L'amour : Aujourd'hui et Autrefois
Pour aller plus loin...
SOMMAIRE
V- La vision de l'amour
Introduction
VI- Sortir des conventions
I- Présentation
Conclusion
II- Le Badinage
III- Un jeu de rôles
Quizz
Bibliographie
IV- Une scène de séduction
Introduction
"Ayez recours à l’agréable badinage et à tout ce qui peut exciter l’amour" écrivait Ovide dans son Ars Amatoria. Mais Musset n'avait-t-il pas dit qu'on "ne badine pas avec l'amour" ?Au premier abord, On ne badine pas avec l'amour et l'Art d'aimer semblent deux oeuvres diamétralement opposées. Cependant, bien que les points de vue des oeuvres soient souvent divergents, on peut trouver quelques similitudes entre la pensée d'Ovide et d'Alfred de Musset.
Présentation
ovide
Publius Ovidius Naso naît en 43 av. J.C. à Sulmone, en Italie, dans une famille aisée de la région des Abruzzes. Il étudie à Rome auprès des plus grands professeurs de rhétorique, selon Sénèque le Père. A 18 ans, il fait un voyage en Grèce, accompagné de son ami Æmilius Macer. Un fois revenu à Rome, il devient decemvir et est reconnu pour son impartialité. Mais Ovide se détourne assez tôt de la magistrature afin de se consacrer à la poésie. Marié trois fois, il s'inspire majoritairement de Tibulle et Properce, et les côtoie au sein du cercle de "Messalla". Il publie de nombreux textes tels que les Amores, l'Art d'aimer, Les Héroïdes, les Remèdes à l'amour, les Fastes, ou encore les Métamorphoses dont la plupart sont centrés autour du thème de l'amour avec diverses variations (du style élégiaque des Héroïdes jusqu'à la "grivoiserie" de L'Art d'aimer). Exilé en 8 ap. J.C. par Auguste pour des raisons qui restent mystérieuses, il finit sa vie sur les bords du Pont-Euxin et y meurt en 17 ou 18 ap. J.C., à Tomis (actuelle Constanta, en Roumanie), regrettant amèrement la vie de Rome et de ses cercles littéraires.
Alfred de Musset
Alfred de Musset est un poète, dramaturge et écrivain romantique français du XIXème siècle, né le 11 Décembre 1810 à Paris. Issu d'une famille aisée, il est très tôt inicié aux lettres, notamment par son père (spécialiste de Rousseau) et son grand-père (poète). Il affirme avoir pour parents Jeanne d'Arc et Du Bellay. Elève au Collège d'Henri IV dès ses 9 ans, il se lie d'amitié avec le Duc d'Orléans. Après avoir suivi de courtes études de médecine, de droit et de peinture, il se consacre à la littérature et entre à 17 ans au "Cénacle", un cercle romantique formé autour de Victor Hugo.Son ami le Duc d'Orléans le nomme bibliothécaire du Ministère de l'Intérieur en 1938, puis il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur en 1845 et membre de l'Académie Française en 1852. Il est connu notamment pour avoir fréquenté George Sand, relation qui incarne à elle seule sa vie tumultueuse, qui lui inspire plusieurs œuvres dont On ne badine pas avec l'amour. Il écrit également d'autres pièces de théâtre comme Lorenzaccio, Les Caprices de Marianne,
Suite
Alfred de Musset
ainsi que des romans dont La confession d'un enfant du siècle, et des poèmes publiés pour la plupart dans des recueils comme Poésies Nouvelles, Poésies Posthumes et Premières Poésies. Mais rapidement, l'acool et la débauche ont raison de lui, et le poète meurt de la tuberculose le 2 mai 1857. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise. Quelque peu oublié par la suite ou critiqué par un trop virulent Baudelaire, il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands poètes romantiques.
Ars Amatoria
L'Ars Amatoria est un recueil de trois livres d'Ovide qui exploite la thématique de la conquête amoureuse (et non directement de l'amour). Ovide y utilise un ton didactique (l'ars est un genre littéraire consistant à enseigner une discipline au lecteur : le poète se pose en praeceptor) qui contraste avec le thème de la conquête amoureuse, le distique élégiaque qu'il emploie au lieu de l'hexamètre dactylique habituel et les invocations des muses et de l'Amour (il se pose tantôt en vates et tantôt en magister). Composé en 1-2 ap. J.C., Ovide y entretient un rapport ambigu avec l'empereur, qui tente alors d'imposer de nouvelles lois contre l'adultère (les lois Iuliae), en le remerciant du cadre propice au style urbain et civilisé d'amour qu'il offre à Rome et en prétendant respecter ses lois (il dit ne pas s'adresser aux femmes mariées...), mais tout en posant l'acte sexuel comme l'aboutissement de la conquête. C'est sous ce prétexte qu'Auguste l'aurait assigné à résidence à Tomis en 8 ap. J.C.
