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Carnaval de Schumann programme lycée bac 2024-25

annepoelen1

Created on March 23, 2024

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Carnaval op.9

Scènes mignonnes sur quatre notes

Robert SCHUMANN

Réalisation, Anne Poelen

Index

8. PRÉAMBULE

1.lA PéRIODE ROMANTIQUE

9. Marche des davidsbündler

2.lE PIANO,instrument romantique

3.Robert Schumann

10. Pierrot

4.Ses débuts à Leipzig

11.Eusébius

5.Carnaval...Généralités

12. Florestan

6.trois,quatre notes...

13. ASCH

7. la danse

14. chopin

1. La période romantique

Le romantisme est un courant d’abord littéraire, né en Allemagne au début du XIXe siècle et dont les représentants les plus marquants sont les poètes allemands : Goethe et Schiller dans leur période de jeunesse, Novalis, les frères Grimm, Shubart, Klinger, Herder... En musique, son apparition fut plus tardive et ne s’affirmera pleinement qu’à partir des années 1830.

Le romantisme est en opposition avec la période qui précède, le classicisme qui avait comme caractéristique musicale d'être limpide et structuré, avec ses représentants Haydn et Mozart. Le romantisme met en évidence la valorisation de l'individu et des sentiments. Il s'appuie sur les thèmes présents dans la littérature romantique comme la liberté, le mal être, la mort, la nature, l’errance, l’amour idéal ( jamais trouvé et souvent insatisfait) , le dépassement de soi... Le musicien romantique revendique pleinement l'incompréhension de son œuvre et même la souhaite fortement. Schumann écrivait l'année du Carnaval : "Si vous me demandez le nom de ma douleur, je ne peux pas vous le dire. Je crois que c'est la douleur elle-même, et je ne saurais pas la désigner plus justement."

La virtuosité

Cette période voit se développer la virtuosité et par là même les virtuoses que l’on va aduler. Il en est ainsi de Paganini au violon et Franz Liszt, qui fait du piano un instrument de concert et crée le récital pour piano seul. En atteste ces caricatures, témoignage de l'incroyable dextérité de ces virtuoses. Il arriva à plusieurs reprises qu’une foule compacte se masse devant l’hôtel où Liszt était descendu, jusqu’à ce qu’un piano soit transporté sur le balcon et que le hongrois joue, enfin, pour ses admirateurs en délire.

Paganini en train de jouer du violon sur lequel il ne reste plus qu'une corde

+ ANECDOTE

Liszt et ses longs doigts et nombreux bras...

Schumann était fasciné par la virtuosité, qu’il n’arrivait pas à atteindre au piano, et par les virtuoses eux-mêmes. Dans Carnaval, certains de ces virtuoses renommés sont évoqués musicalement : Paganini (Presto ) mais aussi Chiarina, surnom de Clara Wieck (Allegro suivi d’un Presto ), la pianiste virtuose, fille de son professeur de piano et qui deviendra son épouse.

C’est aussi une époque pendant laquelle la bourgeoisie et le capitalisme prennent le dessus.Une bourgeoisie cultivée qui fait vivre l’art par le soutien qu’elle apporte aux artistes et par la pratique instrumentale, surtout celle du piano, au sein même du cercle privé, en particulier dans les salons des familles bourgeoises.

Ce tableau est une pure fiction mais il est très romantique par les éléments qui le compose.

Franz Lizt au piano de Joseph Danhauser

Ce tableau est une pure fiction. Il est très romantique par les éléments qui le compose

2. Le piano, un instrument romantique

Le piano est apparu dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et a peu à peu supplanté le clavecin.

Au cours du XIXe siècle, l’instrument allait subir un certain nombre d’améliorations : -> Invention en 1823 du double échappement par S. Erard, célèbre facteur de piano parisien, qui permet une plus grande rapidité d’exécution -> Élargissement du clavier de 5 à 7 octaves ¼ -> Puissance et solidité renforcées -> Invention également de pianos de toutes sortes, droits, à queue, hybrides…

Les compositeurs

Schubert, Mendelssohn, Brahms et surtout les trois grands maîtres :

CHOPIN

LISZT

SCHUMANN

Son oeuvre est plus axée vers la poésie et la littérature

Ses compositions appartiennent à la musique pure au sens le plus intransigeant du terme

Ses préocuppations sont, soit technique avec le développement de la virtuosité, soit extra-musicales (folklore, paysages…)

Les romantiques firent du piano leur instrument de prédilection pour -> ses possibilités expressives : nuances, toucher, expression… -> sa double vocation d’instrument de salon, convenant aux évocations intimes et se suffisant à lui-même ou seul en concert (d'où l'apparition du récital pour piano seul, inconnu avant 1800) mais aussi capable de s’opposer à tout un orchestre dans un concerto.

Les oeuvres écrites pour le piano sont :-> soit de formes libres, courtes, et souvent de caractère improvisé (impromptus, préludes, nocturnes etc.) parfois descriptives (Liszt, Schumann), qui trouvent particulièrement leur place dans les salons de l’époque ( Une grande partie de la littérature de piano est destinée à l’usage privé) -> Soit des concerti pour piano et orchestre, destinés aux salles de concerts

3. Robert SCHUMANN

(Swickau, 1810- Endenich près de Bonn, 1856) Musicien allemand de la 1ère moitié du XIXe siècle.

