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Loin des Bleus, près du cœur Webdoc

Erwan Harzic

Created on July 15, 2024

Projet journalistique dressant un protrait non-exhaustif de l'influence sportive du rugby français à l'étranger.

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Loin des Bleus, près du coeur

Loin des Bleus, près du coeur

Loin des Bleus, près du coeur

Jeu !

Ecrit et réalisé par Erwan Harzic
Ecrit et réalisé par Erwan Harzic

La France : exception culturelle du rugby mondial

Depuis les premières traces de rugby vues en France, dans les années 1870, l’Hexagone a toujours eu une place à part sur l’échiquier mondial. Première nation non anglo-saxonne à être reconnue par les institutions, elle s’est souvent ouverte au reste du monde. Ainsi, l’influence sportive française liée au rugby s’est répandue à travers le globe. Cependant, cette dernière a eu un impact hétérogène selon les continents et les cultures. Dans un sport à la mondialisation complexe et à la transversalité balbutiante entre nations majeures (Tiers 1) et en développement (Tiers 2), l’influence française aide au développement du ballon ovale.

La formation française, un environnement de qualité

Quel continent explorer ?

Retour à la carte

L'Asie : contrastes rugbystiques

En Orient, le rugby peine à s'implanter durablement. Ainsi, peu d'influences extérieures viennent alimenter la passion du ballon ovale dans la région. Dans ce désert rugbystique, le Japon fait office de grande nation isolée, qui a mis du temps avant de faire ses preuves. Sur les 35 fédérations d'Asia Rugby, environ 75% des joueurs actifs et participants se situent dans l'archipel nippon. De plus, le continent le plus peuplé du monde possède la plus faible concentration d'amateurs de rugby du globe (278 joueurs ou participants pour un million d'habitants). Dans un territoire où le rugby n'est pas une évidence, existe-t-il une influence française asiatique ?

Japon

Reste de l'Asie

Focus : La Japan League One, concurrent du Top 14 ?

La Japan League One, principal concurrent du Top 14 ?

La Japan League One attire les stars de l’hémisphère sud, devenant une des destinations d’exil préférée. Cette situation questionne l’attractivité du Top 14, autoproclamé « meilleur championnat du monde ».

Depuis une dizaine d’années, le championnat japonais est devenu un concurrent inattendu face aux mastodontes européens. Tout particulièrement, la Top League, puis la Japan League One dès 2021, réussit à attirer certains des plus grands noms de l'hémisphère sud. En 2015, Beauden Barrett ou Pieter-Steph du Toit auraient sûrement signé en Top 14 pour s’offrir l’exil, comme l’ont fait Matt Giteau ou Dan Carter à leur époque. Aujourd’hui, ils ont choisi le Japon. Sur l’équipe sud-africaine championne du monde en 2023, plus d’un tiers des titulaires étaient sous contrat avec une formation japonaise. Face à cette concurrence nouvelle, le Top 14 a-t-il du souci à se faire ? Pour le savoir, Kazuhiro Tamura livre son expertise sur la Japan League One, format actuel du championnat japonais. Pendant 26 ans, il a été le rédacteur en chef du « Rugby Magazine », seule revue du rugby mensuelle au Japon.

Interview

Question/réponse : Kazuhiro Tamura

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Les moyens financiers des clubs japonais peuvent-ils concurrencer le Top 14 ?

L'affluence moyenne de la Japan League One grandit d'année en année*. Cette évolution est-elle durable ?

Pourquoi autant de stars étrangères viennent en Japan League One ?

Quelles sont les ambitions internationales de la Japan League One ?

Le Japon peut-il devenir le pays d'exil favori des stars venues de l'hémisphère sud ?

Quelle est la différence de niveau entre les différents clubs professionnels japonais ?

Observe-t-on une influence étrangère sur de la Japan League One ?

Le Japon et la France sont les seuls pays comptant plusieurs divisions professionnelles, comment l'expliquer ?

Les équipes de Japan League One peuvent-elles concurrencer celles de Top 14 ?

Remerciements à Miyuki Fukumoto pour la traduction.

Japon et France : deux cultures aux antipodes

Au Japon, l’identité culturelle est éloignée des tempéraments latins visibles en France. Avec un championnat et une sélection de plus en plus compétitifs, l’archipel se crée un microcosme unique dans le rugby mondial. Isolé depuis 200 ans, le Japon s’ouvre totalement au monde en 1868. La même année, le premier match de rugby aurait été joué sur l’archipel et le premier club y est fondé en 1899. Face à cette riche histoire et de part son isolation géographique, le ballon ovale japonais a longtemps évolué en vase clos. En l’espace de 125 ans, les échanges rugbystiques directs entre la France et le Japon se sont fait rares et ponctuels. Depuis le début du XXIe siècle, moins d’une dizaine de Japonais ont évolué en France, quand seulement deux Français ont fait le chemin inverse. Dans l’archipel, la trace française la plus marquante reste le passage controversé de Jean-Pierre Élissalde, licencié après une année en tant que premier sélectionneur étranger de l’équipe nationale du Japon. Ainsi, difficile d’imaginer une influence sportive française, voire européenne, forte dans l’archipel.

Jeu de mains, jeu de bourrin

En parallèle, le passage de l'ancien talonneur international (33 sélections) et finaliste du mondial 1999 Marc Dal Maso avec la sélection japonaise a marqué les esprits. Adjoint dédié à la mêlée sous Eddie Jones (2013-2015), son influence a été visible par Nicolas Kraska lors de son expérience nippone. Le joueur évoque un « travail respecté et salué par tout le monde, participant à entretenir l’idée d’un rugby français qui est, avant tout, un rugby d’avant. » Au Japon, l’apport de joueurs étrangers est limité. Pour favoriser la formation japonaise et évietr l'afflut massif de joueurs étrangers, des quotas sont mis en place. Dans le championnat nippon, une feuille de match ne peut pas contenir plus de 6 joueurs étrangers, comprenant 3 internationaux maximum. Ainsi, les clubs cherchent logiquement à attirer des profils ou des gabarits rares dans la formation locale.

Depuis la fondation de la Top League en 2003, amenant au professionnalisme du rugby nippon, peu de Tricolores s’y sont exportés. En tant que joueur, le plus marquant reste l’expérience de Nicolas Kraska, qui s’y est exporté de 2015 à 2021 pour les Toshiba Brave Lupus, puis les Shimizu Blue Sharks. Ainsi, il devient le premier français à jouer au niveau professionnel dans le pays. IIl s’installe à Tokyo fin 2014 où il retrouve le champion du monde François Steyn, avec qui il a déjà joué dans les Hauts-de-Seine. Une fois là-bas, il s’adapte au jeu local et devient même polyvalent. En France, ce trois-quart de 1,77 mètre est cantonné à l’aile. Au Japon, il devient aussi centre et couvre les deux postes. Un changement pour profiter d’une touche de French Flair ? Loin de là, car « pour eux, le stéréotype du jeu français est assez bourrin, ils pensaient presque que je ne saurais pas faire une passe », ironise-t-il.

Seul autre français à avoir déjà joué en professionnel au Japon, le deuxième ligne international français Yoann Maestri a joué au Toyota Industries Shuttles Aïchi. En deuxième division de Japan League One, son gabarit (2,02 mètres, 119 kg) et sa puissance ont été appréciés. Lui et Nicolas Kraska détaillent que les rugbymen français qui font figure de références dans le pays d’Orient sont loin d’être des poids légers : Imanol Harinordoquy, Abdelatif Benazzi, Sébastien Chabal, etc. Si Nicolas est globalement ravi de cette expérience rugbystique et professionnelle dans un pays où il a retrouvé goût au rugby, il ne néglige pas certaines barrières culturelles ou des comportements qui peuvent être déstabilisants. En arrivant au cœur du jeu, le Franco-Thaïlandais nouvellement centre veut démonter les clichés qu’ont les Nippons, mais la réponse « dans la mentalité japonaise » le surprend :

« Quand je leur ai montré que je savais jouer les surnombres et prendre les espaces, certains coéquipiers japonais m’ont répondu “Tu n’es qu’à moitié français. C’est normal que tu aies pu apprendre.” Pourtant, j’ai été formé en France et j’y ai joué au rugby professionnel. C’est débile, mais c’est très japonais. »

- Nicolas Kraska, joueur de rugby professionnel Franco-Thaïlandais-

Joueur latin en terrain inconnu

D’autres problèmes font leur apparition dans les relations entre Français et Japonais. En effet, la pédagogie latine et occidentale pousse au débat, les Japonais privilégient le respect absolu de l'aîné et du coach. Lors des entraînements, impossible de discuter du plan de l’entraîneur, « qu’il soit bon ou pas bon, tu dois le respecter. » Il explique par ailleurs qu’il s’est confronté à cette différence et « s’est fait avoir en pensant bien faire. » « En France, on te demande tout le temps de participer et de donner ton avis. Au Japon, j’ai donné une idée au coach, on m’a reproché d’être trop latin, de parler avec le cœur. À ce moment-là, je me suis pris une porte dans la gueule. C’est une raison pour laquelle ils ne font pas attention aux joueurs français », affirme l’ancien joueur du Racing 92. De plus, il confie que « si l’équipe fait un mauvais match, ce sont les erreurs de l’étranger que l'on va pointer du doigt en priorité. » Cette différence de traitement s’observe dans d’autres circonstances. Ainsi, le capitaine iconique du Japon Michael Leitch confiait à ses coéquipiers des Toshiba Brave Lupus que les sessions mêlées s’étaient déjà vu annulés sur une journée d’entraînement de la sélection nipponne, en guise de sanction. Pour cause, Marc Dal Maso avait une minute de retard. Cet écart qui peut paraître anodin, pour un entraîneur, en France avait provoqué l’agacement des Japonais et d’Eddie Jones, d’origine japonaise par sa mère.

