La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d’un nouvel ordre mondial
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
Introduction
Destructions à Berlin: porte de Brandebourg (mai 1945)
Presse- und Informationsamt der Bundesregierung
« Duel à coups d’épingle », 1948
Caricature de Leslie G. Illingworth publiée dans le Daily Mail, 1948. Dès 1945, Truman (1) et Staline (2), bien qu’encore officiellement alliés, affichent leurs rivalités.
La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d’un nouvel ordre mondial
> Quelles sont les bases du nouveau monde posées par les vainqueurs dans les années d’immédiat après-guerre ?
SOMMAIRE
Evaluation
I. Après la guerre, un monde à reconstruireA) Panser les plaies de la guerreB) Reconstruire sur les ruines C) Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international II. De nouvelles tensions (1945-1949)A) La fracturation de la « Grande Alliance » B) Les débuts de la guerre froide en Europe C) Le Proche-Orient, nouvel espace de tensions
Corrigé
PPO1
PPO2
PPO3
Conclusion Vidéo de révisions
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I.
Après la guerre, un monde à reconstruire
> Comment reconstruire un nouvel ordre international après le conflit ?
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
A. Panser les plaies de la guerre
1. Une catastrophe humaine
Ticket de rationnement, France, 1947
Les pertes humaines liées à la guerre
1947 voit des émeutes de la faim éclater dans une dizaine de villes pour protester contre la hausse des prix et le rationnement. Les tickets de rationnement et le haut-commissariat au ravitaillement ne disparaissent en France que le 1er décembre 1949.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
A. Panser les plaies de la guerre
1. Une catastrophe humaine
L'épuration à la Libération
« La Tondue de Chartres » est un célébre cliché pris par Robert Capa le 16 août 1944 à Chartres, Eure-et-Loir, au moment de la libération de la ville. Il fait la une du magazine Life le mois suivant et devient le symbole des violences qui suivent la libération.
L'Europe à la fin de la guerre
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
A. Panser les plaies de la guerre
2. Un bilan matériel désastreux
Destructions et pertes matérielles
Dresde au lendemain de la guerre
Le PIB de 1945 comparé à celui de 1939
Du 13 au 15 février 1945, les avions britanniques et américains larguent 650 000 bombes incendiaires sur Dresde. Ils détruisent le tiers de la ville et font 300 000 morts.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
A. Panser les plaies de la guerre
3. Un choc moral
« Le dernier degré de sauvagerie »
Albert Camus (philosophe et écrivain français), éditorial de Combat, 8 août 1945.
On nous apprend au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football […]. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles […].Déjà on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive […].Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir entre l’enfer et la raison.
L'angoisse atomique
La découverte des crimes nazis
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
B. Reconstruire sur les ruines
1. La naissance de l'Etat-providence
Etat-providence : forme politique dans laquelle l'État intervient dans le domaine social et économique pour garantir le bien-être des citoyens. (≠Etat gendarme)
Pourquoi l'Etat-providence ?
Antoine Prost, « Aux origines de l’État-providence », Les collections de L’Histoire, n°28, juillet 2005.
Partout la crise des années 1930 a été analysée comme une faillite du libéralisme […]. Le succès du New Deal montrait la voie. On espérait d’une économie dirigée ce que l’économie libérale s’avérait incapable de donner […]. La guerre a renforcé cette orientation. Partout, en effet, l’intervention de l’État fait la preuve de son efficacité. Qu’il s’agisse de la production du matériel de guerre, de l’approvisionnement en matières premières importées, de l’affectation de la main-d’œuvre, de la répartition des produits de première nécessité, ou encore de l’assistance aux victimes, dans tous les domaines, l’urgence a multiplié les interventions publiques […]. La guerre a aussi et surtout engendré une puissante aspiration au mieux-être, au mieux-vivre.
Le rapport Beveridge,
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
B. Reconstruire sur les ruines
2. En France, le rôle du CNR
Le programme du CNR
PPO1
Analyse de documents.
En analysant et en confrontant les documents, vous montrerez que le Conseil national de la Résistance veut fonder l’État-providence en France sur des réformes économiques et sur des mesures de transformation sociale.
Point méthode
- après avoir lu le texte et observé attentivement l’image, relever les éléments mentionnés dans la consigne qui sont présents dans les deux documents ;
- ensuite, relever les éléments présents uniquement dans un des documents : préciser si un document complète l’autre ou s’il contredit l’autre et expliquer pourquoi.
30 minutes
Travail à 2
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
B. Reconstruire sur les ruines
2. En France, le rôle du CNR
Le programme du CNR
PPO1
Introduction :
Présenter les documents en rappelant ce qu’est le CNR ainsi que la notion d’État-providence.
II. Un programme ambitieux de réformes sociales
- Promouvoir une démocratie sociale, condition du renouveau après la faillite de la République et de ses élites en 1940. Cf. la participation ouvrière à la gestion des entreprises ou les droits politiques pour les populations des colonies. La volonté de rupture avec les élites défaillantes se retrouve dans le projet de réforme de l’instruction « afin que soit promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite ». La démocratisation de l’éducation est vue comme une des conditions du renouveau.
- Création d'un plan de sécurité sociale pour répondre aux besoins d’une population très éprouvée par les souffrances de la guerre (doc. 2, présence de déportés et de résistants : Marcel Paul et les militants arborant des décorations). Il prévoit d’assurer « des moyens d’existence dans tous les cas où [les citoyens] sont incapable de se les procurer par le travail ». Les assurances maladie et accident doivent y pourvoir ainsi que la généralisation des retraites. La création d’une assurance chômage doit permettre de répondre au principe de « droit au travail ».
I. Des réformes économiques de rupture
- Des mesures dirigistes avec le projet « d’un plan arrêté par l’État », dispositif permettant à l’État de fixer précisément les objectifs économiques nationaux.
- Des réformes de structures par « le retour à la nation des grands moyens de production », c’est-à-dire les nationalisations dans les secteurs clés de l’économie. Ces décisions donnent naissance à une économie dans laquelle l’État peut mener une action volontariste, à côté des entreprises privées, par de grands chantiers de reconstruction et d’aménagement.
- Un programme de compromis entre différents courants politiques où les communistes sont influents, ouvre la voie à la participation des ouvriers « possédant les qualifications nécessaires » à la gestion des entreprises. Il affirme aussi le rôle que doivent jouer les syndicats désormais dotés « de larges pouvoirs dans l’organisation dela vie économique et sociale du pays ».
Conclusion :
L’ensemble de ces réformes de structures, économiques et sociales, fondent l’État-providence.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
1. Le règlement du conflit
La conférence de Postdam, Allemagne, 2 août 1945
Dernière conférence interalliée, elle réunit dans la banlieue de Berlin de gauche à droite Attlee (Royaume-Uni), Truman (Etats-Unis), Staline (URSS)
La conférence de Yalta, Crimée, 9 février 1945
De gauche à droite Churchill (Royaume-Uni), Roosevelt (Etats-Unis), Staline (URSS)
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
1. Le règlement du conflit
En Asie
En Europe
Juger les criminels de guerre nazis
Intenté par les forces alliées contre vingt-quatre hauts responsables nazis, le procès de Nuremberg se tient du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Il est placé sous l’autorité du Tribunal militaire international instauré par les accords de Londres du 8 août 1945. Composé de quatre juges, quatre procureurs et quatre assesseurs soviétiques, français, américains et britanniques, il jugent pendant plus de dix mois, les accusés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Les procès de Tokyo
Les Alliés ont conçu le procès de Tokyo comme le strict parallèle de Nuremberg. Les mêmes procédures sont suivies et le procès est largement médiatisé. Néanmoins, ce procès suscite plus de remous. Les actes d’accusation contre les inculpés apparaissent mal fondés à bon nombre d’observateurs. En outre, sur décision de Macarthur, qui souhaite ménager le Japon pour l’arrimer au camp américain, l’empereur est épargné par le procès.
L'Europe au lendemain de la guerre
Occupations et changements frontaliers en Asie orientale
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
2. Empêcher le retour de la guerre
La charte des Nations-Unies
Charte des Nations unies signée à San Francisco, 26 juin 1945.
Préambule Nous, peuples des Nations unies, résolus :– à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances ;– à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations grandes et petites ;[...] avons décidé d’associer nos efforts pour réaliser ces desseins. Art. 1. Les objectifs des Nations unies sont les suivants :Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ;Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes [...].Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion [...].
La conférence de San Francisco, 26 juin 1945
Réunis à San Francisco en Californie, 51 pays fondent l'ONU.
Les institutions de l'ONU
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
3. Un nouvel ordre économique et social
Les accords de Bretton Woods
Le Monde, 26 juillet 1945.
Le Sénat américain a voté, par 61 voix contre 16, les accords de Bretton Woods1. […] L’approbation des États-Unis était essentielle, vu qu’ils tiennent la plus grande place dans les deux organismes prévus : le fonds de stabilisation des changes2, pour lequel ils fourniront 2 750 millions de dollars sur 8 800 millions ; la banque mondiale de reconstruction, qui aura un capital de 9 100 millions, avec une participation américaine de 3 100 millions. Si ces deux organismes fonctionnent comme il est prévu, leur rôle sera capital dans les relations internationales d’après-guerre. On sait à quel point elles furent troublées, et dans quelle mesure la vie de certains pays fut boule-versée par le désordre des changes, entre 1919 et 1939. Le fonds de stabilisation doit mettre fin à ces difficultés, qui tournèrent parfois à la catastrophe. […] Si le but visé est atteint, si un rapport à peu près fixe peut être établi entre les différentes monnaies, le commerce international en sera grandement favorisé.
