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Paris-Dakar, les représentations du passé de l'Afrique dans les musées
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Created on November 4, 2023
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Transcript
Entre Paris et Dakar : représentations du passé africain
Introduction
Le projet
L'E NQUÊTE
Dans une période marquée par les débats autour de la restitution de biens culturels aux pays africains anciennement colonisés, les questions sur le rôle des musées en termes de mise en récit du passé semblent occuper une place centrale. Lieux culturels, mais aussi lieux de rencontre ou de confrontation, ils sont aujourd’hui au cœur de nombreux enjeux liés notamment à l’héritage colonial. En 2007, la revue Africultures s’interrogeait déjà : « comment reconsidérer le rapport avec les sociétés postcoloniales à travers l’institution muséale ? ». Afin de mieux comprendre les dynamiques en jeu et les difficultés de ce projet, nous avons souhaité réaliser une étude comparative entre deux musées très réputés, sur deux continents : le musée du Quai Branly à Paris et le Musée des Civilisations Noires de Dakar . La comparaison entre ces deux musées nous est apparue intéressante car ils exposent tous deux des objets africains, mais de manière différente, avec des objectifs distincts. De plus, ils sont liés par différents projets de collaboration et de restitution.
INTRODUCTON
Suite
Aux prémices de l’enquête, nous pensions constater une scission nette entre un musée parisien encore ancré dans une vision exotisante et un musée dakarois novateur dans son approche. Mais il nous a fallu nous détacher de ces préjugés et reconnaître notamment les nombreux travaux entrepris par le Quai Branly pour se détacher de cet héritage colonial. Et si ce dernier persiste à certains niveaux, il se retrouve dans les deux musées, de manière plus subtile, notamment au niveau de la représentation du passé. Nous avons choisi de nous concentrer sur les représentations du passé de l’Afrique subsaharienne puisque les objets issus de cette zone géographique sont particulièrement présents en Europe et qu’ils se retrouvent également au MCN. Aussi : entre coopérations et concurrences, dans quelle mesure l’héritage colonial est source de différences dans la représentation du passé de l’Afrique subsaharienne entre le musée du Quai Branly et le musée des civilisations noires de Dakar ? Nous aborderons dans un premier temps la manière dont les deux musées parviennent à penser l’Afrique au-delà de la colonisation, en présentant une Afrique unie ou liée aux autres cultures et en valorisant d’autres parties de son histoire. Nous verrons dans un second temps que les deux musées ne peuvent parviennent pas à se défaire complétement de l’héritage colonial, encore présent dans leur rapport aux objets et dans le débat autour des restitutions.
L'ENQUÊTE
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Les "représentations du passé"
L"héritage colonial"
Le "musée"
INTRODUCTION
II/ Représentations concurrentielles et persistance de la question coloniale
I/ L'Afrique pensée au delà de la colonisation
Transition
Conclusion et annexes
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Menu
A) ENTRE PANAFRICANISME ET VALORISATION DE LA DIVERSITE DES CULTURES
B) LA COLONISATION COMME SIMPLE PARTIE DE L'HISTOIRE
Entre panafricanisme et valorisation de la diversité des cultures
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« Un musée véhicule toujours un discours qu’il soit implicite ou explicite. »
En ces termes, Hamady Bocoum, directeur général du Musée des civilisations noires de Dakar, explique que tous les musées sont porteurs d’une vision politique. En comparant l’ambition du MCN avec celle du musée du Quai Branly nous pouvons constater deux projets différents. Là où le MCN défend une vision panafricaine de l’art et de l’histoire, le Quai Branly cherche à valoriser la diversité des cultures.
Coopération
MCN
Quai Branly
Musée des civilisations noires de Dakar
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Le MCN répond à un projet culturel de longue date, évoqué dès 1966 au cours du Premier festival mondial des arts nègres de Dakar. Lors de cet évènement, Léopold Sédar Senghor, alors président du Sénégal, dit vouloir se servir de la culture comme moyen d’affirmation du continent Africain sur la scène internationale. Dans cet objectif, le Musée dynamique de Dakar est créé, mais il ne fonctionnera que sur une courte période. En ce sens, le MCN est l’héritier du projet du Musée Dynamique et de l’ambition panafricaine de Léopold Sédar Senghor.
Selon Hamady Bocoum, l'ambition politique du MCN est très claire : « Le MCN n’a pas vocation à être neutre. Il doit impérativement s’attacher à l’étude et à la promotion des civilisations noires tout en contribuant à la sauvegarde des artéfacts associés à ces civilisations. » Il est d’ailleurs énoncé au cours de la conférence de préfiguration (2016) que le MCN a pour mission de montrer l’apport des cultures noires à l’humanité.
Exemple 2
Exemple 1
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MENU
Quai Branly
Les objectifs du Quai Branly ne s’inscrivent pas dans une vision politique de revendication ou d’affirmation d’identités. Dès sa création le musée a défendu des ambitions qui dépassent la simple conservation d’œuvres et d’objets historiques. A l’ouverture du musée son slogan était le suivant : « Là où dialoguent les cultures ». La diversité des cultures est au cœur de la vision politique du musée. En effet, les collections du musée regroupent des objets venant à la fois d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Dans sa liste des missions, le site internet du musée affirme vouloir créer des ponts entre les cultures. Ainsi, le parcours dans le musée se fait sans cloisonnement entre les espaces géographiques, favorisant le dialogue entre objets.
