Le Paysage dans les collections du Musée
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INTRODUCTION
Un paysage pré-impressioniste : une nature fugace, une lumière à saisir
Au XVème siècle, un paysage en "arrière-plan"
Le paysage classique : un paysage idéalisé
Une nature décorative, l’importance de la touche et des couleurs.
Un paysage néo-classique , épuré et stylisé
La remise en cause des codes du paysage.
Un paysage romantique : une nature fascinante et grandiose
Un paysage fait de formes et de couleurs : vers la non-figuration.
Un paysage réaliste : l'artiste observateur et témoin de son environnement
Quelques notions / pour approfondir la visite
Introduction : Ce parcours pédagogique interactif est un outil pour préparer une visite avec une classe, axée sur la thématique du paysage. Il propose un panorama des divers courants artistiques présents au musée d’Alençon . Selon les objectifs pédagogiques, l'approche peut être chronologique, thématique, ou techniques. Le paysage, oscillant entre représentation fidèle et interprétation artistique, offre un terrain d'exploration riche, questionnant les notions de réalité et d'imaginaire, de perception, de mouvement, de profondeur ou encore de lumière. Depuis le XIXe siècle, les artistes ont constamment interrogé la relation entre l'homme et la nature, tantôt célébrant sa beauté, tantôt critiquant les effets de l'industrialisation et de l'urbanisation.
Aujourd'hui encore, le paysage demeure une source d'inspiration majeure, s'adaptant aux enjeux contemporains tels que l'écologie et le développement durable.
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Au XVème siècle, un paysage en "arrière-plan"
Avant le 19e siècle, le paysage était souvent une « toile de fond », servant de support à des scènes mythologiques, historiques ou religieuses. Les artistes utilisaient le paysage pour exalter des histoires mais rarement pour mettre en avant la nature elle-même. La peinture de paysage n'était pas encore un genre majeur dans les académies, souvent perçu comme mineur comparé aux portraits ou aux scènes historiques.
Giovanni Massone (Alexandrie en Piémont, v. 1430 - Gênes, v.1512) L'apparition du Christ à Madeleine (ou Noli me tangere) Retable, Tempera sur bois. 1477. 215 cm X 200 cm.
Comprendre le tableau : description
Le paysage dans ce retable
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Comprendre le tableau : description
L'apparition du Christ à Madeleine comprend six panneaux sur deux niveaux dans un cadre gothique doré qui a vraisemblablement été réalisé par l’artiste lui-même.
Le panneau central du niveau inférieur représente la bénédiction de Madeleine par le Christ . Il s'agit d'un thème classique du christianisme : la souffrance du Christ lui permet de pardonner les péchés d'une femme à la vie dissolue qui reconnaît ses faiblesses. C'est le Pardon. A gauche en bas, Saint Pierre (palme, crâne fendu lors de son martyr) et Saint François d'Assise (stigmate de la Passion, crosse abbatiale pour le fondateur de l'Ordre des Franciscains). A droite en bas, Saint Nicolas de Tolentino (robe noire, un lis, symbole de pureté, dans la main droite et un crucifix dans la main gauche : c'est un saint évoqué lors des exorcismes) et Saint Antoine de Padoue (robe blanche, livre ouvert). En haut au centre, le Christ est crucifié tandis que la Vierge et Saint Jean sont en pleurs. C'est le martyr du Christ qui permet le rachat des péchés. Cette scène renforce le panneau central du niveau inférieur. A gauche, l’archange Gabriel est en rouge en position de prière tandis qu’en haut, à droite, la Vierge se recueille en prière. Ces deux dernières représentations correspondent à l’Annonciation.
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Le paysage dans ce retable
Le paysage dans ce retable
Le paysage du panneau central du bas est celui d'une galerie à colonnes de marbre rose avec des haies d'arbustes taillés, en fleurs ou en fruits, tandis que le sol est couvert d'une végétation luxuriante. A gauche et en haut, une terrasse aux murs peints d'un décor fleuri est dominée par des arbres taillés en forme géométrique. On retrouve, à droite en haut, la même terrasse et le même décor auquel il faut ajouter l'intérieur de la chambre de la Vierge. Le panneau central en haut, celui de la crucifixion, représente un paysage assez profond où serpentent fortement des allées sablées et où poussent quelques herbes stylisées. La pelouse présente un gazon très vert, couleur que l'on retrouve dans les arbres sur les collines voisines. Cette végétation et la topographie n'ont rien à voir avec celles de la Palestine. La nature sert ici de décor agréable. On peut remarquer que dans tous les panneaux, sauf celui de la Crucifixion, la nature est profondément humanisée, contrôlée (art topiaire : arbustes taillés, décors sur les murs...).
Cette œuvre est représentative de la peinture médiévale (ou primitive tardive) puisqu'elle présente les deux sources de l'utilisation du paysage :
-une origine décorative où la nature se veut liée à la réalité
-Une origine symboliste où le paysage permet de trouver des clefs d'interprétation.
Il ne s’agit pas encore d’une œuvre de la Renaissance car par son registre iconographique (poids des ordres mendiants, symboles...) et par sa réalisation (peinture sur bois, or, scènes statiques...), elle reste d’inspiration primitive.
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Comprendre le tableau : description
Le paysage classique : un décor idéalisé
A partir du XVIIème siècle, alors qu’il était considéré comme un élément secondaire et ou simplement décoratif dans les compositions artistiques, le paysage devient un sujet autonome.
Étienne Allegrain (Paris, 1645 - Paris, 1736) Paysage vers 1700 - Huile sur toile. 115 cm x 67 cm.
Étienne Allegrain est un peintre et graveur français considéré comme un des meilleurs peintres paysagistes à la fin du règne de Louis XIV. Il est l'auteur de tableaux pour le Trianon et pour la Ménagerie du château de Versailles. Le tableau du Musée d'Alençon a donc été réalisé pour la Ménagerie en 1700. Il a son pendant au Louvre. (Inv 2318. Paysage au troupeau) Inspiré par Nicolas Poussin, il privilégie dans ses peintures l'évocation des ambiances et des atmosphères calmes accompagnées d'un profond jeu de lumière.
