CNRD 2024 - Résister à la Déportation
LES POURCHASSÉS
Chanson d'amour hébraïque, interprétée par l'orchestre du collège
Résister à la déportation, qu’est-ce que c’est ? C’est la question que nos professeurs nous ont posé pour commencer notre projet. Ça a pu paraître facile au départ, mais au moment d’expliquer, ça l’était moins. Nous avons réfléchi ensemble à tout ce que cela pouvait signifier. Finalement, plusieurs grandes réponses sont sorties. C’est à partir de ces réponses que nous avons organisé notre travail. Pour nous, résister à la déportation, cela recouvre donc : -Fuir et mentir, pour échapper aux persécutions-C’est aussi être aidé et être caché : les gens sur qui nous avons travaillé et qui n’ont pas été déportés ont tous été aidés à un moment ou à un autre. Mais parfois, cela n’a pas suffi. -C’est parfois se sacrifier, pour sauver d’autres personnes. -Enfin, nous nous sommes demandé s'il y avait une fin à cette résistance ? Se souvenir des déportés, raconter son histoire : pour nous, c’est aussi cela résister à la déportation. Nous avons choisi également de rédiger des biographies des hommes, des femmes et des enfants dont nous parlons dans ce travail, et dont les vies nous ont accompagnés pendant ces quelques mois. Nous leur rendons hommage ici.
Fuir, mentir, biaiser
Etre caché
Se sacrifier
Collège Bellevue, Redon (Ille-et-Vilaine)
Survivre, se souvenir, témoigner
Biographies
Photographie prise en mai 1945 à l'hôtel Lutetia de prisonniers libérés consultant la liste des personnes déportées recherchées après la libération des camps. (AFP)
Se sacrifier
Risquer sa vie
Tenter l'évasion
Garder le silence
Protéger
Sommaire
Fuir, mentir
Fiche d'enregistrement d'Abraham Ossja en tant que réfugié (Service départemental des réfugiés d'Ille-et-Vilaine, mai 1940) ©Archives départementales d'iLle-et-Vilaine
Au cours la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), de nombreuses personnes étaient amenées à fuir et mentir, pour différentes raisons, afin de se protéger des rafles de l’Allemagne nazie et de ses collaborateurs. Bien sûr, les Juifs étaient concernés au plus haut point. Les familles Ossja et Blatt, elles, ont fui en deux temps : à l’image de nombreux Juifs d’Europe de l’est durant l’Entre-deux-guerres, elles ont fui l’antisémitisme et trouvé refuge en France. Elles se sont installées à Saint-Quentin, dans l’Aisne. Puis, lors de la bataille de France, les deux familles ont fui devant l’avancée des soldats allemands, comme de nombreux civils français et belges. C’est ce qu’on a appelé l’Exode. Elles se sont établies dans le Pays de Redon. Szloma Blatt a réussi, grâce à un certificat maladie dispensé par un médecin de Renac – le docteur Bonno - à échapper à un premier départ. Malheureusement, ce stratagème ne fonctionnera pas la seconde fois, et il sera finalement arrêté le 3 novembre 1943. La famille de Marcel Cohen avait quitté Istanbul dans les années 20 et s’était installée à Paris. Mais, comme pour les familles Ossja et Blatt, l’antisémitisme les a rattrapés. Marcel Cohen raconte dans son livre Sur la Scène intérieure que lui et sa mère Marie Cohen ne portaient pas toujours l’étoile jaune. Alors, son plus grand plaisir « sur la ligne de métro Dauphine- Nation par Barbès, consistait à [se] tenir debout dans la première voiture près du chef de train ». Il continue : « Lorsque nous allions au parc, et puisque les jardins publics étaient interdits aux chiens et aux juifs, Marie ne portait pas l’étoile au risque d’un contrôle d’identité qui nous aurait mené tout droit au commissariat et avec les dangers afférents ». Suite à l’arrestation de sa famille le 14 août 1943, Marcel Cohen alors enfant, a fui en train, pour rejoindre Messac. La bonne de la famille, Anne-Marie Vollant, dite Annette, était originaire de cette ville d’Ille-et-Vilaine. Elle confie Marcel à un ami de la famille, M. Petitcolin, qui devait trouver comment le faire voyager sous une fausse identité. « Il ne trouva rien de mieux que de me faire inscrire sur son livret de famille en soudoyant un employé de mairie ou en payant un faussaire ». (Marcel Cohen, Sur la Scène intérieure)Jean Thébault, lui, n’a pas fui l’antisémitisme, mais le STO (Service du Travail Obligatoire). Né à Paris, il a choisi de gagner la Bretagne, où il pourrait plus facilement échapper aux contrôles en étant caché par sa famille originaire de la région. Il ignorait que ses oncles étaient membres d’un réseau de Résistance. Le 17 juin 1944, la Gestapo et les collaborateurs arrêtèrent les oncles de Jean et d’autres résistants locaux. Tous ont été torturés par la milice française et des militants bretons au château de Boro à Saint-Vincent-sur-Oust. Alors, ils n’ont pas parlé. Ils ont gardé le silence et n’ont dénoncé personne. Par leur courage, ils ont protégé des gens d’une arrestation et d’une déportation. La leur a eu lieu en juillet 1944, vers le camp de Neuengamme.
Sommaire
Etre caché
Famille Epelbaum
Anne-Marie Boudaliez
Famille Cohen
Sommaire
Sommaire
Yad Vashem
Survivre, se souvenir, témoigner
AbrahamOssja
Jean Thébault
Marcel Cohen
BIOGRAPHIES
Famille Epelbaum
Marcel Cohen
Anne-Marie Boudaliez
Famille Ossja
Jean Thébault
Famille Blatt
Sommaire
La famille Epelbaum
Nous avons retrouvé dans nos archives le témoignage de Mme Mottais au sujet de la famille Epelbaum. Moszeck Epelbaum est né le 23 septembre 1907 à Gora-Kalwarja en Pologne. Sa femme, Rywka Gotfryd est née le 25 décembre 1913 à Varsovie. En 1932, ils partent pour la France, à Paris plus précisément, et ont un fils : Léonard, en 1935. Leurs deux enfants ayant atteint plus de 6 mois, ils fuient Paris et sont hébergés (cachés) chez les Ricordel, un ami que Moszeck a rencontré pendant son service militaire, en janvier 1943.Moszeck Epelbaum est arrêté en avril 1944. Puis il est emmené au camps d’Auschwitz par le convoi 74. Il y meurt le 18 octobre 1944. Leurs enfants ont réussi à échapper à la déportation. La fille est envoyée chez les sœurs St Vincent Paul. Les sœurs sont dénoncées donc elle est ensuite envoyée à la Bousselaie, dans un autre couvent. La supérieure de la Bousselaie a peur que les Allemands ne les trouvent. Elle les envoie donc à Marzan dans une toute petite communauté de sœurs, qui leur feront cours et les cacheront jusqu'à la Libération.
