait d’être son amant, entretenaient une correspondance secrète. Leur échange s’organisait en deux correspondances parallèles : l’une officielle, adressée à la reine de France, et l’autre clandestine, protégée par les techniques de cryptographie de l’époque. Dans cette correspondance secrète, Fersen écrivait à une mystérieuse « Joséphine », pseudonyme choisi par la reine et dérivé de son troisième prénom d’archiduchesse, « Josépha ». Ce subterfuge leur permettait de dissimuler la nature privée et politique de leurs échanges, en dépit de la surveillance accrue dont Marie-Antoinette faisait l’objet. Ces lettres, révélées en 1877 par un petit-neveu de Fersen, sont depuis 1982 précieusement conservées aux Archives nationales. Elles ont nécessité de nombreuses années de décryptage en raison de plusieurs obstacles. D’une part, elles étaient scrupuleusement codées afin de les préserver des regards indiscrets. D’autre part, parce que certains passages avaient été caviardés rendant certaines sections illisibles. Pendant longtemps, les scientifiques n’ont pu faire que des hypothèses quant à l’origine de cette censure.
Pour en savoir plus sur la méthode de cryptographie.
Depuis 2020, certains passages caviardés ont été révélés grâce à une technique de micro fluorescence sous rayons X. Certaines parties des lettres restent cependant encore indéchiffrables. La difficulté majeure réside dans le fait que l’encre d’écriture était la même que celle utilisée pour censurer le texte. Cette similitude empêche les scientifiques de distinguer clairement le texte sous-jacent des censures. Cette particularité fait dire aux scientifiques qu’il est probable que cela soit le comte de Fersen lui-même qui ait dissimulé certains passages afin de préserver l’honneur de la reine. Les résultats nous offre un éclairage inédit sur la nature de cette correspondance et confirme l’importance du lien personnel et politique entre Fersen et Marie-Antoinette.
Une des lettres de Marie-Antoinette, dont des phrases ont été censurées par Axel de Fersen, est datée du 4 janvier 1792. PHOTO : Archives nationales de France
POUR EN SAVOIR PLUS
Dans le plus grand secret, il parviendra à revoir la reine une dernière fois le 13 février 1792. La reine est jugée, condamnée et guillotinée le 16 octobre 1793. Cette tragédie laisse Fersen inconsolable, marqué à jamais par la perte de celle qu’il avait profondément aimée. Pour en savoir plus
Méthodes de cryptage
Utilisation d’une encre sympathique, du jus de citron ou d'une encre spéciale. Comme cette encre ne comportait pas de carbone, la technique au carbone 14 n’a pu être utilisée pour le déchiffrage.
Chiffrage des lettres. Utilisation de tables poly alphabétiques : on substitue une lettre par une autre via une clé. Les codes sont à usage unique et déterminés par un chiffre en tête de lettre. Celui-ci renvoie à une page d’un livre que possède à la fois l’épistolier et le destinataire. Le premier mot de la page sert à créer le code. Comme Marie-Antoinette chiffrait la nuit à la bougie, le processus était complexe. C’est pourquoi seule 1 lettre sur 2 était codée.
Méthode de caviardage
Des boucles sont tracées très serrées et soigneusement posées sur une ligne d’écriture, associés à des traits verticaux au-dessus et en-dessous de cette ligne permettant d’imiter certaines lettres de l’alphabet pour empêcher de lire le texte sous-jacent.
Ces textes incomplets nous dévoilent la vraie nature de la relation entre Marie-Antoinette et Axel de Fersen. Dans la lettre du 9 décembre 1791, dans un passage caviardé, Marie-Antoinette écrit à Fersen : « Mon cher ami, pour le bonheur de tous trois, prenez garde à ce que vous écrirez ». Cette demande survient alors que Louis XVI avait failli intercepter cette lettre. Le roi, était au courant du sentiment amoureux de sa femme avec le comte de Fersen. On peut alors comprendre dans cette phrase, qu’un accord tacite s’était installé entre le roi et la reine, tant que la relation n’était pas révélée au grand jour. Les passages révélés sont essentiellement amoureux et ne laissent plus de place au doute quant aux sentiments des deux jeunes gens. Dans la première lettre personnelle qu’il adresse à la reine le 10 octobre 1791 – 4 mois après Varenne – Axel de Fersen écrit : « Je puis vous dire, ma bien chère et tendre amie, combien je vous aime, l’univers n’est rien sans vous ». C’est la première fois qu’il exprime ouvertement ses sentiments pour la reine.
Ces formules amoureuses apparaissent souvent en début et fin de lettre mais il arrive qu’on les retrouve au milieu d’autres informations – sur les personnes sur qui ils peuvent compter, sur la situation etc…- comme si l’émotion était trop forte. Adieu vous que j’aime et que j’adorerai toute ma vie, Fersen le 13 octobre 1791. Je ne vis et n’existe que pour vous aimer et vous adorer, Fersen le 25 octobre 1791. Adieu ma tendre ami, je vous aime et vous aimerais toute ma vie à la folie, le 29 octobre 1791. Je vous aime à la folie mon cher et tendre ami, et jamais, jamais je ne peux être un moment sans vous adorer, Marie-Antoinette le 4 janvier 1792. Ils s’inquiètent l’un pour l’autre et se rassurent. Soyez tranquille, il ne m’arrivera rien, Marie-Antoinette, le 29 juin 1791. Je sens parfaitement toute l’horreur de votre situation, Fersen le 4 décembre 1791. Cet échange épistolaire de qualité, dans un contexte si difficile, constitue un instrument irremplaçable pour entrevoir la femme réelle qu’était Marie-Antoinette : c’est un portrait d’elle tout en finesse qui se dévoile, une femme amoureuse certes, mais surtout pleine d’humanité et de cohérence, qui veut avant tout se sauver et sauver sa famille et ses enfants.