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Le paysage classique : un décor idéalisé Analyse descriptive : partie 1
C’est une scène champêtre au bord d'un lac. Au premier plan, entourée de grands arbres, une paysanne trait une vache. A ses côtés, une autre tient une brebis dans ses bras. A l'arrière-plan et au centre, on aperçoit une barque sur un lac avec deux personnes. Tout au fond, un paysage idéal avec une fabrique. Une atmosphère énigmatique s’en dégage. Trois châteaux médiévaux font figure de fabriques et s'étagent au centre du tableau, au-dessus du lac. Ce lac est entouré par des arbres en bosquets, arbres que l'on peut difficilement identifier et dont la fonction est avant tout de définir l'espace du lac. Un troupeau hétéroclite de deux vaches, huit moutons, quatre chèvres est gardé par deux bergères. Une femme trait une vache, un gros pot (en grès émaillé ou en cuivre) à sa gauche. L'autre vache semble en équilibre précaire, voire irréaliste, sur le surplomb abrupt d'un affluent du lac qui sépare un mouton et une chèvre du reste du troupeau. C’est la lumière qui structure l’espace et produit l’atmosphère. Le premier plan (campagne, bord du tableau) est sombre de façon à attirer le regard vers la scène champêtre au deuxième plan qui est, elle, illuminée par un apport de lumière assez cru. Le troisième plan (le lac) est sombre ce qui renforce le climat de mystère. Tandis que l’arrière-plan est plus illuminé laissant apercevoir les fabriques.
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Suite partie 2
Le paysage classique : un décor idéalisé Analyse descriptive : partie 2
Cette œuvre est représentative du paysage classique défini au XVIIe s. par Nicolas Poussin et Claude Gellée (dit le Lorrain) comme une recréation idéale et non comme une observation réaliste de la nature.
Roger Piles en 1708 dans son "Cours de peinture par principe" différencie :
-le paysage de style "héroïque" aux sujets religieux, mythologiques ou historiques. Le paysage n'y est qu'un cadre, les fabriques abondent.
-le paysage de style "champêtre" ou "pastoral". On y représente les activités des champs de façon très idéaliste. Dans ce tableau, Étienne Allegrain, qui est alors surtout connu pour des tableaux de style "héroïque", fait un compromis avec la mode qui apprécie de plus en plus le style "champêtre" qui va triompher au XVIIIe s.. Les fabriques ne sont que des châteaux médiévaux en arrière-plan et assez discrets et non des ruines antiques qui envahissent l’espace dans d’autres œuvres d’Allegrain. La scène champêtre est quant à elle au premier plan. La localisation du tableau à la Ménagerie explique peut-être ce choix avec le changement de goût du public. « Sous le « roi Soleil », il existe plusieurs types de paysage qui dépendent souvent de de l’usage qu’on leur réserve : le rôle du peintre est presque celui d’un décorateur ». (Anne-Lossel-Guilien) Ce paysage est très certainement réalisé à partir d’études, de croquis d’éléments naturels recomposés en atelier afin d’obtenir un paysage parfait
Retour partie 1
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Un paysage néo-classique, épuré et stylisé
Charles-Paul Landon (Nonant-le-Pin, Orne 1760- Paris, 1826) Paul et Virginie dans leur enfance. 249 X 201,5 cm. 18ème siècle Charles-Paul Landon, est un peintre néoclassique qui expose à partir du Salon de 1791 et peint jusqu'à la Restauration. Ses œuvres sont régulièrement présentées au Salon et récompensées par un Prix de Rome dès 1792. Sa carrière est triple, car outre son activité de peintre, il entre dans l'administration des Arts sous l'Empire et sous la Restauration où il sera à la fois peintre du duc de Berry et conservateur des Musées Royaux en 1816. C'est aussi un historien de l'art et un critique, auteur de nombreuses publications.
Comprendre le tableau : description
Le paysage dans ce tableau
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Un paysage néo-classique, épuré et stylisé
Comprendre le tableau : description
Paul et Virginie dans leur enfance (le tableau connait plusieurs titres) est une scène tirée du roman de Bernardin de Saint-Pierre "Paul et Virginie" paru en 1788 et plus précisément du passage où il est question des mères des deux enfants :
"Leur amitié mutuelle redoublait à la vue de leurs enfants, fruits d'un amour également infortuné. Elles prenaient plaisir à les mettre dans le même bain, à les coucher dans le même berceau."
Paul aide Virginie à descendre dans le ruisseau sous le geste protecteur d'une des mères et le regard de l'autre. Landon décrit lui-même son œuvre dans les Annales du Musée et de l’Ecole Moderne des Beaux-Arts en 1833 : "...l'artiste a voulu donner une idée des plaisirs innocents de Paul et Virginie pendant leur enfance. Leurs mères s'amusent à les baigner dans une fontaine ombragée d'un palmier planté en mémoire de leur naissance. "
Le paysage dans ce tableau
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Un paysage néo-classique, épuré et stylisé
Le paysage dans ce tableau
Le paysage est celui d'une nature idéalisée. Un ruisseau aux eaux claires et très peu profondes permet de suggérer le bain tandis que l'arbre exotique, le palmier, évoque l’Île de France (de nos jours, l’île Maurice). Mais il ne s'agit pas d'un paysage réel (pauvreté des détails, sols dénudés peu représentatifs de cette île) mais d'un rêve exotique ou d'une vision échappée des souvenirs de l'enfance. Cette œuvre est représentative du courant néoclassique par son thème, par la référence à l'Antiquité, par le style épuré que l'on retrouve d'ailleurs sur le cadre, par sa facture (dessin précis, touche invisible), par sa composition (grands personnages au premier plan, fond stylisé) et par la mise en avant du nu : le modelé est sculptural et les corps sont dignes. Le nu est idéalisé. Il s’agit de montrer ce que la nature fait de meilleur.
Un unique arbre illustre donc un décor exotique très sobre avec un arrière-plan peu distinct. L’étendue derrière les personnages semble importante grâce à la désaturation des tons : ces lointains soulignent l’isolement géographique ( l’île Maurice). La lumière évoque L’aube. Elle semble s’élever de bas en haut depuis l’arrière du tableau, créant un léger contre-jour. La diminution de l’intensité des couleurs vers les lointains se mêle à des jaunes pour créer cet effet lumineux. Le ciel occupe presque les deux tiers de la scène, illuminant les personnages et renforçant leur intimité : l’œuvre se doit d’être la plus lisible possible.
Comprendre le tableau : description
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Vers le XVIIIème siècle, petit à petit, les artistes se tournent vers l'observation directe de la nature, influencés par des penseurs romantiques et par la montée de la sensibilité à la beauté naturelle.
Un paysage romantique, une nature fascinante et grandiose
Jean-François Hue (Saint-Arnoult en Yvelines, 1751 - Paris, 1823) Marine. Huile sur toile. 51 cm x 74 cm Toile représentant un bateau sur une mer agitée par la tempête, sous un ciel d'orage découvrant les rayons du soleil. A son bord, cinq marins tentent de le manœuvrer ; L'un est à la proue et semble commander son compagnon. Les autres maintiennent.
