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Histoire et Violence THLP
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Transcript
Histoire et Violence
- Histoire < historia = enquête
- L’Histoire :
- période de temps --> différents évènements marquants qui font rupture ==> emprunter de nouvelles voies
- l’Histoire des Hommes : processus d’humanisation
Pieter Brueghel l'Ancien, Le triomphe de la mort, 1562
- Violence < violentia qui désigne initialement la nature incontrôlable et brutale des forces naturelles.
- La violence peut être naturelle
- Ne faut-il pas admettre qu’il existe un type de violence proprement humain : la guerre ?
- Si la violence est naturelle, faut-il alors en conclure qu’elle est une constante de l’Histoire humaine dont-on ne pourra jamais se défaire ?
- XXe-XXIe siècles : conflits intenses
- le développement de l’espèce humaine ne s’accompagne pas d’une diminution des comportements belliqueux.
Typologie des violences
Ces nouvelles formes de violence ne sont pas toutes dépourvues de moralité, puisqu’une grande partie d’entre elles visent à libérer une population opprimée, ou à rétablir des règles de justice bafouées. > Quel rôle joue véritablement la violence au sein de nos sociétés et dans l’Histoire ? > Y a-t-il une violence légitime ? > Peut-on l’encadrer ?
Les casques bleus de l'ONU
I/ Déconstruire le mythe du bon sauvage : l’origine naturelle de la violence.
A) La fausseté du pacifisme primitif
- Les conflits du XXe ont été d’une telle intensité, que la violence perpétrée est à la limite de l’imaginable.
- 2GM : 59M de morts = 2% population mondiale
- Difficulté à se représenter concrètement ce nombre.
- Bilans chiffrés banalisent la violence orchestrée.
- Impossible de raconter l'horreur des champs de batailles, des camps de concentration etc.
Otto Dix, Bataillon d’assaut à l’attaque sous les gaz, 1924
- En littérature on s'est alors demandé comment parler de la guerre après Auschwitz, comment rendre compréhensible ce qui ne l’est pas sans blesser la mémoire des victimes ou des survivants.
- ex : Primo Levi Si c'est un homme ; Robert Merle La mort est mon métier ; Jonathan Littell Les bienveillantes, etc.
- Autre contrepartie : la pacification des périodes antérieures, dont celle de la préhistoire.
- En comparaison de cette violence inouïe, les temps passés ont été perçus comme des temps de paix où les chasseurs-cueilleurs, par exemple, ne menaient pas de guerre de conquête par exemple
- On a alors réactualisé le mythe du bon sauvage, du pacifisme primitif, tel que l’avait conceptualisé J.J. Rousseau.
Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755)
- Dans ce texte, Rousseau présente l’état de nature (fiction) comme un état idyllique, un âge d’or. Les primitifs étaient donc, selon cette vision, des êtres innocents, autonomes et foncièrement heureux, éloignés de toute forme de conflits et de pensées belliqueuses.
- Selon lui, le progrès, la civilisation, et l’instauration de la propriété privée corrompent cet état originel et ne créent que du désagrément pour l’homme.
- En société, les individus commencent à s’inquiéter de ce que pensent les autres ce qui les écarte de leur condition authentique, où la satisfaction des besoins leur suffit.
- L'amour de soi est perverti et se transforme en un amour propre.
- On explique assez aisément les guerres sur cette base. On recherche, par la guerre, la domination de l’autre, la reconnaissance, la gloire, etc.
Mais c’est là une erreur historique, archéologique et anthropologique !
- Les données archéologiques sont peu nombreuses mais suffisantes pour remettre en cause cette vision pacifiste des premiers âges de l’humanité.
- Il est peu probable qu’avant l’Antiquité, les sociétés ou groupes humains n’aient pas été violents.
Exp : fouilles à Achenheim en Alsace (2016) → traces de conflits/massacre au néolithique
- On identifie ici la présence de la guerre, sans hésitation selon les archéologues, c’est une violence collective, intercommunautaire.
- Au Paléolithique et au mésolithique c’est plus rare, mais ce n’est pas inexistant. On s’aperçoit que c’est avec la sédentarité (révolution néolithique) que les conflits guerriers sont plus importants.
Extrait du Manifeste du Muséum d’Histoire naturelle, édition Relief , « Histoire naturelle de la violence »
Ainsi, si la violence est présente aux origines de l’espèce humaine, il faut se demander ce qui en est la cause. > Qu’est-ce qui, en nous, nous pousse à agir de la sorte ?
B) Le désir mimétique ou la cause naturelle de l’escalade de la violence.
GIRARD, La violence et le sacré, 1972
René Girard 1923-2015
Théorie mimétique
- Une réflexion qui part du constat que l’homme est l’être chez qui le caractère mimétique est le plus développé et à partir duquel l’ensemble de sa vie privée et sociale s’établit.
Désir mimétique
En analysant différents romans classiques (comme le Rouge et le Noir de Stendhal) et en les comparant à des épisodes historiques, René Girard montre que le désir humain est un désir triangulaire c’est-à-dire un désir mimétique.
- L’acte de désirer n’est pas un acte volontaire ou libre. Mais cette réalité mimétique ne se présente jamais comme telle au sujet désirant, il y a une véritable « méconnaissance » du mimétisme.
