Comtesse de Ségur Naissance d'une écrivaine en Normandie
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« N’écris que ce que tu as vu »
La comtesse de Ségur, naissance d'une écrivaine en Normandie
Sommaire
"N'écris que ce que tu as vu" : une œuvre inscrite dans un territoire
Des collections vivantes en Normandie
(Re)découvrir la comtesse de Ségur
Pour aller plus loin
Générique de fin
(Re)découvrir la comtesse de Ségur
Une écrivaine indépendante
Fille d’un général russe, Sophie Rostopchine arrive à Paris en 1816, où elle épouse, 3 ans plus tard, le comte Eugène de Ségur. Ils s’installent au château des Nouettes (Orne). Délaissée petit à petit par son mari, elle se consacre totalement à l’éducation de ses huit enfants, puis à ses petits-enfants pour lesquels elle écrit des histoires. À 57 ans, elle rassemble ses contes dans un recueil qui bientôt édité fera son succès. Indépendante et à la personnalité singulière, elle négocie ses droits d’autrice qui lui seront directement versés par son éditeur. Veuve en 1866, elle devient franciscaine et s’installe à Paris quelques années plus tard. Elle meurt à 75 ans, entourée de sa famille.
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Naissance d’une écrivaine… à 57 ans
Sa première publication, « Nouveaux contes de fées pour les petits enfants » parait en 1856 dans un journal de la maison Hachette défini comme « un magasin d'images et de lectures amusantes et instructives ». Ils sont inspirés des histoires que la comtesse de Ségur racontait à ses enfants et à ses petits-enfants. Ils sont illustrés en première édition par des gravures de Gustave Doré. Puis, les trois contes sont publiés ensemble pour la « Bibliothèque des chemins de fer ».
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L’éducation, sujet central
Lue par des générations d’enfants, l’œuvre de la comtesse de Ségur n’a cessé de questionner. Décriée pour la violence des châtiments corporels, l’analyse de son œuvre montre au contraire qu’elle dénonce son éducation sévère. Sa vision moderne en rupture avec les mœurs du 19ème siècle, place la comtesse en pionnière de l’éducation positive. Ses livres seraient-ils des précis d’éducation à destination des parents ? À mesure que ses petits enfants grandissent, ses personnages grandissent également, si bien qu’à la fin elle décrit des jeunes gens entrant dans l’ère industrielle.
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Le « Balzac de la jeunesse »
Le succès de son premier livre l’encourage à écrire ensuite essentiellement des romans qui deviennent dès 1857 « La Bibliothèque Rose illustrée ». Elle publie 20 titres à raison d’un à deux par an entre 1857 et 1867, composant ainsi une grande « comédie enfantine » selon les mots de Jean Dutourd. « Les Petites filles modèles » (1857) et « Les Malheurs de Sophie » (1858) pour les plus célèbres mettent en scène des personnages de la bourgeoisie du Second Empire et se terminent par une leçon de bonne conduite. Leurs histoires sont le plus souvent autobiographique. Les personnages espiègles et réalistes ont renouvelé la littérature pour enfants au tournant du XXe siècle. Les récits brefs proposent des scènes amusantes dans un style simple, bref et romanesque qui enchante le lecteur.
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La santé et la religion
Moins connu dans son œuvre, elle écrit en 1876 un manuel de pédiatrie « La Santé des enfants » où elle propose des soins préventifs et des remèdes simples à destination des mères. Emprunte d’une éducation catholique, elle vulgarise la vie de Jésus sous forme de dialogue entre une grand-mère et ses petits enfants dans « L’Évangile d’une grand-mère » en 1867. Son livre prend la forme de questions/réponses qui lui permettent de s’adresser simplement au plus jeune âge.
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Un succès public, jamais démenti
Ses romans sont toujours réédités et illustrés au gré des temps et des créations artistiques. Ainsi, on dénombre aujourd’hui une vingtaine d’éditions “Des petites filles modèles ”, toujours publiées chez Hachette. De leurs premières années de publication à 2010, 29 millions d’exemplaires de ses ouvrages ont été vendus.
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Sommaire
« N’écris que ce que tu as vu » : une œuvre inscrite dans un territoire
Si les personnages des romans de la comtesse de Ségur sont directement inspirés de ses petits-enfants, les paysages d’Aube façonnent également les lieux décrits dans ses romans. C'est par une grande proximité géographique que l'écrivaine puise ses sujets d'inspiration. Cliquez sur les épingles pour découvrir le Château des Nouettes, les forêts du pays d'Ouche, les usines de Boisthorel, le Marché de l'Aigle, ou encore l'épisode de l'enfant noyé.