Son père, éditeur très cultivé, le soutient dans ses doubles aptitudes, littéraires et musicales (Il lui offre d’ailleurs pour ses 16 ans, un piano à queue viennois).La bibliothèque familiale regorge de nombreuses partitions et de volumes littéraires : Byron, Shakespeare, Schiller, Goethe, Hoffmann et Jean Paul. Sa vocation musicale est soutenue par son père, mais non par sa mère, elle-même musicienne mais qui s’oppose à cette carrière. Sa vie est parsemé de décès qui ébranle son âme sensible : la mort prématuré de son père, en 1826 à l’âge de 53 ans, le suicide de sa sœur la même année; celles d’un de ses frères et d’une belle sœur aimée, en 1832, et son fils qui meurt en 1847 à l’âge d’un an…

En 1828, il part à Leipzig étudier le droit, choix imposé par sa mère et son tuteur, tout en suivant l’enseignement pianistique de F Wieck. Par la suite, il tombera amoureux de Clara, la fille de son professeur. Mais le père de celle-ci s’oppose à leur union et Schumann doit attendre 1840 pour épouser Clara, après une action en justice. Suite à un accident à un doigt, Schumann renonce à sa carrière de pianiste et se tourne vers la composition et la critique musicale. D’un caractère dépressif, il sombrera peu à peu et terminera ses jours dans une clinique psychiatrique.

Au cours du XIXe siècle, l’instrument allait subir un certain nombre d’améliorations : -> Invention en 1823 du double échappement par S. Erard, célèbre facteur de piano parisien, qui permet une plus grande rapidité d’exécution -> Élargissement du clavier de 5 à 7 octaves ¼ -> Puissance et solidité renforcées -> Invention également de pianos de toutes sortes, droits, à queue, hybrides…

Ses oeuvres

pour le piano

pour la voix

pour l'orchestre

Il n’écrit tout d’abord que pour cet instrument: Op. 1 à 23, 26, 28 et 32; Variations « Abegg » ; Papillons; Carnaval; Fantaisies op 12; Etudes symphoniques; Scènes d’enfants; Humoresque; Kreiskeriana; Fantaisie en ut. A partir de 1840 les œuvres pour piano deviennent plus rares, dans des cadres plus conventionnels (forme sonate) : Sonates pour piano; sonates pour violon et piano; 1 concerto pour piano; 2 konzertstucke avec orchestre; 1 quatuor avec piano; 1 quintette avec piano; Novelettes

Il écrit des lieder qui combine son goût pour la littérature et le piano. Entre autres 2 cycles : Amour et vie d’une femme et Les amours du poète.

Il écrit des Concertos et symphonies. Son manque d’expérience dans ce domaine est compensé par une richesse mélodique des thèmes et des élans lyriques..

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4. Liepzig

La ville de Leipzig, autour des années 1830 est la deuxième ville de Saxe après Dresde, la capitale. C’est une ville riche intellectuellement et commercialement : Elle possède une université renommée depuis fort longtemps où les fils Bach, Goethe, Leibniz y ont étudiés, des centaines de librairies, des maisons d’éditions et journaux parmi lesquels des journaux de musique ainsi que trois foires annuelles qui attirent de nombreux visiteurs.

En 1828, Schumann jeune musicien de 24 ans y vient pour étudier le droit à l’université… sans conviction, et surtout la musique. Il prend des cours de piano avec Friedrich Wieck, professeur renommé, et des leçons de contrepoint et de théorie avec le chef d’orchestre de l’opéra.

La crise de 1833

Schumann doute de ses capacités à devenir un pianiste virtuose à cause d’études tardives qui laissent trop de lacunes à combler. Par ailleurs Il assiste aux progrès foudroyants de la petite Clara, la fille de son professeur et demeure subjugué devant la virtuosité du célèbre violoniste Paganini.Désespéré, Schumann en 1832, a l’idée saugrenue de travailler avec le médius de sa main droite maintenu immobile par une ligature afin d’assurer l’indépendance du problématique quatrième doigt. Le troisième doigt paralysé met fin définitivement à l’espoir d’une carrière de pianiste. A cela s’ajoute deux deuils venus raviver encore les deuils anciens de son père et de sa sœur : celui de Julius, l’un de ses frères, mort de la tuberculose, et celui de Rosalie, sa belle-sœur, victime de la malaria et à laquelle il était tendrement attaché. La crise éclate en 1833, la peur de devenir fou !

Schumann, écrivain

Rétabli, Schumann lance en avril 1834 une revue musicale, la Neue Zeitschrift für Musik ou NZM . Il sera pendant dix ans, le seul rédacteur de cette revue bi-hebdomaire.L'introverti et peu loquace Schumann se révèle alors un critique musical brillant, alternant l'humour, le sarcasme et l'éloge. Ses articles sur Schubert, Berlioz, Chopin… restent des modèles de critique poétique, d'autres comme ceux qu'il écrit sur Meyerbeer sont d'une ironie et d'une virulence rares.

Il signe ses articles des pseudonymes Florestan et Eusebius, s’inspirant des héros du roman Flegeljahre de Jean Paul, les jumeaux Vult et Walt aux caractères opposés, un stratagème pour donner vie à ses articles en introduisant un dialogue entre deux personnages aux avis divergents.

Schumann, dans cette revue, met également en scène une confrérie, les Davidsbundler (Les Compagnons de David, faisant référence à David et ses compagnons de la Bible, partis en guerre contre les philistins). Il s’agit ici d’un groupe d'amis compositeurs et écrivains qui s’oppose aux "gardiens d’un ordre musical rétrograde". On y retrouve entre autres Maître Raro (Friedrich Wieck), Zilia (sa fille Clara) et Eusebius, rêveur introverti, et Florestan, passionné et combatif (les doubles de Schumann), ainsi que des membres d'honneur comme Chopin et Paganini.

La revue Neue Zeitschrift für Musik ou NZM

Trois grandes orientations :1/ Attaquer la musique qualifiée par lui-même de « plate », celle des « célébrités du jour » : les maîtres du grand opéra comme Rossini et Meyerbeer, les « compositeurs-virtuoses du piano » comme Henri Herz et Franz Hünten;2/ Défendre Beethoven, Schubert et Weber contre l'oubli, de même que Mozart et Jean-Sébastien Bach, en tant que devanciers de cette grande tradition; 3/ Encourager les contemporains qui lui paraissaient reprendre la succession de Beethoven, à savoir Mendelssohn, Chopin, Berlioz, Liszt, Ferdinand Hiller.