- C’est cette méconnaissance qui est à l’origine des rivalités et des conflits violents intercommunautaires.
- Un sujet désirant (A) ne peut désirer un objet (B) que si et seulement si un médiateur (C) lui indique, ou lui donne l’impression d’indiquer, cet objet particulier. Ce dernier devient alors désirable.
Spirale mimétique et escalade de la violence
▪ Le sujet désirant qui s’approprie le désir du modèle-médiateur ajoute toujours une part de subjectivité, il l’interprète autrement, et cela donne l’impression d’être à l’initiative du désir. ▪ Cette nouvelle forme de désir peut susciter une nouvelle envie chez le médiateur, il devient alors sujet désirant et ainsi de suite. C’est la spirale mimétique. ▪ Le désir selon l’autre (objectal) se mue en un désir d’être l’autre. Une véritable rivalité mimétique s’instaure et cela conduit à une escalade de la violence dans laquelle le modèle initial devient l’obstacle et l’ennemi à abattre.
Le désir mimétique à l'origine de l'Histoire
- Girard fait du désir mimétique la clé interprétative du processus d’hominisation (passage de l’animalité à l’humanité) et de l’Histoire.
- La rivalité entre deux individus désirants est contagieuse et aboutit à une crise mimétique ou d’indifférenciation.
- Pour instaurer un climat paisible, pour faire naître l’ordre du désordre
- Hypothèse : la victime émissaire
- la violence qui menace ce groupe (social ou pré-social) doit être expulsée à l’extérieur, et pour cela il faut que l’ensemble des conflictualités soit canalisé par un unique tiers. Une entité externe au groupe doit polariser sur elle-même cette violence destructrice.
La victime émissaire
> Qui est -elle ? - Cela relève un peu du hasard. Elle était au mauvais endroit au mauvais moment.
- Mais il existe aussi des facteurs excluants : malformatons physiques, minorité ethnique etc.
- « la maladie, la folie, les difformités génétiques, les mutilations accidentelles et mêmes les infrmités en général tendent à polariser les persécuteurs » (Bouc émissaire).
- Elle est en marge, jamais totalement incluse ni exclue. C’est pour cela qu’elle assure le passage.
- C’est un pharmakon social, à la fois poison et remède, jugé coupable et sauveur de la situation.
- Ex : Oedipe
- « la maladie, la folie, les difformités génétiques, les mutilations accidentelles et mêmes les infrmités en général tendent à polariser les persécuteurs » (Bouc émissaire).
- Ex : Oedipe
- Pour Girard toute société provient d’un meurtre fondateur d’une victime émissaire originelle.
- Les mythes, les rites, les interdits ne feraient que rejouer cet épisode de délivrance et constitueraient ainsi des freins culturels à la violence.
- Il estime que le système judiciaire, nouvelle forme de gestion de la violence, n’a pu apparaître qu’à l’issue d’un dysfonctionnement au cours duquel des victimes rituelles ont pris le pouvoir, ou après de longue périodes de paix.
N.B
- Ces réflexions = hypothèses critiquables.
- Mais :
- Attention, cela ne doit pas vous faire dire que si la violence est une donnée naturelle et commune, c’est quelque chose de « banal » donc peu important. Ce ne doit pas être un prétexte à la légitimation.
C) L’homme violent n’est pas nécessairement un monstre, mais bien souvent un être banal c’est-à-dire ordinaire ou semblable à nous
Hannah Arendt réalisé par Margarethe von Trotta Thème : procès d'Eichmann à Jérusalem.
H. Arendt, La vie de l'esprit. (1977)
- Eichmann est un membre du parti nazi, criminel de guerre, et fonctionnaire du III Reich. Il était responsable logistique de la solution finale. Son procès s’est tenu en 1961 à Jérusalem.
- Tout au long de ce dernier, il se défend d’avoir agi simplement en suivant les lois en vigueur à cette époque. Il n’aurait fait que son devoir.
- Sa défense repose notamment sur une reprise, maladroite, de l’impératif catégorique de Kant.
- " Je voulais dire à propos de Kant, que le principe de ma volonté doit toujours être tel qu'il puisse devenir le principe des lois générales."
- Il se présente donc comme un simple fonctionnaire, un rouage, qui n’a fait que suivre aveuglément les ordres dont il n’était pas à l’initiative, et en ce sens, n'en serait pas pleinement responsable.
Banalité du mal
- Les actes les plus immoraux peuvent être commis par des gens ordinaires, et souvent cultivés, autrement dit non monstrueux.
- C’est ce qu’elle a appelé la « banalité du mal ».
- Cette expression a été mal interprétée. On y a vu une forme de banalisation de la violence et de la barbarie nazie. Les descendants des victimes et les survivants se sont sentis blessés voire « souillés ».
- ni une théorie ni une doctrine, cela signifie la nature factuelle du mal perpétré par un être humain qui n’avait pas réfléchi aux conséquences morales ou éthiques.
- Eichmann apparaît comme un homme particulier, ordinaire, voire parfois ridicule et en tant que tel comme auteur du mal plutôt improbable. La banalité d’Eichmann, son manque total de spontanéité, n’a fait de lui ni un « monstre », ni un « démon », alors même qu’il était l’agent du mal le plus extrême.