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Fleurville et le Château des Nouettes
“Les Malheurs de Sophie ”, “Les petites filles modèles ” et “Les Vacances ” composent la trilogie de Fleurville, dont le nom est celui de leur lieu de villégiature. Fleurville est directement inspiré par le Château des Nouettes dans lequel réside la Comtesse de Ségur à partir de 1822. La famille Rostopchine chassée du domaine familial de Voronovo près de Moscou s’installe à Paris en 1917. Sophie a 18 ans et profite de la vie parisienne avant de se marier mais elle ne s’y plaît pas. Lorsqu’elle connait la maternité, elle décide de s’installer en Normandie, au château des Nouettes, à Aube au sud de l’Orne. Le domaine s’étend sur 72 hectares et comprend, une maison d’habitation avec cour et jardin, les maisonnettes du concierge et du jardinier, ainsi qu’une ferme, des prairies et des bois. Elle y passe le plus de temps possible et élève ses 8 enfants, reçoit sa famille et ses amis. Faute de pouvoir l’entretenir, à 73 ans, elle vend sa propriété qui devient en 1930 un institut médicoéducatif propriété du département de l’Orne.
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Les forêts du pays d’Ouche
La comtesse de Ségur, grande marcheuse arpente les forêts du pays d’Ouche, particulièrement les bois de Moulins-la-Marche. Ces forêts lui rappellent les paysages de sa Russie natale. C’est notamment dans les bois de Saint Evroult qu’elle situe la fugue de l’âne Cadichon, dans “Mémoires d’un âne”.
Extrait
Les bois accueillent également les cueillettes de noisettes et de fraises des « petites filles modèles », ainsi que l'aventure nocturne de Sophie et de Marguerite, qui se perdent en forêt, en voulant aller faire la charité.
Extrait
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Le marché de l’Aigle
Cadichon débute ses « Mémoires d’un âne » par son arrivée au marché de l’Aigle et la maltraitance qu’il y subit par sa maîtresse. Très animé au 19ème siècle comme on peut le découvrir dans l'ouvrage, le marché de l’Aigle se tient les mardis encore aujourd'hui.
Extrait
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Bagnoles de l'Orne
Dans l'Auberge de l'Ange gardien (1863), la comtesse de Ségur met en scène le général Dourakine, à qui elle consacrera un roman la même année.
Dans un passage du livre, le général Dourakine, truculent personnage, part "pour les eaux" de Bagnoles de l'Orne, afin de se soigner, eaux thermales réputées depuis le Moyen-Âge et encore aujourd'hui pour leurs vertus.
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Les usines de Boisthorel
Pendant ses séjours au Château des Nouettes, la comtesse de Ségur a l’occasion de croiser la route de Jean-Baptiste Mouchel, industriel marchand de fer et propriétaire de la tréfilerie Boisthorel. Cette manufacture inspire directement l’usine de Monsieur Féréol, dans laquelle évolue Gaspard, dans « La Fortune de Gaspard ».
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Pauvre Blaise
Cet extrait illustre l'aphorisme "N'écris que ce que tu vois". Dans sa correspondance avec son éditeur, la comtesse de Ségur demande à maintenir la mort de l'enfant décrit dans Pauvre Blaise, car "l'histoire de ce pauvre enfant s'est passé chez moi à la campagne, les détails en sont tous très exacts". Elle s'inspire ainsi d'un drame survenu à proximité du Château des Nouettes.
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Des collections vivantes en Normandie
Plusieurs lieux de patrimoine conservent et font vivre la mémoire de la comtesse de Normandie en région. Cliquez sur chaque photo pour en savoir plus.
Le Musée national de l'Éducation à Rouen possède une lettre de la Comtesse à sa petite-fille, numérisée et valorisée à l'occasion de cette exposition.
Le musée de la comtesse de Ségur à Aube est également un lieu de visite touristique, sur les pas de l'écrivaine.
L'IMEC à Saint-Germain la Blanche-Herbe conserve la correspondance de la comtesse de Ségur avec son éditeur chez Louis Hachette.
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À l’IMEC : naissance de la bibliothèque rose
L’IMEC conserve les collections originales de la bibliothèque rose, dont le succès doit beaucoup à la comtesse de Ségur. C'est par l'intermédiaire d'Eugène de Ségur que Louis Hachette obtient en 1853 la permission d'installer des librairies dans les gares. Il y développe ainsi "La Bibliothèque des chemins de fer", série de livres pouvant être lus le temps d'un trajet en train. Dans le même temps, Eugène de Ségur ayant évoqué à Louis Hachette les histoires racontées par sa femme à ses petits-enfants, celui-ci imagine une collection destinée aux enfants. Elle est inaugurée par "Les Nouveaux Contes de fée", et enrichie par les 20 livres rédigés par la comtesse de Ségur, tous publiés par la Librairie Hachette.
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La correspondance de la comtesse de Ségur avec son éditeur
Quel statut pour une femme écrivaine au 19ème siècle ?
