Lucie Delarue-Mardrus Inspirations honfleuraises et normandes
« Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays »
Lucie Delarue-Mardrus
écrivaine aux multiples facettes
Lucie et Honfleur
Biographie
Mise en scène de la pêche
Honfleur, terre d'inspiration poétique
« Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays »
Amoureuse de la Normandie
Historienne de la Normandie
Remerciements
Portraitiste et conteuse
Pour aller plus loin
Lucie Delarue-Mardrus
écrivaine aux multiples facettes
Biographie
Artiste multiple, Lucie Delarue-Mardrus vécut à Honfleur la plus grande partie de sa vie. Poétesse, romancière, sculptrice, journaliste, dramaturge,… Elle marqua la Belle Époque grâce à ses œuvres, et à sa fréquentation du milieu littéraire et mondain : André Gide, Paul Valéry, Claude Debussy, la comtesse de Noailles, Maurice Maeterlinck et Georgette Leblanc, … Dans son œuvre polymorphe, forte de 70 opus, elle fait preuve d’un féminisme d’avant-garde, en interrogeant la maternité, ou en dénonçant les violences sexuelles, et la brutalité masculine « Marie, fille mère » 1908.
Elle reste cependant réservée à l’égard du militantisme féministe. La société des écrivains normands a été fondée en 1923 par Charles-Théophile Féret, au domicile de Lucie Delarue-Mardrus à Honfleur.
Lucie et la Normandie
« Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays »
Amoureuse de la Normandie
À travers son œuvre protéiforme, Lucie Delarue-Mardrus n’a de cesse de clamer son attachement à ses racines normandes. Elle utilise et décrit ainsi de façon régulière sa Normandie natale, son histoire et les êtres qui la peuplent.Son écriture sensible, et son attention aux détails, ainsi qu’aux personnes et animaux qui l’entourent se retrouvent dans les poèmes qui suivent.
Avenir, dans Horizons, 1905
Les chalands, dans Horizons, 1905
Encore juillet, dans Horizons, 1905
L'odeur de mon pays, dans Horizons, 1905
Historienne de la Normandie
L'œuvre de Lucie Delarue-Mardrus s'est saisie des débats, encore vivaces, sur la territorialité du Mont-Saint-Michel. Elle a également travaillé sur une biographie de Guillaume-le-Conquérant.
Dires du Mont Saint-Michel, dans Mort et Printemps, 1932
« Au bout de la longue campagne
Le Mont catholique apparaît. Mais quel regard d’abord saurait
S’il est Normandie ou Bretagne ?
Des limites de terre et d’eau N’indiquent aucune frontière.
Partout c’est la même lumière,
La terre basse et le ciel haut.
Or, avec ses siècles, l’Histoire
Est là pour maintenir les droits ; Et le roc, silhouette noire Parmi le bleu des courants froids, Semble, entre cette plaine agreste Et ce large désespéré, Déclarer, immobile geste : « Normand je suis, et resterai ! »
Guillaume le Conquérant, 1931
Ce roman historique retrace le parcours de Guillaume le Conquérant, en s'attachant particulièrement aux sentiments du Duc de Normandie à l'occasion des épisodes marquants de sa vie, et en mettant en avant son attachement à la Normandie. Le roman s'ouvre sur une traversée de la Normandie jusqu'à Paris, avec son père, qui mêle sensualité, nature, plaisir des chevauchées et éducation historique et généalogique du jeune Willaume. "Les chemins, redevenus parallèles à la Seine, herbus et frais, n'avaient plus de poussière à soulever, et les sabots des chevaux ne frappaient plus le sol que de coups étouffés. L'eau fut si séduisante, tout à coup, avec ses reflets, verdure renversée, , son ciel miré, faux abîme bleu traversé par l'image des hirondelles, que, sans s'être donné le mot, le père et le fils se prirent joyeusement à galoper." Lucie Delarue-Mardrus poursuit avec la solitude du jeune Duc après la mort de son père, sa jeunesse menacée par les assassinats, et son éducation princière. Les combats contre les ennemis internes au duché de Normandie (Val-ès-Dune, Brionne, Alençon, Domfront) sont l'occasion de décrire la fougue et l'impétuosité du jeune chevalier. Les péripéties de l'union avec Mathilde sont contées de façon romancée, dans un style proche du courant actuel de la dark romance, et mettent en scène un duc piqué au vif, et particulièrement violent. "Elle était bien telle qu'il l'avait aperçue juste avant de l'empoigner aux cheveux : blanche, et rose, et calme, et mince, entre ses deux longues nattes, blond nimbé d'argent". Le caractère bâtisseur de Guillaume est également évoqué : "Plus que jamais il voulait sa terre riche d'architecture comme elle était riche de paix, d'ordre et de prospérité."