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Plan des espaces d'exposition du musée
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Coopération entre musées
La vision panafricaine du MCN s’accompagne d’une ouverture sur les cultures du monde. Hamady Bocoum déclare dans un entretien avec la revue Présence africaine en 2018 : « les musées africains doivent recevoir des expositions venant d’autres continents car il nous faut, à présent, présenter ceux qui nous présentent depuis si longtemps et pas toujours sous le meilleur des visages ». Le MCN place l’apport des civilisations noires dans un contexte mondial. Ainsi, de nombreux partenariats entre musées sont développés, comme le montre l'exposition "Picasso à Dakar".
Conclusion A.
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MENU Partie I
Conclusion - Entre panafricanisme et valorisation de la diversité des cultures
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LA COLONISATION COMME SIMPLE PARTIE DE L'HISTOIRE
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Nous allons ici étudier la représentation du passé dans les musées du Quai Branly et de Dakar, par laquelle la colonisation ne devient qu'une partie d'une histoire bien plus grande. Le but des musées n'est pas de minimiser la colonisation, mais de dépasser une surreprésentation de cette dernière pour mettre en avant un passé riche et parfois peu connu. Les deux musées se distinguent par leurs approches à la colonisation.
MCN
Quai Branly
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l'approche du mcn
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À Dakar tout d'abord, la volonté dans laquelle s'inscrit le musée des civilisations noires est celle de s'unir au-delà d’un passé colonial.
Dans le débat télévisé sur la chaîne Africa News Room, Emile Boyogueno, sociologue et historien, affirme que “les africains ont besoin de raconter cette histoire et de la regarder [...] en vue de se réapproprier un passé [...] à partir duquel on construit l’avenir”.
On comprend alors que le but est à la fois de réconcilier des mémoires et de représenter une histoire africaine propre, sans essentialiser la colonisation.
Par ailleurs, certaines œuvres contemporaines exposées lors de certaines expositions ont pour but de dénoncer la colonisation. On peut citer l’exemple de l'exposition intitulée "Esclavage, colonisation, résistance, indépendance”, dont est chargée Laurella Rinçon, conservatrice du patrimoine.
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L'approche du quai branly
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Cependant, au Quai Branly, la colonisation n'est que très peu évoquée dans l'exposition permanente sur l'Afrique. En effet, les mentions se limitent à certaines indications ou descriptions d'objets fournies par l'audio-guide ou les écriteaux. Ces dernières indiquent notamment que certains objets proviennent de la période coloniale, mais n'abordent ni la manière dont ces objets ont été collectés, ni les questions de restitution. Par ailleurs, les 1000 objets exposés sont issus de périodes diverses, dont la date de création remonte parfois à la période pré-coloniale.
La colonisation comme simple partie de l'histoire
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L'approche du quai branly
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Cependant, la mention limitée de la période coloniale dans ce musée, tout comme le manque de contexte quant à la manière dont certains objets ont pu être acquis, peuvent soulever des questionnements.
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Conclusion de la sous-partie
Transition I et II
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B)Les restitutions : un nouveau récit du passé ?
A) Quel récit des objets ?
2e partie Menu
QUEL RECIT DES OBJETS ?
Si la définition du terme « musée » a été soumise à des évolutions depuis le milieu du XXe siècle, l’institution muséale semble être, dans l’imaginaire collectif comme dans les médias, toujours associée aux objets, aux collections. Parce que le choix des objets exposés et le récit qui en est fait constituent déjà un parti pris du musée, il convient de s’interroger sur la façon dont le Musée du Quai Branly et le MCN de Dakar exhibent les objets et, par la même occasion, présentent le passé de l’Afrique subsaharienne. Quel regard est posé sur ces derniers et quel récit en est fait ?
Le récit des objets au musée du quai branly
QUEL RECIT DES OBJETS
Le musée du Quai Branly, issu de la fusion de deux musées aux visées différentes, a toujours porté en lui une certaine ambiguïté face aux objets. D’après Etienne Féau (1999), les deux musées l’ayant précédé, le musée de l’Homme et le Musée des arts africains et océaniens, étaient rivaux tout en étant complémentaires, le premier étant un musée d’ethnographie soit un musée présentant des objets appartenant à différents peuples, témoins d’une culture, le second étant un musée d’art, se concentrant sur la dimension esthétique des objets. Au sein du Musée du Quai Branly, il semblerait que ce soit la deuxième dimension qui ait prévalu. Les objets sont présentés comme des œuvres d’art, dont il convient de mettre en avant la beauté.
LE QUAI BRANLY
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Mais ce parti pris esthétique se fait, selon certains, au détriment de l’histoire des objets. Le musée a depuis réalisé des progrès sur la question, notamment en mettant en place son programme « Dakar Djibouti Contre-enquête » ou en démarrant des recherches sur la provenance des objets, recherches prenant une « place prépondérante dans la politique patrimoniale du musée » dans son rapport de 2022. Toutefois, la prééminence de la valeur artistique est encore présente aujourd’hui et se fait parfois détriment de la dimension historique
Exemple 2
Exemple 1
D'une volonté de se détacher de l'héritage colonial à l'esthétisation
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LE RECIT DES OBJETS AU MUSEE DES CIVILISATIONS NOIRES
QUEL RECIT DES OBJETS
La vision du MCN est tout à fait différente. Il affirme ainsi, dès le rapport de 1977, vouloir donner une place centrale à l’objet, à son environnement, ses fonctions ou encore à l’esprit d’invention dont il est le témoin. La nécessité de ces explications y est justifiée par le fait que l’Afrique « n’apporte que les témoins matériels de ses identités culturelles », faute de nombreuses archives ou sources écrites à disposition. Plus tard, dans son rapport de préfiguration, le musée poursuit ses recherches sur la présentation des objets : « la question incontournable est de savoir quelle histoire construire et comment la raconter avec des objets ». L’accent est mis sur l’éducation et la réflexion concernant la façon même de nommer les choses. Ces idées se retrouvent dans la présentation des objets, évoquée dans l'exemple de la scuplture "Maternité", insistant sur la place symbolique de l'objet et son usage.