En route vers l'échafaud
On prête à Marie-Antoinette des mots méprisants et d’ailleurs faux comme « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». Elle aimait plaire à la cour mais apparait désormais comme dédaigneuse du peuple. La violence succède rapidement à la médisance et son attitude ambigüe au moment de la Révolution accélère sa fin tragique. Les femmes des faubourgs de Paris envahissent Versailles le 6 octobre 1789. Le roi et la reine quittent Versailles pour Paris, escortés par la foule, et s'installent aux Tuileries. Enfermée au Temple après le 10 août 1792, alors que le couple royal a tenté de s'enfuir, Marie-Antoinette est transférée à la Conciergerie après l'exécution du roi (21 janvier 1793). C'est avec un très grand courage qu'elle endure son procès, condamnée de haute trahison, puis son exécution, le 16 octobre 1793, sur l'actuelle place de la Concorde. "Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Mes yeux n’ont plus de larmes pour pleurer pour vous mes pauvres enfants ! Adieu adieu !". Ces mots retrouvés dans le livre d’heures de Marie-Antoinette sont les ultimes écrits de la reine, et datent d’à peine quelques heures avant son exécution du 16 octobre 1793.
Exécution de Marie-Antoinette
L'image de marie-antoinette aujourd'hui
Deux images de Marie-Antoinette s'opposent encore aujourd'hui : celle d'une reine martyre qui fait face à la tragédie révolutionnaire avec dignité et celle d'une reine étrangère, mal aimée, qui a trahi le peuple.L'impopularité de Marie-Antoinette commence dès 1774 et tout part de la Cour, des rumeurs, des jalousies qui ne manquent pas d'alimenter la presse et les innombrables pamphlets qui vont ternir très vite son image. La Révolution ne sera que le point d'orgue de toute la critique accumulée durant 15 ans. D'autant qu'elle n'a pas compris la Révolution, cette révolution idéologique et les aspirations du peuple.
Pourtant, c'est probablement la reine qui a été le plus dans l'air du temps. Une jeune femme moderne de par ses choix de vie, son émancipation vis-à-vis du pouvoir des hommes, l'affirmation de son indépendance ou l'éducation qu'elle a donnée à ses enfants. On gardera de Marie-Antoinette l'image d'une reine très humaine, prise dans un carcan qu'elle n'a pas maitrisé, ainsi que son courage et son obsession pour sauver ses enfants et sa famille.
Aujourd'hui, c'est une personnalité qui nous fascine encore. En témoignent les nombreux films et romans qui, depuis le début des années 2000, mettent surtout en avant la personnalité de Marie-Antoinette à Versailles plutôt que pendant la Révolution. Une reine devenue une icône de la mode, sensible à la nature, à l’amitié, à la famille et à l’amour.
crédits des images
© Château de Versailles skyDrone ; ©Thomas Garnier ; © Château de Versailles, Dist. RMN / © Jean-Marc Manaï / ; © Château de Versailles ; © RMN-GP (Château de Versailles) / © Gérard Blot / © Franck Raux;/ ©Droits réservés; ; © Didier Saulnier ; © Christian Milet ; © Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin ; GrandPalaisRmn / ©Agence Bulloz © CRCV / Paris, Archives nationales,; © Photo Jens Mohr, Östergötlands museum, Sweden
La reine est une mère aimante, proche de ses enfants, qui joue avec eux.Elle surnomme sa fille ainée, « Mousseline la sérieuse », et le dauphin, « Chou d’amour ». C’est du jamais vu, surtout pour une reine ! Elle lit les écrits de Jean-Jacques Rousseau sur l’éducation et entend élever ses enfants avec simplicité, tout en leur témoignant son affection librement. Elle prône la bienveillance, le respect et les bienfaits du grand air.
Elle suit avec attention leurs éducateurs, les progrès des enfants et nomme comme gouvernante, son amie la plus chère, la duchesse de Polignac, à partir de 1782. La baronne d’Oberkirch loue les qualités d’éducatrice de Marie-Antoinette : « Marie-Antoinette s’occupe elle-même de l’éducation de sa fille ; elle assiste tous les matins aux leçons de ses maîtres, et est très sévère pour ses petits défauts. Elle fit, vers cette époque-là, une réforme dans la maison de sa fille, dans la crainte de lui donner le goût du faste par le trop grand appareil qui l’entourait. Peut-on voir une meilleure mère et une affection plus éclairée ! » Elle tient d'ailleurs sa fille, Madame Royale, à l’écart du système de Cour et repousse des projets de mariage précoces, surtout si cela venait à l’éloigner de la France. Elle ne souhaite pas que sa fille soit déracinée comme elle a pu l’être.
Après leur marriage à la Chapelle royale, le jeune couple assiste à la réception des ambassadeurs avant de se rendre dans la galerie des Glaces, illuminée.Le feu d’artifice prévu est reporté pour cause d’orage. La journée s’achève par un somptueux festin, servi dans le tout nouvel Opéra royal aménagé par Gabriel. Vient enfin le rituel de la cérémonie du coucher : les jeunes mariés sont conduits dans la chambre nuptiale, celle de Marie-Antoinette. La couche est bénie par l’archevêque de Reims. Le roi passe sa chemise de nuit au dauphin et la duchesse de Chartres à la Dauphine. Ils vont au lit en présence de toute la Cour afin de montrer qu’ils partagent bien le même lit. Les festivités se poursuivront jusqu’au 30 mai, date du tragique feu d’artifice donné sur la place de la Concorde, alors place Louis XV. Le spectacle fait 132 victimes : funeste présage d’un règne tragique !
Marie-Antoinette
CHATEAU VERSAILLES
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Transcript
Marie - Antoinette
"Ici, je ne suis plus la reine, je suis moi."
ACTE I
ACTE II
ACTE III
Une influenceuse de son temps
Une dauphine de France adulée
Un destin tragique
MARIE-ANTOINETTE 1755-1793
2 novembre 1755
16 octobre 1793
Naissance en Autriche
Exécution de Marie-Antoinette
10 mai 1774
6 octobre 1789
Journées d'octobre
Marie-Antoinette, reine de France
15 août 1785
16 mai 1770
L'affaire du collier
20 juin 1791
Mariage avec le futur Louis XVI
Fuite de Varennes
ACTE I
Une dauphine de France adulée
Marie-Antoinette est aujourd’hui l’une des personnalités historiques les plus connues et les plus représentées au monde. Son enfance explique en partie sa façon de régner et la complexité de cette reine qui reste constamment bloquée entre ses obligations et ses envies de liberté, de modernité et d’idées nouvelles.
