MANON LESCAUT
UN ROMAN a la croisEEdes genres
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SOMMAIRE
Partie III
Partie I
Manon Lescaut: "un roman d'aventures"
Mannon Lescaut: "un roman sentimental"
Partie II
Manon Lescaut; "un roman de moeurs"
I- Un roman d'aventures:
En savoir plus
Manon Lescaut présente une structure riche en événements dramatiques
Dès leur rencontre à Amiens, Manon et des Grieux partent à l’aventure. Ils partent pour échapper aux contraintes imposées par leurs parents. Après cela, les deux personnages sont menacés par des dangers tout au long de l'histoire. L'intrigue est marquée par beaucoup de péripéties qui s'enchaînent.
Les opposants provoquent des rebondissements. Ils contribuent à l’éloignement et à la séparation des amants
- Le père de Des Grieux fait arrêter son fils
- Le frère de Manon fait des amants hors la loi, ils sont conduits 2 fois en prison
- Le gouverneur promet Manon à son neveu, Synnelet
=> Pour échapper à ces difficultés, les amants fuient, s’évadent, ils élaborent des plans. Ils montrent leur courage et leur bravoure par exemple quand ils ont l'idée de traverser le désert américain.
Mais les deux amants sont eux-mêmes les causes de renversements de situation
-> Des Grieux bouleverse le cours de son existence en fuyant avec Manon. Il devient un escroc et un meurtrier quand il tire sur un religieux à Saint-Lazare. -> Manon fait elle aussi des choix dont les conséquences bousculent sa destinée: elle contribue à l’arrestation de DG par son frère et elle engendre la catastrophe finale qui constitue sa déportation. Les personnages vont ensuite par-delà les mers, ce qui reprend les caractéristiques des romans d’aventure comme Robinson Crusoé de Daniel Defoe
II- un roman de moeurs:
En savoir plus
L’abbé Prévost montre un tableau réaliste de la société de l'époque (la période de libéralisation des mœurs)
Il explore des milieux sociaux variés: la noblesse, les auberges populaires, les mondanités parisiennes, le monde de l'Eglise, la vie en banlieue, une colonie en Louisiane... Il décrit aussi des moments de la vie quotidienne: le début de l’année scolastique, les sorties au théâtre, la promenade dans les bois de Boulogne…
Cet effet de réel est renforcé par les toponymes...
Les toponymes renvoient à une réalité géographique bien connue des lecteurs. Certains personnages dont les noms sont réduits à des initiales peuvent correspondent à des personnes identifiables (Melchior de Blair, Elizée Gilly de Montaud, le prince de Ràkoczi).
...Mais aussi les anonymes
Ils augmentent cet effet d'authenticité. Ils forment un arrière-plan qui donne au roman un effet de réel L'abbé Prévost est donc un observateur attentif des normes et des valeurs de l'époque et est ici un moraliste.
III- un roman sentimental:
En savoir plus
Dans ce roman, les événements politiques ne jouent qu’un rôle mineur dans l’intrigue
- Manon Lescaut est différent d'autres romans comme les Mémoires d'un homme de qualité où Renoncourt relate sa vie
-> C'est roman d'aventure qui amène le lecteur à concentrer son attention sur les sentiments et le cœur humain
- L'amour de Manon et de Des Grieux est le sujet principal. Des Grieux décrit son amour quand il rencontre Manon, il décrit tous ses sentiments
L'amour amène à des réflexions d'ordre moral
L'amour sert ici à débattre :-> débat sur la nature du sentiment amoureux-> débat sur la sincérité-> débat sur le sens de l'honneur
- Manon et des Grieux n'ont pas la même vision de l'amour et en débatent -> tonalité pathétique
- Ce roman montre l'expression des émotions avec des paroles et des reproches
- Il y a des excuses et des déclarations d'amour, ce qui montre la complexité de la vérité des sentiments.