LE MUSEE DES CIVILISATIONS NOIRES
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QUEL RECIT DES OBJETS
Là où le Quai Branly a pris le parti pris de l’esthétique pour se détacher du passé ethnographique, le MCN semble insister sur la dimension historique et la volonté de donner une place à ce passé dans le présent. Toutefois, s’il cherche à se distinguer des musées occidentaux, il faut noter que l’idée de musée dans lequel sont présentés des objets reste un concept occidental. Les premiers musées implantés en Afrique faisaient ainsi partie de l’entreprise coloniale. D’après Danièle Wozny et Barbara Cassin ( Wozny et Cassin, 2014), la notion de « musée » n’existerait pas en Afrique dans son acception occidentale et le terme même serait difficilement traduisible. Le MCN ne serait pas parvenu à inventer des formes de “monstration” (Mensah, Ayoko. « Réinventer les musées ») réellement différentes qui lui auraient permis de se détacher un peu plus de l’héritage colonial. Ce problème participerait à un manque d’appropriation des populations avec leurs musées.
LE MUSEE DES CIVILISATIONS NOIRES
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2e partie Menu
Conclusion de la partie
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II. B) LES RESTITUTIONS : UN NOUVEAU RECIT DU PASSÉ ?
Lorsque nous avons débuté nos recherches pour cette enquête, il nous est paru évident que la question des restitutions serait à aborder. En effet, du fait de l’entreprise d'accaparement d’objets dans les colonies africaines par les empires coloniaux - dont la France - lors de la colonisation française en Afrique subsaharienne (seconde moitié du XIXème aux années 1970) , il est estimé que 90% du patrimoine culturel africain se trouve actuellement les fonds des collections privées ou des grands musées européens. Selon Bénédicte Savoy, historienne de l’art co-autrice du rapport commissionné par le président français Restituer le Patrimoine africain : vers une nouvelle éthique relationnelle publié en 2018, le musée du quai Branly à Paris serait en possession de 70 000 pièces venues d'Afrique, alors que les plus grandes collections en Afrique ne comprennent 3 000 à 5 000 objets. Ce déséquilibre, qui se traduit donc comme un héritage du passé colonial, n’est pas sans impact en termes de rapport au passé : la présence ou l’absence d’objets facilite ou complique nécessairement celui-ci.…
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1. Renverser les catégories coloniales : revisite d’un discours et mémoire
Nous avons donc présupposé une concurrence en termes de représentation du passé et mise en récit de ce dernier : le musée du quai Branly possédant plus d’objets du patrimoine d’Afrique de l’Ouest que le musée des Civilisations noires de Dakar lui-même, nous pouvons présumer que ce dernier, par rapport à son homologue parisien, est dépourvu d’une certaine capacité de “mise en récit” de l’histoire africaine. Si nos recherches ont effectivement mis en évidence cet aspect, elles nous ont révélé que la question des restitutions permet d’explorer de manière bien plus complexe le rapport au passé, notamment colonial, des deux musées…
2. Rapport au passé des musées : quel impact des restitutions pour le musée du quai Branly ?
3. Rapport au passé des musées : MCN, ne pas essentialiser les restitutions ?
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1. Renverser les catégories coloniales : revisite d’un discours et mémoire
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Lorsqu’un musée possède un objet et choisit la manière dont ce dernier est exposé, il dispose du “pouvoir de mettre en récit” cet objet. En héritant d’une immense collection d’objets accaparés durant la colonisation, le musée du quai Branly se retrouve donc, comme de nombreux musées européens, dépositaire de ce pouvoir de cette “mise en récit” , au détriment des musées africains comme celui de Dakar, qui se retrouvent du même coup privés de la capacité de donner une signification à ces objets qui appartiennent également à leur histoire. Derrière le fait de retrouver la propriété d’un objet par l’acte de restitution, s’ouvre pour les musées africains - dont le MCN- la possibilité de lui redonner une signification, autre que celle imposée par les musées européens.
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C’est dans cette situation “où la quasi-totalité du patrimoine d’un ensemble de sociétés vivantes est possédé par d’autres sociétés” (Müller, « Les musées africains sont-ils sans objet ? ») que les musées européens à travers l’exposition de ces objets ont pu écrire l’histoire d’autres sociétés, comme celle d’Afrique subsaharienne, et qui l’ont de fait imposé à ces mêmes sociétés. Les musées européens tel le quai Branly sont alors devenus “des lieux de production de discours et de représentations sur les sociétés africaines” tel que l’explique le rapport Savoy-Sarr, discours qui leur échappe. Les restitutions sont donc un moyen de permettre aux sociétés africaines de se réapproprier leur histoire, en permettant de produire un nouveau discours par l'exposition des œuvres et objets de leur patrimoine dans leurs musées.
Le MCN semble s'inscrire dans cette volonté: le fait qu’il soit un musée moderne, doté de toutes les conditions nécessaires à la conservation permet de rendre irrecevable l’argument récurrent selon lequel les musées africains ne seraient pas adaptés pour la restitution d'œuvres/d’objets. Par ailleurs, le musée depuis sa création s’est engagé activement dans des démarches de demandes de restitution, en étant acteur de la commission nationale du Sénégal pour la restitution des biens culturels détenus dans les musées occidentaux, ou en accueillant un Symposium International sur les démarches de restitution des biens culturels Africains à leur pays d'origine en mars 2023.