Une enfance joyeuse
Une princesse déracinée
le mariage
Une enfance joyeuse
Fille de l'empereur du Saint-Empire romain germanique et de l'archiduchesse d'Autriche Marie-Thérèse de Habsbourg, Marie-Antoinette, de son vrai nom « Maria Antonia Anna Josepha Johanna von Habsburg-Lothringen » (Marie-Antoinette de Lorraine-Habsbourg), naît à Vienne le 2 novembre 1755. Elle passe une enfance heureuse en Autriche et reçoit une éducation religieuse, artistique et musicale. Elle apprend les règles de la vie de cour, dont l’Etiquette est plus souple qu’elle ne le sera à Versailles, la bonne tenue et les bonnes manières. Elle grandit dans une relative liberté, qui marque profondément sa façon d’être. Elle fera d'ailleurs preuve de beaucoup d'audace qui vient probablement de cette enfance où elle a été tant aimée et admirée.
Une princesse déracinée
C’est donc une jeune fille à l’enfance privilégiée et déracinée qui découvre la cour de Versailles et les rudesses de l’Etiquette auxquelles elle se plie largement, mais avec le besoin permanent de pouvoir s’en échapper. C'est, entre autres, dans les arts qu'elle va se réfugier : musique, chant, danse, théâtre feront partie de son environnement tout au long de sa vie. Appréciant tous ces divertissements, elle fait organiser des représentations théâtrales deux à trois fois par semaine ainsi que des bals et devient ordonnatrice des plaisirs de la Cour dès 1774. Dès que possible, elle échappe à la Cour en se retirant dans ses espaces privés, comme ses cabinets intérieurs, puis au petit Trianon qui devient son domaine de liberté où elle convie uniquement quelques amis proches dont elle aime à s’entourer.
Le mariage
C’est en forêt de Compiègne, le 14 mai 1770, que Marie-Antoinette fait la connaissance du roi Louis XV et du dauphin, âgé de 15 ans. La fraîcheur de la jeune fille, son entrain et son joli minois charment Louis XV. Son petit-fils, peu démonstratif, maladroit et timide, reste, lui, sur la réserve.
Leur mariage est en partie l'œuvre du ministre Choiseul, l'un des principaux acteurs de la réconciliation franco-autrichienne. Cette union suscite déjà quelques réticences dans l'opinion publique, marquée par des années de guerre contre l'Autriche. Elle se retrouve donc, dès son arrivée à la cour, au milieu de jeux politiques et déjà sujette à l’antipathie d’une partie des courtisans car elle est autrichienne. Marie-Antoinette devint reine de France le 10 mai 1774 lorsque Louis XVI accède au trône. Elle a 18 ans et Louis XVI en a 19 ans. Il leur faudra 7 ans pour concevoir un hériter, une bonne raison d'alimenter les discussions sur le couple royal. Quatre enfants naitront finalement : Marie-Thérèse le 19 décembre 1778 ; Louis-Joseph, le dauphin, le 22 octobre 1781 ; Louis-Charles (Louis XVII) le 27 mars 1785 et Sophie le 9 juillet 1786.
Portrait de Marie-AntoinetteJoseph Ducreux, 1769
Ce tableau a décidé de la destinée de la jeune archiduchesse. Alors que l'alliance est presque scellée, Louis XV commande à Joseph Ducreux un portrait de la princesse. Satisfait de cette oeuvre, le roi valide l'union.
ACTE II
Une influenceuse de son temps
Marie-Antoinette fut une vraie femme moderne qui, telle une influenceuse, a su lancer des tendances, faire et défaire les modes de la cour, en devenant l'effigie d'artistes comme sa fidèle couturière, Rose Bertin ou la peintre Elisabeth Vigée Le Brun.
Une reine artiste
Une vraie mécène
Le domaine de Trianon à son image
Une reine artiste
La musique Elle fut très certainement la reine la plus musicienne de l’histoire de France. Jeune, elle est baignée dans la musique. Elle reçoit des cours de pianoforte et de clavecin. Si elle ne maîtrise pas d’instruments en particulier, elle n’en conserve pas moins une vive passion qu’elle emporte à Versailles, où on la verra notamment jouer de la harpe. Mais beaucoup ont voulu y voir qu’une passion excessive qui l’éloignait de ses devoirs de souveraine et l’entrainait vers des choix contestables.
Pour en savoir plus
Harpe Anonyme
Une reine artiste
Le théâtre
Marie-Antoinette aime depuis son enfance jouer des rôles avec ses frères et soeurs. Devenue reine, elle poursuit ce passe-temps en jouant d'abord dans des installations provisoires, comme la galerie du Grand Trianon, puis dans le véritable théâtre qu’elle fait édifier dans son domaine du petit Trianon par l’architecte Richard Mique. Théâtre qui sera inauguré le 1er juin 1780. C’est dans le rôle de Rosine du « Barbier de Séville » que Marie-Antoinette montera pour la dernière fois sur les planches de son théâtre de Trianon en 1785, tandis que son beau-frère le comte d’Artois (le futur roi Charles X) incarne celui de Figaro. Un rôle controversé et osé, alors que la reine interprète une jeune ingénue qui cherche à s'émanciper de l'homme qu'elle doit épouser et qu'elle n'a pas choisi. De quoi créer une nouvelle polémique. La pièce sera d'ailleurs interdite par la censure royale !
Pour en savoir plus sur le théâtre du petit Trianon.
ACTE II
MARIE-ANTOINETTE : UNE VRAIE MÉCÈNE
La mode, l’artisanat, l’architecture, l’aménagement paysager, autant de domaines où Marie-Antoinette, tel une réelle mécène, s’entoure des meilleurs artistes de son temps et ainsi marque son époque en faisant évoluer les arts vers la modernité. Pour les aménagements à Trianon, elle fait appel à trois artistes : - Richard Mique, architecte - Antoine Richard, jardinier - Hubert Robert, peintre Pour l’intérieur, l'ébéniste Riesener sera son grand fournisseur de meubles. Elle apporte également son soutien à Antoine Parmentier pour promouvoir la pomme de terre, tubercule longtemps considéré comme « un fruit vil et grossier », peu digne de l’homme. Ce légume deviendra même à la mode dans les coiffures de Marie-Antoinette, ornées de fleurs de pommes de terre et concoctées par Rose Bertin.