=> Manon Lescaut est donc surtout un roman sentimental mais qui montre aussi l'aventure de deux personnages et qui permet de réfléchir sur la société de l'époque
Extrait : Rencontre avec Manon Lescaut, Première Partie
La curiosité me fit descendre de mon cheval, que je laissai à mon valet, et étant entré avec peine en perçant la foule, je vis en effet quelque chose d'assez touchant. Parmi les douze filles, qui étaient enchaînées six à six par le milieu du corps, il y en avait une dont l'air et la figure étaient si peu conformés à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une princesse. Sa tristesse-et la saleté de son linge et de ses habits l'enlaidissaient si peu, que sa vue m'inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins de se tourner autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux yeux des spectateurs. L'effort qu'elle faisait pour se cacher était si naturel, qu'il paraissait venir d'un sentiment de décence et de modestie. Comme les six gardes qui accompagnaient cette malheureuse bande étaient aussi dans la chambre, je pris le chef en particulier, et je lui demandai quelques lumières sur le sort de cette belle fille. […] Voilà un jeune homme, ajouta l'archer, qui pourrait vous instruire mieux que moi sur son sujet. Il l'a suivie depuis Paris, sans cesser presque un moment de pleurer. Il faut que ce soit son frère ou son amant. Je me tournai vers le coin de la chambre où ce jeune homme était assis : il paraissait être dans une rêverie profonde. Je n'ai jamais vu de plus vive image de la douleur. Il était mis fort simplement ; mais on distingue au premier coup-d'œil une personne qui a de la naissance et de l'éducation. Je m'approchai de lui. […] Voulez-vous bien satisfaire la curiosité que j'ai de connaître cette belle personne, qui ne me paraît point faite pour le triste état où je la vois ? Il me répondit honnêtement […] que je l'aime avec une passion si violente, qu'elle me rend le plus infortuné de tous les hommes. J'ai tout employé à Paris pour obtenir sa liberté. Les sollicitations, l'adresse et la force m'ont été inutiles ; j'ai pris le parti de la suivre, dût-elle aller au bout du monde. Je m'embarquerai avec elle ; je passerai en Amérique.
Extrait: L'enterrment de Manon
N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d’elle des marques d’amour au moment même qu’elle expirait : c’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement.
Mon âme ne suivit pas la sienne. Le ciel ne me trouva sans doute point assez rigoureusement puni ; il a voulu que j’aie traîné depuis une vie languissante et misérable. Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse.
Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon. Mon dessein était d’y mourir ; mais je fis réflexion, au commencement du second jour, que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la résolution de l’enterrer, et d’attendre la mort sur sa fosse. J’étais déjà si proche de ma fin, par l’affaiblissement que le jeûne et la douleur m’avaient causé, que j’eus besoin de quantité d’efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux liqueurs fortes que j’avais apportées ; elles me rendirent autant de force qu’il en fallait pour le triste office que j’allais exécuter. Il ne m’était pas difficile d’ouvrir la terre dans le lieu où je me trouvais ; c’était une campagne couverte de sable. Je rompis mon épée pour m’en servir à creuser, mais j’en tirai moins de secours que de mes mains. J’ouvris une large fosse ; j’y plaçai l’idole de mon cœur, après avoir pris soin de l’envelopper de tous mes habits pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu’après l’avoir embrassée mille fois avec toute l’ardeur du plus parfait amour. Je m’assis encore près d’elle ; je la considérai longtemps ; je ne pouvais me résoudre à fermer sa fosse. Enfin, mes forces recommençant à s’affaiblir, et craignant d’en manquer tout à fait avant la fin de mon entreprise, j’ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu’elle avait porté de plus parfait et de plus aimable. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable ; et, fermant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j’invoquai le secours du ciel, et j’attendis la mort avec impatience.
