Au Japon, les défis du vieillissement
Au Japon : le défi du vieillisssement
Comment le Japon fait-il face aux défis du vieillissement ?
Activité
MODALitéS
Travail en groupes de 3 ou 4. Durée préparation : 1 h Passage oral : 5 minutes
Travail en groupes et préparation d’une restitution orale afin de compléter un schéma fléché.
Chaque groupe travaille sur un aspect. Projection possible à l'oral mais sans notes.
OBJECTIF
Préparer un oral noté, nourri de l’analyse du dossier documentaire fourni.
- les enjeux sociaux et économiques,
- les caractéristiques démographiques,
- les enjeux territoriaux,
- les enjeux politiques et migratoires.
Au Japon : le défi du vieillisssement
Point méthode
LA PYRAMIDE DES ÂGES
Il faut d'abord repérer la forme générale de la pyramide, il en existe un certain nombre de formes type qui correspondent à des caractéristiques particulières qu’il faut connaître :
Forme en
parasol Forme en toit de pagode Forme en as de pique Forme en obus Forme en Feuille de chêne Forme en champignon
Très forte
natalité beaucoup de
jeunes Faible espérance
de vie peu de
personnes âgées = population
jeune
Diminution de
la natalité Augmentation
de l’espérance
de vie = beaucoup
d’adultes mais
vieillissement
prévisible car
la tranche la
plus large n’est
pas la plus
jeune
Reprise de la
natalité rajeunis
sement de la
population Sommet plus
arrondi espérance
de vie en
progrès
Faible
natalité Forte
espérance
de vie = population
vieillissante
Population
qui a connu
des accidents
(guerres,…)
dans son
histoire récente Côtés ondulés
qui présentent
de nombreux
rentrants et
saillants
Rétrécissement
de la base déficit de
natalité Forte
proportion de
personnes âgées = population en
voie
d’extinction
Comprendre comment une pyramide fonctionne : à gauche, les hommes ; à droite, les femmes et entre les deux une colonne dans laquelle sont indiqués les âges de ces personnes.
Au Japon : le défi du vieillisssement
Les enjeux économiques et sociaux
Le vieillissement a un coût : les dépenses de la Sécurité sociale représentaient 32,5% du budget de l'exercice 2017, contre 17,6 % de celui de 2000. Et la question du paiement des retraites est soulevée, puisque la population active devrait tomber à 38 millions de personnes en 2060, contre 65,8 millions en 2013. Se pose aussi le problème de la prise en charge des personnes âgées. Yukio Noguchi, économiste de l'université Waseda, estime que le secteur des services aux seniors et des soins médicaux pourrait mobiliser un quart de la population active dans les années 2050. [...] Pendant la campagne pour les législatives d'octobre 2017, le premier minsitre M. Abe a promis d'utiliser le produit de la hausse de la TVA, qui passera de 8 % à 10 % en octobre 2019, pour financer des politiques sociales plus orientées vers la natalité. Il a proposé la gratuité des crèches et de l'école maternelle.
Le coût du vieillissement
Philippe Mesmer, « La population au Japon poursuit son inquiétant déclin », Le Monde, 9 janvier 2019
Soutenues par le gouvernement qui voit dans le vieillissement une chance de donner de l’avance aux technologies nippones alors que le problème gagnera des pays européens, la Corée du Sud ou encore la Chine, les entreprises s’adaptent et profitent d’une population de retraités bénéficiant – pour l’instant – de revenus solides qui génèrent plus des 2/5e des dépenses des ménages japonais. Le marché des seniors au Japon dépasse les 831 milliards d’euros et continue d’augmenter. Les sociétés développent des offres et produits spécifiques, parfois surprenants. Parce que beaucoup de personnes âgées restent en forme, les services de rencontres pour les plus de 65 ans se multiplient, à l’image du Sanko-Club. La priorité va aux transports, à la robotique et au médical. Toyota travaille avec NTT sur les véhicules automatisés et a mis sur le marché un système d’aide à la marche. Dans le secteur médical, les nouvelles technologies doivent faciliter les diagnostics à domicile notamment. Mais l’innovation dans le secteur médical se heurte également à l’explosion des coûts de la Sécurité sociale, qui représentent 32 % du budget en 2017, contre 17 % en 2000. Le gouvernement espère limiter cette hausse à 4,1 milliards d’euros en baissant les pensions de retraite et en augmentant la part des coûts assumés par les plus de 70 ans les plus aisés.