Guillaume le Conquérant, 1931
Lucie Delarue-Mardus affectionne le regard des enfants portés sur les grands événements : c'est Adelise, fille de 10 ans de Guillaume et Mathilde, promise à Harold, qui nous fait découvrir le piège de Bayeux et le serment fait par Harold à Guillaume de l'aider à revendiquer le trône d'Anglie. "De sa place, la petite, clandestine, dévorait des yeux celui qui l'empêchait de dormir." Après la trahison d'Harold, le Duc de Normandie part en guerre. La bataille de Hastings est décrite de façon haletante, et vise à démontrer les qualités de stratège de Guillaume. "Brusquement, il parut prendre sa décision. On le vit au galop, aller d'un chef à l'autre, d'une échelle à l'autre. Quelle stratégie nouvelle préparait-il ? Mystère." Après sa victoire, de nombreuses vagues guerrières sont menées par les opposants à Guillaume. Celui-ci aspire cependant à la paix et à transformer l'Angleterre sur le modèle de la Normandie. "Il lui fallait la paix dans l'Ile comme sur le continent, afin de pouvoir organiser son royaume à l'image de son duché. (...) Oui, cette terre détestée, il en ferait une seconde Normandie." C'est selon l'autrice pour échapper aux chagrins causés par la rébellion de son fils, Robert, et le décès de Mathilde, que Guillaume s'engage dans une attaque à Mantes, où il est blessé au ventre. Avant son décès, il dicte plusieurs enseignements, particulièrement sur les normands. "Les Normands sont un peuple généreux, pourvu qu'on les gouverne avec douceur et fermeté. Ils ne se laissent pas vaincre par les plus grandes difficultés. Ils l'emportent sur tous les peuples."
Portraitiste et conteuse
Dans Le cœur sur l’ardoise, recueil de nouvelles paru en 1941, Lucie Delarue-Mardrus déploie ses talents de conteuse et de portraitiste, pour nous faire découvrir une galerie d’animaux et de personnages, campés dans les paysages normands.
Les grands sentiments, dans Le coeur sur l'ardoise, 1941
Un porc de Normandie
« Obèse et rond, reniflant sans cesse, grognant souvent, il arpentait l’herbage coutumier d’un pas flâneur, et ses petits yeux noirs, qui regardaient toujours par terre, voyaient quand même tout ce qui se passait aux alentours. C’était un porc de Normandie, personnage important dans la petite ferme qui, depuis huit mois, l’avait acquis.
Etant bien portant, il aimait la vie pour tout ce qu’elle offre de plaisant à quelqu’un de son espèce. Bête comestible dont la moindre parcelle est bonne à manger, il était soigné, dorloté, gâté par les gens, et ne se doutait certes pas que ce fût pour d’autres fins que d’honorer sa haute personnalité. »
Sursis, dans Le cœur sur l'ardoise, 1941
Une anglaise en Normandie
« Mabel Bury est une de ces femmes qu’il est impossible, dès le premier coup d’œil, de ne pas cataloguer anglaises. Cela signifie une certaine raideur, une maigreur particulière, des mâchoires un peu trop importantes, un menton un peu trop long ; signifie surtout cette sorte de distinction, de dignité dont nous avons tiré la caricature qu’on connaît ; car, en y regardant de plus près, c’est d’un excès de bonne tenue qu’est fait le ridicule du personnage britannique tel que le voit le populaire en France. (…) Elle en était là de son aspect physique quand le grand soir s’annonça pour elle. Ce fut d’abord sous des dehors bien ordinaires. Elle revenait de la promenade à pied qu’elle s’accorde chaque jour, ses occupations terminées, marchait sans se presser, balançait à bout de bras son grand chapeau de paille et le bouquet champêtre cueilli dans l’été commencé, boutons d’or, grandes marguerites, centaurée sauvage. Arrivée au tournant rural d’où l’on commence à voir la maison, elle regarda de loin, avec complaisance, le toit d’ardoises, les murs à galandage de cette toute petite ferme normande convertie en cottage. Et son rêve de tous les jours tourna dans sa tête. Quand ses affaires d’héritage seraient enfin arrangées, elle pourrait acheter cela. Depuis trois ans que, presque toute l’année, elle y vivait en location avec son peintre, elle aimait toujours plus cette bicoque et aussi le pré qui s’étendait derrière, sous cinq ou six vieux pommiers. Ayant fait de la Normandie sa seconde Angleterre, elle parvenait à ne rien regretter de son pays. »
