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Abécédaire Le Jeu de l'amour et du hasard

Lana DUCHE

Created on December 18, 2023

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Transcript

Abécédaire du Jeu de l'amour et du hasard

Une pièce de théâtre de Marivaux

A, pour Amour

"DORANTE. Vous m'aimez donc ? SILVIA. Non, non ; mais si vous me le demandez encore, tant pis pour vous." acte III, scène VIII, Le Jeu de l'amour et du hasard

La pièce de théâtre Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux est une véritable ode à l'Amour avec un grand A. En effet, on observe les personnages tomber amoureux alors même qu'ils jouent un autre rôle : les servants sont devenues maîtresses, les maîtresses servantes, les valets maîtres et les maîtres valets. A travers cette pièce, Marivaux veut prouver que le sentiment amoureux, la flamme, va au-delà du statut social, de la naissance, et touche directement le coeur. C'est d'autant plus réussi que tous les personnages sont en accord avec l'amour qui ne tient pas compte des différences sociales : Mr. Orgon le dit bien : " Vous n'aurez point à vous plaindre de moi, ma fille, j'acquiesce à tout ce qui vous plaît ", scène IV, acte III.

B, pour Bourguignon

"MARIO. Mons Bourguignon, vous avez pillé cette galanterie-là quelque part. DORANTE. Vous avez raison, Monsieur, c'est dans ses yeux que je l'ai prise." acte I scène VI, Le Jeu de l'amour et du hasard

Le bourguignon, ou boeuf bourguignon, est un plat français composé de beurre, de vin, de carottes d'oignons et de boeuf. Cependant, dans la pièce de Marivaux Le Jeu de l'amour et du hasard, c'est un personnage important : c'est le nom du valet joué par Dorante. Son inexistence, si l'on peut l'appeler comme ça, a des conséquences assez particulières : on ne retrouve dans ce personnage aucune des habituelles caractéristiques, antiques ou italienne. En effet, Bourguignon travaille pour lui-même, et parle très peu de Dorante, son prétendu maître. Il s'applique uniquement à séduire la belle Lisette, dont il est fou amoureux. Cela renforce l'impression qu'il n'est pas vraiment un valet. De plus, il a un language, des tournures de phrases et des qualités nobles, tels que le respect, un certain sérieux, ou encore une prestance naturelle, au contraire du personnage du valet.

C, pour Condition

"Si j'étais riche, d'une condition honnête, [...] ton coeur n'aurait point de répugnance pour moi ?" Dorante, Le Jeu de l'amour et du hasard, acte II scène IX

A l'époque de Marivaux, la condition de quelqu'un est son statut social, qui dépend soit de la richesse de sa famille, soit d'un éventuel titre de noblesse. La condition détermine alors beaucoup : le cercle d'amis, le mari ou la femme, le niveau de vie, ou encore le métier. Différentes conditions existent : on a notamment la royauté, la cour, le clergé, qui est une condition à part, la noblesse, la bourgeoisie, le personnel de bourgeoisie et enfin les paysans. Le niveau de vie, de richesse et de considération par la société varie fortement en fonction de la condition. La condition d'un individu est donc primordiale. Or, dans sa pièce, Marivaux fait fi de tous les codes et passe outre de la condition : Arlequin, un valet, envisage d'épouser celle qu'il pense être Silvia, une bourgeoise, Lisette, une servante, veut quand à elle se marier au prétendu Dorante, qu'elle croit alors d'une condition sociale supérieure à la sienne. Cependant, on remarque que les bourgeoises ont un peu plus de mal à passer outre cette condition : avant qu'elle ne découvre sa véritable identité, un des principaux obstacles à l'amour que Silvia pourrait porter à Dorante est sa condition, elle lui révèle qu'elle est destinée à un homme de bonne naissance, et qu'elle n'épousera pas quelqu'un du peuple. A l'inverse, Dorante semble bien se moquer d'épouser une servante. Ces différences de penser révèle la société de l'époque. En effet, on voit que les hommes ont beaucoup plus de choix et de libertés, par exemple au niveau du mariage.