Témoignage de Josèphe Mottais, redonnaise, adolescente durant la guerre :
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Marie Cohen renonce à s'évader de l'hôpital de Rothschild
Lors de son arrestation, le jeudi 14 août 1943, Maria Cohen est internée à l’hôpital de Rothschild. La police française ne remettait pas aux Allemands les bébés de moins de 3 mois, l’âge requis pour être déporté vers Auschwitz. Les bébés étaient donc gardés par leur mère, sous la surveillance de la police.Durant son séjour à l’hôpital, ses frères organisent sa fuite en engageant quelqu’un. Plusieurs lettres lui sont parvenues concernant sa fuite. Cependant, elle réalise que sa voisine de chambre semble avoir compris son projet et surveiller « l’affaire ». Le jour prévu de sa fuite, alors que des vêtements de visiteur lui sont apportés, Maria fait marche arrière. Supposant sa voisine au courant, elle renonce à prendre la fuite par peur que celle-ci ne la dénonce à la police, et qu’elle retrouve ensuite la trace de Marcel, sur la liste des personnes recherchées depuis le 14 août. Elle s’est donc sacrifiée pour son fils, par peur qu’il ne se fasse déporter. Ainsi , elle est déportée avec Monique le 16 décembre 1943 à Auschwitz via Drancy. Elle envoie alors une lettre à ses frères pour leur dire « adieu ».
Marcel Cohen reconnaît, après la guerre, ses affaires personnelles portées par un autre enfant.
Marcel Cohen
Marcel Cohen est né le 9 octobre 1937 à Asnières. Ses parents sont tous les deux nés à Istanbul. Ils sont issus d’une vieille famille juive séfarade, arrivée-là au XVe siècle.A la maison, à Istanbul, on parlait judéo-espagnol et français. Une grande partie de la famille de Marcel Cohen choisit d’aller vivre à Paris dans les années 20. Paris est alors vu par de nombreux étrangers, notamment Juifs, comme une ville où tout est possible, et où on peut vivre librement. Les Cohen sont très unis. Ils vivent ensemble dans un appartement rue de Courcelles. Ils ont une bonne, Anne-Marie Gru, née Voland. Elle est surnommée Annette, et est très proche de la famille. La famille subit toutes les contraintes et les persécutions de l’Occupation et de l’antisémitisme nazi. Le 14 août 1943, Annette conduit Marcel au parc Monceau. C’est alors que la famille Cohen est arrêtée par la police française. Annette et Marcel assistent à l’arrestation, dont seuls échappent aussi les oncles Isaac et David, absents à ce moment-là. C’est la concierge qui les avertit, en leur faisant signe de l’autre côté de la rue, de ne surtout pas rentrer dans l’immeuble. Annette décide alors de rentrer à Messac et d’emmener Marcel avec elle. Marcel est caché dans la famille Gru jusqu’à la Libération. Il est ensuite récupéré par son oncle qui a survécu lui aussi à la guerre. Il devient un grand écrivain. Dans sur la scène intérieure, il rassemble et exprime des souvenirs à partir de lettres, d’objets ou d’anecdotes pour reconstituer la vie de ses proches morts en déportation.Le 2 septembre 1943, Jacques Cohen est déporté vers Auschwitz par le convoi 59. Maria Cohen, est déportée de Drancy vers Auschwitz le 17 décembre 1943 par le convoi 63. Elle était accompagnée de la petite Monique, âgée de 6 mois. Aucun n’est revenu. A Drancy, en décembre 1943, un inconnu découvre une feuille de papier près de la clôture barbelée du camp. Sur la feuille était écrit au crayon de bois : « Dites à Annette qu’elle me le garde comme son fils ».
Anne-Marie Voland, épouse Gru, dite Annette, qui travaillait chez la famille Cohen, a choisi de prendre le risque de cacher Marcel chez elle en Bretagne. Elle était prête à se sacrifier pour Marcel car elle risquait le peine de mort.
La tentative d'évasion de David Salem
Déporté le 30 mai 44, à peine arrivé dans le camp de Birkenau, David Salem, le plus jeune frère de Maria Cohen prend conscience de ce qui l’attend. sans nouvelles de sa femme détenue peut-être à quelques centaines de mètres de lui, Il tente l’impossible : s’échapper et la rejoindre quitte à mourir.Il meurt en se jetant sur les barbelés électrifiés du camp.« Pour que sa mort serve de leçon aux nouveaux arrivants, les SS pendent son cadavre au milieu de l’allée qu’empruntent matin et soir les déportés allant au travail et en revenant. » Sa femme, une des 85 rescapés du convoi de 1004 personnes, dira à Marcel : « Alors tu sais, comme moi, que David a eu une belle mort ».
Jean Thébault
Jean Thébault est né le 1 septembre 1924 à Paris. Ses parents sont originaires du pays de Redon. Lorsque le Service du Travail Obligatoire est mis en place en 1943, il décide de quitter la capitale et d’aller se cacher en Bretagne, où les contrôles seront moins nombreux. Arrivé à la ferme familiale, il découvre que ses oncles Prosper et Aristide font partie d’un réseau de résistance très important. La famille Thébault possédait une ferme qu’ils ont mis à disposition pour la Résistance. Ils étaient chargé de récupérer du matériel lors des parachutages. Ils cachaient aussi des pilotes anglais. Dénoncés, il est arrêté en compagnie de ses oncles le 17 Juin 1944. Les Allemands fouillent puis incendient la ferme. Les Thébault sont conduits au château de Boro à Saint-Vincent sur Oust, où ils sont torturés par des miliciens français et bretons. D’abord envoyé au camp Marguerite de Rennes, Jean Thébault est ensuite conduit à Compiègne au mois de juillet 1944. C’est de là qu’il est déporté vers le camp de Neuengamme, en compagnie de 2200 détenus. Il devient le matricule F 39559. Jean Thébault quitte ensuite ce camp pour un autre dans la région de Brême. Alors que la fin de la guerre approche, les Allemands vident les camps pour effacer leurs crimes. Ils comptent faire rentrer les déportés dans des bateaux, puis couler ces derniers. Mais les avions alliés bombardent les bateaux en question, sauf celui où Jean Thébault fut enfermé au dernier moment. Libéré par les Britanniques, il est rapatrié en France. Ses oncles aussi furent libérés, mais trop affaiblis, décèdent rapidement après. Jean Thébault est décrit par sa fille comme un homme de devoir.Il a toujours fait la distinction entre les nazis et les allemands envers lesquels il n’avait aucune rancune.Il parlait peu de sa déportation à sa famille. Mais à la fin de sa vie, il a choisi de partager son histoire auprès de collégiens et de lycéens.
Lettre de Jean Thébault, lue par un élève
Témoignage de sa fille
Abraham Ossja est un survivant d’Auschwitz. Il a été arrêté en juillet 1942 à Sainte-MarieAprès sa libération, il retourne à Redon, à la recherche de sa femme et de son fils. Il ne sait pas ce qu’ils sont devenus. C’est surtout Elie, son petit garçon, qu’il espère retrouver vivant. En effet, celui-ci était encore libre lorsque les époux Ossja ont été arrêtés. Mais Elie fut arrêté en novembre 1943, et assassiné à Auschwitz. Abraham Ossja reste cependant vivre à Redon, où il reprend son activité de tailleur. On peut imaginer qu’il est resté vivre dans la région où il a vécu avec sa famille une dernière fois.
A son retour de déportation, Abraham Ossja cherche son fils Elie - Propos recueillis auprès de Jean-René Marsac et de l'association Mémoire des résistants et déportés du pays de Redon
Marcel Cohen a échappé à la déportation grâce à « Annette » et Mathurin Gru. Après guerre, il devient un grand écrivain. Il raconte les quelques souvenirs de son enfance dans plusieurs ouvrages, notamment Sur la scène intérieure et Cinq femmes. L’écriture est une façon pour lui de redonner vie à ses proches disparus, et de leur rendre hommage. Leur présence, par des objets ou des souvenirs, est décrite dans ses livres. Marcel Cohen a également fait des démarches pour que les membres de sa famille soient reconnues comme victimes de la Shoah auprès de Yad Vashem, à Jérusalem. Enfin, il a cherché à rendre hommage à Annette et Mathurin Gru.C’est en contactant la mairie de Messac qu’il a pu rencontrer Jean-Claude Bourgeon, historien local, avec qui nous l’avons interviewé. M.Bourgeon, passionné d’histoire locale, a permis à Marcel Cohen de revenir près de la maison où il a été caché pendant la guerre.Marcel Cohen a déposé une demande auprès du mémorial de Yad Vashem, pour faire reconnaître le couple Gru comme « Justes parmi les Nations ».