Son premier contrat sera négocié à 500 francs pour 5000 exemplaires, faible rémunération qui semble liée aux choix d'Hachette de rémunérer ainsi les écrivains débutants. Si c'est son mari qui sert d'entremetteur, et qui négocie les premières publications, il l'autorise en 1859 à négocier seule. Les échanges à travers les années démontrent les capacités de négociation de la comtesse de Ségur et son souhait d'être mieux rémunérée. Elle réussira à négocier jusqu'à 3000 francs par ouvrage, tout en abandonnant la totalité de ses droits. Une des motivations principales de la comtesse de Ségur pour augmenter ses revenus est dans un premier temps ses bonnes œuvres, puis, après le décès de son mari, le maintien du niveau de vie de ses enfants.
Le fonds Hachette est également conservé à l'IMEC. On y trouve les lettres que la maison d'édition reçut de la part de la comtesse de Ségur entre 1855 et 1872. Cette correspondance avec Emile Templier, gendre de Louis Hachette met en lumière des sujets phares, autour du statut de l'écrivain, de la femme, ou encore de la relation à l'écriture.
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La correspondance de la comtesse de Ségur avec son éditeur
Une œuvre familiale
Ce sont les histoires que la comtesse de Ségur raconte à ses enfants et petits-enfants qui lui permettent de devenir écrivaine. On trouve trace de façon récurrente dans sa correspondance de ce prisme intime qui nourrit son oeuvre. C'est ainsi ce regard de l'ordre du privé qu'elle développe quand elle propose à son éditeur de tester ses ouvrages auprès de ses enfants et de sa femme. Elle s'impatiente régulièrement auprès de lui des temps de publication, ses petits-enfants réclamant la suite des aventures. À plusieurs reprises, les choix des titres sont collégiaux et impliquent ses enfants. Sa fille Mme de Pitray prend en charge la conservation des manuscrits originaux. Enfin, au décès de son mari, son fils, Gaston de Ségur, entré dans les ordres, influence et supervise les ouvrages à caractère religieux de sa mère, comme "L'Évangile d'une grand-mère" ou "Les Actes des Apôtres".
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La correspondance de la comtesse de Ségur avec son éditeur
Quel processus d'écriture ?
La correspondance de la comtesse de Ségur révèle quelques indices sur son écriture, particulièrement sa simplicité et son désir de véracité. "N'écris que ce que tu vois". La comtesse affirme régulièrement son intention de décrire, et non d'écrire. Elle s'oppose ainsi à certaines modifications, arguant de la réalité des faits originaux. Ce sont bien ses petites-filles ainsi que son enfance qui lui inspirent ses petites filles modèles et la Sophie rebelle qu'elle a été. On le retrouve également dans "Pauvre Blaise". "À la grâce de Dieu". La comtesse assume également sa simplicité dans l'écriture : "j’écris au bout de ma plume, sans me douter en commençant mon livre et même mes chapitres, de ce qu’ils contiendront et où ils me mèneront. Je vais à la grâce de Dieu." Enfin, plusieurs échanges montrent ses doutes quant à certaines œuvres, "Gribouille", mais aussi, face au vieillissement, sa crainte de ne pouvoir inventer de nouvelles histoires.
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Lettre à sa petite-fille
Datée du 29 septembre 1867, cette lettre est adressée par la comtesse de Ségur depuis le château des Nouettes à l’une de ses petites filles. La destinataire est probablement de Camille de Malaret (1848 - 1883), qui, avec sa sœur cadette Madeleine, aurait inspiré les personnages des Petites filles modèles. La comtesse de Ségur fait ici la leçon à sa petite-fille à propos d’un différend que cette dernière aurait eu avec sa mère. Elle évoque également le mariage à venir de Camille, qui épousera Paul Ladureau en 1868. Enfin, la comtesse mentionne l’oncle de Camille, Gaston de Ségur, qui est alors évêque. Au-delà des considérations familiales et intimes, cette lettre témoigne avec justesse de la manière dont la comtesse de Ségur envisage les relations entre parents et enfants, en mettant l’accent sur la tendresse, la confiance et la nécessité du dialogue. Elle livre ainsi un précieux témoignage des conceptions éducatives de l’autrice.
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À visiter à Aube dans l'Orne
Le musée de la Comtesse de Ségur
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Pour aller plus loin
Ressources en ligne
Pour aller plus loin
Lisez les œuvres de la comtesse de Ségur en ligne
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Les cahiers séguriens
Les Cahiers séguriens sont publiés par la Société des Amis de la comtesse de Ségur et creusent à travers les travaux d’universitaires les différents aspects de l’œuvre et de la vie de la comtesse de Ségur. Retrouvez ici la présentation des cahiers séguriens.
