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08. Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

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Created on May 14, 2024

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Transcript

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

INTRODUCTION

Une société d'ordres

Charles Loyseau, Traité des ordres et simples dignités, 1610.

Il faut qu'il y ait de l'Ordre en toutes choses, et pour la bienséance, et pour la direction de celles-ci. [ ... ] Car nous ne pourrions pas vivre ensemble en égalité de condition, ainsi il faut par nécessité, que les uns commandent, et que les autres obéissent. [ ... ] Ainsi par le moyen de ces divisions et subdivisions multipliées, il se fait, de plusieurs ordres un ordre général, et de plusieurs États un État bien réglé, auquel il y a une bonne harmonie et consonance, et une correspondance et rapport du plus bas au plus haut, de sorte qu'enfin par l'ordre un nombre innombrable aboutit a l'unite. [ ... ] C'est un corps plusieurs têtes, on le divise par Ordres, états ou vacations particulières. Les uns sont dédiés particulièrement au service de Dieu ; les autres à conserver l'État par les armes ; les autres à le nourrir et maintenir par les exercices de la paix. Ce sont nos trois ordres ou États généraux de France : le clergé, la noblesse et le tiers état.

La société d'ordres

« â faut esperer q’eu s’jeu la finira ben tôt. »

Eau-forte en couleurs, 1789, Musée du Carnavalet, Paris

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

INTRODUCTION

La société d'Ancien Régime est structurée en trois ordres : « ceux qui prient », le clergé, « ceux qui combattent », la noblesse, et « ceux qui travaillent », le tiers état. Cette société d’ordres trouve son origine au Moyen Âge et en 1610, Charles Loyseau définit juridiquement ces trois groupes ou « états » dans son Traité des ordres et simples dignités. Selon l’ordre auquel ils appartiennent, les Français n’ont pas les mêmes droits.Cependant, aux XVIIème et XVIIIème siècles, sous l'effet d'un pouvoir monarchique plus exigeant, de guerres nombreuses et de mutations économiques et culturelles, cette société se transforme, en ville comme à la campagne. La tripartition, qui coïncide de moins en moins avec la réalité sociale, est remise en cause et ces nouveaux décalages provoquent des tensions : les privilèges du clergé et de la noblesse, dont l’utilité est questionnée, sont de plus en plus critiqués par le tiers état tandis qu’apparaissent les questions du statut des femmes ou de l’intégration des pauvres.

La société d'ordres

Tensions, mutations et crispations de

la société d’ordres

> Pourquoi la société d’ordre est-elle en crise à la fin de la période moderne ?

SOMMAIRE

I. Des campagnes en mutation et une paysannerie sous tensionsA) Une paysannerie majoritaire mais diverse B) Les mécontentements du monde paysan C) Une lente amélioration au XVIIIème siècle II. Le dynamisme du monde urbainA) Des villes en pleine croissance démographique et économiqueB) Des sociétés urbaines hétérogènes C) L’affirmation d’une nouvelle élite : la bourgeoisieIII. Une société française entre blocages et crispations A) Résistances et réactions dans la société d’ordre B) Des frustrations multiples et des aspirations concurrentes C) Les impasses des années 1780

Conclusion

Tensions, mutations et crispations de

la société d’ordres

> Pourquoi la société d’ordre est-elle en crise à la fin de la période moderne ?

Consigne :

Au sein d'un groupe HÉTÉROGÈNE de 5 élèves, rédigez un paragraphe clair, synthétique et structuré (avec des connecteurs logiques), à partir du sujet donné et du dossier documentaire fourni. Dans un premier temps tous les élèves du groupe doivent prendre connaissance et analyser individuellement l'ensemble des documents. Ensuite à vous de vous organiser comme vous le souhaitez au sein du groupe. Soignez la rédaction, relisez-vous, corrigez-vous collectivement jusqu'à parvenir à une version aboutie. Une fois votre paragraphe abouti, renseignez le cours collectif à l'adresse suivante :

2nde 2 : https://vu.fr/DIMLy 2nde 12 : https://vu.fr/aIWHl

Tensions, mutations et crispations de

la société d’ordres

> Pourquoi la société d’ordre est-elle en crise à la fin de la période moderne ?