Suite
Ars Amatoria
Le recueil est divisé en trois livre : le premier détaille aux hommes la conquête des femmes, le second comment faire durer l'amour, et le dernier s'adresse symétriquement aux femmes, à qui Ovide enseigne comment inspirer l'amour. Dans ce recueil, Ovide joue avec les genres et parodie presque le genre de l'ars.
On ne badine pas avec l'amour
On ne badine pas avec l'amour est un proverbe dramatique (genre théâtral à la mode à l'époque de Musset, il illustre un poète) et drame romantique écrit en 1834 par Alfred de Musset, alors qu'il a 24 ans. Il s'inspire de sa relation avec George Sand et y aborde les thèmes de l'amour, bien entendu, mais aussi de l'orgueil, de l'hypocrisie, de l'apparence et de la débauche. Cependant, Musset ajoute de nombreuses scène dignes de comédies (Blazius, précepteur de Perdican, le baron, Bridaine, curé du village, et Dame Pluche, suivante de Camille).Résumé Acte 1 : Perdican, de retour au château après des années d'études à Paris, retrouve sa cousine Camille, elle envoyée au couvent, et que le baron son père souhaite unir à son fils.
Suite
On ne badine pas avec l'amour
Cependant, Camille, "corrompue" par le couvent, lui oppose une froideur insupportable. Perdican décide alors de se venger en courtisant la soeur de lait de Camille, Rosette.Acte 2 : Camille expose son désir de retourner au couvent à Perdican. Elle lui envoie ensuite un billet afin de lui demander un entretien, où elle lui explique qu'elle a appris à se méfier des hommes et renouvelle son désir de servir Dieu. Acte 3 : Perdican découvre une lettre de Camille à une amie où celle-ci explique qu'elle a tout fait pour dégoûter Perdican. Jaloux, il décide de l'inviter à regarder sa déclaration à Rosette. Mais afin de montrer la vérité à Rosette, Camille la fait ensuite assister à une fausse déclaration à Perdican :
Suite
On ne badine pas avec l'amour
Rosette s'évanouie. Camille va prier à l'église et y retrouve Perdican, à qui elle avoue sincèrement son amour. Mais Rosette, cachée derrière l'autel, meurt de désespoir. Camille prononce sa dernière réplique : "Adieu, Perdican".
Le badinage
On ne badine pas avec l'amour, selon Alfred de Musset : or c'est exactement ce que fait Ovide dans son Ars Amatoria, où il apprend au lecteur à badiner (le mot est employé deux fois ("ayez recours à l’agréable badinage et à tout ce qui peut exciter l’amour").Cependant, on remarque que Musset joue habilement avec le lecteur, et se montre en réalité inconstant tout au long de l'œuvre. En effet, il entremêle comédie et drame, apologie du badinage (Rosette) et condamnation du jeu amoureux (Camille). On ne badine pas avec l'amour illustre donc l'ambiguité de la pensée du dramaturge et on pourrait interpréter cette versatilité comme une association du badinage et du drame, qui annoblit le badinage plutôt que de le condamner totalement. Cette interprétation convient au libertinage de Musset, qui en fait ici un éloge romantique.
Suite
Le badinage
En conclusion, Musset, au-delà de condamner la débauche, en fait paradoxalement un acte beau, noble, et c'est l'une des raisons pour lesquelles on peut le placer parmi les plus grands romantiques français (on pense à Wilde et à à son éloge de la débauche : Le portrait de Dorian Gray, paru en 1890). Musset condamne plutôt l'orgueil, et l'on peut encore le comparer à Ovide sur ce plan-là.
