Les frontières de l'Union européenne en Méditerranée
"La Turquie est un pays proche de l'Europe, un pays important, qui a une véritable élite, mais ce n'est pas un pays européen"
Valéry Giscard d’Estaing,2002
Quelles sont les frontières de l'Union européenne au sein de la Mer Méditerranée ?
Suite à la signature du Traité de Maastricht (1992) par 12 pays européens, l’Union européenne se forme. La majorité des frontières de ses pays membres ne sont apparues qu’après 1991, suite à la chute de l’URSS, mais également à l’éclatement de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. L’Union européenne se trouve alors au cœur de plusieurs enjeux géopolitiques, notamment en raison de la gestion de ses frontières externes dans certains espaces, tels que la Mer Méditerranée : une région historiquement attractive en raison de sa position de carrefour entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient, la diversité de ses ressources (halieutiques, gazières…) et ses voies de communication importantes pour les échanges culturels et commerciaux.... Toutefois, ce brassage culturel et la présence de nombreux pays aux intérêts politiques différents ne permettent pas l’installation de relations diplomatiques stables avec l’Union européenne qui souhaite s'approprier cet espace. Ainsi, la Méditerranée est un lieu où se mêlent de part et d’autre les intérêts politiques, économiques et sociaux des pays la bordant, qu’ils soient membres (alliés) ou non de l’Union européenne…
Le cas : Grèce et Turquie
Le cas : Bulgarie et Turquie
Cependant, la Bulgarie n’est pas la seule nation hostile à la Turquie en raison de son passé de colonisateur, la Grèce (membre de l’UE depuis 1981) est dans la même situation concernant l’île de Chypre dont le nord est sous le contrôle de cette-dernière ayant autoproclamée la République turque de Chypre du Nord depuis 1974. Depuis cette date, Chypre est ainsi séparée en deux par une ligne de démarcation entre le Nord et le Sud, la “ligne verte” fermée à toute circulation de 1974 à 2002.
De plus, nous observons durant les années 2010 une dégradation des relations entre l’Union européenne et la Turquie en raison de l’élaboration d’une nouvelle doctrine sur sa puissance maritime nommée “Mavi Matan” (Patrie bleue). En effet, la Turquie revendique de larges territoires maritimes en vertu de la découverte de ressources gazières en Mer Egée au détriment de la Grèce et remet ainsi en cause le Traité de Lausanne (1923) fixant ses frontières et la Convention de Montego Bay (que la Turquie n’a pas signée).
En raison de flux migratoires vers les îles grecques, la flotte turque effectue des manœuvres d’intimidation et cela ne fait qu’accroître les tensions déjà existantes…
La domination de l’Empire ottoman sur la Bulgarie pendant cinq siècles eut pour conséquence de créer de fortes tensions entre les deux Etats, ce qui explique donc qu’encore actuellement il n'existe qu'une faible ouverture de leur frontière commune. Cette dernière devient un segment du rideau de fer durant la Guerre froide (1947-1991) et est donc interdite d’accès. Puis, elle devient en 2007 (date de l’adhésion de la Bulgarie à l’UE) un segment de la frontière extérieure de l’Union européenne. Cette frontière est la preuve de la rivalité entre la Turquie et la Bulgarie (pays de l’UE) en raison de la mise en avant de plusieurs symboles, tels que la religion orthodoxe (source d’identité nationale bulgare en raison de l’occupation ottomane passée), le drapeau européen (fierté de la Bulgarie face à son voisin dont le projet d’intégration est remis en cause) et les postes de surveillance frontaliers.