I. Des campagnes en mutation et une paysannerie sous tensions II. Le dynamisme du monde urbain III. Une société française entre blocages et crispations C) Les impasses des années 1780

Être paysan à l’époque moderne

2nde 2 : https://vu.fr/DIMLy 2nde 12 : https://vu.fr/aIWHl

La révolte des Va-nu-pieds

L’amélioration de la condition paysanne au XVIIIème siècle

Les ports français et le développement de l'économie de plantation et de la traite

Riches et pauvres à Paris

L’essor de la bourgeoisie urbaine

La noblesse lutte pour conserver son rôle

Le salon de Mme Geoffrin

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

I.

Des campagnes en mutation et une paysannerie sous tensions

> Comment le monde rural témoigne-t-il des permanences et bouleversements de la société des XVIIème et XVIIIème siècles ?

I. Des campagnes en mutation et une paysannerie sous tensions

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

A. Une paysannerie majoritaire mais diverse

L'assolement triennal avec jachère

La jachère est une terre laissée au repos. L'assolement triennal rend difficile toute innovation, car tout paysan doit respecter sur ses parcelles le système dit des trois soles qui alterne sur trois ans les cultures pour ne pas épuiser la terre.

Le cadre de vie : la seigneurie

Une crise de subsistance : le grand hiver de 1709

Valentin Jamerey-Duval, Description du fatal hiver de 1709, Dans Mémoires. Enfance et éducation d’un paysan au XVIIIème siècle, Paris, 1784

Cette progression machinale me conduisit dans les plaines arides de la Champagne. L’indigence et la faim semblaient avoir établi leur séjour dans ces tristes lieux. Les maisons couvertes de chaume et de roseaux s’abaissaient jusqu’à terre et ressemblaient à des glacières. Un enduit d’argile, broyée avec un peu de paille, était le seul obstacle qui en défendit l’entrée. Quant aux habitants, leur figure cadrait à merveille avec la pauvreté de leurs cabanes. Les haillons dont ils étaient couverts, la pâleur de leur visage, leurs yeux livides et abattus, leur maintiens languissant, morne et engourdi, la nudité et la maigreur de quantité d’enfants que la faim desséchait, et que je voyais dispersés parmi les haies et les buissons pour y chercher quelques racines qu’ils dévoraient avec avidité. Tous ces affreux symptômes d’une calamité publique m’épouvantèrent et me causèrent une extrême aversion pour cette sinistre contrée. Je la traversai le plus rapidement qu’il me fut possible, n’ayant pour tout aliment que des herbes et un peu de pain de chènevis que j’achetais et que j’avais même beaucoup de peine à trouver.

La diversité de la condition paysanne au XVIIème siècle

Repas de paysans, Louis Le Nain, huile sur toile, 1642, musée du Louvre, ParisCe tableau réaliste illustre la diversité du monde rural : au centre un homme aisé et son fils (peut-être le propriétaire citadin de la ferme), à gauche un paysan et sa femme (peut-être un laboureur), à droite un personnage très humble et son fils (peut-être un journalier ou un mendiant venu chercher du travail). On les distingue notamment par le vêtement.

Taxes payées par les paysans au XVIIIème siècle

I. Des campagnes en mutation et une paysannerie sous tensions

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

B. Les mécontentements du monde paysan

La misère du peuple

Charles de Beaurepaire, Cahier des États de Normandie, 1638, articles XXXVIII et XXIX.

Toutes sortes de calamités ont affligé cette pauvre Province : la peste universelle a dépeuplé plusieurs bourgs et paroisses que les gens de guerre avaient ruinés, la stérilité de la dernière année, causée par des sécheresses, a réduit beaucoup de misérables à la pâture des bêtes ; l'excès des tailles et des impôts fait regorger vos prisons en tous lieux. [...] Sire, il est temps ou jamais que vous preniez pitié de votre pauvre peuple, et sa misère est en un point où le secours viendra toujours trop tard.

