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Analyse linéaire n°11 : Ma Bohème
Constance Ogier
Created on May 26, 2024
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Transcript
Analyse linéaire n°15
MA BOHEME
Arthur Rimbaud
"Ma Bohème" reprise en chanson
Léo Ferré
"Ma Bohème" de Rimbaud est aujourd'hui l'un des poèmes les plus célèbres des Cahiers de Douai et participe à forger le mythe de Rimbaud. Elle fut reprise par Léo Ferré dans son album Maudits soient-ils reprenant des poèmes de Rimbaud et Verlaine.
Introduction
Ma Bohème (Fantaisie)
Si le titre du poème “Ma Bohème” nous invite à considérer les thèmes de l’errance et de la liberté comme centraux dans le projet poétique du jeune poète Rimbaud, le sous-titre “Fantaisie” introduit une distance, voire une certaine ironie, qui montre que la représentation du sujet lyrique est toujours à interroger et invite à lire son texte sur un mode ludique, puisque le poète semble ne pas se prendre au sérieux.
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! Mon unique culotte avait un large trou. – Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. – Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
1er quatrain : la fugue comme distanciation des modèles poétiques
I. Le vagabondage du poète en harmonie avec la nature Omniprésence de la P1S suggère une lecture autobiographique contrebalancée par l'imaginaire du poète
1. Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; 2. Mon paletot aussi devenait idéal ; 3. J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ; 4. Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Rimbaud joue avec les codes de la poésie pour proposer un autre modèle
Hommage par l'apostrophe lyrique à la muse, mais il la tourne aussi en dérision par la déclaration d’allégeance exagérée. Inscription dans un héritage littéraire: parnassiens férus de mythologie et de culture grecque et latine, mais aussi poètes décadents comme Tristan Corbière qui se représentent en crapaud, ou encore romantiques avec la nature comme principale source poétique. référence à l’amour courtois – le « féal » niveau de langue soutenu, apprentissage littéraire et historique de R. Mais voix singulière de Rimbaud notamment par l’impertinence du tutoiement à la Muse, figure habituellement respectée et mise à distance.
Rimbaud évoque également ses états d’âme par la modalité exclamative dominante: → posture du poète révolté, engagé, d’où au vers 1 l’évocation des “poings”marquent l’entrain + l'enthousiasme du poète → posture du poète qui vagabonde dans son imagination, nostalgie (fin du recueil) Le dernier vers de ce quatrain introduit un contraste souligne la jeunesse du poète qui manie à la fois un langage hérité de ses études toutes proches et inachevées et une interjection enfantine qui n’a habituellement pas sa place dans les sonnets.
1er quatrain : la fugue comme distanciation des modèles poétiques
I. Le vagabondage du poète en harmonie avec la nature
1. Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; 2. Mon paletot aussi devenait idéal ; 3. J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ; 4. Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Rimbaud joue avec les codes de la poésie pour proposer un autre modèle
TRANSITION PARTIELLE Les principaux thèmes du sonnet sont installés dès cette 1re strophe : la liberté, avec le motif de la fugue du jeune homme; la pauvreté, avec l’état délabré du « paletot » au point qu’il disparaît – pauvreté que confirmera l’adjectif « unique » au vers 5 –; la révolte, avec la mention des « poings » dès le 1er vers. Affirmation d’une voix singulière ancrée dans la tradition poétique, mais aussi libre et nouvelle, figure paradoxale qui se traduit par les allitérations: la douceur des labiales dominantes dans le poème (“m” et “p”) contraste avec la dureté de la dentale “d” qui se retrouve d’ailleurs à la césure au v.1 et au v.2)
2e quatrain : un idéal trivial
L'auberge peut rappeler les auberges des peintres flamands, Van Dyk, Brueghel...
Mon unique culotte avait un large trou. – Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. – Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
→ Poète indigent par l'antéposition des adjectifs épithètes mais surtout par l’irrespect du schéma de rime traditionnel (alors qu’on attendrait ABBA ABBA on a ABBA CDDC) qui souligne la trivialité de l’évocation (trou est placé à la rime).Par ailleurs, le mot « culotte » et l’assimilation du poète au Petit-Poucet renvoient au monde de l'enfance. Le polyptote « rêveur » (avec rêvées) spontanéité des rimes, prend le contrepied du conte. Le rejet bouscule l’alexandrin et souligne la réécriture d’images issues de la culture populaire, de l’imaginaire collectif qui permet donc au lecteur de partager cette image.
« Mon auberge était à la Grande‐Ourse » est pour Rimbaud un synonyme de « dormir à la belle étoile ». Mais il y a des différences. D'abord il s'agit d'une invention poétique originale, non lexicalisée avant lui et qui témoigne de son inventivité verbale. Métaphore (auberge, lieu récurrent de la poésie de R car vu comme rassurant et sensuel). L'enseigne de cette auberge est « à la Grande-Ourse » comme s'il s'agissait du nom de l'estaminet. Or la réalité est tout autre : le poète dort dans les fossés comme un étudiant du Moyen-Âge (Villon) ! Sensualité du rapport avec l’univers: Le “frou-frou” est le bruit léger produit par le bruissement d'étoffes et en particulier du jupon. Il s'agit d'une allusion sensuelle qui peut se comprendre si on interprète au sens figuré les « étoiles » comme des danseuses (étoiles) qui font bouger leurs jupons de même que les étoiles bougent dans le ciel.