Bibliographie complète
Cahiers séguriens
Pour aller plus loin
Les Malheurs de Sophie, œuvre avant-gardiste - France Culture
La comtesse de Ségur - France Culture
Écoutez les 4 épisodes
À la table de la comtesse de Ségur Le blog de Julie Andrieu
Découvrir les recettes
À la table de la comtesse de Ségur Livre de Valérie Duclos publié aux éditions des Falaises
Découvrir le livre
Historiqu'Ouche Office de tourisme du pays d'Ouche
Vidéo historique
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Générique de fin
Remerciements aux contributeurs et contributrices
Ont collaboré à la conception de cette exposition : Nicolas Coutant, directeur adjoint du musée national de l'Éducation Claire Durand-Arbouche, chargée de projets Web - Normandie Livre & Lecture Bénédicte Duthion, présidente du réseau normand des maisons d'écrivains Sophie Noël, directrice de Normandie Livre & Lecture
Les contenus, documents et iconographies sont issus des institutions suivantes : Bibliothèque nationale de France Institut Mémoire de l'Édition Contemporaine Musée national de l'Éducation - Munaé Musée Carnavalet - musée d'histoire de la ville de Paris Région Normandie - Inventaire général
Sommaire
Le général partit, suivi de son escorte ; il ne trouva pas à Bagnols les vêtements élégants et le linge fin qu’il rêvait, mais il y trouva de quoi se donner l’apparence d’un homme bien monté. Il voulut faire aussi le trousseau de Moutier et de Dérigny, et il leur aurait acheté une foule d’objets inutiles, si tous deux ne s’y fussent vivement opposés.
Le séjour aux eaux se passa très bien pour le général, qui s’amusait de tout, qui faisait et disait des originalités partout, qui demandait en mariage toutes les jeunes filles au-dessus de quinze ans, qui invitait toutes les personnes gaies et agréables à venir le voir en Russie, à Gromiline.
Madame de Fleurville Tu oublies, chère petite, qu'elles étaient dans une forêt de plusieurs lieues de longueur, qu'elles n'avaient rien à manger, et qu'elles devaient passer la nuit, dans cette forêt, remplie de bêtes fauves. Madeleine Il n'y a pas de loups, pourtant ? Madame de Fleurville Au contraire, beaucoup de loups et des sangliers. Tous les ans, on en tue plusieurs. As-tu remarqué que leurs robes, leurs bas, étaient déchirés et salis ? Je parie qu'elles vont nous raconter des aventures plus graves que tu ne le supposes.
« Les hommes n'étant pas tenus de savoir tout ce que savent les ânes, vous ignorez sans doute, vous qui lisez ce livre, ce qui est connu de tous les ânes, mes amis : c'est que, tous les mardis, il y a dans la ville de Laigle un marché où l'on vend des légumes, du beurre, des oeufs, du fromage, des fruits et autres choses excellentes. J'appartenais à une fermière exigeante et méchante ; quand j'étais si chargé que je pouvais à peine avancer, cette méchante femme s'asseyait encore au-dessus des paniers et m'obligeait à trotter ainsi écrasé, accablé, jusqu'au marché de Laigle, qui était à une lieue de la ferme. Chaque fois que j'entendais les préparatifs du marché, je soupiras, je gémissais, je brayais même dans l'espoir d'attendrir mes maîtres.»
Ils arrivèrent au moment où la pauvre femme retirait d'une mare pleine d'eau son petit garçon de deux ans, qu'elle avait laissé jouer dans un verger au milieu duquel était la maison. Dans un coin du verger elle avait creusé une petite mare pour y laver le linge de son plus jeune enfant, âgé de trois mois. Elle était rentrée pour faire manger au petit sa bouillie, et, pendant cette courte absence, celui de deux ans était tombé dans la mare ; il n'avait pas pu en sortir, et il avait été noyé.
Gaspard Je te l'ai déjà dit, je veux faire comme le petit maigre, M Féréor, qui était garçon cloutier, et qui a des millions, et de usines partout, et des terres partout, et des châteaux, et qui commande à des milliers d'ouvriers, et qui est heureux comme il n'est pas possible davantage. (...) M Féréor Ce qu'il voyait de la conduite de Gaspard, ce qu'il savait de ses sentiments, le disposèrent favorablement en sa faveur. Il résolut de lui donner une position plus indépendante que celle de simple ouvrier ; il le chargea de la direction d'un atelier de bobines, et d'une surveillance générale des ateliers de fils de fer et de laiton.
Musée de la Comtesse de Ségur
Installé dans l'ancien presbytère, au pied de l'église Notre-Dame, le Musée de la Comtesse de Ségur rassemble des documents et objets évoquant la comtesse, sa famille, ses amis et son œuvre. Le Musée a été créé au printemps 1980 par l'Association des Amis de la Comtesse de Ségur qui veille aujourd'hui encore à son animation et à la conservation des nombreux documents disponibles. L'Association développe autour du musée des activités culturelles destinées à mieux faire connaître son œuvre et sa région d’adoption.