1. Les accords sont signés par 44 pays à l’issue de la Conférence monétaire et financière des Nations unies qui s’est tenue du 1er au 22 juillet 1944. 2. FMI (Fonds monétaire international).
Le nouveau système monétaire international
Les Etats-Unis, grande puissance financière de l'après-guerre
Caricature de septembre 1947
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
3. Un nouvel ordre économique et social
Le début des Trente Glorieuses
Les institutions issues de Bretton Woods
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II.
De nouvelles tensions (1945-1949)
> Comment passe-t-on de la recherche d’un nouvel ordre international aux tensions entre les deux nouvelles superpuissances ?
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
A. La fracturation de la « Grande Alliance »
1. Un nouvel ordre mondial dominé par deux superpuissances
1.1 Les Etats-Unis, une puissance assumée
Les Etats-Unis en 1945
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre T. 3, Le Salut, 1944-1946, Plon, 1959.
Charles de Gaulle rencontre le président américain Harry S. Truman à la fin du mois d’août 1945.Le président Truman était convaincu que la mission de guide revenait au peuple américain […]. D’ailleurs, à quelle puissance, à quelle richesse, pouvaient se comparer les siennes ? Je dois dire qu’en cette fin de l’été 1945 on était dès le premier contact avec les États-Unis, saisi par l’impression qu’une activité dévorante et un intense optimisme emportaient toutes les catégories. Parmi les belligérants, ce pays était le seul intact. Son économie, bâtie sur des ressources en apparence illimitées, se hâtait de sortir du temps de guerre pour produire des quantités énormes de biens de consommation. L’avidité de la clientèle et, au dehors, les besoins de l’univers ravagé garantissaient aux entreprises les plus vastes débouchés, aux travailleurs le plein emploi. Ainsi, les États-Unis se sentaient assurés d’être longtemps les plus prospères. Et puis, ils étaient les plus forts ! Quelques jours avant ma visite à Washington, les bombes atomiques avaient réduit le Japon à la capitulation.
Siège du FMI, Washington
Siège de la Banque mondiale, Washington
Siège de l'ONU, New-York Siège de l'UNICEF
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
A. La fracturation de la « Grande Alliance »
1. Un nouvel ordre mondial dominé par deux superpuissances
1.2 Les paradoxes de la puissance soviétique
Les habitants de Prague accueillent les troupes soviétiques 9 mai 1945
L'Europe au lendemain de la guerre
Un lourd bilan matériel et humain
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
A. La fracturation de la « Grande Alliance »
2. Le tournant de 1947
« Le rideau de fer »
Discours de Winston Churchill à l'Université de Fulton aux États-Unis en présence du Président américain Harry Truman, le 5 mars 1946 © Jean-Pierre Maury, université de Perpignan.
De Stettin dans la Baltique jusqu'à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États de l'Europe centrale et orientale. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia, toutes ces villes célèbres et les populations qui les entourent se trouvent dans ce que je dois appeler la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l'influence soviétique, mais aussi à un degré très élevé et, dans beaucoup de cas, à un degré croissant, au contrôle de Moscou. Seule Athènes - la Grèce et ses gloires immortelles - est libre de décider de son avenir dans des élections contrôlées par des observateurs britanniques, américains et français. Le gouvernement polonais, dominé par la Russie, a été encouragé à empiéter largement et de façon illégitime sur l'Allemagne, et nous assistons actuellement à des expulsions massives de millions d'Allemands dans une mesure atroce et inimaginable. [...] Les partis communistes, qui étaient très faibles dans tous ces États de l'Est européen, se sont vus élevés à une prédominance et un pouvoir bien au-delà de leur importance numérique et cherchent partout à accéder à un contrôle totalitaire. Des gouvernements policiers dominent dans presque tous les cas et, jusqu'à présent, à l'exception de la Tchécoslovaquie, il n'y a pas de vraie démocratie.
Chrurchill dénonce « le rideau de fer »
Leslie Illingworth, Daily Mail, 6 mars 1946
L'établissement des « démocraties populaires »
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
A. La fracturation de la « Grande Alliance »
2. Le tournant de 1947
Le rapport Jdanov
Rapport d’Andreï Jdanov, représentant l’URSS à la Conférence des partis communistes européens en Pologne, 22 septembre 1947.
Le but que se pose le nouveau cours expansionniste des États-Unis est l’établissement de la domination mondiale de l’impérialisme américain. Ce nouveau cours vise à la consolidation de la situation de monopole des États-Unis sur le marché, monopole établi par suite de la disparition de leurs deux concurrents les plus grands – l’Allemagne et le Japon – et par l’affaiblissement des partenaires capitalistes des États-Unis : l’Angleterre et la France. Ce nouveau cours compte sur un large programme de mesures d’ordre militaire, économique et politique, dont l’application établirait dans tous les pays visés par l’expansionnisme des États-Unis la domination politique et économique de ces derniers et réduirait ces pays à l’état de satellites des États-Unis. La doctrine Truman et le plan Marshall sont dans les conditions actuelles aux États-Unis l’expression concrète des efforts expansionnistes […]. C’est aux partis communistes qu’incombe le rôle historique particulier de se mettre à la tête de la résistance au plan américain d’asservissement de l’Europe […]. Les communistes doivent être la force dirigeante qui entraîne tous les éléments antifascistes épris de liberté à la lutte contre les nouveaux plans expansionnistes américains d’asservissement de l’Europe.
La doctrine Truman
Discours du président Harry S. Truman devant le Congrès américain, 12 mars 1947.
Les États-Unis doivent soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement par des minorités armées, ou des pressions venues de l’extérieur […]. Notre aide doit consister essentiellement en un soutien économique et financier […]. Chaque nation se trouve désormais en face d’un choix à faire entre deux modes de vie opposés. L’un d’eux repose sur la volonté de la majorité et il est caractérisé par des institutions libres, un gouvernement représentatif, des élections libres, des garanties assurant la liberté individuelle, la liberté de parole et de religion, et l’absence de toute oppression politique. Quant à l’autre, il repose sur la volonté d’une minorité imposée par la force à la majorité. Il s’appuie sur la terreur et l’oppression, une presse et une radio contrôlées, des élections truquées et la suppression des libertés personnelles.Les semences des régimes totalitaires sont nourries par la misère et le dénuement. Elles croissent et se multiplient dans le sol aride de la pauvreté et du désordre. Elles atteignent leur développement maximum lorsque l’espoir d’un peuple en une vie meilleure est mort. Cet espoir, il faut que nous le maintenions en vie. Les peuples libres du monde attendent de nous que nous les aidions à sauvegarder leurs libertés.
Affiche de 1947
Affiche soviétique de 1948
« Les peuples du monde ne veulent pas d'une nouvelle guerre. » J. Staline
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
B. Les débuts de la guerre froide en Europe
1. Le « coup de Prague »
Le « coup de Prague »
PPO2
Analyse de documents.
En analysant et en confrontant les documents, vous raconterez le « coup de Prague » et montrerez comment il est perçu dans les deux camps de la guerre froide.
20 minutes
Travail à 2
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
B. Les débuts de la guerre froide en Europe
1. Le « coup de Prague »
Le « coup de Prague »
PPO2
Introduction :
Présenter les documents et rappeler le contexte : spécificité de la Tchécoslovaquie, plan Marshall...
II. Le « coup de Prague » et la division de l'Europe
- Un « coup » préparé qui achève la division de l'Europe. Pour Le Monde les événements de Prague ont été longuement préparés (« la Tchécoslovaquie enfin mise au pas »,
« méticuleuse préparation ») ; il souligne l’importance que cet événement représente pour toute l’Europe (« le rideau de fer tombe sur le dernier acte »), dans un pays qui est « la vaste usine du monde slave » et qui cesse d’être le pont entre l’Est et l’Ouest (« nous aurons demain un bloc oriental sans fissure »).
- Une volonté populaire. Le point de vue de L’Humanité, le journal du Parti communiste, est bien sûr diamétralement opposé, il souligne la popularité du gouvernement communiste
(« foule en liesse », « acclame »), en quelque sorte légalisé par la rue et parle « d’unité d’action » pour évoquer l’homogénéité du nouveau gouvernement.
- Une nouvelle étape. Pour les deux journaux une étape est franchie avec la formation d’une « démocratie populaire » (L’Humanité) ou d’une « république populaire » (Le Monde).
I. Le déroulement du « coup de Prague »
- Une « préparation méticuleuse » le parti communiste mobilise « des masses de manifestants » dans des manifestations et une grève générale le 24 février afin de faire pression sur le président de la République (Bénès « capitule devant les injonctions » de Gottwald) contre les ministres libéraux.
- La formation d'un gouvernement exclusivement communiste. Le président Benès, malade et redoutant une guerre civile, cède à Gottwald qui obtient, le25 février, la formation d’un gouvernement exclusivement formé de communistes. L'Humanité parle de « foule en liesse », quand Le Monde parle de la fin « du régime parlementaire ».
- La répression contre les opposants. Le Monde évoque la violence qui suit la prise du pouvoir politique et économique par les communistes : « briser les partis organisés », « arrêter les opposants ».
