Les Trois Âges et la Mort
HANS BALDUNG
1484 ou 1485 - 1545 (XVIe siècle)
Cet artiste allemand, l’un des plus marquants de la Renaissance allemande et un membre du cercle des humanistes, fut un graveur, dessinateur, peintre et vitrailliste.
Meilleur élève d’Albrecht Dürer, il a un style distinctif, plein de couleurs, d’expression et d’imagination. Son style est lié à sa personnalité fougueuse, et à son imagination et sa fantaisie intarissables. Il a produit une grande variété d'œuvres portant soit sur des thèmes religieux soit profanes : portraits, gravures sur bois, dessins, tapisseries, retables et vitraux, où on retrouve souvent des allégories et des motifs mythologiques.
Au premier plan, on voit quatre personnages différents : un bébé allongé sur le sol en bas à droite, une jeune femme à gauche, une femme mûre au milieu et enfin un squelette à droite. L’enfant, la jeune femme et la femme mûre représente les trois âges de la femme dans l’enfance, le début de la vie adulte et le début de la vieillesse. Ces trois états permettent de montrer l’effet du temps sur le corps d’un humain et plus précisément ici, sur une femme. Enfin, le squelette symbolise la dernière étape lorsque la personne meurt et que son corps se décompose petit à petit. Ce squelette est ainsi une allégorie de la Mort.
La jeune femme et la Mort ont une posture identique avec la tête de trois-quarts tournée vers la droite et un regard froid fixant le spectateur. Cependant, leurs ressemblances s’arrêtent là, puisque dans leur apparence physique elles sont diamétralement opposées : la femme à gauche est très pâle symbolisant la pureté, l’innocence tandis que la Mort est très maigre, dégarnie et n’a plus de poitrine. Cette dernière a perdu tout son charme, sa beauté. Elle n’est plus que l’enveloppe corporelle tandis que la jeune femme est définie par sa beauté.
Pour ce qui est de la femme d’âge mûr, celle-ci est également tournée de trois-quarts mais sa tête est tournée vers la gauche. Elle regarde la jeune femme et elle s’accroche autant à son épaule qu’au bout de tissu que retient fermement la jeune femme. Cette posture peut être vue comme une tentative de la femme d’âge mûr de s’accrocher à sa beauté passée en tentant de retrouver l’époque où elle était encore une jeune femme comme la femme de gauche. En effet, sa beauté est en train de se faner (cheveux gris, les seins qui tombent, moins de chair, moins pulpeuse).
À l’arrière-plan, on distingue des ruines d’habitations avec des incendies. Derrière ces villages qui semblent dévastés par la guerre, on distingue des montagnes. Derrière la jeune femme et la femme d’âge mûr, on voit un arbre noueux, sans feuilles comme si la scène se déroulait en hiver. Enfin, la lune dans le ciel et la chouette au pied de la jeune femme s’ajoutent à ce décor. L’atmosphère de ce tableau est lugubre, avec un aspect fantomatique renforcé par la lune à moitié dissimulée derrière les nuages, la chouette, symbole de la nuit, de l’obscurité et du mal, l’arbre dégarni qui semble tout droit sorti d’une “forêt maléfique” et l’allégorie de la Mort.Cette ambiance lugubre, maléfique et qui semble sortir d’un film d’horreur, est accentuée par les tons utilisés par le peintre. En effet, l’artiste exploite des tons froids dont les seules nuances sont un blanc très pâle, le gris du ciel et de la terre et un marron dégradé. Ces couleurs se retrouvent autant sur les personnages que dans l’arrière-plan. Mais, on peut remarquer que la couleur de la peau entre les trois personnages debout, va devenir de plus en plus foncée comme si le temps dégradait les corps et l’état de leur chair. On peut même voir cela comme la vie qui quitte lentement la personne au fur et à mesure des secondes.
Cette métaphore du temps qui passe et qui ôte la vie est visible aussi dans le sablier que la Mort tient entre ses mains. En plus, pour renforcer cette allégorie de la Mort, celle-ci tient une faucille d’où son nom de “faucheuse”, puisqu’elle fauche la vie des personnes. À travers une représentation figurative du temps qui passe et qui détériore l’humain, ce tableau ressemble à une Vanité, un style de tableau utilisé pour rappeler la mortalité de l’humain.
Avec ce tableau, Hans Baldung s’intéresse au cycle de vie et au parcours féminin qui va définir les femmes par rapport aux hommes comme vierges (l’enfant), mères (la jeune femme : début de ventre rond = signe de grossesse), puis veuves (la femme d’âge mûr). Surtout, le tableau révèle la profonde crainte que suscite la sexualité des vieilles femmes au début de l’époque moderne, une crainte qui s’appuyait sur les textes saints, la médecine et la vision contemporaine de l’ordre social. En effet, la sexualité des femmes âgées était alors comparée à celle des sorcières puisqu’elles ne sont plus alors fertiles (ménopause) : l’Église prônait les relations sexuelles uniquement dans le but de se reproduire. De plus, selon l’opinion populaire, elles étaient envieuses de leur statut passé, désireuses de se venger de celles qui le possédaient désormais, exigeant un respect qui ne leur était plus dû. Hans Baldung a exprimé tout cela, et plus encore, à travers ce simple geste de la vieille femme tirant le drap qui couvre le ventre fécond de la jeune mère.