Je regardai autour de moi ; je me trouvai isolé et malheureux, et j'allais verser des larmes sur ma triste position, lorsque je m'aperçus que j'étais au bord d'un bois magnifique c'était la forêt de Saint-Evroult. « Quel bonheur! m'écriai-je. Je trouverai dans cette forêt de t'herbe tendre, de l'eau, de la mousse fraîche j'y demeurerai pendant quelques jours, puis j'irai dans une autre forêt, plus loin, bien plus loin de la ferme de mes maîtres. »
J'entrai dans le bois ; je mangeai avec bonheur de l'herbe tendre, et je bus l'eau d'une belle fontaine. Comme il commençait à faire nuit, je me couchai sur la mousse au pied d'un vieux sapin, et je m'endormis paisiblement jusqu'au lendemain.
Comtesse de ségur - Naissance d'une écrivaine en Normandie
N2L - Claire DURAND-ARBOUCHE
Created on July 17, 2024
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La comtesse de Ségur, naissance d'une écrivaine en Normandie
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Fille d’un général russe, Sophie Rostopchine arrive à Paris en 1816, où elle épouse, 3 ans plus tard, le comte Eugène de Ségur. Ils s’installent au château des Nouettes (Orne). Délaissée petit à petit par son mari, elle se consacre totalement à l’éducation de ses huit enfants, puis à ses petits-enfants pour lesquels elle écrit des histoires. À 57 ans, elle rassemble ses contes dans un recueil qui bientôt édité fera son succès. Indépendante et à la personnalité singulière, elle négocie ses droits d’autrice qui lui seront directement versés par son éditeur. Veuve en 1866, elle devient franciscaine et s’installe à Paris quelques années plus tard. Elle meurt à 75 ans, entourée de sa famille.
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Naissance d’une écrivaine… à 57 ans
Sa première publication, « Nouveaux contes de fées pour les petits enfants » parait en 1856 dans un journal de la maison Hachette défini comme « un magasin d'images et de lectures amusantes et instructives ». Ils sont inspirés des histoires que la comtesse de Ségur racontait à ses enfants et à ses petits-enfants. Ils sont illustrés en première édition par des gravures de Gustave Doré. Puis, les trois contes sont publiés ensemble pour la « Bibliothèque des chemins de fer ».
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L’éducation, sujet central
Lue par des générations d’enfants, l’œuvre de la comtesse de Ségur n’a cessé de questionner. Décriée pour la violence des châtiments corporels, l’analyse de son œuvre montre au contraire qu’elle dénonce son éducation sévère. Sa vision moderne en rupture avec les mœurs du 19ème siècle, place la comtesse en pionnière de l’éducation positive. Ses livres seraient-ils des précis d’éducation à destination des parents ? À mesure que ses petits enfants grandissent, ses personnages grandissent également, si bien qu’à la fin elle décrit des jeunes gens entrant dans l’ère industrielle.
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La santé et la religion
Moins connu dans son œuvre, elle écrit en 1876 un manuel de pédiatrie « La Santé des enfants » où elle propose des soins préventifs et des remèdes simples à destination des mères. Emprunte d’une éducation catholique, elle vulgarise la vie de Jésus sous forme de dialogue entre une grand-mère et ses petits enfants dans « L’Évangile d’une grand-mère » en 1867. Son livre prend la forme de questions/réponses qui lui permettent de s’adresser simplement au plus jeune âge.
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Ses romans sont toujours réédités et illustrés au gré des temps et des créations artistiques. Ainsi, on dénombre aujourd’hui une vingtaine d’éditions “Des petites filles modèles ”, toujours publiées chez Hachette. De leurs premières années de publication à 2010, 29 millions d’exemplaires de ses ouvrages ont été vendus.
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Si les personnages des romans de la comtesse de Ségur sont directement inspirés de ses petits-enfants, les paysages d’Aube façonnent également les lieux décrits dans ses romans. C'est par une grande proximité géographique que l'écrivaine puise ses sujets d'inspiration. Cliquez sur les épingles pour découvrir le Château des Nouettes, les forêts du pays d'Ouche, les usines de Boisthorel, le Marché de l'Aigle, ou encore l'épisode de l'enfant noyé.
