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EL 2 Les effarés

Camille Déruelle

Created on June 16, 2024

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Transcript

Les effarés

Explication linéaire n°2

Cahiers de Douai, A. Rimbaud

Effaré(es) Participe passé du verbe "effarer", adjectif verbal, ici utilisé en substantif. Ahuri, hagard,stupéfait, hypnotisé etc. Manifester une grande stupéfaction, un étonnement allant jusqu'à la peur ou l'effroi.
Selon vous, de quoi les protagonistes de ce poème vont-ils être effarés ?

Les effarés

Noirs dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s’allume, Leurs culs en rond, À genoux, cinq petits, — misère ! — Regardent le boulanger faire Le lourd pain blond... Ils voient le fort bras blanc qui tourne La pâte grise, et qui l’enfourne Dans un trou clair. Ils écoutent le bon pain cuire. Le Boulanger au gras sourireChante un vieil air.

Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres petits pleins de givre, — Qu’ils sont là, tous, Collant leurs petits museaux roses Au grillage, chantant des choses, Entre les trous, Mais bien bas, — comme une prière… Repliés vers cette lumièreDu ciel rouvert, — Si fort, qu’ils crèvent leur culotte — Et que leur lange blanc tremblotte Au vent d’hiver…

Ils sont blottis, pas un ne bouge, Au souffle du soupirail rouge Chaud comme un sein. Et quand, pendant que minuit sonne, Façonné, pétillant et jaune, On sort le pain ; Quand, sous les poutres enfumées, Chantent les croûtes parfumées Et les grillons, Quand ce trou chaud souffle la vie, Ils ont leur âme si ravie Sous leurs haillons,

20 septembre 1870

Un contexte historique particulier : le siège de Paris

En juillet 1870, l'empereur Napoléon III entreprend contre la Prusse une guerre mal préparée qui le conduit à la défaite et à la perte de l'Alsace Lorraine. Le 4 septembre 1870 à la suite d'une journée d'émeute parisienne, l'Empire est renversé. Paris est assiégé et connaît une grave famine au cours de l'hiver 1870. Le poème est composé le 20 septembre 1870, 15 jours après l'émeute et témoigne de la détresse des parisiens assiégés affamés.

La misère des enfants, un thème hugolien

« Mélancholia »

[...] Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ? Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ? Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement Dans la même prison le même mouvement. Accroupis sous les dents d'une machine sombre, Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre, Innocents dans un bagne, anges dans un enfer, Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer. Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue. Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue. Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las. Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas ! Ils semblent dire à Dieu : - Petits comme nous sommes, Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! V. HUGO, Les Contemplations, 1856

Un roman entièrement consacré à la dénonciation de la misère : Les Misérables, 1862

Entrée dans le texte

Proposez 10 questions (en préparant une réponse rédigée) à l'autre groupe/classe.

Entrée dans le texte

10

Introduction

Eléments biographiques à propos d'Arthur Rimbaud et présentation du recueil
Place occupé par le texte étudié dans le recueil et thème
Annonce du projet de lecture et des mouvements

Mouvements du texte & projet de lecture

Projet de lecture : Comment ce tableau touchant et contrasté permet-il la dénonciation de la misère ?

2e mouvement

3e mouvement

1er mouvement

Le tableau contrasté de cinq miséreux affamés

Le spectacle envoûtant de la confection du pain

Dénonciation de la misère qui semble insoluble

texte

texte

texte

analyse

analyse

analyse

1er mouvement : Le tableau contrasté de cinq miséreux affamés

Noirs dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s’allume, Leurs culs en rond, À genoux, cinqs petits, — misère ! — Regardent le boulanger faire Le lourd pain blond...