L'essor de la « silver economy »
Le Monde, 27 avril 2017.
Au Japon, traditionnellement, un homme ne se marie pas avant d'avoir un emploi stable. De ce fait, plus de la moitié des moins de 30 ans ne sauraient l'envisager aujourd'hui. Or seulement 2 % des enfants naissent hors mariage (France : 52 %). En outre, les couples mariés hésitent, car ils ont de plus en plus souvent besoin de deux salaires. Or, comme la société tend encore à considérer que la fonction de la femme est celle définie par Confucius — « bonne épouse et mère avisée » (ryôsai kenbo) —, nombre d'entreprises continuent à pousser les nouvelles mamans vers la porte.
Le modèle familial japonais
Jean-Marie Bouissou, Géopolitique du Japon. Une île face au monde, PUF, 2015
Au Japon : le défi du vieillisssement
Les caractéristiques démographiques
Lundi 8 janvier, 1,23 million de Japonais ayant eu 20 ans au cours des douze derniers mois ont participé aux traditionnelles « seijinshiki », les cérémonies d'entrée dans l'âge adulte. En ce jour férié, les jeunes femmes vêtues de kimonos aux teintes chatoyantes et les hommes en costume ou en ensemble hakama-haori ont assisté à des réunions publiques dans leur commune pour écouter leurs aînés énoncer leurs droits et devoirs. Puis ils ont envahi les gargotes pour fêter ce jour qui leur donne officiellement le droit de boire de l'alcool. Moment de fête, la seijinshiki, héritière d'une tradition liée au culte shinto, est révélatrice du déclin démographique de l'Archipel. En 1994, les jeunes de 20 ans étaient 2,07 millions. Et la tendance à baisser devrait se poursuivre. Selon les chiffres rendus publics fin décembre 2017 par le ministère de la santé, seuls 941 000 bébés seraient nés cette année, soit 36 000 de moins qu'en 2016, et surtout, le chiffre le plus bas depuis 1899. Dans le même temps, 1,3 million de Japonais sont décédés. La population poursuit donc son déclin amorcé à la fin des années 2000. [...] Il n'est donc pas surprenant que le premier ministre, Shinzo Abe, ait profité de ses vœux du Nouvel An pour, à nouveau, évoquer le déclin démogra- phique, parlant d'une « crise nationale ». La première conséquence de cette évolution est le vieillissement accéléré de la population. Les plus de 65 ans représentent 27,2 % de la population. En 2065, ils seront 40 %.
Un déclin inquiétant
Philippe Mesmer, « La population au Japon poursuit son inquiétant déclin », Le Monde, 9 janvier 2019
Au Japon : le défi du vieillisssement
Les enjeux territoriaux
Le Yomiuri Shimbun, le plus grand journal du Japon, a récemment réalisé une enquête sur la situation démographique du Japon, présentant le cas du « trou noir » de Tokyo : la population active et jeune afflue vers Tokyo attirée par son dynamisme et les conditions de vie, mais la vie tokyoïte est si peu favorable aux familles que ces jeunes japonais, pourtant porteurs de la démographie de demain, ne peuvent pas se loger correctement et fonder une famille. Et le développement de l'emploi précaire, avec la disparition progressive de ces « emplois à vie » qui ont fait la réputation du Japon (environ 40 % de la main d'oeuvre est dans une catégorie d'emploi précaire) ne facilite pas non plus l'installation des jeunes couples.
Le « trou noir » de Tokyo
P. Sauvage et P. Gerbert-Gaillard, « Le Japon au défi du vieillissement », Expressions Magazine N°703, Mars 2015
Depuis 2010, la population du Japon décroît, à partir d’un maximum historique de 128,06 millions d’habitants. Tokyo apparaît désormais comme un îlot de croissance dans un contexte national de dépopulation. Une très large portion du territoire national est même en sur-dépeuplement (kaso). En 2005, le phénomène concernait 8,3 % de la population de l’archipel, mais 40 % des communes et 54,1 % du territoire. Il touchait surtout le Japon périphérique (rural et montagnard) et sur-insulaire (îles éloignées, dites ritô) : une grande partie de Hokkaidô et du Tôhoku, la dorsale des Alpes japonaises, une grande partie du littoral ouest, et la partie sud de Shikoku et Kyûshû. 23 départements (sur 47) étaient en perte d’habitants entre 1995 et 2000. Leur nombre atteint 31 entre 2000 et 2005, traduisant, plus qu’une accélération, une tendance à la généralisation progressive du phénomène. (...) 29 départements présentaient un solde migratoire négatif entre 1980 et 1985. On en comptait 33 entre 1995 et 2000, et 37 entre 2000 et 2005, traduisant une tendance à la généralisation. En 2012, on voit émerger essentiellement deux pôles attractifs : le Kantô autour de Tokyo, et le bassin de Nagoya.