Les Trois Âges et la Mort - BALDUNG
Sarah Francisco
Created on November 23, 2023
Description et analyse de l'oeuvre Les Trois Âges et la Mort de Hans Baldung
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Les Trois Âges et la Mort
HANS BALDUNG
1484 ou 1485 - 1545 (XVIe siècle)
Cet artiste allemand, l’un des plus marquants de la Renaissance allemande et un membre du cercle des humanistes, fut un graveur, dessinateur, peintre et vitrailliste.
Meilleur élève d’Albrecht Dürer, il a un style distinctif, plein de couleurs, d’expression et d’imagination. Son style est lié à sa personnalité fougueuse, et à son imagination et sa fantaisie intarissables. Il a produit une grande variété d'œuvres portant soit sur des thèmes religieux soit profanes : portraits, gravures sur bois, dessins, tapisseries, retables et vitraux, où on retrouve souvent des allégories et des motifs mythologiques.
Au premier plan, on voit quatre personnages différents : un bébé allongé sur le sol en bas à droite, une jeune femme à gauche, une femme mûre au milieu et enfin un squelette à droite. L’enfant, la jeune femme et la femme mûre représente les trois âges de la femme dans l’enfance, le début de la vie adulte et le début de la vieillesse. Ces trois états permettent de montrer l’effet du temps sur le corps d’un humain et plus précisément ici, sur une femme. Enfin, le squelette symbolise la dernière étape lorsque la personne meurt et que son corps se décompose petit à petit. Ce squelette est ainsi une allégorie de la Mort.
La jeune femme et la Mort ont une posture identique avec la tête de trois-quarts tournée vers la droite et un regard froid fixant le spectateur. Cependant, leurs ressemblances s’arrêtent là, puisque dans leur apparence physique elles sont diamétralement opposées : la femme à gauche est très pâle symbolisant la pureté, l’innocence tandis que la Mort est très maigre, dégarnie et n’a plus de poitrine. Cette dernière a perdu tout son charme, sa beauté. Elle n’est plus que l’enveloppe corporelle tandis que la jeune femme est définie par sa beauté.
Pour ce qui est de la femme d’âge mûr, celle-ci est également tournée de trois-quarts mais sa tête est tournée vers la gauche. Elle regarde la jeune femme et elle s’accroche autant à son épaule qu’au bout de tissu que retient fermement la jeune femme. Cette posture peut être vue comme une tentative de la femme d’âge mûr de s’accrocher à sa beauté passée en tentant de retrouver l’époque où elle était encore une jeune femme comme la femme de gauche. En effet, sa beauté est en train de se faner (cheveux gris, les seins qui tombent, moins de chair, moins pulpeuse).
À l’arrière-plan, on distingue des ruines d’habitations avec des incendies. Derrière ces villages qui semblent dévastés par la guerre, on distingue des montagnes. Derrière la jeune femme et la femme d’âge mûr, on voit un arbre noueux, sans feuilles comme si la scène se déroulait en hiver. Enfin, la lune dans le ciel et la chouette au pied de la jeune femme s’ajoutent à ce décor. L’atmosphère de ce tableau est lugubre, avec un aspect fantomatique renforcé par la lune à moitié dissimulée derrière les nuages, la chouette, symbole de la nuit, de l’obscurité et du mal, l’arbre dégarni qui semble tout droit sorti d’une “forêt maléfique” et l’allégorie de la Mort.Cette ambiance lugubre, maléfique et qui semble sortir d’un film d’horreur, est accentuée par les tons utilisés par le peintre. En effet, l’artiste exploite des tons froids dont les seules nuances sont un blanc très pâle, le gris du ciel et de la terre et un marron dégradé. Ces couleurs se retrouvent autant sur les personnages que dans l’arrière-plan. Mais, on peut remarquer que la couleur de la peau entre les trois personnages debout, va devenir de plus en plus foncée comme si le temps dégradait les corps et l’état de leur chair. On peut même voir cela comme la vie qui quitte lentement la personne au fur et à mesure des secondes.
Cette métaphore du temps qui passe et qui ôte la vie est visible aussi dans le sablier que la Mort tient entre ses mains. En plus, pour renforcer cette allégorie de la Mort, celle-ci tient une faucille d’où son nom de “faucheuse”, puisqu’elle fauche la vie des personnes. À travers une représentation figurative du temps qui passe et qui détériore l’humain, ce tableau ressemble à une Vanité, un style de tableau utilisé pour rappeler la mortalité de l’humain.
Avec ce tableau, Hans Baldung s’intéresse au cycle de vie et au parcours féminin qui va définir les femmes par rapport aux hommes comme vierges (l’enfant), mères (la jeune femme : début de ventre rond = signe de grossesse), puis veuves (la femme d’âge mûr). Surtout, le tableau révèle la profonde crainte que suscite la sexualité des vieilles femmes au début de l’époque moderne, une crainte qui s’appuyait sur les textes saints, la médecine et la vision contemporaine de l’ordre social. En effet, la sexualité des femmes âgées était alors comparée à celle des sorcières puisqu’elles ne sont plus alors fertiles (ménopause) : l’Église prônait les relations sexuelles uniquement dans le but de se reproduire. De plus, selon l’opinion populaire, elles étaient envieuses de leur statut passé, désireuses de se venger de celles qui le possédaient désormais, exigeant un respect qui ne leur était plus dû. Hans Baldung a exprimé tout cela, et plus encore, à travers ce simple geste de la vieille femme tirant le drap qui couvre le ventre fécond de la jeune mère.