Nicolas Kraska explique que dans le rugby nippon, « les Français sont appréciés pour ce qu’ils apportent sur le terrain, pas forcément pour ce qu’ils sont en dehors. » Yoann Maestri confie qu’il « voyait un peu cela et que si les Japonais ne pouvaient jouer qu’avec des Japonais, ils le feraient. Ils ont eu une culture très protectionniste et nationaliste ». Néanmoins, il indique qu’il n’y a pas directement été confronté de son côté. Il complète néanmoins ainsi : « Les Japonais ont un jeu rapide, mais très cadré, où on peut te reprocher une forme de French Flair, de jeu d’instinct. Pour eux, il faut absolument jouer le 3 contre 2, plutôt que de tenter de passer seul dans un espace. » Cependant, Nicolas Kraska indique qu’il n’y a pas la même tolérance pour chaque joueurs. « Si vous êtes un international étranger reconnu, on va vous laisser jouer comme vous voulez. On ne va pas oser vous remettre en question au vu de votre expérience. » Avec deux titres en Top 14 et une Coupe d’Europe, Yoann Maestri confirme que beaucoup d’attentes ont entouré son arrivée et qu’il a bénéficié d’une attention particulière. Lui, au contraire, espérait « se fondre dans la masse ». Il confie que cette parenthèse japonaise était une expérience géniale où il a réussi à tisser des liens forts avec les locaux, en dehors du rugby et malgré les barrières culturelles. Malgré cette aspect patriote du rugby nippon, ce dernier n’est pas vierge de toute influence étrangère. « Les Japonais connaissent une influence importante de la part de l’hémisphère sud. Les Néo-Zélandais et les Sud-Africains ont compris depuis un moment qu’il pouvait s’exporter là-bas, les Australiens commencent à le faire. En compétition extérieure, ils ne regardent que le Super Rugby. Ils sont aussi complètement fous des All Blacks, ils les adorent », déclare Yoann Maestri. Seule trace du Top 14 au Japon, le Stade Toulousain a développé un partenariat avec les Shizuoka Blue Revs, évoluant en Japan League One. A chaque année de Coupe du monde, un espoir toulousain et un équivalant de Shizuoka échangent leur place en tant que joueur supplémentaire. Cependant, en 2023, l'arrière Kakeru Okumura n'a pas joué une seule minute en rouge et noir.

L'Asie du Sud-Est : un rugby humain

Continent avec la plus faible proportion de joueurs, l’Asie est un maigre vivier si on lui enlève son fer de lance, le Japon. Cependant, dans ce bassin de population immense, le rugby a-t-il ses chances ? La France a-t-elle son rôle à jouer ?

Jean-Arthur Dujoncquoy joue au rugby depuis 2007, c’est le parcours des Bleus de Betsen et Heymans qui l’y a amené. Depuis, le Normand a voyagé au Vietnam, en Chine et en Inde, tout en restant au contact du rugby. Il confie qu’en « Thaïlande, ils jouent à XV et dans des pays plus développés au niveau du rugby, style Malaisie ou Singapour, on trouve des championnats de rugby à XV aussi. » Désormais, il est capitaine de l’équipe de rugby de Hanoï, la capitale. Un club qui joue sans dépendre d’une fédération, inexistante au pays, et pratique le rugby à X, car « il n’y a pas assez de joueurs ».

Dans certaines régions d’Asie, le manque de joueurs locaux se fait sentir. « On tourne entre 10 à 20 % de Vietnamiens. Ils découvrent généralement le rugby au lycée français ou lors de voyages à l’étranger. Le reste, ce sont des immigrés, comme moi », confie Jean-Arthur Dujoncquoy. Cependant, le Vietnam est une exception selon lui. Le reste de l’Asie possède quelques terres de rugby « très dynamique et qui pourrait faire beaucoup de bien au rugby s’il s’y développait. »

En Asie, des Français se retrouvent via le rugby. Certains jouent, d’autres arbitrent, mais selon Jean-Arthur Dujoncquoy, il faut que la source du rugby en Asie reste locale, s’il veut se développer.

Le ballon ovale au service du social

En Asie, des Français se retrouvent via le rugby. Certains jouent, d’autres arbitrent, mais selon Jean-Arthur Dujoncquoy, il faut que la source du rugby en Asie reste locale, s’il veut se développer. « On met en place des initiatives où les Vietnamiens apprennent aux Vietnamiens à devenir joueurs, formateurs ou arbitres. L’idée, ce n’est pas que les Français fassent tout, mais plutôt qu’on lance une dynamique pour les locaux. »

Ainsi, l’association cambodgienne Kampuchea Balopp met en avant la pratique du rugby chez les enfants. Cette dernière a été fondée par des Français et la centre du XV de France féminin Gabrielle Vernier en est l’ambassadrice. En parallèle, des expatriés français se retrouvent pour former les French Asian Barbarians de temps à autre. Avec humour, le Normand installé en Asie déclare que ce club qui cherche à « faire vivre le French Flair sûr et en dehors du terrain. »

En Asie, si les initiatives venues de France sont bien présentes, des influences étrangères multiples y sont quand même palpables. Ainsi, le déménagement du siège de Rugby Asia d'Hong Kong à Dubaï montre le développement d’une influence rugbystique venue des pays du Golfe. Présents depuis longtemps, Jean-Arthur Dujoncquoy parle d’une « forte présence japonaise en Asie, où chaque pays a son propre club d’expatriés japonais. » Si l’Asie compte peu de passionnés de l’ovalie, son avenir en tant que région mineure du rugby mondial n’est pas aussi certain.

Retour à la carte

L'Afrique : manque de moyens, mais pas d'idées

Par son origine britannique, le rugby s’est plus facilement intégré aux populations anglophones d’Afrique. Le Kenya, le Zimbabwe, l’Afrique du Sud, la Namibie et l’Ouganda ont su développer une culture de l’ovalie palpable. Avec des moyens limités, des initiatives variées apparaissent pour développer la francophonie du rugby sur le continent.

Focus : Les Sharks de Durban

« En Afrique francophone, beaucoup de gens ne connaissent pas l’existence du rugby. Le football est roi et beaucoup de jeunes y jouent ici, mais on ne voit pas vraiment de ballons ovales voler dans les airs. » - Antoine Yaméogo, Directeur sportif de la fédération burkinabé.

Côte d'Ivoire

Algérie

Burkina Faso

Les Sharks de Durban, les Français dans la légende

Fondés en 1890, les Sharks sont une institution du rugby en Afrique du Sud. Dans ce pays anglo-saxon amoureux du ballon ovale, le vivier est conséquent et les joueurs étrangers ne sont pas légions. Cependant, le club de Durban a développé une histoire particulière avec la France. Au cours de son histoire professionnelle, les titres ont souvent été accompagnés d'une touche française.

2022

2015

1995

La méthode

Les débuts

La tournée

L'héritage

La récidive

2017

2008

Le Burkina Faso, petits moyens pour beaucoup de talents

En Afrique, la pratique du rugby à XV est précaire. Antoine Yaméogo tente de développer le rugby dans ce pays situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Pur produit de la formation francilienne, il constate rapidement la faible culture de l’ovalie dans le pays d’origine de son père. « Au Burkina Faso, et de manière générale dans beaucoup de pays d’Afrique francophone, les joueurs jouent pieds nus, sur des terrains en terre battue. La même que l’on peut voir à Roland Garros. De ce qu’on peut imaginer de la pratique du rugby en France, on en est très loin ici. » Depuis 2017, il a mis en place des compétitions de jeunes et a activement participé à la formation d’éducateurs pour changer cette situation.

Avec l'aide du préparateur physique du Stade Toulousain, Zeba Traore, la fédération du Burkina Faso a eu l’occasion d’envoyer deux de ses meilleurs talents aux détections des Rouge et Noir. « C’est une énorme fierté. On est le premier pays d’Afrique, hors sud-africains, à le faire. De plus, on s’est rendu compte que nos jeunes n’étaient pas si perdus. Pourtant, le Stade Toulousain est sûrement le meilleur club du monde et son centre de formation n’est pas en reste », Antoine Yaméogo. Par ailleurs, ce partenariat a été répliqué avec le Monaco Rugby, cette fois pour le rugby à 7.

Grâce aux binationaux et à la diaspora originaire d’Afrique francophone présente en France, le Burkina Faso a pour objectif de toucher du doigt le haut-niveau, malgré le maigre budget de la fédération (30 000 € par an). Au fil des années, des éducateurs ou des joueurs venus de France se mélangent aux pratiquants locaux, pour venir aider au développement et hausser le niveau de jeu le temps de quelques jours.

Avec cette réussite comme preuve, il affirme que la région est un vivier qui pourrait aider au développement du rugby français. Il explique qu’en Afrique de l’Ouest, il y a des « gabarits qui feraient pâlir les Fidjiens » et évoque une variété des morphotypes de joueurs, permettant un apport à tous les postes. « Les championnats français gagneraient à miser sur des Africains, comme Robins Tchale-Watchou par exemple, car beaucoup parlent français et s’intègreraient facilement. Cependant, le but du rugby africain ne doit pas être d’envoyer une délégation de joueurs en France. La plupart se plaisent à rester au pays », nuance Antoine Yaméogo.

À l’ouest, la ville de Bobo-Dioulasso, deuxième plus peuplée du pays et principale terre de rugby, regroupe « 70 % des joueurs de l’équipe nationale, à sept et à quinze. » Avec du talent, mais peu de moyens, le Burkina Faso écrit son histoire.

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Côte d’Ivoire : histoire et vestiaires

Seule nation d’Afrique francophone à avoir déjà joué une Coupe du monde (1995), la Côte d’Ivoire n’a pasle même historique que ses voisins. International ivoirien pendant plus de 15 ans, Bakary Meité a été agréablement marqué par l’environnement dans lequel baigne la sélection. « Niveau infrastructure, je ne savais pas à quoi m’attendre, mais finalement, c’était vraiment pas mal », se rappelle-t-il. Au niveau des joueurs, ce dernier note également les « beaux gabarits » qu’il a observés.Avec un peu plus de moyens que ses voisins, la Côte d’Ivoire se place toujours comme l’une des meilleures nations d’Afrique. Elle profite aussi d’un contingent de binationaux, venant tous de l’Hexagone. Lors des rassemblements, « le nombre de locaux variait » indique l’ancien international. Il affirme qu'il y avait des sélections où il y avait « moins d'une dizaine de joueurs venant de France et puis, parfois, c'était inversé, avec une vingtaine de franco-ivoiriens et une dizaine de locaux. »

« Quand tu dis que tu vas jouer pour la Côte d'Ivoire, ce n'est pas comme si tu disais que tu partais avec la Géorgie ou les Fidji. C'est con à dire, mais c'est comme ça. Souvent, les gens ne savent même pas qu'il y a du rugby en Côte d'Ivoire. En plus, les compétitions africaines tombent souvent en été, donc en pleine présaison… Cela dépend aussi de la place que tu occupes dans ton club. Dans la suite de ma carrière, ce n'était plus négociable, j’allais en sélection. À partir de ce moment-là, les clubs qui m'ont recruté savaient que j'étais un international ivoirien et que dès que la sélection comptait sur moi, j'irais les rejoindre. »

- Bakary Meité, ancien international ivoirien né à Paris-

Bakary Meité indique par ailleurs qu’en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire fait office d’exception parmi les pays locaux. « En 1980, les dirigeants de la fédération ivoirienne étaient bien placés et avaient de l’appétence pour ce sport. Ça a suffi à entretenir la culture rugby dans le pays. Cependant, la filiation entre la France et ses anciennes colonies s'est perdue au niveau du rugby, surtout si l’on compare avec les pays anglo-saxons. » Pour lui, rien n’est définitif et la France peut encore renouer des liens avec le rugby africain. Ses techniciens ivoiriens partent en France depuis quelques années pour mieux se former au rugby. Sous l’impulsion de la FFR et de son président Florian Grill, cette initiative est appréciée de Bakary Meïté. Il aimerait envoyer l’un des coachs, du club qu’il préside, pour « être formé en France, à Drancy pourquoi pas », club ou l’ancien du Stade Français a commencé le rugby.