Lucie et Honfleur
Entre pêche et poésie
L'ami fidèle, dans Le cœur sur l'ardoise, 1941
Le marché aux bœufs
« Imaginez une petite ville perdue au bout de la France, du côté de la Normandie. Le marché aux bœufs est la grande affaire de l’année. C’est au mois de juin que la cérémonie a lieu. Naturellement, on l’entoure de réjouissances qui n’ont aucun rapport avec la vente et l’achat des bêtes à cornes. Quelques forains apparaissent, un manège de chevaux de bois s’élève, une boutique de nougats, un tir, une loterie. »
Mise en scène de la pêche
À la fois terre natale, refuge, lieu de villégiature, de nombreux hommages et références sont faits à la ville, à ses lumières changeantes et à ses habitants.Lucie Delarue-Mardrus a observé l’activité des pêcheurs à Honfleur, et rend hommage aux travailleurs et travailleuses de la mer. Cela se traduit ainsi dans sa poésie naïve, dans le recueil Par Vents et Marées, publié en 1910, où elle évoque traditions, risques et conditions de vie.
Oraison, dans Par Vents et Marées, 1910
Chant de bourrasque, dans Par Vents et Marées, 1910
Poèmes du hareng, dans Par Vents et Marées, 1910
L'Ex-Voto, 1927
C’est dans l’Ex Voto, dédicacé aux Pêqueux de Honfleur, « Mes Pays », que cette admiration pour les pêcheurs prend toute son expression. Ce roman naturaliste met en scène Ludivine Bucaille, gamine de 14 ans, cheffe de bande, qui évolue parmi les pêcheurs, entre misère et violence. Dans ce Honfleur populaire, Ludivine se transforme par amour pour Delphin Le Herpe.
L'Ex-Voto, 1927
L'Ex-Voto, 1927
Quelques extraits :
Faisons connaissance.
Ce n’est ni compliqué ni long, car Ludivine vit à jamais dans les rues, avec la bande de filles et de garçons dont elle est le maître, retrouvant sans le savoir l’instinct du grand passé normand, quand les hordes Scandinaves qui fondèrent la race couraient au pillage sous la conduite de leurs reines de mer. Les femmes, chez nous, ont très souvent des âmes de chefs. Il en est une ou deux, à Honfleur, qui matelots comme des hommes, et habillées en hommes, conduisent la barque et font au besoin la pêche. Il y a des débardeuses plus fortes que les mâles, et qui ne craignent pas le coup de poing avec eux.
Qu’est-ce qui lui prenait, à cette mauvaise petite gouape, de parler avec cette émotion, cette brusque émotion qui allait droit au cœur ? Il eut un véritable élan vers elle, mais n’en fit rien paraître. C’était un petit Normand, et les Normands sont restrictifs jusque
dans les impulsions les plus spontanées. Tout ce que put l’adolescent, ce fut de rester là sans plus faire mine de s’en aller, du moins pour un petit moment.
Le vent doux agitait un peu sa vareuse, en même temps que la robe et la natte de la petite Bucaille. Debout l’un en face de l’autre devant l’horizon natal, le regard détourné, ces deux enfants de mer se turent un instant.
La vase de Honfleur... Je n'aurai jamais assez de poésie dans mon âme qui est née poète pour exprimer mon admiration passionnée de cette épaisse; laquée, miroitante, mystérieuse, sinistre, de cette fascinante vase de mon pays, où les féreries couvent, où le couchant invente chaque soir des coloris ignorés, quand l'estuaire devient une écharpe à larges raies, une écharpe d'eau, quand l'estuaire, monstre natal, met au monde, pour les noyer un instant après, toutes les nuances que peut prendre la pâleur.
Honfleur, terre d'inspiration poétique
Lucie Delarue-Mardrus voit en Honfleur le lieu de la naissance de sa vocation de poétesse.
Elle en fait part notamment à Henri de Régnier, dans une dédicace. Elle crée dans ce poème une lignée, implantée à Honfleur, entre Charles Baudelaire, qui résida à Honfleur et y écrivit L’Albatros, Henri de Régnier, né à Honfleur, et elle-même. Elle évoque aussi régulièrement le caractère proprement poétique des paysages honfleurais dans différents poèmes comme Lueurs ou Soirs d'Honfleur dans Par Vents et Marées.