5. Le carnaval

La place du carnaval dans l'histoire culturelle allemande est légendaire :Période de désinhibition qui précède le carême, et dans laquelle on peut tout faire, tout clamer sans craindre de représailles, parce qu’on y avance masqué. Ainsi les personnifications insolites vont s’y multiplier : bossus, contrefaits, masques doubles mi-homme mi-femme… C’est aussi le lieu de la danse, des bals masqués, du laisser-aller et de la frivolité...

Par la manière même de se cacher derrière un masque, chacun révèle également sa nature profonde. C'est le thème romantique par excellence, puisqu'il exprime la dualité de la personne, l'incertitude dans la connaissance de soi... la hantise du Djoppelgànger, le jumeau maléfique.

Voici ce qu'en dit Jean-Paul dans son ouvrage Flegeljahre, l'oeuvre de référence de Schumann :

1. Préambule 2. Pierrot 3. Arlequin 4. Valse noble 5. Eusébius 6. Florestan 7. Coquette 8. Réplique SPHINXS 9. Papillons 10. A.S.C.H. S.C.H.A. (Lettres dansantes) 11. Chiarina 12. Chopin 13. Estrella 14.Reconnaissance 15. Pantalon et Colombine 16. Valse allemande 17. Paganini 18. Aveu 19. Promenade 20. Pause 21. Marche des Davidsbüdndler contre les Philistins

Le Carnaval de Schumann

Suite de 21 pièces courtes (miniatures) pour piano dont la composition commence en décembre 1834 et s’achève l'été suivant, en 1835. Bien que l'œuvre comporte 22 titres, seulement 21 pièces sont numérotées : « Sphinxs » n’est pas numéroté, ni joué (comme indiqué dans le manuscrit).

Y a-t-il un jeu de numérologie comme le pratiquait Bach?

- Le titre n° 10, ASCH SCHA, qui se place environ au centre de l’œuvre, trouve son sens dans les 3 motifs de 3 et 4 notes, placés sous le titre Sphinxs, un jeu sur les lettres-notes de ASCH comme le pratiquait Bach avec son propre nom.- 21, le nombre de pièces, un chiffre parfait, présent dans la littérature de Bach et qui vient de la multiplication de 2 autres chiffres parfaits, 7 et 3.- 7, la Coquette, la fiancée du moment, « Estrella » ou Ernestine et qui régit l’œuvre par son motif inspiré de sa ville natale ASCH?- 3 comme le nombre de motifs dans Sphinxs ?- 9, chiffre parfait et qui vient de la multiplication de 3 par 3, qui a pour titre Papillons, déjà exploité dans une œuvre antérieur, l’opus 2, et qui renvoie aussi à l’univers du Carnaval …

Miniature ou pièce caractéristique

Le Carnaval est constitué de pièces courtes, appelées "miniatures" ou "pièces caractéristiques". Elles sont assez courantes dans la production pour piano de Schumann : Il signe également d’autres œuvres aux titres évocateurs comme Papillons, Kreisleriana, Scènes de la forêt, Arabesque, Humoresque, Fantaisie, Novellettes… Au XIXe siècle, les compositeurs ne se contentent plus de musique pure mais sont de plus en plus préoccupés de délivrer une idée, un message au travers de leur musique et éveiller l'imaginaire de l'interprète et de l'auditeur. Ainsi, au piano, la miniature va se développer au cours du siècle : Elle a pour caractéristique d’être porteuse d’un titre à teneur souvent poétique, conditionnés par la peinture ou la poésie (Aquarelle, Humoresque), parfois plus fantaisiste ou plus hermétique.

Les personnages du Carnaval

Personnages commedia del'arte

Personnages réels mais masqués

Personnages réels sans masque

Eusebius [Schumann] Florestan [Schumann] Chiarina [Clara Wieck] Estrella [Ernestine von Fricken]

Pierrot, Arlequin, Pantalon Colombine

Chopin Paganini

Eusebius [Schumann] Florestan [Schumann] Chiarina [Clara Wieck] Estrella [Ernestine von Fricken]

Le Carnaval est donc en partie autobiographique : sous certains masques se cachent des amis et compositeurs qu’il estime, ses amours et lui-même.On trouve également des situations propres à la fête, comme Valse noble, Valse allemande (hommage à Schubert que Schumann semble ressusciter à travers ces pages) et d’autres situations liées au carnaval comme Aveu, Promenade et Reconnaissance (l'un des jeux favoris des bals masqués).

Schumann s'inspire du roman Flegeljahre (l'âge ingrat), de Jean-Paul Richter, son auteur de prédilection, pour certaines de ses créations musicales, dont Carnaval :Dans le dernier chapitre, Jean-Paul décrit l’atmosphère d’un bal masqué et sa succession de visions brèves et fantastiques, qui se suivent dans un désordre apparent. Schumann emprunte cette idée pour son Carnaval, constitué de successions de petites pièces dansantes.

Un autre emprunt est celui des jumeaux, Walt et Vult, aux caractères opposés (le premier timide et rêveur et le deuxième farceur et insolent) qui échangent leurs masques pour mettre à l’épreuve Wina, la jeune femme aux « paroles ailées du désir [Papillons] » et qu’ils aiment tous les deux. Ces deux personnalités contrastées donneront naissance aux « masques » de Schumann à travers Eusébius et Florestan.

Schumann y fait déjà référence dans une œuvre antérieure, Les Papillons, op 2 (1829-1831) , une suite de pièces pour piano représentant également un bal masqué.