Une répression royale sévère

Cardinal de Richelieu, Lettre au chancelier Séguier à Rouen, 18 janvier 1640

En exécution de quoi, je vous conjure de vous souvenir toujours qu’on ne saurait faire un trop grand exemple en cette occasion. Je persiste toujours à croire que, le désordre ayant été tel à Coutances qu’on l’a représenté, outre les bâtiments des particuliers qui se trouveraient coupables, il est expédient de raser les murailles de la ville, afin que les villes du royaume craignent un pareil traitement, en cas de désobéissance. Vous avez si bien commencé que je ne doute pas que vous continuiez votre voyage par une heureuse fin, qui réglera si bien la Normandie, qu’il n’y aura rien à craindre en cette province ni aux autres, qui se tiendront assurément dans leur devoir, par l’appréhension d’un pareil châtiment.

Le cardinal de Richelieu engage le chancelier Séguier à poursuivre son œuvre de répression en Normandie. Cette réaction royale doit servir d’exemple et dissuader les autres révoltes.

La chronologie de la révolte des va-nu-pieds

Les révoltes populaires au XVIIème siècle

Le déroulement de la révolte des va-nu-pieds

Les révoltés commettent plusieurs assassinats, mais ils procèdent surtout à des pillages et des destructions de maisons appartenant à des receveurs des impôts.

Les révoltes populaires au XVIIIème siècle

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, la très grande majorité des révoltes populaires ont des motifs économiques (contre la hausse des prix) et surtout fiscaux (contre la hausse des impôts). Seule la révolte des camisards a une origine religieuse (révolte des protestants).

Réprimer les révoltes

Gravure de Matthias Scheits, 1675, Musée Albertina, Vienne.

I. Des campagnes en mutation et une paysannerie sous tensions

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

C. Une lente amélioration au XVIIIème siècle

L’introduction de nouvelles variétés de plantes

Lettre d’un gros propriétaire de Picardie à l’intendant d’Amiens, 1768

Il y a deux ans, je ne connaissais les pommes de terre que de nom. […] Madame de Fortmanoir me parla des pommes de terre et de l’usage qu’elle en fait tant pour la nourriture de son domestique comme légumes que pour celle des bestiaux de sa ferme. Je la priais, si cela ne la gênait pas, de me faire le plaisir de me donner un peu de pommes de terre pour planter.

La « révolution agricole »

La construction d’une route

Les transformations de l'outillage

Au XVIIIème siècle, le climat se réchauffe. Accompagnée de quelques progrès agricoles, cette évolution permet de meilleures récoltes : les crises de subsistances sont plus rares.

L’amélioration de la condition paysanne dans la Sarthe

François-Yves Besnard, Souvenirs d’un nonagénaire, Paris 1880.

Je vis avec plaisir, que toutes les terres arables étaient cultivées à la charrue - qu’en conséquence les petits fermiers […] se réunissaient au nombre de deux pour former un attelage de deux chevaux […]. La nourriture des habitants, même les moins aisés, était substantielle et abondante. La soupe, au dîner et au souper, était suivie d’un plat de viande ou d’œufs ou de légumes. […] Les plats étaient servis entiers, sur une table couverte d’une nappe, où chacun, muni d’assiette, de cuiller et fourchette, prenait suivant son idée. Les vêtements d’hommes et de femmes – quoique composés de tissus de laine ou de coton filés et fabriqués sur les lieux, – étaient propres et cossus ; et ce qui me surprit beaucoup les premiers jours de mon arrivée, c’est que ceux des richards et des fermiers ne se distinguaient pas de ceux des simples journaliers1 et mêmes des pauvres.

1. Ouvriers agricoles payés à la journée.

François-Yves Besnard décrit le village de Nouans (Sarthe), à son arrivée en 1780, avec émerveillement.

Joseph Vernet, huile sur toile, 1771, Musée du Louvre, Paris.Au XVIIIème siècle, l'État royal améliore le réseau routier, à l'aide de paysans qui fournissent la corvée royale. Les nouvelles routes permettent l'approvisionnement des régions qui connaissent de mauvaises récoltes et un début de spécialisation agricole.

Les pages de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert montrent les outillages qui se développent dans les campagnes françaises au XVIIIème siècle. Les améliorations restent limitées et seuls les paysans riches, les laboureurs, avaient les moyens d'acquérir ces instruments. D’après l’article « Agriculture » de l’Encyclopédie, 1762.