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Si la question des restitutions fait partie du projet muséal du MCN, c’est également parce que le musée, en étant un lieu de représentation matérielle du passé, est également un lieu de mémoire : les objets constituant des témoins historiques, comment se souvenir avec du vide ? Amadou-Mahtar M’Bow, directeur général de l’UNESCO, l'affirmait déjà en 1978 “Restituer au pays qui l'a produit telle ou telle œuvre d'art (...) c'est permettre à un peuple de recouvrer une partie de sa mémoire”. Ainsi, Abdoulaye Camara préhistorien et archéologue à à l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN) constate : "Les Africains dans leur grande majorité ne disposent pas de suffisamment de témoins. Pour illustrer un discours historique correct, ils doivent se rendre à l’étranger, car une bonne partie de leur mémoire est conservée hors du continent " (interview dans Mondafrique) . Retrouver cet accès à la mémoire par les restitutions semble donc un enjeu important pour le musée des civilsations noires de Dakar, comme le montre cette mémoire, permise par l'exposition des oeuvres restituées, serait le moyen de cultiver une fierté vis-à-vis d'une histoire retravaillée et émancipée des discours colonisateurs.
son discours porté sur les jeunes générations africaines :
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Accès au 2.
2. Rapport au passé des musées : quel impact des restitutions pour le musée du quai Branly ?
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Au delà du fait que les restitutions illustrent un déséquilibre en terme d’accès à un passé et pouvoir de mise en récit de celui-ci, nos recherches nous ont poussé à nous demander comment les revendications de restitutions impactent les musées européens, comme celui du quai Branly, et le rapport à l’histoire de leurs collections que cela engage.
Alors que les sources concernant les conditions d’appropriation des objets africains lors de la colonisation ont longtemps été négligées ou sont inexistantes, la question des restitutions “exige une connaissance précise des collections africaines conservées en France” et “ une clarté totale sur les contextes historiques et scientifiques à la faveur desquels les objets sont arrivés dans les collections qui les conservent aujourd’hui." (Rapport Savoy-Sarr)
Autrement dit, les musées ne peuvent plus se contenter d’exposer des oeuvres témoins des traditions et savoirs-faire d’autres sociétés, mais doivent “fournir un travail historique sur les conditions diverses dans lesquelles les objets ont été déplacés”.
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2. Rapport au passé des musées : quel impact des restitutions pour le musée du quai Branly ?
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A cet égard, le rapport du musée du quai Branly à ses collections peut paraître ambigu : dans quelle mesure cela témoigne de l'occultation d'une partie du fait colonial ?
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2. Rapport au passé des musées : quel impact des restitutions pour le musée du quai Branly ?
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Le musée du quai Branly semble témoigner d’une réelle volonté de documentation de ses collections, et de rendre cette documentation accessible :
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Cependant, toute cette sémantique de coopération et d’efforts sur les collections de la part du musée du quai Branly témoigne d’une certaine ambiguïté quant à la façon dont le musée représente ce passé colonial. En effet, outre l'exposition faisant suite au projet "Dakar-Djibouti, contre-enquête" prévue en 2025, le travail documentaire sur les collections reste largement à destination de la sphère académique. En effet, même si il est accessible librement sur le site du quai Branly, cela nécessite que le public s’y intéresse spécifiquement : il est au final possible de douter de sa réelle visibilité/démocratisation. De plus, les plaquettes des œuvres exposées mais aussi les indications données dans l'inventaire mentionnent certes l’origine des objets de la collection, mais n'expliquent pas le contexte d’acquisition et l’histoire de ces objets. Ainsi, si le musée tend à reconnaître de plus en plus les relations historiques de domination dans lequel s’inscrivent ses collections, il reste néanmoins très prudent : sur la page internet du musée dédiée aux demandes de restitutions du patrimoine africain, nous pouvons lire que “La majorité des 70 000 objets d’Afrique subsaharienne conservés au musée du quai Branly - Jacques Chirac a été acquise de manière licite, par achats ou par dons. Pour ceux à propos desquels un doute existe, un examen attentif et des recherches sur le contexte de l’acquisition de ces objets est nécessaire".
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Cette occultation d’une partie du fait colonial par le musée se traduit par une certaine réserve quant aux restitutions, ce qui a été dénoncé lors du "Symposium international sur la restitution des biens culturels africains à leurs pays d'origine" organisé par le MCN en mars 2023 :
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“le musée du Quai-Branly qui regroupe un grand nombre de nos biens culturels et qui n’a restitué que 26 objets qu’ils ont soigneusement choisi”. Cette situation traduit toujours une inégalité vis-à-vis de la représentation du passé africain, en dépit des recherches engagées par le musée du quai Branly à ce sujet.
Cette réticence peut également s’exprimer par le fait que le musée du Quai Branly ne semble pas avoir engagé de réflexion sur le trou laissé par les oeuvres restitués, à l’instar du Musée d’Aquitaine, qui se pose la question de quel récit attribuer à ce “vide”, jugeant “important de garder trace de ces objets et de partager avec les visiteurs ce sujet des restitutions” (article « Restituer et après ? » dans la revue Hommes et Migrations). Il semble que faire parler un vide, c’est aussi mettre en représentation un héritage colonial, démarche que le musée du quai Branly ne semble pas avoir encore entreprise.
Accès au 3.
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3. Rapport au passé des musées : MCN, ne pas essentialiser les restitutions ?