Analyse du premier mouvement

cinqs petits,
— misère ! —
À genoux,
dans la neige
et dans la brume,
Noirs
Regardent
le boulanger faire
Au grand soupirail qui s’allume,
en rond,
Leurs culs
blond ...
pain
Le lourd
Idée principale : Une image de la misère reposant sur de nombreux contrastes - Poème s'ouvre sur un réseau d'antithèses qui préparent la révolte du lecteur en mettant en avant les inégalités entre ces enfants transis de froid dans la rue et la chaleur et l'opulence de la boulangerie. On distingue donc un tableau jouant sur de nombreux contrastes : sombre/clair, froid/chaleur, opulence du boulanger/pauvreté des enfants. - Voc familier peu attendu en poésie brouille piste : enfant ou animaux ? - La posture des enfants interroge : Adoration face au boulanger ? Poids de la misère qui les fait ployer ? Prière ? - Sujet n'arrive qu'au v.4, groupe indistinct parce que peut être n'importe quels enfants dans la rue souffrant de faim : le tableau devient une allégorie. - Introduction du pathétique avec l'intervention directe du poète mise en relief par les tirets et une exclamative. - Enfant associé à un verbe de perception : passifs, fascinés, subjugés par le travail du boulanger qui lui est sujet d'un verbe d'action (autre opposition). Enjambements permettent de déplacer le regard du lecteur des enfants vers l'intérieur de la boulangerie, de voir à travers leurs yeux, adoptant un point de vue interne et de mettre en valeur l'objet de leur attention, le pain. Substantif placé au centre du vers en évidence et entouré de deux adj épithétes positifs qui insistent sur l'envie qu'il provoque chez les enfants miséreux. - Les points de suspension introduisent du suspense quant à ce pain, les enfants affamés vont-ils pouvoir y goûter ?

2e mouvement : Le spectacle envoûtant de la confection du pain

Ils sont blottis, pas un ne bouge, Au souffle du soupirail rouge Chaud comme un sein. Et quand, pendant que minuit sonne, Façonné, pétillant et jaune, On sort le pain ; Quand, sous les poutres enfumées, Chantent les croûtes parfumées Et les grillons,

Ils voient le fort bras blanc qui tourneLa pâte grise, et qui l’enfourne Dans un trou clair. Ils écoutent le bon pain cuire. Le Boulanger au gras sourireChante un vieil air.

Analyse du deuxième mouvement (1/2)

le bon pain cuire.

pas un ne bouge,

écoutent
Ils
voient

sont blottis,

qui tourne
Ils
le fort bras blanc

Ils

et qui l'enfourne
au gras sourire
Le boulanger
La pâte grise,

Au souffle du soupirail rouge

Chante un vieil air.

12

Chaud comme un sein.

15
Dans un trou clair.
Idée principale : Les étapes de la fabrication du pain sous les yeux d'orphelins en quête d'une mère. -Anaphore de "ils" + verbe de perception (voient = vue + écoutent = l'ouïe + v.13 sont blottis = toucher) présence de tous les sens qui sont ravis sauf le goût puisqu'ils n'y goûteront jamais. -Importance à nouveau des couleurs dans ce mouvement, le noir et blanc des tercets précédents se retrouvent dans la "pâte grise". - Rythme construit sur 2 PSR coordonnées qui qualifient le boulanger ainsi que deux enjambements qui matérialisent les mouvements de l'artisan. Boulanger (avec une majuscule : allégorie) présenté comme un personnage puissant "fort bras blanc" : structure renvoie à "lourd pain blond" v.6, il est associé à des verbes d'action. Présenté de manière sympathique en apparence : gras = hypallage ? Personnage gras parce qu'il a accès à de la nourriture. Il reste en opposition avec les enfants : il a la chaleur, la nourriture et la joie qui lui permettent de chanter en travaillant ce qui augmente sa bonhomie. "Vieil air" comme un poète antique : transforme la pâte grise en pain jaune, doré. Renforcé par un alexandrin v.11-12 qui accentue la musicalité et l'harmonie. Nombreuses assonance en [ou] qui donne harmonie et douceur à la scène MAIS "gras" + allitération en [r] interroge : fait également songer à un ogre. v.13-15 : Attention du lecteur revient sur les enfants : forme négative totale avec plusieurs interprétations : effarés devant le spectacle de la préparation du pain mais aussi transis de froid créé un effet d'attente : que va-t-il se passer ? le boulanger va les voir et leur offrir à manger ? Chaleur agréable perceptible au soupirail personnifié avec "souffle" (vie) rapprochée par une comparaison au sein maternel qui réchauffe et nourrit et rappelle que ce sont de très jeunes enfants orphelins (pathétique).