- C'est le constat qu'elle fait et qui surprend ses lecteurs car il va à l'encontre de nos idées reçues et de notre éducation.
- La capacité de Eichmann à commettre des atrocités était due à son manque de pensée critique et à son incapacité à réfléchir aux conséquences de ses actions.
- Cela ne l'excuse pas, bien au contraire.
- C’est cette absence d’esprit critique qui rend possible le « mal radical », c’est à dire une violence absolue et impardonnable qui anéantit la racine de la liberté humaine. Mais ce terme conserve quelque chose de monstrueux, d’inhumain et manque de réalisme. C’est pourquoi elle préfère utiliser l’expression « banalité du mal », car cela doit davantage nous interpeler.
- Si Eichmann avait fait preuve de réflexion, il aurait vu combien la loi en vigueur allait à l’encontre de l’impératif catégorique de Kant, et il aurait dû s’y opposer fermement.
Le pire mal perpétré est celui qui est commis par personne, c’est à- dire par des êtres humains qui refusent d’être des personnes. Ceux qui refusent de penser, échouent à se constituer en quelqu’un, ils sont impropres à interragir avec les autres.
Arendt, Responsabilité et Jugement
Transition Ainsi, il semble que la violence, aux formes et intensités variables, soit une constante de l’Histoire humaine au point qu’elle se présente comme une caractéristique essentielle de l’espèce humaine qui prend peut-être sa source dans des structures biologiques mimétiques. En l’absence d’esprit critique, chacun s’expose à commettre des atrocités, ces comportements ne concernent donc pas qu’une minorité. Mais si la violence est à ce point omniprésente, comment se fait-il qu’elle n’ait pas encore anéanti l’espèce humaine ? Faut-il lui reconnaître un rôle ou une fonction principale quant au processus d’humanisation ?
II/ La violence comme moteur indispensable de l’Histoire.
A) La violence : un projet de la nature ?
- L'Histoire --> on isole des évènements marquants = ruptures par rapport au cours normal des choses.
- La discipline éponyme --> causes ? conséquences ?
- L’Histoire ne semble pas faire sens, c’est-à-dire qu’elle ne semble pas suivre un chemin linéaire ou un but précis.
- Prises séparément les actions humaines ne sont que « vanités infantiles, méchanceté et soif de destruction » (cf Kant).
- Pourtant, certains philosophes adoptent une conception téléologique à son égard.
- Il y aurait un ordre caché derrière ces évènements.
- La nature ne ferait rien en vain et tend vers un but déterminé.
- Pour Kant ce but c’est l’humanité ou la moralité.
> Y a-t-il derrière ce chaos apparent un ordre logique ?
Propositions : 2, 4, 8
L'Histoire universelle
- Il faut prendre du recul, ne pas se concentrer sur le détail des faits, mais embrasser du regard la totalité de l’histoire de l’espèce humaine, pour y découvrir un mouvement d’ensemble et en esquisser une sorte de plan général.
- Il faut considérer l’histoire comme le devenir d’une espèce une et unique, pour découvrir une certaine régularité dans le cours des choses humaines.
- L’histoire doit être universelle, son unité chronologique doit être donnée par l’idée d’un progrès continu au cours des siècles qui conduit peu à peu l’humanité à sa plus haute perfection.
- La vie individuelle est trop courte pour que chacun s’élève au plus haut degré possible d’humanité. Il faut passer le relais aux autres.
- Si on prend l’histoire universelle, et l’espèce entière comme un tout nous retrouvons cette finalité, et on peut envisager d’atteindre la liberté par un progrès lent et continu. La vie de l’espèce a un sens.
- La raison nous permet de viser une fin rationnelle, plus haute que le bonheur : la moralité ou liberté.
Le rôle de la nature
- Pour Kant, il y a un dessein de la nature qui préside au développement de notre espèce.
- En suivant les règles édictées par sa raison, chaque homme contribue sans le savoir et malgré son égoïsme au progrès de l’espèce.
- L'homme n'agit pas toujours de façon raisonnable, il est cause de son malheur. Mais Kant considère que le progrès vers le bien doit s’accomplir malgré et par la méchanceté des hommes, sans attendre de leur part une amélioration effective. La nature améliore les hommes malgré eux.
L'insociable sociabilité
- En l’homme, il y a 2 forces contraires :
- la sociabilité qui le pousse à rechercher ses semblables,
- l’insociabilité qui le rend incapable de se plier à la règle commune d’une association, et menace de dissoudre la société (cela résulte de nos inclinations et passions égoïstes).
- Les hommes s'opposent et sont ennemis, mais ils ne peuvent se passer les uns des autres.
- société = guerre de tous contre tous
- Pour Kant, c'est le moyen (la ruse) par lequel la nature parvient à mener à bien le développement de nos dispositions.
- La concurrence --> développement des talents, de la raison, de la morale.
- Les passions président au progrès de l’humanité. L’égoïsme humanise l’homme et le libère malgré lui de son animalité. Progressivement son existence tend à devenir morale.
- Leur antagonisme les amènent à s’accorder sur une règle commune, à se donner des lois qui restreignent leurs libertés. C’est un accord non librement consenti qui est l'oeuvre de la nature.
- Au fur et à mesure, les sociétés s'améliorent.