Si la question des restitutions est évidemment un sujet pour le MCN en ce que cela représente l'appropriation d’un passé, nous avons été surpris de constater que le musée met en avant sa volonté de ne pas en faire un sujet central :
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Ne pas se centrer sur les restitutions semble pour le musée nécessaire pour donner une représentation de l’histoire africaine émancipée du passé colonial, et échapper à rapport au passé empreint d’une “culpabilisation larvée” comme le souligne l'artiste soudanais Hassan Musa dans la revue Africulture. La moindre place accordée par le MCN aux objets pouvant être sujets à restitutions illustre la volonté du musée de “défragmenter le schéma pré-colonial/colonial/post-colonial et penser une nouvelle narration” (Kukawka et al., « Restituer et après ? ».) Ainsi, les objets que le MCN demande à restituer sont ceux ayant une forte charge symbolique, rituelle ou affective..
Exemple
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Conclusion B.
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CONCLUSION B) Les restitutions : un nouveau récit du passé ?
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Conclusion
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CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
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CONCLUSION
Ainsi, nous avons étudié la question de la représentation du passé de l’Afrique subsaharienne en comparant deux musées dont les approches sont très différentes : celui des civilisations noires, à Dakar et celui du Quai Branly, à Paris. Nous avons d’abord constaté une volonté commune des deux musées de dépasser l’image de l’Afrique comme toujours associée à la colonisation. En effet, à travers la dimension panafricaine du musée de Dakar et la volonté de valoriser la diversité culturelle au Quai Branly, les musées proposent tous deux une représentation du passé de l’Afrique comme celui d’un continent artiste et savant. Par ailleurs, la volonté de dépasser l’héritage colonial s’illustre par la manière dont les musées mettent en avant un passé bien plus lointain que la période coloniale. Le MCN se présente comme moyen de se réapproprier le passé en s'unissant au-delà de la colonisation, en la dénonçant sans lui accorder une place trop importante. Le Quai Branly, à l'inverse, ne fait presque pas mention de la colonisation dans son exposition permanente, et le manque d’information quant à l’acquisition des objets exposés est à souligner. Nous avons ensuite analysé les représentations concurrentielles et la persistance de la question coloniale, à travers le constat de la persistance de cette dernière dans le caractère esthétisant du Quai Branly et la représentation dans un musée, lieu hérité de la colonisation, au MCN. Enfin, la question des restitutions a été abordée comme un enjeu encore crucial de la représentation du passé et source de concurrence entre le MCN et le Quai Branly.
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CONCLUSION
Ainsi, face à la persistance de cet héritage colonial dans le musée français et la difficulté de le dépasser et de s’approprier l’institution muséale pour le musée sénégalais un nouveau questionnement s'impose : faut-il décoloniser les musées ? Si oui comment ? D’une réflexion s’inspirant du mouvement postcolonial nous pourrions alors nous intéresser au mouvement décolonial, à la portée plus pratique et s’ancrant dans l’action. Aujourd’hui, de nombreux débats ont lieu sur le sujet. En mars 2023, l’historienne et politologue française Françoise Vergès publiait ainsi Programme de désordre absolu. Décoloniser le musée. Elle y propose notamment l’idée d’un “post musée” dynamique, ancré dans sa communauté, et dans lequel le choix de l’histoire et des mémoires à présenter serait réalisé par le peuple lui-même.
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Limites de notre étude
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- N'ayant pu visiter le MCN récemment ni accéder à la totalité de ses oeuvres en ligne (le site internet du musée ne proposant pas cette option) le nombre d'oeuvres à analyser était limité, et nous n'avons pas pu observer la scénographie ni les panneaux explicatifs à l'intérieur du musée.
- Pour certaines de nos conclusions, nous nous sommes basés sur l'étude des collections et de certaines expositions mais les idées véhiculées par les musées sont susceptibles de changer au gré des expositions.
- Nous aurions aimé réaliser davantage d'entretiens avec des visiteurs du MCN afin d'avoir leur ressenti sur la façon dont le passé de l'Afrique subsaharienne est représenté mais n'avons pas reçu de réponses de la part des personnes contactées.
- Le sujet étant très large, nous avons parfois du rester en surface dans notre analyse, pour ne pas trop dépasser les attendus en terme de nombre de mots. Ainsi, il aurait été intéressant de développer un peu plus certains sujets, tels que l'acception "occidentale" du musée en Afrique (Wozny, Cassin).
Retour Annexes
Sources secondaires :
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- Biro, Yaëlle. Fabriquer le regard: marchands, réseaux et objets d’art africains à l’aube du XXe siècle. Collection Œuvres en sociétés. Dijon: Les presses du réel, 2018.
- Bordier, Julien. « Un triste visage de la république : le musée du quai Branly ». Variations. Revue internationale de théorie critique, no 9/10 (1 juin 2007): 119‑34. https://doi.org/10.4000/variations.480.
- Coquery-Vidrovitch, Catherine. « Le musée du quai Branly ou l’histoire oubliée: » In Cahiers libres, 125‑37. La Découverte, 2008. https://doi.org/10.3917/dec.konar.2008.01.0125.
- Crémière, Cédric. « Le musée des civilisations noires. Un projet culturel fort et rayonnant ». La Lettre de l’OCIM. Musées, Patrimoine et Culture scientifiques et techniques, no 198 (1 novembre 2021): 28‑33. https://doi.org/10.4000/ocim.4717.
- Dognin, René. Des calebasses et des vaches : note sur la sémiologie du décor des calebasses peul (Cameroun). 1987.