Analyse du deuxième mouvement (2/2)

Et quand,
pendant que minuit sonne,
Quand,
sous les poutres enfumées,
les croûtes parfumées
Chantent
Façonné, pétillant et jaune,
18
On
sort le pain ;
Et les grillons,
21
Idée principale : Le spectacle magique et sensoriel du pain cuit - Début d'une très longue proposition qui va jusqu'à la fin du poème avec plusieurs PCS de temps introduites par "quand" qui vont retarder infiniment l'arrivée de la prop principale et la chute du poème. - Retour à travers les yeux des enfants qui observent le pain : Pâte grise du pain a donné grâce à l'intervention du boulanger et du four un pain "jaune". Enumération v.17 montre un pain qui n’est pas décrit de manière réaliste mais fait songer à un objet précieux, de grande valeur, un bijou puisqu'inestimable et inaccessible pour les enfants. Sens à nouveau comblés par ce pain : vue "jaune", odorat "parfumées", ouïe "chantent", "grillons" : pouvoir d'attraction du pain qui envoûte créant un tableau esthétique agréable. v.19-20 beaucoup de musicalité : Quand/chantent - poutres/croutes - enfumées/parfumées - CCT "pendant que minuit sonne" : rappelle les contes de fées, (magie cesse dans Cendrillon : la fin de l'enchantement provoqué par le pain est proche mais retardé par ces sub circons) mais aussi qu'ils sont seuls dans la nuit. - "On" pronom indéfini : figure du boulanger a disparu, c'est le pain le plus important. - Personnification de la croûte du pain qui chante permet la naissance d'une scène merveilleuse : les croûtes (grillées) deviennent des grillons par paronomase. Le chant des grillons est rapproché du craquement du pain avec des allitérations en [r].

3e mouvement : Dénonciation de la misère qui semble insoluble

Quand ce trou chaud souffle la vie, Ils ont leur âme si ravieSous leurs haillons, Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres petits pleins de givre, — Qu’ils sont là, tous, Collant leurs petits museaux roses Au grillage, chantant des choses, Entre les trous,

Mais bien bas, — comme une prière… Repliés vers cette lumièreDu ciel rouvert, — Si fort, qu’ils crèvent leur culotte— Et que leur lange blanc tremblotte Au vent d’hiver…

Analyse du troisième mouvement (1/2)

vivre,
ce trou chaud souffle
la vie,
Collant leurs petits museaux roses
Quand
Ils se ressentent si bien
chantant des choses,
Les pauvres petits pleins de givre,
Ils ont leur âme
Au grillage,
si ravie
Sous leurs haillons,
Entre les trous,
— Qu’ils sont là, tous,
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Idée principale : L'illusion d'un retour à la vie dans une situation déplorable. - La PSC de temps v.20 donne au soupirail une dimension symbolique, il donne la vie, celle dont les enfants semblent privés condamnés à rester dehors dans le froid et qu'ils ont l'illusion de retrouver au v.23 avec cette hyperbole associée à un adverbe d'intensité au v.25 porté par une allitération en [s]. La réalité cruelle nous est cependant rappelée par l'auteur avec le CCL qui évoque leurs vêtements très abimés qui ne protège pas du froid qu'ils affrontent. Pathétique au v.26 avec l'intervention du narrateur qui emploie le modalisateur "pauvre" associé à l'hyperbole portée par une allitération en [p] qui les présente littéralement en train de géler sur place. - Apparition ch lex religion, cette chaleur semble ête divine, relevée du miracle mais elle est immédiatement remise en question par l'état des enfants et le fait qu'elle ne leur vient pas en aide. Cela est confirmé par la rime : vivre/givre : l’espoir, la prière des enfants à genoux leur donnent l’impression de vivre alors qu’ils ont le "cul" dans le givre. - Animalisation à nouveau de ces enfants si affamés et désespérés qu'ils agissent davantage comme des animaux, le museau est la seule chose que l'on perçoit d'eux à travers la grille du soupirail + ch lex enfermement = impression d'être en cage, prisonnier de cette grille du soupirail et symboliquement prisonnier de leur état misérable. La grille est à la fois matérielle, objet empêchant les enfants d'accéder à l'intérieur de la boulangerie et au pain et symbolique, elle marque la barrière sociale qui les oppose à l'opulence du boulanger à laquelle ils n'accèderont jamais. - Après chant rassurant du boulanger, chant mélodieux du pain celui des enfants semble indistinct, imperceptible "des choses".