Le paysage dans ce tableau
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Un paysage romantique, une nature fascinante et grandiose
Le paysage dans ce tableau
J-F. Hue est un élève de Vernet qui s'est spécialisé dans les peintures de marines et de paysages continuant ainsi l'œuvre de son maître. Il expose au Salon de 1781 à 1822 et a été reçu à l'Académie en 1782. Dans ses œuvres, il privilégie les aspects les plus violents de la nature : incendies, naufrages, tempêtes, orages… qui lui permettent de mettre en place des effets picturaux saisissants.
Cette marine est une scène de tempête où les éléments sont déchaînés. Si la mer semble s'être calmée, elle est encore agitée de vagues importantes ; le ciel d'orage laisse percer les rayons de soleil tandis que le vent gonfle les voiles. Les cinq passagers du bateau représentent l'espoir pour des marins en lutte contre les ténèbres d'une mer nerveuse et sombre. On peut remarquer que les personnages à terre ne sont que des spectateurs impuissants et même indifférents puisqu’un homme s’éloigne, tournant le dos à la scène.
Cette œuvre est représentative de la peinture romantique, par son thème - l’homme aux prises avec des éléments qui le dépassent - et par sa composition, où la lumière est essentielle. Le paysage romantique n’est plus pris comme un décor ou comme le cadre d’actions mythiques ou exemplaires mais comme un des éléments, voire le centre, d’un drame. L’artiste a une mission face au destin de l’homme…
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Un paysage réaliste : l'artiste observateur et témoin de son environnement
Gustave Courbet (Ornans, 1819 - La Tour de Peilz. Suisse, 1877) Sous-bois ou la Clairière ou Mare en forêt. Huile sur toile. Vers 1865. 48 cm x 65 cm. Gustave Courbet réalise des paysages de sa Franche-Comté natale dès ses débuts. Son passage au réalisme date des années 1846- 1848 (c’est lui qui invente le terme en 1855) et s'il est connu pour ses scènes à connotations sociales ou politiques, il n'en reste pas moins un peintre de la nature à travers ses scènes de chasse. Sous-bois est une représentation réaliste que l'on peut facilement imaginer peinte sur le motif. La nature n’est pas sublimée mais simplement traduite par l’observation de l’artiste.
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Le paysage dans ce tableau
Un paysage réaliste : l'artiste observateur et témoin de son environnement
Dans cette ambiance tamisée, il se dégage un sentiment de solitude face à cette nature. Le sous-bois est obscur mais on peut remarquer l'importance de la lumière. En effet, le feuillage en plein soleil est très précis, travaillé par de petites touches tandis que les zones éclairées par les rayons du soleil sont représentées à l'aide de touches larges parfois horizontales d'un vert clair. Un cours d’eau qui traverse le centre de l’œuvre reflète la lumière. La présence de l'eau est fréquente dans les paysages de Courbet. Elle permet de placer un parfum de mystère, de jouer sur les formes grâce aux reflets, mais aussi sur les lumières. Cette œuvre est représentative de la peinture réaliste par la volonté de représenter la nature telle qu'elle est dans le monde réel, dans la vie quotidienne. Dans ce tableau, par certains aspects, il se rapproche des impressionnistes mais en diffère radicalement par sa mise en avant de l’obscurité (étant en cela plus proche des peintres de Barbizon). Il justifie cela dans des propos qui concernent une autre scène de forêt peinte sur le motif : « ...cela vous étonne que ma toile soit noire ? La nature sans le soleil est noire et obscure : je fais comme la lumière, j’éclaire les hauts saillants. ».Le noir, c’est le lieu où se trouve la vie cachée de la forêt, celle des remises, les lieux où vivent les animaux de la forêt. »
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Un paysage pré-impressioniste : une nature fugace, une lumière à saisir
L'impressionnisme, notamment, avec des figures comme Monet et Pissarro, a bouleversé la manière de représenter le paysage. Ils cherchaient à capturer les variations de lumière et d'atmosphère, préférant la spontanéité à la rigueur des compositions classiques. La nature devient un espace d'exploration sensorielle et émotionnelle.
Eugène Boudin (Honfleur, 1824 - Deauville, 1898) Rochers de l'Islette à Antibes 1893. Huile sur toile. 46,5 cm x 65,5 cm. Eugène Boudin est un autodidacte influencé par les maîtres flamands et la peinture romantique. Il réalise des toiles "sur le motif" (il peint en plein air, dans le paysage). Il rencontre Monet en 1858 et lui fait découvrir ce travail en "dehors de l'atelier". Il se lie aussi avec Courbet et Baudelaire en 1859 et commence alors à exposer au Salon. La célébrité arrive en 1868 et il participe à la première exposition des impressionnistes en 1874. Vers la fin de sa vie, et donc à l’époque de ce tableau, il radicalise ses techniques impressionnistes.
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Le paysage dans ce tableau
Un paysage pré-impressioniste : une nature fugace, une lumière à saisir
Rochers de l'Islette à Antibes est une marine où le ciel nuageux et gris se mêle à la mer, où la lumière qui perce à travers les nuages, fait briller les eaux calmes tandis que seuls les rochers sur la gauche et la terre sur la droite délimitent la ligne d'horizon. Cette œuvre annonce la peinture impressionniste, par le fait qu’il s’agit d’une peinture sur le motif, par la mise en avant de la lumière qui écrase les formes et les dissout dans l'atmosphère (absence de limite nette entre la terre et la mer, de perspective et modelé imprécis des rochers), par le thème (le bord de l’eau, même s’il est ici dénué de références au monde contemporain comme ses littoraux normands remplis de bourgeois), par la représentation des mouvements (nuages), par le cadrage qui laisse le ciel et la mer envahir le tableau, par la touche largement visible et qui diffère selon l’élément représenté (rochers, mer, ciel...), et enfin, par la rapidité d’exécution. Néanmoins sa palette de couleurs est moins large que celle des grands impressionnistes.
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Un paysage pré-impressioniste : une nature fugace, une lumière à saisir
Rochers de l'Islette à Antibes est une marine où le ciel nuageux et gris se mêle à la mer, où la lumière qui perce à travers les nuages, fait briller les eaux calmes tandis que seuls les rochers sur la gauche et la terre sur la droite délimitent la ligne d'horizon. Cette œuvre annonce la peinture impressionniste, par le fait qu’il s’agit d’une peinture sur le motif, par la mise en avant de la lumière qui écrase les formes et les dissout dans l'atmosphère (absence de limite nette entre la terre et la mer, de perspective et modelé imprécis des rochers), par le thème (le bord de l’eau, même s’il est ici dénué de références au monde contemporain comme ses littoraux normands remplis de bourgeois), par la représentation des mouvements (nuages), par le cadrage qui laisse le ciel et la mer envahir le tableau, par l’utilisation du mélange optique, par la touche largement visible et qui diffère selon l’élément représenté (rochers, mer, ciel...), et enfin, par la rapidité d’exécution. Néanmoins sa palette de couleurs est moins large que celle des grands impressionnistes.