Un jeu de rôles
Parallèlement, Ovide montre dans son Ars Amatoria que celui qui désire être aimé doit se dépouiller de son orgueil : "Dépouille tout orgueil si tu aspires à un amour durable." Or Musset, dans On ne badine pas avec l'amour, condamne violemment l'orgueil humain comme un obstacle à l'amour, qu'illustrent Perdican et Camille : "Tu es une orgueilleuse, prends garde à toi" (Perdican, 5, II). Ansi, même si Musset défend le badinage, il s'attaque furieusement à l'orgueil qui mène à une triste fin : la mort de Rosette. Les deux poètes font de l'orgueil l'un des plus grands vices de l'homme, car il s'oppose à l'amour.La conquête amoureuse, comme le théâtre, est un "jeu de rôle" où chacun tient son personnage. La différence d'opinion entre eux sur ce point réside surtout dans le fait que, pour Musset et les romantiques, le personnage joué est l'acteur, tandis que pour Ovide, la séduction est art qui peut s'apprendre (ou du moins en partie) et n'est que figuration (il le montre assez bien par des conseils tes que :
Suite
Une scène de séduction
Dialogue
ANALYSE
La vision de l'amour
Musset et Ovide possèdent une vision de l'amour plutôt similaire, bien que Musset approfondisse souvent sa thèse.Tout d'abord, les deux auteurs ne blâment pas l'amour infidèle, car ils ne le considèrent pas comme une trahison ou un vice : "La constance en amour est une inconstance perpétuelle. " (François de la Rochefoucauld). Elle est plutôt, pour Musset, un jeu, mais également une source de passions vraies, tandis qu'Ovide ne croit pas à la passion. Enfin, Musset et Ovide s'accordent sur le fait que la jalousie peut servir l'amour, voire le créer, mais elle est aussi, pour Musset, la source de souffrances et de conflits amoureux menant au malheur et à a rupture. Cependant, Musset et Ovide ont des avis divergents sur divers plans. Premièrement, pour Ovide, la nature est seulement un cadre propice à l'amour ("romantique", comme le désignera plus tard Rousseau) tandis que l'amour naît de la nature et de nos pulsions naturelles pour Musset.
Suite
La vision de l'amour
Il en va de même pour l'art : Ovide pense que l'amour est un art, tandis que Musset voit l'amour comme la source de l'art, une inspiration qui mène au Beau voire au Sublime (Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, Edmund Burke, 1757).En conclusion, Ovide a une vision optimiste envers l'amour, qu'il voit comme une source de plaisir, tandis que Musset se montre plus pessimiste (fatalité, souffrance, malheur).
Sortir des conventions
Musset et Ovide se montrent tous deux désireux de sortir des conventions et des normes établies à leur époques respectives. En effet, ils mélangent les genres : Ovide, avec l'utilisation du distique élégiaque au lieu de l'hexamètre dactylique, d'un sujet qui ne relève pas de l'ars, parodie, et Musset, qui mêle drame et comédie, ne respecte pas les règles du théâtre classique (unités de temps, de lieu et d'actions) et le titre du recueil Un spectacle dans un fauteuil (la pièce n'est pas faite pour être jouée). De plus, ils ont des opinions novatrices sur l'amour, la religion, l'Homme...
Conclusion
En conclusion, Publius Ovidus Naso et Alfred de Musset expose des visions de l'amour souvent concordantes, notamment au sujet de l'amour-jeu, et cherchent tous deux à s'extraire des normes de leur époque. Cependant, il arrive qu'ils aient quelques divergences, comme au sujet de l'existence et de la véracité des passions.On a souvent, à travers cette analyse, évoqué la légèreté d'Ovide : mais Les Héroïdes (Heroides en latin) témoignent d'une sensibilité amoureuse et d'un certain lyrisme dont nous n'avons pas parlé ici. Il les évoque dans Les Amours : "Aut, quod Penelopes verbis reddatur Ulixi, scribimus et lacrimas, Phylli relicta, tuas,
quod Paris et Macareus et quod male gratus Iason
Hippolytique parens Hippolytusque legant,
quodque tenens strictum Dido miserabilis ensem
dicat et Aoniae Lesbis armata lyrae."
Quizz
Bibliographie -Sitographie
On ne badine pas avec l'amour, MussetArs Amatoria (L'art d'aimer), Ovide Les Héroïdes, Ovide Universalis en ligne Wikipedia
Perdican met-il en pratique les conseils d'Ovide ?Perdican met en pratique, dans cette scène, les conseils d'Ovide. En effet, il promet à Rosette le mariage, tandis qu'Ovide conseille d'avoir recours aux promesses pour séduire une femme. De plus, il se montre poétique et éloquent en parlant de son prétendu amour pour Rosette et évoque souvent la nature, ce que recommande Ovide aux amants. Ovide suggère par ailleurs de s'accorder en tous points avec celle que l'on désire séduire : or ici, Perdican flatte Rosette en louant sa poésie simple de jeune paysanne. Enfin, il conseille aux jeunes gens de nier leurs précédentes amours en tous points, ce que fait ici Perdican en jetant symboliquement la bague de Camille dans la fontaine. Mais est-il vraiment un séducteur où vise-t-il plutôt à exciter la jalousie de Camille ? Perdican ne vise cependant pas tant à se faire aimer de Rosette qu'à exciter la jalousie de Camille, cachée dans un buisson. C'est aussi un stratagème décrit par Ovide dans son Ars Amatoria : "Ainsi, lorsque le coeur languit dans une indolente torpeur, il faut, pour le réveiller, employer l'aiguillon de la jalousie. Donne des inquiétudes à ta maîtresse, et réchauffe son coeur refroidi; qu'elle pâlisse à la preuve de ton inconstance."