Analyse du troisième mouvement (2/2)

— Si fort, qu’ils
crèvent leur culotte —
— comme une prière…
Mais bien bas,
Et que leur
vers cette lumière
Repliés
tremblotte
lange blanc
Au vent d'hiver...
36
Du ciel rouvert,
33
Idée principale : Une misère à laquelle la religion reste sourde et qui semble inexorable. - Ch. lex de la religion : enfants rêvant de goûter le pain implorent Dieu avec comparaison qui rapproche leur chant indistinct d'une prière (voir "à genoux" v.4) et la posture v.32 : les enfants sont protesternés comme devant une divinité. - Lumière provenant du soupirail également divine, métaphore du v.33 (alexandrin v.32-33 : harmonie) laisse penser que Dieu va intervenir et leur venir en aide après avoir entendu leur appel, sensible à leur détresse OU qu'il vient rappeler leur "âme ravie" et donc qu'ils sont morts de faim dans le froid MAIS la religion reste sourde à la détresse sociale et même elle intensifie la misère des enfants dans le dernier tercet : leurs vêtements déjà très abimés ("haillons" v.24) se déchirent sous l'effet de la prière qui reste indifférente à leur détresse même lorsqu'ils le font avec force (appuyé par la PSC de csqce). - Le verbe "crèvent" est particulièrement cruel : s'il est associé à un COD, il laisse très clairement penser que ce sont les enfants qui crèvent de faim et de froid et que l'heure de leur mort est proche. - Une allitération en [r] traverse ces deux tercets et traduisent la révolte du poète face à cette situation insoutenable. - La mention du lange blanc accentue le pathétique en insistant sur leur jeune âge (utilisés pour des nourrissons), fait également entendre "ange" qui met en avant leur innocence et les présente comme des victimes sans défense. - Fin du poème se présente comme une boucle qui renvoie à "Noirs dans la neige" : aucune résolution de leur situation, condamnés à mourir de faim et de froid dans l'indifférence générale. - Plusieurs hypothèses pour les points de suspension : interromptent le poème comme s'il n'achevait pas sous le coup de l'émotion, pour laisser au lecteur la réflexion, le poids de la culpabilité face à son inaction envers ces enfants qui meurent de faim et de froid ou comme si la mort s'était emparé de ces enfants ou signaler l'effacement des enfants abandonnés à leur sort.

Conclusion

Réponse directe au projet de lecture.
Propositions d'ouverture.
- Tableau présentant 5 enfants affamés seuls dans la rue par une nuit glaciale d'hiver fascinés par la confection d'un pain qu'ils observent à travers un soupirail et auquel ils sont condamnés à ne jamais goûter. - Thème des enfants miséreux déjà évoqué par d'autres auteurs notamment Hugo ("Mélancholia", Les Misérables, Discours en 1849 devant l'Assemblée Nationale) mais ici Rimbaud s'éloigne du style romantique. - Dénonciation de la misère par Rimbaud, notamment suite au siège de Paris de 1870 par la Prusse qui affame toute la ville (--> poème daté du 20 septembre 1870). - Situé dans le premier Cahier. - Structure = 12 tercets composés chacun de deux octosyllabes + un tétrasyllabe et rimes régulières : Rimbaud se rapproche du Parnasse qui prône l'importance du travail de la forme.

Cosette était laide. Heureuse, elle eût peut-être été jolie. Nous avons déjà esquissé cette petite figure sombre. Cosette était maigre et blême. Elle avait près de huit ans, on lui en eût donné à peine six. Ses grands yeux enfoncés dans une sorte d’ombre profonde étaient presque éteints à force d’avoir pleuré. Les coins de sa bouche avaient cette courbe de l’angoisse habituelle, qu’on observe chez les condamnés et chez les malades désespérés. Ses mains étaient, comme sa mère l’avait deviné, « perdues d’engelures ». Le feu qui l’éclairait en ce moment faisait saillir les angles de ses os et rendait sa maigreur affreusement visible. Comme elle grelotait toujours, elle avait pris l’habitude de serrer ses deux genoux l’un contre l’autre. Tout son vêtement n’était qu’un haillon qui eût fait pitié l’été et qui faisait horreur l’hiver. Elle n’avait sur elle que de la toile trouée ; pas un chiffon de laine. On voyait sa peau çà et là, et l’on y distinguait partout des taches bleues ou noires qui indiquaient les endroits où la Thénardier l’avait touchée. Ses jambes nues étaient rouges et grêles. Le creux de ses clavicules était à faire pleurer. Toute la personne de cette enfant, son allure, son attitude, le son de sa voix, ses intervalles entre un mot et l’autre, son regard, son silence, son moindre geste, exprimaient et traduisaient une seule idée : la crainte. La crainte était répandue sur elle ; elle en était pour ainsi dire couverte ; la crainte ramenait ses coudes contre ses hanches, retirait ses talons sous ses jupes, lui faisait tenir le moins de place possible, ne lui laissait de souffle que le nécessaire, et était devenue ce qu’on pourrait appeler son habitude de corps, sans variation possible que d’augmenter. Il y avait au fond de sa prunelle un coin étonné où était la terreur.