Les titres des pièces de Carnaval vont souvent par paires. Successifs ou dissociés, ils se font mutuellement écho : Valse noble (4) et Valse allemande (16) Coquette (7) et sa Réplique (8) Pierrot (2) le rêveur et Arlequin (3) le fantasque. Deux masques de de la Commedia dell’arte aux personnalités opposées. Une dualité qui n’est pas sans rappeler celle des doubles de Schumann : Eusebius (5) et Florestan (6) Colombine (15) issu de la commedia dell’arte se dédouble, en Chiarina (11) (Clara, la future épouse) et Estrella (13) (Ernestine von Fricken, la fiancée) Chopin (12) et Paganini (17) deux musiciens admirés par Schumann Préambule (1) et la Marche des Davidsbündler (21) , deux pièces possédant des fragments identiques ce qui donne à l'œuvre une forme cyclique.

1. Préambule 2. Pierrot 3. Arlequin 4. Valse noble 5. Eusébius 6. Florestan 7. Coquette 8. Réplique SPHINXS 9. Papillons 10. A.S.C.H. S.C.H.A. (Lettres dansantes) 11. Chiarina 12. Chopin 13. Estrella 14.Reconnaissance 15. Pantalon et Colombine 16. Valse allemande 17. Paganini 18. Aveu 19. Promenade 20. Pause 21. Marche des Davidsbüdndler contre les Philistins

6. Scènes mignonnes sur quatre notes

C’est le sous-titre de l’ œuvre!Le titre original allemand était Fasching : Schwànke auf 4 Noten. L'éditeur français Schlesinger souhaitait un titre plus approprié et plus séduisant pour le public parisien. Schumann a donc modifié le titre en gardant la traduction de Fasching qui signifie Carnaval et en transformant Schwanke (farces, bouffonneries ou anecdotes) en scènes mignonnes.Schumann nous propose donc des tableautins, une sorte de « théâtre » exprimé en musique, validant ainsi l'esprit de la fête propre au carnaval et justifiant la présence des personnages de la commedia del’arte. La musique rend donc ce que le sous-titre annonce.Mais quelles sont ces quatre notes? Sphinxs, un des 22 titres de ce cycle nous en donne la clé!

Sphinx

Après la 8e pièce, sous le titre de Sphinxs ( titre repris du manuscrit avec le « s »), Schumann présente des rébus de lettres-notes, non destinés à être joués :

Dans la mythologie égyptienne, le terme « sphinx » serait dérivé du sanskrit स्थग, sthag, en pali thak, signifiant « dissimulé ». Les représentations de sphinx égyptien, statues de pierre, sont généralement associées au rôle de gardien des tombes royales ou des temples religieux.

Les "sphynxs" de Schumann seraient-ils les gardiens de cette suite pour piano et dévoileraient ainsi la clé « dissimulée » dans les diverses pièces de l’œuvre? Ce qui est sûr, c’est que ces rébus gouvernent l’œuvre dont ils fournissent les motifs pour pratiquement chaque personnage ou tableau.

En allemand, les lettres correspondent également à des notes musicales

Et Bach utilisera parfois son nom comme motif dans certaines de ses pièces :

Schumann se prête également à ce jeu : « Je viens de me rendre compte que Asch est un nom très musical, que les mêmes lettres se retrouvent dans mon nom, et [qu'elles] sont les seules musicales ». Asch, petit village de Bohême près de Leipzig, dont est originaire Ernestine von Fricken, la fiancée du moment de Schumann et élève comme lui de Friedrich Wieck, son professeur de piano.

S n’est pas une note mais Es ( qui peut être également prononcé « s ») indique un bémol. ASCH peut donc se traduire musicalement de 2 façons : - 3 notes : As (lab) - C (do) - H (si bécarre) - 4 notes : A(la) - S (à traduire par Es = mib) – C (do) – H (si bécarre) Le Sphinx 1 (non présent dans l'oeuvre) correspond aux quatre lettres musicales de SCHumAnn : S (Es = mib) - C(do) - H(si bécarre) – um - A(la) - nn

Schumann insère ce motif dans pratiquement chaque pièce du Carnaval, utilisant d’abord la formule à quatre notes : la - mi bémol - do - si bécarre puis à partir de Sphinx celle à trois notes : la bémol - do - sibécarre. Souvent présent dans les premières notes d'une pièce, comme un élan initial, parfois glissé de manière plus cachée, ce court motif mélodique sert de fil conducteur au recueil.

Sur le plan tonal, l’ouvrage se divise en deux pans toujours autour de Sphinx et autour d’une progression irrégulière de quinte en quinte : - La première partie (de 1 à 8) : globalement deux quintes ascendantes Lab – Mib - Sib - La deuxième partie, à travers une progression de quinte descendante Mib – Lab - (Réb)

7. La danse

Dès son arrivée à Leipzig, Schumann, découvre les danses des viennois, en particulier les valses qu’il s’est régalé à jouer à 2 mains et à 4 mains avec ses amis.Dans ce cycle pour piano, la danse apparait explicitement dans certains titres : la Valse noble et la Valse allemande, hommage à Schubert, lui qui a écrit plus de 400 danses pour le piano, dont une grande majorité de valses (valses, ländler, Deutsche). Schumann l’exprime aussi dans un autre intitulé : ASCH-SCHA, lettres dansantes (3/4),qui est également une pièce dansante . Même si d'autres titres ne font pas directement référence à la danse, ils sont bien souvent une invitation, en particulier à la valse avec le chiffre de mesure 3/4 et un accompagnement caractéristique à la main gauche :

La valse du Préambule qui suit la marche d’ouverture puis la farandole colorée qui enchaine; Arlequin (3/4); Florestan (3/4) qui reprend le thème de la valse principale du premier mouvement de Papillons; Coquette (3/4); Réplique (3/4) Chiarina (3/4) et sa mazurka au rythme pointé et résolu qui la caractérise; la fin de Paganini (3/4); Promenade (3/4); Pause (3/4); Estrella (3/4); La Marche finale (3/4).