D, pour Dorante

"Ce qu'ils m'importent, Lisette ? peux-tu douter encore que je ne t'adore ?" Dorante, acte III scène VIII Le Jeu de l'amour et du hasard

Dorante est le fils d'un vieil ami de Mr. Orgon. Il est à demi-mot promis à Silvia, la fille de Mr. Orgon. Il décide alors de se déguiser en valet, et de déguiser son valet en lui-même, afin d'apprendre véritablement à connaître sa fiancée. On retrouve dans ce personnage l'amoureux de la Commedia dell'arte, naïf, élégant, un peu ridicule. Cependant, le personnage de l'amoureux de l'antiquité ne se remarque absolument pas, car Dorante ne s'oppose en aucun cas à son père, ou au père de Silvia. C'est assez drôle, car c'est le seul personnage à ne pas prendre le nom de son véritable valet mais à s'en inventer un autre : Bourguignon. Et dans le même temps, c'est celui qui joue le moins bien son rôle. En effet, il a un language soutenu, des tournures de phrases élégantes, ce qui est assez étrange pour un valet. Mario le lui fait d'ailleurs remarquer : "Mons Bourguignon, vous avez pillé cette galanterie-là quelque part" acte I scène VI. Il ne croit pas , il n'envisage même pas que cela puisse venir de lui. Ici, Dorante est un personnage agréable et courtois, mais toutefois un peu plat. Il n'a que des qualités, ne s'emporte quasiment pas, à l'inverse de Silvia, qui prend sa défense avec véhémence, ou qui invente des startagèmes pour tester l'amour que lui porte Dorante.

L, pour Lisette

"SILVIA. Le mariage aurait donc de grands charmes pour vous ? LISETTE. Eh bien, c'est encore oui " acte I scène I, Le Jeu de l'amour et du hasard

Lisette est la femme de chambre de Silvia. Cette dernière lui demande de jouer le rôle de maîtresse pour pouvoir observer Dorante. Lisette prend certaines de ses origines dans la Commedia dell'arte : elle sert sa maîtresse et est prête à tout pour l'aider. Cependant, on sent une certaine malice, notamment lorsqu'elle fait part de ses doutes à Mr. Orgon : " Votre prétendu gendre n'aura plus de coeur à donner à Mademoiselle[...]. MONSIEUR ORGON. [...] Te défies-tu de ses charmes ? LISETTE. Non ; mais vous ne vous méfiez pas assez des miens" acte II scène I. Elle est cependant assez naïve, pour ne pas dire simple d'esprit. Elle semble étonnée des compliments qu'elle reçoit d'Arlequin. Je pense qu'ele ne démasque pas Arlequin par son language, assez familier, car c'est le language qu'elle même parle et comprends. Cela ne lui semble donc pas étrange.

M, pour Mario

"Ha ! ha ! je prends ma revanche ; [...] ta joie est bien aussi divertissante que l'était ton inquiétude" Mario, acte III scène V, Le Jeu de l'amour et du hasard

Mario est le fils de Mr.Orgon, donc le frère de Silvia. Il intervient relativement peu dans cette pièce, mais une de ses actions est décisive. En effet, Silvia étant sous le déguisement de Lisette, Dorante pense que Mario est le frère de Lisette. Silvia demande donc à son frère d'aller voir Dorante et de le menacer, de l'intimider, soi-disant car il aime aussi Silvia, et qu'il ne tolère pas qu'un valet puisse lui voler la femme qu'il aime : " Ta livrée n'est pas propre à faire pencher la balance en ta faveur, et tu n'es pas fait pour lutter contre moi." acte III scène II. Mario est une caricature du bourgeois. Il est moqueur, hautain, prend de haut les personnes de statut social plus bas que lui. Cependant, il est aussi possible que cela ne soit qu'un rôle, qu'il a pris pour faire plaisir et pour aider sa soeur, Silvia.

O, pour Orgon

" Vous n'aurez point à vous plaindre de moi, ma fille, j'acquiesce à tout ce qui vous plaît ", Monsieur Orgon, scène IV, acte III, Le Jeu de l'amour et du hasard

Mr. Orgon est le père de Silvia et de Mario. Il souhaite que sa fille épouse le fils d'un de ses vieils amis, comme c'est courant à cette époque là. Or, s'il en a envie, il ne l'impose pas à sa fille : " Si Dorante ne te convient point, tu n'as qu'à le dire, et il repart" acte I scène II. On comprend à cette réplique que, même si Mr. Orgon a les caractéristiques du vieillard, c'est celles de l'adjuvant, du vieillard bienveillant. En effet, il aime sa fille, de telle sorte que plutôt que de décider à sa place parce qu'il considère qu'elle est trop bête pour penser par elle-même, comme c'est courant de le faire à cette époque-là, il lui laisse le choix. Marivaux le présente comme presque omniscient : dès le début de l'intrigue, il est au courant de tous les changements de costumes, il sait que Dorante a l'habit de valet, et que Silvia a celui de femme de chambre. Malgré ces connaissances, il laisse l'intrigue se dérouler. Il a l'image d'une force tranquille, calme, qui a le pouvoir sur tout le monde, mais qui ne l'utilise pas, car il ne veut pas abuser de cette puissance. C'est en partie grâce à lui que la pièce peut avoir lieu, car, sans son amour de la liberté, Silvia aurait été contrainte d'épouser Dorante. De plus, sans son accord, elle n'aurait pas pu se déguiser pour mieux appréhender son fiancé. Puis, sans son silence, le stratagème aurait été révélé, donc innefficace. Finalement, sans sa bénédiction, Lisette n'aurait pas accepté les avances d'Arlequin, et ne l'aurait pas épousé. Cet homme répend donc le bien, sans se soucier de la condition sociale des gens.