Une inspiratrice de son temps
Deux femmes qui doivent en grande partie leur carrière à Marie-Antoinette.
Rose Bertin Georges Ripart
Elisabeth-Louise Vigée-LebrunEugénie Lebrun, épouse Tripier-Lefranc
Cliquez sur les images pour en savoir plus
ROSE BERTIN – aux origines de la haute couture
Rose Bertin vient d’Abbeville, réputée pour ses manufactures textiles.D’origine modeste, elle est une marchande de mode, c’est-à-dire qu’elle vend les « enjolivements d’un costume », les ornements, les accessoires – manchons pour l’hiver, mantelet, ruban de soie… – tout ce qui fait le prix d’un vêtement. En arrivant à Paris, elle travaille dans des petites boutiques de mode et va connaitre une ascension fulgurante grâce à son sens des affaires. Quand elle rencontre Marie-Antoinette, elle est déjà reconnue car elle introduit des nouveautés dans les parures des dames qui font déjà beaucoup parler d’elle. Elle a sa propre boutique côtoyée par la Duchesse de Chartres, qui lui fait rencontrer la reine dès 1774. Un véritable « coup de foudre » s’installe entre elles, d’autant que la reine a du mal à résister à toutes ces nouveautés. Devenue toute-puissante dans le monde des vêtements, Rose Bertin se fait surnommer sa « Ministre des modes » par Marie-Antoinette. Petite révolution, car à l’époque seuls des fournisseurs livraient les costumes de la reine. Les deux femmes vont devenir d’ailleurs très proches et s’entretiennent en privé, ce qui va attirer inévitablement les jalousies des courtisans. Les modèles qu’elle propose à la reine sont également vendus dans sa boutique parisienne "Au Grand Mogol" ; toutes les femmes fortunées peuvent ainsi s’habiller comme la reine, ce qui n’est pas sans danger à la cour de France.
Rose Bertin livre à la reine ses tenues d’apparat.Comme nous pouvons le voir dans ce portrait officiel, la reine est représentée dans son grand habit de cour qui est très lourd, très contraignant, avec une pièce d’estomac baleinée recouverte de pierreries très rigides, de multiples jupons en brocard et d’une traine qui pouvait faire plusieurs mètres de long. C'est pourquoi Rose Bertin va également proposer des robes plus à la mode et plus légères qui contribuent déjà à libérer un peu le corps de la femme de cour. Après ses maternités en 1778 et 1781, la reine aspire d’ailleurs à des tenues plus fluides. Mlle Bertin lance alors une nouvelle tendance : les robes champêtres en mousseline.
Marie-Antoinette, Jean-Baptiste-André Gautier-Dagoty
CHERCHEZ L’ERREUR Au Salon de 1783, Elisabeth Vigée Le Brun présenta un nouveau portrait de la reine, qui choqua les visiteurs : la reine était représentée en simple robe transparente, la « gaulle », les cheveux détachés et sans aucun bijou. Pour la critique, ce portrait est indécent et n’est pas digne d’une reine ! Pourtant cela partait d’une bonne intention. Comme le peuple lui reproche d’être trop dépensière ou trop extravagante, l’artiste a voulu la peindre de manière plus simple et naturelle. Elle y apparait sous son beau profil, le teint parfait, le regard clair et la bouche rosée. Mais la reine, élite sociale et politique, s’y tient de façon si décontractée que l’on prend cela pour une insulte à l’étiquette. Elisabeth dût alors refaire rapidement un nouveau portrait dans lequel elle rhabille la reine pour l'exposer avant la fin du Salon. Cette fois, la reine est peinte dans une robe d’apparat, de soie bleu-gris aux reflets argentés parée de perles - marquant le soutien implicite de Marie-Antoinette aux soyeux lyonnais - et d’un grand chapeau de plumes. Ce tableau est aujourd’hui sans doute le portrait le plus connu de Marie-Antoinette.
Marie-Antoinette à la rose, Élisabeth Louise Vigée Le Brun, 1783
La couturière s’occupe également des accessoires des coiffures de la reine. Elle va créer avec Léonard Autier des coiffures dites « à très haut bonnet » connu aujourd’hui sous le terme de pouf. Ce sont des sortes de grands coussins de crins, très hauts piqués de toutes sortes de décors. Si au début, on y place simplement des plumes ou des fleurs, par la suite c’est toute l’actualité de l’époque qui s’invite : on aura des coiffures à la montgolfière suite au premier vol d’une montgolfière en 1783, la coiffure de l’inoculation… et d’autres contenant des objets mécaniques. Extrêmement créatif et particulièrement extravagant !
Pour en savoir plus
Sa mère, Marie-Thérèse, est littéralement affligée de l’accoutrement de sa fille et la met en garde dans de nombreuses lettres d’abandonner l’image sacrée de reine qui finalement ne ressemble plus à une reine mais à une favorite ! On demande évidement à une reine de montrer la tradition et non d’être à la mode. Comme sa mère Marie-Thérèse d’Autriche aimait à le dire: « c’est à la souveraine de donner le ton ». Et on peut dire que Marie-Antoinette eut un véritable don pour lancer des tendances, faire et défaire les modes.
La Révolution met un coup d’arrêt à ce commerce particulièrement florissant.Dès octobre 1789, Rose Bertin suit la cour qui immigre et quitte la France. Elle trouve une nouvelle clientèle étrangère, notamment en Russie, il lui faut bien trouver à écouler ses robes de cours qui n’ont plus court en France. Son magasin parisien reste malgré tout ouvert pendant la révolution. En livrant des cocardes bleu-blanc-rouge, elle s’adapte au nouveau marché. Elle reste évidemment fidèle à la reine et continue de lui livrer des vêtements lorsqu’elle est emprisonnée aux Tuileries et au Temple. Elle lui fournira en particulier le grand habit de deuil qu’elle portera après l’exécution de Louis XVI. Après la mort de la reine, elle va émigrer à Londres, va se refaire une clientèle. Elle rentre en France en 1795 mais ne trouve plus de clientèle vu les prix pratiqués. En 1813, elle meurt avec de nombreuses créances, tous ces nobles qui n’ont pu honorer leur commande sous la révolution.