La danse est donc omniprésente dans Carnaval de Schumann et il n’est pas surprenant que cet ensemble de petites pièces ait inspiré les Ballets Russes de Diaghilev en 1910. Pour cette occasion, Le Carnaval fut donné dans une version orchestrale de, entre autres, Rimksi-Korsakov et Glazounov, chorégraphié par Michel Fokine dans des décors et costumes de Léon Bakst.

Préambule (1)

Première pièce du cycle

Deux parties très opposées: - Une marche - Une valse (en 3 étapes) coda

1ère partie : Marche d’ouverture, thème majestueux

L'arrivée des personnages du Carnaval au bal masqué !

Appui sur le IVe degré au début de la phrase A et qui donne un élan ascendant.A évolue de LAb vers le ton du Ve degré, MIb. A’ retour en LAb.

Découpage très régulierA ( a1- a2) :II B A’ (a’1 – a’2 – a’2) Un rythme omniprésent

Partie B , emprunt mélodique :un extrait des Trauerwalzer , D365 de Franz Schubert.

L'emprunt chez Schumann est une pratique courante, que ce soit des fragments mélodiques provenant de ses propres compositions ou de compositions d'autres compositeurs.

Emancipation de l'écriture pour piano

- La doublure de mélodie à l’octave (main droite + main gauche) Le déplacement de la main gauche nécessite l'utilisation de la pédale pour respecter la note tenue - Un grand ambitus - De grands accords de 6/7 notes Certains accords de la main gauche, d’un ambitus trop large pour être joués en un seul geste sont rapidement arpégés et entendus pleinement grâce à la pédale - Des déplacements de la main droite pour compléter un accord de la main gauche comme ici dans le A’ : le thème est entendu comme au tout début grâce à l’utilisation de la pédale. - Ecriture de la main gauche en doublure d'octave

2ème partie : Le bal 3 étapes

Un épisode dansant sur un rythme de valse et qui s’accélère progressivement. Les accords larges aux deux mains sont abandonnés au profit d’un espace sonore scindé, avec d’un côté la mélodie jouée à la main droite et un accompagnement de valse à la main gauche.

Le bal en 3 étapes

1. Tout d’abord Più moto (plus animé), un motif de 5 notes (4 croches-noire) à la main droite sur un rythme de valse à la main gauche et qui est repris dans divers registres, grave, médium, aigu, à la main droite, à la main gauche, en tuilage, et qui varie suivant la progession harmonique du morceau. C’est une amorce du thème qui apparait plus loin.

2. Vient ensuite le thème de la valse dont l’incipit reprend le motif précédent.La mélodie est toujours jouée par la main droite tandis que la main gauche poursuit son accompagnement sur un rythme de valse.

3. Le tempo s’accélère: Animato puis Vivo

Episode très virtuose avec une main droite qui parcourt très rapidement le clavier du grave à l’aigu et une main gauche, avec des déplacements, des octaves parallèles, de grands accords etc.

CODA : Une fin en apothéose dans un tempo Presto. Pas de thème.A la main droite, une gamme ascendante et descendante entendue deux fois puis l’accord de tonique arpégé, et à la main gauche une écriture en accord avec la présence du Lab en pédale répétée ( +7 - 5 )Une affirmation de la tonalité de LAB Majeur.

Préambule dans la version chorégraphiée des Ballets Russes

Marche des Davidsbündler contre les Philistins (21)

Cette pièce fait écho («double ») à la 1ère pièce, Préambule en reprenant de larges fragments.La structure est pratiquement identique : deux parties contrastées 1/ Marche triomphale des Davidsbündler 2/ Valse (4 étapes) coda

Dernière pièce du cycle

Les Davidsbündler

Personnages que Schumann met en scène dans sa revue et qu’il a musicalisé dans certaines pièces de ce cycle : Chopin, Paganini, Chiarina, Estrella, indirectement Schubert, Eusébius, le discret et Florestan à la critique mordante.

Ils sont les défenseurs de la nouvelle musique qu’incarne Berlioz, Liszt, Mendelssohn, Wagner même si c’est avec réserves, etc. et gardent un attachement indéfectible à la grande tradition, Bach, Mozart, Haendel, Beethoven, Schubert…« Les Philistins » sont tous ceux qui refusent et s’opposent à cette nouvelle génération de musiciens pour leur préférer les «vieux contrapuntistes, anti-chromatiques » et les pianistes virtuoses à la superficialité affichée.

Pause (20)

Pause précède la Marche. Il s'agit d' une reprise identique de la fin de la valse du Préambule, avant la coda finale. Pause en allemand, a une double signification : arrêt et calque. On retiendra ici l’idée de « calque » avec cette reprise intégrale d’un passage du Préambule (mesures 87 à 114).Dans Préambule, ce passage est une transition vers la coda finale. De même, Pause sert d’introduction à la Marche des Davidsbündler, dernière pièce du cycle.

Première partie : la Marche

Si le plan est identique à celui de préambule, le thème de la marche est différent, il s'agit ici de la marche triomphale des Davidbündler face aux conservateurs, les "Philistins" ! Comme dans la marche de Préambule, cette Marche des Davidsbündler est martelée par des accords très larges de 6 sons aux deux mains.

Une carrure simple et régulière, proche du découpage du thème du préambule :A (a1 – a2 :II: B A :IIUne régularité rythmique simple : noire – 2 croches – noireLes rythmes pointés majestueux de l’ouverture laissent place ici aux rythmes réguliers de croches et noires.Des premiers temps très appuyés dans la partie A (sf)

Deuxième partie : la Valse

Après la marche, la valse qui s’accélère progressivement.

Alternance entre : - grands accords et - mélodie à la main droite et accompagnement de valse à la main gauche

Le rythme de cette valse avec sa noire pointée est issu du « Thème du XVIIe siècle » et que Schumann place un peu plus loin, d’abord à la main gauche dans le grave et qui se poursuit à la main droite.