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Fleurville et le Château des Nouettes
“Les Malheurs de Sophie ”, “Les petites filles modèles ” et “Les Vacances ” composent la trilogie de Fleurville, dont le nom est celui de leur lieu de villégiature. Fleurville est directement inspiré par le Château des Nouettes dans lequel réside la Comtesse de Ségur à partir de 1822. La famille Rostopchine chassée du domaine familial de Voronovo près de Moscou s’installe à Paris en 1917. Sophie a 18 ans et profite de la vie parisienne avant de se marier mais elle ne s’y plaît pas. Lorsqu’elle connait la maternité, elle décide de s’installer en Normandie, au château des Nouettes, à Aube au sud de l’Orne. Le domaine s’étend sur 72 hectares et comprend, une maison d’habitation avec cour et jardin, les maisonnettes du concierge et du jardinier, ainsi qu’une ferme, des prairies et des bois. Elle y passe le plus de temps possible et élève ses 8 enfants, reçoit sa famille et ses amis. Faute de pouvoir l’entretenir, à 73 ans, elle vend sa propriété qui devient en 1930 un institut médicoéducatif propriété du département de l’Orne.
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Les forêts du pays d’Ouche
La comtesse de Ségur, grande marcheuse arpente les forêts du pays d’Ouche, particulièrement les bois de Moulins-la-Marche. Ces forêts lui rappellent les paysages de sa Russie natale. C’est notamment dans les bois de Saint Evroult qu’elle situe la fugue de l’âne Cadichon, dans “Mémoires d’un âne”.
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Les bois accueillent également les cueillettes de noisettes et de fraises des « petites filles modèles », ainsi que l'aventure nocturne de Sophie et de Marguerite, qui se perdent en forêt, en voulant aller faire la charité.
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Cadichon débute ses « Mémoires d’un âne » par son arrivée au marché de l’Aigle et la maltraitance qu’il y subit par sa maîtresse. Très animé au 19ème siècle comme on peut le découvrir dans l'ouvrage, le marché de l’Aigle se tient les mardis encore aujourd'hui.
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Bagnoles de l'Orne
Dans l'Auberge de l'Ange gardien (1863), la comtesse de Ségur met en scène le général Dourakine, à qui elle consacrera un roman la même année. Dans un passage du livre, le général Dourakine, truculent personnage, part "pour les eaux" de Bagnoles de l'Orne, afin de se soigner, eaux thermales réputées depuis le Moyen-Âge et encore aujourd'hui pour leurs vertus.
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Pendant ses séjours au Château des Nouettes, la comtesse de Ségur a l’occasion de croiser la route de Jean-Baptiste Mouchel, industriel marchand de fer et propriétaire de la tréfilerie Boisthorel. Cette manufacture inspire directement l’usine de Monsieur Féréol, dans laquelle évolue Gaspard, dans « La Fortune de Gaspard ».
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Cet extrait illustre l'aphorisme "N'écris que ce que tu vois". Dans sa correspondance avec son éditeur, la comtesse de Ségur demande à maintenir la mort de l'enfant décrit dans Pauvre Blaise, car "l'histoire de ce pauvre enfant s'est passé chez moi à la campagne, les détails en sont tous très exacts". Elle s'inspire ainsi d'un drame survenu à proximité du Château des Nouettes.
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Plusieurs lieux de patrimoine conservent et font vivre la mémoire de la comtesse de Normandie en région. Cliquez sur chaque photo pour en savoir plus.
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Le musée de la comtesse de Ségur à Aube est également un lieu de visite touristique, sur les pas de l'écrivaine.
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À l’IMEC : naissance de la bibliothèque rose
L’IMEC conserve les collections originales de la bibliothèque rose, dont le succès doit beaucoup à la comtesse de Ségur. C'est par l'intermédiaire d'Eugène de Ségur que Louis Hachette obtient en 1853 la permission d'installer des librairies dans les gares. Il y développe ainsi "La Bibliothèque des chemins de fer", série de livres pouvant être lus le temps d'un trajet en train. Dans le même temps, Eugène de Ségur ayant évoqué à Louis Hachette les histoires racontées par sa femme à ses petits-enfants, celui-ci imagine une collection destinée aux enfants. Elle est inaugurée par "Les Nouveaux Contes de fée", et enrichie par les 20 livres rédigés par la comtesse de Ségur, tous publiés par la Librairie Hachette.
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La correspondance de la comtesse de Ségur avec son éditeur
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Son premier contrat sera négocié à 500 francs pour 5000 exemplaires, faible rémunération qui semble liée aux choix d'Hachette de rémunérer ainsi les écrivains débutants. Si c'est son mari qui sert d'entremetteur, et qui négocie les premières publications, il l'autorise en 1859 à négocier seule. Les échanges à travers les années démontrent les capacités de négociation de la comtesse de Ségur et son souhait d'être mieux rémunérée. Elle réussira à négocier jusqu'à 3000 francs par ouvrage, tout en abandonnant la totalité de ses droits. Une des motivations principales de la comtesse de Ségur pour augmenter ses revenus est dans un premier temps ses bonnes œuvres, puis, après le décès de son mari, le maintien du niveau de vie de ses enfants.