La reine Marie-Antoinette en habit de veuve à la prison de la Conciergerie.Kucharski Alexandre
La vie de Rose Bertin fut celle d’une femme moderne qui bouscula les codes de l’Ancien Régime. Elle invente ainsi la mode au sens moderne du terme : • Par la notoriété qu’elle a de son vivant, ce qui explique l’extravagance de ses prix, comme en haute couture aujourd’hui. • Par l’invention du renouvellement rapide des collections, en particulier le changement saisonnier. • Quand elle utilise la célébrité – mot qui apparait d’ailleurs au XVIIIème siècle - de Marie-Antoinette pour promouvoir ses modèles. C’est le goût de Marie-Antoinette qui crée cette mode. La reine devient sa meilleure « publicité ». En effet, elle pose régulièrement avec les tenues de sa créatrice fétiche – que ce soit sur de fameux tableaux ou sur les gravures du Mercure de France, une revue française. La cour de Versailles, Paris, et toute la France suivent les tendances proposées par Rose Bertin. Et Marie-Antoinette devient alors une influenceuse de son temps !
Pour en savoir plus sur la mode à Versailles
ACTE II
LE DOMAINE DE TRIANON À SON IMAGE
Marie-Antoinette reçoit le petit Trianon en cadeau de mariage de Louis XVI. Comme l’ont écrit Philippe Huisman et Marguerite Jallut : « Du jour où Marie-Antoinette comprend qu’elle est devenue reine à celui où elle quitte pour toujours Versailles, ses rêves, ses goûts, ses bonheurs s’expriment dans l’exigu palais de Trianon qui devient le vrai miroir de son être profond ». Éprise de liberté et sensible à la nature, Trianon est le lieu tout trouvé pour la reine. Elle y entreprend rapidement d’importants aménagements autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Une inspiratrice de son temps
Dans les jardins
Elle entreprend des travaux d’embellissement transformant les jardins à son image. Trianon a déjà un jardin à la française mais Marie-Antoinette va s’attacher à le compléter et missionne Richard Mique, son architecte, d’aménager un jardin anglo-chinois, selon la mode du temps. Elle est très sensible à la nature et veut quelque chose d’assez simple au début, pas trop couteux : une rivière, de la pelouse, un rocher… Mais rapidement on va y ajouter le temple de l’amour, un belvédère, une belle statue… et tout cela commence à chiffrer. Ces jardins sont le reflet du goût de la Reine pour la nature. Marie-Antoinette qui aime s’entourer de fleurs, participe à la naissance d’une nouvelle mode florale en parfumerie, plus subtile et rafraîchissante. La rose, la lavande, la violette et l’œillet sont alors particulièrement appréciés.
Pour en savoir plus sur les plans et vues du petit Trianon.
Pour en savoir plus sur la parfumerie.
Elle poursuit les travaux dans son jardin et en s’inspirant des tendances du moment que l’on retrouve dans d’autres lieux prestigieux, le hameau de la reine va voir le jour. Richard Mique y bâtit d’abord une ferme puis un moulin et enfin la tour Malbrouck. Un « village normand » idéalisé tel qu’elle le voulait apparait.
Une nouvelle mode florale
Au XVIIIe siècle, la cosmétique connaît un important essor dans la lignée du mouvement hygiéniste. A Versailles, le but était de masquer les mauvaises odeurs, ce qui a donné naissance à un véritable rafinement olfactif.La profession de parfumeur devient alors particulièrement en vogue et compte de plus en plus de représentants, parmi lesquels le parfumeur Jean-Louis Fargeon qui fit de la reine son égérie.
Amoureuse du petit Trianon, de ses senteurs et de ses effluves, Marie-Antoinette privilégiait les motifs fleuris, notamment la rose et la fleur d'oranger.
Les produits de parfumerie –poudres, pommades, fards, eaux de senteurs– vont devenir également des éléments essentiels de la garde-robe des courtisans. Marie-Antoinette, reine de la mode, jouera avec les fleurs odorantescomme avec les couleurs de ses robes.
En intérieur
Le petit Trianon est avant tout un lieu du luxe. Si Marie-Antoinette s’installe dans les meubles de Madame du Barry, précédente locataire du petit Trianon et amante de Louis XV, elle y apporte rapidement des modifications avec des aménagements intérieurs faisant de Trianon le lieu de tous les raffinements. Elle s’investit dans la décoration et l’ameublement de ses appartements avec beaucoup de goût. Elle préfère les couleurs douces comme le lilas, le gris perle ou le vert d’eau. Elle fait fabriquer des meubles auprès d’ébénistes renommés qui reflètent son engagement envers l’esthétique. Le mobilier y est très travaillé, avec un constant rappel de la nature, et des meubles en bois laissés au naturel qui fascinent les contemporains. Elle laisse ainsi une empreinte significative sur l’art et le design d’intérieur. Un élément essentiel manque cependant aux yeux de la reine pour parfaire le domaine de Trianon : un théâtre ! Rappelons que Marie-Antoinette aime jouer des pièces de théâtre.
Chambre de Marie-Antoinette
Grâce à Richard Mique, elle fait construire un théâtre, bâtiment discret qu’elle peut rejoindre depuis le petit château sous une voûte de rosiers. La sobriété extérieure contraste avec l’extrême raffinement intérieur. Une salle de spectacle intime mais dotée de la meilleure machinerie de son temps est créée. C’est le luxe qui saute aux yeux, dans cette salle dorée tout en carton-pâte…Encore beaucoup de dépenses pour une construction que l’on croit éphémère. La reine s’adonne au théâtre avec sa petite troupe et plusieurs pièces y seront jouées.
Trianon devient, plus que le château du roi, l’endroit où il faut être. Il devient le lieu de grandes fêtes nocturnes mémorables où des invités prestigieux y sont invités. De toutes les fêtes données par la reine de France dans les jardins anglo-chinois du Petit Trianon, la plus exceptionnelle se déroule le 21 juin 1784. Elle est donnée en l’honneur du souverain de Suède, le roi Gustave III, accompagné d’une délégation, parmi laquelle le comte Axel de Fersen, devenu le protégé de la reine. Dans une lettre à son frère, Gustave III raconte cette soirée féérique : “On a joué sur le Petit Théâtre “Le Dormeur Réveillé”, par M. de Marmontel, musique de Grétry, avec tout l’appareil des ballets de l’Opéra, réunis à la Comédie Italienne. La décoration de diamants termina le spectacle. On soupa dans les pavillons du jardin et, après souper, le Jardin Anglais fut illuminé. C’était un enchantement parfait ».