Naissances et décès à Auneuil-en-Beauvaisis

Le décollage des rendements céréaliers dans les fermes d’Île-de-France

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

II.

Le dynamisme du monde urbain

> En quoi le milieu urbain symbolise-t-il particulièrement les mutations sociales de l’époque moderne ?

II. Le dynamisme du monde urbain

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

A. Des villes en pleine croissance démographique et économique

Les raisons du développement de la traite

D’après H. François, C. Block, J. Cauna, Bordeaux au XVIIIème siècle. Le commerce atlantique et la traite, 2010.

La traite négrière bordelaise représente 480 expéditions recensées entre 1672 et 1837. À l’origine de la déportation de 120 000 à 150 000 Noirs, elle est pratiquée par près de 180 armateurs bordelais. C’est surtout après la guerre d’indépendance américaine que la traite bordelaise connaît sa plus forte expansion, allant jusqu’à représenter 12 % de son trafic colonial. Les raisons en sont essentiellement économiques. Le nombre de négociants participant au commerce outre-mer s’accroît, tassant les marges de profit, alors même que la dette des colons et le nombre d’impayés augmentent. Pour autant, les besoins des îles en main-d’œuvre et les difficultés d’approvisionnement en esclaves sur les côtes occidentales de l’Afrique entraînent une augmentation du prix de vente des esclaves, ce qui va inciter les négociants bordelais à intensifier la traite des Noirs.

Le dynamisme du port de Bordeaux

L’évolution de la population urbaine

Paris au XVIIIème siècle

D’après P. Gaxotte, Paris au dix-huitième siècle, 1982

Au XVIIIème siècle, Paris s’ouvre sur la campagne environnante et ses faubourgs se développent. Les terrains maraichers s’urbanisent. Cette extension spatiale traduit la croissance régulière de la population […]. Deux grandes opérations marquent le règne de Louis XV, qui veut rendre visible le renforcement de l’État dans l’urbanisme parisien. Tout d’abord, la place Louis XV (actuelle place de la Concorde), place royale construite autour d’une statue du roi. Puis l’Ecole Militaire et l’aménagement du Champs de Mars (1750 - 1770). On peut ajouter à ces deux projets la reconstruction de l’église Saint-Geneviève (l’actuel Panthéon), manifeste de l’architecture néo-classique. […] Tout au long du siècle le pouvoir s'efforce d'améliorer l'hygiène et la sécurité dans la ville : approvisionnement en eau (fontaines, etc.), éclairage des rues, démolition des maisons sur les ponts, etc. C’est que se développe une réflexion sur la ville, sur ses manques et ses défauts, et sur les projets d’embellissement nécessaires. C’est le cas notamment de Voltaire (Les embellissements de Paris, 1749).

Les colonies françaises et l’économie de traite au XVIIIème siècle

Masacron créole

Mascaron (ou masque) africain visible sur la façade d’un hôtel particulier place royale (de la Bourse).

La transformation de Bordeaux au XVIIIème siècle

L'évolution du nombre annuel d'expéditionsnégrières bordelaises au XVIIIème siècle

La Boston Tea Party, le 16 décembre 1773

II. Le dynamisme du monde urbain

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

B. Des sociétés urbaines hétérogènes

La diversité des quartiers parisiens

Les rues de Paris où coexistent riches et pauvres

La conduite des prostituées à la Salpêtrière

L'embarras de Paris (le Pont-Neuf, vu du côté de la rue Dauphine), Nicolas Guérard, gravure, 1715, Musée du Louvre, Paris.

Étienne Jaurat, 1757, Musée Carnavalet, Paris

Les petits métiers de Paris

Jèze, État ou tableau de la ville de Paris, 1761.