- Kant développe ici une philosophie du droit qui pense l’histoire politique comme orientée vers une justice toujours plus grande.
> Si l'humanité ne fait que progresser, alors pourquoi y a-t-il des guerres entre les Etats ?
Propositions 7 et 8 : - La guerre incessante entre les Etats entrave le progrès de l’espèce. Mais leur ambition et leur impérialisme vont les contraindre à trouver une forme d’association des Etats qui leur apportera paix et sécurité.
- L’humanité sera accomplie en quelque sorte lorsque sera érigée une société des nations, et un droit international. Kant est un penseur du cosmopolitisme. Cela doit aboutir à l’état de paix universelle et perpétuelle.
Remarque Kant ne pouvait le prédire mais à l’issue de la 1GM, les atrocités ont été telles qu’on a voulu que ce soit la « der des der », autrement dit on ne voulait plus d’une guerre pareille. Le traité de Versailles de 1919 a alors permis la création de la SDN. Il s’agit d’essayer de résoudre les futurs conflits par des négociations et non par les armes. Cette tentative n’a pas été un franc succès, d’où son remplacement par l’ONU en 1954. > Alors l’Histoire donne-t-elle raison à Kant ?
Ainsi, les guerres sont des épisodes nécessaires à une paix plus durable, parce que chacune met en avant le fait que la paix précédente était trop faible et motive donc les États à fonder des institutions qui garantissent une paix plus solide. La violence peut alors être considérée comme le moteur de l’Histoire et du progrès de l’humanité.
B) La violence comme étape nécessaire pour l’amélioration des sociétés
- Pour eux, la violence a un rôle de sage-femme des sociétés, c’est-à-dire, qu’elle actualise les changements qui couvent.
- Marx, Le Capital : «la violence est l’accoucheuse de toute vieille société qui est enceinte d’une nouvelle ».
- Ils reprennent l’idée d’une histoire universelle et mettent au jour une forme de chronologie typologique des sociétés.
Marx et Engels
Chronologie typologique des sociétés
◦ Communisme primitif : absence de propriété privée, cela correspond aux sociétés tribales où l’égalité et la mise en commun règnent. --> C’est une vision caricaturale des premières sociétés, qui a souvent été critiquées. ◦ Société patriarcale : période au cours de laquelle les individus se regroupent en famille, et où apparaît la propriété privée. Une hiérarchisation se met en place, et progressivement la domination masculine s’impose. ◦ Société esclavagiste : associée à l’Antiquité, le développement de certaines techniques entraîne l’enrichissement de certains qui tentent de préserver cette accumulation de capital en exploitant une autre partie de la population.
◦ Société féodale : c’est le servage. Les serfs, ont plus d’autonomie que les esclaves antiques mais ils travaillent pour le seigneur local. ◦ Société capitaliste : les bourgeois < 1789 ont pris le pouvoir et imposent un nouveau rapport de domination. Propriétaires des moyens de production, ils exploitent la classe prolétarienne. ◦ Société communiste : c’est l’état d’une société sans classe et sans Etat auquel doit abutir la révolution prolétarienne, et auquel doit donc conduire la lutte des classes.
- Lorsque les opprimés deviennent davantage conscients de leur situation en tant que classe, la violence devient alors le moyen pour transformer la société.
- La classe dominante donne naissance à la classe dominée qui la renversera et ainsi de suite jusqu’à ce qu’une classe mette un terme à cette division sociale.
- La révolution prolétarienne et communiste devrait aboutir à un nouveau système économique qui cherche à bannir la propriété privée, ou du moins les inégalités de richesse trop importantes. Elle cherche à instaurer une unique classe sociale : celle des travailleurs, qui serait égalitaire et unie.
- L’histoire est donc nécessaire, elle suit un but : l’instauration d’une société communiste.
- Pour Marx et Engels, les conditions matérielles de vies, c’est-à-dire l’économie, déterminent l’Histoire.
- Chacune de ces sociétés correspond à un schéma économique binaire et conflictuel au sein duquel une classe dominante exploite et contraint une classe dominée. Ce rapport de force et donc de violence est ce qu’ils nomment la lutte des classes et qu’ils considèrent comme étant le moteur même de l’Histoire (ils la perçoivent à travers chaque époque).
- Cette histoire de la lutte des classes débute, selon eux, avec l’instauration de la propriété privée.
▪ Pour Marx, chaque période historique se conclut par un épisode violent, révolutionnaire. Cette violence n’est que le moyen politique qui actualise ou précipite le changement déjà à l’œuvre au point de vue économique. ▪ Marx reconnaît cette forme de violence révolutionnaire comme légitime car elle vise à défaire une injustice sociale et à établir in fine une paix durable. C’est une étape nécessaire.
L’Histoire, chez Marx, est dialectique. C’est-à-dire qu’elle est traversée par des contradictions d’intérêts et des rapports de force : l’ensemble des conflits sociaux naissants de ces contradictions sont fondamentalement moteurs de l’Histoire, que leurs dénouements soient favorables ou non aux classes sociales dominées.