Théâtre de la reine Marie-Antoinette au Petit Trianon Mique Richard (1728-1794) architecte français
Le petit Trianon comme le Hameau, lieux de luxe champêtres et raffinés, seront le refuge d’une reine qui cherchera des moments de liberté, loin des complots de la cour. Il deviendra l'instrument de son indépendance.Malheureusement, elle n’aura pas eu beaucoup de temps pour jouir de ce lieu insolite : elle n’y passera que trois ans entre la fin de sa construction en 1786 et les événements de la révolution de 1789. Trois années durant lesquelles elle viendra s’y promener quelques fois, plutôt aux belles saisons et où seuls quelques intimes y seront invités. Elle quittera définitivement Trianon le 5 octobre 1789 alors que le peuple arrive au Château.
Pour en savoir plus sur les journées d'octobre:
ACTE III
uN DESTIN TRAGIQUE
Malgré une opinion qui lui est d’abord très favorable, la Reine devient peu à peu la cible de critiques qui redoublent à partir de 1785 avec l’affaire du Collier, escroquerie dont elle n’est pourtant que la victime. Ses dépenses sont scrutées, souvent exagérées et elle est accusée d'épuiser toujours davantage les finances du royaume. Chaque tentative de reconquête de l’opinion est un échec et, au moment de la Révolution, la Reine est franchement haïe.
Une reine décriée
Marie-Antoinette et la révolution
L'image de marie-antoinette aujourd'hui
UNE REINE DÉCRIÉE
Reine de France, Marie-Antoinette n’entend pas devenir une nouvelle Marie Leszczynska, souveraine effacée. Jeune et belle, elle chercha à manifester une certaine indépendance à l’égard du système de cour, faire ses propres choix et prendre des décisions.Mais cela va vite engendrer un train de vie très dispendieux et rapidement critiqué. C’est au moment où la monarchie se débat dans une crise financière aggravée par la guerre d’Amérique que les reproches sur ses dépenses pharaoniques apparaissent davantage. Certes en se livrant sans retenu à ses passions – la mode, les bijoux, les fêtes, le jeu – la reine dépense. Mais finalement probablement une goutte d’eau dans le déficit du royaume. Marie-Antoinette gagne le titre de "Madame Déficit" ou de "l’Autrichienne" et devient la cible privilégiée des pamphlets, libelles et caricatures. Le scandale de l'affaire du collier en 1785, escroquerie montée de toutes pièces par Jeanne de la Motte dont la reine n'est que la victime, sert de prétexte pour la calomnier davantage.
Pour en savoir plus sur l'affaire du collier:
Marie-Antoinette et la révolution
La Révolution française fait entrer Marie-Antoinette en politique, elle que Louis XVI avait toujours pris soin de maintenir à l’écart du pouvoir. Le roi la fait entrer dans son Conseil dès décembre 1788. Elle n’y a pas de pouvoir réel mais ses opinions influenceront les décisions prises. Dans ce nouveau rôle, bien plus sérieux, elle négocie des alliances pour renverser l’insurrection populaire, tandis que le roi se montre hésitant. Dans un royaume comme la France, qu’une femme accède au pouvoir politique si directement est alors inconcevable. Durant la Révolution, elle va apparaitre comme celle qui manipule le Roi contre son peuple. Son image est à nouveau entachée. La confiance et l’amour qu’inspirait la reine au début de son règne s’évanouissent pour laisser place à la malveillance et à la violence. Elle incarne à elle seule la faillite de la royauté.
MARIE-ANTOINETTE ET AXEL DE FERSEN : une correspondance politique et intime
De nombreuses lettres de Marie-Antoinette, reine de France, nous sont parvenues, constituant un témoignage précieux pour comprendre sa personnalité et son époque. Elle correspondait avant tout avec sa famille – et tout particulièrement avec sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse d’Autriche – mais également avec ses amis proches, des membres de maisons royales étrangères, des nobles français ainsi que des hommes politiques, comme le député Barnave. Ces échanges témoignent de l'influence de l'éducation autrichienne sur la jeune reine et de la pression exercée par sa famille pour affermir les relations diplomatiques entre la France et l'Autriche. Parmi cette riche correspondance, celle échangée avec Axel de Fersen, un noble suédois et fidèle confident, occupe une place particulière. S'étalant sur près de quinze ans, leur relation a suscité de nombreuses spéculations et continue d’alimenter débats et recherches. Ces lettres, souvent empreintes d’affection et de complicité, offrent une perspective plus intime et humaine de la reine, contrastant avec son image publique parfois controversée.
Hans Axel von Fersen, 1769, Gustaf Lundberg
Une rencontre des plus intrigante
En 1774, Marie-Antoinette, alors Dauphine de France, participe au bal de l’Opéra de Paris, un lieu où les élites se croisent dans une ambiance festive. À seulement 19 ans, elle apprécie les fêtes parisiennes où elle peut encore s’amuser dans l’insouciance et profiter des plaisirs de la jeunesse, loin des responsabilités qui l’attendent en tant que future reine. Le peuple l’acclame à chaque fois qu’elle apparait la considérant comme un symbole de renouveau et de fraîcheur pour la monarchie. Cela lui donne l’impression d’être aimée. C’est dans cet esprit de légèreté qu’elle aborde librement Axel de Fersen, ce jeune aristocrate suédois déjà célèbre en France, dont le charme naturel ne la laisse pas indifférente. Un lien naît entre eux, discret mais profond. Après être rentré en Suède, il retourne à Paris en 1778 où il devient un proche de la reine en 1779. Leur relation connaît une nouvelle interruption lorsqu’il s’engage dans les combats en Amérique. À son retour en 1783, ils renouent leurs liens et se fréquentent régulièrement. Le pied à terre que Fersen acquiert à Versailles, gardé secret, leur permet de se retrouver en toute intimité. Ils se rejoignent également, dans les jardins de Trianon jusqu’à quatre fois par semaine ou lors de rendez-vous secret comme le 15 juillet 1783, en tête à tête dans les cabinets particuliers de la reine. Une véritable histoire d’amour s’installe.