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Une nature décorative, l’importance de la touche et des couleurs.
Georges Lacombe est lié au mouvement Nabis, ce qui lui a valu le surnom de Nabi- sculpteur car son œuvre comprend à la fois des peintures et des sculptures. Il subit également les influences de Sérusier, de Gauguin et de l'art japonais dont la mode se développe alors. Futaie du Vignage décrit une portion de la forêt d’Écouves où Lacombe allait peindre sur le motif. Des photographies en témoignent. On voit en premier plan les racines d'un arbre arraché et colonisé par une végétation parasite tandis qu'un hêtre se dresse au deuxième plan. Cette œuvre est représentative de la peinture "divisionniste" ou pointilliste par la technique employée : la juxtaposition de petites touches, principalement de vert et de bleu. Mais il fait des mélanges sur la toile pour obtenir d'autres nuances, ce qui ne respecte pas la théorie du mélange optique. Il se rapproche de Gauguin par l'utilisation de couleurs arbitraires, comme du rose et du mauve dans les racines. Il se rapproche du fauvisme (dont le mouvement vient de se faire connaître en 1905-1907) par le choix arbitraire et irréaliste dans la nature de couleurs pour le tronc ou les racines de l’arbre mort. Une comparaison avec d'autres tableaux de Lacombe au musée sont possibles car les œuvres sont regroupées. Le combat de cerfs marque un retour en arrière avec l’abandon partiel du divisionnisme mais reste dans la lignée des Nabis (imitation d’une tapisserie, valeur décorative de l’œuvre...).
Georges Lacombe
(Versailles, 1868 - Alençon, 1916) Futaie du Vignage.1907. Huile sur toile 117 cm x 82 cm.
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La remise en cause des codes du paysage.
Avec l'entrée dans le 20e siècle, les artistes se sont éloignés des représentations réalistes du paysage. Des mouvements tels que le cubisme, avec des artistes comme Picasso, ont déstructuré les formes traditionnelles pour offrir une vision plus fragmentée de la réalité, y compris des paysages.
Ce tableau représente un paysage de Courgeron dans l’Orne, un village près d’Argentan. René Brô y a acquis en 1957, un manoir qui jouxte la forêt du domaine royal du Haras du pin.
Le ciel occupe dans cette œuvre, les deux tiers de la toile, comme dans les paysages traditionnels Hollandais du XVIIe siècle. Dans les premiers plans du tableau, apparaissent des arbres éparpillés dans des champs. La ligne d’horizon est occupée par l’esquisse d’un village. Mais ici s’arrête l’ancrage à la tradition : la dominante rouge vermillon du ciel fait exploser les codes du paysage classique, d’autant plus qu’à ce rouge répondent des verts intenses, qui, par rapport de complémentarité, créent une vibration lumineuse très forte.
De même, la réduction à l’extrême des formes, soit par la stylisation, (les formes réduites à des signes), soit par l’esquisse, balayent les habitudes. L’arbre, une « boule » sur un trait vertical, figure bien le pommier, mais agit par sa répétition, surtout comme un rythme coloré scandant l’espace composé de grands rectangles. Ainsi, si les effets de perspective apparaissent, (diminution de l’échelle des formes vers le lointain, figures trapézoïdales des rectangles des champs, etc.), ils sont contre-carrés par l’intensité des couleurs, la stylisation géométrique des volumes et la linéarité du ciel qui rabattent l’image vers l’avant en affirmant le caractère bidimensionnel et donc anti -illusionniste de la toile.
René Brô (1930-1986) - Paysage à Courgeron, 1966. Huile sur toile.
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Un paysage fait de formes et de couleurs : vers la non-figuration.
Fernand Dubuis (25 avril 1908 - 2 septembre 1991)La forêt de Bellême 112 X 51 cm
Fernand Dubuis entre en 1934 dans l’atelier de Maurice Denis. Il entrecoupe sa formation parisienne de séjours d’étude à Rome, Florence et Venise. D’abord séduit par le cubisme et les théories de Severini (artiste futuriste) qu’il rencontre, il évolue vers un art pictural où les seules valeurs de couleur doivent donner vie au tableau. À partir des années 50, il s’oriente vers une simplification des formes et une recherche de la couleur qui le situe entre figuration et abstraction. Si le terme d’abstraction vient à l’esprit, le peintre romand l’a toujours réfuté, optant pour celui de non-figuration. Fernand Dubuis a continué à beaucoup observer la nature et avait toujours un motif en tête, même s’il n’apparaît pas clairement sur le tableau. "La représentation photographique du réel est devenue une chose tellement surabondante que le seul domaine qui reste réservé au peintre est celui de la couleur. C’est un domaine essentiellement rétinien : c’est une chose qui se passe dans la rétine. Mon inspiration est puisée dans la nature, dans l’environnement. Je ne peins rien, même les choses les plus abstraites, qui n’aient été observées, consciemment ou inconsciemment."
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Quelques notions / pour approfondir la visite :
Perspective : ensemble de techniques picturales destinées à représenter les trois dimensions d'un objet ou d'une scène par une image sur une surface plane, de représenter la profondeur. La perspective linéaire se caractérise par la présence d’un point de fuite vers lequel les lignes de construction du tableau convergent. Il peut se situer au centre du tableau, dans un angle et même en dehors. Il est fréquent que les lignes convergent vers le sujet du tableau ou le personnage principal afin d’attirer notre regard sur lui. Son invention remonte au XVème siècle. La perspective atmosphérique : davantage utilisée dans les paysages, la perspective atmosphérique utilise la netteté et le flou pour donner une illusion de profondeur. Plus un élément s’éloigne plus il est représenté de manière floue, avec des tons froids et plus petit. Un contraste progressif se fait donc avec le premier plan qui nous semble naturellement le plus proche. La perspective cavalière : contrairement à la perspective linéaire, les lignes ne convergent pas vers un point de fuite mais restent parallèles. Cette technique est moins représentative de la réalité mais elle permet une meilleure clarté et compréhension de ce qui est représenté. On l’utilise souvent dans les jeux vidéo ou les plans d’architecture. Les lignes de force : ce sont les lignes qui composent le tableau et l’organisent spatialement.
En fonction de leur emplacement, elles vont pouvoir exprimer une hiérarchie si la composition est pyramidale, alourdir l’atmosphère si elles se croisent ou créer un vide si elles sont absentes. Les peintures de paysages classiques ou académiques sont généralement composées avec 2/3 de paysage et 1/3 de ciel. Pour rentrer dans cette norme, il est d’usage d’utiliser trois plans successifs.
Mais les artistes ont petit à petit remis en question ces règles et s’en sont émancipés.