Transition Ainsi, la violence (sociale) semble être un facteur indissociable de, et nécessaire à, l’évolution de l’espèce humaine. Mais pour autant, celle-ci ne semble être légitime qu’à partir du moment où elle aboutit à une situation meilleure, ou du moins à condition qu’elle rende possible une certaine forme de progrès (moral, social, économique etc.). Faut-il, et comment, établir des distinctions entre des violences « légitime » et d’autres illégitimes ? Faut-il encadrer celle-ci, d’un point de vue juridique, pour qu’elle participe à cette sorte d’émancipation paradoxale ?
III/ De la nécessité d’encadrer (législativement) la violence.
> Si la violence doit-être encadrée, qui doit et peut le faire ?
A) Qui a le monopole de la violence légitime ?
- Au fils des siècles, la violence a été encadrée c’est-à-dire que des instances de contrôle se sont accaparées le droit d’user légitimement de celle-ci pour réprimer les actes, individuels, destructeurs qui pouvaient porter atteinte à la survie d’un groupe.
- Ex : l'Etat
Théories du Contrat social
- Pour qu’un groupe puisse continuer d’exister, il doit trouver le moyen de transférer l’usage de la force contre les dangers à une autorité commune : l’État.
- Ainsi, nous évitons que le droit de nous défendre nous conduise à une sorte de guerre de tous contre tous.
- L’État, ainsi investi de l’usage de la force, au nom du contrat que les futurs citoyens passent avec cette entité tierce pour assurer leur sécurité et leur bonheur, serait ainsi le seul détenteur de la force.
- Il a "le monopole de la violence légitime" (M.Weber).
- L’Etat est fondé sur la force au sens où son pouvoir lui vient de ce qu’il réussit à être reconnu comme la seule source de légitimité de la violence sur un territoire donné. Un Etat est donc une partie de la société qui s’arroge le monopole de la violence, et que l’on reconnaît comme légitime pour le faire. > Que veut dire par là ce sociologue ? Faut-il dire, comme le font plusieurs politiciens actuels, que tout usage de la force qui naît de cette institution est autorisé et moralement acceptable ?
Le Savant et le Politique, 1917-1919
Max Weber, 1864-1920
Une formule mal comprise !
- Weber cherche à définir ce qu’est le politique et plus précisément un Etat, et non à légitimer tout usage de la force physique, c’est-à-dire de la violence, dont il est pourvu.
- Weber commence par écarter toute définition de l’Etat "par le contenu de ce qu’il fait" . On ne peut pas définir l’Etat par le fait qu’il s’occupe d’une tâche particulière. Car « Il n’existe […] presque aucune tâche dont ne se soit pas occupé un jour un groupement politique quelconque ».
> Qu’est-ce qui distingue un Etat d’une autre forme d’organisation humaine ?
- S’il n’a pas d’activité spécifique, Weber cherche à définir l’Etat par son moyen d’action propre. Ce moyen, c’est « la violence physique ». Pour Weber, ce qui permet donc de définir l’État ce n’est pas ce qu’il fait, mais la manière dont il fait telle ou telle chose.
- L’Etat est l’institution qui peut utiliser la violence, et décider de qui a le droit d’utiliser la violence. Mais en aucun cas, cela ne lui donne le droit moral d’exercer celle-ci de façon exagérée. ◦ Il y a donc des actions étatiques condamnables.
- L’État doit en réalité être un cadre, un ensemble de règles qui permet de dénoncer la violence.
- Mais pour éviter les dérives, il doit exister des contre-pouvoirs. Le droit en est un. Le sentiment de violation ne doit pas non plus être négligé, bien souvent c’est lui qui nous permet de dénoncer et de s’opposer à un usage démesuré de la violence par l’État.
B) Y-a-t-il des guerres justes ?
> Qu’est-ce que la guerre ?
- Conflit violent entre au moins deux États. On l’oppose à la paix.
- Pour qu’il y ait une guerre, il faut que des armées s’affrontent. La guerre ne conduira jamais à la mort de l’État adversaire, tout au plus elle l’affaiblit.
- la guerre n’est pas une violence qui a pour but d’exterminer l’ennemi.
- « La guerre est un acte de la force par lequel nous cherchons à contraindre l’adversaire à se soumettre à notre volonté », De la guerre.
CARL VON CLAUSEWITZ1780-1831
- On cherche à dominer l’autre, mais non à le détruire, faute de quoi aucun État ne pourra être reconnu comme le vainqueur de ce conflit.
- Les causes d’une guerre sont multiples : conquête de territoire, affirmation d’une idéologie, appropriation de richesses naturelles (pétrole etc.), mais à chaque fois il s’agit d’un but profondément politique.
- C’est la raison pour laquelle Clausewitz déclare que la « la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens ».
> Mais peut-il exister une guerre juste ? Si oui, doit-elle être encadrée par le droit ?
- Il faut distinguer deux points : la jus ad bellum, c’est-à-dire dire le droit à la guerre (ou de faire la guerre) et le jus in bello (le droit dans la guerre).
- Jus ad bellum : on considère que l’État qui se défend mène une guerre juste contre l’agresseur.
- Jus in bello : cela concerne la pratique de la guerre, ses moyens. Les traités indiquent par exemple qu’il faut éviter de tuer les civils, de piller les villages , ou encore que la guerre doit être déclarée officiellement etc.