Une aide préciseuse
À mesure que la Révolution française s’intensifie, Louis XVI, miné par une profonde dépression depuis plusieurs années, sombre dans le silence et la passivité. Cela oblige Marie-Antoinette à intervenir davantage en politique. Soutenue par Axel de Fersen, devenu le conseiller secret du couple royal, elle trouve en lui un allié fidèle et dévoué. Fersen joue un rôle clé dans les préparatifs de la fuite à Varennes, le 20 juin 1791.
Chargé de l’organisation logistique, il se procure de faux passeports, fait construire une berline adaptée pour le voyage et n’hésite pas à s’endetter pour couvrir les frais liés à l’opération. Déguisé en cocher, il conduit la famille royale jusqu’au relais de Bondy. Là, sur ordre de Louis XVI, il se résigne, le cœur lourd, à les quitter pour éviter d’attirer davantage d’attention. Malheureusement, la suite de l’évasion tourne au drame : le roi et la reine sont reconnus à Varennes, arrêtés, et ramenés sous escorte à Paris, aux Tuileries.
L'arrestation du roi et de la famille royale à Varennes le 21 juin 1791 Anonyme
Fersen, profondément attaché à leur sort, est anéanti par cet échec. Par la suite, il ne ménage pas ses efforts pour venir en aide aux monarques emprisonnés. Depuis l'étranger, il multiplie les négociations avec les puissances européennes, tentant de rallier des soutiens pour organiser leur libération.
La vraie nature de leur relation révélée
Entre la fin juin 1791 et août 1792, alors que la famille royale vivait en résidence surveillée aux Tuileries, la reine Marie-Antoinette et celui que la rumeur de l’époque soupçonnait d’être son amant, entretenaient une correspondance secrète. Leur échange s’organisait en deux correspondances parallèles : l’une officielle, adressée à la reine de France, et l’autre clandestine, protégée par les techniques de cryptographie de l’époque. Dans cette correspondance secrète, Fersen écrivait à une mystérieuse « Joséphine », pseudonyme choisi par la reine et dérivé de son troisième prénom d’archiduchesse, « Josépha ». Ce subterfuge leur permettait de dissimuler la nature privée et politique de leurs échanges, en dépit de la surveillance accrue dont Marie-Antoinette faisait l’objet. Ces lettres, révélées en 1877 par un petit-neveu de Fersen, sont depuis 1982 précieusement conservées aux Archives nationales. Elles ont nécessité de nombreuses années de décryptage en raison de plusieurs obstacles. D’une part, elles étaient scrupuleusement codées afin de les préserver des regards indiscrets. D’autre part, parce que certains passages avaient été caviardés rendant certaines sections illisibles. Pendant longtemps, les scientifiques n’ont pu faire que des hypothèses quant à l’origine de cette censure.
Pour en savoir plus sur la méthode de cryptographie.
Depuis 2020, certains passages caviardés ont été révélés grâce à une technique de micro fluorescence sous rayons X. Certaines parties des lettres restent cependant encore indéchiffrables. La difficulté majeure réside dans le fait que l’encre d’écriture était la même que celle utilisée pour censurer le texte. Cette similitude empêche les scientifiques de distinguer clairement le texte sous-jacent des censures. Cette particularité fait dire aux scientifiques qu’il est probable que cela soit le comte de Fersen lui-même qui ait dissimulé certains passages afin de préserver l’honneur de la reine. Les résultats nous offre un éclairage inédit sur la nature de cette correspondance et confirme l’importance du lien personnel et politique entre Fersen et Marie-Antoinette.
Une des lettres de Marie-Antoinette, dont des phrases ont été censurées par Axel de Fersen, est datée du 4 janvier 1792. PHOTO : Archives nationales de France
POUR EN SAVOIR PLUS
Dans le plus grand secret, il parviendra à revoir la reine une dernière fois le 13 février 1792. La reine est jugée, condamnée et guillotinée le 16 octobre 1793. Cette tragédie laisse Fersen inconsolable, marqué à jamais par la perte de celle qu’il avait profondément aimée. Pour en savoir plus
Méthodes de cryptage
Utilisation d’une encre sympathique, du jus de citron ou d'une encre spéciale. Comme cette encre ne comportait pas de carbone, la technique au carbone 14 n’a pu être utilisée pour le déchiffrage.
Chiffrage des lettres. Utilisation de tables poly alphabétiques : on substitue une lettre par une autre via une clé. Les codes sont à usage unique et déterminés par un chiffre en tête de lettre. Celui-ci renvoie à une page d’un livre que possède à la fois l’épistolier et le destinataire. Le premier mot de la page sert à créer le code. Comme Marie-Antoinette chiffrait la nuit à la bougie, le processus était complexe. C’est pourquoi seule 1 lettre sur 2 était codée.
Méthode de caviardage
Des boucles sont tracées très serrées et soigneusement posées sur une ligne d’écriture, associés à des traits verticaux au-dessus et en-dessous de cette ligne permettant d’imiter certaines lettres de l’alphabet pour empêcher de lire le texte sous-jacent.
Ces textes incomplets nous dévoilent la vraie nature de la relation entre Marie-Antoinette et Axel de Fersen. Dans la lettre du 9 décembre 1791, dans un passage caviardé, Marie-Antoinette écrit à Fersen : « Mon cher ami, pour le bonheur de tous trois, prenez garde à ce que vous écrirez ». Cette demande survient alors que Louis XVI avait failli intercepter cette lettre. Le roi, était au courant du sentiment amoureux de sa femme avec le comte de Fersen. On peut alors comprendre dans cette phrase, qu’un accord tacite s’était installé entre le roi et la reine, tant que la relation n’était pas révélée au grand jour. Les passages révélés sont essentiellement amoureux et ne laissent plus de place au doute quant aux sentiments des deux jeunes gens. Dans la première lettre personnelle qu’il adresse à la reine le 10 octobre 1791 – 4 mois après Varenne – Axel de Fersen écrit : « Je puis vous dire, ma bien chère et tendre amie, combien je vous aime, l’univers n’est rien sans vous ». C’est la première fois qu’il exprime ouvertement ses sentiments pour la reine.