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Un manque de moyens criant

En dehors de l’Afrique du Sud, les efforts pour le développement du continent sont obstrués par une réalité fracassante, le manque de moyen financier. « Le rugby africain a du mal à se développer, car il n’y a pas d’argent et il n’y a pas énormément d’investissements de World Rugby et Rugby Africa puisque ça ne rapporte pas. », indique amèrement Bakary Meité. De plus, les compétitions se font rares. Entre la Coupe du monde 2019 et 2023, le continent n’a connu qu’une seule compétition continentale. Il s’agit de la Coupe d'Afrique de rugby à XV 2022, servant de tournoi de qualification au mondial 2023. Un tournoi organisé en… France, du côté d’Aix-en- Provence et Marseille. Depuis cette compétition, la majorité des sélections africaines n’ont joué aucun match international officiel.« Le rugby à XV est un sport exigeant et dangereux. Pour devenir meilleur, il faut absolument organiser des compétitions internationales ou jouer des rencontres à l’étranger. Sans compétition, le rugby à VII prend la place du XV, car il est moins contraignant au niveau des contacts ou du jeu d’avant, où il faut obligatoirement jouer pour s’améliorer. Et puis avec nos maigres budgets, nous n’avons pas les moyens d’aller jouer des matchs internationaux hors compétition. Les visas, les hôtels, la nourriture, les déplacements, etc. Cela coûte cher. »

- Antoine Yaméogo, Directeur sportif de la fédération burkinabé-

L’Algérie : la vitrine française

Fondée en 2015, la fédération algérienne a connu une montée en puissance rapide. Lors de la Rugby Africa Cup 2022, la sélection masculine finit à la 3ᵉ place de la compétition. Pour évoluer aussi vite dans un pays où la culture rugby a disparu, elle a fait le pari d’un développement franco-algérien fort. Jusqu’en 2021, la sélection profitait d’un partenariat avec la FFR, libérant plus facilement les joueurs pour ses matches. Désormais, l’équipe pose souvent bagages dans l’Hexagone. « Tous les stages que j’ai pu faire en sélection ont eu lieu en France », confie le deuxième ligne du Stade Aurillacois, Mehdi Slamani.

Le 3 février 2024, la sélection algérienne a joué son premier match de l’année face au Sénégal, à Gennevilliers. Pour cette rencontre, la sélection algérienne était composée quasi exclusivement de joueurs binationaux. Mehdi Slamani confirme que « la plupart des joueurs viennent de France et jouent pour leur pays d’origine. » Selon le Franco-Algérien, c’est « une fierté et je pense que ça permet d’augmenter le niveau de l’équipe. » Au-delà du vivier, c’est aussi une méthode française qui est utilisée. Le pays du Maghreb veut jouer sur ses points forts pour se développer rapidement. Avec des joueurs puissants et un pack solide, l’Algérie « reprend des systèmes de jeu que l’on a l’habitude de voir en France » et mise sur un jeu d’avant puissant, confie l’international algérien. Affiliée à World Rugby depuis 2021, la fédération algérienne souhaitait une qualification express pour le mondial 2023. Elle rêvait d’une rencontre France- Algérie à Marseille, en phase de poules. Malheureusement, le rêve s’est évanoui après une courte défaite (36-33) face au Kenya. Suite à cette désillusion, le groupe algérien a établi comme objectif de s’envoler pour l’Australie et l’édition 2027, en Australie. Pour décrocher une qualification directe, il faudra remporter la Rugby Africa Cup en 2025, en Ouganda.

L’Europe : le berceau du rugby

Retour à la carte

Terreau fertile du rugby mondial, l’Europe est de loin le continent comptant le plus de joueurs actifs (2 500 000 selon le rapport 2021 de World Rugby). Dans ce panel de passionnés, la France occupe une place spéciale. Principale nation non-anglo-saxonne du rugby sur le continent, elle constitue un véritable carrefour, majoritairement auprès des nations du Tiers-2. En Europe, seuls trois championnats totalement professionnels de première division cohabitent : le Top 14 (France), la Premiership (Angleterre)et l’United Rugby Championship (Écosse, pays de Galles, Irlande, Italie et Afrique du Sud). Dans ce microcosme, la France a une influence hétérogène.

Le Portugal, Petit poucet à l’accent français

L’empreinte latine du rugby français

La Grande-Bretagne, terre-mère du rugby

En Europe continentale, le rêve du professionnalisme

Le Portugal, Petit poucet à l’accent français

Ces dernières années, le Portugal a réussi à élever son niveau de jeu. La sélection du Portugal a profité d’une influence française importante, par ses joueurs binationaux et le travail du sélectionneur Patrice Lagisquet entre 2021 et 2023. Une évolution également due aux 16 joueurs évoluant en France. Parmi eux, une dizaine y sont nés, c’est plus qu’aucune autre sélection mondialiste, à l’exception évidente des Bleus. Lors de la victoire historique face aux Fidji, neuf titulaires étaient Franco-Portugais ou professionnels dans l’Hexagone. Ainsi, une méthode française s’est exportée au Portugal. « Quand Patrice Lagisquet est devenu sélectionneur, il a importé les règles d’une structure professionnelle française au Portugal. Il a changé plein de petites choses et ça a amené la sélection à un autre niveau », confie l’ex-international portugais Mike Tadjer.

Une exigence professionnelle nouvelle, conjuguée à la culture d’un jeu offensif, a révéler le meilleur des Portugais. Ils « ont un amour du jeu » qui se marie bien au French Flair et à la culture latine, confie l’entraîneur. Les joueurs de Os Lobos veulent jouer rapidement et attaquer, pour prendre de vitesse leurs adversaires. Les Portugais ont baigné dans cette identité de jeu dès leurs débuts, les binationaux en profitent quand ils sont de retour au pays.

En contrepartie, des lacunes se faisaient sentir « sur les bases, comme l’organisation du jeu d’avant ou la conquête », avant l’arrivée de Patrice Lagisquet. Celui qui était chargé du XV portugais durant le mondial affirme que s’il « posait un ballon par terre et le laissait aux joueurs, ils démarraient pied au plancher. » Même si le Portugal ne compte qu’un peu plus de 7 000 licenciés sur son territoire, son rugby a une identité de jeu bien définie, aux atomes crochus avec le rugby français.

Le « Portuguese Flair » dans le sang

Une exigence professionnelle nouvelle, conjuguée à la culture d’un jeu offensif, a révéler le meilleur des Portugais. Ils « ont un amour du jeu » qui se marie bien au French Flair et à la culture latine, confie l’entraîneur. Les joueurs de Os Lobos veulent jouer rapidement et attaquer, pour prendre de vitesse leurs adversaires. Les Portugais ont baigné dans cette identité de jeu dès leurs débuts, les binationaux en profitent quand ils sont de retour au pays.

En contrepartie, des lacunes se faisaient sentir « sur les bases, comme l’organisation du jeu d’avant ou la conquête », avant l’arrivée de Patrice Lagisquet. Celui qui était chargé du XV portugais durant le mondial affirme que s’il « posait un ballon par terre et le laissait aux joueurs, ils démarraient pied au plancher. » Même si le Portugal ne compte qu’un peu plus de 7 000 licenciés sur son territoire, son rugby a une identité de jeu bien définie, aux atomes crochus avec le rugby français.

L’ancien sélectionneur Patrice Lagisquet a souhaité « prendre le meilleur des deux rugbys ». Il a amené la « rigueur défensive et le jeu d’avant des Français », pour le combiner à « ce sens offensif » qui est au cœur du jeu portugais. « Ça aurait été ridicule de jouer comme la Roumanie, il fallait respecter leur identité et miser sur leurs points forts », confie l’ancien entraîneur des arrières du XV de France. Dans l’idée du French Flair, il confie qu’il enseignait « des combinaisons que l’on faisait en France dans les années 80 ou sous l’ère Villepreux (1995-1999). »

L'outre-Manche, terre-mère du rugby

De l’autre côté de la Manche, le rugby français n’est pas toujours traité avec une grande considération par le voisin britannique. « En Angleterre, ils voient le XV de France comme une équipe de seconde zone, capable de quelques exploits, mais ils ne nous considèrent pas vraiment comme leurs principaux rivaux », assure Brendan Le Galludec, l’un des rares joueurs français encore en activité à avoir fait la majorité de sa carrière à l’étranger, dont une partie en Angleterre. Pourtant, il y a une quinzaine d’années, nombreux étaient les joueurs à tenter le pari britannique ou Irlandais (43 durant la décennie 2000). Avec l’instauration des quotas de Joueurs issus des filières de formations (JIFF) en 2010, les clubs de l’élite hexagonale ont commencé à s’arracher les services des meilleurs joueurs français. Ainsi, ces derniers n’avaient plus besoin d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs.

En effet, certains contrats de JIFF se négocient à des sommes importantes, chaque club devant avoir un contingent significatif de joueurs formés en France et du meilleur niveau possible. Une condition sine qua non pour rester compétitif tout en évitant des sanctions en cas de non-respect du quota. Aujourd’hui, la plupart des aventures de professionnels français loin du territoire se font surtout par volonté d’exotisme ou pour relancer, voire entamer, sa carrière.

Aujourd’hui, la plupart des aventures de professionnels français loin du territoire se font surtout par volonté d’exotisme ou pour relancer, voire entamer, sa carrière. Actuellement, le centre Antoine Frisch est le seul Français a évolué au niveau professionnel en Europe, mais de l’autre côté de la Manche. Cependant, son exode est sur le point de se terminer. En effet, celui qui évolue dans la province irlandaise du Munster rejoindra les rangs du RC Toulon dès la saison prochaine. À l’inverse, quelques joueurs britanniques ont posé bagages en France ces dernières années.