Conclusion
Le cas : Espagne et Maroc
Nous pouvons conclure que chacune de ces frontières communes à l’Union européenne et d’autres Etats sont sources de divergences entre eux sur différents plans : territorial, migratoire, économique… Ce qui rend la gestion des frontières externes de l’Union européenne au sein de la Mer Méditerranée délicate. Par exemple, les revendications territoriales de la Turquie en raison de sa sphère d’influence passée (invasions et occupations de l’Empire ottoman de Chypre et de la Bulgarie par exemple) et de la découverte de nouvelles ressources exploitables (ressources gazières en Mer Egée) remettent en cause certains accords et conventions installant un cadre juridique précis sur les espaces maritimes méditerranéens, notamment celle de Montego Bay (1982). Il existe également une rivalité entre pays frontaliers adhérents à l’Union européenne et ceux qui ne le sont pas (Bulgarie et Turquie). De plus, les flux migratoires ont nécessité de la part de l’Union européenne le renforcement de ses dispositifs de sécurité et de surveillance (Espagne et Maroc), il s’agit de la responsabilité de l’Agence européenne de garde frontières et de gardes côtes (FRONTEX). Enfin, l’Union européenne a mis en place certaines mesures afin de pallier à l’instabilité de ses relations diplomatiques et économiques dans la région méditerranéenne : c’est le cas de l’UPM (Union pour la Méditerranée, organisation intergouvernementale qui rassemble 42 pays d’Europe et du bassin méditerranéen et ayant pour but de promouvoir la stabilité ainsi que l’intégration à travers la région méditerranéenne).
Les deux enclaves espagnoles que sont les villes de Melilla et Ceuta au Maroc présentent des avantages économiques (produits exonérés de taxe et donc attractifs à la revente) et géographiques (portes d’entrées vers l’Europe pour les migrants subsahariens). Ces villes sont donc des territoires très disputés entre le Maroc et l’Espagne qui a dû renforcer ces dispositifs de surveillance (double barrière, barbelés, large route pour les patrouilles espagnoles…) afin de lutter contre l’immigration clandestine.
Carte représentant la quantité de territoires revendiquées par la Turquie, Pascal Orcier 2022, Dossier Géoconfluences
Carte représentant Chypre et la ligne verte, Pascal Orcier 2022, Dossier Frontières et territoires frontaliers en Europe : une visite guidée
Emma Lucas et Mélodie Ferry
final : Les frontières de l'Union européenne en Méditerranée
Mélodie Thomas
Created on December 19, 2023
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Les frontières de l'Union européenne en Méditerranée
"La Turquie est un pays proche de l'Europe, un pays important, qui a une véritable élite, mais ce n'est pas un pays européen" Valéry Giscard d’Estaing,2002
Quelles sont les frontières de l'Union européenne au sein de la Mer Méditerranée ?
Suite à la signature du Traité de Maastricht (1992) par 12 pays européens, l’Union européenne se forme. La majorité des frontières de ses pays membres ne sont apparues qu’après 1991, suite à la chute de l’URSS, mais également à l’éclatement de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. L’Union européenne se trouve alors au cœur de plusieurs enjeux géopolitiques, notamment en raison de la gestion de ses frontières externes dans certains espaces, tels que la Mer Méditerranée : une région historiquement attractive en raison de sa position de carrefour entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient, la diversité de ses ressources (halieutiques, gazières…) et ses voies de communication importantes pour les échanges culturels et commerciaux.... Toutefois, ce brassage culturel et la présence de nombreux pays aux intérêts politiques différents ne permettent pas l’installation de relations diplomatiques stables avec l’Union européenne qui souhaite s'approprier cet espace. Ainsi, la Méditerranée est un lieu où se mêlent de part et d’autre les intérêts politiques, économiques et sociaux des pays la bordant, qu’ils soient membres (alliés) ou non de l’Union européenne…
Le cas : Grèce et Turquie
Le cas : Bulgarie et Turquie