Le fonds Hachette est également conservé à l'IMEC. On y trouve les lettres que la maison d'édition reçut de la part de la comtesse de Ségur entre 1855 et 1872. Cette correspondance avec Emile Templier, gendre de Louis Hachette met en lumière des sujets phares, autour du statut de l'écrivain, de la femme, ou encore de la relation à l'écriture.
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Une œuvre familiale
Ce sont les histoires que la comtesse de Ségur raconte à ses enfants et petits-enfants qui lui permettent de devenir écrivaine. On trouve trace de façon récurrente dans sa correspondance de ce prisme intime qui nourrit son oeuvre. C'est ainsi ce regard de l'ordre du privé qu'elle développe quand elle propose à son éditeur de tester ses ouvrages auprès de ses enfants et de sa femme. Elle s'impatiente régulièrement auprès de lui des temps de publication, ses petits-enfants réclamant la suite des aventures. À plusieurs reprises, les choix des titres sont collégiaux et impliquent ses enfants. Sa fille Mme de Pitray prend en charge la conservation des manuscrits originaux. Enfin, au décès de son mari, son fils, Gaston de Ségur, entré dans les ordres, influence et supervise les ouvrages à caractère religieux de sa mère, comme "L'Évangile d'une grand-mère" ou "Les Actes des Apôtres".
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La correspondance de la comtesse de Ségur avec son éditeur
Quel processus d'écriture ?
La correspondance de la comtesse de Ségur révèle quelques indices sur son écriture, particulièrement sa simplicité et son désir de véracité. "N'écris que ce que tu vois". La comtesse affirme régulièrement son intention de décrire, et non d'écrire. Elle s'oppose ainsi à certaines modifications, arguant de la réalité des faits originaux. Ce sont bien ses petites-filles ainsi que son enfance qui lui inspirent ses petites filles modèles et la Sophie rebelle qu'elle a été. On le retrouve également dans "Pauvre Blaise". "À la grâce de Dieu". La comtesse assume également sa simplicité dans l'écriture : "j’écris au bout de ma plume, sans me douter en commençant mon livre et même mes chapitres, de ce qu’ils contiendront et où ils me mèneront. Je vais à la grâce de Dieu." Enfin, plusieurs échanges montrent ses doutes quant à certaines œuvres, "Gribouille", mais aussi, face au vieillissement, sa crainte de ne pouvoir inventer de nouvelles histoires.
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Lettre à sa petite-fille
Datée du 29 septembre 1867, cette lettre est adressée par la comtesse de Ségur depuis le château des Nouettes à l’une de ses petites filles. La destinataire est probablement de Camille de Malaret (1848 - 1883), qui, avec sa sœur cadette Madeleine, aurait inspiré les personnages des Petites filles modèles. La comtesse de Ségur fait ici la leçon à sa petite-fille à propos d’un différend que cette dernière aurait eu avec sa mère. Elle évoque également le mariage à venir de Camille, qui épousera Paul Ladureau en 1868. Enfin, la comtesse mentionne l’oncle de Camille, Gaston de Ségur, qui est alors évêque. Au-delà des considérations familiales et intimes, cette lettre témoigne avec justesse de la manière dont la comtesse de Ségur envisage les relations entre parents et enfants, en mettant l’accent sur la tendresse, la confiance et la nécessité du dialogue. Elle livre ainsi un précieux témoignage des conceptions éducatives de l’autrice.
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À visiter à Aube dans l'Orne
Le musée de la Comtesse de Ségur
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Lisez les œuvres de la comtesse de Ségur en ligne Feuilletez sur Gallica les romans de la comtesse de Ségur Approfondissez vos connaissances avec Les cahiers séguriens Les Cahiers séguriens sont publiés par la Société des Amis de la comtesse de Ségur et creusent à travers les travaux d’universitaires les différents aspects de l’œuvre et de la vie de la comtesse de Ségur. Retrouvez ici la présentation des cahiers séguriens.