Dédicace, dans Mort et Printemps, 1910
Soir d'Honfleur, dans Par Vents et Marées, 1910
Il fait bon être sous la lampe, Quand le îlot danse a l’horizon. On met la paume sur la tempe, On se sent bien dans la maison. Alors de très vieilles histoires, Comme de naïfs revenants, Passent tout au fond des mémoires, Vaisseaux-fantômes surprenants. Ah ! que le jeu sombre des lames
Répond bien au cœur doux-amer ! Un peu de risque sur la mer, Un peu de tourment dans les âmes. Oui, que notre logis chenu Frissonne au plus noir de ses aitres ! Nous aimons que, dans nos fenêtres, Tout l’infini soit contenu...
Honfleur attend de tous ses phares Les bateaux qui peuvent venir. Dans le port, barques et gabares Craquent sans jamais en finir. Un peu de tempête est au large, Un peu d’inquiétude ici. Ceux qui sont loin, la mer les charge, Le vent tord leur hunier roussi.
Mais ils rentreront sans naufrages Vers les phares à l’œil ouvert. Ce n’est pas de ces grandes rages Où plus d’une barque se perd. Laissons se serrer nos poitrines Un tantinet, nous qui veillons.
Tendons l’oreille aux voix marines
Qui chuchotent par millions.
Honfleur attend de tous ses phares Les bateaux qui peuvent venir. Dans le port, barques et gabares Craquent sans jamais en finir.
Lueurs, dans Par Vents et marées, 1910
La vitre, ce matin, essuieL’averse. Hérissant l’estuaire salé, Je vois ma ville sous la pluie, Honfleur, petite sœur de la grande Thulé. Des peupliers sur la lagune Tendent un rideau pâle et long. L’estuaire est couleur de lune, La ville est couleur de goudron. Voici la belle colonnade Des tilleuls réguliers et touffus de chez nous. Les lueurs vagues de la rade Séparent doucement leurs gros troncs gris et roux. Et, dans ma chambre étroite et chaude, Comme un petit roi d’autrefois, Je regarde à l’un de mes doigts Luire l’œil vert d’une émeraude.
Générique de fin
Pour aller plus loin
Remerciements
Nos remerciements aux contributeurs et contributrices
Les participants de l'Atelier Gallica organisé en décembre 2023 Arnaud Dhermy, Chef de la mission de la Coopération régionale - BnF Cécile Hauguel, responsable de la bibliothèque de Honfleur Anaïs Leneutre-Bourhis, conservatrice en charge du numérique - Bibliothèques de Rouen Lucile Haguet, conservatrice en charge du patrimoine - Bibliothèques du Havre Bénédicte Duthion, présidente du réseau normand des maisons d'écrivains et du patrimoine littéraire Jacqueline Duno, présidente de l'association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus Marie Gautier, médiatrice à la Factorie Agnès Babois, Alexandra Guéroult-Picot, Sophie Noël, Normandie Livre & Lecture
Les bibliothèques dont sont issues les images présentes dans cette exposition :
- la bibliothèque nationale de France
- la bibliothèque du Havre
- la bibliothèque de Rouen
La Factorie pour la mise à disposition des enregistrements sonores. La Médiathèque Maurice Delange de Honfleur pour les échanges et l'organisation de la journée événementielle du 9 novembre 2024.