La reconnaissance des Justes, Marcel Cohen
Jean-René Marsac évoque l'arrivée de la famille Epelbaum à St-Nicolas de Redon
Famille Epelbaum
Moszeck Epelbaum est né le 23 septembre 1907 à Gora-Kalwarja en Pologne. Sa femme, Rywka Gotfryd est née le 25 décembre 1913 à Varsovie. En 1932, ils partent pour la France, Paris plus précisément et ont un fils : Léonard, en 1935.Bien qu’étranger, Moszeck s’engage en tant que soldat français en 1939, comme de nombreux Juifs originaires d’Europe de l’est.Fait prisonnier, il rencontre Francis Ricordel, originaire de St Nicolas de Redon lui aussi soldat. Il furent enfermés à Compiègne (Oise). Moszeck, libéré, retrouve sa femme et Léonard en 1940. Il regagne Paris. Le 14 Mai 1941 Moszeck est arrêté lors de la rafle des billets verts. Il est alors enfermé au camp de Beaune-la-Rolande (Loiret). Mais il est libéré le 26 août 1941 dans des conditions inconnues. Denis, la fille de Moszek et Rywka, naît à Paris en janvier 1942. On ignore comment la famille a échappé à la rafle du Vel d’Hiv, mais selon Denise Epelbaum, les familles juives avec un enfant de moins de 6 mois n’étaient pas arrêtées. En janvier 1943 la famille Epelbaum quitte Paris et gagne Saint-Nicolas-de-Redon, où Francis Ricordel, revenu d’un stalag en 1941, les héberge. Moszek, qui se fait appeler Maurice, reprend son activité de tailleur. Mais le besoin d’argent crée des tensions entre les Epelbaum et les Ricordel. La femme et la fille de Francis travaillent en plus à ce moment pour les Allemands.Denis Ricordel, la fille, finit par dénoncer les Epelbaum : Moszek est arrêté au mois d’avril. Sa femme et ses enfants, absents, échappent à l’arrestation. Ils sont cachés chez plusieurs redonnais, de vrais héros (Les familles Burel, dont le pèe est éporté pour avoir caché les Epelbaum, mais aussi les sœurs de l’école de St-Nicolas de Redon, de St-Vincent de Paul, qui ont hébergé et donné de faux-papiers à la famille). Les familles Gaudin, Durand et Sebilleau ont aussi toutes, au cours des mois suivants et jusqu’à la Libération, caché tour à tour Mme Epelbaum et ses enfants. Moszeck Epelbaum est arrêté, il passe par rennes le 15 avril, Drancy le 15 mai et est déporté le 20 mai 1944 vers Auschwitz par le convoi 74. Il y meurt le 18 octobre 1944.
Anne-Marie Boudaliez
Anne-Marie Boudaliez, elle aussi, a dû fuir lorsque ses activités de résistante l’ont mise en danger. A partir du mois d’avril 1944, et à mesure que la Libération semble approcher, de nombreux résistants sont arrêtés. Un officier autrichien anti-nazi, Gottlieb, était hébergé à Mil’Oustal. Il a prévenu Anne-Marie et sa mère qu’il valait mieux aller se cacher, car le danger approchait. Anne-Marie et sa mère se sont alors cachées pendant 2 mois dans une cabane à chèvres de la famille Raclot, à Courée. Elles doivent leur vie aux informations données par Gottlieb.
Témoignage de Jean-Claude Bourgeon, historien amateur :
Famille Blatt
Jean-René Marsac raconte la déportation de la famille Blatt
Szloma Blatt né le 23 septembre 1892 à Izbica en Pologne. Szajna Blatt est née le 23 mai 1902 à Poddabie, dans le même pays. Ils se sont mariés le 9 juillet 1928 à Saint-Quentin en France. Par la suite, ils ont eux deux filles Sarah et Claire (15 ans et 2 ans) nées en France. Szloma était, comme de nombreux Juifs originaires d’Europe de l’est, tailleur de métier. Au moment de l’invasion de la France par les Allemands, Szloma, Szajna, Sarah et Claire fuient vers le nord du pays, à l’image de nombreux civils. Ils arrivent finalement en Bretagne, et sont hébergés à Sainte-Marie, près de Redon. Nous savons très peu de détails sur la vie de la famille Blatt en Bretagne. Enregistrés comme réfugiés, ils sont soumis aux premières lois antijuives du régime de Vichy. Dès le mois d’octobre 1940, le premier statut des juifs les oblige à être enregistrés. Ce statut peut les aussi les faire interner ou les oblige à rester dans le lieu où ils vivent, pour être surveillés. Les premières cibles des autorités sont les juifs étrangers. Au moment où a lieu la rafle du Vel d’Hiv, en juillet 1942, d’autres vagues d’arrestation sont lancées ailleurs en France. C’est ainsi que Szajna, a été arrêtée le 15 juillet 1942 à Sainte-Marie, elle est dirigée vers Drancy puis déportée sans retour par le convoi N°23 parti de Drancy vers Auschwitz le 24 août 1942. Son mari, Szloma, a été épargné lors de cette arrestation car il est amputé d’une jambe. Il reste à Sainte-Marie avec ses deux filles Sarah et Claire, ainsi qu’avec Elie Ossja dont ses parents ont eux aussi été déportés le 15 juillet 1942.Szloma Blatt échappe encore à la seconde rafle du 9 octobre 1942 grâce àun certificat médical délivré par le docteur Bonno de Renac. Mais Szloma, Sarah, Claire, ainsi que le petit Elie Ossja, sont arrêtés à leur tour le 3 novembre 1943.Ils sont déportés lors du convoi 64, vers Auschwitz Birkenau. Aucun d’entre eux n’en reviendra.
Famille Ossja
Jean-René Marsac raconte la déchéance de nationalité d'Elie Ossja, né français
Abraham de la famille Ossja est né le 12 juillet en 1906 à Pierzchowice en Pologne. Sa femme Surah est née à Murawiecka le 27 octobre en 1907 à Checiny.Ils exerçaient tous deux le métier de tailleur. Ils sont tous les deux mariés et ont un enfant qui s’ appelle, et qui est né en 1934 à Saint-Quentin. Comme de nombreux Juifs de l’entre-deux-guerres, ils ont migré de Pologne vers la France, en imaginant que notre pays était un lieu sûr et sont venus s’installer à Saint-Quentin dans l’Aisne. Au mois de mai 1940, ils fuient l’avancée des troupes allemandes lors de l’invasion de la France. On trouve leur trace à Sainte-Marie de Redon le 22 mai 1940.Abraham et Surah se sont fait arrêtés le 15 juillet 1942. C’est la veille de la grande rafle du Vel d’Hiv de Paris. Arrivés à Angers après leur arrestation, ils sont déportés par le convoi n°8 vers Auschwitz le 20 juillet 1942. Sa femme ne reviendra pas et décéde très probablement à son arrivée au centre de mise à mort, le 25 juillet. Abraham, lui, survit à sa déportation. A son retour, il se lance à la recherche de son fils. En effet, Elie n’avait pas été arrêté en même temps que ses parents. Il avait été confié à la famille Ossja. Mais Elie et les Ossja, arrêtés et déportés au mois de novembre 1943, ont été assassinés à Auschwitz. Abraham tiendra un commerce de tailleur au 85 rue Notre-Dame à Redon jusqu’au milieu des années 60. Il est naturalisé français le 13 décembre 1958. Venu à Saint-Nazaire, il y décède le 19 octobre 1975.