"Doctes
ou ignorantes, peut-être qu’un poème composé en leur honneur fera
près d’elles l’effet d’un petit cadeau."
"Ce qu’elle blâme, blâme-le ; loue ce qu’elle loue. Ce qu’elle
dit, répète-le ; nie ce qu’elle nie. Ris, si elle rit ; pleure, si elle
pleure : en un mot, compose ton visage sur le sien."
"Si, quoique bien cachés, tes amours secrets viennent à se
découvrir, tout découverts qu’ils sont, ne laisse pas de nier. Ne sois
pour cela ni plus soumis, ni plus flatteur que de coutume : un tel
changement est la marque d’un cœur coupable. Mais n’épargne
aucun effort, et emploie toute ta vigueur aux combats de l’amour ; la
paix est à ce prix ; c’est ainsi que tu pourras nier tes précédents
exploits."
"Promettez, promettez, cela ne coûte rien ; tout le monde est riche en promesses").
Rosette Hélas ! monsieur le docteur, je vous aimerai comme je pourrai. Perdican Oui, comme tu pourras ; et tu m’aimeras mieux, tout docteur que je suis et toute paysanne que tu es, que ces pâles statues fabriquées par les nonnes, qui ont la tête à la place du cœur, et qui sortent des cloîtres pour venir répandre dans la vie l’atmosphère humide de leurs cellules ; tu ne sais rien ; tu ne lirais pas dans un livre la prière que ta mère t’apprend, comme elle l’a apprise de sa mère ; tu ne comprends même pas le sens des paroles que tu répètes, quand tu t’agenouilles au pied de ton lit ; mais tu comprends bien que tu pries, et c’est tout ce qu’il faut à Dieu. Rosette Comme vous me parlez, monseigneur ! Perdican Tu ne sais pas lire ; mais tu sais ce que disent ces bois et ces prairies, ces tièdes rivières, ces beaux champs couverts de moissons, toute cette nature splendide de jeunesse. Tu reconnais tous ces milliers de frères, et moi pour l’un d’entre eux ; lève-toi, tu seras ma femme et nous prendrons racine ensemble dans la sève du monde tout-puissant.
PerdicanJe t’aime, Rosette ! toi seule au monde tu n’as rien oublié de nos beaux jours passés ; toi seule tu te souviens de la vie qui n’est plus ; prends ta part de ma vie nouvelle ; donne-moi ton cœur, chère enfant ; voilà le gage de notre amour. (Il lui pose sa chaîne sur le cou.)Rosette
Vous me donnez votre chaîne d’or ?
Perdican
Regarde à présent cette bague. Lève-toi et approchons-nous de cette fontaine. Nous vois-tu tous les deux, dans la source, appuyés l’un sur l’autre ? Vois-tu tes beaux yeux près des miens, ta main dans la mienne ? Regarde tout cela s’effacer. (Il jette sa bague dans l’eau.) Regarde comme notre image a disparu ; la voilà qui revient peu à peu ; l’eau qui s’était troublée reprend son équilibre ; elle tremble encore ; de grands cercles noirs courent à sa surface ; patience, nous reparaissons ; déjà je distingue de nouveau tes bras enlacés dans les miens ; encore une minute, et il n’y aura plus une ride sur ton joli visage : regarde ! c’était une bague que m’avait donnée Camille. [...] Perdican
Sais-tu ce que c’est que l’amour, Rosette ? Écoute ! le vent se tait ; la pluie du matin roule en perles sur les feuilles séchées que le soleil ranime. Par la lumière du ciel, par le soleil que voilà, je t’aime ! Tu veux bien de moi, n’est-ce pas ? On n’a pas flétri ta jeunesse ; on n’a pas infiltré dans ton sang vermeil les restes d’un sang affadi ? Tu ne veux pas te faire religieuse ; te voilà jeune et belle dans les bras d’un jeune homme. Ô Rosette, Rosette ! sais-tu ce que c’est que l’amour ?
Ou je retrace une lettre de Pénélope à Ulysse,
ou je peins tes larmes de Phyllis abandonnée.
J'écris à Pâris et à Macarée, à l'ingrat Jason,
au père d'Hippolyte, et à Hippolyte lui-même.
Je répète les plaintes de l'infortunée Didon, la main déjà armée de son épée nue,
et les regrets de l'héroïne de Lesbos, armée de la lyre d'Eolie.