Ces formules amoureuses apparaissent souvent en début et fin de lettre mais il arrive qu’on les retrouve au milieu d’autres informations – sur les personnes sur qui ils peuvent compter, sur la situation etc…- comme si l’émotion était trop forte. Adieu vous que j’aime et que j’adorerai toute ma vie, Fersen le 13 octobre 1791. Je ne vis et n’existe que pour vous aimer et vous adorer, Fersen le 25 octobre 1791. Adieu ma tendre ami, je vous aime et vous aimerais toute ma vie à la folie, le 29 octobre 1791. Je vous aime à la folie mon cher et tendre ami, et jamais, jamais je ne peux être un moment sans vous adorer, Marie-Antoinette le 4 janvier 1792. Ils s’inquiètent l’un pour l’autre et se rassurent. Soyez tranquille, il ne m’arrivera rien, Marie-Antoinette, le 29 juin 1791. Je sens parfaitement toute l’horreur de votre situation, Fersen le 4 décembre 1791. Cet échange épistolaire de qualité, dans un contexte si difficile, constitue un instrument irremplaçable pour entrevoir la femme réelle qu’était Marie-Antoinette : c’est un portrait d’elle tout en finesse qui se dévoile, une femme amoureuse certes, mais surtout pleine d’humanité et de cohérence, qui veut avant tout se sauver et sauver sa famille et ses enfants.
En route vers l'échafaud
On prête à Marie-Antoinette des mots méprisants et d’ailleurs faux comme « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». Elle aimait plaire à la cour mais apparait désormais comme dédaigneuse du peuple. La violence succède rapidement à la médisance et son attitude ambigüe au moment de la Révolution accélère sa fin tragique. Les femmes des faubourgs de Paris envahissent Versailles le 6 octobre 1789. Le roi et la reine quittent Versailles pour Paris, escortés par la foule, et s'installent aux Tuileries. Enfermée au Temple après le 10 août 1792, alors que le couple royal a tenté de s'enfuir, Marie-Antoinette est transférée à la Conciergerie après l'exécution du roi (21 janvier 1793). C'est avec un très grand courage qu'elle endure son procès, condamnée de haute trahison, puis son exécution, le 16 octobre 1793, sur l'actuelle place de la Concorde. "Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Mes yeux n’ont plus de larmes pour pleurer pour vous mes pauvres enfants ! Adieu adieu !". Ces mots retrouvés dans le livre d’heures de Marie-Antoinette sont les ultimes écrits de la reine, et datent d’à peine quelques heures avant son exécution du 16 octobre 1793.
Exécution de Marie-Antoinette
L'image de marie-antoinette aujourd'hui
Deux images de Marie-Antoinette s'opposent encore aujourd'hui : celle d'une reine martyre qui fait face à la tragédie révolutionnaire avec dignité et celle d'une reine étrangère, mal aimée, qui a trahi le peuple.L'impopularité de Marie-Antoinette commence dès 1774 et tout part de la Cour, des rumeurs, des jalousies qui ne manquent pas d'alimenter la presse et les innombrables pamphlets qui vont ternir très vite son image. La Révolution ne sera que le point d'orgue de toute la critique accumulée durant 15 ans. D'autant qu'elle n'a pas compris la Révolution, cette révolution idéologique et les aspirations du peuple.
Pourtant, c'est probablement la reine qui a été le plus dans l'air du temps. Une jeune femme moderne de par ses choix de vie, son émancipation vis-à-vis du pouvoir des hommes, l'affirmation de son indépendance ou l'éducation qu'elle a donnée à ses enfants. On gardera de Marie-Antoinette l'image d'une reine très humaine, prise dans un carcan qu'elle n'a pas maitrisé, ainsi que son courage et son obsession pour sauver ses enfants et sa famille.
Aujourd'hui, c'est une personnalité qui nous fascine encore. En témoignent les nombreux films et romans qui, depuis le début des années 2000, mettent surtout en avant la personnalité de Marie-Antoinette à Versailles plutôt que pendant la Révolution. Une reine devenue une icône de la mode, sensible à la nature, à l’amitié, à la famille et à l’amour.
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La reine est une mère aimante, proche de ses enfants, qui joue avec eux.Elle surnomme sa fille ainée, « Mousseline la sérieuse », et le dauphin, « Chou d’amour ». C’est du jamais vu, surtout pour une reine ! Elle lit les écrits de Jean-Jacques Rousseau sur l’éducation et entend élever ses enfants avec simplicité, tout en leur témoignant son affection librement. Elle prône la bienveillance, le respect et les bienfaits du grand air. Elle suit avec attention leurs éducateurs, les progrès des enfants et nomme comme gouvernante, son amie la plus chère, la duchesse de Polignac, à partir de 1782. La baronne d’Oberkirch loue les qualités d’éducatrice de Marie-Antoinette : « Marie-Antoinette s’occupe elle-même de l’éducation de sa fille ; elle assiste tous les matins aux leçons de ses maîtres, et est très sévère pour ses petits défauts. Elle fit, vers cette époque-là, une réforme dans la maison de sa fille, dans la crainte de lui donner le goût du faste par le trop grand appareil qui l’entourait. Peut-on voir une meilleure mère et une affection plus éclairée ! » Elle tient d'ailleurs sa fille, Madame Royale, à l’écart du système de Cour et repousse des projets de mariage précoces, surtout si cela venait à l’éloigner de la France. Elle ne souhaite pas que sa fille soit déracinée comme elle a pu l’être.
Après leur marriage à la Chapelle royale, le jeune couple assiste à la réception des ambassadeurs avant de se rendre dans la galerie des Glaces, illuminée.Le feu d’artifice prévu est reporté pour cause d’orage. La journée s’achève par un somptueux festin, servi dans le tout nouvel Opéra royal aménagé par Gabriel. Vient enfin le rituel de la cérémonie du coucher : les jeunes mariés sont conduits dans la chambre nuptiale, celle de Marie-Antoinette. La couche est bénie par l’archevêque de Reims. Le roi passe sa chemise de nuit au dauphin et la duchesse de Chartres à la Dauphine. Ils vont au lit en présence de toute la Cour afin de montrer qu’ils partagent bien le même lit. Les festivités se poursuivront jusqu’au 30 mai, date du tragique feu d’artifice donné sur la place de la Concorde, alors place Louis XV. Le spectacle fait 132 victimes : funeste présage d’un règne tragique !