Anne-Marie Boudaliez
Lecture d'un témoignage d'Anne-Marie Boudaliez
Enfant unique Anne-Marie Boudaliez est née en juillet 1920 à Peillac. Le 20 aoùt 1920 son père meurt des suites de la guerre 14-18, Anne-Marie est âgée d’un mois, sa mère 20 ans ne se remariera jamais. Pupille de la nation Anne- Marie arrive à Redon en 1924 à l’âge de14 ans. Son grand-père fait construire Mil’Oustal à Beaumont. Très rapidement, avec le soutien de sa mère, elle prend conscience de l’importance de s’opposer à l’Occupation. En Décembre 1942 les Allemands réquisitionnent la villa Mil’Oustal. Le 11 décembre 1942, elle reçoit un télégramme de son camarade Marcel Jacq lui demandant de se rendre à Rennes le soir-même. Elle y rencontre Paul, le chef du réseau de Résistance Var qui lui annonce qu’ à la suite d’une vague d’arrestations, la base doit se replier à Redon. Le lendemain Anne-Marie invite son amie Marie-Thérèse Sillard à la retrouver au Thabor : elle a besoin de son aide pour organiser ce transfert. Lundi 13 à 7 heures, Anne-Marie débarque en gare de Redon accompagnée de Marcel Jacq. Il porte avec lui un poste-émetteur. Gilbert l’opérateur-radio arrivera dans la soirée, il logera chez les Sillard. Paul Deman le chef du Réseau Var revient à Mil’Oustal le 27 décembre. Il va y rester près de deux mois. La première émission part du grenier de Mil’ Oustal le 14. Elle se renouvellera tous les deux jours jusqu’au 21 janvier. Anne-Marie participe au décodage.Le 13 février 1944 à 5 heures du matin l’émetteur est déplacé chez Gaston Sébilleau. Un officier allemand menace d’expulser les Boudaliez et de brûler Mil’Oustal. Le 27 mai, Gilbert émet pour la dernière fois depuis la ferme des frères Thébault à St Jean-la-Poterie qu’il quitte pour Paris. Dans la nuit du 9 au 10 juin, à Beaumont, la Gesapo arrête le couple Sébilleau. Le 17 des Allemands et des autonomistes du Bezen Perrot investissent la ferme des frères Thébault. A son tour, Angèle Deplantay est arrêtée à son domicile jouxtant Mil’Oustal. Le 29 à Redon la Gestapo arrête Charles Sillard. Fin juin début juillet, menacées Anne-Marie et sa mère quittent Mil’Oustal, elles se réfugient dans une cabane à chèvres de la famille Racot à Courée. Elles vont y demeurer jusqu’à la libération de Redon par les Américains le 5 août. Durant toute cette période, Gottlieb fait le lien avec les grands-parents Boudaliez. Le 10 juillet d’autres membres du réseau dont Danielle sont arrêtés à Viroflay. Le 5 août, Anne-Marie et sa mère regagnent Mil’Oustal. Menacées par quelques individus douteux elles n’échappent aux tondeuses de " résistants " de la dernière heure que par l’intervention d’un Redonnais indigné. Ecœurée, Anne-Marie quitte Redon pour Paris où elle devient traductrice pour les Américains et le Ministère de la Guerre puis au Mont Valérien pour la revue de presse de l’Assemblée nationale.En 1946, elle devient professeur d’anglais. Elle termine sa carrière au collège Bellevue de Redon. Anne-Marie restera célibataire mais deviendra une généreuse et merveilleuse mère adoptive. Elle décède le 11 janvier 2015, à l’âge de 95 ans.
Témoignage de M. Pussat, historien amateur
La famille Cohen
Être juif poussait déjà à ne pas se faire remarquer. Marie Cohen faisait attention quand elle parlait ou marchait en l’absence de son mari. Pour faire croire que personne n’habitait dans cette maison. Jacques, son époux, ne jouait plus de violon. Marcel Cohen nous raconte que ses parents ont été arrêtés alors qu’il faisait une balade au parc avec la bonne de la maison, Annette (personnage très important dans son histoire). Les voyant revenir de promenade, la concierge leur fit signe de ne pas rentrer pour les protéger. La quasi totalité de la famille Cohen se fit arrêter sous leurs yeux, alors qu’ils se trouvaient sur le trottoir d’en face avec Annette. Monsieur Petitcolin, un ami de la famille, les aidera à quitter Paris. Au contraire, Isaac, le plus jeune frères des Cohen, ne pouvant pas retourner chez lui à cause des scellées et des voisins pouvant le dénoncer, erra dans Paris, de cachette en cachette, se rendant parfois chez Mathurin et Annette Gru à Messac. Être aidé peut avoir plusieurs sens: avoir de l’aide pour s’évader ou alors pour faire passer des messages et encore d’autre choses.Pendant l’enfance de Cohen, sa mère Maria était hospitalisé avec sa fille (Monique). Son oncle a voulu la faire évader avec l’aide d’un truand. Cependant Maria a refusé de coopérer, ce qui a donc conduit à l’échec de cette tentative.
Témoignage de Marcel Cohen, recueilli au collège en janvier 2023 :
Jean Thébault quitte Paris en 1944 pour fuir le STO (Service du Travail Obligatoire). Il gagne la Bretagne, la région d’origine de sa famille. Il intègre le réseau de Résistance de ses oncles Prosper et Aristide. Dénoncés et arrêtés par la Gestapo et la Milice, ils sont torturésIls subissent la torture au château de Boro mais ne disent rien. Ils sont ensuite déportés vers l’Allemagne, au camp de Neuengamme, où sont partis beaucoup de résistants français. Les 3 sont libérés par les Alliés, mais Prosper et Aristide, trop affaiblis, décèdent peu après. Jean Thébault se marie et a une fille, Élisabeth. Il écrit un témoignage dans lequel il raconte sa vie pendant la guerre et la déportation. Il n’en parlera que très peu à sa famille. Sa fille, Elizabeth, nous a confié une copie de son récit de déportation. Vous pouvez en écouter quelques extraits que nous avons lus et enregistrés. Jean Thébault y raconte les privations, les humiliations et les violences des kapos et le courage dont font preuve beaucoup de déportés. Il ne cache pas non plus le désespoir de certains d’entre eux, et le fait que certains se laissent mourir. Il pense toute sa vie à ses oncles, qui ont donné leur vie contre le nazisme et dont le silence a permis de sauver des vies.
Jean Thébault témoigne devant des élèves en janvier 2014 ©Ouest-France
Extrait du récit de déportation de Jean Thébault, lu par un élève
Les frères Thébault, résistants de Saint-Jean-La-Poterie, arrêtés, ne parleront pas et ne livreront pas leurs camarades de réseau. Il seront torturés notamment au chateau de Boro à Saint-Vincent sur oust puis déportés. Deux mourront, Jean reviendra.