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LE PAYSAGE : SON ÉVOLUTION DANS LES COLLECTIONS DU MUSÉE
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Created on October 11, 2024
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Un paysage pré-impressioniste : une nature fugace, une lumière à saisir
Au XVème siècle, un paysage en "arrière-plan"
Le paysage classique : un paysage idéalisé
Une nature décorative, l’importance de la touche et des couleurs.
Un paysage néo-classique , épuré et stylisé
La remise en cause des codes du paysage.
Un paysage romantique : une nature fascinante et grandiose
Un paysage fait de formes et de couleurs : vers la non-figuration.
Un paysage réaliste : l'artiste observateur et témoin de son environnement
Quelques notions / pour approfondir la visite
Introduction : Ce parcours pédagogique interactif est un outil pour préparer une visite avec une classe, axée sur la thématique du paysage. Il propose un panorama des divers courants artistiques présents au musée d’Alençon . Selon les objectifs pédagogiques, l'approche peut être chronologique, thématique, ou techniques. Le paysage, oscillant entre représentation fidèle et interprétation artistique, offre un terrain d'exploration riche, questionnant les notions de réalité et d'imaginaire, de perception, de mouvement, de profondeur ou encore de lumière. Depuis le XIXe siècle, les artistes ont constamment interrogé la relation entre l'homme et la nature, tantôt célébrant sa beauté, tantôt critiquant les effets de l'industrialisation et de l'urbanisation. Aujourd'hui encore, le paysage demeure une source d'inspiration majeure, s'adaptant aux enjeux contemporains tels que l'écologie et le développement durable.
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Au XVème siècle, un paysage en "arrière-plan"
Avant le 19e siècle, le paysage était souvent une « toile de fond », servant de support à des scènes mythologiques, historiques ou religieuses. Les artistes utilisaient le paysage pour exalter des histoires mais rarement pour mettre en avant la nature elle-même. La peinture de paysage n'était pas encore un genre majeur dans les académies, souvent perçu comme mineur comparé aux portraits ou aux scènes historiques.
Giovanni Massone (Alexandrie en Piémont, v. 1430 - Gênes, v.1512) L'apparition du Christ à Madeleine (ou Noli me tangere) Retable, Tempera sur bois. 1477. 215 cm X 200 cm.
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Comprendre le tableau : description
L'apparition du Christ à Madeleine comprend six panneaux sur deux niveaux dans un cadre gothique doré qui a vraisemblablement été réalisé par l’artiste lui-même. Le panneau central du niveau inférieur représente la bénédiction de Madeleine par le Christ . Il s'agit d'un thème classique du christianisme : la souffrance du Christ lui permet de pardonner les péchés d'une femme à la vie dissolue qui reconnaît ses faiblesses. C'est le Pardon. A gauche en bas, Saint Pierre (palme, crâne fendu lors de son martyr) et Saint François d'Assise (stigmate de la Passion, crosse abbatiale pour le fondateur de l'Ordre des Franciscains). A droite en bas, Saint Nicolas de Tolentino (robe noire, un lis, symbole de pureté, dans la main droite et un crucifix dans la main gauche : c'est un saint évoqué lors des exorcismes) et Saint Antoine de Padoue (robe blanche, livre ouvert). En haut au centre, le Christ est crucifié tandis que la Vierge et Saint Jean sont en pleurs. C'est le martyr du Christ qui permet le rachat des péchés. Cette scène renforce le panneau central du niveau inférieur. A gauche, l’archange Gabriel est en rouge en position de prière tandis qu’en haut, à droite, la Vierge se recueille en prière. Ces deux dernières représentations correspondent à l’Annonciation.
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Le paysage dans ce retable
Le paysage dans ce retable
Le paysage du panneau central du bas est celui d'une galerie à colonnes de marbre rose avec des haies d'arbustes taillés, en fleurs ou en fruits, tandis que le sol est couvert d'une végétation luxuriante. A gauche et en haut, une terrasse aux murs peints d'un décor fleuri est dominée par des arbres taillés en forme géométrique. On retrouve, à droite en haut, la même terrasse et le même décor auquel il faut ajouter l'intérieur de la chambre de la Vierge. Le panneau central en haut, celui de la crucifixion, représente un paysage assez profond où serpentent fortement des allées sablées et où poussent quelques herbes stylisées. La pelouse présente un gazon très vert, couleur que l'on retrouve dans les arbres sur les collines voisines. Cette végétation et la topographie n'ont rien à voir avec celles de la Palestine. La nature sert ici de décor agréable. On peut remarquer que dans tous les panneaux, sauf celui de la Crucifixion, la nature est profondément humanisée, contrôlée (art topiaire : arbustes taillés, décors sur les murs...). Cette œuvre est représentative de la peinture médiévale (ou primitive tardive) puisqu'elle présente les deux sources de l'utilisation du paysage : -une origine décorative où la nature se veut liée à la réalité -Une origine symboliste où le paysage permet de trouver des clefs d'interprétation. Il ne s’agit pas encore d’une œuvre de la Renaissance car par son registre iconographique (poids des ordres mendiants, symboles...) et par sa réalisation (peinture sur bois, or, scènes statiques...), elle reste d’inspiration primitive.
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Comprendre le tableau : description
Le paysage classique : un décor idéalisé
A partir du XVIIème siècle, alors qu’il était considéré comme un élément secondaire et ou simplement décoratif dans les compositions artistiques, le paysage devient un sujet autonome.
Étienne Allegrain (Paris, 1645 - Paris, 1736) Paysage vers 1700 - Huile sur toile. 115 cm x 67 cm. Étienne Allegrain est un peintre et graveur français considéré comme un des meilleurs peintres paysagistes à la fin du règne de Louis XIV. Il est l'auteur de tableaux pour le Trianon et pour la Ménagerie du château de Versailles. Le tableau du Musée d'Alençon a donc été réalisé pour la Ménagerie en 1700. Il a son pendant au Louvre. (Inv 2318. Paysage au troupeau) Inspiré par Nicolas Poussin, il privilégie dans ses peintures l'évocation des ambiances et des atmosphères calmes accompagnées d'un profond jeu de lumière.