Poème de Jacques Prévert dans le recueil Paroles, 1946, "La grasse matinée".

Il est terriblele petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim elle est terrible aussi la tête de l'homme la tête de l'homme qui a faim quand il se regarde à six heures du matin dans la glace du grand magasin une tête couleur de poussière ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde dans la vitrine de chez Potin il s'en fout de sa tête l'homme il n'y pense pas il songe il imagine une autre tête une tête de veau par exemple avec une sauce de vinaigre ou une tête de n'importe quoi qui se mange et il remue doucement la mâchoire doucement et il grince des dents doucement car le monde se paye sa tête et il ne peut rien contre ce monde

et il compte sur ses doigts un deux trois un deux trois cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé et il a beau se répéter depuis trois jours Ça ne peut pas durer ça dure trois jours trois nuits sans manger et derrière ces vitres ces pâtés ces bouteilles ces conserves poissons morts protégés par les boîtes boîtes protégées par les vitres vitres protégées par les flics flics protégées par la crainte que de barricades pour six malheureuses sardines… Un peu plus loin le bistrot café-crème et croissants chauds l'homme titube et dans l'intérieur de sa tête un brouillard de mots un brouillard de mots sardines à manger œuf dur café-crème café arrosé rhum [...]

- Voir "Mélancholia" de V. HUGO au début du genially qui dénonce la condition des enfants forcés au travail mais avec davantage de pathétique (vous pouvez relever un ou deux vers significatifs).
- Référence plus récente dans le street art avec EZK. Son projet « Art Against Poverty » met en lumière le problème de la répartition des richesses.
(cliquez sur les images pour zoomer)

- Né en 1854, adolescent brillant et révolté contre son cadre familial mais aussi le contexte socio-politique. - Deux fugues en 1870 : rédaction des Cahiers de Douai, 2 feuillets de 22 poèmes confiés à l'éditeur Demeny mais jamais publié du vivant de Rimbaud. - Preuve de l'influence de ses modèles (Hugo, Baudelaire) mais aussi de sa prise de distance avec poésie traditionnelle. - Surnommé "l'Homme aux semelles de vent". - Cesse définitivement d'écrire à 19 ans.

Noirs dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s’allume, Leurs culs en rond, À genoux, cinqs petits, — misère ! — Regardent le boulanger faireLe lourd pain blond... Ils voient le fort bras blanc qui tourne La pâte grise, et qui l’enfourne Dans un trou clair. Ils écoutent le bon pain cuire. Le Boulanger au gras sourireChante un vieil air. Ils sont blottis, pas un ne bouge, Au souffle du soupirail rouge Chaud comme un sein. Et quand, pendant que minuit sonne, Façonné, pétillant et jaune,On sort le pain ;

Quand, sous les poutres enfumées,Chantent les croûtes parfumées Et les grillons, Que ce trou chaud souffle la vie, Ils ont leur âme si ravieSous leurs haillons,Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres petits pleins de givre, — Qu’ils sont là, tous, Collant leurs petits museaux roses Au grillage, chantant des choses, Entre les trous, Mais bien bas, — comme une prière… Repliés vers cette lumièreDu ciel rouvert, — Si fort, qu’ils crèvent leur culotte — Et que leur lange blanc tremblotte Au vent d’hiver…

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Noirs dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s’allume, Leurs culs en rond, À genoux, cinqs petits, — misère ! — Regardent le boulanger faireLe lourd pain blond... Ils voient le fort bras blanc qui tourne La pâte grise, et qui l’enfourne Dans un trou clair. Ils écoutent le bon pain cuire. Le Boulanger au gras sourireChante un vieil air. Ils sont blottis, pas un ne bouge, Au souffle du soupirail rouge Chaud comme un sein. Et quand, pendant que minuit sonne, Façonné, pétillant et jaune,On sort le pain ;