Le titre de Savoyard est devenu dans Paris un nom que l’on donne à des enfants et jeunes gens que la misère arrache de leur patrie pour venir dans cette grande ville chercher à vivre ; ils y sont répandus dans les différents quartiers et dans les différentes rues où ils rendent au citoyen des services journaliers […]. Les Savoyards proprement dits, c’est-à-dire ceux qui sont réellement originaires de Savoie, sont décrotteurs, frotteurs, scieurs de bois, ramoneurs de cheminée, commissionnaires, etc. […]. Les Auvergnats sont presque tous porteurs d’eau. Plusieurs ont des charrettes pour les quartiers éloignés et quelques-uns pour les eaux de rivière destinées aux bains que l’on veut prendre chez soi. Les Limousins sont maçons. Les Lyonnais sont ordinairement crocheteurs et porteurs de chaises. Les Normands, tailleurs de pierre, paveurs et marchands de fil.

Une famille noble dans un hôtel particulier

La marquise de Breteuil-Sainte-Croix occupait le rez-de-chaussée dont elle avait réservé deux ou trois pièces à sa mère, la maréchale de Thomond. La mère et la fille avaient un magnifique logement dans le château neuf de Saint-Germain, et celui qu'on leur donnait à l'hôtel de Breteuil n'était censé être qu'un bâton de juchoir à Paris. Ma tante la baronne de Breteuil-Preuilly habitait le premier étage avec son mari, dont la bibliothèque avait usurpé trois salles. Le second étage n'était occupé que par la comtesse douairière de Breteuil-Charmeaux, mon autre tante, laquelle était la sœur de la baronne. Le troisième étage était habité par le commandeur de Breteuil-Chantecler, lequel donnait à loger à l'évêque de Rennes, messire Auguste de Breteuil-Fontenay, lorsque celui-ci croyait avoir affaire à Paris, ce qui ne manquait pas d'arriver souvent. Enfin, les cinq enfants de ma tante la baronne occupaient le quatrième étage.

Marquise de Créquy, Souvenirs de 1710 à 1803, Paris

La noblesse en fête

Fête donnée par le prince de Conti au Prince héréditaire Charles Guillaume Ferdinand de Brunswick-Lunebourg, Michel Barthélémy Ollivier, 1777, Musée du château de Versailles

II. Le dynamisme du monde urbain

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

C. L’affirmation d’une nouvelle élite : la bourgeoisie

Jean-Baptiste Le Paon, La Fayette à Yorktown, v. 1783, Lafayette College Art Collection, PA

Des ambitions contrariées

D’après les Mémoires du marquis de Bouillé, 1797

Les bourgeois avaient reçu en général une éducation qui leur devenait plus nécessaire qu’aux nobles. Ces derniers, par leur naissance et leur richesse, obtenaient les premières places de l’État sans mérite et sans talent, tandis que les autres étaient destinés à languir dans les emplois inférieurs de l’armée.Ainsi, [durant ce siècle,] la bourgeoisie était devenue supérieure en richesses, en talent et en mérite personnel. Elle avait dans les villes de province la même supériorité sur la noblesse des campagnes ; elle sentait cette supériorité ; cependant, elle était partout humiliée, elle se voyait exclue, par les lois militaires, des emplois dans l’armée ; elle était aussi exclue, en quelque manière, du haut clergé, par le choix des évêques parmi la haute noblesse. La plupart des cours souveraines n’admettaient que des nobles dans leur compagnie. Même pour être reçu maître des requêtes, on exigeait dans les derniers temps des preuves de noblesse.

La bourgeoisie de Rennes au XVIIIe s.

D’après P. Jarnoux, Fortunes et stratégies foncières à Rennes au XVIIIème siècle, P.U.R., 1996

Le monde de la bourgeoisie de « robe » domine très largement la bourgeoisie de Rennes : hommes de loi et officiers judiciaires ne sont pas toujours les plus riches mais ils sont les plus nombreux, et les plus importants d’entre eux parviennent à accéder à la noblesse (anoblissement). L'extrême importance des « robins » est liée au puissant Parlement de Rennes (cours de justice) : se distinguent ses présidents et ses conseillers, mais aussi une centaine d'avocats, et autant de procureurs. Avocats et procureurs comptent parmi l'élite sociale de la ville et forment les groupes socioprofessionnels les plus nombreux, les plus soudés et les plus respectés de la cité. […] Les officiers administratifs, travaillant pour l’administration (municipalité, hôtel des monnaies, etc.), constituent un autre groupe particulièrement caractéristique de la bourgeoisie locale, reflétant la fonction politique de la ville. On peut leur associer les bourgeois rentiers, à peu près aussi nombreux que les officiers. […] Restent les commerçants. Groupe secondaire, mais qui n'est pas négligeable. Tout au long du siècle, elle représente généralement de 150 à 200 familles. […] Ces marchands trafiquent tantôt des tissus, tantôt du blé ; d'autres font un commerce de bétail ou de matériaux de construction, de textile, produits agricoles ou de matériaux. Ils n’ont cependant pas l’éclat de leurs puissants « voisins » de Nantes, fortement enrichis au XVIIIème siècle par le commerce colonial […] La frange supérieure de l'artisanat compte également dans la bourgeoisie par ses revenus (métiers du luxe, bijoutiers, joailliers, orfèvres, imprimeurs ou autres), bien que leur activité manuelle leur attire quelque mépris.