Thème du XVIIe siècle

Und als der Grossvater die Grossmutter nahm,Et quand le grand-père prenait la grand-mère,Da war der Grossvater ein Bräutigam.Là le grand-père était un fiancé.

Ce thème est la citation d’une danse allemande traditionnellement exécutée lors des fêtes et mariages au XIXe siècle : La danse du grand-père (Grossvater Tanz). La mélodie, plus ancienne, vient d’une chanson du XVIIe siècle sans doute de Karl Gottlieb Hering (1765-1853). Structure : 3 sections avec deux caractères opposés ( Andante – Allegro)

Schumann cite ce thème dans deux de ces pièces pour piano :

- Ici dans cette Marche des Davidsbündler avec l'utilisation d'un bref extrait, la 1ère section de la danse :

- Dans une oeuvre antérieure, Papillons, op. 2 (1831) qui reprend dans son final, la 1ère et la 2ème sections de la danse :

Structure de la valse

Après la Valse des Davidsbündler, suit un fragment de la valse du Préambule.Puis, les deux thèmes reviennent avec quelques modifications.Enfin la pièce se termine sur le retour amplifié du Presto du Préambule.

Pause et Marche des Davidsbündler dans la version chorégraphiée des Ballets Russes

Pierrot (2)

Deuxième pièce du cycle

« Pierrot », personnage de la commedia dell’arte, le valet dont on s’amuse et qui est manipulé. Son costume est à l’image de sa naïveté.Watteau l'a peint à de nombreuses reprises. Dans le tableau « Pierrot, dit autrefois Gilles ».On le voit avec son ridicule costume de satin blanc et ses manches relevées à mi-parcours, la collerette sans panache, le pantalon trop court, et son chapeau relevé en haut du crâne qui le rend encore plus ridicule.

Doux, rêveur et amoureux de Colombine et que Schumann musicalise dans son carnaval dans un tempo moderato à 2 temps.

Il trouve son double musical avec un autre personnage de la commedia dell’arte, Arlequin au costume bariolé et au caractère opposé, dans un vivo à 3 temps.

Schumann donne au personnage une allure indécise, rêveuse, et qui avance à pas feutrés. Une pièce en demi-teinte, monotone avec ses répétitions nombreuses.

Tempo modéré chiffre de mesure binaire (et peu dansant) nuance Pianopas d’affirmation de tonalité simplicité d’écriture Pas de virtuosité.

Structure bipartite, structure simple que l’on trouve dans les danses dès la Renaissance et qu’on appelle forme binaire à reprises :

II: A (a1 – a’1) :II: B (4 fois b) A’ (a1 –a'1 – a1- a'1) coda : II

Partie A

Partie B Toujours une grande sobriété d’écriture.On entend quatre fois un motif (b) joué en accord, pianissimo, et qui enchaîne avec la même ponctuation entendue en A, joué forte.

Partie A’ ( A entendu 2 fois) qui progressivement s’affirme et à laquelle s’ajoute un passage conclusif.

Pierrot dans la version chorégraphiée des Ballets Russes

Eusébius (5)

cinquième pièce du cycle

Eusébius et Florestan sont les deux personnages ou masques de Schumann qu’il utilise pour signer certains de ses articles, les deux facettes opposées de l'individualité de Schumann :l'introverti dans la vie et celui qui se révèle pétillant et sarcastique dans certains de ses écrits !

Dans le roman Flegeljahre de Jean-Paul Richter (source d’inspiration de Schumann), les jumeaux Vult "sauvage" (Florestan de Schumann) et Walt, "tendre" ( Eusebius de Schumann), aiment tous deux Wina. Lors d'une fête, Vult prend le masque de son frère, et se rapprochant de Wina, il comprend alors qu'elle préfère son jumeaux, le doux Walt.

Dans le calendrier, le 13 août est le jour de Ste-Aurora, le 12 août celui de Ste-Clara et le 14 août celui de St-Eusébius. Schumann y lit (il l’écrit à Clara) le chiffre d’une promesse, d’une union future, d’autant que cette Aurora contient la fusion des deux prénoms Robert et Clara, en première et dernière syllabe : Aur (= Ro (rau) de droite à gauche) – o- ra;

Étymologiquement, Eusebius signifie « le pieux », celui qui honore les dieux – réminiscence du Walt, diminutif pour Gottwalt, « règne de Dieu ».

Schumann invite donc ses doubles, Eusébius et Florestan, dans son Carnaval dans deux pièces qui se suivent (numéros 5 et 6). On ne peut que les rapprocher des deux personnages de la Commedia dell’arte, aux caractères opposés, Pierrot et Arlequin également présents dans ce Carnaval (numéros 2 et 3), les doubles des doubles de Schumann.Seule, la pièce n° 4, La valse noble sépare ces doubles.

Musicalement, Eusébius et Pierrot possèdent des similitudes :Pièce lente, ici Adagio chiffrage binaire 2/4 caractère tendre nuances feutrées, ici Sotto voce présence de chromatismes dans la main gauche Pas de virtuosité.

La structure d'Eusébius

3 parties, A B A : A ( a a b a) B ( b’ a’) A’ ( b a)

Pas de nouveau thème dans la partie B mais amplification des éléments de A Parenté mélodique des thèmes a et b Carrure régulière de quatre mesures.

Deux sections contrastées

Les qualités pianistiques sont ici très éloignées de la virtuosité et demandent un jeu délicat et expressif mettant en valeur la sonorité et la musicalité. Grande souplesse rythmique avec la présence des septolets, quintolets et triolets et les ralentis (« rit » = ritenuto) qui demande un jeu rubato. La pièce est ainsi suspendue et inégale dans sa perception et son jeu. Le sphinx de 4 notes, la-mib-do-si, est subtilement présent dans la volute du thème a

Eusébius dans la version chorégraphiée des Ballets Russes

Florestan (6)

sixième pièce du cycle

Florestan, le double d’Eusébius, l’autre masque et personnalité de Schumann, est extraverti, passionné et fougueux.