- Felwine, Sarr, et Bénédicte Savoy, Restituer le patrimoine africain, Paris, Philippe Rey / Seuil, 2018.
- Foliard, Daniel. « Les vies du « trésor de Ségou » ». Revue historique 688, no 4 (2018): 869. https://doi.org/10.3917/rhis.184.0869.
- Gob, André, et Noémie Drouguet. « Chapitre 2. Définition et diversité des musées », André Gob éd., La muséologie. Histoire, développements, enjeux actuels. Armand Colin, 2021, pp. 43-63.
- Kukawka, Katia, Stephen Little, Valika Smeulders, Hamady Bocoum, et Sarah Hugounenq. « Restituer et après ? Les musées face aux collections coloniales ». Hommes & migrations, no 1340 (1 janvier 2023): 81‑87. https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.14949.
Suite
Retour
- Mensah, Ayoko. « Réinventer les musées », Africultures, vol. 70, no. 1, 2007, pp. 6-7.
- Müller, Bernard. « Les musées africains sont-ils sans objet ?: Contribution au débat sur la restitution des butins de guerres coloniales ». Africultures 70, no 1 (2007): 103. https://doi.org/10.3917/afcul.070.0103.
- Murphy, Maureen. L’art de la décolonisation : Paris-Dakar, 1950-1970. Dijon : Les presses du réel. 2023.
- Musa, Hassan. « Les fantômes d’Afrique dans les musées d’Europe ». Africultures 70, no 1 (2007): 28. https://doi.org/10.3917/afcul.070.0028.
- Ndiaye, Malick. « Les musées en Afrique, l'Afrique au musée : quelles nouvelles perspectives ? », Africultures, vol. 70, no. 1, 2007, pp. 8-17.
- Ndiaye, El Hadji Malick. « Musée, Colonisation, et Restitution ». Traduit par John Warne Monroe. African Arts 52, no 3 (septembre 2019): 1‑6. https://doi.org/10.1162/afar_a_00473.
- Sylla, Abdou. « Les musées en Afrique : entre pillage et irresponsabilité »: Africultures n°70, no 1 (1 juin 2007): 90‑101. https://doi.org/10.3917/afcul.070.0090.
- Taylor, Anne-Christine. « Au Musée du Quai Branly : la place de l'ethnologie », Ethnologie française, vol. 38, no. 4, 2008, pp. 679-684.
- Vergès, Françoise. Programme de désordre absolu: décoloniser le musée. Paris: La Fabrique éditions, 2023.
- Wozny, Danièle, et Barbara Cassin, éd. "Les intraduisibles du patrimoine en Afrique subsaharienne". Demopolis, 2014. https://doi.org/10.4000/books.demopolis.515.
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Sources primaires :
Sources produites par les musées :
- « Picasso à Dakar ». Consulté le 8 novembre 2023. https://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/hors-les-murs/expositions-en-tournee/details-de-levenement/e/picasso-a-dakar-39431.
- Audio-guides de la visite du Quai Branly
- Support “Bonus” du Quai Branly à destination des enfants : livret jeu “Sur la route des chefferies du Cameroun” musée du quai Branly - Jacques Chirac - Livret jeu
- « Histoire des collections du musée du quai Branly - Jacques Chirac ». Consulté le 8 novembre 2023. https://www.quaibranly.fr/fr/collections/toutes-les-collections/genese-des-collections.
- Compte Instagram du MCN
- « SYMPOSIUM INTERNATIONAL SUR LA RESTITUTION DE BIENS CULTURELS À LEURS PAYS D’ORIGINE – MCN », 24 mars 2023. https://mcn.sn/?p=989.
- « Éclairages sur les demandes de restitution du patrimoine africain ». Consulté le 28 novembre 2023. https://www.quaibranly.fr/fr/missions-et-fonctionnement/eclairages-sur-les-demandes-de-restitution-du-patrimoine-africain.
- « Explorer les collections ». Consulté le 28 novembre 2023. https://www.quaibranly.fr/fr/explorer-les-collections/
Rapports des musées :
- Rapport d’activité du Quai Branly RA-MQBJC-2022_compressed.pdf (quaibranly.fr
- Rapport du Musée des civilisations noires de Dakar mission de l’UNESCO 1977 Musée des civilisations noires, Dakar - (mission) - UNESCO Bibliothèque Numérique
- Rapport de la Conférence de préfiguration du musée des civilisations noires de Dakar, 28-31 juillet 2016 À Ajouter Rapport Musée Des Civilisations Noires PDF | PDF | Afrique | Musée (scribd.com), par Hamady Bocoum et El Hadji Malick Ndiyae
Oeuvres d'art :
- Sculpture Maternity, Yoruba, Nigeria, exposée au Musée des civilisations noires de Dakar *
- Sculpture Maternité, Mali, exposée au Musée du Quai Branly
- Statue Djennenke, Mali, exposée au Musée du Quai Branly https://doi.org/10.1162/afar_a_00473.
- "Champ de coton", Soly Cissé, exposée au MCN
- Témoignage d'un visiteur du MCN
- Avis de visiteurs du MCN sur Tripadvisor
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Articles de presse :
- Article de presse (analyse des citations de Hamady Bocoum) EnQuete+. « MUSEE DES CIVILISATIONS NOIRES : Quatre Notes Conceptuelles Attendues ». Consulté le 6 octobre 2023.https://www.enqueteplus.com/content/musee-des-civilisations-noires-quatre-notes-conceptuelles-attendues.
- Mondafrique, La rédaction de. « Patrimoine africain (volet 3), le modèle occidental du musée ». Mondafrique, 29 juillet 2023. https://mondafrique.com/loisirs-culture/notre-serie-sur-la-necessaire-restitution-du-patrimoine-africain-volet-3/.