La bourgeoisie désigne les plus riches citadins, n’appartenant ni au clergé, ni à la noblesse.

Portrait de Cardin Le Bret

Portrait de Marguerite Deurbroucq

L'hôtel Deurbroucq à Nantes

Les stratégies matrimoniales de la bourgeoisie

Portrait de Samuel Bernard

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

III.

Une société française entre blocages et crispations

> Quelles sont les nouvelles aspirations des Français au XVIIIème siècle ?

III. Une société française entre blocages et crispations

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

A. Résistances et réactions dans la société d’ordre

La « réaction nobiliaire »

La noblesse raffermit son monopole sur l’armée française. Le Roi a décidé que tous sujets qui seraient proposés pour être nommés à des sous-lieutenants dans ses régiments d'infanterie française, de cavalerie, etc., seraient tenus […] d’adresser au sieur Chérin, généalogiste, les […] titres originaux [de leur noblesse]. »La noblesse cherche à restaurer d’anciens droits seigneuriaux. Louis XV, en 1771 […], cède la châtellenie de Buzet au comte de Clarac […]. Le peuple ne vit dans son seigneur qu'un ennemi, qu'une espèce de tyran qui ne laissait échapper aucune occasion de lui faire sentir son joug. Ainsi, le 2 janvier 1787, M. de Clarac réclame un terrain vacant près du pont, situé sur la rive droite du Tarn. Deux jours après, il oblige les marguilliers à lui soumettre les titres qui les rend propriétaires de diverses pièces de terre. La noblesse critique les anoblissements. La noblesse la plus considérée est celle que l’on tire d’une longue suite d’ancêtres par le bonheur de la naissance. Et elle se trouve plus particulièrement dans ceux qui l’ont ainsi, que dans ceux qui la commencent. Il faut donc conclure que celui qui est anobli peut bien, avec le temps, devenir gentil­homme, mais jamais gentilhomme de nom et d’armes, puisqu’il n’a pas l’ancienneté requise pour cela. Les anoblis, et leurs descendants se persuadent pour leur intérêt particulier et veulent faire croire aux autres que tous les nobles sont égaux, mais ils se trompent, et il est certain qu’il y a de l’inégalité dans la noblesse.La noblesse défend ses privilèges devant le Roi. La monarchie française, par sa constitution, est composée de plusieurs états distincts […]. Si l’état des personnes n’était pas distingué, il n’y aurait que désordre […]. En affranchissant des corvées la dernière classe des citoyens (le tiers-état) qui y avait été jusqu’ici sujette, l’édit [du roi] rejette cette charge sur les deux ordres de l’État qui n’en ont jamais été tenus. Il n’est plus de différence entre tous vos sujets : le noble, l’ecclésiastiquedeviennent […] tous contribuables à l’impôt qui doit remplacer la corvée ».

1781, ordre royal dit « Édit de Ségur »

Buzet, monographie communale, par Bruel,1885

Gilles André de La Rocque, Traité de la noblesse et de toutes ses différentes espèces, 1678.