Conclusion :
Après février 1948, non seulement la répression s’abat sur la société tchèque, mais « le rideau de fer tombe sur le dernier acte » et l’Europe est désormais coupée en deux.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
B. Les débuts de la guerre froide en Europe
2. Le blocus de Berlin
Les enjeux du pont aérien
« Potsdam, Berlin et le plan Marshall », Luxemburger Wort, 26 juin 1948.
Lorsqu’en son temps, à l’été 1945, les quatre forces d’occupation sont entrées dans Berlin et se sont associées dans un Conseil de contrôle allié pour toute l’Allemagne et dans un commandement allié de la ville, le monde entier a reporté toute son attention sur cet exemple et on a dit que Berlin serait le symbole, mais aussi le baromètre de la collaboration des quatre grandes puissances. La preuve par l’exemple est maintenant faite [...]. Un retrait de Berlin équivaudrait pour [les États-Unis] à une perte de prestige qui se manifesterait bien au-delà des frontières de l’Allemagne et aurait des conséquences concrètes. La confiance dans la parole et la puissance de l’Amérique serait sérieusement ébranlée et la réalisation du plan Marshall fortement remise en question. [...] Il ne s’agit donc pas simplement de Berlin et des deux millions de Berlinois occupés par l’Ouest. Berlin n’est que le prétexte, le symbole tangible. Il s’agit de toute la politique américaine d’après-guerre.
L'Allemagne en 1948
La volonté de fusionner les zones, 1946
David Low, "Down barriers in Germany", Evening Standard, 1er août 1946 Le 1er janvier 19747 Américains et Britanniques fusionnent leurs zones d'occupation. La décision française de s'y adjoindre en 1948 entraîne la fermeture des frontières par les soviétiques.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
B. Les débuts de la guerre froide en Europe
2. Le blocus de Berlin
La proclamation de la Chine Populaire
Le 1er octobre 1949 Mao Zedong proclame l'avènement de la République populaire de Chine depuis le balcon de la Porte de la Paix céleste, qui donne sur la grande place Tien An Men.
La bipolarisation du monde
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
C. Le Proche-Orient, nouvel espace de tensions
1. La remise en cause du système colonial européen
Le mandat
Le mandat français en Syrie et au Liban (1923-1946) est l'un des deux mandats institués par la Société des Nations le 25 avril 1920. Il devait permettre officiellement aux États du monde arabe d'accéder à l'indépendance et à la souveraineté une fois un niveau suffisant de maturité politique et de développement économique atteint.Le 3 janvier 1944, la France reconnaît officiellement la souveraineté de la Syrie et du Liban
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
C. Le Proche-Orient, nouvel espace de tensions
2. La naissance d'Israël
La naissance d'Israël
PPO3
Itinéraire
A l'aide des documents pp. 134-135, réalisez un schéma pour expliquer comment et pourquoi l'Etat d'Israël a été créé.
15 minutes
Travail à 2
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
C. Le Proche-Orient, nouvel espace de tensions
2. La naissance d'Israël
La naissance d'Israël
PPO3
Contexte international
Les conséquences de la guerre
Le rôle de l'ONU
- Retrait des Britanniques
- Création de l'ONU
- Découverte de la Shoah et question des rescapés
- Plan de partage de la Palestine de 1947.
- Solution à deux Etats, un arabe et un juif.
- Jérusalem sous administration de l'ONU.
Contexte régional
La politique britannique et ses conséquences
Les revendications sionistes
- Déclaration Balfour 1917
- Immigration juive encouragée puis limitée suite à la révolte palestinienne
de 1939.
- Revendications religieuses, culturelles, historiques et politiques à un Etat juif
en Palestine.
La fondation d'Israël
- La proclamation le 14 mai 1948 par David Ben Gourion
- Le projet politique : créer une nation juive mais également un etat démocratique, respectant les libertés et l'égalité des droits sociaux et politiques.
Conséquences géopolitiques
La guerre
Les frontières en 1949
- Offensive arabe en mai-juin 1948.
- Contre offensive israélienne victorieuse à partir de juillet 1948.
- Pas d'Etat palestinien (annexions par Israël, Egypte et Jordanie.
- Question de Jérusalem.
- Etat de guerre entre Israël et ses voisins
- Solidarité des pays arabes avec les Palestiniens.
Conséquences pour les populations
Pour les Juifs d'Europe et du monde
Pour les Palestiniens
- Projet collectif.
- Possibilité d'émigration
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
Conclusion
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
Conclusion
> Quelles sont les bases du nouveau monde posées par les vainqueurs dans les années d’immédiat après-guerre ?
L’année 1945 marque un tournant majeur. Par le choc humain, économique et moral immense qu’elle a engendrée, la Seconde Guerre mondiale a aussi accouché de la volonté de construire un monde nouveau basé sur la coopération, le droit international et la sécurité collective incarné par de nouvelles institutions au premier rang desquelles l’ONU. Cependant dès 1948 la guerre en Palestine montre les limites et les difficultés de la question du droit international tandis que les relations entre les deux grands vainqueurs de la guerre se tendent rapidement. Au conflit idéologique, chacun incarnant un modèle politique et économique opposé, s’ajoute le conflit géopolitique, chacun cherchant à étendre son aire d’influence dans le monde.Bien que bref, l’immédiat après-guerre est donc un moment décisif de l’histoire contemporaine car il amorce « une césure capitale dans l’histoire de l’humanité » (Maurice Vaïsse) : l’entrée dans l’ère des superpuissances.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
Vidéo de révisions
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Introduire le mot de passe
A Yalta est également décidé, dans la continuité de la conférence de Dumbarton Oaks (été 1944) qui en avait jeté les bases, le principe d’une nouvelle organisation internationale de sécurité collective.L'ONU est officiellement fondée le 26 juin 1945, à la conférence de San Francisco. Sa charte, adoptée par 50 États, énonce ses objectifs : garantir la paix dans le monde, promouvoir la démocratie et les libertés individuelles, garantir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Tirant les leçons de l’échec de la SDN, ses institutions établissent un Conseil de sécurité composé de 11 membres dont 5 permanents, les vainqueurs de la guerre qui disposent d’un droit de veto. Il peut prendre des résolutions pour le maintien de la paix et recourir à une force d’intervention, les casques bleus. A côté une Assemblée générale des États membres peut voter des recommandations.En 1948 l’Assemblée adopte la Déclaration universelle des droits de l'homme et la Convention sur le génocide. L'ONU suscite beaucoup d'espoirs et d'attentes dès sa fondation, même si les défis auxquels elle doit faire face sont immenses.
En novembre 1947 l’Assemblée générale de l’ONU vote la création de deux États, juif et arabe, Jérusalem restant sous mandat international.Le 14 mai 1948 David Ben Gourion proclame la naissance de l’État d’Israël dont il devient le premier ministre. Une première guerre éclate aussitôt au nom du panarabisme entre le nouvel État, soutenu par les États-Unis, et ses voisins arabes.Israël remporte ce premier conflit et l’État arabe palestinien ne voit jamais le jour, partagé entre Israël, la Jordanie et l’Égypte. La violence des combats et les expulsions entraînent l’exode de près d’un million de Palestiniens arabes dans les pays voisins, c’est la Nakba. Les États arabes refusent de reconnaître Israël qui de son côté interdit le retour des Palestiniens. Les bases de l’un des plus anciens conflits de la planète sont posées
Le 24 juillet 1944, 44 pays alliés exceptée l’URSS signent les accords de Bretton Woods afin de réorganiser le système financier mondial et d’éviter le retour du désordre économique des années 30 dont le rôle dans le déclenchement de la guerre est pointé du doigt.Le Système Monétaire International (SMI) est créé pour établir un taux de change fixe des différentes monnaies par rapport au dollar qui devient la monnaie d’échange internationale, supplantant la livre. Les Etats-Unis possédant alors les 2/3 du stock mondial d’or, seul le dollar est convertible en or.
A Yalta (février 1945) puis à Postdam (juillet-août 1945), les Alliés décident du sort de l’Allemagne : nouvelles frontières, occupation quadripartite du pays et de sa capitale Berlin, politique des « 5 d » (démilitarisation, dénazification de la société, décartellisation, démocratisation, décentralisation), réparations... Ils décident également de juger les responsables nazis devant un tribunal militaire international (Nuremberg, 1945-1946), c’est la naissance d’une justice pénale internationale pour des crimes commis dans le cadre d’une guerre.Enfin ils font renaître certains États (Tchécoslovaquie, la Pologne) et actent la nécessité d’élections démocratiques dans l’Europe libérée.
Staline profite de la présence de l’armée rouge pour faire participer les communistes à des gouvernements d’union nationale où ils occupent des ministères clef et à imposer des gouvernements communistes par la force (Pologne, Bulgarie) en violation des engagements pris à Yalta. Pour l’Occident il ne s’agit plus d’une volonté de sécurité mais bien d’expansion.Cette méfiance est formulée par W. Churchill lors du discours de Fulton (mars 1946) où il dénonce le « rideau de fer » qui s’est abattu sur l’Europe et menace la paix sur le continent.
La question du Proche et l'Extrême-Orient illustre à la fois la précocité des tensions, dès 1945, et les limites du nouveau droit international.