Projet CNRD - Les pourchassés (Collège Bellevue)
François De Sauza
Created on March 15, 2024
La classe de 3eB du collège Bellevue présente son travail réalisé dans le cadre du CNRD 2024.
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CNRD 2024 - Résister à la Déportation
LES POURCHASSÉS
Chanson d'amour hébraïque, interprétée par l'orchestre du collège
Résister à la déportation, qu’est-ce que c’est ? C’est la question que nos professeurs nous ont posé pour commencer notre projet. Ça a pu paraître facile au départ, mais au moment d’expliquer, ça l’était moins. Nous avons réfléchi ensemble à tout ce que cela pouvait signifier. Finalement, plusieurs grandes réponses sont sorties. C’est à partir de ces réponses que nous avons organisé notre travail. Pour nous, résister à la déportation, cela recouvre donc : -Fuir et mentir, pour échapper aux persécutions-C’est aussi être aidé et être caché : les gens sur qui nous avons travaillé et qui n’ont pas été déportés ont tous été aidés à un moment ou à un autre. Mais parfois, cela n’a pas suffi. -C’est parfois se sacrifier, pour sauver d’autres personnes. -Enfin, nous nous sommes demandé s'il y avait une fin à cette résistance ? Se souvenir des déportés, raconter son histoire : pour nous, c’est aussi cela résister à la déportation. Nous avons choisi également de rédiger des biographies des hommes, des femmes et des enfants dont nous parlons dans ce travail, et dont les vies nous ont accompagnés pendant ces quelques mois. Nous leur rendons hommage ici.
Fuir, mentir, biaiser
Etre caché
Se sacrifier
Collège Bellevue, Redon (Ille-et-Vilaine)
Survivre, se souvenir, témoigner
Biographies
Photographie prise en mai 1945 à l'hôtel Lutetia de prisonniers libérés consultant la liste des personnes déportées recherchées après la libération des camps. (AFP)
Se sacrifier
Risquer sa vie
Tenter l'évasion
Garder le silence
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Fuir, mentir
Fiche d'enregistrement d'Abraham Ossja en tant que réfugié (Service départemental des réfugiés d'Ille-et-Vilaine, mai 1940) ©Archives départementales d'iLle-et-Vilaine
Au cours la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), de nombreuses personnes étaient amenées à fuir et mentir, pour différentes raisons, afin de se protéger des rafles de l’Allemagne nazie et de ses collaborateurs. Bien sûr, les Juifs étaient concernés au plus haut point. Les familles Ossja et Blatt, elles, ont fui en deux temps : à l’image de nombreux Juifs d’Europe de l’est durant l’Entre-deux-guerres, elles ont fui l’antisémitisme et trouvé refuge en France. Elles se sont installées à Saint-Quentin, dans l’Aisne. Puis, lors de la bataille de France, les deux familles ont fui devant l’avancée des soldats allemands, comme de nombreux civils français et belges. C’est ce qu’on a appelé l’Exode. Elles se sont établies dans le Pays de Redon. Szloma Blatt a réussi, grâce à un certificat maladie dispensé par un médecin de Renac – le docteur Bonno - à échapper à un premier départ. Malheureusement, ce stratagème ne fonctionnera pas la seconde fois, et il sera finalement arrêté le 3 novembre 1943. La famille de Marcel Cohen avait quitté Istanbul dans les années 20 et s’était installée à Paris. Mais, comme pour les familles Ossja et Blatt, l’antisémitisme les a rattrapés. Marcel Cohen raconte dans son livre Sur la Scène intérieure que lui et sa mère Marie Cohen ne portaient pas toujours l’étoile jaune. Alors, son plus grand plaisir « sur la ligne de métro Dauphine- Nation par Barbès, consistait à [se] tenir debout dans la première voiture près du chef de train ». Il continue : « Lorsque nous allions au parc, et puisque les jardins publics étaient interdits aux chiens et aux juifs, Marie ne portait pas l’étoile au risque d’un contrôle d’identité qui nous aurait mené tout droit au commissariat et avec les dangers afférents ». Suite à l’arrestation de sa famille le 14 août 1943, Marcel Cohen alors enfant, a fui en train, pour rejoindre Messac. La bonne de la famille, Anne-Marie Vollant, dite Annette, était originaire de cette ville d’Ille-et-Vilaine. Elle confie Marcel à un ami de la famille, M. Petitcolin, qui devait trouver comment le faire voyager sous une fausse identité. « Il ne trouva rien de mieux que de me faire inscrire sur son livret de famille en soudoyant un employé de mairie ou en payant un faussaire ». (Marcel Cohen, Sur la Scène intérieure)Jean Thébault, lui, n’a pas fui l’antisémitisme, mais le STO (Service du Travail Obligatoire). Né à Paris, il a choisi de gagner la Bretagne, où il pourrait plus facilement échapper aux contrôles en étant caché par sa famille originaire de la région. Il ignorait que ses oncles étaient membres d’un réseau de Résistance. Le 17 juin 1944, la Gestapo et les collaborateurs arrêtèrent les oncles de Jean et d’autres résistants locaux. Tous ont été torturés par la milice française et des militants bretons au château de Boro à Saint-Vincent-sur-Oust. Alors, ils n’ont pas parlé. Ils ont gardé le silence et n’ont dénoncé personne. Par leur courage, ils ont protégé des gens d’une arrestation et d’une déportation. La leur a eu lieu en juillet 1944, vers le camp de Neuengamme.
Sommaire
Etre caché
Famille Epelbaum
Anne-Marie Boudaliez
Famille Cohen
Sommaire
Sommaire
Yad Vashem
Survivre, se souvenir, témoigner
AbrahamOssja
Jean Thébault
Marcel Cohen
BIOGRAPHIES
Famille Epelbaum
Marcel Cohen
Anne-Marie Boudaliez
Famille Ossja
Jean Thébault
Famille Blatt
Sommaire
La famille Epelbaum
Nous avons retrouvé dans nos archives le témoignage de Mme Mottais au sujet de la famille Epelbaum. Moszeck Epelbaum est né le 23 septembre 1907 à Gora-Kalwarja en Pologne. Sa femme, Rywka Gotfryd est née le 25 décembre 1913 à Varsovie. En 1932, ils partent pour la France, à Paris plus précisément, et ont un fils : Léonard, en 1935. Leurs deux enfants ayant atteint plus de 6 mois, ils fuient Paris et sont hébergés (cachés) chez les Ricordel, un ami que Moszeck a rencontré pendant son service militaire, en janvier 1943.Moszeck Epelbaum est arrêté en avril 1944. Puis il est emmené au camps d’Auschwitz par le convoi 74. Il y meurt le 18 octobre 1944. Leurs enfants ont réussi à échapper à la déportation. La fille est envoyée chez les sœurs St Vincent Paul. Les sœurs sont dénoncées donc elle est ensuite envoyée à la Bousselaie, dans un autre couvent. La supérieure de la Bousselaie a peur que les Allemands ne les trouvent. Elle les envoie donc à Marzan dans une toute petite communauté de sœurs, qui leur feront cours et les cacheront jusqu'à la Libération.