Extraits de la Remontrance du Parlement de Paris (composé de nobles « de robe ») adressée au Roi

La noblesse, diversité et privilèges

Les nobles ont l’interdiction de travailler, sous peine de déroger (perdre leur noblesse). Seule exception : ils peuvent posséder et diriger des entreprises liées au feu (verrerie, métallurgie, etc.). Certaines familles investissent

La noblesse et l'industrie au XVIIIème siècle

Ancienne et nouvelle noblesse

L’exemple de la noblesse de Beauce fin du XVIIème siècle

La petite noblesse bretonne

D’après Michel NASSIET, Noblesse et pauvreté : la petite noblesse en Bretagne XVème- XVIIème siècle, Société d'Histoire et d'Archéologie de la Bretagne, 1993

La plupart des nobles bretons vivent à la campagne : petite noblesse, qui représente environ la moitié des familles, et « noblesse pauvre », qui regroupe 31% des nobles bretons. Elle dispose de domaines minuscules et leur pauvreté va croissant : beaucoup perdent les caractéristiques extérieures de leur ordre. Au début du XVIIIème siècle ni leurs maisons ni leurs costumes ne les distinguent de ceux des paysans. Parallèlement, leur nombre diminue : les 8 400 familles noblesde 1480 ne le sont encore, en 1700, que pour 4 640 d'entre elles ! […] Les petits nobles ont en effet cherché d'autres emplois (agriculture, armée, marine, administration) et ont multiplié les mariages avec des roturiers (non-nobles).

La noblesse, une société du luxe

III. Une société française entre blocages et crispations

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

B. Des frustrations multiples et des aspirations concurrentes

Le salon de Mme Geoffrin

Jean-François Marmontel (1723-1799), Mémoires, XVIIIème siècle.

Assez riche pour faire de sa maison le rendez-vous des lettres et des arts […], Mme Geoffrin avait fondé chez elle deux dîner : l’un, le lundi, pour les artistes ; l’autre, le mercredi, pour les gens de lettres. Et une chose assez remarquable, c’est que […] cette femme qui, de sa vie, n’avait rien lu ni rien appris qu’à la volée, se trouvant au milieu de l’une ou l’autre société, ne leur était point étrangère ; elle y était même à son aise ; mais elle avait le bon esprit de ne parler que de ce qu’elle savait très bien et de céder sur tout le reste la parole à des gens instruits […] ; elle était plus adroite encore à présider, à surveiller, à tenir sous sa main ces deux sociétés, à marquer des limites à cette liberté et à l’y ramener par un mot, […] comme un fil invisible.

Lecture d'une tragédie de Voltaire dans le salon de Mme Geoffrin en 1755

L'influence de Mme de Maintenon

Mémoires du duc de Saint-Simon (1675-1755).

Le mariage [secret] ne fit que consolider la faveur de madame de Maintenon. Bientôt, elle éclata par l’appartement qui lui fut donné à Versailles au haut du grand escalier, vis-à-vis du roi, et de plain-pied. Depuis ce moment, le roi y alla tous les jours de sa vie passer plusieurs heures. À Versailles et en quelque lieu qu’il fut, elle était toujours logée aussi proche de lui et de plain-pied […]. Les hommes, les affaires, les choses, les choix, les justices, les grâces, la religion, tout était sans exception en sa main, et le roi et l’État ses victimes.

Une « poissonnade »

Les grands seigneurs s'avilissent, les financiers s'enrichissent,tous les Poissons s'agrandissent, c'est le règne des vauriens. On épuise la finance, en bâtiments, en dépense, l'État tombe en décadence, le roi ne met ordre à rien, rien, rien. Une petite bourgeoise, élevée à la grivoise, mesurant tout à sa toise, fait de la cour un taudis, le Roi malgré son scrupule, pour elle froidement brûle, cette flamme ridicule excite dans tout Paris ris, ris, ris. Cette catin subalterne, insolemment le gouverne.

Une réputation internationale

Extrait d’une lettre de Madame Geoffrin (1766) écrite au cours de son voyage en Europe pour rencontrer son correspondant et ami, Stanislas, le roi de Pologne.

Mon voyage a fait mille fois plus de bruit à Vienne qu’à Paris. L’empereur [d’Autriche] vint à la portière du carrosse et me dit qu’il avait été très empressé de me connaître. Il me dit que le Roi de Pologne était bien heureux d’avoir une amie comme moi. Je fus confondue et n’ai jamais été si bête. Enfin, je lui dis : « Comment est-il possible que votre Majesté Impériale sache que je suis au monde ? ». Il me dit qu’il me connaissait très bien. Il me parla comme s’il avait été à nos petits soupers du mercredi.

