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Extrait Au Bonheur des dames
agnesphilippe62
Created on May 8, 2024
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Transcript
Emile Zola 1840-1902
Extrait de Au Bonheur des dames, 1883
Eléments biographiques: Considéré comme le chef de file du naturalisme (courant littéraire inspiré par les lectures scientifiques expérimentalistes de Claude Bernard). Les textes sont ancrés dans un réalisme au service d'une démonstration qui tente à prouver l'influence du milieu sur l'individu et l'influence de l'individu sur le milieu. Il est l'auteur de la saga des Rougon-Macquart (La Fortune des Rougon, L'Assommoir, La bête humaine, Germinal, Nana...) mais également du célèbre « J'Accuse » article paru dans le journal L'Aurore sous forme d'une lettre ouverte au président de la République Felix Faure, en 1898, et qui défend l'officier Dreyfus condamné, selon lui, à tort.
Cezanne, Une lecture de Paul Alexis chez Zola, 1869-70
Texte : Et Mouret regardait toujours son peuple de femmes, au milieu de ces flamboiements. Les ombres noires s'enlevaient avec vigueur sur les fonds pâles. De longs remous brisaient la cohue, la fièvre de cette journée de grande vente passait comme un vertige, roulant la houle désordonnée des têtes. On commençait à sortir, le saccage des étoffes jonchait les comptoirs, l'or sonnait dans les caisses ; tandis que la clientèle, dépouillée, violée, s'en allait à moitié défaite, avec la volupté assouvie et la sourde honte d'un désir contenté au fond d'un hôtel louche. C'était lui qui les possédait de la sorte, qui les tenait à sa merci, par son entassement continu de marchandises, par la baisse des prix et ses rendus, sa galanterie et sa réclame. Il avait conquis les mères elles-mêmes, il régnait sur toutes avec la brutalité d'un despote, dont le caprice ruinait les ménages. Sa création apportait une religion nouvelle, les églises que désertait peu à peu la foi chancelante étaient remplacées par son bazar, dans les âmes inoccupées désormais. La femme venait passer chez lui les heures vides, les heures frissonnantes et inquiètes qu'elle vivait jadis au fond des chapelles : dépense nécessaire de passion nerveuse, lutte renaissante d'un dieu contre le mari, culte sans cesse renouvelé du corps, avec l'au-delà divin de la beauté. S'il avait fermé ses portes, il y aurait eu un soulèvement sur le pavé, le cri éperdu des dévotes auxquelles on supprimerait le confessionnal et l'autel. Émile Zola(1840-1902) Au Bonheur des Dames, Chap. 14, 1883.
Texte : Et Mouret regardait toujours son peuple de femmes, au milieu de ces flamboiements. Les ombres noires s'enlevaient avec vigueur sur les fonds pâles. De longs remous brisaient la cohue, la fièvre de cette journée de grande vente passait comme un vertige, roulant la houle désordonnée des têtes. On commençait à sortir, le saccage des étoffes jonchait les comptoirs, l'or sonnait dans les caisses ; tandis que la clientèle, dépouillée, violée, s'en allait à moitié défaite, avec la volupté assouvie et la sourde honte d'un désir contenté au fond d'un hôtel louche. C'était lui qui les possédait de la sorte, qui les tenait à sa merci, par son entassement continu de marchandises, par la baisse des prix et ses rendus, sa galanterie et sa réclame. Il avait conquis les mères elles-mêmes, il régnait sur toutes avec la brutalité d'un despote, dont le caprice ruinait les ménages. Sa création apportait une religion nouvelle, les églises que désertait peu à peu la foi chancelante étaient remplacées par son bazar, dans les âmes inoccupées désormais. La femme venait passer chez lui les heures vides, les heures frissonnantes et inquiètes qu'elle vivait jadis au fond des chapelles : dépense nécessaire de passion nerveuse, lutte renaissante d'un dieu contre le mari, culte sans cesse renouvelé du corps, avec l'au-delà divin de la beauté. S'il avait fermé ses portes, il y aurait eu un soulèvement sur le pavé, le cri éperdu des dévotes auxquelles on supprimerait le confessionnal et l'autel.