- On remarque néanmoins qu’il n’y a pas de super Etat capable de faire respecter ce droit de la guerre, d’où les nombreuses infractions. Tout au plus, on condamnera publiquement et moralement de telles dérives.
- Les sanctions peuvent apparaître une fois le conflit terminé → les procès de Nuremberg, le traité de Versailles etc.
Michael Walzer, 1935
Guerres justes et injustes (1977).
- Ce texte est publié deux ans après la guerre du Vietnam, c’est un philosophe USA .
- Il veut montrer que la guerre du Vietnam était une guerre injuste.
- Rappel du contexte : Une guerre civile entre le Nord communiste et le Sud capitaliste, les USA interviennent militairement pour soutenir le Sud et empêcher que le Vietnam ne devienne un pays communiste.
- Dans ce texte, Walzer définit la guerre injuste comme une « agression », c’est donc l’État qui attaque en premier, celui qui porte atteinte à la paix et aux droits des individus d’un autre pays qui semble être moralement condamnable.
- Associer la guerre à l’agression c’est en faire un crime. C'est ce contre quoi il faut lutter. Le crime c’est ce qui porte préjudice à l’ensemble de la société.
- D’une certaine manière, Walzer indique que l’agression ne peut être la norme des relations humaines, et c’est pourquoi, il est légitime de riposter quand elle se présente.
- La seule guerre juste semble être la guerre défensive, ou la légitime défense. Se battre au nom de droits bafoués est donc la seule cause acceptable, selon Walzer. C’est ce qui explique que s’ils prennent les armes « cette réaction sera toujours justifiée », donc perçue comme légitime.
- Le chantage de l’agression ne nous laisse pas le choix, il faut riposter. L’agression nie notre humanité, et c’est au nom de celle-ci que nous combattons. Si nous n’avons plus le choix, c’est parce que la victime n’a plus la possibilité de sauver quoi que ce soit, elle ne peut pas sacrifier quelque chose pour sauver sa vie, tout a disparu. Autrement dit il ne lui reste qu’une possibilité : sauver sa vie.
- Le chantage de rue n’est donc pas une véritable agression, puisque c’est un conflit entre deux individus où l’un et l’autre se reconnaissent en tant que tel, et qui maintient encore la possibilité du choix (donner son argent ou se battre).
- La guerre doit bien être le dernier recours pour être légitime. C’est le seul moyen encore à notre portée pour rétablir la paix troublée.
« Dans tous les désirs que nous avons observés, il n'y avait pas seulement un objet et un sujet, il y avait un troisième terme, le rival [...] Le sujet désire l'objet parce que le rival lui-même le désire. En désirant tel ou tel objet, le rival le désigne au sujet comme désirable. Le rival est le modèle du sujet [...]. Ce n'est pas par des paroles, c'est par son propre désir que le modèle désigne au sujet l'objet suprêmement désirable. Nous revenons à une idée ancienne mais dont les implications sont peut-être méconnues ; le désir est essentiellement mimétique, il se calque sur un désir modèle ; il élit le même objet que ce modèle. Le mimétisme du désir enfantin est universellement reconnu. Le désir adulte n'est en rien différent, à ceci près que l'adulte, en particulier dans notre contexte culturel, a honte, le plus souvent, de se modeler sur autrui [...]. Il se déclare hautement satisfait de lui- même ; il se présente en modèle aux autres ; chacun va répétant : « Imitez-moi » afin de dissimuler sa propre imitation. Deux désirs qui convergent sur le même objet se font mutuellement obstacle. Toute mimesis portant sur le désir débouche automatiquement sur le conflit. Les hommes sont toujours partiellement aveugles à cette cause de la rivalité. Le même, le semblable, dans les rapports humains, évoque une idée d'harmonie : nous avons les mêmes goûts, nous aimons les mêmes choses, nous sommes faits pour nous entendre. Que se passera-t-il si nous avons vraiment les mêmes désirs ? »
« Il ne suffit pas de dire que la victime émissaire « symbolise » le passage de la violence réciproque et destructrice à l’unanimité fondatrice ; c’est elle qui assure ce passage et elle ne fait qu’un avec lui. La pensée religieuse est forcément amenée à voir dans la victime émissaire, c’est-à-dire, simplement, dans la dernière victime, celle qui subit la violence sans provoquer de nouvelles représailles, une créature surnaturelle qui sème la violence pour récolter ensuite la paix, un sauveur redoutable et mystérieux qui rend les hommes malades pour les guérir ensuite. »
« Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou à embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique ; en un mot tant qu’ils ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu’un seul pouvait faire, et qu’à des arts qui n’avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons, et heureux autant qu’ils pouvaient l’être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d’un commerce indépendant : mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire, et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons. »
Procès Eichmann : En mai 1960, des agents du Service de renseignement israélien, s'emparèrent d'Eichmann en Argentine et le transportèrent à Jérusalem pour qu'il soit jugé par un tribunal israélien. L'acte d'accusation, rédigé par le procureur général d'Israël, Gideon Hausner, comportait quinze chefs d'accusation, dont ceux de crimes contre le peuple juif et de crimes contre l'humanité. Eichmann avait coordonné les déportations de Juifs d'Allemagne et d'Europe de l'Ouest, du Sud et de l'Est, vers les camps de mise à mort. Eichmann dressait les plans de déportation jusque dans les moindres détails. Travaillant avec d'autres organismes allemands, il gérait aussi la confiscation des biens des déportés et s'assurait que son service en bénéficie. Eichmann coordonna, avec le chef de la Gestapo Heinrich Mueller, un plan d'expulsion des Juifs de la Grande Allemagne vers la Pologne Il organisa également la déportation de dizaines de milliers de Tsiganes. Déclaré coupable de tous les chefs d'accusation, Eichmann fut condamné à mort. Il fut pendu le 1er juin 1962. Source : https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/eichmann-trial
Types de guerre : _ guerre de conquête : chercher à agrandir un territoire par la force. _ guerre civile : conflit qui oppose des groupes ou des communautés au sein d’une même entité politique, au nom de valeurs et idéaux opposés. _ guerre d’indépendance ou guerre coloniale : lutter contre une occupation étrangère ou une domination perçue comme illégitime. _ guerre supraétatique : c’est un combat qui repose sur des alliances internationales. _ guerre totale : conflit qui mobilise toutes les ressources d’un Etat (tous les membres d’une nation etc.). _ guerre de religion : conflit qui repose sur des convictions que l’on cherche à défendre ou à imposer. _ etc.