L'Amour : Aujourd'hui et Autrefois
Julien PARPALEIX
Created on May 9, 2024
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L'amour : Aujourd'hui et Autrefois
Pour aller plus loin...
SOMMAIRE
V- La vision de l'amour
Introduction
VI- Sortir des conventions
I- Présentation
Conclusion
II- Le Badinage
III- Un jeu de rôles
Quizz
Bibliographie
IV- Une scène de séduction
Introduction
"Ayez recours à l’agréable badinage et à tout ce qui peut exciter l’amour" écrivait Ovide dans son Ars Amatoria. Mais Musset n'avait-t-il pas dit qu'on "ne badine pas avec l'amour" ?Au premier abord, On ne badine pas avec l'amour et l'Art d'aimer semblent deux oeuvres diamétralement opposées. Cependant, bien que les points de vue des oeuvres soient souvent divergents, on peut trouver quelques similitudes entre la pensée d'Ovide et d'Alfred de Musset.
Présentation
ovide
Publius Ovidius Naso naît en 43 av. J.C. à Sulmone, en Italie, dans une famille aisée de la région des Abruzzes. Il étudie à Rome auprès des plus grands professeurs de rhétorique, selon Sénèque le Père. A 18 ans, il fait un voyage en Grèce, accompagné de son ami Æmilius Macer. Un fois revenu à Rome, il devient decemvir et est reconnu pour son impartialité. Mais Ovide se détourne assez tôt de la magistrature afin de se consacrer à la poésie. Marié trois fois, il s'inspire majoritairement de Tibulle et Properce, et les côtoie au sein du cercle de "Messalla". Il publie de nombreux textes tels que les Amores, l'Art d'aimer, Les Héroïdes, les Remèdes à l'amour, les Fastes, ou encore les Métamorphoses dont la plupart sont centrés autour du thème de l'amour avec diverses variations (du style élégiaque des Héroïdes jusqu'à la "grivoiserie" de L'Art d'aimer). Exilé en 8 ap. J.C. par Auguste pour des raisons qui restent mystérieuses, il finit sa vie sur les bords du Pont-Euxin et y meurt en 17 ou 18 ap. J.C., à Tomis (actuelle Constanta, en Roumanie), regrettant amèrement la vie de Rome et de ses cercles littéraires.
Alfred de Musset
Alfred de Musset est un poète, dramaturge et écrivain romantique français du XIXème siècle, né le 11 Décembre 1810 à Paris. Issu d'une famille aisée, il est très tôt inicié aux lettres, notamment par son père (spécialiste de Rousseau) et son grand-père (poète). Il affirme avoir pour parents Jeanne d'Arc et Du Bellay. Elève au Collège d'Henri IV dès ses 9 ans, il se lie d'amitié avec le Duc d'Orléans. Après avoir suivi de courtes études de médecine, de droit et de peinture, il se consacre à la littérature et entre à 17 ans au "Cénacle", un cercle romantique formé autour de Victor Hugo.Son ami le Duc d'Orléans le nomme bibliothécaire du Ministère de l'Intérieur en 1938, puis il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur en 1845 et membre de l'Académie Française en 1852. Il est connu notamment pour avoir fréquenté George Sand, relation qui incarne à elle seule sa vie tumultueuse, qui lui inspire plusieurs œuvres dont On ne badine pas avec l'amour. Il écrit également d'autres pièces de théâtre comme Lorenzaccio, Les Caprices de Marianne,
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Alfred de Musset
ainsi que des romans dont La confession d'un enfant du siècle, et des poèmes publiés pour la plupart dans des recueils comme Poésies Nouvelles, Poésies Posthumes et Premières Poésies. Mais rapidement, l'acool et la débauche ont raison de lui, et le poète meurt de la tuberculose le 2 mai 1857. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise. Quelque peu oublié par la suite ou critiqué par un trop virulent Baudelaire, il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands poètes romantiques.
Ars Amatoria
L'Ars Amatoria est un recueil de trois livres d'Ovide qui exploite la thématique de la conquête amoureuse (et non directement de l'amour). Ovide y utilise un ton didactique (l'ars est un genre littéraire consistant à enseigner une discipline au lecteur : le poète se pose en praeceptor) qui contraste avec le thème de la conquête amoureuse, le distique élégiaque qu'il emploie au lieu de l'hexamètre dactylique habituel et les invocations des muses et de l'Amour (il se pose tantôt en vates et tantôt en magister). Composé en 1-2 ap. J.C., Ovide y entretient un rapport ambigu avec l'empereur, qui tente alors d'imposer de nouvelles lois contre l'adultère (les lois Iuliae), en le remerciant du cadre propice au style urbain et civilisé d'amour qu'il offre à Rome et en prétendant respecter ses lois (il dit ne pas s'adresser aux femmes mariées...), mais tout en posant l'acte sexuel comme l'aboutissement de la conquête. C'est sous ce prétexte qu'Auguste l'aurait assigné à résidence à Tomis en 8 ap. J.C.