En France cette protection sociale est fondée sur les principes de solidarité et de redistribution tels qu’annoncés dans le programme du Conseil National de la Résistance le 15 mars 1944. Le CNR souhaite la mise en place d’une Sécurité sociale qui assure à chacun la protection en cas de maladie. Le programme du CNR annonce ce qui devient le « modèle social français » après la fin de la Seconde Guerre mondiale.L’État nationalise également de nombreuses entreprises dans les domaines de la banque, l’assurance, l’énergie et les transports face à l’importance des destructions et de la désorganisation.
Avec plus de 60 millions de victimes, dont 52% de civils, c’est un véritable choc démographique. Le cas de la Pologne constitue l’extrême de ce phénomène : 5,5 millions de civils tués sur un total de 5,82 millions de victimes soit 18% de sa population d’avant-guerre. L’URSS pays le plus touché a perdu 26 millions d’habitants, l’Allemagne 9.Les conséquences de la guerre continuent à se faire sentir même après l’arrêt des combats : les destructions, les prélèvements dans les pays occupés, la désorganisation administrative entraînent des famines. Environ un million de Japonais meurent de malnutrition en 1945-1946 et les restrictions durent souvent jusqu'en 1950 (tickets de rationnement).
Dès 1947 les États-Unis de Truman réagissent par la doctrine du containment ou endiguement. Persuadés de devoir exporter leur modèle basé sur la démocratie et le libre-échange afin d’assurer la prospérité et la paix mondiale, ils se posent en leaders du monde libre. Ils proposent leur aide économique à tout pays menacé par le communisme. Cela prend la forme en Europe du plan Marshall, rejeté par l’Europe de l’Est, et du plan Dodge au Japon. Andreï Jdanov, responsable de l'idéologie soviétique, y répond en opposant l'URSS et ses alliés à l'impérialisme des pays capitalistes. Le Kominform est créé en septembre 1947 pour coordonner l’action politique des différents partis communistes, notamment italien et français. 1947 marque l’entrée dans la guerre froide et la bipolarisation du monde.
L’URSS est l’autre grand vainqueur de la guerre mais présente un visage très différent. Si l’armée rouge bénéficie d’un prestige immense après avoir résisté lors de la bataille de Stalingrad, première grande défaite allemande, et libéré l’Europe de l’Est puis pris Berlin, le pays a payé un tribut très lourd à la guerre : 26 millions de morts (14% de sa population) et des destructions considérables. Cependant elle peut compter sur la présence de l’armée rouge en Europe de l’Est où Staline veut établir un glacis défensif, ainsi que sur l’appui des partis communistes européens.
Les alliances se militarisent alors avec la création de l’OTAN en avril 1949, alliance militaire américaine destinée à protéger ses alliés, notamment en Europe. Le camp communiste lui se renforce avec la victoire de Mao Zedong en Chine en 1949 et le départ des nationalistes de Tchang Kaï-chek pour Taïwan mais aussi l’explosion de la première bombe atomique soviétique en août.La bipolarisation du monde est désormais en place.
En Tchécoslovaquie, l’un des rares pays démocratiques d’Europe de l’Est où des élections libres avaient été organisées, le coup de Prague montre que l’URSS n’a pas renoncé à étendre le communisme dans le monde et sa volonté d’imposer des régimes communistes partout à l’Est.Les communistes qui gouvernaient depuis 1946 sans majorité absolue mais en contrôlant les ministères clef, organisent des manifestations pour imposer au président Benes la nomination d’un gouvernement composé exclusivement de communistes. Ce coup de force fait suite à la proposition américaine de Plan Marshall que Staline a ordonné à la Tchécoslovaquie de refuser, faisant le choix de la rupture. Mais il montre surtout la radicalisation à l’œuvre dans le bloc communiste où l’URSS soviétise les pays d’Europe de l’Est (contrôle de la police et de la justice, diabolisation des autres partis traités de « fascistes », élimination physique d’opposants). Appelés « démocraties populaires », les pays d'Europe de l'Est deviennent des États satellites de l’URSS.
L’alliance de fait entre adversaire du nazisme ne résiste pas à la fin de la guerre. Après le décès de Roosevelt en avril 1945 son successeur, Harry Truman, se montre très méfiant vis-à-vis de l’URSS et les relations se dégradent dès l’été 1946.
En Occident le choc est immense mais la faible mobilisation de l’Europe de l’Ouest pousse Staline à intensifier le rapport de force et les tensions se concentrent désormais autour de Berlin.Alors que Berlin était divisé en quatre zones d'occupation depuis la guerre, les occidentaux fusionnent leurs zones début 1948. Staline installe alors un rapport de force pour éviter la partition en deux du pays : il organise le blocus de Berlin Ouest pour en chasser les puissances occidentales. Celles-ci mettent en échec ce coup de force par un pont aérien (juin 1948-mai 1949) jusqu’à la levée du blocus.Deux États se créent alors, la RFA pro-occidentale à l’Ouest et la RDA pro-soviétique à l’Est.
Sur les anciens fronts européens et asiatiques les destructions sont colossales, Allemagne, Japon et Pologne sont entièrement dévastées.
- les villes sont en partie détruite par les bombardements : 45 villes allemandes sont détruites à plus de 50%, Varsovie est anéantie à plus de 85% ;
- les infrastructures sont fortement endommagées : ports (St Nazaire, Rouen...), voies de communication (45% du réseau ferré français est abîmé), usines…
Les économies sont exsangues et tournent au ralenti, en deçà de leurs niveaux de production de 1939, et les États sont très endettés.Seuls les États-Unis, épargnés par les combats et devenus l’arsenal des alliés, ont fortement augmenté leur production et sont devenus le créancier du monde.
Avant même la fin du conflit, de grandes conférences internationales préparent le retour de la paix et témoignent de nouveaux rapports de force entre les nations. Si les puissances européennes déclinent, les États-Unis et l'URSS s'affirment comme les nouvelles superpuissances. Les États-Unis, après deux décennies d'isolationnisme, sont décidés à participer activement à ces nouvelles institutions.
Des institutions sont créées pour aider les pays détruits à le reconstruire :
- Le FMI qui aide par des prêts ponctuels les pays en difficultés passagères,
- La BIRD (banque internationale pour la reconstruction et le développement ou Banque Mondiale) dont l’objectif est de financer des projets de développement à long terme.
Les accords du GATT de 1947 favorisent également le libre échange en réduisant les barrières douanières. Tous ces accords révèlent l’influence des Etats-Unis (place du dollar, sièges du FMI, de la BIRD mais aussi de l’ONU) et assoient leur puissance. Cependant les politiques de reconstruction ainsi le nouvel élan donné aux échanges mondiaux alimentent la croissance, particulièrement dans les États capitalistes, et la croissance repart : c’est le début des « Trente Glorieuses ».
Partout l’heure est à la reconstruction. Le rôle de la crise économique de 1929 dans la Seconde Guerre mondiale a été très vite mis en lumière et la guerre a fait naître une forte aspiration au mieux-être. Un important travail de réflexion a été mené par les Alliés sur les moyens politiques, économiques et sociaux d’une reconstruction durable, par exemple avec le rapport de l'Anglais William Beveridge qui en 1942 définit le Welfare State : il ne faut pas seulement redistribuer les richesses, mais mettre l'homme à l'abri du besoin. En 1944, la déclaration de Philadelphie achève la réflexion : il s'agit de concilier démocratie, liberté économique et sécurité sociale. Parallèlement l’intervention de l’État en temps de guerre a fait la preuve de son efficacité dans le domaine économique et social. C’est pourquoi en 1945 les démocraties occidentales décident d’intervenir fortement pour former un État-Providence, partout les lois sociales se multiplient.
Les États-Unis décident d’assumer leur position de superpuissance et de sortir de leur isolationnisme. La guerre a mis en avant leur domination économique (en 1950, ils produisent 1/3 des biens de la planète) et militaire (ils sont les seuls à posséder la puissance nucléaire). Leur prestige est immense et leur modèle culturel très attractif. Ils abritent les nouvelles institutions internationales créées après-guerre et deviennent le centre politique du monde.
La fin du conflit s’accompagne également d’importants déplacements de population : populations fuyant devant l’avancée soviétique, retour de millions de déportés, prisonniers de guerre et travailleurs forcés et transferts de population avec la mise en place des nouvelles frontières. En 1945, 50 millions d’Européens sont ainsi sur les routes dont 5 pour la seule Allemagne.Enfin les violences se poursuivent dans l’immédiat après-guerre : épuration, pogroms en Pologne, affrontement entre résistants (communistes et non communistes en Grèce, en Chine).
La fin prévue des mandats britannique et français, ainsi que la présence de 60 % des réserves pétrolières mondiales font de cette région un enjeu majeur. De premiers pays prennent leur indépendance (Liban, Syrie, Jordanie) et l’impérialisme européen y est de plus en plus contesté par la montée du nationalisme arabe (création de la Ligue arabe en 1945).Ces tensions concernent particulièrement la Palestine britannique, un territoire peuplé majoritairement d’Arabes mais où les Britanniques ont favorisé le développement d’une migration juive importante dans les années 20 et à qui ils ont promis un état (déclaration Balfour, 1917) tout en garantissant aux populations arabes une future indépendance (La Terre deux fois promise). Après 1945 et la Shoah, de nombreux rescapés décident de s’installer en Palestine britannique pour y fonder état, c’est le sionisme, mais se heurtent aux Britanniques devenus hostiles à cette immigration pour éviter les tensions avec les populations arabes.