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Cahiers séguriens
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Les Malheurs de Sophie, œuvre avant-gardiste - France Culture
La comtesse de Ségur - France Culture
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À la table de la comtesse de Ségur Le blog de Julie Andrieu
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À la table de la comtesse de Ségur Livre de Valérie Duclos publié aux éditions des Falaises
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Remerciements aux contributeurs et contributrices
Ont collaboré à la conception de cette exposition : Nicolas Coutant, directeur adjoint du musée national de l'Éducation Claire Durand-Arbouche, chargée de projets Web - Normandie Livre & Lecture Bénédicte Duthion, présidente du réseau normand des maisons d'écrivains Sophie Noël, directrice de Normandie Livre & Lecture
Les contenus, documents et iconographies sont issus des institutions suivantes : Bibliothèque nationale de France Institut Mémoire de l'Édition Contemporaine Musée national de l'Éducation - Munaé Musée Carnavalet - musée d'histoire de la ville de Paris Région Normandie - Inventaire général
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Le général partit, suivi de son escorte ; il ne trouva pas à Bagnols les vêtements élégants et le linge fin qu’il rêvait, mais il y trouva de quoi se donner l’apparence d’un homme bien monté. Il voulut faire aussi le trousseau de Moutier et de Dérigny, et il leur aurait acheté une foule d’objets inutiles, si tous deux ne s’y fussent vivement opposés. Le séjour aux eaux se passa très bien pour le général, qui s’amusait de tout, qui faisait et disait des originalités partout, qui demandait en mariage toutes les jeunes filles au-dessus de quinze ans, qui invitait toutes les personnes gaies et agréables à venir le voir en Russie, à Gromiline.
Madame de Fleurville Tu oublies, chère petite, qu'elles étaient dans une forêt de plusieurs lieues de longueur, qu'elles n'avaient rien à manger, et qu'elles devaient passer la nuit, dans cette forêt, remplie de bêtes fauves. Madeleine Il n'y a pas de loups, pourtant ? Madame de Fleurville Au contraire, beaucoup de loups et des sangliers. Tous les ans, on en tue plusieurs. As-tu remarqué que leurs robes, leurs bas, étaient déchirés et salis ? Je parie qu'elles vont nous raconter des aventures plus graves que tu ne le supposes.
« Les hommes n'étant pas tenus de savoir tout ce que savent les ânes, vous ignorez sans doute, vous qui lisez ce livre, ce qui est connu de tous les ânes, mes amis : c'est que, tous les mardis, il y a dans la ville de Laigle un marché où l'on vend des légumes, du beurre, des oeufs, du fromage, des fruits et autres choses excellentes. J'appartenais à une fermière exigeante et méchante ; quand j'étais si chargé que je pouvais à peine avancer, cette méchante femme s'asseyait encore au-dessus des paniers et m'obligeait à trotter ainsi écrasé, accablé, jusqu'au marché de Laigle, qui était à une lieue de la ferme. Chaque fois que j'entendais les préparatifs du marché, je soupiras, je gémissais, je brayais même dans l'espoir d'attendrir mes maîtres.»
Ils arrivèrent au moment où la pauvre femme retirait d'une mare pleine d'eau son petit garçon de deux ans, qu'elle avait laissé jouer dans un verger au milieu duquel était la maison. Dans un coin du verger elle avait creusé une petite mare pour y laver le linge de son plus jeune enfant, âgé de trois mois. Elle était rentrée pour faire manger au petit sa bouillie, et, pendant cette courte absence, celui de deux ans était tombé dans la mare ; il n'avait pas pu en sortir, et il avait été noyé.
Gaspard Je te l'ai déjà dit, je veux faire comme le petit maigre, M Féréor, qui était garçon cloutier, et qui a des millions, et de usines partout, et des terres partout, et des châteaux, et qui commande à des milliers d'ouvriers, et qui est heureux comme il n'est pas possible davantage. (...) M Féréor Ce qu'il voyait de la conduite de Gaspard, ce qu'il savait de ses sentiments, le disposèrent favorablement en sa faveur. Il résolut de lui donner une position plus indépendante que celle de simple ouvrier ; il le chargea de la direction d'un atelier de bobines, et d'une surveillance générale des ateliers de fils de fer et de laiton.
Musée de la Comtesse de Ségur
Installé dans l'ancien presbytère, au pied de l'église Notre-Dame, le Musée de la Comtesse de Ségur rassemble des documents et objets évoquant la comtesse, sa famille, ses amis et son œuvre. Le Musée a été créé au printemps 1980 par l'Association des Amis de la Comtesse de Ségur qui veille aujourd'hui encore à son animation et à la conservation des nombreux documents disponibles. L'Association développe autour du musée des activités culturelles destinées à mieux faire connaître son œuvre et sa région d’adoption.
Je regardai autour de moi ; je me trouvai isolé et malheureux, et j'allais verser des larmes sur ma triste position, lorsque je m'aperçus que j'étais au bord d'un bois magnifique c'était la forêt de Saint-Evroult. « Quel bonheur! m'écriai-je. Je trouverai dans cette forêt de t'herbe tendre, de l'eau, de la mousse fraîche j'y demeurerai pendant quelques jours, puis j'irai dans une autre forêt, plus loin, bien plus loin de la ferme de mes maîtres. » J'entrai dans le bois ; je mangeai avec bonheur de l'herbe tendre, et je bus l'eau d'une belle fontaine. Comme il commençait à faire nuit, je me couchai sur la mousse au pied d'un vieux sapin, et je m'endormis paisiblement jusqu'au lendemain.