« Le mécanisme de la violence réciproque peut se décrire comme un cercle vicieux ; une fois que la communauté y a pénétré elle est incapable d’en sortir. On peut définir ce cercle en termes de vengeance et de représailles ; on peut en donner diverses descriptions psychologiques. Tant qu’il y a , au sein de la communauté, un capital de haine et de méfiance accumulées, les hommes continuent à y puiser et à le faire fructifier. Chacun se prépare contre l’agression probable du voisin et interprète ses préparatifs comme la confirmation de ses tendances agressives. De façon plus générale, il faut reconnaître à la violence un caractère mimétique d’une intensité telle que la violence ne saurait mourir d’elle-même une fois qu’elle s’est installée dans la communauté. Pour échapper au cercle, il faudrait liquider le redoutable arriéré de violence qui hypothèque l’avenir, il faudrait priver les hommes de tous les modèles de violence qui ne cessent de se multiplier et d’engendrer de nouvelles imitations. Si les hommes réussissent tous à se convaincre qu’un seul d’entre eux est responsable de toute la mimesis violente, s’ils réussissent à voir en lui la « souillure » qui les contamines tous, s’ils sont vraiment unanimes dans leur croyance, cette croyance sera vérifiée car il n’y aura plus nulle part, dans la communauté, aucun modèle de violence à suivre ou à rejeter, c’est-à-dire, inévitablement, à imiter et à multiplier. En détruisant la victime émissaire, les hommes croiront se débarrasser de leur mal et ils s’en débarrasseront effectivement car il n’y aura plus, entre eux, de violence fascinante. »
• René Girard n’est pas un philosophe. C’est un historien de formation et un professeur de littérature comparée qui a fait carrière aux USA. Ses travaux sur la nature mimétique du désir, puis ses hypothèses anthropologiques concernant les origines de la violence, ont fait de lui une personnalité intellectuelle importante du XXe en France, au point d’être élu à l’Académie Française. ◦ Il se définit comme un « anthropologue de la violence et du religieux », bien qu’il n’ait aucune formation en matière d’anthropologie ou de théologie.
L’agression est le nom que l’on donne à ce crime qu’est la guerre. Nous savons que c’est un crime grâce à notre expérience de la paix qu’il interrompt – il ne s’agit pas simplement de l’absence de combat, mais de la paix et de ses droits, de conditions de liberté et de sécurité qui ne peuvent exister qu’en l’absence de toute agression. Le tort que cause l’agresseur consiste à forcer des hommes et des femmes à risquer leurs vies pour défendre leurs droits. Ce qui les met face à un choix : leurs droits ou (pour certains) leur vie ! Des groupes donnés de citoyens réagiront diversement à ce choix – parfois ils se rendront, parfois ils se battront – selon la situation morale et matérielle de leur Etat et de leur armée. Mais s’ils décident de se battre, cette réaction sera toujours justifiée ; et, dans la plupart des cas, quand les hommes sont placés devant ce choix pénible, leur préférence morale va au combat. […] Il est assez facile de répondre au chantage de la rue, « la bouse ou la vie ! » : je donne mon argent et par là même j’évite d’être tué, et j’évite au voleur de devenir un assassin. Manifestement, nous ne voulons pas réagir au chantage de l’agression de la même façon ; même quand il n’y a pas de résistance, cela ne diminue pas à nos yeux la culpabilité de l’agresseur. Il a violé des droits auxquels nous attachons une très grande importance. Nous sommes en effet enclins à penser que le fait de ne pas défendre ces droits n’est jamais dû à une sous-estimation de leur importance, ni même à la croyance (comme dans le cas du chantage de la rue) que ces droits sont, après tout, moins importants que la vie elle-même ; cette absence de défense est due à la forte conviction que toute défense serait impossible. L’agression est un crime singulier et indifférencié, parce qu’elle défie, sous toutes ses formes, des droits pour lesquels on estime qu’il vaut la peine de mourir.