Témoignage de Josèphe Mottais, redonnaise, adolescente durant la guerre :
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Marie Cohen renonce à s'évader de l'hôpital de Rothschild
Lors de son arrestation, le jeudi 14 août 1943, Maria Cohen est internée à l’hôpital de Rothschild. La police française ne remettait pas aux Allemands les bébés de moins de 3 mois, l’âge requis pour être déporté vers Auschwitz. Les bébés étaient donc gardés par leur mère, sous la surveillance de la police.Durant son séjour à l’hôpital, ses frères organisent sa fuite en engageant quelqu’un. Plusieurs lettres lui sont parvenues concernant sa fuite. Cependant, elle réalise que sa voisine de chambre semble avoir compris son projet et surveiller « l’affaire ». Le jour prévu de sa fuite, alors que des vêtements de visiteur lui sont apportés, Maria fait marche arrière. Supposant sa voisine au courant, elle renonce à prendre la fuite par peur que celle-ci ne la dénonce à la police, et qu’elle retrouve ensuite la trace de Marcel, sur la liste des personnes recherchées depuis le 14 août. Elle s’est donc sacrifiée pour son fils, par peur qu’il ne se fasse déporter. Ainsi , elle est déportée avec Monique le 16 décembre 1943 à Auschwitz via Drancy. Elle envoie alors une lettre à ses frères pour leur dire « adieu ».
Marcel Cohen reconnaît, après la guerre, ses affaires personnelles portées par un autre enfant.
Marcel Cohen
Marcel Cohen est né le 9 octobre 1937 à Asnières. Ses parents sont tous les deux nés à Istanbul. Ils sont issus d’une vieille famille juive séfarade, arrivée-là au XVe siècle.A la maison, à Istanbul, on parlait judéo-espagnol et français. Une grande partie de la famille de Marcel Cohen choisit d’aller vivre à Paris dans les années 20. Paris est alors vu par de nombreux étrangers, notamment Juifs, comme une ville où tout est possible, et où on peut vivre librement. Les Cohen sont très unis. Ils vivent ensemble dans un appartement rue de Courcelles. Ils ont une bonne, Anne-Marie Gru, née Voland. Elle est surnommée Annette, et est très proche de la famille. La famille subit toutes les contraintes et les persécutions de l’Occupation et de l’antisémitisme nazi. Le 14 août 1943, Annette conduit Marcel au parc Monceau. C’est alors que la famille Cohen est arrêtée par la police française. Annette et Marcel assistent à l’arrestation, dont seuls échappent aussi les oncles Isaac et David, absents à ce moment-là. C’est la concierge qui les avertit, en leur faisant signe de l’autre côté de la rue, de ne surtout pas rentrer dans l’immeuble. Annette décide alors de rentrer à Messac et d’emmener Marcel avec elle. Marcel est caché dans la famille Gru jusqu’à la Libération. Il est ensuite récupéré par son oncle qui a survécu lui aussi à la guerre. Il devient un grand écrivain. Dans sur la scène intérieure, il rassemble et exprime des souvenirs à partir de lettres, d’objets ou d’anecdotes pour reconstituer la vie de ses proches morts en déportation.Le 2 septembre 1943, Jacques Cohen est déporté vers Auschwitz par le convoi 59. Maria Cohen, est déportée de Drancy vers Auschwitz le 17 décembre 1943 par le convoi 63. Elle était accompagnée de la petite Monique, âgée de 6 mois. Aucun n’est revenu. A Drancy, en décembre 1943, un inconnu découvre une feuille de papier près de la clôture barbelée du camp. Sur la feuille était écrit au crayon de bois : « Dites à Annette qu’elle me le garde comme son fils ».
Anne-Marie Voland, épouse Gru, dite Annette, qui travaillait chez la famille Cohen, a choisi de prendre le risque de cacher Marcel chez elle en Bretagne. Elle était prête à se sacrifier pour Marcel car elle risquait le peine de mort.
La tentative d'évasion de David Salem
Déporté le 30 mai 44, à peine arrivé dans le camp de Birkenau, David Salem, le plus jeune frère de Maria Cohen prend conscience de ce qui l’attend. sans nouvelles de sa femme détenue peut-être à quelques centaines de mètres de lui, Il tente l’impossible : s’échapper et la rejoindre quitte à mourir.Il meurt en se jetant sur les barbelés électrifiés du camp.« Pour que sa mort serve de leçon aux nouveaux arrivants, les SS pendent son cadavre au milieu de l’allée qu’empruntent matin et soir les déportés allant au travail et en revenant. » Sa femme, une des 85 rescapés du convoi de 1004 personnes, dira à Marcel : « Alors tu sais, comme moi, que David a eu une belle mort ».
Jean Thébault
Jean Thébault est né le 1 septembre 1924 à Paris. Ses parents sont originaires du pays de Redon. Lorsque le Service du Travail Obligatoire est mis en place en 1943, il décide de quitter la capitale et d’aller se cacher en Bretagne, où les contrôles seront moins nombreux. Arrivé à la ferme familiale, il découvre que ses oncles Prosper et Aristide font partie d’un réseau de résistance très important. La famille Thébault possédait une ferme qu’ils ont mis à disposition pour la Résistance. Ils étaient chargé de récupérer du matériel lors des parachutages. Ils cachaient aussi des pilotes anglais. Dénoncés, il est arrêté en compagnie de ses oncles le 17 Juin 1944. Les Allemands fouillent puis incendient la ferme. Les Thébault sont conduits au château de Boro à Saint-Vincent sur Oust, où ils sont torturés par des miliciens français et bretons. D’abord envoyé au camp Marguerite de Rennes, Jean Thébault est ensuite conduit à Compiègne au mois de juillet 1944. C’est de là qu’il est déporté vers le camp de Neuengamme, en compagnie de 2200 détenus. Il devient le matricule F 39559. Jean Thébault quitte ensuite ce camp pour un autre dans la région de Brême. Alors que la fin de la guerre approche, les Allemands vident les camps pour effacer leurs crimes. Ils comptent faire rentrer les déportés dans des bateaux, puis couler ces derniers. Mais les avions alliés bombardent les bateaux en question, sauf celui où Jean Thébault fut enfermé au dernier moment. Libéré par les Britanniques, il est rapatrié en France. Ses oncles aussi furent libérés, mais trop affaiblis, décèdent rapidement après. Jean Thébault est décrit par sa fille comme un homme de devoir.Il a toujours fait la distinction entre les nazis et les allemands envers lesquels il n’avait aucune rancune.Il parlait peu de sa déportation à sa famille. Mais à la fin de sa vie, il a choisi de partager son histoire auprès de collégiens et de lycéens.
Lettre de Jean Thébault, lue par un élève
Témoignage de sa fille
Abraham Ossja est un survivant d’Auschwitz. Il a été arrêté en juillet 1942 à Sainte-MarieAprès sa libération, il retourne à Redon, à la recherche de sa femme et de son fils. Il ne sait pas ce qu’ils sont devenus. C’est surtout Elie, son petit garçon, qu’il espère retrouver vivant. En effet, celui-ci était encore libre lorsque les époux Ossja ont été arrêtés. Mais Elie fut arrêté en novembre 1943, et assassiné à Auschwitz. Abraham Ossja reste cependant vivre à Redon, où il reprend son activité de tailleur. On peut imaginer qu’il est resté vivre dans la région où il a vécu avec sa famille une dernière fois.
