Les élèves de 1ère G2 du lycée Laënnec vous présentent leur lecture de poèmes extraits de l'oeuvre d'Hélène Dorion, Mes forêts
Mes forêts sont de longues traînées de temps
elles sont des aiguilles qui percent la terre
déchirent le ciel
avec des étoiles qui tombent
comme une histoire d’orage
elles glissent dans l’heure bleue
un rayon vif de souvenirs
l’humus de chaque vie où se pose
légère une aile
qui va au cœur
mes forêts sont des greniers peuplés de fantômes
elles sont les mâts de voyages immobiles
un jardin de vent où se cognent les fruits
d’une saison déjà passée
qui s’en retourne vers demain
mes forêts sont des espoirs debout
un feu de brindilles
et de mots que les ombres font craquer
dans le reflet figé de la pluie
mes forêts
sont des nuits très hautes
Les vents et le mur se fracture avec le souffle qui poursuit l'oeuvre du courant vif d'air refroidi comme des oiseaux les arbres se débattent cherchent la vague ou le rivage la forêt disperse nos fatigues masques et failles de nos illusions
Le morceau de piano est interprété par l'élève.
Parfois, des élèves ont choisi des strophes dans un poème, associées à l'annonce d'une nouvelle section, comme une continuité, comme un tout, montrant ainsi la liberté offerte.
mes forêts sont du temps qui s'immisce à travers tronc branche racine elles traversent le feuillage du jour capturent l'ombre capturent l'éclat elles sont la solitude disséminée comme poussière de notre passage une poignée de roches qui savent les âges mes forêts sont des traits de craie noire les lettres désarticulées de mots inconnus d'un matin qui hésite à venir elles dorment nues mes forêts attendent le vent qui les fera tanguer comme des bêtes ivres qui marchent vers leurs racines si peu me fait vivre quand c'est plein d'étoiles et que s'avance le poème
Une chute de galets
mes forêts parlent la langue du fleuve
celle d’algue et de limon
de rivières qui débordent
corps fous de joie ou emportés
dans les remous de leur vie
elles disent nos mains d’obscurité
de frêles beautés l’effroi
qui pèse sur demain
mes forêts
racontent une histoire
qui sauve et détruit
sauve
et détruit
alors nous rêvons
comme la sève qui sera
comme le sang
de ce qui n’est plus
nous sommes hauteur de montagne
parmi les brumes affolées
rien ne nous appartient
nous dénouons nous réparons
ce que nous pouvons
Mes forêts sont le bois usé d’une histoire
que racontent des lunes tenues à bout de bras
quand s’approchent la nuit et le hurlement
de nos peurs mes forêts
sont la mise en terre de vagues immenses
et de mots que je ne reconnais pas
elles sont un horizon de corps nus
sur le plateau des heures
qui bascule soudain
la danse très lente des ombres
vient hanter la machine de nos pas
et quand les brumes s’apaisent
mes forêts sont une poignée de rayons
plantés dans le sol durci
avec le réveil d’un temps
elles sont les paupières tremblantes d’un espoir
qui parle une langue d’écorce et de souffle
langue de tous les jours
- humiliée résistante conquise invaincue –
qui trouble et promet
avec des mots de travers mots de trop
de peut-être
où les temps se confondent
Mes forêts sont de longues tiges d’histoire
elles sont des aiguilles qui tournent
à travers les saisons elles vont
d’est en ouest jusqu’au sud
et tout le nord
mes forêts sont des cages de solitude
des lames de bois clairsemées
dans la nuit rare
elles sont des maisons sans famille
des corps sans amour
qui attendent qu’on les retrouve
au matin elles sont
des ratures et des repentirs une boule dans la gorge quand les oiseaux recommencent à voler
mes forêts sont des doigts qui pointent
des ailleurs sans retour
elles sont des épines dans tous les sens
ignorant ce que l’âge résout
elles sont des lignes au crayon
sur papier de temps
portent le poids de la mer
le silence des nuages
mes forêts sont un long passage pour nos mots d'exil et de survie un peu de pluie sur la blessure un rayon qui dure dans sa douceur et quand je m'y promène c'est pour prendre le large vers moi-même
Les travaux réalisés par les élèves sont inspirés des créations qu'Hélène Dorion nous offre sur son site
Nous avons étudié certains de ces poèmes dans le cadre du programme de français, nous avons écouté les lectures qu'en propose Hélène Dorion. Nous avons réfléchi ensemble à ce que sont nos forêts autour de la citation de Pierre Nepveu, dans sa présentation de l’anthologie D’Argile et de souffle parue en 2002 « Nous avons besoin de sa quête intérieure, de cette immensité du dedans, de ce vent de l’âme que sa poésie ne cesse de faire souffler et de faire entendre, comme pour laver notre monde de ses scories, de ses bruits inutiles, de ses enjeux mesquins, afin d’y dégager un espace pur et un temps de vivre ». Nous avons cherché ce qu'étaient, pour nous, "les scories, les bruits inutiles les enjeux mesquins", et nous avons dégagé un temps pour réaliser ces lectures.