R, pour Rôle

Dans Le Jeu de l'amour et du hasard, le rôle est doublement important. En effet, les acteurs de la pièce de théâtre jouent leur rôle, avec costumes, perruques et maquillage. Puis, dans cette pièce, les personnages eux-mêmes jouent un rôle : Silvia joue Lisette, Lisette joue Silvia, Dorante joue Bourguignon et Arlequin joue Dorante. Ce double-jeu, que les personnages principaux ne connaissent qu'à moitié, renforce l'illusion théâtrale, comme dans l'Illusion comique, et perd ses spectateurs dans les méandres du théâtre dans le théâtre. La place du rôle est aussi dû au mouvement baroque de l'époque, et à ce changement qui le caractérise : tels Circé, les personnages changent de masque selon leurs interlocuteurs. Ainsi, lorsque Dorante se retrouve seul avec Arlequin, il le corrige plutôt violemment, bien que verbalement, alors que quand d'autres personnes sont en présence, c'est Arlequin qui qualifie Dorante de " valetaille" acte II scène IV.

S, pour Silvia

"Quoi, parce que je suis équitable, que je veux qu'on ne nuise à personne, que je veux sauver un domestique du tort qu'on peut lui faire auprès de de son maître, on dit que j'ai des emportements" Silvia, Acte II scène XI, Le Jeu de l'amour et du hasard

Silvia est une jeune fille de bonne famille que sont père veut marier. Or, elle n'est pas attirée par l'hymen. Son père lui propose donc quelque chose : si son fiancé ne lui plaît pas, elle n'aura pas à l'épouser. Silvia décide donc de se déguiser en Lisette, sa servante, pour observer le vrai visage de Dorante. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que ce dernier a eu la même idée. Elle tombe donc peu à peu amoureuse de Bourguignon, mais ne veut pas de cet amour car elle croit que l'homme qu'elle aime n'est pas de la même condition qu'elle, et qu'elle ne peut donc pas l'épouser. On reconnaît dans Silvia le personnage de l'amoureuse italienne : bien que gentille et élégante, on ne la sait ni jeune ni vieille, et elle est plus que manipulatrice : elle demande en effet à son frère Mario de faire croire à Dorante qu'il aime aussi Lisette, pour tester la solidité de l'amour de ce dernier. Elle décide aussi, lorsque Dorante lui révèle sa véritable identité, de garder la sienne cachée. Enfin, elle a un caractère assez fort, puisqu'elle s'emporte plusieurs fois lorsqu'on porte préjudice à Bourguignon, ou qu'on se moque d'elle.

V, pour Valet

"Allons, saute, marquis ! " Arlequin, Acte III scène dernière

Dans la pièce de théâtre de Marivaux, c'est un dénommé Arlequin qui tient le rôle du valet. Ce nom renvoie bien évidemment à la Commedia dell'arte, et au célèbre valet italien. On retrouve d'ailleurs de nombreuses caractéristiques du zanni chez Arlequin : il est facétieux, malin, possède un language plutôt familier, ce que Dorante ne manque pas de lui faire remarquer : " Tu m'avais tant promis de laisser là tes façons de parler sottes et triviales " acte I scène X. Ici, Arlequin est un valet adjuvant, il aide Dorante dans son entreprise pour le moins particulière. Cependant, on retrouve une certaine facétie, à la limite de la sournoiserie. Arlequin n'hésite pas à séduire Lisette par maintes et maintes phrases élégantes, flatteuses " cher joujou de mon âme " acte II scène III, "ma chère âme, élixir de mon coeur " acte III scène VI, alors même qu'il pense qu'elle est destinée à son maître. Cela montre bien que la loyauté d'un Arlequin a des limites, surtout quand il s'agit d'une jolie jeune femme.