Florestan et Arlequin (son équivalent dans la commedia dell'arte) adoptent des caractéristiques musicales communes:pièce rapide, chiffrage ternaire (¾), caractère passionné, même armure (2 bémols)

On trouve également dans l’incipit, une similitude mélodique avec la présence du « sphynx » de 4 notes ASCH, la-mib-do-si bécarre:

Une agitation propre au caractère de Florestan, l’impétueux.

- Beaucoup d’indications de fluctuation de tempi qui demande un jeu rubato : passionato, ritenuto, adagio, a tempo, accelerando - Beaucoup d’indications de dynamique qui donne un jeu perturbé avec des effets de surprise : crescendo, decrescendo, sforzando, leggiero, piano, nombreux accents - Beaucoup de contrastes : épisodes mineurs / majeurs qui alternent, motifs descendants qui balaient soudainement le clavier

L’accompagnement à la main gauche est caractéristique de celui de la valse : rythme ternaire, note de basse sur le temps fort, suivi de l’accord sur le 2e et 3e temps.

Florestan s’invite au bal (masqué) pour une valse !

Un passage de la pièce est une auto-citation de la valse issu de la 1ère pièce de Papillons, avec l'inscription entre parenthèses « Papillon ? » :

Thème de la valse dans Papillons :

Trois thèmes structurent la pièce :- Le thème fougueux de Florestan- Le thème de la valse de Papillons, qui donnera naissance à un autre thème : - le thème de la valse de Florestan

Le thème fougueux de Florestan

Deux éléments, en sol mineur, très agités : a : avec le motif ASCH, entendu 2 fois b : grande descendante exubérantesuivi de a’ = a attendri, en Sib majeur,élément de transition qui appartient à la fois à Florestan et qui introduit également le thème de Papillons : Florestan entre dans la valse.

Le thème de la valse de Papillons

Son apparition se fait en deux temps : - d’abord un clin d’œil, précédé de a’ - Puis clairement énoncé, toujours précédé de a’

Le thème de la valse de Florestan

Reprend le motif caractéristique de 4 notes conjointes descendantes sur le rythme de noire pointée croche blanche du thème de la valse de Papillons, auquel s’ajoutent en contrepoint des lignes chromatiques, toujours précédé de a’.

Par la suite, dans l’effervescence de la valse, a’ va disparaitre.

La structure Un plan en trois parties A B A'

Structure de la pièce Florestan

Florestan dans la version chorégraphiée des Ballets Russes

ASCH-SCHA (Lettres Dansantes) (10)

dixième pièce du cycle

Le titre ASCH-SCHA (Lettres Dansantes) fait référence à SPHINXS, page non destinée à être jouée, placée avant la neuvième pièce Papillons, et qui présente, sous forme de rébus, le motif de trois ou quatre notes présent dans pratiquement chaque pièce du Carnaval. Le "sphynx" utilisé ici est le sphinx n° 2, le motif de 3 notes : lab – do – si bécarre, les trois premières notes de la pièce, et qui inclut la petite note, si bien qu'avec la vitesse, ce motif passe pratiquement inaperçu.

Le titre fait aussi allusion à la danse, une des caractéristiques de Carnaval : le chiffre de mesure ¾, la nuance piano et l’accompagnement nous évoque une valse légère.

La structure rejoint cette allusion avec une forme binaire monothématique, forme qui s’impose dès la renaissance dans les pièces destinées à être danser :II: A :II: B A’ :II (A = thème B = développement des éléments de A)

- Partie A : le thème - Partie B : le thème A élargi vers l'aigu, doublures d'octaves et crescendi

- Retour de la partie A, sans modification. Un ensemble assez bref si bien que Schumann ajoute 8 mesures de transition qui permettent un Da Capo pour réentendre l’ensemble (sans les reprises). - Transition avant le Da Capo

ASCH dans la version chorégraphiée des Ballets Russes

Chopin (12)

douzième pièce du cycle

Qui est Chopin?

Frédéric CHOPIN

Né en Pologne en 1810 Quitte définitivement la Pologne pour Paris à l’âge de 21 ansSuccès mondain comme compositeur, interprète et professeur Liaison avec George Sand de 1838 à 1847Meurt à Paris en 1849 à l’âge de 39 ans (sans doute de tuberculose)

Pianiste virtuose et essentiellement compositeur pour son instrument, il contribua, avec Schumann et Liszt, à fixer la littérature et la technique modernes du piano. La plupart de ses œuvres, par leurs formes libres, leur brièveté et la liberté qu’elles permettent dans l’interprétation (rubato), révèlent le brillant improvisateur que fut Chopin.Nourri des grands classiques et admirateur de Mozart, il répugne aux manifestations romantiques extérieures (d’un Liszt ou d’un Berlioz) aux emprunts littéraires (d’un Schumann) .Son art raffiné et intérieur est avant tout adapté aux salons parisiens du règne de Louis-Philipe, que Chopin fréquenta assidûment et où il rencontra l’élie intellectuelle et artistique.Toutefois, nombre de ses grandes pages (polonaises, ballades) laissent transparaître ses origines slaves (par sa mère) et évoquent sa nostalgie à l’égard de la Pologne.

Schumann découvre Chopin à travers ses Variations op. 2 pour piano et orchestre sur « Là ci darem la mano » de Mozart. Schumann va les travailler avec assiduité. Son intérêt pour l’œuvre va grandissant après son audition par Clara Wieck, en juin 1831. Mais bien vite, Schumann comprend qu’il ne pourra jamais interpréter ces variations avec la même aisance que Clara.

A la même période, Schumann prend conscience de ses dons littéraires. Les variations de Chopin lui inspirent son premier article, paru dans l’Allgemeine musikalische Zeitung le 7 décembre 1831, qui érige Chopin en génie et offre un commentaire poétique de cette œuvre. Cet article marque les débuts de Schumann en tant que critique musical. Trois ans plus tard, en 1834, Schumann créera son périodique, le Neue Zeitschrift für Musik.