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Ars Amatoria
Le recueil est divisé en trois livre : le premier détaille aux hommes la conquête des femmes, le second comment faire durer l'amour, et le dernier s'adresse symétriquement aux femmes, à qui Ovide enseigne comment inspirer l'amour. Dans ce recueil, Ovide joue avec les genres et parodie presque le genre de l'ars.
On ne badine pas avec l'amour
On ne badine pas avec l'amour est un proverbe dramatique (genre théâtral à la mode à l'époque de Musset, il illustre un poète) et drame romantique écrit en 1834 par Alfred de Musset, alors qu'il a 24 ans. Il s'inspire de sa relation avec George Sand et y aborde les thèmes de l'amour, bien entendu, mais aussi de l'orgueil, de l'hypocrisie, de l'apparence et de la débauche. Cependant, Musset ajoute de nombreuses scène dignes de comédies (Blazius, précepteur de Perdican, le baron, Bridaine, curé du village, et Dame Pluche, suivante de Camille).Résumé Acte 1 : Perdican, de retour au château après des années d'études à Paris, retrouve sa cousine Camille, elle envoyée au couvent, et que le baron son père souhaite unir à son fils.
Suite
On ne badine pas avec l'amour
Cependant, Camille, "corrompue" par le couvent, lui oppose une froideur insupportable. Perdican décide alors de se venger en courtisant la soeur de lait de Camille, Rosette.Acte 2 : Camille expose son désir de retourner au couvent à Perdican. Elle lui envoie ensuite un billet afin de lui demander un entretien, où elle lui explique qu'elle a appris à se méfier des hommes et renouvelle son désir de servir Dieu. Acte 3 : Perdican découvre une lettre de Camille à une amie où celle-ci explique qu'elle a tout fait pour dégoûter Perdican. Jaloux, il décide de l'inviter à regarder sa déclaration à Rosette. Mais afin de montrer la vérité à Rosette, Camille la fait ensuite assister à une fausse déclaration à Perdican :
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On ne badine pas avec l'amour
Rosette s'évanouie. Camille va prier à l'église et y retrouve Perdican, à qui elle avoue sincèrement son amour. Mais Rosette, cachée derrière l'autel, meurt de désespoir. Camille prononce sa dernière réplique : "Adieu, Perdican".
Le badinage
On ne badine pas avec l'amour, selon Alfred de Musset : or c'est exactement ce que fait Ovide dans son Ars Amatoria, où il apprend au lecteur à badiner (le mot est employé deux fois ("ayez recours à l’agréable badinage et à tout ce qui peut exciter l’amour").Cependant, on remarque que Musset joue habilement avec le lecteur, et se montre en réalité inconstant tout au long de l'œuvre. En effet, il entremêle comédie et drame, apologie du badinage (Rosette) et condamnation du jeu amoureux (Camille). On ne badine pas avec l'amour illustre donc l'ambiguité de la pensée du dramaturge et on pourrait interpréter cette versatilité comme une association du badinage et du drame, qui annoblit le badinage plutôt que de le condamner totalement. Cette interprétation convient au libertinage de Musset, qui en fait ici un éloge romantique.
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Le badinage
En conclusion, Musset, au-delà de condamner la débauche, en fait paradoxalement un acte beau, noble, et c'est l'une des raisons pour lesquelles on peut le placer parmi les plus grands romantiques français (on pense à Wilde et à à son éloge de la débauche : Le portrait de Dorian Gray, paru en 1890). Musset condamne plutôt l'orgueil, et l'on peut encore le comparer à Ovide sur ce plan-là.