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Interviews de directeurs de musées /personnel muséal
- Interview de El Hadji Makick Ndiaye, directeur de l’IFAN « TROUBLE DANS LES COLLECTIONS », 3 octobre 2020. https://troublesdanslescollections.fr/2020/10/03/article-3-revue-1/.
- Bocoum, Hamady. « Le Musée des Civilisations Noires : une vision davenir ». Présence Africaine N°197, no 1 (2018): 183. https://doi.org/10.3917/presa.197.0183.
- Mondafrique, La rédaction de. « Patrimoine africain (volet 3), le modèle occidental du musée ». Mondafrique, 29 juillet 2023. https://mondafrique.com/loisirs-culture/notre-serie-sur-la-necessaire-restitution-du-patrimoine-africain-volet-3/.
- Rolland, Anne-Solène. « Légiférer, historiciser, dialoguer: Les restitutions, témoins et catalyseur d’un changement de paradigme des musées ». Hommes & migrations, no 1340 (1 janvier 2023): 89‑95. https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.14974.
Sources audiovisuelles
- AFRICA NEWS ROOM - Sénégal : Un musée des Civilisations noires à Dakar (1/3). Consulté le 8 novembre 2023. https://www.youtube.com/watch?v=ZxV4Upd0X14.
- RFI. « Rendez-vous culture - Exposition: «L’Afrique des Routes», au Musée du Quai Branly à Paris », 13 février 2017. https://www.rfi.fr/fr/emission/20170213-france-exposition-afrique-routes-musee-quai-branly-paris-culture.
- RFI. « Appels sur l’actualité - France: la restitution des œuvres d’art à l’Afrique (Partie 1) », 25 novembre 2019.
- M’Bow, Amadou Mahtar. « Pour le retour, à ceux qui l’ont créé, d’un patrimoine culturel irremplaçable: appel du Directeur général de l’UNESCO ». Sound. UNESCO Multimedia Archives, 15 décembre 2008. https://www.unesco.org/archives/multimedia/document-168.
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Or, il n’est pas précisé que ces achats et dons résultent en partie du développement d’un marché de l’art africain en Europe et en Afrique après les années 1960, qui a permis « l’injection dans un flux commercial licite d’objets d’origine illicite » d'après les termes de Bernard Darties, chef adjoint de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels . En effet, les objets qui ont été à ce moment acquis ou achetés par les musées auprès d’acteurs divers ont à l’origine été prélevés par des missionnaires, ethnographes, administrateurs coloniaux lors de la période coloniale, souvent dans des situations de non-consentement. En outre, le rapport Savoy-Sarr explique qu’en raison du contexte de domination global durant la colonisation, les collectes d’objets à cette période se caractérisent par leur illégitimité, de sorte que les achats étaient souvent des achats forcés ou inégaux, tout comme les dons.
Plus spécifiquement, la page dédiée à la provenance des collections indique que “La recherche de provenances et la documentation des collections figurent parmi les priorités de la politique scientifique et culturelle du musée du quai Branly – Jacques Chirac.” Plus loin, on y lit que “la provenance des collections constituées pendant la période coloniale” fait l’objet d’un “chantier documentaire” spécifique. Dans ce cadre, le musée du quai Branly met particulièrement en avant le projet “Dakar-Djibouti (1931-1933) contre-enquête" qui vise “à croiser les regards sur qui a marqué l’histoire de l’anthropologie française”, en associant de nombreux partenaires étrangers, dont le Musée des Civilisations noires de Dakar et les chercheurs ou conservateurs associés . Afin de donner à voir cette histoire visant à défaire la complexité des rapports coloniaux, le projet "Dakar-Djibouti contre-enquête" devrait aboutir en 2025 à une exposition au musée du quai Branly.
l’histoire de la mission Dakar-Djibouti
Onglet de présentation du projet "Mission Dakar-Djibouti" sur le site du quai Branly.
Interrogé sur lors d'une émission de RFI à propos des restitutions, le directeur du musée des Civilisations noires Hamady Bocoum insiste bien sur le fait que “la plus grosse erreur en terme de perspective historique serait d’essentialiser cette période là [celle d'accaparement des objets africains par les empires coloniaux] en considérant que “tout ce qui est important en Afrique ce sont les objets capturés”. Il affirme dans une autre interview, “quand on dit que 90 % du patrimoine culturel africain est à l’étranger, ce n’est pas vrai. On ne connaît pas 1 % du patrimoine africain.” Dans une certaine mesure, c’est ce que semblent confirmer les données du quai Branly : avant 1885, les collections africaines inventoriées ne dépassent pas le millier d’objets .
Sur le site du MCN, une page d'actualité dédiée au "Symposium international sur la restitution des biens culturels africains à leurs pays d'origine" organisé en mars 2023 au MCN, précise que : "pour le Professeur Hamady Bocoum Directeur Général du Musée des Civilisations noires, le plus important aujourd’hui c’est de cultiver chez la jeune génération l’estime d’eux – même."