Un territoire au dépeuplement inégal
Raphaël Languillon-Aussel et Nathalie Reveyaz, « Japon, les fragilités d'une puissance », Géoconfluences, octobre 2017.
« Dans une situation de baisse démographique, la maximisation des fonctions urbaines est devenue une priorité cruciale. La ville compacte en est le mot-clé ». Cet extrait d’un article du Mainichi Shimbun (édition du 12 novembre 2016) illustre le succès de la notion de ville compacte dans le Japon contemporain, dont la population pourrait passer de 127 millions à moins de 100 millions d’habitants entre 2015 et 2050. Les régions périphériques qui pourraient perdre la moitié de leurs habitants. Deux tiers des 1 727 municipalités japonaises ont affiché un déficit démographique supérieur à 5 % entre 2010 et 2015, et celles-ci ont presque toutes annoncé, via les médias nationaux ou des journaux locaux, vouloir réorganiser leurs plans d’urbanisme autour de la notion de compacité urbaine afin de revitaliser des régions en déclin dans des « noyaux urbains » réduisant les distances et redonnant des services au centre facilitant les déplacements des personnes âgées.
La ville compacte
Sophie Buhnik, « Contre le déclin, la ville compacte. Retour sur quinze années de « recentralisation urbaine » au Japon », Métropolitiques, 2 mai 2017
Au Japon : le défi du vieillisssement
Les enjeux politiques et migratoires
Imaginer que le Japon subisse une croissance subite de sa démographie relève de l’utopie. Ce n’est pas pour autant qu’il faut baisser les bras, et le gouvernement semble décidé à proposer quelques solutions. La première serait d’aider les jeunes parents, en fournissant plus de places dans les crèches, car la garde d’un petit s’avère compliqué au Japon. Cela pousse près de 70% des mamans à arrêter de travailler après la naissance de leur premier bambin. Les aides financières permettant d’accompagner les parents lors des jeunes années de leur progéniture sont très basses, trop basses, et cela n’incite en rien à procréer. Si l’argent est déjà un problème, le fait que les naissances hors mariage soient très mal vues dans la société nippone en est un autre. Puisqu’il n’est pas envisageable d’avoir un enfant sans être marié, et que les couples se marient moins ou, comme nous l’avons évoqué ci-dessus, ne se forment même plus, l’Etat cherche à inciter au mariage, afin de booster par la suite les naissances. Pour cela, il propose des avantages fiscaux aux jeunes couples et souhaite la démocratisation des Speed Dating pour que de nouveaux couples se créent. Mais pour le moment, ces invectives semblent sans effet. Il faut alors penser aux solutions qui tiennent compte de la baisse des naissances. Que faire pour remplacer la main d’œuvre qui viendra à manquer dans les prochaines années ? Pour Shinzo Abe et son gouvernement, le fait d’avoir recours à l’immigration ne semble pas une option. Hormis certains accords avec des pays voisins, pour obtenir de la main d’œuvre à bas coût pour des postes pénibles ou sous-qualifiés, le Japon reste hermétique à un afflux de travailleurs étrangers qui ne sont que 300 000 actuellement. C’est d’ailleurs un avis que semble partager de nombreux Japonais, qui pensent que s’adapter à leur pays est une tâche trop compliquée et que si les nouveaux venus ne s’adaptent pas, ils créeront des problèmes. Le risque de troubler la quiétude du pays paraît trop élevé et c’est une des raisons qui fait que le Japon pourrait miser sur l’une de ses forces majeures : la robotique. Le Premier Ministre japonais voit en effet dans cette crise une chance pour le Japon d’affirmer sa suprématie en matière de robotisation et d’automatisation du travail. Les nouvelles technologies incluant les robots sont l’avenir, et c’est un constat parfaitement assimilé au Japon. Le pays a déjà commencé à utiliser certains androïdes pour faire de la réception dans des hôtels, pour servir d’assistant médical comme c’est le cas dans le Nagoya University Hospital depuis février 2018, ou pour accompagner le quotidien des particuliers chez eux.