Depuis la pandémie de COVID-19, certains grands noms sont venus en Top 14 après la disparition de leurs clubs pour des raisons financières, à l’image des frères Willis ou d’Henry Arundell. En temps normal, les Britanniques venant jouer en France sont le plus souvent des stars en fin de carrière (Alun Wyn Jones, Dan Biggar ou Courtney Lawes). Cependant, on observe aussi quelques profils qui cherchent à se relancer, comme Zach Mercer, Toby Flood ou Carl Fearns. D’autres tentent l’expérience en combinant les deux raisons, à l’image de l’épopée toulonnaise de Jonny Wilkinson entre 2009 et 2014. Cette mixité sporadique entre le rugby d’outre-Manche et l’ovalie française ne participe pas à développer une réelle influence française en Grande-Bretagne et en Irlande.

L’empreinte latine du rugby français

Le sélectionneur de la Roumanie explique qu’il y a une « compatibilité latine, qui s’observe avec les Roumains, Portugais, Italiens et Espagnols. Mais on la remarque aussi avec les joueurs argentins, par exemple. » Venu dans l’Hexagone pour jouer au rugby professionnel en 1996, Roméo Gontineac s’est depuis installé en France. International roumain comptant 76 sélections, il s’est rapidement acclimaté au rugby français, par les similitudes entre le rugby qu’on lui a appris en Roumanie et celui qu’il a pratiqué en France. Avant de gouter au rugby français, il est passé par l’Afrique du Sud, avec lequel il n’a pas eu autant d’atomes crochus. Aujourd’hui, son fils Taylor Gontineac est devenu international roumain à son tour. Né dans le Cantal en 2000, il est un pur produit de la formation française s’exportant et « une grande fierté » pour son père.

Même à des frontières lointaines, le rugby français et de ses championnats s’est imposé à la fois comme une référence et un objectif pour les rugbymen. « En Roumanie, pas mal de joueurs ont déjà joué dans des championnats français. Même quand ils sont de retour au pays, ils continuent de les suivre », affirme l’international roumain Thomas Cretu. Comme une forme d’héritage, il confie que « les anciens parlent au jeune » de certaines épopées dans le rugby hexagonal, nourrissant les rêves de Top 14 dans ce pays d’Europe de l’Est à la culture latine. Passé par plusieurs sélections européennes, David Gérard confie que « les joueurs d’Europe continentale s’intègrent bien mieux en France que dans les championnats anglo-saxons. »

De plus, Taylor Gontineac n’est pas un cas isolé quant au choix de sa sélection pour des raisons familiales. Au FC Grenoble, puis au Stade Toulousain, l’arrière polyvalent Ange Capuozzo a aussi fait le choix de représenter le pays de ses ancêtres, malgré le grand intérêt du XV de France pour son profil. Cependant, renoncer aux Bleus pour une sélection moins dominante est loin d’être une évidence.

« Des joueurs choisissent d’évoluer avec des sélections de Tiers 2 grâce à leurs attaches familiales. Il y a le sang et ils le font avec passion, certes, mais je suis persuadé que si le XV de France s’était sérieusement proposé, ils ne diraient pas non. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est jouer dans la meilleure équipe possible et gagner des titres. »

- David Gérard, sélectionneur de la Roumanie-

Avant d’accepter de jouer sous le blason de la feuille de chêne, Thomas Cretu avait évolué sous les couleurs de l’équipe de France U20. Sans détour, il nous confie qu’il est « très fier de représenter la Roumanie ». Néanmoins, si l’opportunité du XV de France se présente, il réfléchira « à la possibilité de changer de sélection en renonçant aux appels de la Roumanie pendant le temps nécessaire », soit trois ans d’attente sans sélection. Si l’amour de la patrie d’origine est bel et bien là, l’ombre du rugby français ne plane jamais bien loin.

En Europe continentale, le rêve du professionnalisme

Lors de la dernière Coupe du monde, 23 mondialistes nés ou formés dans l’Hexagone postulaient pour une autre sélection que le XV de France. L’ancien sélectionneur du Portugal Patrice Lagisquet explique que cette influence est notamment due à la qualité des championnats professionnels du rugby français. Selon lui, ils représentent un vivier considérable de binationaux et un incubateur pour les joueurs formés dans les pays limitrophes, voire au-delà. D’après son expérience, les joueurs étrangers ont les moyens de se développer via « le Top 14, la Pro D2 et la Nationale qui sont professionnels, mais aussi en Nationale 2 et la Fédérale 1, où il y a plusieurs clubs avec des gros budgets. » Ces divisions aux niveaux variés permettent de se développer à des rythmes différents. Si les joueurs n’arrivent pas à convaincre chez les jeunes, « ils peuvent faire leurs armes tout en restant dans un cadre professionnel. » Cependant, obtenir une place parmi les centaines de joueurs professionnels en France n’est pas facile pour ceux venus de la formation étrangère. « Le principal problème pour eux, c’est la difficulté à se faire une place quand ils ne sont pas JIFF », confie l’international portugais Nicolas Martins, possédant le précieux sésame.

La plupart des fédérations d’Europe continentale n’ont ni les moyens, ni les infrastructures pour jouer au haut-niveau ou développer un championnat professionnel local qui profiterait à la sélection. Pour cause, le rugby à XV est un sport minoritaire dans la plupart des pays du continent. Né à Toulouse et élevé dans la culture de l’ovalie, l’ancien international espagnol Mathieu Belie détaille cette différence culturelle ainsi :« En Espagne, c’est compliqué de construire un projet national sur le long terme. Ce n’est pas un pays de rugby, hormis du côté de Valladolid. On peut venir jouer en Espagne pour une expérience de vie, c’était compliqué d’y faire une carrière pendant longtemps. » Ainsi, la France peut-être un appui au développement des nations de Tiers 2 limitrophes, comme une oasis au milieu d’un désert professionnel.

En contrepartie, le sélectionneur de la Roumanie David Gérard s’est plaint lors du Rugby Europe Championship 2024 au sujet de la disponibilité des internationaux étrangers. Certains clubs ne laisseraient pas leurs joueurs se rendre avec leur sélection, afin de les préserver d’une blessure ou pour les faire jouer durant les doublons. Il indique que la libération des internationaux pour les échéances internationales devrait être prise en compte par les clubs.« Ce n’est pas normal d’avoir une compétition internationale et de manquer de joueurs, parce que leurs clubs ne souhaitent pas les libérer. En France, certains jouent le jeu, d’autres non. Pourtant, ça fait partie du développement du joueur. La sélection les renforce en leur permettant de jouer des rencontres internationales et grâce à ces matchs de haut niveau, nos internationaux intéressent des clubs français », rappelle David Gérard. Ainsi, l’apport transverse entre le rugby français et les autres sélections continentales est une forme d’influence mutuelle selon lui. Cette observation se vérifie particulièrement avec les Géorgiens. Réputés pour leur qualité en mêlée, les Caucasiens renforcent les rangs des meilleures écuries de France depuis plus de 10 ans.

La suprématie des All Blacks

La déchéance australienne

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L’Océanie, le rugby dans la peau

Focus : Un Français chez les magiciens fidjiens

Un Français chez les magiciens fidjiens

Dans cet établissement prestigieux d’Océanie, Franck Boivert a une opportunité. « C’était au moment des bombes nucléaires dans le Pacifique. Pour redorer son image, la France donnait de l’argent, en pagaille. On me demande alors s’il y a quelque chose à faire avec le rugby ici et je crée un programme d'entraînement. » Il met alors en place une méthode qu’il expérimente en parallèle à l’université de Stanford et organise des tournées internationales, aux Samoa, à Tahiti, etc. Il parvient même à faire venir le XV de France, sans que la FFR ait quoi que ce soit à payer. Lors d’un match à Suva, le Stade National était « plein à craquer, il y avait des spectateurs au bord de la ligne de touche. » Avec 28 000 spectateurs dans un stade de 15 000 places, ce match du 27 juin 1998 reste la meilleure affluence de l’histoire du pays. « Les Bleus sortaient d'un Grand Chelem. Aux Fidji, ils étaient l’équipe la plus populaire après la sélection nationale. C’était l’époque du French Flair, les Fidjiens raffolaient de ça », précise le Catalan.

Dans un continent passionné de rugby, le Perpignanais Franck Boivert a eu un impact décisif sur le rugby aux îles Fidji, connu pour son important vivier de joueurs à la qualité technique ensorcellante. En 30 ans, l’ancien sélectionneur de l’équipe nationale féminine des États-Unis a révélé de nombreux talents, dont certains font partie des grands noms du Top 14. En 1988, il participe à la préparation des Fidji pour une tournée européenne. Il renforce leurs acquis sur la mêlée et gagne tous les matchs, à l’exception d’une rencontre au pays de Galles. Pour cette occasion, il verra jouer en stage l’ouvreur iconique Waisale Serevi, encore jeune. Ce dernier ne lui fera pas une forte première impression, la faute à une soirée trop arrosée la veille. En 1995, sa femme obtient un poste à l’Université du Pacifique Sud (USP) de Suva, capitale des Fidji, et lui permet de revenir plus souvent dans l’archipel.

Trois années après, les Fidji brillent à la Coupe du monde 2007 et se qualifient en quart de finale. « La fédération des Fidji a gardé mon programme d’entraînement après mon départ. Dans le Pacifique, tout le monde me disait que c’était grâce à cela que les Fidji avaient atteint leur niveau exceptionnel. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ma foi, si les gens le disent », se remémore Franck Boivert.

En 2003, l’héritage de son travail dans le rugby universitaire a laissé des traces et il obtient le poste de Directeur Technique National (DTN) dans l’archipel. À ce moment-là, il se dédie uniquement au rugby aux Fidji. En l’espace de 2 ans, Franck Boivert forme pas moins de 600 entraîneurs dans le pays. Une formation où il distille des éléments de jeu venus de l’Hexagone. « Auparavant, j’ai fait des stages avec Pierre Villepreux à Toulouse, donc j’étais nourri de cette philosophie, l’attaque à outrance. » Pour améliorer la sélection, il met également en place des détections et des franchises. Effet immédiat, le vivier de joueurs explose, alors qu’il dispose de seulement 7 000 euros. Épaté par cette réussite, l’IRB (ancêtre de World Rugby), lui offre 500 000 dollars fidjiens pour continuer le développement du pays. Cependant, tout ne se passera pas comme prévu. « Je n’ai rien vu de cet argent, car la fédération fidjienne l’a utilisé pour payer le nouveau sélectionneur de l’époque, Wayne Pivac. À la fin de l’année (2004), l’IRB est venu et j’ai dû leur dire. La fédération l’a mal pris et m’a viré. » Après cette histoire, Franck Boivert reste malgré tout dans l’archipel et retient une leçon, ses prochaines subventions seront conservées par ses soins, à l’ambassade de France.