Un jeu de rôles
Parallèlement, Ovide montre dans son Ars Amatoria que celui qui désire être aimé doit se dépouiller de son orgueil : "Dépouille tout orgueil si tu aspires à un amour durable." Or Musset, dans On ne badine pas avec l'amour, condamne violemment l'orgueil humain comme un obstacle à l'amour, qu'illustrent Perdican et Camille : "Tu es une orgueilleuse, prends garde à toi" (Perdican, 5, II). Ansi, même si Musset défend le badinage, il s'attaque furieusement à l'orgueil qui mène à une triste fin : la mort de Rosette. Les deux poètes font de l'orgueil l'un des plus grands vices de l'homme, car il s'oppose à l'amour.La conquête amoureuse, comme le théâtre, est un "jeu de rôle" où chacun tient son personnage. La différence d'opinion entre eux sur ce point réside surtout dans le fait que, pour Musset et les romantiques, le personnage joué est l'acteur, tandis que pour Ovide, la séduction est art qui peut s'apprendre (ou du moins en partie) et n'est que figuration (il le montre assez bien par des conseils tes que :
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Une scène de séduction
Dialogue
ANALYSE
La vision de l'amour
Musset et Ovide possèdent une vision de l'amour plutôt similaire, bien que Musset approfondisse souvent sa thèse.Tout d'abord, les deux auteurs ne blâment pas l'amour infidèle, car ils ne le considèrent pas comme une trahison ou un vice : "La constance en amour est une inconstance perpétuelle. " (François de la Rochefoucauld). Elle est plutôt, pour Musset, un jeu, mais également une source de passions vraies, tandis qu'Ovide ne croit pas à la passion. Enfin, Musset et Ovide s'accordent sur le fait que la jalousie peut servir l'amour, voire le créer, mais elle est aussi, pour Musset, la source de souffrances et de conflits amoureux menant au malheur et à a rupture. Cependant, Musset et Ovide ont des avis divergents sur divers plans. Premièrement, pour Ovide, la nature est seulement un cadre propice à l'amour ("romantique", comme le désignera plus tard Rousseau) tandis que l'amour naît de la nature et de nos pulsions naturelles pour Musset.
Suite
La vision de l'amour
Il en va de même pour l'art : Ovide pense que l'amour est un art, tandis que Musset voit l'amour comme la source de l'art, une inspiration qui mène au Beau voire au Sublime (Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, Edmund Burke, 1757).En conclusion, Ovide a une vision optimiste envers l'amour, qu'il voit comme une source de plaisir, tandis que Musset se montre plus pessimiste (fatalité, souffrance, malheur).
Sortir des conventions
Musset et Ovide se montrent tous deux désireux de sortir des conventions et des normes établies à leur époques respectives. En effet, ils mélangent les genres : Ovide, avec l'utilisation du distique élégiaque au lieu de l'hexamètre dactylique, d'un sujet qui ne relève pas de l'ars, parodie, et Musset, qui mêle drame et comédie, ne respecte pas les règles du théâtre classique (unités de temps, de lieu et d'actions) et le titre du recueil Un spectacle dans un fauteuil (la pièce n'est pas faite pour être jouée). De plus, ils ont des opinions novatrices sur l'amour, la religion, l'Homme...
Conclusion
En conclusion, Publius Ovidus Naso et Alfred de Musset expose des visions de l'amour souvent concordantes, notamment au sujet de l'amour-jeu, et cherchent tous deux à s'extraire des normes de leur époque. Cependant, il arrive qu'ils aient quelques divergences, comme au sujet de l'existence et de la véracité des passions.On a souvent, à travers cette analyse, évoqué la légèreté d'Ovide : mais Les Héroïdes (Heroides en latin) témoignent d'une sensibilité amoureuse et d'un certain lyrisme dont nous n'avons pas parlé ici. Il les évoque dans Les Amours : "Aut, quod Penelopes verbis reddatur Ulixi, scribimus et lacrimas, Phylli relicta, tuas, quod Paris et Macareus et quod male gratus Iason Hippolytique parens Hippolytusque legant, quodque tenens strictum Dido miserabilis ensem dicat et Aoniae Lesbis armata lyrae."
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Bibliographie -Sitographie
On ne badine pas avec l'amour, MussetArs Amatoria (L'art d'aimer), Ovide Les Héroïdes, Ovide Universalis en ligne Wikipedia
Perdican met-il en pratique les conseils d'Ovide ?Perdican met en pratique, dans cette scène, les conseils d'Ovide. En effet, il promet à Rosette le mariage, tandis qu'Ovide conseille d'avoir recours aux promesses pour séduire une femme. De plus, il se montre poétique et éloquent en parlant de son prétendu amour pour Rosette et évoque souvent la nature, ce que recommande Ovide aux amants. Ovide suggère par ailleurs de s'accorder en tous points avec celle que l'on désire séduire : or ici, Perdican flatte Rosette en louant sa poésie simple de jeune paysanne. Enfin, il conseille aux jeunes gens de nier leurs précédentes amours en tous points, ce que fait ici Perdican en jetant symboliquement la bague de Camille dans la fontaine. Mais est-il vraiment un séducteur où vise-t-il plutôt à exciter la jalousie de Camille ? Perdican ne vise cependant pas tant à se faire aimer de Rosette qu'à exciter la jalousie de Camille, cachée dans un buisson. C'est aussi un stratagème décrit par Ovide dans son Ars Amatoria : "Ainsi, lorsque le coeur languit dans une indolente torpeur, il faut, pour le réveiller, employer l'aiguillon de la jalousie. Donne des inquiétudes à ta maîtresse, et réchauffe son coeur refroidi; qu'elle pâlisse à la preuve de ton inconstance."