Robots, mariages ou immigration ?
Mickaël Lesage, 23 février 2018, www. Lejournaldujapon.com
03.1. Au Japon, les défis du vieillissement
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Au Japon, les défis du vieillissement
Au Japon : le défi du vieillisssement
Comment le Japon fait-il face aux défis du vieillissement ?
Activité
MODALitéS
Travail en groupes de 3 ou 4. Durée préparation : 1 h Passage oral : 5 minutes
Travail en groupes et préparation d’une restitution orale afin de compléter un schéma fléché.
Chaque groupe travaille sur un aspect. Projection possible à l'oral mais sans notes.
OBJECTIF
Préparer un oral noté, nourri de l’analyse du dossier documentaire fourni.
Au Japon : le défi du vieillisssement
Point méthode
LA PYRAMIDE DES ÂGES
Il faut d'abord repérer la forme générale de la pyramide, il en existe un certain nombre de formes type qui correspondent à des caractéristiques particulières qu’il faut connaître :
Forme en parasol Forme en toit de pagode Forme en as de pique Forme en obus Forme en Feuille de chêne Forme en champignon
Très forte natalité beaucoup de jeunes Faible espérance de vie peu de personnes âgées = population jeune
Diminution de la natalité Augmentation de l’espérance de vie = beaucoup d’adultes mais vieillissement prévisible car la tranche la plus large n’est pas la plus jeune
Reprise de la natalité rajeunis sement de la population Sommet plus arrondi espérance de vie en progrès
Faible natalité Forte espérance de vie = population vieillissante
Population qui a connu des accidents (guerres,…) dans son histoire récente Côtés ondulés qui présentent de nombreux rentrants et saillants
Rétrécissement de la base déficit de natalité Forte proportion de personnes âgées = population en voie d’extinction
Comprendre comment une pyramide fonctionne : à gauche, les hommes ; à droite, les femmes et entre les deux une colonne dans laquelle sont indiqués les âges de ces personnes.
Au Japon : le défi du vieillisssement
Les enjeux économiques et sociaux
Le vieillissement a un coût : les dépenses de la Sécurité sociale représentaient 32,5% du budget de l'exercice 2017, contre 17,6 % de celui de 2000. Et la question du paiement des retraites est soulevée, puisque la population active devrait tomber à 38 millions de personnes en 2060, contre 65,8 millions en 2013. Se pose aussi le problème de la prise en charge des personnes âgées. Yukio Noguchi, économiste de l'université Waseda, estime que le secteur des services aux seniors et des soins médicaux pourrait mobiliser un quart de la population active dans les années 2050. [...] Pendant la campagne pour les législatives d'octobre 2017, le premier minsitre M. Abe a promis d'utiliser le produit de la hausse de la TVA, qui passera de 8 % à 10 % en octobre 2019, pour financer des politiques sociales plus orientées vers la natalité. Il a proposé la gratuité des crèches et de l'école maternelle.
Le coût du vieillissement
Philippe Mesmer, « La population au Japon poursuit son inquiétant déclin », Le Monde, 9 janvier 2019
Soutenues par le gouvernement qui voit dans le vieillissement une chance de donner de l’avance aux technologies nippones alors que le problème gagnera des pays européens, la Corée du Sud ou encore la Chine, les entreprises s’adaptent et profitent d’une population de retraités bénéficiant – pour l’instant – de revenus solides qui génèrent plus des 2/5e des dépenses des ménages japonais. Le marché des seniors au Japon dépasse les 831 milliards d’euros et continue d’augmenter. Les sociétés développent des offres et produits spécifiques, parfois surprenants. Parce que beaucoup de personnes âgées restent en forme, les services de rencontres pour les plus de 65 ans se multiplient, à l’image du Sanko-Club. La priorité va aux transports, à la robotique et au médical. Toyota travaille avec NTT sur les véhicules automatisés et a mis sur le marché un système d’aide à la marche. Dans le secteur médical, les nouvelles technologies doivent faciliter les diagnostics à domicile notamment. Mais l’innovation dans le secteur médical se heurte également à l’explosion des coûts de la Sécurité sociale, qui représentent 32 % du budget en 2017, contre 17 % en 2000. Le gouvernement espère limiter cette hausse à 4,1 milliards d’euros en baissant les pensions de retraite et en augmentant la part des coûts assumés par les plus de 70 ans les plus aisés.
L'essor de la « silver economy »
Le Monde, 27 avril 2017.