Extrait: Le parloir du séminaire
Elle s'assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, n'osant l'envisager directement. Je commençai plusieurs fois une réponse, que je n'eus pas la force d'achever. Enfin, je fis un effort pour m'écrier douloureusement : "Perfide ! Manon ! Ah ! perfide ! perfide ! Elle me répéta, en pleurant à chaudes larmes, qu'elle ne prétendait point justifier sa perfidie. Que prétendez-vous donc ? m'écriai-je encore ? Je prétends mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre cœur, sans lequel il est impossible que je vive. Demande donc ma vie, infidèle ! repris-je en versant moi-même des pleurs, que je m'efforçai en vain de retenir. Demande ma vie, qui est l'unique chose qui me reste à te sacrifier ; car mon cœur n'a jamais cessé d'être à toi. A peine eus-je achevé ces derniers mots, qu'elle se leva avec transport pour venir m'embrasser. Elle m'appela par tous les noms que l'amour invente pour exprimer ses plus vives tendresses. Je n'y répondais encore qu'avec langueur. Quel passage, en effet, de la situation tranquille où j'avais été, aux mouvements tumultueux que je sentais renaître ! J'en étais épouvanté. Je frémissais comme il arrive lorsqu'on se trouve la nuit dans une campagne écartée : on se croit transporté dans un nouvel ordre des choses : on y est saisi d'une horreur secrète, dont on ne se remet qu'après avoir considéré longtemps tous les environs.
Nous nous assîmes l'un près de l'autre. Je pris ses mains dans les miennes. Ah ! Manon, lui dis-je en la regardant d'un œil triste, je ne m'étais pas attendu à la noire trahison dont vous avez payé mon amour. Il vous était bien facile de tromper un cœur dont vous étiez la souveraine absolue, et qui mettait toute sa félicité à vous plaire et à vous obéir. Dites-moi maintenant si vous en avez trouvé d'aussi tendres et d'aussi soumis. Non, non, la Nature n'en fait guère de la même trempe que le mien. Dites-moi, du moins, si vous l'avez quelquefois regretté. Quel fond dois-je faire sur ce retour de bonté qui vous ramène aujourd'hui pour le consoler ? Je ne vois que trop que vous êtes plus charmante que jamais ; mais au nom de toutes les peines que j'ai souffertes pour vous, belle Manon, dites-moi si vous serez plus fidèle.
Manon Lescaut: Un roman à la croisée des genres
maxence pageau
Created on February 22, 2024
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Manon Lescaut: "un roman d'aventures"
Mannon Lescaut: "un roman sentimental"
Partie II
Manon Lescaut; "un roman de moeurs"
I- Un roman d'aventures:
En savoir plus
Manon Lescaut présente une structure riche en événements dramatiques
Dès leur rencontre à Amiens, Manon et des Grieux partent à l’aventure. Ils partent pour échapper aux contraintes imposées par leurs parents. Après cela, les deux personnages sont menacés par des dangers tout au long de l'histoire. L'intrigue est marquée par beaucoup de péripéties qui s'enchaînent.
Les opposants provoquent des rebondissements. Ils contribuent à l’éloignement et à la séparation des amants
- Le père de Des Grieux fait arrêter son fils
- Le frère de Manon fait des amants hors la loi, ils sont conduits 2 fois en prison
- Le gouverneur promet Manon à son neveu, Synnelet
=> Pour échapper à ces difficultés, les amants fuient, s’évadent, ils élaborent des plans. Ils montrent leur courage et leur bravoure par exemple quand ils ont l'idée de traverser le désert américain.Mais les deux amants sont eux-mêmes les causes de renversements de situation
-> Des Grieux bouleverse le cours de son existence en fuyant avec Manon. Il devient un escroc et un meurtrier quand il tire sur un religieux à Saint-Lazare. -> Manon fait elle aussi des choix dont les conséquences bousculent sa destinée: elle contribue à l’arrestation de DG par son frère et elle engendre la catastrophe finale qui constitue sa déportation. Les personnages vont ensuite par-delà les mers, ce qui reprend les caractéristiques des romans d’aventure comme Robinson Crusoé de Daniel Defoe
II- un roman de moeurs:
En savoir plus
L’abbé Prévost montre un tableau réaliste de la société de l'époque (la période de libéralisation des mœurs)
Il explore des milieux sociaux variés: la noblesse, les auberges populaires, les mondanités parisiennes, le monde de l'Eglise, la vie en banlieue, une colonie en Louisiane... Il décrit aussi des moments de la vie quotidienne: le début de l’année scolastique, les sorties au théâtre, la promenade dans les bois de Boulogne…
Cet effet de réel est renforcé par les toponymes...