Enfin le traumatisme est moral en raison de la violence extrême atteinte pendant la guerre (massacres, tortures, viols). Mais le choc principal provient de la libération des camps de concentration et d’extermination par les Soviétiques, Britanniques et Américains entre août 1944 et janvier 1945 (Auschwitz, 27 janvier). L’autre grand traumatisme est la naissance d’une arme de destruction totale, l’arme atomique utilisée à Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945 pour terminer la guerre. L’humanité a désormais la capacité de s’autodétruire.L’industrie de la mort et les peurs d’une apocalypse nucléaire ébrèchent l’espoir d’un progrès continu de la science.
Dans le Pacifique, le Japon, occupé par les États-Unis, doit renoncer à l’ensemble de ses conquêtes depuis 1931 (dont la Corée coupée en deux zones d’occupation Russe et Américaine) et perd sa souveraineté.
1945 pour de nombreux pays est « l’année zéro ». Le monde sort de plusieurs années d'une guerre dont le bilan humain, matériel et moral est terrible et le traumatisme tel que la question de la construction d’un monde nouveau devient centrale. Il faut reconstruire des pays détruits, notamment dans les anciens fronts européens et asiatiques, des systèmes politiques balayés mais aussi garantir une paix durable. Très vite émerge l’idée d’un monde neuf qui s’écarterait des erreurs de l’entre-deux-guerres, mêlant forte volonté de rupture et confirmation du rôle dominant reconnu aux États les plus puissants car c’est sous l’égide des deux Grands qu‘un nouvel ordre mondial s’établit et se structure progressivement.
04. La fin de la Seconde Guerre mondiale
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La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d’un nouvel ordre mondial
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
Introduction
Destructions à Berlin: porte de Brandebourg (mai 1945)
Presse- und Informationsamt der Bundesregierung
« Duel à coups d’épingle », 1948
Caricature de Leslie G. Illingworth publiée dans le Daily Mail, 1948. Dès 1945, Truman (1) et Staline (2), bien qu’encore officiellement alliés, affichent leurs rivalités.
La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d’un nouvel ordre mondial
> Quelles sont les bases du nouveau monde posées par les vainqueurs dans les années d’immédiat après-guerre ?
SOMMAIRE
Evaluation
I. Après la guerre, un monde à reconstruireA) Panser les plaies de la guerreB) Reconstruire sur les ruines C) Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international II. De nouvelles tensions (1945-1949)A) La fracturation de la « Grande Alliance » B) Les débuts de la guerre froide en Europe C) Le Proche-Orient, nouvel espace de tensions
Corrigé
PPO1
PPO2
PPO3
Conclusion Vidéo de révisions
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I.
Après la guerre, un monde à reconstruire
> Comment reconstruire un nouvel ordre international après le conflit ?
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
A. Panser les plaies de la guerre
1. Une catastrophe humaine
Ticket de rationnement, France, 1947
Les pertes humaines liées à la guerre
1947 voit des émeutes de la faim éclater dans une dizaine de villes pour protester contre la hausse des prix et le rationnement. Les tickets de rationnement et le haut-commissariat au ravitaillement ne disparaissent en France que le 1er décembre 1949.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
A. Panser les plaies de la guerre
1. Une catastrophe humaine
L'épuration à la Libération
« La Tondue de Chartres » est un célébre cliché pris par Robert Capa le 16 août 1944 à Chartres, Eure-et-Loir, au moment de la libération de la ville. Il fait la une du magazine Life le mois suivant et devient le symbole des violences qui suivent la libération.
L'Europe à la fin de la guerre
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
A. Panser les plaies de la guerre
2. Un bilan matériel désastreux
Destructions et pertes matérielles
Dresde au lendemain de la guerre
Le PIB de 1945 comparé à celui de 1939
Du 13 au 15 février 1945, les avions britanniques et américains larguent 650 000 bombes incendiaires sur Dresde. Ils détruisent le tiers de la ville et font 300 000 morts.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
A. Panser les plaies de la guerre
3. Un choc moral
« Le dernier degré de sauvagerie »
Albert Camus (philosophe et écrivain français), éditorial de Combat, 8 août 1945.
On nous apprend au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football […]. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles […].Déjà on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive […].Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir entre l’enfer et la raison.
L'angoisse atomique
La découverte des crimes nazis
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
B. Reconstruire sur les ruines
1. La naissance de l'Etat-providence
Etat-providence : forme politique dans laquelle l'État intervient dans le domaine social et économique pour garantir le bien-être des citoyens. (≠Etat gendarme)
Pourquoi l'Etat-providence ?
Antoine Prost, « Aux origines de l’État-providence », Les collections de L’Histoire, n°28, juillet 2005.
Partout la crise des années 1930 a été analysée comme une faillite du libéralisme […]. Le succès du New Deal montrait la voie. On espérait d’une économie dirigée ce que l’économie libérale s’avérait incapable de donner […]. La guerre a renforcé cette orientation. Partout, en effet, l’intervention de l’État fait la preuve de son efficacité. Qu’il s’agisse de la production du matériel de guerre, de l’approvisionnement en matières premières importées, de l’affectation de la main-d’œuvre, de la répartition des produits de première nécessité, ou encore de l’assistance aux victimes, dans tous les domaines, l’urgence a multiplié les interventions publiques […]. La guerre a aussi et surtout engendré une puissante aspiration au mieux-être, au mieux-vivre.
Le rapport Beveridge,
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
B. Reconstruire sur les ruines
2. En France, le rôle du CNR
Le programme du CNR
PPO1
Analyse de documents.
En analysant et en confrontant les documents, vous montrerez que le Conseil national de la Résistance veut fonder l’État-providence en France sur des réformes économiques et sur des mesures de transformation sociale.
Point méthode
30 minutes
Travail à 2
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
B. Reconstruire sur les ruines
2. En France, le rôle du CNR
Le programme du CNR
PPO1
Introduction :
Présenter les documents en rappelant ce qu’est le CNR ainsi que la notion d’État-providence.
II. Un programme ambitieux de réformes sociales
I. Des réformes économiques de rupture
Conclusion :
L’ensemble de ces réformes de structures, économiques et sociales, fondent l’État-providence.
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
1. Le règlement du conflit
La conférence de Postdam, Allemagne, 2 août 1945
Dernière conférence interalliée, elle réunit dans la banlieue de Berlin de gauche à droite Attlee (Royaume-Uni), Truman (Etats-Unis), Staline (URSS)
La conférence de Yalta, Crimée, 9 février 1945
De gauche à droite Churchill (Royaume-Uni), Roosevelt (Etats-Unis), Staline (URSS)
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
1. Le règlement du conflit
En Asie
En Europe
Juger les criminels de guerre nazis
Intenté par les forces alliées contre vingt-quatre hauts responsables nazis, le procès de Nuremberg se tient du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Il est placé sous l’autorité du Tribunal militaire international instauré par les accords de Londres du 8 août 1945. Composé de quatre juges, quatre procureurs et quatre assesseurs soviétiques, français, américains et britanniques, il jugent pendant plus de dix mois, les accusés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Les procès de Tokyo
Les Alliés ont conçu le procès de Tokyo comme le strict parallèle de Nuremberg. Les mêmes procédures sont suivies et le procès est largement médiatisé. Néanmoins, ce procès suscite plus de remous. Les actes d’accusation contre les inculpés apparaissent mal fondés à bon nombre d’observateurs. En outre, sur décision de Macarthur, qui souhaite ménager le Japon pour l’arrimer au camp américain, l’empereur est épargné par le procès.
L'Europe au lendemain de la guerre
Occupations et changements frontaliers en Asie orientale
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
2. Empêcher le retour de la guerre
La charte des Nations-Unies
Charte des Nations unies signée à San Francisco, 26 juin 1945.
Préambule Nous, peuples des Nations unies, résolus :– à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances ;– à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations grandes et petites ;[...] avons décidé d’associer nos efforts pour réaliser ces desseins. Art. 1. Les objectifs des Nations unies sont les suivants :Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ;Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes [...].Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion [...].
La conférence de San Francisco, 26 juin 1945
Réunis à San Francisco en Californie, 51 pays fondent l'ONU.
Les institutions de l'ONU
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
3. Un nouvel ordre économique et social
Les accords de Bretton Woods
Le Monde, 26 juillet 1945.
Le Sénat américain a voté, par 61 voix contre 16, les accords de Bretton Woods1. […] L’approbation des États-Unis était essentielle, vu qu’ils tiennent la plus grande place dans les deux organismes prévus : le fonds de stabilisation des changes2, pour lequel ils fourniront 2 750 millions de dollars sur 8 800 millions ; la banque mondiale de reconstruction, qui aura un capital de 9 100 millions, avec une participation américaine de 3 100 millions. Si ces deux organismes fonctionnent comme il est prévu, leur rôle sera capital dans les relations internationales d’après-guerre. On sait à quel point elles furent troublées, et dans quelle mesure la vie de certains pays fut boule-versée par le désordre des changes, entre 1919 et 1939. Le fonds de stabilisation doit mettre fin à ces difficultés, qui tournèrent parfois à la catastrophe. […] Si le but visé est atteint, si un rapport à peu près fixe peut être établi entre les différentes monnaies, le commerce international en sera grandement favorisé.