Nous nous sommes dit en écoutant, en regardant les propositions des élèves que nous entrions, à chaque réalisation, dans un nouveau texte. Peut-être nos jeunes, à travers cette lecture, les images et les musiques qu'ils ont choisies, ont-ils fait l'expérience de "la poésie, la nature et l'intime", peut-être ont-ils pu "approcher un texte, en frôler les lisières, en arpenter l'étendue, en éprouver la profondeur" et, à travers ce projet, , sans doute voulions-nous dire à nos jeunes lecteurs : "Vas-y, entre dans ces forêts, tu n'as rien à redouter." comme nous y invite Bruno Doucey dans l'édition de poche de Mes forêts. Finir alors sur les mots d'Hélène Dorion : Que peut la poésie dans nos vies ? (...) offrir à nos jeunes une porte ouverte sur la force des mots pour dire le monde. Et l'aimer. Merci pour ces moments comme autant de lumières. Merci à Isabelle Houlez, professeure documentaliste, de m'avoir accompagnée pour vous présenter ces travaux d'élèves. Armelle Le Gall, professeure de Lettres des élèves de 1ère G2, année 2023-2024
Travaux d'élèves sur Hélène Dorion, Mes forêts
LE GALL
Created on November 16, 2023
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Les élèves de 1ère G2 du lycée Laënnec vous présentent leur lecture de poèmes extraits de l'oeuvre d'Hélène Dorion, Mes forêts
Mes forêts sont de longues traînées de temps elles sont des aiguilles qui percent la terre déchirent le ciel avec des étoiles qui tombent comme une histoire d’orage elles glissent dans l’heure bleue un rayon vif de souvenirs l’humus de chaque vie où se pose légère une aile qui va au cœur mes forêts sont des greniers peuplés de fantômes elles sont les mâts de voyages immobiles un jardin de vent où se cognent les fruits d’une saison déjà passée qui s’en retourne vers demain mes forêts sont des espoirs debout un feu de brindilles et de mots que les ombres font craquer dans le reflet figé de la pluie mes forêts sont des nuits très hautes
Les vents et le mur se fracture avec le souffle qui poursuit l'oeuvre du courant vif d'air refroidi comme des oiseaux les arbres se débattent cherchent la vague ou le rivage la forêt disperse nos fatigues masques et failles de nos illusions
Le morceau de piano est interprété par l'élève.
Parfois, des élèves ont choisi des strophes dans un poème, associées à l'annonce d'une nouvelle section, comme une continuité, comme un tout, montrant ainsi la liberté offerte.