Au début de la décennie 2010, il redevient Directeur Technique National (DTN) pour transmettre ses principes de jeu et révéler quelques pépites comme Levani Botia. Malheureusement, après deux années de travail, il se fera de nouveau remercier par la fédération, en 2013. Pour cause, il avait nommé Ben Ryan comme sélectionneur de rugby à 7, en allant à l’encontre de ses dirigeants. Un pari encore payant, puisque l’Anglais va offrir deux titres de World Series à la sélection, ainsi qu’une médaille d’or aux Jeux Olympiques de Rio, la première de l’histoire du pays. Pour remercier Franck Boivert de ses travaux conséquents, l’état a octroyé un passeport fidjien à lui, sa femme et ses filles.

Quelque temps après, il entraîne l’équipe des moins de 20 ans, puis l’équipe senior, de Nadroga, une des provinces du pays. Sur sa première saison, l’équipe est invaincue et devient championne. Sur cette aventure, des joueurs comme Peceli Yato (163 matchs avec l’ASM Clermont), Peni Ravai (94 matchs avec l’UBB, Aurillac et Clermont) ou Alivereti Raka (naturalisé et international français comptant 5 sélections) vont être formés par Franck Boivert. Plusieurs de ses anciens joueurs fleurissent aujourd’hui au niveau international. Si le Catalan, ancien joueur de l’USAP, faisait des miracles pareils, c’est parce qu’il exploitait au maximum les qualités de passes ou de jeu après-contact des Fidjiens. « Sans des bons joueurs, il n’y a pas de bons entraîneurs », argue-t-il. Pour perfectionner le jeu de ses joueurs, il confie s’être largement inspiré de l’identité de jeu à la toulousaine et de la manière dont était formée l’élite du rugby toulousain. « Je voulais que l’on joue constamment. À l’entraînement, j’avais même interdit les rucks, les joueurs étaient obligés de passer le ballon avant d’arriver au sol. »

En parallèle, sa réussite passée lui permet d’obtenir un partenariat avec certaines formations de Top 14. La plus connue reste celle de l’ASM Clermont qui lui confie la responsabilité d’une académie aux Fidji, dont les meilleurs joueurs partiront en Auvergne. Débutée en 2012, cette initiative s’est étendue jusqu’à peu. Désormais terminée, elle a connu des hauts et des bas. « On a envoyé des jeunes à Dubaï, avec l’ASM, puis Paul Albaladejo est venu pour faire du repérage.Il n’aimait vraiment pas que les joueurs soient en retard. Ça le rendait de mauvaise humeur, mais ça aux Fidji, ce n’est pas possible. » De plus, les deux formateurs ne partageaient pas la même méthode. Un jour, Franck Boivert se rend compte que son confrère fait des exercices de manipulation de balles avec des Fidjiens, une situation aberrante selon lui. « Vérifier si un Fidjien sait rattraper un ballon, ça n’a pas de sens. »

Ayantrévélé de nombreux talents, Franck Boivert a failli être récompensé du Graal ultime, le poste de sélectionneur. Après la Coupe du monde 2023, où il n’a pas du tout apprécié le style de jeu des Fidji, le poste était vacant. Ainsi, plusieurs internationaux ont demandé à ce qu'il prenne les commandes du groupe. Ce dernier a déposé sa candidature néanmoins, son nom ne fut pas retenu. « Mon dossier s’est perdu, c’est ce qu’on m’a dit à la fédération », lance-t-il. Qui sait, peut-être que l’avenir lui sourira (encore) un peu plus ?

Après 20 ans à vivre aux Fidji en quasi-continu, il a isolé ce qui fait que les Fidjiens se plaisent au jeu français. S’il identifie l’appétence pour le jeu de mouvement et les passes après-contact, il met en lumière d’autres points. « Aux Fidji, vous trouvez beaucoup d’entraîneurs issus de l’école néo-zélandaise. Le problème, c’est qu’ils sont souvent trop carrés. Nous, en tant que Français, nous sommes plus cools, détendus. Aussi, on valorise plus fréquemment l’initiative, surtout quand elle réussit. On n'enferme pas des joueurs dans un style pour correspondre à notre besoin, on s’adapte aux profils des joueurs. »

La mainmise des All Blacks sur les îles

Si la France ne peut pas marquer les esprits des nations d’Océanie, c’est parce qu’une autre l’a fait avant elle. Là-bas, le rugby néo-zélandais domine. Par leur isolement géographique conséquent, les Néo-Zélandais n’avaient pas toujours le luxe de réaliser des tournées en Europe. Pour jouer, il fallait défier ses voisins. Si les affrontements entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont devenus une référence, ceux face aux Samoa, Tonga et autres ont marqué les locaux.

« Ce n’est pas qu’ils refusent l’influence française, c’est qu’ils n’en ont pas besoin en fait. Après tout, il y a la Nouvelle-Zélande à côté. Au niveau exportation de joueurs, de coach ou de principe de jeux, il y a deux géants : la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud. Ils sont tellement au-dessus des autres que ça en est presque écœurant », confie Gauthier Baudin, journaliste spécialisé dans le rugby. Malgré une année passée en Océanie, il n’a pas ressenti d’influence sportive française lors de son voyage.

« Comme influence française en Nouvelle-Zélande ? Il y a peut-être l’entreprise Altrad, le sponsor des All Blacks. Ce n’est pas vraiment du sportif, plus du marketing, mais c’est cet accord qui a permis au Montpellier HR (présidé par Mohed Altrad) de recruter le All Black George Bridge. Au-delà de ça, je ne vois pas. Il n’y a pas la même influence que la France peut avoir en Europe, par exemple. »

- Gauthier Baudin, journaliste spécialisé en Rugby -

Si la France ne peut pas marquer les esprits en Océanie, c’est parce que d'autres l’ont déjà fait. Là-bas, le rugby néo-zélandais domine. Par leur isolement géographique, la sélection n’avait pas toujours le luxe de réaliser des tournées en Europe. Pour jouer, il fallait défier ses voisins. Si les affrontements entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont devenus une référence, ceux face aux Samoa, Tonga et autres ont marqué les locaux.

« Ce n’est pas qu’ils refusent l’influence française, c’est qu’ils n’en ont pas besoin. Il y a la Nouvelle-Zélande à côté. Niveau exportation de joueurs, coachs ou principes de jeux, il y a deux géants : la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud. Ils sont tellement au-dessus des autres que ça en est presque écœurant », confie Gauthier Baudin, journaliste spécialisé dans le rugby. Malgré une année passée en Océanie, il n’a pas ressenti d’influence sportive française lors de son voyage. Cette influence s’étend aux îles adjacentes, « grâce aux matchs que les All Blacks jouaient là-bas, il y a encore quelques décennies. » Au-delà, des nations indépendantes, l’omniprésence néo-zélandaise s’étend jusqu’aux territoires français. En Nouvelle-Calédonie, tous les amateurs de rugby sont « fans des All Blacks », indique Gauthier Baudin. Favorisée par la proximité géographique, cette préférence est notamment visible grâce à l’international tricolore Peato Mauvaka, natif de Nouméa et originaire de Wallis-et-Futuna. Le 20 novembre 2021, la France bat les All Blacks (40-25) pour la première fois depuis 12 ans et signe le plus large succès de son histoire face à la Nouvelle-Zélande. Après le match, le talonneur paraît très ému. Quand ses coéquipiers s’enlacent, lui, fond en larmes. Au micro de France Télévisions, il avouera que son père était un grand fan des All Blacks. Décédé en 2018, lui et son fils ne rataient aucun match et les avaient même supporter en finale de la Coupe du monde 2011, quand ces derniers affrontaient… la France.

La déchéance australienne

Dans la région, les Néo-Zélandais n’ont plus de concurrents. Pendant une trentaine d’années, jusqu’en 2015, les Australiens leur tenaient la dragée haute. Cependant, le niveau du rugby à XV sur l’île-continent a baissé et « ils ne sont plus très bons maintenant », confie Gauthier Baudin, journaliste spécialisé en rugby.

En Super Rugby, l’Australie compte cinq franchises, mais depuis le sacre des Waratahs en 2014, aucune équipe australienne n’a atteint la finale. Niveau sélection, les Wallabies ne sont pas sortis des poules lors de la dernière Coupe du monde, une première dans leur histoire.

Expatrié en Australie depuis 2020, Brendan Le Galludec y joue au rugby à XV, dans différents clubs des championnats australiens locaux. Il constate un engouement limité. Les équipes « ne remplissent qu’un tiers du stade en Super Rugby », par exemple. Sans réel championnat national, les divisions inférieures se jouent par régions où l’on peut apercevoir « jusqu’à 500 spectateurs, s'il ne pleut pas, » dans les gradins.

Pendant longtemps, les Wallabies faisaient office de vitrine du rugby à XV dans le pays, mais les mauvais résultats récents font que « les Australiens perdent un peu foi en leur équipe. » Dans un pays où le rugby à XV n’est que le cinquième sport collectif le plus populaire (derrière le football australien, le cricket, le rugby à XIII et le football), la sirène des All Blacks ne retentit pas. Alors, y a-t-il une influence sportive tricolore qui a su se développer là-bas ? « Pas vraiment », répond Brendan Le Galludec. Formé au RC Vannes, le troisième ligne se rappelle qu’à son arrivée en Australie, il n’était pas vraiment attendu pour son French Flair. « Quand j’ai débarqué, on m’a dit “On sait que tu as bouffé de la touche, de la mêlée et des rucks en France. On t’attend sur ça.” Ils nous englobent sous le prisme des Européens, avec un jeu d’avant et une grosse mêlée. »Culturellement, le Breton évoque une dissonance dans la perception australienne. « Ils font la distinction entre Français et “British” en dehors du terrain, mais niveau rugby, ils nous mettent dans le même paquet. » De plus, il confie que le rugby français est plus émotionnel que celui qu’il constate en Océanie. « En tribune et sur le terrain, je trouve que c’est assez calme, à part quand on marque, bien sûr. Il n’y a pas de musique, pas de fanfares, il n’y a pas de bruit », explique l’ancien du Stade Nantais au sujet de la ferveur des Australiens pour le rugby à XV. À l’autre bout du globe et même au cœur d’un continent acquis à sa cause, le ballon ovale souffre d’un certain désamour.

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L’Amérique : colosse endormi ?

De l’Alaska au cap Horn, en passant par les Antilles et l’Amazonie, le ballon ovale souffre d'une évolution hétérogène, selon les régions. Au fil des années, il s’est divisé en deux pôles principaux, l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord, où l’influence française n’a pas la même importance.