Les toponymes renvoient à une réalité géographique bien connue des lecteurs. Certains personnages dont les noms sont réduits à des initiales peuvent correspondent à des personnes identifiables (Melchior de Blair, Elizée Gilly de Montaud, le prince de Ràkoczi).
...Mais aussi les anonymes
Ils augmentent cet effet d'authenticité. Ils forment un arrière-plan qui donne au roman un effet de réel L'abbé Prévost est donc un observateur attentif des normes et des valeurs de l'époque et est ici un moraliste.
III- un roman sentimental:
En savoir plus
Dans ce roman, les événements politiques ne jouent qu’un rôle mineur dans l’intrigue
- Manon Lescaut est différent d'autres romans comme les Mémoires d'un homme de qualité où Renoncourt relate sa vie
-> C'est roman d'aventure qui amène le lecteur à concentrer son attention sur les sentiments et le cœur humainL'amour amène à des réflexions d'ordre moral
L'amour sert ici à débattre :-> débat sur la nature du sentiment amoureux-> débat sur la sincérité-> débat sur le sens de l'honneur
- Manon et des Grieux n'ont pas la même vision de l'amour et en débatent -> tonalité pathétique
- Ce roman montre l'expression des émotions avec des paroles et des reproches
- Il y a des excuses et des déclarations d'amour, ce qui montre la complexité de la vérité des sentiments.
=> Manon Lescaut est donc surtout un roman sentimental mais qui montre aussi l'aventure de deux personnages et qui permet de réfléchir sur la société de l'époqueExtrait : Rencontre avec Manon Lescaut, Première Partie
La curiosité me fit descendre de mon cheval, que je laissai à mon valet, et étant entré avec peine en perçant la foule, je vis en effet quelque chose d'assez touchant. Parmi les douze filles, qui étaient enchaînées six à six par le milieu du corps, il y en avait une dont l'air et la figure étaient si peu conformés à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une princesse. Sa tristesse-et la saleté de son linge et de ses habits l'enlaidissaient si peu, que sa vue m'inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins de se tourner autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux yeux des spectateurs. L'effort qu'elle faisait pour se cacher était si naturel, qu'il paraissait venir d'un sentiment de décence et de modestie. Comme les six gardes qui accompagnaient cette malheureuse bande étaient aussi dans la chambre, je pris le chef en particulier, et je lui demandai quelques lumières sur le sort de cette belle fille. […] Voilà un jeune homme, ajouta l'archer, qui pourrait vous instruire mieux que moi sur son sujet. Il l'a suivie depuis Paris, sans cesser presque un moment de pleurer. Il faut que ce soit son frère ou son amant. Je me tournai vers le coin de la chambre où ce jeune homme était assis : il paraissait être dans une rêverie profonde. Je n'ai jamais vu de plus vive image de la douleur. Il était mis fort simplement ; mais on distingue au premier coup-d'œil une personne qui a de la naissance et de l'éducation. Je m'approchai de lui. […] Voulez-vous bien satisfaire la curiosité que j'ai de connaître cette belle personne, qui ne me paraît point faite pour le triste état où je la vois ? Il me répondit honnêtement […] que je l'aime avec une passion si violente, qu'elle me rend le plus infortuné de tous les hommes. J'ai tout employé à Paris pour obtenir sa liberté. Les sollicitations, l'adresse et la force m'ont été inutiles ; j'ai pris le parti de la suivre, dût-elle aller au bout du monde. Je m'embarquerai avec elle ; je passerai en Amérique.