1er tercet : la poésie dyonisiaque
9. Et je les écoutais, assis au bord des routes, 10. Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes 11. De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Après avoir marché dans les 2 quatrains, le poète se retrouve assis dans la nature : on passe, ainsi, du mouvement fugueur à un moment plus contemplatif où il se met à l’écoute de cette nature: premier décalage là où on attendrait qu’il les regarde, il les écoute, chant = poésie. Cependant, alors que, traditionnellement, les 2 quatrains forment un ensemble et les tercets un autre, séparés par la volta, Rimbaud commence une phrase au vers 8 et la poursuit au 1er vers (v. 9) par la conjonction de coordination qui renforce l'enjambement et l'impression de continuité entre les quatrains et les tercets. Ce 1er tercet associe les différents sens entre eux (relevé à l'oral)
Ce tercet confirme, ainsi, la symbiose entre le jeune poète et la nature. Ce 1er tercet dégage une impression de bien-être : le vocabulaire employé exprime le calme (« assis », « écoutais »), le plaisir (« bons ») et l’énergie (« vigueur »). La métaphore des vers 10-11, mise en relief par l’enjambement, transforme la sueur en « rosée ». L’allitération en [s] concourt à l’impression de douceur et de paix, tandis que l’allitération en [v] met en valeur la volupté du vin et la vitalité de la « vigueur ». Les 3 vers de ce tercet respectent la césure de l’alexandrin à la 6e syllabe – ce qui donne une impression d’harmonie et d’équilibre.
2e tercet: l'activité poétique
Le participe présent et le substantif rapprochent le jeune poète de la figure d’Orphée : les « ombres fantastiques » font penser aux Enfers où Orphée est allé rechercher Eurydice ; la lyre est l’instrument avec lequel Orphée charmait bêtes sauvages et nature hostile. Mais le poète ne se prend pas au sérieux, comme le sous-titre le suggère et comme l’annoncent peut-être aussi les « ombres fantastiques » (s’agit-il, avec cette observation du monde par des sens différents de ceux avec lesquels on le perçoit habituellement de signaler que l’imagination du poète se substitue à la réalité ?). Ainsi, ce nouvel Orphée qui compose des poèmes au contact de la nature le fait-il sur un instrument dégradé : en guise de lyre, il y a des « souliers blessés » et les cordes deviennent de simples « élastiques ». Le poète donne de lui l’image d’un poète dégradé en exploitant la figure d’un Orphée qui compose sur des souliers au lieu de lyres. Il s’adonne à un jeu avec la poésie, plaçant ainsi à la rime des mots triviaux, comme « trou », ou « crevées ». La « fantaisie » voulue par Rimbaud est bien présente dans le texte (on notera notamment la présence des enjambements qui rendent ainsi le vers plus souple), mais on doit tout de même retenir que la distance avec laquelle le poète traite la poésie montre tout de même le pouvoir d’un créateur novateur qui sait lire le monde avec d’autres sens que ceux qui sont habituellement sollicités.
12. Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, 13. Comme des lyres, je tirais les élastiques 14. De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
La jeunesse est évoquée par l’image du jeune homme suffisamment souple pour avoir son pied près de son cœur et jouant avec ses lacets. La pauvreté est rendue par l’image des « souliers blessés », la sensibilité poétique par les mots se rapportant à la poésie et par le dernier mot du poème (le terme « coeur »), et la liberté par l’enjambement des vers 13-14 et par l’image insolite du pied près du coeur (on peut parler, ici, de « zeugme sémantique » ou d’«attelage »). Au vers 14, l’expression « mes souliers blessés » est une métonymie : le poète attribue à un objet (des chaussures) une souffrance (blessure physique ou psychologique). Les souliers représentent donc les pieds du poète et peut-être même toute sa personne. Il s’agit de réparer ou d’enlever des souliers après avoir trop marché mais il s’agit aussi de comparer la marche à une production poétique tel un nouvel aède. Le pied est près du cœur quand on refait son lacet et la syllabe est près du cœur car on y est attaché (syllepse de sens).
Conclusion
Rappel des idées importantes
Réponse à la pbtq
Ouverture
David Teniers Le Jeune
Réponse à la pbtq :
Ainsi, la subvertion du sonnet traditionnel lui permet de proposer un art poétique
Ouverture :
// avec Léo Ferré, les peintures des peintres flamands, Une Saison en Enfer, "Le Voyage" de Baudelaire, ou encore La Prose du Transsibérien ou la petite Jehanne de France syncrétisme rappelle celle de Cendrars "Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tous/ Car mon adolescence était si ardente et si folle/Que mon coeur, tour à tour, brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou" premiers vers libres de La Prose du T
Rappel des idées importantes
Nous avons pu voir que Rimbaud développe dans "Ma Bohème" un art poétique où il inscrit sa poésie dans la tradition dyonisiaque. En rompant le rythme de l'alexandrin et en détournant l'image traditionnel du poète, Rimbaud clôt son recueil sur l'émancipation du poète, ancré dans l'errance, une recherche poétique où la tradition et le réel brut se croisent et se côtoient.