Au Japon, traditionnellement, un homme ne se marie pas avant d'avoir un emploi stable. De ce fait, plus de la moitié des moins de 30 ans ne sauraient l'envisager aujourd'hui. Or seulement 2 % des enfants naissent hors mariage (France : 52 %). En outre, les couples mariés hésitent, car ils ont de plus en plus souvent besoin de deux salaires. Or, comme la société tend encore à considérer que la fonction de la femme est celle définie par Confucius — « bonne épouse et mère avisée » (ryôsai kenbo) —, nombre d'entreprises continuent à pousser les nouvelles mamans vers la porte.
Le modèle familial japonais
Jean-Marie Bouissou, Géopolitique du Japon. Une île face au monde, PUF, 2015
Au Japon : le défi du vieillisssement
Les caractéristiques démographiques
Lundi 8 janvier, 1,23 million de Japonais ayant eu 20 ans au cours des douze derniers mois ont participé aux traditionnelles « seijinshiki », les cérémonies d'entrée dans l'âge adulte. En ce jour férié, les jeunes femmes vêtues de kimonos aux teintes chatoyantes et les hommes en costume ou en ensemble hakama-haori ont assisté à des réunions publiques dans leur commune pour écouter leurs aînés énoncer leurs droits et devoirs. Puis ils ont envahi les gargotes pour fêter ce jour qui leur donne officiellement le droit de boire de l'alcool. Moment de fête, la seijinshiki, héritière d'une tradition liée au culte shinto, est révélatrice du déclin démographique de l'Archipel. En 1994, les jeunes de 20 ans étaient 2,07 millions. Et la tendance à baisser devrait se poursuivre. Selon les chiffres rendus publics fin décembre 2017 par le ministère de la santé, seuls 941 000 bébés seraient nés cette année, soit 36 000 de moins qu'en 2016, et surtout, le chiffre le plus bas depuis 1899. Dans le même temps, 1,3 million de Japonais sont décédés. La population poursuit donc son déclin amorcé à la fin des années 2000. [...] Il n'est donc pas surprenant que le premier ministre, Shinzo Abe, ait profité de ses vœux du Nouvel An pour, à nouveau, évoquer le déclin démogra- phique, parlant d'une « crise nationale ». La première conséquence de cette évolution est le vieillissement accéléré de la population. Les plus de 65 ans représentent 27,2 % de la population. En 2065, ils seront 40 %.
Un déclin inquiétant
Philippe Mesmer, « La population au Japon poursuit son inquiétant déclin », Le Monde, 9 janvier 2019
Au Japon : le défi du vieillisssement
Les enjeux territoriaux
Le Yomiuri Shimbun, le plus grand journal du Japon, a récemment réalisé une enquête sur la situation démographique du Japon, présentant le cas du « trou noir » de Tokyo : la population active et jeune afflue vers Tokyo attirée par son dynamisme et les conditions de vie, mais la vie tokyoïte est si peu favorable aux familles que ces jeunes japonais, pourtant porteurs de la démographie de demain, ne peuvent pas se loger correctement et fonder une famille. Et le développement de l'emploi précaire, avec la disparition progressive de ces « emplois à vie » qui ont fait la réputation du Japon (environ 40 % de la main d'oeuvre est dans une catégorie d'emploi précaire) ne facilite pas non plus l'installation des jeunes couples.
Le « trou noir » de Tokyo
P. Sauvage et P. Gerbert-Gaillard, « Le Japon au défi du vieillissement », Expressions Magazine N°703, Mars 2015
Depuis 2010, la population du Japon décroît, à partir d’un maximum historique de 128,06 millions d’habitants. Tokyo apparaît désormais comme un îlot de croissance dans un contexte national de dépopulation. Une très large portion du territoire national est même en sur-dépeuplement (kaso). En 2005, le phénomène concernait 8,3 % de la population de l’archipel, mais 40 % des communes et 54,1 % du territoire. Il touchait surtout le Japon périphérique (rural et montagnard) et sur-insulaire (îles éloignées, dites ritô) : une grande partie de Hokkaidô et du Tôhoku, la dorsale des Alpes japonaises, une grande partie du littoral ouest, et la partie sud de Shikoku et Kyûshû. 23 départements (sur 47) étaient en perte d’habitants entre 1995 et 2000. Leur nombre atteint 31 entre 2000 et 2005, traduisant, plus qu’une accélération, une tendance à la généralisation progressive du phénomène. (...) 29 départements présentaient un solde migratoire négatif entre 1980 et 1985. On en comptait 33 entre 1995 et 2000, et 37 entre 2000 et 2005, traduisant une tendance à la généralisation. En 2012, on voit émerger essentiellement deux pôles attractifs : le Kantô autour de Tokyo, et le bassin de Nagoya.