Une exposition conçue et imaginée par Claire Durand-Arbouche et Sophie Noël
Pour aller plus loin
À découvrir en ligne Sur le site de la BnF Ressources normandes Lucie Delarue-Mardrus à Honfleur À lire Les mille et une vies de Lucie , Karine Lebert, Paris, Les Presses de la Cité
Lucie d'Honfleur (Demoiselle 4 arts), Nicole Badouart, éditions du Net
À visiter Médiathèque Maurice Delange de Honfleur Place de la Porte de Rouen https://mediathequehonfleur.fr
Musée du Vieux-Honfleur Rue de la Prison https://www.musees-honfleur.fr
En savoir plus Sur Lucie Delarue-Mardrus Les Amis de Lucie Delarue-Mardrus : https://lesamisdeluciedelaruemardrus.fr
Sur la Société des Écrivains Normands https://lasen.fr
Lucie Delarue Mardrus
N2L - Claire DURAND-ARBOUCHE
Created on August 27, 2024
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Lucie Delarue-Mardrus Inspirations honfleuraises et normandes
« Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays »
Lucie Delarue-Mardrus
écrivaine aux multiples facettes
Lucie et Honfleur
Biographie
Mise en scène de la pêche
Honfleur, terre d'inspiration poétique
« Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays »
Amoureuse de la Normandie
Historienne de la Normandie
Remerciements
Portraitiste et conteuse
Pour aller plus loin
Lucie Delarue-Mardrus
écrivaine aux multiples facettes
Biographie
Artiste multiple, Lucie Delarue-Mardrus vécut à Honfleur la plus grande partie de sa vie. Poétesse, romancière, sculptrice, journaliste, dramaturge,… Elle marqua la Belle Époque grâce à ses œuvres, et à sa fréquentation du milieu littéraire et mondain : André Gide, Paul Valéry, Claude Debussy, la comtesse de Noailles, Maurice Maeterlinck et Georgette Leblanc, … Dans son œuvre polymorphe, forte de 70 opus, elle fait preuve d’un féminisme d’avant-garde, en interrogeant la maternité, ou en dénonçant les violences sexuelles, et la brutalité masculine « Marie, fille mère » 1908. Elle reste cependant réservée à l’égard du militantisme féministe. La société des écrivains normands a été fondée en 1923 par Charles-Théophile Féret, au domicile de Lucie Delarue-Mardrus à Honfleur.
Lucie et la Normandie
« Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays »
Amoureuse de la Normandie
À travers son œuvre protéiforme, Lucie Delarue-Mardrus n’a de cesse de clamer son attachement à ses racines normandes. Elle utilise et décrit ainsi de façon régulière sa Normandie natale, son histoire et les êtres qui la peuplent.Son écriture sensible, et son attention aux détails, ainsi qu’aux personnes et animaux qui l’entourent se retrouvent dans les poèmes qui suivent.
Avenir, dans Horizons, 1905
Les chalands, dans Horizons, 1905
Encore juillet, dans Horizons, 1905
L'odeur de mon pays, dans Horizons, 1905
Historienne de la Normandie
L'œuvre de Lucie Delarue-Mardrus s'est saisie des débats, encore vivaces, sur la territorialité du Mont-Saint-Michel. Elle a également travaillé sur une biographie de Guillaume-le-Conquérant.
Dires du Mont Saint-Michel, dans Mort et Printemps, 1932
« Au bout de la longue campagne Le Mont catholique apparaît. Mais quel regard d’abord saurait S’il est Normandie ou Bretagne ? Des limites de terre et d’eau N’indiquent aucune frontière. Partout c’est la même lumière, La terre basse et le ciel haut. Or, avec ses siècles, l’Histoire Est là pour maintenir les droits ; Et le roc, silhouette noire Parmi le bleu des courants froids, Semble, entre cette plaine agreste Et ce large désespéré, Déclarer, immobile geste : « Normand je suis, et resterai ! »
Guillaume le Conquérant, 1931
Ce roman historique retrace le parcours de Guillaume le Conquérant, en s'attachant particulièrement aux sentiments du Duc de Normandie à l'occasion des épisodes marquants de sa vie, et en mettant en avant son attachement à la Normandie. Le roman s'ouvre sur une traversée de la Normandie jusqu'à Paris, avec son père, qui mêle sensualité, nature, plaisir des chevauchées et éducation historique et généalogique du jeune Willaume. "Les chemins, redevenus parallèles à la Seine, herbus et frais, n'avaient plus de poussière à soulever, et les sabots des chevaux ne frappaient plus le sol que de coups étouffés. L'eau fut si séduisante, tout à coup, avec ses reflets, verdure renversée, , son ciel miré, faux abîme bleu traversé par l'image des hirondelles, que, sans s'être donné le mot, le père et le fils se prirent joyeusement à galoper." Lucie Delarue-Mardrus poursuit avec la solitude du jeune Duc après la mort de son père, sa jeunesse menacée par les assassinats, et son éducation princière. Les combats contre les ennemis internes au duché de Normandie (Val-ès-Dune, Brionne, Alençon, Domfront) sont l'occasion de décrire la fougue et l'impétuosité du jeune chevalier. Les péripéties de l'union avec Mathilde sont contées de façon romancée, dans un style proche du courant actuel de la dark romance, et mettent en scène un duc piqué au vif, et particulièrement violent. "Elle était bien telle qu'il l'avait aperçue juste avant de l'empoigner aux cheveux : blanche, et rose, et calme, et mince, entre ses deux longues nattes, blond nimbé d'argent". Le caractère bâtisseur de Guillaume est également évoqué : "Plus que jamais il voulait sa terre riche d'architecture comme elle était riche de paix, d'ordre et de prospérité."