I)Une scène de liesse: 1) La folie 2) Le désir honteux II)Le personnage de Mouret: 1) Prédateur 2) Dieu III) Image arrêtée sur le XIX e : 1) Remplir le vide 2) Acheter: un nouveau culte
II) Une scène de liesse 1) folie: "cohue", "remous" et "houle" marquent le mouvement, un mouvement de vagues comme le signale la métaphore filée avec "remous" et "vagues", tandis que "fièvre" et "flamboiement" indiquent un échauffement presque maladif. On ne voit dans cette "cohue" que des "têtes", ici le narrateur emploie une synecdoque qui donne l'impression que les gens n'ont plus de corps, ne forment qu'une masse qui doit tenir la tête hors de l'eau pour ne pas se noyer. Cette folie après avoir donné "la fièvre" se fait pourtant "frissonnante et inquiète", ménageant un chaud et un froid, une antithèse qui contribue au vertige. 2) Cette liesse naît toutefois d'un désir honteux, d'une rencontre clandestine entre des amants dans un "hôtel" louche qui évoque les hôtels de passe où le désir s'exprime dans ce qu'il a de plus violent, le narrateur utilise d'ailleurs les termes "violées" à l'égard des femmes contraintes d'acheter. Ce désir aboutit toutefois à une "volonté assouvie", expression ambiguë car on ne sait si elle s'applique aux clientes ou à Mouret. II) Le personnage de Mouret 1) Prédateur: Le verbe "possédait" suscite l'idée de l'emprise comme "sa merci" le confirme. Cette emprise est dangereuse comme le signale le participe passé "conquis" et le nom "despote" qui est un souverain qui gouverne avec une autorité absolue sans contradiction. 2) Dieu: Le patronyme "Mouret" indiqué en début de paragraphe avec un usage anaphorique pour indiquer qu'il est connu. Les déterminants possessifs qui prouvent qu'il est le propriétaire des individus. Le mot "création" rappelle la Genèse, proposant peut-être un nouvel Homme. La phrase emphatique "C'était lui qui" met aussi Mouret en valeur faisant écho au mot "dieu" en fin de texte. III) Image arrêtée du XIXe 1)Remplir le vide: le narrateur fait état de l'ennui chez la femme, bourgeoise du XIXe à travers "les âmes inoccupées" et "les heures vides", femmes qui ne sont d'ailleurs que des "ombres" au début du texte, elles sont donc insignifiantes, insipides. Le meilleur moyen de remplir le vide est "l'entassement" ainsi les produits "jonchaient" le sol, un vide rempli également par "l'or" qui sonne grâce à une personnification, dans "les caisses". 2) Acheter ou prier?: On relève le champ lexical de la religion: "foi", "religion", "chapelle", "église", "culte", "dévotes", "confessionnal et autel". 2 mots qui ferment le texte sur l'idée appuyée que le grand magasin représente les nouvelles cathédrales. Quant au "culte" du "corps" et de la "beauté", on peut y voir la suprématie du superficiel et l'effacement de l'intellect. La frustration amenant à un "soulèvement" qui rappelle la folie évoquée au début de l'extrait.
Représentation du Bon Marché à Paris, au XIXe
Intérieur du Bon marché au XIXe
Réclames du XIXe:
Résumé de Au Bonheur des dames de Emile Zola, 1883. Denise Baudu arrive à Paris avec ses frères dans l'espoir d'être embauchée dans la boutique de son oncle "Au vieil Elbeuf". Mais celui-ci souffre de la concurrence d'un grand magasin "Au Bonheur des dames", dans lequel Denise se résigne à travailler. Elle y constate les travers humains: jalousie, cupidité, mesquinerie. Elle finit par être licenciée pour un motif fallacieux avant de rencontrer Octave Mouret, le propriétaire, qui lui propose de la réembaucher. Elle refuse ses avances, et lui, ne comprend pas pourquoi sa richesse ne parvient pas à acheter le corps et l'amour de Denise. Il finit pas la demander en mariage et Denise après avoir refusé, accepte.
Naturalisme: Mouvement littéraire qui connait son apogée entre 1860 et 1890 et qui veut peindre la réalité en s'appuyant sur un travail d'observation quasi scientifique et une documentation précise. Les principes généraux: _ L'Homme est déterminé par son hérédité et par son milieu. Selon le naturalisme, la psychologie du personnage s'explique par son hérédité. _ Documentation et fidélité au réel: l'écrivain se veut objectif et pour cela, il s'appuie sur des faits observés, une documentation précise pour faire de la littérature une science capable d'analyser et de rendre la nature et la société humaines.
Les Rougon-Macquart: Saga de 20 romans de Zola écrits entre 1870 et 1883, inspirée de La Comédie humaine de Balzac. Cette saga s'étend sur 5 générations depuis la tare de Adélaïde Fouque jusqu'à l'enfant à naître, fruit de la relation incestueuse entre Clotilde et son oncle, le docteur Pascal. Adélaïde Fouque a eu un fils, Pierre Rougon né de son union légitime avec un jardinier à Plassans et une fille, Ursule et un fils, Antoine, nés d'une union illégitime avec un contrebandier. Adélaïde est une femme folle dont les enfants vont hériter d'une tare: Pierre est violent et cupide, Ursule se fait battre par ses frères sans réagir et s'avère folle et tuberculeuse tandis que Antoine est paresseux et ivrogne.