mes forêts sont du temps qui s'immisce à travers tronc branche racine elles traversent le feuillage du jour capturent l'ombre capturent l'éclat elles sont la solitude disséminée comme poussière de notre passage une poignée de roches qui savent les âges mes forêts sont des traits de craie noire les lettres désarticulées de mots inconnus d'un matin qui hésite à venir elles dorment nues mes forêts attendent le vent qui les fera tanguer comme des bêtes ivres qui marchent vers leurs racines si peu me fait vivre quand c'est plein d'étoiles et que s'avance le poème
Une chute de galets
mes forêts parlent la langue du fleuve celle d’algue et de limon de rivières qui débordent corps fous de joie ou emportés dans les remous de leur vie elles disent nos mains d’obscurité de frêles beautés l’effroi qui pèse sur demain mes forêts racontent une histoire qui sauve et détruit sauve et détruit alors nous rêvons comme la sève qui sera comme le sang de ce qui n’est plus nous sommes hauteur de montagne parmi les brumes affolées rien ne nous appartient nous dénouons nous réparons ce que nous pouvons
Mes forêts sont le bois usé d’une histoire que racontent des lunes tenues à bout de bras quand s’approchent la nuit et le hurlement de nos peurs mes forêts sont la mise en terre de vagues immenses et de mots que je ne reconnais pas elles sont un horizon de corps nus sur le plateau des heures qui bascule soudain la danse très lente des ombres vient hanter la machine de nos pas et quand les brumes s’apaisent mes forêts sont une poignée de rayons plantés dans le sol durci avec le réveil d’un temps elles sont les paupières tremblantes d’un espoir qui parle une langue d’écorce et de souffle langue de tous les jours - humiliée résistante conquise invaincue – qui trouble et promet avec des mots de travers mots de trop de peut-être où les temps se confondent
Mes forêts sont de longues tiges d’histoire elles sont des aiguilles qui tournent à travers les saisons elles vont d’est en ouest jusqu’au sud et tout le nord mes forêts sont des cages de solitude des lames de bois clairsemées dans la nuit rare elles sont des maisons sans famille des corps sans amour qui attendent qu’on les retrouve au matin elles sont des ratures et des repentirs une boule dans la gorge quand les oiseaux recommencent à voler mes forêts sont des doigts qui pointent des ailleurs sans retour elles sont des épines dans tous les sens ignorant ce que l’âge résout elles sont des lignes au crayon sur papier de temps portent le poids de la mer le silence des nuages
mes forêts sont un long passage pour nos mots d'exil et de survie un peu de pluie sur la blessure un rayon qui dure dans sa douceur et quand je m'y promène c'est pour prendre le large vers moi-même
Les travaux réalisés par les élèves sont inspirés des créations qu'Hélène Dorion nous offre sur son site
Nous avons étudié certains de ces poèmes dans le cadre du programme de français, nous avons écouté les lectures qu'en propose Hélène Dorion. Nous avons réfléchi ensemble à ce que sont nos forêts autour de la citation de Pierre Nepveu, dans sa présentation de l’anthologie D’Argile et de souffle parue en 2002 « Nous avons besoin de sa quête intérieure, de cette immensité du dedans, de ce vent de l’âme que sa poésie ne cesse de faire souffler et de faire entendre, comme pour laver notre monde de ses scories, de ses bruits inutiles, de ses enjeux mesquins, afin d’y dégager un espace pur et un temps de vivre ». Nous avons cherché ce qu'étaient, pour nous, "les scories, les bruits inutiles les enjeux mesquins", et nous avons dégagé un temps pour réaliser ces lectures.
Nous nous sommes dit en écoutant, en regardant les propositions des élèves que nous entrions, à chaque réalisation, dans un nouveau texte. Peut-être nos jeunes, à travers cette lecture, les images et les musiques qu'ils ont choisies, ont-ils fait l'expérience de "la poésie, la nature et l'intime", peut-être ont-ils pu "approcher un texte, en frôler les lisières, en arpenter l'étendue, en éprouver la profondeur" et, à travers ce projet, , sans doute voulions-nous dire à nos jeunes lecteurs : "Vas-y, entre dans ces forêts, tu n'as rien à redouter." comme nous y invite Bruno Doucey dans l'édition de poche de Mes forêts. Finir alors sur les mots d'Hélène Dorion : Que peut la poésie dans nos vies ? (...) offrir à nos jeunes une porte ouverte sur la force des mots pour dire le monde. Et l'aimer. Merci pour ces moments comme autant de lumières. Merci à Isabelle Houlez, professeure documentaliste, de m'avoir accompagnée pour vous présenter ces travaux d'élèves. Armelle Le Gall, professeure de Lettres des élèves de 1ère G2, année 2023-2024