Quand, sous les poutres enfumées,Chantent les croûtes parfumées Et les grillons, Que ce trou chaud souffle la vie, Ils ont leur âme si ravieSous leurs haillons,Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres petits pleins de givre, — Qu’ils sont là, tous, Collant leurs petits museaux roses Au grillage, chantant des choses, Entre les trous, Mais bien bas, — comme une prière… Repliés vers cette lumièreDu ciel rouvert, — Si fort, qu’ils crèvent leur culotte — Et que leur lange blanc tremblotte Au vent d’hiver…

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Cosette était laide. Heureuse, elle eût peut-être été jolie. Nous avons déjà esquissé cette petite figure sombre. Cosette était maigre et blême. Elle avait près de huit ans, on lui en eût donné à peine six. Ses grands yeux enfoncés dans une sorte d’ombre profonde étaient presque éteints à force d’avoir pleuré. Les coins de sa bouche avaient cette courbe de l’angoisse habituelle, qu’on observe chez les condamnés et chez les malades désespérés. Ses mains étaient, comme sa mère l’avait deviné, « perdues d’engelures ». Le feu qui l’éclairait en ce moment faisait saillir les angles de ses os et rendait sa maigreur affreusement visible. Comme elle grelotait toujours, elle avait pris l’habitude de serrer ses deux genoux l’un contre l’autre. Tout son vêtement n’était qu’un haillon qui eût fait pitié l’été et qui faisait horreur l’hiver. Elle n’avait sur elle que de la toile trouée ; pas un chiffon de laine. On voyait sa peau çà et là, et l’on y distinguait partout des taches bleues ou noires qui indiquaient les endroits où la Thénardier l’avait touchée. Ses jambes nues étaient rouges et grêles. Le creux de ses clavicules était à faire pleurer. Toute la personne de cette enfant, son allure, son attitude, le son de sa voix, ses intervalles entre un mot et l’autre, son regard, son silence, son moindre geste, exprimaient et traduisaient une seule idée : la crainte. La crainte était répandue sur elle ; elle en était pour ainsi dire couverte ; la crainte ramenait ses coudes contre ses hanches, retirait ses talons sous ses jupes, lui faisait tenir le moins de place possible, ne lui laissait de souffle que le nécessaire, et était devenue ce qu’on pourrait appeler son habitude de corps, sans variation possible que d’augmenter. Il y avait au fond de sa prunelle un coin étonné où était la terreur.

- Projet de lecture : Comment ce tableau touchant et contrasté permet-il la dénonciation de la misère ? - Poète dénonce la condition de 5 enfants gelés et affamés fascinés par la confection d'un pain qu'ils ne pourront jamais mangé, abandonnés de tous même de Dieu. - Rimbaud provoque notre empathie à travers un regard révolté et compatissant mais sans insister sur le registre pathétique (contrairement à Hugo voir "Mélancholia"), la misère est dépeinte et dénoncée par des jeux de contrastes et par des images symboliques (la figure du boulanger, la symbolique du soupiral comme source de vie, le grillage etc.). Le registre est également polémique puisque la religion est condamnée. - Poème forme une boucle en retournant à son point de départ symbolisant une misère perpétuelle et inexorable. - Question sur le titre "LES EFFARES" = aussi le lecteur face au tableau peint par R, pauvreté des enfants qui laisse indifférent.

Noirs dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s’allume, Leurs culs en rond, À genoux, cinqs petits, — misère ! — Regardent le boulanger faireLe lourd pain blond... Ils voient le fort bras blanc qui tourne La pâte grise, et qui l’enfourne Dans un trou clair. Ils écoutent le bon pain cuire. Le Boulanger au gras sourireChante un vieil air. Ils sont blottis, pas un ne bouge, Au souffle du soupirail rouge Chaud comme un sein. Et quand, pendant que minuit sonne, Façonné, pétillant et jaune,On sort le pain ;

Quand, sous les poutres enfumées,Chantent les croûtes parfumées Et les grillons, Que ce trou chaud souffle la vie, Ils ont leur âme si ravieSous leurs haillons,Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres petits pleins de givre, — Qu’ils sont là, tous, Collant leurs petits museaux roses Au grillage, chantant des choses, Entre les trous, Mais bien bas, — comme une prière… Repliés vers cette lumièreDu ciel rouvert, — Si fort, qu’ils crèvent leur culotte — Et que leur lange blanc tremblotte Au vent d’hiver…

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