1. Les accords sont signés par 44 pays à l’issue de la Conférence monétaire et financière des Nations unies qui s’est tenue du 1er au 22 juillet 1944. 2. FMI (Fonds monétaire international).
Le nouveau système monétaire international
Les Etats-Unis, grande puissance financière de l'après-guerre
Caricature de septembre 1947
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
I. Après la guerre, un monde à reconstruire
C. Organiser le monde de l’après-guerre : à la recherche d’un nouvel ordre international
3. Un nouvel ordre économique et social
Le début des Trente Glorieuses
Les institutions issues de Bretton Woods
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II.
De nouvelles tensions (1945-1949)
> Comment passe-t-on de la recherche d’un nouvel ordre international aux tensions entre les deux nouvelles superpuissances ?
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
A. La fracturation de la « Grande Alliance »
1. Un nouvel ordre mondial dominé par deux superpuissances
1.1 Les Etats-Unis, une puissance assumée
Les Etats-Unis en 1945
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre T. 3, Le Salut, 1944-1946, Plon, 1959.
Charles de Gaulle rencontre le président américain Harry S. Truman à la fin du mois d’août 1945.Le président Truman était convaincu que la mission de guide revenait au peuple américain […]. D’ailleurs, à quelle puissance, à quelle richesse, pouvaient se comparer les siennes ? Je dois dire qu’en cette fin de l’été 1945 on était dès le premier contact avec les États-Unis, saisi par l’impression qu’une activité dévorante et un intense optimisme emportaient toutes les catégories. Parmi les belligérants, ce pays était le seul intact. Son économie, bâtie sur des ressources en apparence illimitées, se hâtait de sortir du temps de guerre pour produire des quantités énormes de biens de consommation. L’avidité de la clientèle et, au dehors, les besoins de l’univers ravagé garantissaient aux entreprises les plus vastes débouchés, aux travailleurs le plein emploi. Ainsi, les États-Unis se sentaient assurés d’être longtemps les plus prospères. Et puis, ils étaient les plus forts ! Quelques jours avant ma visite à Washington, les bombes atomiques avaient réduit le Japon à la capitulation.
Siège du FMI, Washington
Siège de la Banque mondiale, Washington
Siège de l'ONU, New-York Siège de l'UNICEF
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
A. La fracturation de la « Grande Alliance »
1. Un nouvel ordre mondial dominé par deux superpuissances
1.2 Les paradoxes de la puissance soviétique
Les habitants de Prague accueillent les troupes soviétiques 9 mai 1945
L'Europe au lendemain de la guerre
Un lourd bilan matériel et humain
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
A. La fracturation de la « Grande Alliance »
2. Le tournant de 1947
« Le rideau de fer »
Discours de Winston Churchill à l'Université de Fulton aux États-Unis en présence du Président américain Harry Truman, le 5 mars 1946 © Jean-Pierre Maury, université de Perpignan.
De Stettin dans la Baltique jusqu'à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États de l'Europe centrale et orientale. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia, toutes ces villes célèbres et les populations qui les entourent se trouvent dans ce que je dois appeler la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l'influence soviétique, mais aussi à un degré très élevé et, dans beaucoup de cas, à un degré croissant, au contrôle de Moscou. Seule Athènes - la Grèce et ses gloires immortelles - est libre de décider de son avenir dans des élections contrôlées par des observateurs britanniques, américains et français. Le gouvernement polonais, dominé par la Russie, a été encouragé à empiéter largement et de façon illégitime sur l'Allemagne, et nous assistons actuellement à des expulsions massives de millions d'Allemands dans une mesure atroce et inimaginable. [...] Les partis communistes, qui étaient très faibles dans tous ces États de l'Est européen, se sont vus élevés à une prédominance et un pouvoir bien au-delà de leur importance numérique et cherchent partout à accéder à un contrôle totalitaire. Des gouvernements policiers dominent dans presque tous les cas et, jusqu'à présent, à l'exception de la Tchécoslovaquie, il n'y a pas de vraie démocratie.
Chrurchill dénonce « le rideau de fer »
Leslie Illingworth, Daily Mail, 6 mars 1946
L'établissement des « démocraties populaires »
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
A. La fracturation de la « Grande Alliance »
2. Le tournant de 1947
Le rapport Jdanov
Rapport d’Andreï Jdanov, représentant l’URSS à la Conférence des partis communistes européens en Pologne, 22 septembre 1947.
Le but que se pose le nouveau cours expansionniste des États-Unis est l’établissement de la domination mondiale de l’impérialisme américain. Ce nouveau cours vise à la consolidation de la situation de monopole des États-Unis sur le marché, monopole établi par suite de la disparition de leurs deux concurrents les plus grands – l’Allemagne et le Japon – et par l’affaiblissement des partenaires capitalistes des États-Unis : l’Angleterre et la France. Ce nouveau cours compte sur un large programme de mesures d’ordre militaire, économique et politique, dont l’application établirait dans tous les pays visés par l’expansionnisme des États-Unis la domination politique et économique de ces derniers et réduirait ces pays à l’état de satellites des États-Unis. La doctrine Truman et le plan Marshall sont dans les conditions actuelles aux États-Unis l’expression concrète des efforts expansionnistes […]. C’est aux partis communistes qu’incombe le rôle historique particulier de se mettre à la tête de la résistance au plan américain d’asservissement de l’Europe […]. Les communistes doivent être la force dirigeante qui entraîne tous les éléments antifascistes épris de liberté à la lutte contre les nouveaux plans expansionnistes américains d’asservissement de l’Europe.
La doctrine Truman
Discours du président Harry S. Truman devant le Congrès américain, 12 mars 1947.
Les États-Unis doivent soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement par des minorités armées, ou des pressions venues de l’extérieur […]. Notre aide doit consister essentiellement en un soutien économique et financier […]. Chaque nation se trouve désormais en face d’un choix à faire entre deux modes de vie opposés. L’un d’eux repose sur la volonté de la majorité et il est caractérisé par des institutions libres, un gouvernement représentatif, des élections libres, des garanties assurant la liberté individuelle, la liberté de parole et de religion, et l’absence de toute oppression politique. Quant à l’autre, il repose sur la volonté d’une minorité imposée par la force à la majorité. Il s’appuie sur la terreur et l’oppression, une presse et une radio contrôlées, des élections truquées et la suppression des libertés personnelles.Les semences des régimes totalitaires sont nourries par la misère et le dénuement. Elles croissent et se multiplient dans le sol aride de la pauvreté et du désordre. Elles atteignent leur développement maximum lorsque l’espoir d’un peuple en une vie meilleure est mort. Cet espoir, il faut que nous le maintenions en vie. Les peuples libres du monde attendent de nous que nous les aidions à sauvegarder leurs libertés.
Affiche de 1947
Affiche soviétique de 1948
« Les peuples du monde ne veulent pas d'une nouvelle guerre. » J. Staline
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
B. Les débuts de la guerre froide en Europe
1. Le « coup de Prague »
Le « coup de Prague »
PPO2
Analyse de documents.
En analysant et en confrontant les documents, vous raconterez le « coup de Prague » et montrerez comment il est perçu dans les deux camps de la guerre froide.
20 minutes
Travail à 2
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
II. De nouvelles tensions (1945-1949)
B. Les débuts de la guerre froide en Europe
1. Le « coup de Prague »
Le « coup de Prague »
PPO2
Introduction :
Présenter les documents et rappeler le contexte : spécificité de la Tchécoslovaquie, plan Marshall...
II. Le « coup de Prague » et la division de l'Europe
- Un « coup » préparé qui achève la division de l'Europe. Pour Le Monde les événements de Prague ont été longuement préparés (« la Tchécoslovaquie enfin mise au pas »,
« méticuleuse préparation ») ; il souligne l’importance que cet événement représente pour toute l’Europe (« le rideau de fer tombe sur le dernier acte »), dans un pays qui est « la vaste usine du monde slave » et qui cesse d’être le pont entre l’Est et l’Ouest (« nous aurons demain un bloc oriental sans fissure »).- Une volonté populaire. Le point de vue de L’Humanité, le journal du Parti communiste, est bien sûr diamétralement opposé, il souligne la popularité du gouvernement communiste
(« foule en liesse », « acclame »), en quelque sorte légalisé par la rue et parle « d’unité d’action » pour évoquer l’homogénéité du nouveau gouvernement.I. Le déroulement du « coup de Prague »
Conclusion :
Après février 1948, non seulement la répression s’abat sur la société tchèque, mais « le rideau de fer tombe sur le dernier acte » et l’Europe est désormais coupée en deux.
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II. De nouvelles tensions (1945-1949)
B. Les débuts de la guerre froide en Europe
2. Le blocus de Berlin
Les enjeux du pont aérien
« Potsdam, Berlin et le plan Marshall », Luxemburger Wort, 26 juin 1948.
Lorsqu’en son temps, à l’été 1945, les quatre forces d’occupation sont entrées dans Berlin et se sont associées dans un Conseil de contrôle allié pour toute l’Allemagne et dans un commandement allié de la ville, le monde entier a reporté toute son attention sur cet exemple et on a dit que Berlin serait le symbole, mais aussi le baromètre de la collaboration des quatre grandes puissances. La preuve par l’exemple est maintenant faite [...]. Un retrait de Berlin équivaudrait pour [les États-Unis] à une perte de prestige qui se manifesterait bien au-delà des frontières de l’Allemagne et aurait des conséquences concrètes. La confiance dans la parole et la puissance de l’Amérique serait sérieusement ébranlée et la réalisation du plan Marshall fortement remise en question. [...] Il ne s’agit donc pas simplement de Berlin et des deux millions de Berlinois occupés par l’Ouest. Berlin n’est que le prétexte, le symbole tangible. Il s’agit de toute la politique américaine d’après-guerre.