"Doctes ou ignorantes, peut-être qu’un poème composé en leur honneur fera près d’elles l’effet d’un petit cadeau."
"Ce qu’elle blâme, blâme-le ; loue ce qu’elle loue. Ce qu’elle dit, répète-le ; nie ce qu’elle nie. Ris, si elle rit ; pleure, si elle pleure : en un mot, compose ton visage sur le sien."
"Si, quoique bien cachés, tes amours secrets viennent à se découvrir, tout découverts qu’ils sont, ne laisse pas de nier. Ne sois pour cela ni plus soumis, ni plus flatteur que de coutume : un tel changement est la marque d’un cœur coupable. Mais n’épargne aucun effort, et emploie toute ta vigueur aux combats de l’amour ; la paix est à ce prix ; c’est ainsi que tu pourras nier tes précédents exploits."
"Promettez, promettez, cela ne coûte rien ; tout le monde est riche en promesses").
Rosette Hélas ! monsieur le docteur, je vous aimerai comme je pourrai. Perdican Oui, comme tu pourras ; et tu m’aimeras mieux, tout docteur que je suis et toute paysanne que tu es, que ces pâles statues fabriquées par les nonnes, qui ont la tête à la place du cœur, et qui sortent des cloîtres pour venir répandre dans la vie l’atmosphère humide de leurs cellules ; tu ne sais rien ; tu ne lirais pas dans un livre la prière que ta mère t’apprend, comme elle l’a apprise de sa mère ; tu ne comprends même pas le sens des paroles que tu répètes, quand tu t’agenouilles au pied de ton lit ; mais tu comprends bien que tu pries, et c’est tout ce qu’il faut à Dieu. Rosette Comme vous me parlez, monseigneur ! Perdican Tu ne sais pas lire ; mais tu sais ce que disent ces bois et ces prairies, ces tièdes rivières, ces beaux champs couverts de moissons, toute cette nature splendide de jeunesse. Tu reconnais tous ces milliers de frères, et moi pour l’un d’entre eux ; lève-toi, tu seras ma femme et nous prendrons racine ensemble dans la sève du monde tout-puissant.
PerdicanJe t’aime, Rosette ! toi seule au monde tu n’as rien oublié de nos beaux jours passés ; toi seule tu te souviens de la vie qui n’est plus ; prends ta part de ma vie nouvelle ; donne-moi ton cœur, chère enfant ; voilà le gage de notre amour. (Il lui pose sa chaîne sur le cou.)Rosette Vous me donnez votre chaîne d’or ? Perdican Regarde à présent cette bague. Lève-toi et approchons-nous de cette fontaine. Nous vois-tu tous les deux, dans la source, appuyés l’un sur l’autre ? Vois-tu tes beaux yeux près des miens, ta main dans la mienne ? Regarde tout cela s’effacer. (Il jette sa bague dans l’eau.) Regarde comme notre image a disparu ; la voilà qui revient peu à peu ; l’eau qui s’était troublée reprend son équilibre ; elle tremble encore ; de grands cercles noirs courent à sa surface ; patience, nous reparaissons ; déjà je distingue de nouveau tes bras enlacés dans les miens ; encore une minute, et il n’y aura plus une ride sur ton joli visage : regarde ! c’était une bague que m’avait donnée Camille. [...] Perdican Sais-tu ce que c’est que l’amour, Rosette ? Écoute ! le vent se tait ; la pluie du matin roule en perles sur les feuilles séchées que le soleil ranime. Par la lumière du ciel, par le soleil que voilà, je t’aime ! Tu veux bien de moi, n’est-ce pas ? On n’a pas flétri ta jeunesse ; on n’a pas infiltré dans ton sang vermeil les restes d’un sang affadi ? Tu ne veux pas te faire religieuse ; te voilà jeune et belle dans les bras d’un jeune homme. Ô Rosette, Rosette ! sais-tu ce que c’est que l’amour ?
Ou je retrace une lettre de Pénélope à Ulysse, ou je peins tes larmes de Phyllis abandonnée. J'écris à Pâris et à Macarée, à l'ingrat Jason, au père d'Hippolyte, et à Hippolyte lui-même. Je répète les plaintes de l'infortunée Didon, la main déjà armée de son épée nue, et les regrets de l'héroïne de Lesbos, armée de la lyre d'Eolie.