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Le paysage classique : un décor idéalisé Analyse descriptive : partie 1
C’est une scène champêtre au bord d'un lac. Au premier plan, entourée de grands arbres, une paysanne trait une vache. A ses côtés, une autre tient une brebis dans ses bras. A l'arrière-plan et au centre, on aperçoit une barque sur un lac avec deux personnes. Tout au fond, un paysage idéal avec une fabrique. Une atmosphère énigmatique s’en dégage. Trois châteaux médiévaux font figure de fabriques et s'étagent au centre du tableau, au-dessus du lac. Ce lac est entouré par des arbres en bosquets, arbres que l'on peut difficilement identifier et dont la fonction est avant tout de définir l'espace du lac. Un troupeau hétéroclite de deux vaches, huit moutons, quatre chèvres est gardé par deux bergères. Une femme trait une vache, un gros pot (en grès émaillé ou en cuivre) à sa gauche. L'autre vache semble en équilibre précaire, voire irréaliste, sur le surplomb abrupt d'un affluent du lac qui sépare un mouton et une chèvre du reste du troupeau. C’est la lumière qui structure l’espace et produit l’atmosphère. Le premier plan (campagne, bord du tableau) est sombre de façon à attirer le regard vers la scène champêtre au deuxième plan qui est, elle, illuminée par un apport de lumière assez cru. Le troisième plan (le lac) est sombre ce qui renforce le climat de mystère. Tandis que l’arrière-plan est plus illuminé laissant apercevoir les fabriques.
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Suite partie 2
Le paysage classique : un décor idéalisé Analyse descriptive : partie 2
Cette œuvre est représentative du paysage classique défini au XVIIe s. par Nicolas Poussin et Claude Gellée (dit le Lorrain) comme une recréation idéale et non comme une observation réaliste de la nature. Roger Piles en 1708 dans son "Cours de peinture par principe" différencie : -le paysage de style "héroïque" aux sujets religieux, mythologiques ou historiques. Le paysage n'y est qu'un cadre, les fabriques abondent. -le paysage de style "champêtre" ou "pastoral". On y représente les activités des champs de façon très idéaliste. Dans ce tableau, Étienne Allegrain, qui est alors surtout connu pour des tableaux de style "héroïque", fait un compromis avec la mode qui apprécie de plus en plus le style "champêtre" qui va triompher au XVIIIe s.. Les fabriques ne sont que des châteaux médiévaux en arrière-plan et assez discrets et non des ruines antiques qui envahissent l’espace dans d’autres œuvres d’Allegrain. La scène champêtre est quant à elle au premier plan. La localisation du tableau à la Ménagerie explique peut-être ce choix avec le changement de goût du public. « Sous le « roi Soleil », il existe plusieurs types de paysage qui dépendent souvent de de l’usage qu’on leur réserve : le rôle du peintre est presque celui d’un décorateur ». (Anne-Lossel-Guilien) Ce paysage est très certainement réalisé à partir d’études, de croquis d’éléments naturels recomposés en atelier afin d’obtenir un paysage parfait
Retour partie 1
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Un paysage néo-classique, épuré et stylisé
Charles-Paul Landon (Nonant-le-Pin, Orne 1760- Paris, 1826) Paul et Virginie dans leur enfance. 249 X 201,5 cm. 18ème siècle Charles-Paul Landon, est un peintre néoclassique qui expose à partir du Salon de 1791 et peint jusqu'à la Restauration. Ses œuvres sont régulièrement présentées au Salon et récompensées par un Prix de Rome dès 1792. Sa carrière est triple, car outre son activité de peintre, il entre dans l'administration des Arts sous l'Empire et sous la Restauration où il sera à la fois peintre du duc de Berry et conservateur des Musées Royaux en 1816. C'est aussi un historien de l'art et un critique, auteur de nombreuses publications.
Comprendre le tableau : description
Le paysage dans ce tableau
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Un paysage néo-classique, épuré et stylisé
Comprendre le tableau : description
Paul et Virginie dans leur enfance (le tableau connait plusieurs titres) est une scène tirée du roman de Bernardin de Saint-Pierre "Paul et Virginie" paru en 1788 et plus précisément du passage où il est question des mères des deux enfants : "Leur amitié mutuelle redoublait à la vue de leurs enfants, fruits d'un amour également infortuné. Elles prenaient plaisir à les mettre dans le même bain, à les coucher dans le même berceau." Paul aide Virginie à descendre dans le ruisseau sous le geste protecteur d'une des mères et le regard de l'autre. Landon décrit lui-même son œuvre dans les Annales du Musée et de l’Ecole Moderne des Beaux-Arts en 1833 : "...l'artiste a voulu donner une idée des plaisirs innocents de Paul et Virginie pendant leur enfance. Leurs mères s'amusent à les baigner dans une fontaine ombragée d'un palmier planté en mémoire de leur naissance. "
Le paysage dans ce tableau
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Un paysage néo-classique, épuré et stylisé
Le paysage dans ce tableau
Le paysage est celui d'une nature idéalisée. Un ruisseau aux eaux claires et très peu profondes permet de suggérer le bain tandis que l'arbre exotique, le palmier, évoque l’Île de France (de nos jours, l’île Maurice). Mais il ne s'agit pas d'un paysage réel (pauvreté des détails, sols dénudés peu représentatifs de cette île) mais d'un rêve exotique ou d'une vision échappée des souvenirs de l'enfance. Cette œuvre est représentative du courant néoclassique par son thème, par la référence à l'Antiquité, par le style épuré que l'on retrouve d'ailleurs sur le cadre, par sa facture (dessin précis, touche invisible), par sa composition (grands personnages au premier plan, fond stylisé) et par la mise en avant du nu : le modelé est sculptural et les corps sont dignes. Le nu est idéalisé. Il s’agit de montrer ce que la nature fait de meilleur. Un unique arbre illustre donc un décor exotique très sobre avec un arrière-plan peu distinct. L’étendue derrière les personnages semble importante grâce à la désaturation des tons : ces lointains soulignent l’isolement géographique ( l’île Maurice). La lumière évoque L’aube. Elle semble s’élever de bas en haut depuis l’arrière du tableau, créant un léger contre-jour. La diminution de l’intensité des couleurs vers les lointains se mêle à des jaunes pour créer cet effet lumineux. Le ciel occupe presque les deux tiers de la scène, illuminant les personnages et renforçant leur intimité : l’œuvre se doit d’être la plus lisible possible.
Comprendre le tableau : description
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Vers le XVIIIème siècle, petit à petit, les artistes se tournent vers l'observation directe de la nature, influencés par des penseurs romantiques et par la montée de la sensibilité à la beauté naturelle.
Un paysage romantique, une nature fascinante et grandiose
Jean-François Hue (Saint-Arnoult en Yvelines, 1751 - Paris, 1823) Marine. Huile sur toile. 51 cm x 74 cm Toile représentant un bateau sur une mer agitée par la tempête, sous un ciel d'orage découvrant les rayons du soleil. A son bord, cinq marins tentent de le manœuvrer ; L'un est à la proue et semble commander son compagnon. Les autres maintiennent.