III. Une société française entre blocages et crispations

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

C. Les impasses des années 1780

La France en 1786

Arthur Young, Voyages en France pendant les années 1787, 1788, 1789 et 1790.

17 octobre [1786]: on est à la veille de quelque grande révolution dans le gouvernement, [ ... ] tout l'indique : les finances en désordre, avec un déficit impossible à combler sans l'aide des états généraux du royaume [ ... ]; aucun ministre qui ait des talents assez marqués [ ... ]; sur le trône, un prince dont les dispositions sont excellentes, mais à qui font défaut les ressources d'esprit [ ... ]; une cour ensevelie dans le plaisir et la dissipation et aggravant la détresse des finances. Une grande fermentation parmi les hommes de tous les rangs qui aspirent à du nouveau [ ... ]; en outre, un levain actif de liberté qui s'accroît chaque jour depuis la révolution d'Amérique.

Le budget de la monarchie au XVIIIème siècle

D'après M. Morineau, « Budgets de l'État et gestion des finances royales en France au XVIlIème siècle », Revue historique, 1980.

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

Conclusion

Tensions, mutations et crispations de la société d’ordres

Conclusion

> Pourquoi la société d’ordre est-elle en crise à la fin de la période moderne ?

Aux XVIIème siècle et XVIIIème siècles, la société française se divise en trois ordres : la noblesse, le clergé et le tiers état. Cette organisation sociale, vieille de plusieurs siècles provoque de nombreuses tensions sociales car elle entretient des inégalités très fortes : dans les campagnes une minorité, le clergé et la noblesse, profite du travail des paysans, seuls à acquitter les impôts. Cependant cette société n’est pas figée : au XVIIIème les conditions de vie des paysans s’améliorent lentement et dans les villes, où les inégalités se creusent, l’essor économique issu du développement du commerce et de l’industrie bouleverse les hiérarchies juridiques traditionnelles avec l’émergence de la bourgeoisie. Ces mutations sociales, économiques et culturelles fragilisent le cadre rigides de la société d’Ancien régime qui apparaît bloquée. La bourgeoisie active des villes et une partie des élites éclairées par les idées des Lumières aspirent à une plus grande mobilité sociale et la monarchie est critiquée pour son incapacité à réformer et à prendre en compte ces multiples revendications sociales et politiques. Ces doléances s’expriment dans les cahiers rédigés en vue des Etats généraux convoqués à Versailles par le roi et dont l’ouverture est prévue le 5 mai 1789.

En arrière-plan :
L'Ecole d'Athènes

L'École d'Athènes est une fresque décorant Camera della Segnatura, l'ancienne bibliothèque privée des papes, au Vatican à Rome. Peinte de 1509 à 1512, par Raphaël à la demande du pape Jules II, elle symbolise la Philosophie et la recherche du vrai par les philosophes, les mathématiciens et les astronomes de l'Antiquité. Elle s'oppose à une autre fresque de Raphaël peinte dans la même salle, La Dispute du Saint-Sacrement, qui représente la victoire de la théologie chrétienne sur la pensée païenne antique. L'Ecole d'Athènes mesure 770 cm x 440 cm.

Raffaello Sanzio, "Raphaël", (6 avril 1483, Urbino - 6 avril 1520, Rome); est un peintre, architecte et poète de la Renaissance. Considéré comme l'un des trois "maîtres" de la Renaissance, sa « manière » est d'une importance vitale pour le développement de l'art des siècles suivants à la fois à travers ses collaborateurs qui ont perpétué sa langue pendant des décennies, et par contraste à travers le rejet de son œuvre initiée par Le Caravage.

Son influence sur l'histoire de l'art occidental est telle qu'il est établi comme modèle fondamental pour toutes les académies des beaux-arts jusqu'à la première moitié du XIXe siècle, le mythe de Raphaël atteint l'avant-garde du XXe siècle et l'art contemporain du XXIe siècle, au point de toucher d'autres arts comme le cinéma et la bande dessinée.