L’Amérique du Nord, l’isolement culturel

Focus : L'incroyable aventure brésilienne des frères Leplus

L’indépendance du continent américain

L’Argentine et son rêve français

L’incroyable aventure brésilienne des frères Leplus

Au cœur du Brésil, deux frères développent la pratique du rugby. Après 45 années en Amérique latine, leur travail a permis au Mélina Rugby Club de devenir le premier club de rugby professionnel féminin du continent.

Terre de football, le Brésil a peu d’atomes crochus avec le rugby. Pourtant, une histoire folle s'y déroule depuis 1978. Michel Leplus et son frère Alain, ancien troisième ligne du FC Auch, décident de quitter le Gers pour devenir agriculteur au cœur du Brésil. Loin des plages de sable fin, Alain peine à trouver du rugby. Pour jouer, il doit se rendre à Rio, mais le trajet est long, presque deux jours de voiture. En 1982, les deux frères résident à Cuiabá dans l'État du Mato Grosso. La trentaine passée, ils veulent développer le rugby dans la région. Alors, Alain devient entraîneur-joueur, Michel prend la gestion d’un club. Une nouvelle routine s’installe, pendant plusieurs années. Mais un jour, la dynamique de leur club va se briser.

« Lors d’une finale qui doit concrétiser les efforts de la saison, plusieurs joueurs ne vont pas se présenter parce qu’ils ont une fête, un père qui doit couper le soja, ou je ne sais trop quoi. Et ça, ça ne va pas me plaire, confie Michel Leplus. Je vais leur dire que je n’accepte plus de travailler comme ça. Au contraire, ce que j’ai envie de faire, c’est de monter un vrai club professionnel, ici, mais les garçons n’ont pas envie. Ils ne veulent pas s’entraîner 3 à 4 heures tous les jours. »

Le pari féminin

Grâce au hasard, de nouveaux acteurs entrent dans sa vie pour concrétiser son ambition. Des jeunes filles viennent le voir durant un entraînement, en 2016. Elles demandent 100 à 150 euros pour se rendre à Belém, au nord du pays, afin d’y disputer un tournoi de rugby. « Je discute avec ces deux gamines, puis, lorsqu’elles s’en vont, un joueur me dit “Monsieur, vous n’allez quand même pas financer des filles pour jouer au rugby ?” Là, j’ai eu un déclic et je réponds : “Premièrement, c’est mon argent, j’en fais ce que je veux. Deuxièmement, je ne vois pas pourquoi je ne les aiderait pas.” Elles partent à l’autre bout du pays, je trouve ça assez sensationnel », raconte le dirigeant du club de Cuiabá. L’histoire commence et prend ces filles sous son aile à leur retour de Belém. D’abord, il leur faut un entraîneur. Cela tombe bien, Michel Leplus connaît un Argentin, ancien joueur de rugby devenu professeur de golf. Ensuite, il leur faut un terrain. Après quelques mauvaises expériences. Michel trouve la perle rare, un centre d’entraînement international, neuf et prêt à l’emploi, avec deux terrains et des infrastructures complètes. À l’origine de ce bâtiment, un riche propriétaire italien. Fan de ballon rond, il espérait trouver le nouveau Neymar, sans grande réussite. « Je rencontre le propriétaire qui me dit : “C'est avec le plus grand plaisir que je vous accueille. En plus de ça, je ne veux plus entendre parler de football. Votre idée de rugby me plaît beaucoup et en plus c'est féminin, ça me plaît encore plus. Ca, ma femme va adorer.” Ensuite on a signé les contrats et nous nous sommes installés. » Après cet accord, le Melina Rugby Club est né.

Malheureusement, l’aventure des deux frères s’écrit surtout à travers les souvenirs de Michel, car en parallèle de la naissance du Melina RC, Alain développe la maladie d’Alzheimer. Malgré tout, l’ancien troisième ligne est resté au Brésil. « On essaye de lui faire parler de son passé, mais c’est devenu très difficile parce qu’il est à un stade d’Alzheimer assez avancé. Et donc… Je n’ose pas vous dire qu’il a tout oublié. De son passé très lointain, il n’a pas oublié. Du rugby, il se souvient encore de tant de choses. Mais tout ce qui est récent, ça, il ne s'en souvient pas », confie Michel Leplus. « Mon frère vient tous les samedis. Les filles s’occupent de lui d’une façon merveilleuse. C’est à en pleurer de voir combien elles sont préoccupées par son état. C’est ce qui me fait continuer. »

Melina RC, la révolution brésilienne

Pour rendre hommage au passé rugbystique de son frère, le fondateur du Melina RC a, petit à petit, monté les échelons au Brésil. Au début, le club ne pratiquait que le rugby à VII, gagnant quasiment tous les tournois féminins du Brésil dans la discipline. Surfant sur cette vague, la structure se professionnalise. Partie de cinq joueuses, elle compte aujourd’hui 90 jeunes et 30 joueuses professionnelles, comptant une dizaine de joueuses. Par ailleurs, certaines protégées du projet de Michel et son frère ont déjà atteint les sommets. « J'ai une des filles, Ralin, qui a participé aux Jeux Olympiques de Tokyo. Et là, j'en ai deux qui devraient aller à Paris. En tout, j'ai déjà eu jusqu'à six joueuses en sélection. »

Mais au-delà de la pratique du rugby à VII, le Melina RC a aussi eu une grande importance dans le développement du rugby à XV au Brésil. En effet, jusqu’en 2022, la pratique du jeu à quinze féminin n’était pas encadrée dans le pays. La fédération la jugeait trop dangereuse, sur les mêlées notamment. En glissant progressivement du VII au XIII, l’écurie dirigée par Michel Leplus a convaincu la fédération de lancer des compétitions quinziste, avec des mêlées simulées. Aujourd’hui, une dizaine de joueuses de la sélection sont issues de Mélina, soit presque 45 % de l’effectif. Après les dernières avancées, Michel Leplus prédit que le ballon ovale brésilien prend un tournant majeur. « C’est quasiment sûr que le futur du rugby féminin au Brésil se fera dans le XV. Il n’y a plus d’arrêt maintenant. »

En devenant pro, le Melina RC s’est attiré les foudres d'autres clubs. « Les autres clubs estiment que vous ne jouez pas à... à valeurs égales. Si j’ai commencé à les payer, ce n’est pas parce que je voulais que les filles touchent des salaires. Je l’ai fait, car je voulais qu’elles vivent de leur sport. Il est difficile de demander à des gamines de 17 ans ou 18 ans de s’entraîner 4 heures par jour, sans toucher un salaire. Mais bon, les 2-3 premières années. On a été mal reçus, ça va mieux actuellement. »

Si le Melina RC a brillé par son activité professionnelle, le club joue aussi un rôle social important. En permettant à des jeunes filles d’accéder à une structure de haut niveau, l’institution créée par l’ancien Gersois offre de nouvelles perspectives aux joueuses. « Certaines ont pu gagner des bourses d’athlètes et vous imaginez qu’un enfant de Favela qui touche l’équivalent d’un salaire minimum pendant 12 mois, c’est important. » Dans la région riche du Mato Grosso, Michel Leplus observe moins souvent ces problèmes. Cependant, quand il se rend dans les plus grandes villes du pays, la situation est différente. Au vu de la réussite de son club situé à Cuiabá, il a fondé une autre école de rugby qui s’appelle Mélina Rugby Rio, en coopération avec la Marine nationale du Brésil, pour aider les enfants des quartiers pauvres. « À Rio, on part d’une base très pauvre, compliquée, avec des enfants ayant des problèmes monstrueux dont je n’ose même pas parler. Dans le rugby, ils trouvent une échappatoire à une vie qui n’est pas facile. Vraiment pas facile. Je m’occupe probablement d’un des seuls clubs du monde qui, subitement, reçoit une heure avant l’entraînement un message de ses gamines disant “Monsieur le professeur, je ne peux pas venir parce que ça tire de tous les côtés et je ne peux pas sortir de la Favela.” Ça, c’est courant. Vraiment très courant. » Au milieu de cet environnement complexe à gérer, l’œuvre de Michel et son frère apparaissent comme un miracle en accord avec les valeurs de l'ovalie.

L’Argentine et son fantasme français

Tête d’affiche du rugby américain, l’Argentine est la seule nation à posséder une empreinte rugbystiquepalpable sur le continent. Au fil des années, le géant sud-américain s’est rapproché des autres cadors de son hémisphère. Les Pumas ont intégré le Rugby Championship en 2012, aux côtés de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie et de l’Afrique du Sud. Puis, le pays a présenté une équipe en Super Rugby, les Jaguares (2016-2019). Au milieu de cet environnement favorable à l’influence sudiste, l’Amérique du Sud a su profiter d’inspirations hybrides, où la France a eu une influence non négligeable. En Argentine, le Championnat français et la Champions Cup représentent le Graal du professionnalisme. « Partout où vous irez en Amérique du Sud, n’importe quel joueur de rugby rêve de jouer en Top 14. Tellement d’Argentins y ont brillé, c’est devenu une référence », affirme Paul Tait, cofondateur d’Americas Rugby News et journaliste brésilien spécialisé dans le rugby sud-américain.

Avant la demi-finale de Champions Cup face aux Harlequins, début mai 2024, le centre du Stade Toulousain Juan Cruz Mallía se présentait face à la presse. « J’ai reçu des messages de ma famille et de mes amis, par rapport à la demi-finale. La Champions Cup est suivie en Argentine, surtout depuis la Coupe du monde 2007 », arguait fièrement l’international argentin de 27 ans.

Depuis les débuts du professionnalisme, la recherche de talents venus d’autres régions du globe a pris une autre dimension. Depuis le début du siècle, les Argentins sont demandés dans le Championnat de France. Certains clubs, comme le Stade Français Paris, en avaient fait leur vitrine, à l’image de l’ouvreur Juan Martín Hernández. Par ailleurs, les liens entre la France et l’Argentine se sont également renforcés grâce à leurs sélections. À ce jour, le XV de France est l’adversaire le plus récurrent de l’histoire de la sélection argentine, avec 53 matchs officiels au compteur.

De plus, un événement majeur de l’histoire du rugby argentin a entretenu ce lien. « En 2007, l’équipe de rugby d’Argentine a changé de dimension. Lors de la Coupe du monde, ils battent la France, alors pays organisateur, lors du match d’ouverture, puis lors de la petite finale. Après un résultat pareil, obtenu dans le pays où ces mêmes joueurs évoluent en club, le rugby a commencé à toucher plus de monde en Argentine, même si le football reste une religion là-bas. Un lien avec la France s’est créé », clarifie Paul Tait. Aujourd’hui, cette 3ᵉ place reste le meilleur résultat de l’Argentine en Coupe du monde.