Le paysage dans ce tableau
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Un paysage romantique, une nature fascinante et grandiose
Le paysage dans ce tableau
J-F. Hue est un élève de Vernet qui s'est spécialisé dans les peintures de marines et de paysages continuant ainsi l'œuvre de son maître. Il expose au Salon de 1781 à 1822 et a été reçu à l'Académie en 1782. Dans ses œuvres, il privilégie les aspects les plus violents de la nature : incendies, naufrages, tempêtes, orages… qui lui permettent de mettre en place des effets picturaux saisissants. Cette marine est une scène de tempête où les éléments sont déchaînés. Si la mer semble s'être calmée, elle est encore agitée de vagues importantes ; le ciel d'orage laisse percer les rayons de soleil tandis que le vent gonfle les voiles. Les cinq passagers du bateau représentent l'espoir pour des marins en lutte contre les ténèbres d'une mer nerveuse et sombre. On peut remarquer que les personnages à terre ne sont que des spectateurs impuissants et même indifférents puisqu’un homme s’éloigne, tournant le dos à la scène. Cette œuvre est représentative de la peinture romantique, par son thème - l’homme aux prises avec des éléments qui le dépassent - et par sa composition, où la lumière est essentielle. Le paysage romantique n’est plus pris comme un décor ou comme le cadre d’actions mythiques ou exemplaires mais comme un des éléments, voire le centre, d’un drame. L’artiste a une mission face au destin de l’homme…
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Un paysage réaliste : l'artiste observateur et témoin de son environnement
Gustave Courbet (Ornans, 1819 - La Tour de Peilz. Suisse, 1877) Sous-bois ou la Clairière ou Mare en forêt. Huile sur toile. Vers 1865. 48 cm x 65 cm. Gustave Courbet réalise des paysages de sa Franche-Comté natale dès ses débuts. Son passage au réalisme date des années 1846- 1848 (c’est lui qui invente le terme en 1855) et s'il est connu pour ses scènes à connotations sociales ou politiques, il n'en reste pas moins un peintre de la nature à travers ses scènes de chasse. Sous-bois est une représentation réaliste que l'on peut facilement imaginer peinte sur le motif. La nature n’est pas sublimée mais simplement traduite par l’observation de l’artiste.
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Le paysage dans ce tableau
Un paysage réaliste : l'artiste observateur et témoin de son environnement
Dans cette ambiance tamisée, il se dégage un sentiment de solitude face à cette nature. Le sous-bois est obscur mais on peut remarquer l'importance de la lumière. En effet, le feuillage en plein soleil est très précis, travaillé par de petites touches tandis que les zones éclairées par les rayons du soleil sont représentées à l'aide de touches larges parfois horizontales d'un vert clair. Un cours d’eau qui traverse le centre de l’œuvre reflète la lumière. La présence de l'eau est fréquente dans les paysages de Courbet. Elle permet de placer un parfum de mystère, de jouer sur les formes grâce aux reflets, mais aussi sur les lumières. Cette œuvre est représentative de la peinture réaliste par la volonté de représenter la nature telle qu'elle est dans le monde réel, dans la vie quotidienne. Dans ce tableau, par certains aspects, il se rapproche des impressionnistes mais en diffère radicalement par sa mise en avant de l’obscurité (étant en cela plus proche des peintres de Barbizon). Il justifie cela dans des propos qui concernent une autre scène de forêt peinte sur le motif : « ...cela vous étonne que ma toile soit noire ? La nature sans le soleil est noire et obscure : je fais comme la lumière, j’éclaire les hauts saillants. ».Le noir, c’est le lieu où se trouve la vie cachée de la forêt, celle des remises, les lieux où vivent les animaux de la forêt. »
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Un paysage pré-impressioniste : une nature fugace, une lumière à saisir
L'impressionnisme, notamment, avec des figures comme Monet et Pissarro, a bouleversé la manière de représenter le paysage. Ils cherchaient à capturer les variations de lumière et d'atmosphère, préférant la spontanéité à la rigueur des compositions classiques. La nature devient un espace d'exploration sensorielle et émotionnelle.
Eugène Boudin (Honfleur, 1824 - Deauville, 1898) Rochers de l'Islette à Antibes 1893. Huile sur toile. 46,5 cm x 65,5 cm. Eugène Boudin est un autodidacte influencé par les maîtres flamands et la peinture romantique. Il réalise des toiles "sur le motif" (il peint en plein air, dans le paysage). Il rencontre Monet en 1858 et lui fait découvrir ce travail en "dehors de l'atelier". Il se lie aussi avec Courbet et Baudelaire en 1859 et commence alors à exposer au Salon. La célébrité arrive en 1868 et il participe à la première exposition des impressionnistes en 1874. Vers la fin de sa vie, et donc à l’époque de ce tableau, il radicalise ses techniques impressionnistes.
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Le paysage dans ce tableau
Un paysage pré-impressioniste : une nature fugace, une lumière à saisir
Rochers de l'Islette à Antibes est une marine où le ciel nuageux et gris se mêle à la mer, où la lumière qui perce à travers les nuages, fait briller les eaux calmes tandis que seuls les rochers sur la gauche et la terre sur la droite délimitent la ligne d'horizon. Cette œuvre annonce la peinture impressionniste, par le fait qu’il s’agit d’une peinture sur le motif, par la mise en avant de la lumière qui écrase les formes et les dissout dans l'atmosphère (absence de limite nette entre la terre et la mer, de perspective et modelé imprécis des rochers), par le thème (le bord de l’eau, même s’il est ici dénué de références au monde contemporain comme ses littoraux normands remplis de bourgeois), par la représentation des mouvements (nuages), par le cadrage qui laisse le ciel et la mer envahir le tableau, par la touche largement visible et qui diffère selon l’élément représenté (rochers, mer, ciel...), et enfin, par la rapidité d’exécution. Néanmoins sa palette de couleurs est moins large que celle des grands impressionnistes.
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Un paysage pré-impressioniste : une nature fugace, une lumière à saisir
Rochers de l'Islette à Antibes est une marine où le ciel nuageux et gris se mêle à la mer, où la lumière qui perce à travers les nuages, fait briller les eaux calmes tandis que seuls les rochers sur la gauche et la terre sur la droite délimitent la ligne d'horizon. Cette œuvre annonce la peinture impressionniste, par le fait qu’il s’agit d’une peinture sur le motif, par la mise en avant de la lumière qui écrase les formes et les dissout dans l'atmosphère (absence de limite nette entre la terre et la mer, de perspective et modelé imprécis des rochers), par le thème (le bord de l’eau, même s’il est ici dénué de références au monde contemporain comme ses littoraux normands remplis de bourgeois), par la représentation des mouvements (nuages), par le cadrage qui laisse le ciel et la mer envahir le tableau, par l’utilisation du mélange optique, par la touche largement visible et qui diffère selon l’élément représenté (rochers, mer, ciel...), et enfin, par la rapidité d’exécution. Néanmoins sa palette de couleurs est moins large que celle des grands impressionnistes.