Un territoire au dépeuplement inégal
Raphaël Languillon-Aussel et Nathalie Reveyaz, « Japon, les fragilités d'une puissance », Géoconfluences, octobre 2017.
« Dans une situation de baisse démographique, la maximisation des fonctions urbaines est devenue une priorité cruciale. La ville compacte en est le mot-clé ». Cet extrait d’un article du Mainichi Shimbun (édition du 12 novembre 2016) illustre le succès de la notion de ville compacte dans le Japon contemporain, dont la population pourrait passer de 127 millions à moins de 100 millions d’habitants entre 2015 et 2050. Les régions périphériques qui pourraient perdre la moitié de leurs habitants. Deux tiers des 1 727 municipalités japonaises ont affiché un déficit démographique supérieur à 5 % entre 2010 et 2015, et celles-ci ont presque toutes annoncé, via les médias nationaux ou des journaux locaux, vouloir réorganiser leurs plans d’urbanisme autour de la notion de compacité urbaine afin de revitaliser des régions en déclin dans des « noyaux urbains » réduisant les distances et redonnant des services au centre facilitant les déplacements des personnes âgées.
La ville compacte
Sophie Buhnik, « Contre le déclin, la ville compacte. Retour sur quinze années de « recentralisation urbaine » au Japon », Métropolitiques, 2 mai 2017
Au Japon : le défi du vieillisssement
Les enjeux politiques et migratoires
Imaginer que le Japon subisse une croissance subite de sa démographie relève de l’utopie. Ce n’est pas pour autant qu’il faut baisser les bras, et le gouvernement semble décidé à proposer quelques solutions. La première serait d’aider les jeunes parents, en fournissant plus de places dans les crèches, car la garde d’un petit s’avère compliqué au Japon. Cela pousse près de 70% des mamans à arrêter de travailler après la naissance de leur premier bambin. Les aides financières permettant d’accompagner les parents lors des jeunes années de leur progéniture sont très basses, trop basses, et cela n’incite en rien à procréer. Si l’argent est déjà un problème, le fait que les naissances hors mariage soient très mal vues dans la société nippone en est un autre. Puisqu’il n’est pas envisageable d’avoir un enfant sans être marié, et que les couples se marient moins ou, comme nous l’avons évoqué ci-dessus, ne se forment même plus, l’Etat cherche à inciter au mariage, afin de booster par la suite les naissances. Pour cela, il propose des avantages fiscaux aux jeunes couples et souhaite la démocratisation des Speed Dating pour que de nouveaux couples se créent. Mais pour le moment, ces invectives semblent sans effet. Il faut alors penser aux solutions qui tiennent compte de la baisse des naissances. Que faire pour remplacer la main d’œuvre qui viendra à manquer dans les prochaines années ? Pour Shinzo Abe et son gouvernement, le fait d’avoir recours à l’immigration ne semble pas une option. Hormis certains accords avec des pays voisins, pour obtenir de la main d’œuvre à bas coût pour des postes pénibles ou sous-qualifiés, le Japon reste hermétique à un afflux de travailleurs étrangers qui ne sont que 300 000 actuellement. C’est d’ailleurs un avis que semble partager de nombreux Japonais, qui pensent que s’adapter à leur pays est une tâche trop compliquée et que si les nouveaux venus ne s’adaptent pas, ils créeront des problèmes. Le risque de troubler la quiétude du pays paraît trop élevé et c’est une des raisons qui fait que le Japon pourrait miser sur l’une de ses forces majeures : la robotique. Le Premier Ministre japonais voit en effet dans cette crise une chance pour le Japon d’affirmer sa suprématie en matière de robotisation et d’automatisation du travail. Les nouvelles technologies incluant les robots sont l’avenir, et c’est un constat parfaitement assimilé au Japon. Le pays a déjà commencé à utiliser certains androïdes pour faire de la réception dans des hôtels, pour servir d’assistant médical comme c’est le cas dans le Nagoya University Hospital depuis février 2018, ou pour accompagner le quotidien des particuliers chez eux.
Robots, mariages ou immigration ?
Mickaël Lesage, 23 février 2018, www. Lejournaldujapon.com