A son retour de déportation, Abraham Ossja cherche son fils Elie - Propos recueillis auprès de Jean-René Marsac et de l'association Mémoire des résistants et déportés du pays de Redon
Marcel Cohen a échappé à la déportation grâce à « Annette » et Mathurin Gru. Après guerre, il devient un grand écrivain. Il raconte les quelques souvenirs de son enfance dans plusieurs ouvrages, notamment Sur la scène intérieure et Cinq femmes. L’écriture est une façon pour lui de redonner vie à ses proches disparus, et de leur rendre hommage. Leur présence, par des objets ou des souvenirs, est décrite dans ses livres. Marcel Cohen a également fait des démarches pour que les membres de sa famille soient reconnues comme victimes de la Shoah auprès de Yad Vashem, à Jérusalem. Enfin, il a cherché à rendre hommage à Annette et Mathurin Gru.C’est en contactant la mairie de Messac qu’il a pu rencontrer Jean-Claude Bourgeon, historien local, avec qui nous l’avons interviewé. M.Bourgeon, passionné d’histoire locale, a permis à Marcel Cohen de revenir près de la maison où il a été caché pendant la guerre.Marcel Cohen a déposé une demande auprès du mémorial de Yad Vashem, pour faire reconnaître le couple Gru comme « Justes parmi les Nations ».
La reconnaissance des Justes, Marcel Cohen
Jean-René Marsac évoque l'arrivée de la famille Epelbaum à St-Nicolas de Redon
Famille Epelbaum
Moszeck Epelbaum est né le 23 septembre 1907 à Gora-Kalwarja en Pologne. Sa femme, Rywka Gotfryd est née le 25 décembre 1913 à Varsovie. En 1932, ils partent pour la France, Paris plus précisément et ont un fils : Léonard, en 1935.Bien qu’étranger, Moszeck s’engage en tant que soldat français en 1939, comme de nombreux Juifs originaires d’Europe de l’est.Fait prisonnier, il rencontre Francis Ricordel, originaire de St Nicolas de Redon lui aussi soldat. Il furent enfermés à Compiègne (Oise). Moszeck, libéré, retrouve sa femme et Léonard en 1940. Il regagne Paris. Le 14 Mai 1941 Moszeck est arrêté lors de la rafle des billets verts. Il est alors enfermé au camp de Beaune-la-Rolande (Loiret). Mais il est libéré le 26 août 1941 dans des conditions inconnues. Denis, la fille de Moszek et Rywka, naît à Paris en janvier 1942. On ignore comment la famille a échappé à la rafle du Vel d’Hiv, mais selon Denise Epelbaum, les familles juives avec un enfant de moins de 6 mois n’étaient pas arrêtées. En janvier 1943 la famille Epelbaum quitte Paris et gagne Saint-Nicolas-de-Redon, où Francis Ricordel, revenu d’un stalag en 1941, les héberge. Moszek, qui se fait appeler Maurice, reprend son activité de tailleur. Mais le besoin d’argent crée des tensions entre les Epelbaum et les Ricordel. La femme et la fille de Francis travaillent en plus à ce moment pour les Allemands.Denis Ricordel, la fille, finit par dénoncer les Epelbaum : Moszek est arrêté au mois d’avril. Sa femme et ses enfants, absents, échappent à l’arrestation. Ils sont cachés chez plusieurs redonnais, de vrais héros (Les familles Burel, dont le pèe est éporté pour avoir caché les Epelbaum, mais aussi les sœurs de l’école de St-Nicolas de Redon, de St-Vincent de Paul, qui ont hébergé et donné de faux-papiers à la famille). Les familles Gaudin, Durand et Sebilleau ont aussi toutes, au cours des mois suivants et jusqu’à la Libération, caché tour à tour Mme Epelbaum et ses enfants. Moszeck Epelbaum est arrêté, il passe par rennes le 15 avril, Drancy le 15 mai et est déporté le 20 mai 1944 vers Auschwitz par le convoi 74. Il y meurt le 18 octobre 1944.
Anne-Marie Boudaliez
Anne-Marie Boudaliez, elle aussi, a dû fuir lorsque ses activités de résistante l’ont mise en danger. A partir du mois d’avril 1944, et à mesure que la Libération semble approcher, de nombreux résistants sont arrêtés. Un officier autrichien anti-nazi, Gottlieb, était hébergé à Mil’Oustal. Il a prévenu Anne-Marie et sa mère qu’il valait mieux aller se cacher, car le danger approchait. Anne-Marie et sa mère se sont alors cachées pendant 2 mois dans une cabane à chèvres de la famille Raclot, à Courée. Elles doivent leur vie aux informations données par Gottlieb.
Témoignage de Jean-Claude Bourgeon, historien amateur :
Famille Blatt
Jean-René Marsac raconte la déportation de la famille Blatt
Szloma Blatt né le 23 septembre 1892 à Izbica en Pologne. Szajna Blatt est née le 23 mai 1902 à Poddabie, dans le même pays. Ils se sont mariés le 9 juillet 1928 à Saint-Quentin en France. Par la suite, ils ont eux deux filles Sarah et Claire (15 ans et 2 ans) nées en France. Szloma était, comme de nombreux Juifs originaires d’Europe de l’est, tailleur de métier. Au moment de l’invasion de la France par les Allemands, Szloma, Szajna, Sarah et Claire fuient vers le nord du pays, à l’image de nombreux civils. Ils arrivent finalement en Bretagne, et sont hébergés à Sainte-Marie, près de Redon. Nous savons très peu de détails sur la vie de la famille Blatt en Bretagne. Enregistrés comme réfugiés, ils sont soumis aux premières lois antijuives du régime de Vichy. Dès le mois d’octobre 1940, le premier statut des juifs les oblige à être enregistrés. Ce statut peut les aussi les faire interner ou les oblige à rester dans le lieu où ils vivent, pour être surveillés. Les premières cibles des autorités sont les juifs étrangers. Au moment où a lieu la rafle du Vel d’Hiv, en juillet 1942, d’autres vagues d’arrestation sont lancées ailleurs en France. C’est ainsi que Szajna, a été arrêtée le 15 juillet 1942 à Sainte-Marie, elle est dirigée vers Drancy puis déportée sans retour par le convoi N°23 parti de Drancy vers Auschwitz le 24 août 1942. Son mari, Szloma, a été épargné lors de cette arrestation car il est amputé d’une jambe. Il reste à Sainte-Marie avec ses deux filles Sarah et Claire, ainsi qu’avec Elie Ossja dont ses parents ont eux aussi été déportés le 15 juillet 1942.Szloma Blatt échappe encore à la seconde rafle du 9 octobre 1942 grâce àun certificat médical délivré par le docteur Bonno de Renac. Mais Szloma, Sarah, Claire, ainsi que le petit Elie Ossja, sont arrêtés à leur tour le 3 novembre 1943.Ils sont déportés lors du convoi 64, vers Auschwitz Birkenau. Aucun d’entre eux n’en reviendra.
Famille Ossja
Jean-René Marsac raconte la déchéance de nationalité d'Elie Ossja, né français
Abraham de la famille Ossja est né le 12 juillet en 1906 à Pierzchowice en Pologne. Sa femme Surah est née à Murawiecka le 27 octobre en 1907 à Checiny.Ils exerçaient tous deux le métier de tailleur. Ils sont tous les deux mariés et ont un enfant qui s’ appelle, et qui est né en 1934 à Saint-Quentin. Comme de nombreux Juifs de l’entre-deux-guerres, ils ont migré de Pologne vers la France, en imaginant que notre pays était un lieu sûr et sont venus s’installer à Saint-Quentin dans l’Aisne. Au mois de mai 1940, ils fuient l’avancée des troupes allemandes lors de l’invasion de la France. On trouve leur trace à Sainte-Marie de Redon le 22 mai 1940.Abraham et Surah se sont fait arrêtés le 15 juillet 1942. C’est la veille de la grande rafle du Vel d’Hiv de Paris. Arrivés à Angers après leur arrestation, ils sont déportés par le convoi n°8 vers Auschwitz le 20 juillet 1942. Sa femme ne reviendra pas et décéde très probablement à son arrivée au centre de mise à mort, le 25 juillet. Abraham, lui, survit à sa déportation. A son retour, il se lance à la recherche de son fils. En effet, Elie n’avait pas été arrêté en même temps que ses parents. Il avait été confié à la famille Ossja. Mais Elie et les Ossja, arrêtés et déportés au mois de novembre 1943, ont été assassinés à Auschwitz. Abraham tiendra un commerce de tailleur au 85 rue Notre-Dame à Redon jusqu’au milieu des années 60. Il est naturalisé français le 13 décembre 1958. Venu à Saint-Nazaire, il y décède le 19 octobre 1975.