Violence naturelle vs Violence humaine
Violence spectaculaire vs Violence diffuse
Violence physique vs Violence psychologique
Violence collective vs Violence individuelle
Violence publique vs Violence privée
Violence envers les autres vs Violence envers soi
Violence légitime vs Violence illégitime
Violence légale vs Violence illégale
Deuxième proposition : Chez l’homme (en tant qu’il est la seule créature raisonnable sur terre), les dispositions naturelles qui se rapportent à l’usage de sa raison ne devaient se développer complètement que dans l’espèce, mais non dans l’individu. […] Quatrième proposition : Le moyen dont se sert la nature, pour mener à terme le développement de toutes les dispositions humaines est leur antagonisme dans la société, jusqu'à ce que celui ci finisse pourtant par devenir la cause d'un ordre conforme à la loi. [...] Huitième proposition : On peut considérer l'histoire de l'espèce humaine, dans l'ensemble, comme l'exécution d'un plan caché de la nature, pour réaliser, à l'intérieur , et dans ce but, aussi à l'extérieur, une constitution politique parfaite, car c'est la seule façon pour elle de pouvoir développer complètement en l'humanité toutes ses dispositions. [...]
"Tout a commencé quand j'ai assisté au procès Eichmann à Jérusalem. Dans mon rapport, je parle de la « banalité du mal ». Cette expression ne recouvre ni thèse, ni doctrine bien que j'aie confusément senti qu'elle prenait à rebours la pensée traditionnelle - littéraire, théologique, philosophique - sur le phénomène du mal. Le mal, on l'apprend aux enfants, relève du démon ; il s'incarne en Satan (qui « tombe du ciel comme un éclair » (saint Luc, 10,18), ou Lucifer, l'ange déchu (« Le diable lui aussi est ange » - Miguel de Unamuno) dont le péché est l'orgueil (« orgueilleux comme Lucifer »), cette superbia dont seuls les meilleurs sont capables : ils ne veulent pas servir Dieu ils veulent être comme Lui. Les méchants, à ce qu'on dit sont mus par l'envie ; ce peut être la rancune de ne pas avoir réussi sans qu'il y aille de leur faute (Richard III), ou l'envie de Caïn qui tua Abel parce que « Yahvé porta ses regards sur Abel et vers son oblation, mais vers Caïn et vers son oblation il ne les porta pas ». Ils peuvent aussi être guidés par la faiblesse (Macbeth). Ou, au contraire, par la haine puissante que la méchanceté ressent devant la pure bonté (Iago : « Je hais le More, Mes griefs m'emplissent le cœur » ; la haine de Claggart pour l'innocence « barbare » de Billy Budd, haine que Melville considère comme « une dépravation de la nature ») ou encore par la convoitise, « source de tous les maux » (Radix omnium malorum cupiditas). Cependant, ce que j'avais sous les yeux, bien que totalement différent, était un fait indéniable. Ce qui me frappait chez le coupable, c'était un manque de profondeur évident, et tel qu'on ne pouvait faire remonter le mal incontestable qui organisait ses actes jusqu'au niveau plus profond des racines ou des motifs. Les actes étaient monstrueux, mais le responsable - tout au moins le responsable hautement efficace qu'on jugeait alors - était tout à fait ordinaire, comme tout le monde, ni démoniaque ni monstrueux. Il n'y avait en lui trace ni de convictions idéologiques solides, ni de motivations spécifiquement malignes, et la seule caractéristique notable qu'on décelait dans sa conduite, passée ou bien manifeste au cours du procès et au long des interrogatoires qui l'avaient précédé, était de nature entièrement négative : ce n'était pas de la stupidité, mais un manque de pensée. Dans le cadre du tribunal israélien et de la procédure carcérale, il se comportait aussi bien qu'il l'avait fait sous le régime nazi mais, en présence de situations où manquait ce genre de routine, il était désemparé, et son langage bourré de clichés produisait à la barre, comme visiblement autrefois, pendant sa carrière officielle, une sorte de comédie macabre. Clichés, phrases toute faites, codes d'expression standardisés et conventionnels ont pour fonction reconnue, socialement, de protéger de la réalité, c'est-à-dire des sollicitations que faits et événements imposent à l'attention, de par leur existence même. On serait vite épuisé à céder sans cesse à ces sollicitations ; la seule différence entre Eichmann et le reste de l'humanité est que, de toute évidence, il les ignorait totalement"
« Tout État est fondé sur la force », disait un jour Trotsky à Brest-Litovsk. En effet, cela est vrai. S'il n'existait que des structures sociales d'où toute violence serait absente, le concept d'État aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu'on appelle, au sens propre du terme, l'« anarchie ». La violence n'est évidemment pas l'unique moyen normal de l'État, - cela ne fait aucun doute - mais elle est son moyen spécifique. De nos jours la relation entre État et violence est tout particulièrement intime. Depuis toujours les groupements politiques les plus divers - à commencer par la parentèle - ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir. Par contre il faut concevoir l'État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d'un territoire déterminé - la notion de territoire étant une de ses caractéristiques - revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. Ce qui est en effet le propre de notre époque, c'est qu'elle n'accorde à tous les autres groupements, ou aux individus, le droit de faire appel à la violence que dans la mesure où l'État le tolère : celui-ci passe donc pour l'unique source du « droit » à la violence. »