Guillaume le Conquérant, 1931
Lucie Delarue-Mardus affectionne le regard des enfants portés sur les grands événements : c'est Adelise, fille de 10 ans de Guillaume et Mathilde, promise à Harold, qui nous fait découvrir le piège de Bayeux et le serment fait par Harold à Guillaume de l'aider à revendiquer le trône d'Anglie. "De sa place, la petite, clandestine, dévorait des yeux celui qui l'empêchait de dormir." Après la trahison d'Harold, le Duc de Normandie part en guerre. La bataille de Hastings est décrite de façon haletante, et vise à démontrer les qualités de stratège de Guillaume. "Brusquement, il parut prendre sa décision. On le vit au galop, aller d'un chef à l'autre, d'une échelle à l'autre. Quelle stratégie nouvelle préparait-il ? Mystère." Après sa victoire, de nombreuses vagues guerrières sont menées par les opposants à Guillaume. Celui-ci aspire cependant à la paix et à transformer l'Angleterre sur le modèle de la Normandie. "Il lui fallait la paix dans l'Ile comme sur le continent, afin de pouvoir organiser son royaume à l'image de son duché. (...) Oui, cette terre détestée, il en ferait une seconde Normandie." C'est selon l'autrice pour échapper aux chagrins causés par la rébellion de son fils, Robert, et le décès de Mathilde, que Guillaume s'engage dans une attaque à Mantes, où il est blessé au ventre. Avant son décès, il dicte plusieurs enseignements, particulièrement sur les normands. "Les Normands sont un peuple généreux, pourvu qu'on les gouverne avec douceur et fermeté. Ils ne se laissent pas vaincre par les plus grandes difficultés. Ils l'emportent sur tous les peuples."
Portraitiste et conteuse
Dans Le cœur sur l’ardoise, recueil de nouvelles paru en 1941, Lucie Delarue-Mardrus déploie ses talents de conteuse et de portraitiste, pour nous faire découvrir une galerie d’animaux et de personnages, campés dans les paysages normands.
Les grands sentiments, dans Le coeur sur l'ardoise, 1941
Un porc de Normandie
« Obèse et rond, reniflant sans cesse, grognant souvent, il arpentait l’herbage coutumier d’un pas flâneur, et ses petits yeux noirs, qui regardaient toujours par terre, voyaient quand même tout ce qui se passait aux alentours. C’était un porc de Normandie, personnage important dans la petite ferme qui, depuis huit mois, l’avait acquis. Etant bien portant, il aimait la vie pour tout ce qu’elle offre de plaisant à quelqu’un de son espèce. Bête comestible dont la moindre parcelle est bonne à manger, il était soigné, dorloté, gâté par les gens, et ne se doutait certes pas que ce fût pour d’autres fins que d’honorer sa haute personnalité. »
Sursis, dans Le cœur sur l'ardoise, 1941
Une anglaise en Normandie
« Mabel Bury est une de ces femmes qu’il est impossible, dès le premier coup d’œil, de ne pas cataloguer anglaises. Cela signifie une certaine raideur, une maigreur particulière, des mâchoires un peu trop importantes, un menton un peu trop long ; signifie surtout cette sorte de distinction, de dignité dont nous avons tiré la caricature qu’on connaît ; car, en y regardant de plus près, c’est d’un excès de bonne tenue qu’est fait le ridicule du personnage britannique tel que le voit le populaire en France. (…) Elle en était là de son aspect physique quand le grand soir s’annonça pour elle. Ce fut d’abord sous des dehors bien ordinaires. Elle revenait de la promenade à pied qu’elle s’accorde chaque jour, ses occupations terminées, marchait sans se presser, balançait à bout de bras son grand chapeau de paille et le bouquet champêtre cueilli dans l’été commencé, boutons d’or, grandes marguerites, centaurée sauvage. Arrivée au tournant rural d’où l’on commence à voir la maison, elle regarda de loin, avec complaisance, le toit d’ardoises, les murs à galandage de cette toute petite ferme normande convertie en cottage. Et son rêve de tous les jours tourna dans sa tête. Quand ses affaires d’héritage seraient enfin arrangées, elle pourrait acheter cela. Depuis trois ans que, presque toute l’année, elle y vivait en location avec son peintre, elle aimait toujours plus cette bicoque et aussi le pré qui s’étendait derrière, sous cinq ou six vieux pommiers. Ayant fait de la Normandie sa seconde Angleterre, elle parvenait à ne rien regretter de son pays. »