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Une nature décorative, l’importance de la touche et des couleurs.
Georges Lacombe est lié au mouvement Nabis, ce qui lui a valu le surnom de Nabi- sculpteur car son œuvre comprend à la fois des peintures et des sculptures. Il subit également les influences de Sérusier, de Gauguin et de l'art japonais dont la mode se développe alors. Futaie du Vignage décrit une portion de la forêt d’Écouves où Lacombe allait peindre sur le motif. Des photographies en témoignent. On voit en premier plan les racines d'un arbre arraché et colonisé par une végétation parasite tandis qu'un hêtre se dresse au deuxième plan. Cette œuvre est représentative de la peinture "divisionniste" ou pointilliste par la technique employée : la juxtaposition de petites touches, principalement de vert et de bleu. Mais il fait des mélanges sur la toile pour obtenir d'autres nuances, ce qui ne respecte pas la théorie du mélange optique. Il se rapproche de Gauguin par l'utilisation de couleurs arbitraires, comme du rose et du mauve dans les racines. Il se rapproche du fauvisme (dont le mouvement vient de se faire connaître en 1905-1907) par le choix arbitraire et irréaliste dans la nature de couleurs pour le tronc ou les racines de l’arbre mort. Une comparaison avec d'autres tableaux de Lacombe au musée sont possibles car les œuvres sont regroupées. Le combat de cerfs marque un retour en arrière avec l’abandon partiel du divisionnisme mais reste dans la lignée des Nabis (imitation d’une tapisserie, valeur décorative de l’œuvre...).
Georges Lacombe (Versailles, 1868 - Alençon, 1916) Futaie du Vignage.1907. Huile sur toile 117 cm x 82 cm.
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La remise en cause des codes du paysage.
Avec l'entrée dans le 20e siècle, les artistes se sont éloignés des représentations réalistes du paysage. Des mouvements tels que le cubisme, avec des artistes comme Picasso, ont déstructuré les formes traditionnelles pour offrir une vision plus fragmentée de la réalité, y compris des paysages.
Ce tableau représente un paysage de Courgeron dans l’Orne, un village près d’Argentan. René Brô y a acquis en 1957, un manoir qui jouxte la forêt du domaine royal du Haras du pin. Le ciel occupe dans cette œuvre, les deux tiers de la toile, comme dans les paysages traditionnels Hollandais du XVIIe siècle. Dans les premiers plans du tableau, apparaissent des arbres éparpillés dans des champs. La ligne d’horizon est occupée par l’esquisse d’un village. Mais ici s’arrête l’ancrage à la tradition : la dominante rouge vermillon du ciel fait exploser les codes du paysage classique, d’autant plus qu’à ce rouge répondent des verts intenses, qui, par rapport de complémentarité, créent une vibration lumineuse très forte. De même, la réduction à l’extrême des formes, soit par la stylisation, (les formes réduites à des signes), soit par l’esquisse, balayent les habitudes. L’arbre, une « boule » sur un trait vertical, figure bien le pommier, mais agit par sa répétition, surtout comme un rythme coloré scandant l’espace composé de grands rectangles. Ainsi, si les effets de perspective apparaissent, (diminution de l’échelle des formes vers le lointain, figures trapézoïdales des rectangles des champs, etc.), ils sont contre-carrés par l’intensité des couleurs, la stylisation géométrique des volumes et la linéarité du ciel qui rabattent l’image vers l’avant en affirmant le caractère bidimensionnel et donc anti -illusionniste de la toile.
René Brô (1930-1986) - Paysage à Courgeron, 1966. Huile sur toile.
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Un paysage fait de formes et de couleurs : vers la non-figuration.
Fernand Dubuis (25 avril 1908 - 2 septembre 1991)La forêt de Bellême 112 X 51 cm
Fernand Dubuis entre en 1934 dans l’atelier de Maurice Denis. Il entrecoupe sa formation parisienne de séjours d’étude à Rome, Florence et Venise. D’abord séduit par le cubisme et les théories de Severini (artiste futuriste) qu’il rencontre, il évolue vers un art pictural où les seules valeurs de couleur doivent donner vie au tableau. À partir des années 50, il s’oriente vers une simplification des formes et une recherche de la couleur qui le situe entre figuration et abstraction. Si le terme d’abstraction vient à l’esprit, le peintre romand l’a toujours réfuté, optant pour celui de non-figuration. Fernand Dubuis a continué à beaucoup observer la nature et avait toujours un motif en tête, même s’il n’apparaît pas clairement sur le tableau. "La représentation photographique du réel est devenue une chose tellement surabondante que le seul domaine qui reste réservé au peintre est celui de la couleur. C’est un domaine essentiellement rétinien : c’est une chose qui se passe dans la rétine. Mon inspiration est puisée dans la nature, dans l’environnement. Je ne peins rien, même les choses les plus abstraites, qui n’aient été observées, consciemment ou inconsciemment."
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Quelques notions / pour approfondir la visite :
Perspective : ensemble de techniques picturales destinées à représenter les trois dimensions d'un objet ou d'une scène par une image sur une surface plane, de représenter la profondeur. La perspective linéaire se caractérise par la présence d’un point de fuite vers lequel les lignes de construction du tableau convergent. Il peut se situer au centre du tableau, dans un angle et même en dehors. Il est fréquent que les lignes convergent vers le sujet du tableau ou le personnage principal afin d’attirer notre regard sur lui. Son invention remonte au XVème siècle. La perspective atmosphérique : davantage utilisée dans les paysages, la perspective atmosphérique utilise la netteté et le flou pour donner une illusion de profondeur. Plus un élément s’éloigne plus il est représenté de manière floue, avec des tons froids et plus petit. Un contraste progressif se fait donc avec le premier plan qui nous semble naturellement le plus proche. La perspective cavalière : contrairement à la perspective linéaire, les lignes ne convergent pas vers un point de fuite mais restent parallèles. Cette technique est moins représentative de la réalité mais elle permet une meilleure clarté et compréhension de ce qui est représenté. On l’utilise souvent dans les jeux vidéo ou les plans d’architecture. Les lignes de force : ce sont les lignes qui composent le tableau et l’organisent spatialement. En fonction de leur emplacement, elles vont pouvoir exprimer une hiérarchie si la composition est pyramidale, alourdir l’atmosphère si elles se croisent ou créer un vide si elles sont absentes. Les peintures de paysages classiques ou académiques sont généralement composées avec 2/3 de paysage et 1/3 de ciel. Pour rentrer dans cette norme, il est d’usage d’utiliser trois plans successifs. Mais les artistes ont petit à petit remis en question ces règles et s’en sont émancipés.
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