Anne-Marie Boudaliez
Lecture d'un témoignage d'Anne-Marie Boudaliez
Enfant unique Anne-Marie Boudaliez est née en juillet 1920 à Peillac. Le 20 aoùt 1920 son père meurt des suites de la guerre 14-18, Anne-Marie est âgée d’un mois, sa mère 20 ans ne se remariera jamais. Pupille de la nation Anne- Marie arrive à Redon en 1924 à l’âge de14 ans. Son grand-père fait construire Mil’Oustal à Beaumont. Très rapidement, avec le soutien de sa mère, elle prend conscience de l’importance de s’opposer à l’Occupation. En Décembre 1942 les Allemands réquisitionnent la villa Mil’Oustal. Le 11 décembre 1942, elle reçoit un télégramme de son camarade Marcel Jacq lui demandant de se rendre à Rennes le soir-même. Elle y rencontre Paul, le chef du réseau de Résistance Var qui lui annonce qu’ à la suite d’une vague d’arrestations, la base doit se replier à Redon. Le lendemain Anne-Marie invite son amie Marie-Thérèse Sillard à la retrouver au Thabor : elle a besoin de son aide pour organiser ce transfert. Lundi 13 à 7 heures, Anne-Marie débarque en gare de Redon accompagnée de Marcel Jacq. Il porte avec lui un poste-émetteur. Gilbert l’opérateur-radio arrivera dans la soirée, il logera chez les Sillard. Paul Deman le chef du Réseau Var revient à Mil’Oustal le 27 décembre. Il va y rester près de deux mois. La première émission part du grenier de Mil’ Oustal le 14. Elle se renouvellera tous les deux jours jusqu’au 21 janvier. Anne-Marie participe au décodage.Le 13 février 1944 à 5 heures du matin l’émetteur est déplacé chez Gaston Sébilleau. Un officier allemand menace d’expulser les Boudaliez et de brûler Mil’Oustal. Le 27 mai, Gilbert émet pour la dernière fois depuis la ferme des frères Thébault à St Jean-la-Poterie qu’il quitte pour Paris. Dans la nuit du 9 au 10 juin, à Beaumont, la Gesapo arrête le couple Sébilleau. Le 17 des Allemands et des autonomistes du Bezen Perrot investissent la ferme des frères Thébault. A son tour, Angèle Deplantay est arrêtée à son domicile jouxtant Mil’Oustal. Le 29 à Redon la Gestapo arrête Charles Sillard. Fin juin début juillet, menacées Anne-Marie et sa mère quittent Mil’Oustal, elles se réfugient dans une cabane à chèvres de la famille Racot à Courée. Elles vont y demeurer jusqu’à la libération de Redon par les Américains le 5 août. Durant toute cette période, Gottlieb fait le lien avec les grands-parents Boudaliez. Le 10 juillet d’autres membres du réseau dont Danielle sont arrêtés à Viroflay. Le 5 août, Anne-Marie et sa mère regagnent Mil’Oustal. Menacées par quelques individus douteux elles n’échappent aux tondeuses de " résistants " de la dernière heure que par l’intervention d’un Redonnais indigné. Ecœurée, Anne-Marie quitte Redon pour Paris où elle devient traductrice pour les Américains et le Ministère de la Guerre puis au Mont Valérien pour la revue de presse de l’Assemblée nationale.En 1946, elle devient professeur d’anglais. Elle termine sa carrière au collège Bellevue de Redon. Anne-Marie restera célibataire mais deviendra une généreuse et merveilleuse mère adoptive. Elle décède le 11 janvier 2015, à l’âge de 95 ans.
Témoignage de M. Pussat, historien amateur
La famille Cohen
Être juif poussait déjà à ne pas se faire remarquer. Marie Cohen faisait attention quand elle parlait ou marchait en l’absence de son mari. Pour faire croire que personne n’habitait dans cette maison. Jacques, son époux, ne jouait plus de violon. Marcel Cohen nous raconte que ses parents ont été arrêtés alors qu’il faisait une balade au parc avec la bonne de la maison, Annette (personnage très important dans son histoire). Les voyant revenir de promenade, la concierge leur fit signe de ne pas rentrer pour les protéger. La quasi totalité de la famille Cohen se fit arrêter sous leurs yeux, alors qu’ils se trouvaient sur le trottoir d’en face avec Annette. Monsieur Petitcolin, un ami de la famille, les aidera à quitter Paris. Au contraire, Isaac, le plus jeune frères des Cohen, ne pouvant pas retourner chez lui à cause des scellées et des voisins pouvant le dénoncer, erra dans Paris, de cachette en cachette, se rendant parfois chez Mathurin et Annette Gru à Messac. Être aidé peut avoir plusieurs sens: avoir de l’aide pour s’évader ou alors pour faire passer des messages et encore d’autre choses.Pendant l’enfance de Cohen, sa mère Maria était hospitalisé avec sa fille (Monique). Son oncle a voulu la faire évader avec l’aide d’un truand. Cependant Maria a refusé de coopérer, ce qui a donc conduit à l’échec de cette tentative.
Témoignage de Marcel Cohen, recueilli au collège en janvier 2023 :
Jean Thébault quitte Paris en 1944 pour fuir le STO (Service du Travail Obligatoire). Il gagne la Bretagne, la région d’origine de sa famille. Il intègre le réseau de Résistance de ses oncles Prosper et Aristide. Dénoncés et arrêtés par la Gestapo et la Milice, ils sont torturésIls subissent la torture au château de Boro mais ne disent rien. Ils sont ensuite déportés vers l’Allemagne, au camp de Neuengamme, où sont partis beaucoup de résistants français. Les 3 sont libérés par les Alliés, mais Prosper et Aristide, trop affaiblis, décèdent peu après. Jean Thébault se marie et a une fille, Élisabeth. Il écrit un témoignage dans lequel il raconte sa vie pendant la guerre et la déportation. Il n’en parlera que très peu à sa famille. Sa fille, Elizabeth, nous a confié une copie de son récit de déportation. Vous pouvez en écouter quelques extraits que nous avons lus et enregistrés. Jean Thébault y raconte les privations, les humiliations et les violences des kapos et le courage dont font preuve beaucoup de déportés. Il ne cache pas non plus le désespoir de certains d’entre eux, et le fait que certains se laissent mourir. Il pense toute sa vie à ses oncles, qui ont donné leur vie contre le nazisme et dont le silence a permis de sauver des vies.
Jean Thébault témoigne devant des élèves en janvier 2014 ©Ouest-France
Extrait du récit de déportation de Jean Thébault, lu par un élève
Les frères Thébault, résistants de Saint-Jean-La-Poterie, arrêtés, ne parleront pas et ne livreront pas leurs camarades de réseau. Il seront torturés notamment au chateau de Boro à Saint-Vincent sur oust puis déportés. Deux mourront, Jean reviendra.