Lucie et Honfleur
Entre pêche et poésie
L'ami fidèle, dans Le cœur sur l'ardoise, 1941
Le marché aux bœufs
« Imaginez une petite ville perdue au bout de la France, du côté de la Normandie. Le marché aux bœufs est la grande affaire de l’année. C’est au mois de juin que la cérémonie a lieu. Naturellement, on l’entoure de réjouissances qui n’ont aucun rapport avec la vente et l’achat des bêtes à cornes. Quelques forains apparaissent, un manège de chevaux de bois s’élève, une boutique de nougats, un tir, une loterie. »
Mise en scène de la pêche
À la fois terre natale, refuge, lieu de villégiature, de nombreux hommages et références sont faits à la ville, à ses lumières changeantes et à ses habitants.Lucie Delarue-Mardrus a observé l’activité des pêcheurs à Honfleur, et rend hommage aux travailleurs et travailleuses de la mer. Cela se traduit ainsi dans sa poésie naïve, dans le recueil Par Vents et Marées, publié en 1910, où elle évoque traditions, risques et conditions de vie.
Oraison, dans Par Vents et Marées, 1910
Chant de bourrasque, dans Par Vents et Marées, 1910
Poèmes du hareng, dans Par Vents et Marées, 1910
L'Ex-Voto, 1927
C’est dans l’Ex Voto, dédicacé aux Pêqueux de Honfleur, « Mes Pays », que cette admiration pour les pêcheurs prend toute son expression. Ce roman naturaliste met en scène Ludivine Bucaille, gamine de 14 ans, cheffe de bande, qui évolue parmi les pêcheurs, entre misère et violence. Dans ce Honfleur populaire, Ludivine se transforme par amour pour Delphin Le Herpe.
L'Ex-Voto, 1927
L'Ex-Voto, 1927
Quelques extraits :
Faisons connaissance. Ce n’est ni compliqué ni long, car Ludivine vit à jamais dans les rues, avec la bande de filles et de garçons dont elle est le maître, retrouvant sans le savoir l’instinct du grand passé normand, quand les hordes Scandinaves qui fondèrent la race couraient au pillage sous la conduite de leurs reines de mer. Les femmes, chez nous, ont très souvent des âmes de chefs. Il en est une ou deux, à Honfleur, qui matelots comme des hommes, et habillées en hommes, conduisent la barque et font au besoin la pêche. Il y a des débardeuses plus fortes que les mâles, et qui ne craignent pas le coup de poing avec eux.
Qu’est-ce qui lui prenait, à cette mauvaise petite gouape, de parler avec cette émotion, cette brusque émotion qui allait droit au cœur ? Il eut un véritable élan vers elle, mais n’en fit rien paraître. C’était un petit Normand, et les Normands sont restrictifs jusque dans les impulsions les plus spontanées. Tout ce que put l’adolescent, ce fut de rester là sans plus faire mine de s’en aller, du moins pour un petit moment. Le vent doux agitait un peu sa vareuse, en même temps que la robe et la natte de la petite Bucaille. Debout l’un en face de l’autre devant l’horizon natal, le regard détourné, ces deux enfants de mer se turent un instant.
La vase de Honfleur... Je n'aurai jamais assez de poésie dans mon âme qui est née poète pour exprimer mon admiration passionnée de cette épaisse; laquée, miroitante, mystérieuse, sinistre, de cette fascinante vase de mon pays, où les féreries couvent, où le couchant invente chaque soir des coloris ignorés, quand l'estuaire devient une écharpe à larges raies, une écharpe d'eau, quand l'estuaire, monstre natal, met au monde, pour les noyer un instant après, toutes les nuances que peut prendre la pâleur.
Honfleur, terre d'inspiration poétique
Lucie Delarue-Mardrus voit en Honfleur le lieu de la naissance de sa vocation de poétesse. Elle en fait part notamment à Henri de Régnier, dans une dédicace. Elle crée dans ce poème une lignée, implantée à Honfleur, entre Charles Baudelaire, qui résida à Honfleur et y écrivit L’Albatros, Henri de Régnier, né à Honfleur, et elle-même. Elle évoque aussi régulièrement le caractère proprement poétique des paysages honfleurais dans différents poèmes comme Lueurs ou Soirs d'Honfleur dans Par Vents et Marées.