L'Allemagne en 1948
La volonté de fusionner les zones, 1946
David Low, "Down barriers in Germany", Evening Standard, 1er août 1946 Le 1er janvier 19747 Américains et Britanniques fusionnent leurs zones d'occupation. La décision française de s'y adjoindre en 1948 entraîne la fermeture des frontières par les soviétiques.
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II. De nouvelles tensions (1945-1949)
B. Les débuts de la guerre froide en Europe
2. Le blocus de Berlin
La proclamation de la Chine Populaire
Le 1er octobre 1949 Mao Zedong proclame l'avènement de la République populaire de Chine depuis le balcon de la Porte de la Paix céleste, qui donne sur la grande place Tien An Men.
La bipolarisation du monde
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II. De nouvelles tensions (1945-1949)
C. Le Proche-Orient, nouvel espace de tensions
1. La remise en cause du système colonial européen
Le mandat
Le mandat français en Syrie et au Liban (1923-1946) est l'un des deux mandats institués par la Société des Nations le 25 avril 1920. Il devait permettre officiellement aux États du monde arabe d'accéder à l'indépendance et à la souveraineté une fois un niveau suffisant de maturité politique et de développement économique atteint.Le 3 janvier 1944, la France reconnaît officiellement la souveraineté de la Syrie et du Liban
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II. De nouvelles tensions (1945-1949)
C. Le Proche-Orient, nouvel espace de tensions
2. La naissance d'Israël
La naissance d'Israël
PPO3
Itinéraire
A l'aide des documents pp. 134-135, réalisez un schéma pour expliquer comment et pourquoi l'Etat d'Israël a été créé.
15 minutes
Travail à 2
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II. De nouvelles tensions (1945-1949)
C. Le Proche-Orient, nouvel espace de tensions
2. La naissance d'Israël
La naissance d'Israël
PPO3
Contexte international
Les conséquences de la guerre
Le rôle de l'ONU
Contexte régional
La politique britannique et ses conséquences
Les revendications sionistes
- Déclaration Balfour 1917
- Immigration juive encouragée puis limitée suite à la révolte palestinienne
de 1939.- Revendications religieuses, culturelles, historiques et politiques à un Etat juif
en Palestine.La fondation d'Israël
Conséquences géopolitiques
La guerre
Les frontières en 1949
Conséquences pour les populations
Pour les Juifs d'Europe et du monde
Pour les Palestiniens
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
Conclusion
Les débuts d'un nouvel ordre mondial
Conclusion
> Quelles sont les bases du nouveau monde posées par les vainqueurs dans les années d’immédiat après-guerre ?
L’année 1945 marque un tournant majeur. Par le choc humain, économique et moral immense qu’elle a engendrée, la Seconde Guerre mondiale a aussi accouché de la volonté de construire un monde nouveau basé sur la coopération, le droit international et la sécurité collective incarné par de nouvelles institutions au premier rang desquelles l’ONU. Cependant dès 1948 la guerre en Palestine montre les limites et les difficultés de la question du droit international tandis que les relations entre les deux grands vainqueurs de la guerre se tendent rapidement. Au conflit idéologique, chacun incarnant un modèle politique et économique opposé, s’ajoute le conflit géopolitique, chacun cherchant à étendre son aire d’influence dans le monde.Bien que bref, l’immédiat après-guerre est donc un moment décisif de l’histoire contemporaine car il amorce « une césure capitale dans l’histoire de l’humanité » (Maurice Vaïsse) : l’entrée dans l’ère des superpuissances.
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A Yalta est également décidé, dans la continuité de la conférence de Dumbarton Oaks (été 1944) qui en avait jeté les bases, le principe d’une nouvelle organisation internationale de sécurité collective.L'ONU est officiellement fondée le 26 juin 1945, à la conférence de San Francisco. Sa charte, adoptée par 50 États, énonce ses objectifs : garantir la paix dans le monde, promouvoir la démocratie et les libertés individuelles, garantir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Tirant les leçons de l’échec de la SDN, ses institutions établissent un Conseil de sécurité composé de 11 membres dont 5 permanents, les vainqueurs de la guerre qui disposent d’un droit de veto. Il peut prendre des résolutions pour le maintien de la paix et recourir à une force d’intervention, les casques bleus. A côté une Assemblée générale des États membres peut voter des recommandations.En 1948 l’Assemblée adopte la Déclaration universelle des droits de l'homme et la Convention sur le génocide. L'ONU suscite beaucoup d'espoirs et d'attentes dès sa fondation, même si les défis auxquels elle doit faire face sont immenses.
En novembre 1947 l’Assemblée générale de l’ONU vote la création de deux États, juif et arabe, Jérusalem restant sous mandat international.Le 14 mai 1948 David Ben Gourion proclame la naissance de l’État d’Israël dont il devient le premier ministre. Une première guerre éclate aussitôt au nom du panarabisme entre le nouvel État, soutenu par les États-Unis, et ses voisins arabes.Israël remporte ce premier conflit et l’État arabe palestinien ne voit jamais le jour, partagé entre Israël, la Jordanie et l’Égypte. La violence des combats et les expulsions entraînent l’exode de près d’un million de Palestiniens arabes dans les pays voisins, c’est la Nakba. Les États arabes refusent de reconnaître Israël qui de son côté interdit le retour des Palestiniens. Les bases de l’un des plus anciens conflits de la planète sont posées
Le 24 juillet 1944, 44 pays alliés exceptée l’URSS signent les accords de Bretton Woods afin de réorganiser le système financier mondial et d’éviter le retour du désordre économique des années 30 dont le rôle dans le déclenchement de la guerre est pointé du doigt.Le Système Monétaire International (SMI) est créé pour établir un taux de change fixe des différentes monnaies par rapport au dollar qui devient la monnaie d’échange internationale, supplantant la livre. Les Etats-Unis possédant alors les 2/3 du stock mondial d’or, seul le dollar est convertible en or.
A Yalta (février 1945) puis à Postdam (juillet-août 1945), les Alliés décident du sort de l’Allemagne : nouvelles frontières, occupation quadripartite du pays et de sa capitale Berlin, politique des « 5 d » (démilitarisation, dénazification de la société, décartellisation, démocratisation, décentralisation), réparations... Ils décident également de juger les responsables nazis devant un tribunal militaire international (Nuremberg, 1945-1946), c’est la naissance d’une justice pénale internationale pour des crimes commis dans le cadre d’une guerre.Enfin ils font renaître certains États (Tchécoslovaquie, la Pologne) et actent la nécessité d’élections démocratiques dans l’Europe libérée.
Staline profite de la présence de l’armée rouge pour faire participer les communistes à des gouvernements d’union nationale où ils occupent des ministères clef et à imposer des gouvernements communistes par la force (Pologne, Bulgarie) en violation des engagements pris à Yalta. Pour l’Occident il ne s’agit plus d’une volonté de sécurité mais bien d’expansion.Cette méfiance est formulée par W. Churchill lors du discours de Fulton (mars 1946) où il dénonce le « rideau de fer » qui s’est abattu sur l’Europe et menace la paix sur le continent.
La question du Proche et l'Extrême-Orient illustre à la fois la précocité des tensions, dès 1945, et les limites du nouveau droit international.
En France cette protection sociale est fondée sur les principes de solidarité et de redistribution tels qu’annoncés dans le programme du Conseil National de la Résistance le 15 mars 1944. Le CNR souhaite la mise en place d’une Sécurité sociale qui assure à chacun la protection en cas de maladie. Le programme du CNR annonce ce qui devient le « modèle social français » après la fin de la Seconde Guerre mondiale.L’État nationalise également de nombreuses entreprises dans les domaines de la banque, l’assurance, l’énergie et les transports face à l’importance des destructions et de la désorganisation.
Avec plus de 60 millions de victimes, dont 52% de civils, c’est un véritable choc démographique. Le cas de la Pologne constitue l’extrême de ce phénomène : 5,5 millions de civils tués sur un total de 5,82 millions de victimes soit 18% de sa population d’avant-guerre. L’URSS pays le plus touché a perdu 26 millions d’habitants, l’Allemagne 9.Les conséquences de la guerre continuent à se faire sentir même après l’arrêt des combats : les destructions, les prélèvements dans les pays occupés, la désorganisation administrative entraînent des famines. Environ un million de Japonais meurent de malnutrition en 1945-1946 et les restrictions durent souvent jusqu'en 1950 (tickets de rationnement).
Dès 1947 les États-Unis de Truman réagissent par la doctrine du containment ou endiguement. Persuadés de devoir exporter leur modèle basé sur la démocratie et le libre-échange afin d’assurer la prospérité et la paix mondiale, ils se posent en leaders du monde libre. Ils proposent leur aide économique à tout pays menacé par le communisme. Cela prend la forme en Europe du plan Marshall, rejeté par l’Europe de l’Est, et du plan Dodge au Japon. Andreï Jdanov, responsable de l'idéologie soviétique, y répond en opposant l'URSS et ses alliés à l'impérialisme des pays capitalistes. Le Kominform est créé en septembre 1947 pour coordonner l’action politique des différents partis communistes, notamment italien et français. 1947 marque l’entrée dans la guerre froide et la bipolarisation du monde.