Cependant, la Bulgarie n’est pas la seule nation hostile à la Turquie en raison de son passé de colonisateur, la Grèce (membre de l’UE depuis 1981) est dans la même situation concernant l’île de Chypre dont le nord est sous le contrôle de cette-dernière ayant autoproclamée la République turque de Chypre du Nord depuis 1974. Depuis cette date, Chypre est ainsi séparée en deux par une ligne de démarcation entre le Nord et le Sud, la “ligne verte” fermée à toute circulation de 1974 à 2002. De plus, nous observons durant les années 2010 une dégradation des relations entre l’Union européenne et la Turquie en raison de l’élaboration d’une nouvelle doctrine sur sa puissance maritime nommée “Mavi Matan” (Patrie bleue). En effet, la Turquie revendique de larges territoires maritimes en vertu de la découverte de ressources gazières en Mer Egée au détriment de la Grèce et remet ainsi en cause le Traité de Lausanne (1923) fixant ses frontières et la Convention de Montego Bay (que la Turquie n’a pas signée). En raison de flux migratoires vers les îles grecques, la flotte turque effectue des manœuvres d’intimidation et cela ne fait qu’accroître les tensions déjà existantes…
La domination de l’Empire ottoman sur la Bulgarie pendant cinq siècles eut pour conséquence de créer de fortes tensions entre les deux Etats, ce qui explique donc qu’encore actuellement il n'existe qu'une faible ouverture de leur frontière commune. Cette dernière devient un segment du rideau de fer durant la Guerre froide (1947-1991) et est donc interdite d’accès. Puis, elle devient en 2007 (date de l’adhésion de la Bulgarie à l’UE) un segment de la frontière extérieure de l’Union européenne. Cette frontière est la preuve de la rivalité entre la Turquie et la Bulgarie (pays de l’UE) en raison de la mise en avant de plusieurs symboles, tels que la religion orthodoxe (source d’identité nationale bulgare en raison de l’occupation ottomane passée), le drapeau européen (fierté de la Bulgarie face à son voisin dont le projet d’intégration est remis en cause) et les postes de surveillance frontaliers.
Conclusion
Le cas : Espagne et Maroc
Nous pouvons conclure que chacune de ces frontières communes à l’Union européenne et d’autres Etats sont sources de divergences entre eux sur différents plans : territorial, migratoire, économique… Ce qui rend la gestion des frontières externes de l’Union européenne au sein de la Mer Méditerranée délicate. Par exemple, les revendications territoriales de la Turquie en raison de sa sphère d’influence passée (invasions et occupations de l’Empire ottoman de Chypre et de la Bulgarie par exemple) et de la découverte de nouvelles ressources exploitables (ressources gazières en Mer Egée) remettent en cause certains accords et conventions installant un cadre juridique précis sur les espaces maritimes méditerranéens, notamment celle de Montego Bay (1982). Il existe également une rivalité entre pays frontaliers adhérents à l’Union européenne et ceux qui ne le sont pas (Bulgarie et Turquie). De plus, les flux migratoires ont nécessité de la part de l’Union européenne le renforcement de ses dispositifs de sécurité et de surveillance (Espagne et Maroc), il s’agit de la responsabilité de l’Agence européenne de garde frontières et de gardes côtes (FRONTEX). Enfin, l’Union européenne a mis en place certaines mesures afin de pallier à l’instabilité de ses relations diplomatiques et économiques dans la région méditerranéenne : c’est le cas de l’UPM (Union pour la Méditerranée, organisation intergouvernementale qui rassemble 42 pays d’Europe et du bassin méditerranéen et ayant pour but de promouvoir la stabilité ainsi que l’intégration à travers la région méditerranéenne).
Les deux enclaves espagnoles que sont les villes de Melilla et Ceuta au Maroc présentent des avantages économiques (produits exonérés de taxe et donc attractifs à la revente) et géographiques (portes d’entrées vers l’Europe pour les migrants subsahariens). Ces villes sont donc des territoires très disputés entre le Maroc et l’Espagne qui a dû renforcer ces dispositifs de surveillance (double barrière, barbelés, large route pour les patrouilles espagnoles…) afin de lutter contre l’immigration clandestine.
Carte représentant la quantité de territoires revendiquées par la Turquie, Pascal Orcier 2022, Dossier Géoconfluences
Carte représentant Chypre et la ligne verte, Pascal Orcier 2022, Dossier Frontières et territoires frontaliers en Europe : une visite guidée
Emma Lucas et Mélodie Ferry