Dédicace, dans Mort et Printemps, 1910
Soir d'Honfleur, dans Par Vents et Marées, 1910
Il fait bon être sous la lampe, Quand le îlot danse a l’horizon. On met la paume sur la tempe, On se sent bien dans la maison. Alors de très vieilles histoires, Comme de naïfs revenants, Passent tout au fond des mémoires, Vaisseaux-fantômes surprenants. Ah ! que le jeu sombre des lames Répond bien au cœur doux-amer ! Un peu de risque sur la mer, Un peu de tourment dans les âmes. Oui, que notre logis chenu Frissonne au plus noir de ses aitres ! Nous aimons que, dans nos fenêtres, Tout l’infini soit contenu...
Honfleur attend de tous ses phares Les bateaux qui peuvent venir. Dans le port, barques et gabares Craquent sans jamais en finir. Un peu de tempête est au large, Un peu d’inquiétude ici. Ceux qui sont loin, la mer les charge, Le vent tord leur hunier roussi. Mais ils rentreront sans naufrages Vers les phares à l’œil ouvert. Ce n’est pas de ces grandes rages Où plus d’une barque se perd. Laissons se serrer nos poitrines Un tantinet, nous qui veillons. Tendons l’oreille aux voix marines Qui chuchotent par millions.
Honfleur attend de tous ses phares Les bateaux qui peuvent venir. Dans le port, barques et gabares Craquent sans jamais en finir.
Lueurs, dans Par Vents et marées, 1910
La vitre, ce matin, essuieL’averse. Hérissant l’estuaire salé, Je vois ma ville sous la pluie, Honfleur, petite sœur de la grande Thulé. Des peupliers sur la lagune Tendent un rideau pâle et long. L’estuaire est couleur de lune, La ville est couleur de goudron. Voici la belle colonnade Des tilleuls réguliers et touffus de chez nous. Les lueurs vagues de la rade Séparent doucement leurs gros troncs gris et roux. Et, dans ma chambre étroite et chaude, Comme un petit roi d’autrefois, Je regarde à l’un de mes doigts Luire l’œil vert d’une émeraude.
Générique de fin
Pour aller plus loin
Remerciements
Nos remerciements aux contributeurs et contributrices
Les participants de l'Atelier Gallica organisé en décembre 2023 Arnaud Dhermy, Chef de la mission de la Coopération régionale - BnF Cécile Hauguel, responsable de la bibliothèque de Honfleur Anaïs Leneutre-Bourhis, conservatrice en charge du numérique - Bibliothèques de Rouen Lucile Haguet, conservatrice en charge du patrimoine - Bibliothèques du Havre Bénédicte Duthion, présidente du réseau normand des maisons d'écrivains et du patrimoine littéraire Jacqueline Duno, présidente de l'association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus Marie Gautier, médiatrice à la Factorie Agnès Babois, Alexandra Guéroult-Picot, Sophie Noël, Normandie Livre & Lecture
Les bibliothèques dont sont issues les images présentes dans cette exposition :
- la bibliothèque nationale de France
- la bibliothèque du Havre
- la bibliothèque de Rouen
La Factorie pour la mise à disposition des enregistrements sonores. La Médiathèque Maurice Delange de Honfleur pour les échanges et l'organisation de la journée événementielle du 9 novembre 2024.Une exposition conçue et imaginée par Claire Durand-Arbouche et Sophie Noël
Pour aller plus loin
À découvrir en ligne Sur le site de la BnF Ressources normandes Lucie Delarue-Mardrus à Honfleur À lire Les mille et une vies de Lucie , Karine Lebert, Paris, Les Presses de la Cité Lucie d'Honfleur (Demoiselle 4 arts), Nicole Badouart, éditions du Net
À visiter Médiathèque Maurice Delange de Honfleur Place de la Porte de Rouen https://mediathequehonfleur.fr
Musée du Vieux-Honfleur Rue de la Prison https://www.musees-honfleur.fr
En savoir plus Sur Lucie Delarue-Mardrus Les Amis de Lucie Delarue-Mardrus : https://lesamisdeluciedelaruemardrus.fr
Sur la Société des Écrivains Normands https://lasen.fr