L’URSS est l’autre grand vainqueur de la guerre mais présente un visage très différent. Si l’armée rouge bénéficie d’un prestige immense après avoir résisté lors de la bataille de Stalingrad, première grande défaite allemande, et libéré l’Europe de l’Est puis pris Berlin, le pays a payé un tribut très lourd à la guerre : 26 millions de morts (14% de sa population) et des destructions considérables. Cependant elle peut compter sur la présence de l’armée rouge en Europe de l’Est où Staline veut établir un glacis défensif, ainsi que sur l’appui des partis communistes européens.
Les alliances se militarisent alors avec la création de l’OTAN en avril 1949, alliance militaire américaine destinée à protéger ses alliés, notamment en Europe. Le camp communiste lui se renforce avec la victoire de Mao Zedong en Chine en 1949 et le départ des nationalistes de Tchang Kaï-chek pour Taïwan mais aussi l’explosion de la première bombe atomique soviétique en août.La bipolarisation du monde est désormais en place.
En Tchécoslovaquie, l’un des rares pays démocratiques d’Europe de l’Est où des élections libres avaient été organisées, le coup de Prague montre que l’URSS n’a pas renoncé à étendre le communisme dans le monde et sa volonté d’imposer des régimes communistes partout à l’Est.Les communistes qui gouvernaient depuis 1946 sans majorité absolue mais en contrôlant les ministères clef, organisent des manifestations pour imposer au président Benes la nomination d’un gouvernement composé exclusivement de communistes. Ce coup de force fait suite à la proposition américaine de Plan Marshall que Staline a ordonné à la Tchécoslovaquie de refuser, faisant le choix de la rupture. Mais il montre surtout la radicalisation à l’œuvre dans le bloc communiste où l’URSS soviétise les pays d’Europe de l’Est (contrôle de la police et de la justice, diabolisation des autres partis traités de « fascistes », élimination physique d’opposants). Appelés « démocraties populaires », les pays d'Europe de l'Est deviennent des États satellites de l’URSS.
L’alliance de fait entre adversaire du nazisme ne résiste pas à la fin de la guerre. Après le décès de Roosevelt en avril 1945 son successeur, Harry Truman, se montre très méfiant vis-à-vis de l’URSS et les relations se dégradent dès l’été 1946.
En Occident le choc est immense mais la faible mobilisation de l’Europe de l’Ouest pousse Staline à intensifier le rapport de force et les tensions se concentrent désormais autour de Berlin.Alors que Berlin était divisé en quatre zones d'occupation depuis la guerre, les occidentaux fusionnent leurs zones début 1948. Staline installe alors un rapport de force pour éviter la partition en deux du pays : il organise le blocus de Berlin Ouest pour en chasser les puissances occidentales. Celles-ci mettent en échec ce coup de force par un pont aérien (juin 1948-mai 1949) jusqu’à la levée du blocus.Deux États se créent alors, la RFA pro-occidentale à l’Ouest et la RDA pro-soviétique à l’Est.
Sur les anciens fronts européens et asiatiques les destructions sont colossales, Allemagne, Japon et Pologne sont entièrement dévastées.
- les villes sont en partie détruite par les bombardements : 45 villes allemandes sont détruites à plus de 50%, Varsovie est anéantie à plus de 85% ;
- les infrastructures sont fortement endommagées : ports (St Nazaire, Rouen...), voies de communication (45% du réseau ferré français est abîmé), usines…
Les économies sont exsangues et tournent au ralenti, en deçà de leurs niveaux de production de 1939, et les États sont très endettés.Seuls les États-Unis, épargnés par les combats et devenus l’arsenal des alliés, ont fortement augmenté leur production et sont devenus le créancier du monde.Avant même la fin du conflit, de grandes conférences internationales préparent le retour de la paix et témoignent de nouveaux rapports de force entre les nations. Si les puissances européennes déclinent, les États-Unis et l'URSS s'affirment comme les nouvelles superpuissances. Les États-Unis, après deux décennies d'isolationnisme, sont décidés à participer activement à ces nouvelles institutions.
Des institutions sont créées pour aider les pays détruits à le reconstruire :
- Le FMI qui aide par des prêts ponctuels les pays en difficultés passagères,
- La BIRD (banque internationale pour la reconstruction et le développement ou Banque Mondiale) dont l’objectif est de financer des projets de développement à long terme.
Les accords du GATT de 1947 favorisent également le libre échange en réduisant les barrières douanières. Tous ces accords révèlent l’influence des Etats-Unis (place du dollar, sièges du FMI, de la BIRD mais aussi de l’ONU) et assoient leur puissance. Cependant les politiques de reconstruction ainsi le nouvel élan donné aux échanges mondiaux alimentent la croissance, particulièrement dans les États capitalistes, et la croissance repart : c’est le début des « Trente Glorieuses ».Partout l’heure est à la reconstruction. Le rôle de la crise économique de 1929 dans la Seconde Guerre mondiale a été très vite mis en lumière et la guerre a fait naître une forte aspiration au mieux-être. Un important travail de réflexion a été mené par les Alliés sur les moyens politiques, économiques et sociaux d’une reconstruction durable, par exemple avec le rapport de l'Anglais William Beveridge qui en 1942 définit le Welfare State : il ne faut pas seulement redistribuer les richesses, mais mettre l'homme à l'abri du besoin. En 1944, la déclaration de Philadelphie achève la réflexion : il s'agit de concilier démocratie, liberté économique et sécurité sociale. Parallèlement l’intervention de l’État en temps de guerre a fait la preuve de son efficacité dans le domaine économique et social. C’est pourquoi en 1945 les démocraties occidentales décident d’intervenir fortement pour former un État-Providence, partout les lois sociales se multiplient.
Les États-Unis décident d’assumer leur position de superpuissance et de sortir de leur isolationnisme. La guerre a mis en avant leur domination économique (en 1950, ils produisent 1/3 des biens de la planète) et militaire (ils sont les seuls à posséder la puissance nucléaire). Leur prestige est immense et leur modèle culturel très attractif. Ils abritent les nouvelles institutions internationales créées après-guerre et deviennent le centre politique du monde.
La fin du conflit s’accompagne également d’importants déplacements de population : populations fuyant devant l’avancée soviétique, retour de millions de déportés, prisonniers de guerre et travailleurs forcés et transferts de population avec la mise en place des nouvelles frontières. En 1945, 50 millions d’Européens sont ainsi sur les routes dont 5 pour la seule Allemagne.Enfin les violences se poursuivent dans l’immédiat après-guerre : épuration, pogroms en Pologne, affrontement entre résistants (communistes et non communistes en Grèce, en Chine).
La fin prévue des mandats britannique et français, ainsi que la présence de 60 % des réserves pétrolières mondiales font de cette région un enjeu majeur. De premiers pays prennent leur indépendance (Liban, Syrie, Jordanie) et l’impérialisme européen y est de plus en plus contesté par la montée du nationalisme arabe (création de la Ligue arabe en 1945).Ces tensions concernent particulièrement la Palestine britannique, un territoire peuplé majoritairement d’Arabes mais où les Britanniques ont favorisé le développement d’une migration juive importante dans les années 20 et à qui ils ont promis un état (déclaration Balfour, 1917) tout en garantissant aux populations arabes une future indépendance (La Terre deux fois promise). Après 1945 et la Shoah, de nombreux rescapés décident de s’installer en Palestine britannique pour y fonder état, c’est le sionisme, mais se heurtent aux Britanniques devenus hostiles à cette immigration pour éviter les tensions avec les populations arabes.
Enfin le traumatisme est moral en raison de la violence extrême atteinte pendant la guerre (massacres, tortures, viols). Mais le choc principal provient de la libération des camps de concentration et d’extermination par les Soviétiques, Britanniques et Américains entre août 1944 et janvier 1945 (Auschwitz, 27 janvier). L’autre grand traumatisme est la naissance d’une arme de destruction totale, l’arme atomique utilisée à Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945 pour terminer la guerre. L’humanité a désormais la capacité de s’autodétruire.L’industrie de la mort et les peurs d’une apocalypse nucléaire ébrèchent l’espoir d’un progrès continu de la science.
Dans le Pacifique, le Japon, occupé par les États-Unis, doit renoncer à l’ensemble de ses conquêtes depuis 1931 (dont la Corée coupée en deux zones d’occupation Russe et Américaine) et perd sa souveraineté.
1945 pour de nombreux pays est « l’année zéro ». Le monde sort de plusieurs années d'une guerre dont le bilan humain, matériel et moral est terrible et le traumatisme tel que la question de la construction d’un monde nouveau devient centrale. Il faut reconstruire des pays détruits, notamment dans les anciens fronts européens et asiatiques, des systèmes politiques balayés mais aussi garantir une paix durable. Très vite émerge l’idée d’un monde neuf qui s’écarterait des erreurs de l’entre-deux-guerres, mêlant forte volonté de rupture et confirmation du rôle dominant reconnu aux États les plus puissants car c’est sous l’égide des deux Grands qu‘un nouvel ordre mondial s’établit et se structure progressivement.