Pour son article, Schumann ne parle pas directement de la musique mais des émotions qu’elle suscite. Il en fait une œuvre littéraire qui puise ses sources dans une œuvre musicale. C’est à cette occasion qu’il invente ses doubles, Florestan et Eusébius pour donner vie à sa critique sous forme d’un échange entre les personnages.Voici en résumé le début de l'article :Le narrateur, Julius raconte sa découverte de l’œuvre de Chopin. Installé au piano avec Florestan, Eusebius entre en s’exclamant : « Chapeau bas, messieurs, un génie », et place devant eux une partition de musique dont il cache le titre. Julius a recours alors à un langage poétique pour traduire ses émotions face à la partition : « beaucoup d’yeux étranges, des yeux de fleur, des yeux de basilic, des yeux de paon, des yeux de jeune fille ». Il finit par y reconnaître l’air Là ci darem la mano de Mozart :« Leporello semblait réellement me cligner des yeux, et Don Juan volait devant moi en manteau blanc ». Eusebius, se met alors au piano à la demande de Florestan pour interpréter l’œuvre. Ce n’est que vers le milieu de l’article que Florestan et Julius découvrent le titre et notent avec surprise qu’il s’agit d’une œuvre de jeunesse d’un compositeur inconnu du nom de Chopin.

Par sa « prose musicale » et son langage très visuel, Schumann offre une forme inédite et novatrice de critique musicale qui s’inscrit dans la mouvance romantique d’un Jean Paul.A travers cet article, Schumann brandit les variations de Chopin comme un étendard contre la virtuosité démonstrative de nombreuses variations brillantes de ses contemporains. Chopin restera relativement indifférent aux écrits élogieux de Schumann. Dans sa lettre à Titus Woyciekowski du 12 décembre 1831, Chopin se réjouit de l’enthousiasme de Schumann qui conçoit ses variations comme un « tableau fantastique », mais s’amuse de l’« imagination de cet Allemand ». Les deux compositeurs, Schumann et Chopin se sont vus deux fois à Leipzig, le 27 septembre 1835 et le 12 septembre 1836 (après la composition de Carnaval). En outre, Schumann a dédié ses Kreisleriana op. 16 (1838) à Chopin qui, en retour, lui dédiera sa Deuxième Ballade op.38 (1840).

Dans Carnaval, deux compositeurs de l’époque, Chopin et Paganini, sont mis à l’honneur par Schumann et forment une paire, non masquée! Schumann leur rend hommage en reproduisant leur style musical :

- une pièce virtuose pour Paganini - une pièce très expressive pour Chopin et qui peut nous faire penser à un Nocturne

La pièce CHOPIN du Carnaval de Schumann, reprend les mêmes procédés d'écriture que les Nocturnes de Chopin cités précédemment :- Une mélodie simple à la main droite- Des accords arpégés très larges à la main gauche- L’utilisation de la pédale pour soutenir chaque accord- Un caractère épanché qui demande un jeu rubato- L’harmonie également nous rappelle les glissements de tons et les chromatismes caractéristiques de l’écriture de Chopin.

La structure est très simple : une partie A entendue deux fois. Le « sphynx », en toute logique, n’est pas présent dans cette pièce.

Chopin dans la version chorégraphiée des Ballets Russes

Conclusion

A travers le sous-titre du Carnaval, Scène mignonnes sur quatre notes, Schumann a pris le parti d’inclure un motif inspiré par la ville natale de sa fiancée de l’époque.Ce motif est présent dans pratiquement toutes les pièces du Carnaval.Mais les fiançailles ne dureront que quelques mois. Une autre femme est également présente dans le paysage de Schumann et dans cette œuvre pianistique : il s’agit de Clara Wiek, fille de son professeur et pianiste reconnue. Schumann la connait depuis longtemps, comme amie mais un amour nait entre eux et leur relation deviendra officielle en 1835, l’année où Schumann termine le Carnaval. Elle sera l’épouse aimée, malgré les obstacles, comme le refus du mariage par le père de Clara.

On la retrouve dans Carnaval sous le petit nom de Chiarina mais aussi de façon récurrente à travers le motif de quinte et le rythme « croche pointée double » Cf. Chiarina et bien d’autres pièces, comme ce début des Davidsbündlertänze, op. 6, avec cette citation empruntée à la Mazurka, cinquième pièce des Soirées musicales, op. 6, de Clara

FIN!

« Ceci se passait en été 1833, je me sentais alors rarement heureux. J’étais tenu en mince estime et par surcroît je perdis l’usage de la main droite pour jouer du piano ; la mélancolie qui pesait sur moi depuis la mort d’un frère chéri allait augmentant. J’étais dans ces dispositions quand j’appris la mort de Rosalie. Dans la nuit du 17 au 18 octobre, je fus envahi soudain par la plus terrifiante pensée qui puisse venir à un homme, la plus terrifiante que le Ciel puisse infliger comme châtiment, la crainte de perdre la raison. Elle s’empara de moi avec une violence telle que toute consolation, toute prière se taisaient, devenaient pareilles à de méprisantes railleries. Tout éperdu, tout craintif, je m’en fus chez un docteur, je lui dis tout : que je perdais souvent le sens et ne savais où me réfugier, dans mon angoisse, que dans un de ces moments d’impuissance, j’attenterais à ma vie. » R.Schumann

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A propos de cette confrérie, Schumann écrit : « elle n’a jamais existé que dans le cerveau de son fondateur. Pour exposer tour à tour des points de vue divers sur les questions d’art, il ne me sembla pas mauvais d’inventer des caractères d’artistes en opposition les uns avec les autres, dont Florestan et Eusébius seraient les plus marquants, avec maître Raro comme conciliateur ».