Extrait: L'enterrment de Manon
N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d’elle des marques d’amour au moment même qu’elle expirait : c’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement. Mon âme ne suivit pas la sienne. Le ciel ne me trouva sans doute point assez rigoureusement puni ; il a voulu que j’aie traîné depuis une vie languissante et misérable. Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse. Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon. Mon dessein était d’y mourir ; mais je fis réflexion, au commencement du second jour, que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la résolution de l’enterrer, et d’attendre la mort sur sa fosse. J’étais déjà si proche de ma fin, par l’affaiblissement que le jeûne et la douleur m’avaient causé, que j’eus besoin de quantité d’efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux liqueurs fortes que j’avais apportées ; elles me rendirent autant de force qu’il en fallait pour le triste office que j’allais exécuter. Il ne m’était pas difficile d’ouvrir la terre dans le lieu où je me trouvais ; c’était une campagne couverte de sable. Je rompis mon épée pour m’en servir à creuser, mais j’en tirai moins de secours que de mes mains. J’ouvris une large fosse ; j’y plaçai l’idole de mon cœur, après avoir pris soin de l’envelopper de tous mes habits pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu’après l’avoir embrassée mille fois avec toute l’ardeur du plus parfait amour. Je m’assis encore près d’elle ; je la considérai longtemps ; je ne pouvais me résoudre à fermer sa fosse. Enfin, mes forces recommençant à s’affaiblir, et craignant d’en manquer tout à fait avant la fin de mon entreprise, j’ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu’elle avait porté de plus parfait et de plus aimable. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable ; et, fermant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j’invoquai le secours du ciel, et j’attendis la mort avec impatience.
Extrait: Le parloir du séminaire
Elle s'assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, n'osant l'envisager directement. Je commençai plusieurs fois une réponse, que je n'eus pas la force d'achever. Enfin, je fis un effort pour m'écrier douloureusement : "Perfide ! Manon ! Ah ! perfide ! perfide ! Elle me répéta, en pleurant à chaudes larmes, qu'elle ne prétendait point justifier sa perfidie. Que prétendez-vous donc ? m'écriai-je encore ? Je prétends mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre cœur, sans lequel il est impossible que je vive. Demande donc ma vie, infidèle ! repris-je en versant moi-même des pleurs, que je m'efforçai en vain de retenir. Demande ma vie, qui est l'unique chose qui me reste à te sacrifier ; car mon cœur n'a jamais cessé d'être à toi. A peine eus-je achevé ces derniers mots, qu'elle se leva avec transport pour venir m'embrasser. Elle m'appela par tous les noms que l'amour invente pour exprimer ses plus vives tendresses. Je n'y répondais encore qu'avec langueur. Quel passage, en effet, de la situation tranquille où j'avais été, aux mouvements tumultueux que je sentais renaître ! J'en étais épouvanté. Je frémissais comme il arrive lorsqu'on se trouve la nuit dans une campagne écartée : on se croit transporté dans un nouvel ordre des choses : on y est saisi d'une horreur secrète, dont on ne se remet qu'après avoir considéré longtemps tous les environs. Nous nous assîmes l'un près de l'autre. Je pris ses mains dans les miennes. Ah ! Manon, lui dis-je en la regardant d'un œil triste, je ne m'étais pas attendu à la noire trahison dont vous avez payé mon amour. Il vous était bien facile de tromper un cœur dont vous étiez la souveraine absolue, et qui mettait toute sa félicité à vous plaire et à vous obéir. Dites-moi maintenant si vous en avez trouvé d'aussi tendres et d'aussi soumis. Non, non, la Nature n'en fait guère de la même trempe que le mien. Dites-moi, du moins, si vous l'avez quelquefois regretté. Quel fond dois-je faire sur ce retour de bonté qui vous ramène aujourd'hui pour le consoler ? Je ne vois que trop que vous êtes plus charmante que jamais ; mais au nom de toutes les peines que j'ai souffertes pour vous, belle Manon, dites-moi si vous serez plus fidèle.