L’indépendance du continent américain

Contexte

En 2020, l’échec d'Agustín Pichot dans l’élection à la présidence de World Rugby et la crise du COVID-19, ont bouleversé le rugby américain. Les routes nord et sud du nouveau continent se sont scindées. En Amérique latine, le rugby essaye de se développer indépendamment, sans compter sur les institutions extérieures.

« Bien évidemment, l’Argentine est au cœur des décisions en Amérique du Sud. Cependant, et contrairement à d’autres régions, le pays a fait le pari d’aider activement au développement de ses voisins, surtout ces dernières années. En plus de rencontres plus régulières entre l’équipe première de l’Argentine et les autres nations du sous-continent, le développement du Súper Rugby Américas permet d’améliorer le niveau global des pays qui proposent une franchise. Par exemple, la franchise paraguayenne du Yacare XV ne comptait presque que des Argentins à sa création. Aujourd’hui, une majorité des joueurs proviennent du pays. De la même manière, l’apparition de la franchise de Selknam au Chili amène l’équipe nationale à sa première qualification en Coupe du monde. »

-Paul Tait, cofondateur de Americas Rugby News-

Cette mise en valeur des talents du continent est déjà en marche depuis quelques années et touche déjà le Top 14. « D’autres nations sud-américaines ont vu leurs joueurs prendre une autre dimension en France. On peut penser à l’Uruguay avec Rodrigo Capó Ortega ou Santiago Arata, par exemple », rappelle Paul Tait. Preuve en est, après une Coupe du monde remarquée, le talonneur chilien Diego Escobar (23 ans) a d’ores et déjà signé avec le Racing 92, qu’il rejoindra à l’été 2024. Dans ce microcosme novateur, les nations se développent à leur rythme. Face à cela, les Français tiennent une place particulière, où leur qualité de « latins » en font des partenaires privilégiés. « On a ce tempérament qui colle bien à certains pays. En tant que Français, on n'est pas décontenancé face à des profils différents, quand ils sortent du cadre. On ne cherche pas à enfermer les joueurs créatifs. », confiait Patrice Lagisquet, en rapport à son expérience acquise au Biarritz Olympique.

Au Mexique, Terry Bouhraoua a tenté un nouveau challenge après avoir pris sa retraite de joueur professionnel de rugby à XV et à VII. Désormais, le recordman de points et d’essais de l’équipe de France de rugby à 7 s’occupe du développement de cette même discipline dans le pays. Arrivé en Amérique latine en avril 2023, il affirme avoir rapidement pris ses marques. Lors des entraînements, « tout se faisait plus rapidement et naturellement ». Il confirme ressentir des automatismes grâce à « une culture latine, où on se dit les choses et on discute. »

Contexte

L’Amérique du Nord, l’isolement culturel

Pour se développer, les USA font appel à des talents venus de l’étranger. Ces derniers ont pour but d’augmenter le niveau du championnat ainsi que son prestige. Si la France n’a pas de relation privilégiée avec le rugby américain sur le plan sportif, quelques liens se sont tout de même tissés.

De son avis, Terry Bouhraoua (ancien international français de rugby à 7, devenu entraîneur de la sélection mexicaine) constate que « la plupart des membres de Rugby Americas North sont plus proches culturellement de l’Amérique du Sud » que des pays anglo-saxons boréaux. De plus, aucune compétition majeure de rugby à XV n’est organisée par l’institution continentale. La plupart des pays préfèrent ainsi miser sur le rugby à 7, qui profite des Jeux panaméricains pour se développer et visant les Jeux Olympiques.

En 2020, l’international français (54 caps) Mathieu Bastareaud a évolué en MLR, au Rugby United New York. Depuis début 2024, l’ancien Briviste Nicolas Godignon est devenu l’entraîneur des avants des New Orleans Gold. Il y apporte une expertise française de la mêlée qu’il avait déjà pu mettre à l’œuvre en Top 14 et Pro D2. Enfin, le club des Utah Warriors a développé un partenariat avec le Stade Toulousain en 2023. Baptisé « The Rugby Alliance Project », ce dernier a donné lieu à des rencontres amicales à l’automne 2023. Désormais, reste à voir si ces liens seront durables ou éphémères, jusqu’au mondial attendu dans le pays tout du moins.

Dans les pays anglo-saxons, le rugby canadientente de survivre, alors qu’aux États-Unis, le rugby essaye de s’installer. Sous l’impulsion de la fédération et du championnat professionnel, la Major League Rugby (MLR). Lancée en 2017, elle cherche à développer l’ovalie dans ce pays où un autre ballon ovale règne en maître. De plus, le pays de l’Oncle Sam se concentre aussi sur l’organisation de la Coupe du monde 2031 sur son sol.

Les équipes de Japan League One peuvent-elles concurrencer celles de Top 14 ? Si oui, lesquelles ?

« Oui, je pense notamment à Saitama Panasonic Wild Knights, dont l’effectif est composé de beaucoup de joueurs internationaux de diverses nations. Elle pourrait rivaliser juste pour une rencontre, voire quelques matchs. Mais ça serait beaucoup plus difficile sur une longue saison en raison du manque de profondeur de l’effectif. Dans le futur, si la concurrence devient plus rude et que le nombre de matchs augmente, plus d’équipes seront en mesure de concurrencer celles de TOP 14 qu’il y en a maintenant. »

Comment se manifeste la différence de niveau entre les différents clubs professionnels ?

« On peut diviser les 23 clubs professionnels ayant joué cette saison en trois catégories. Tout d’abord, dans les meilleurs clubs, on retrouve ceux qui accélèrent le développement du championnat en faisant appel à des tops joueurs mondiaux et avec un effectif largement professionnel. Ensuite, on retrouve les équipes qui ne comptent pas ou peu d’étrangers et dont les joueurs-salariés représentent la moitié de leur groupe. Enfin, il y a ceux qui ne comptent quasiment que des joueurs-salariés et qui commencent à se développer. Il y a un grand écart entre les clubs au niveau rugbystique ainsi qu’au niveau de la ferveur qu’on observe autour d’eux. »

Les débuts

En 1995, les Sharks sont dans leur âge d'or. Depuis le début de la décennie, ils ont remporté deux Currie Cup (1990 et 1992), compétition nationale la plus prestigieuse d'Afrique du Sud. Après une finale perdue en 1993 et une saison 1994 décevante, l'entraîneur Ian McIntosh parie sur l'apport de deux Français pour relancer la machine : Olivier Roumat et Thierry Lacroix. Résultat des courses, les deux natifs du Sud-Ouest vont soulever le trophée dès leur première année au club. Si le premier d'entre eux rentre dans l'Hexagone juste après le titre, le second restera encore une saison et participera à un nouveau sacre des Sharks en Currie Cup (1996). Cependant, cette épopée sera payée au prix fort. Olivier Roumat et Thierry Lacroix écoperont d'une suspension de six mois du XV de France, pour avoir joué sous contrat, alors que le professionalisme n'était pas encore autorisé.

La chute du rugby canadien :

En 2022, un rapport indépendant commandé par la fédération nationale a jugé « la culture de Rugby Canada, ainsi que le programme de haute performance, comme “vides” ou “inexistants” », pointant du doigt d’importants problèmes internes à tous les niveaux.

« Il y a une organisation aujourd'hui qui est bien en place et qui commence vraiment à faire ses preuves. Elle se dessine en deux paliers. Le premier, c'est ce qu'on appelle les "élites jeunes", donc pour des 16, 17 ans et 18 ans. L 'idée, c'est de rassembler les 100 meilleurs joueurs de ces catégories-là, sur une semaine, pour les faire jouer, s'entraîner et commencer à identifier ceux qui pourront faire l'ossature d'une future équipe de France. Ce sont ces rassemblements qui nous permettent vraiment de mettre ces jeunes potentiels en situation de match pour voir comment ils réagissent et aussi commencer à identifier les leaders qu'il peut y avoir dans le système. L'étape suivante, ce sont les sélections nationales. Donc l'équipe de France moins de 18, qui est la première équipe de France. Au travers de ces rassemblements, il y a aussi une rencontre qui permet de sélectionner les joueurs dans ce qu'on appelle les académies, pour jouer en espoir. Il y en a 26 en France métropolitaine et elles permettent d'accompagner ces jeunes tout au long de l année sur un double projet sportif et scolaire. »

-Jean-Marc Lhermet, vice-président de la Fédération française de rugby (FFR), en charge du haut niveau-

Depuis 2018, l'équipe de France des moins de 20 ans a gagné, chaque année, le titre de champion du monde. Au cœur de cette réussite, la formation française brille à l'international, alimente les clubs professionnels et développe même certains talents pour des sélections étrangères.

La place complexe du rugby en Amérique :

L’ancien capitaine de France 7 confie que « le rugby à XV n’est pas une priorité dans la majorité des pays d'Amérique du Nord », même s’il a plus d’importance aux États-Unis et au Canada.« Ici, tout le monde fait un peu son affaire de son côté. Il y a les USA et le Canada, puis les autres. Je ne veux pas faire de la politique. Notre ressenti, depuis le bord du terrain, c’est qu’on est un peu là pour faire le nombre », déclare-t-il au sujet de la place qu’occupent les pays des Antilles et d’Amérique centrale auprès de la confédération nord-américaine.

Pourquoi autant de stars étrangères viennent en Japan League One ?

« Le nombre de matchs, actuellement 18 par saison et par club, est assez faible. Et par rapport à cela, le salaire est assez élevé avec de bonnes conditions de vie. Parallèlement,les Sud-Africains mettent aussi en avant le niveau de sécurité du pays. »

Remerciements

Renaud Bourel, responsable rugby du journal L'Équipe. Miyuki Fukumoto, interprète français-japonais.

Crédits images :

Toutes les images comprenant la mention World Rugby ou France 2023 proviennent de la banque d'image média de World Rugby et peut être uniquement utilisée dans un cadre journalistique par le titulaire d'un compte Média World Rugby.

L'échec d'Augustin Pichot :

L’ancien joueur du Stade Français et du Racing 92 a dédié sa retraite sportive au développement du rugby sur le continent. Pour cela, il est devenu président de l’Americas Rugby Championship, une compétition calquée sur le modèle du Tournoi des VI Nations. Ensuite, il tente de prendre place sur l’échiquier politique du rugby mondial, en se présentant à la présidence de World Rugby. Cette candidature porte beaucoup d’espoirs pour le continent. Cependant, le Canada et Rugby Americas North ont pris le parti de l’adversaire d’Agustín Pichot, l’Anglais Bill Beaumont. Ce dernier a remporté l’élection d’une courte tête, sur le score de 28 à 24, et est actuellement toujours en place.

La tournée

En 2015, les Sharks s'exportent en Europe en guise de pré-saison au Super Rugby. Lors de leur aventure sur le Vieux continent, ils affrontent une formation remaniée du Stade Toulousain, lors d'un match amical. Ensuite, les joueurs de Durban défient les champions d'Europe du RC Toulon pour le Rugby Masters, une nouvelle compétition opposant le vainqueur de la Champions Cup à une formation sudistes. Dans le Var, les Sud-Africains ressortiront vainqueurs (12-10). Réitéré l'année suivante, le choc verra de nouveau les Sharks s'imposer face aux Toulonnais au stade Mayol (21-29).

Y a-t-il une influence de championnats étrangers auprès de la Japan League One ?

« Nous avons eu l'événement "Cross-Border Rugby 2024", cette année. Il s’agissait de matchs amicaux contre les franchises néo-zélandaises des Blues et des Chiefs. Le rugby japonais espère maintenir cette bonne relation avec le Super Rugby Pacific. »

Le Japon et la France sont les deux seuls pays avec plusieurs divisions professionnelles. Comment expliquez-vous cela ?

« Au Japon, il y a actuellement trois divisions professionnelles. A partir de la saison prochaine, on retrouve 12 clubs en D1, 8 en D2 et 6 en D3. Les clubs des trois divisions contiennent tous un mélange de joueurs professionnels et de joueurs-salariés. Ces derniers ne sont pas des joueurs professionnels mais des salariés de la société mère, dite désormais "main sponsor". Le taux des joueurs professionnels est plus élevé chez les clubs de haut de tableau. Les joueurs-salariés sont nombreux chez les clubs de bas de tableau. »

À 7 ans de la Coupe du monde 2031 qui se joue dans la région, l’enthousiasme liés à la compétition peine à prendre depuis bien longtemps.

« Au siècle dernier, il y avait une culture rugby qui émergeait aux États-Unis, surtout en Californie. Beaucoup se plaisaient à essayer ce sport différent. Si le niveau n’était pas excellent, il y avait malgré tout d’excellents athlètes. Aujourd’hui, il n’y a plus grand-chose des retours que j’ai. »

-Franck Boivert, ancien sélectionneur de l’équipe féminine de rugby à XV des USA (1992-1998)-

« Aux États-Unis, il n’y a pas une énorme culture rugby et le niveau était assez faible, tout du moins avant la Major League Rugby. On trouve quelques expatriés en universitaire, mais le pays est vaste et les compétitions nationales sont compliquées à organiser. »

-Brendan Le Galludec, ancien joueur à la Penn State University (2017-2018)-

« Le rugby aux États-Unis a du mal à se structurer. Le pays est grand et la fédération n’a pas de zone d’influence, une région forte, où le rugby est clairement implanté et ancré culturellement. Avec la MLR, ils essayent d’en trouver une, mais ça reste compliqué. En l’espace de six éditions, autant d’équipes ont disparu, souvent pour des raisons économiques. Le championnat reste instable et c’est impossible de savoir à quoi il ressemblera à l’avenir. »

-Paul Tait, cofondateur d’Americas Rugby News-

Le Top 14 s’illustre par ses nombreux spectateurs en tribunes. De son côté, l'affluence moyenne de Japan League One grandit d'année en année*. Cette évolution est-elle durable ?

« Il y a sûrement "l’effet Coupe du Monde 2019" où beaucoup de gens ont découvert le rugby à ce moment-là. En plus, on a eu beaucoup de joueurs de classe mondiale cette saison et cela a fait augmenter le nombre de spectateurs. Cependant, cette évolution n'est pas homogène. Il n’y a que certaines affiches qui attirent vraiment beaucoup de gens. Quand il y a un écart entre les 2 équipes, la rencontre intéresse moins. Cela ne fait que 3 ans depuis le lancement de League One et des clubs distribuent des invitations gratuites aux habitants du quartier. C’est encore difficile de savoir si c’est durable, mais il y a de plus en plus de fans de rugby auprès du grand public. »

* 20 des 23 clubs en compétitions ont vu leur affluence augmenter entre 2023 et 2024.

Quelles sont les ambitions de la Japan League One, concernant son développement national ou international ?

« Pour développer le niveau, la Japan League one cherche à augmenter le nombre de matchs, pour créer plus de concurrence entre les clubs. Ce serait pas mal de se confronter à des clubs étrangers. La Ligue japonaise examine la possibilité d’organiser une « grande finale » à laquelle les clubs de haut de tableau joueraient contre ceux des championnats étrangers. »

Le talent local à l'honneur

La fédération ne veut pas se reposer uniquement sur une aide extérieure. La méthode du pays paye et leur a permis, par exemple, de se qualifier en quart de finale de la Rugby Africa Cup en 2022. « On parle plus souvent des éducateurs ou des acteurs qui viennent de France, dont moi, mais sur place il y a des personnes incroyables. Alors que les moyens sont très limités, ils arrivent à former admirablement des jeunes. Par exemple, il n’y a pas d’écoles de rugby, mais on voit des joueurs qui ont une bonne passe des deux côtés. C’est fou. Finalement, l’apport des techniciens étrangers réside dans les détails qui définissent le haut niveau. »

La récidive

En 2008, Frédéric Michalak sort d'une Coupe du monde contrastée. Pour changer d'air, ce dernier s'exporte un an chez les Sharks. Après une saison de Super Rugby encourageante, mais ponctuée par les blessures, il prolonge l'aventure pour jouer la Currie Cup. Pari réussi, puisqu'il réalisera une campagne splendide où il rayonnera par son jeu et un titre de champion national (2008), remporté après 4 défaites consécutives des Sharks en finale. Après un retour raté au Stade Toulousain, il reviendra aux Sharks (2011-2012) et échouera de peu à gagner un nouveau titre en Afrique du Sud (finaliste de la Currie Cup 2011 et du Super Rugby 2012).

« Il y a une organisation aujourd'hui qui est bien en place et qui commence vraiment à faire ses preuves. Elle se dessine en deux paliers. Le premier, c'est ce qu'on appelle les "élites jeunes", donc pour des 16, 17 ans et 18 ans. L 'idée, c'est de rassembler les 100 meilleurs joueurs de ces catégories-là, sur une semaine, pour les faire jouer, s'entraîner et commencer à identifier ceux qui pourront faire l'ossature d'une future équipe de France. Ce sont ces rassemblements qui nous permettent vraiment de mettre ces jeunes potentiels en situation de match pour voir comment ils réagissent et aussi commencer à identifier les leaders qu'il peut y avoir dans le système. L'étape suivante, ce sont les sélections nationales. Donc l'équipe de France moins de 18, qui est la première équipe de France. Au travers de ces rassemblements, il y a aussi une rencontre qui permet de sélectionner les joueurs dans ce qu'on appelle les académies, pour jouer en espoir. Il y en a 26 en France métropolitaine et elles permettent d'accompagner ces jeunes tout au long de l année sur un double projet sportif et scolaire. »

-Jean-Marc Lhermet, vice-président de la Fédération française de rugby (FFR), en charge du haut niveau-

Depuis 2018, l'équipe de France des moins de 20 ans a gagné, chaque année, le titre de champion du monde. Au cœur de cette réussite, la formation française brille à l'international, alimente les clubs professionnels et développe même certains talents pour des sélections étrangères.

Le Japon peut-il devenir l'endroit d'exil favori des stars de l'hémisphère sud ?

« A vrai dire, il l’est déjà, surtout pour les Océaniens et les joueurs sud-africains. »

Les moyens financiers du rugby japonais peuvent-ils concurrencer ceux du Top 14 ?

« Actuellement, je pense que la situation financière de chaque club est dans le rouge. Le montant des frais de personnels est flou, puisqu’il y a des joueurs-salariés qui ne sont pas directement payés par les clubs. Un club de haut de tableau a récemment dit qu'il fallait 10.000 spectateurs non invités pour équilibrer les comptes sur un match. De ce fait, on peut considérer que la plupart des matchs se font à perte. En plus, il y a des dépenses pour les activités quotidiennes. Donc presque tous les clubs sont dans le rouge financièrement. Ce sont leurs sociétés mère qui les soutiennent. Cette situation n’a pas changé depuis l’époque de la Top League, même depuis l’époque du championnat amateur des entreprises. Dans l’avenir, elle ne changera pas facilement. »

« Il y a une organisation aujourd'hui qui est bien en place et qui commence vraiment à faire ses preuves. Elle se dessine en deux paliers. Le premier, c'est ce qu'on appelle les "élites jeunes", donc pour des 16, 17 ans et 18 ans. L 'idée, c'est de rassembler les 100 meilleurs joueurs de ces catégories-là, sur une semaine, pour les faire jouer, s'entraîner et commencer à identifier ceux qui pourront faire l'ossature d'une future équipe de France. Ce sont ces rassemblements qui nous permettent vraiment de mettre ces jeunes potentiels en situation de match pour voir comment ils réagissent et aussi commencer à identifier les leaders qu'il peut y avoir dans le système. L'étape suivante, ce sont les sélections nationales. Donc l'équipe de France moins de 18, qui est la première équipe de France. Au travers de ces rassemblements, il y a aussi une rencontre qui permet de sélectionner les joueurs dans ce qu'on appelle les académies, pour jouer en espoir. Il y en a 26 en France métropolitaine et elles permettent d'accompagner ces jeunes tout au long de l année sur un double projet sportif et scolaire. »

-Jean-Marc Lhermet, vice-président de la Fédération française de rugby (FFR), en charge du haut niveau-

Depuis 2018, l'équipe de France des moins de 20 ans a gagné, chaque année, le titre de champion du monde. Au cœur de cette réussite, la formation française brille à l'international, alimente les clubs professionnels et développe même certains talents pour des sélections étrangères.

La méthode

Après un passage à l'Aviron Bayonnais entre 2018 et 2022, Yannick Bru s'envole pour l'Afrique du Sud. Entraîneur depuis 15 ans, il est embauché par les Sharks sur la saison 2022-2023 de United Rugby Championship. Le Gersois est en charge des rucks, dans un club comptant des joueurs comme Siya Kolisi ou Eben Etzebeth. A Durban, l'ancien talonneur a aussi l'occasion de disputer la Champions Cup, il est éliminé en quart de finale par son ancien club, le Stade Toulousain.

L'héritage

Après 15 saisons et 356 matchs avec le Stade Toulousain, Clément Poitrenaud cherche un ultime challenge pour conclure sa carrière. En 2017, il intègre l'effectif des Sharks, où son ami Frédéric Michalak a déjà joué. À quelques mois de souffler ses 35 bougies, il dispute quatre matchs en Super Rugby avant de prendre sa retraite.