Selon le rapport Savoy-Sarr, ce type de travail “ permet aussi de "sortir du récit unique et d’assumer une pluralité de perspectives”. La "réflexion sur l'histoire des objets" est donc nécessaire selon le rapport : cela permet d'envisager les objets des communautés africaines par le biais d'une diversité de savoirs différents. Cela permettrait aussi de mettre à jour "l'univers de sens" de ces objets, reflétant les conceptions du mondes et connaissances propres de ces sociétés. Le musée du quai Branly semble répondre à cette entreprise de travail sur le passé, comme l’explique Anne-Solène Rolland, directrice du département du Patrimoine et des Collections du musée :
Interrogé sur lors d'une émission de RFI à propos des restitutions, le directeur du musée des Civilisations noires Hamady Bocoum insiste bien sur le fait que “la plus grosse erreur en terme de perspective historique serait d’essentialiser cette période là" [celle d'accaparement des objets africains par les empires coloniaux] en considérant que “tout ce qui est important en Afrique ce sont les objets capturés”. Il affirme que “quand on dit que 90 % du patrimoine culturel africain est à l’étranger, ce n’est pas vrai. On ne connaît pas 1 % du patrimoine africain.” Dans une certaine mesure, c’est ce que semblent confirmer les données du quai Branly : avant 1885, les collections africaines inventoriées ne dépassent pas le millier d’objets .
Sur le site web du musée de Dakar, on peut notamment citer certaines expositions comme celle intitulée "l'Afrique berceau de l'Humanité", qui illustrent bien la volonté de présenter une histoire d'une Afrique mise en valeur et unifiée.
Les supports pour enfants : "Sur la route des chefferies, destination Cameroun"
De même, dans son livret à destination des 7-12 ans « Sur la route des chefferies, destination Cameroun », le musée du Quai Branly présente une calebasse (fruit servant de récipient au Cameroun) et invite les enfants à la décorer. A l’exception des perles, présentées comme signe de richesse, les explications insistent sur les décors sans introduire la symbolique associée et ne présentent pas l’usage des calebasses. Elles semblent réduites à des objets de décoration, alors qu’elles étaient très liées au domaine pastoral, servant de réceptacles, s’élevant à une fonction protectrice pour les hommes et animaux. Si cet exemple a ses limites car le livret est destiné à des enfants et qu’il serait difficilement envisageable de leur présenter en détail tous les symboles, il est aussi révélateur de ce que le musée souhaite transmettre en premier lieu : la beauté des objets africains, avant leur usage. On assiste ici, selon Yaelle Biro, à une « défonctionnalisation » des objets (Biro, 2018).
En effet, toute une partie du site internet est consacrée aux collections, avec une page "genèse des collections" ou la page "explorer les collections" qui permet d'accéder à l'inventaire en ligne de ces dernières. Pour chaque objet, l'inventaire propose des archives, des ouvrages, des médias en lien avec l'objet.
Une conseillère sur l’historique des collections a également été engagée par le musée en 2021.
Les représentations du passé
Pour étudier les « représentations du passé », nous nous pencherons à la fois sur - les ambitions officielles de chaque musée concernant leurs collections sur l’Afrique - leurs manières de mettre en scène le passé Africain dans la structure même des collections - leurs manières de valoriser les objets, de les commenter - la façon dont le passé de ce continent est évoqué dans le parcours au sein du musée.
Le musée des civilisations noires de Dakar
Inauguré en 2016, le Musée des civilisations noires de Dakar est imaginé pour la première fois en 1966 par le président Léopold Sédar Senghor. En raison de problèmes de financement, il ne verra le jour que 50 ans plus tard. Il rassemble des œuvres provenant de toute l’Afrique. Sur 14 000 m2, le musée abrite près de 18 000 objets au total.
Sur le site du MCN, une page d'actualité dédiée au "Symposium international sur la restitution des biens culturels africains à leurs pays d'origine" organisé en mars 2023 au MCN, précise que : "pour le Professeur Hamady Bocoum Directeur Général du Musée des Civilisations noires, le plus important aujourd’hui c’est de cultiver chez la jeune génération l’estime d’eux – même."
Par ailleurs, dans son ouvrage L'Art de la décolonisation Paris-Dakar (1950-1970), Maureen Murphy explique que durant toute le XXème siècle, l'art africain moderne est proscrit dans les colonies, car “associé à des courants politiques anticoloniaux” et une “forme de liberté licencieuse”. De même, le directeur du MCN appuie bien sur le fait que la production d'œuvre ne s’est pas arrêtée avec la colonisation. La volonté d’exposer de telles œuvres, traduit la conscience que ces dernières participent déjà d’une mise en récit, et constituent des référents mémoriels à ne pas négliger au risque que les générations futures se retrouvent sans témoignage ou uniquement centrés sur les objets coloniaux. Cela se traduit également, comme vu précédemment, par la mise en exposition d'objets datant de la préhistoire.
En effet, Bénédicte Savoy et Felwine Sarr écrivent dans leur rapport que "Une fois déplacés, les objets sont passés par divers processus et épreuves de re-sémantisations successives, et ont connu une surimposition de plusieurs couches de signification”. Les objets acquis par le quai Branly, quelque soit la manière dont le musée les présente actuellement, ont donc été une première fois déconnectés de leur sens et de leur contexte d’origine. Cela s’explique notamment par le fait que les appropriations par les administrateurs, ethnologues, militaires européens lors de la colonisation se sont réalisées suivant un schéma d'accumulation massive sans réelle volonté de compréhension de leur usage ou signification. Ensuite, la mise en exposition suppose que l’objet est retravaillé, parfois un de ses éléments est enlevé ou substitué.
La sculpture "Maternité"
Prenons l’exemple de la sculpture Maternité, une sculpture représentant une femme et son jeune enfant. On retrouve ce type de sculpture au Quai Branly et au MCN de Dakar, mais les objets sont accompagnés de différentes explications. Ainsi, le musée parisien se concentre uniquement sur la description de l’objet. Il n’y a pas d’interprétation de ses figurés et l’usage est « indéterminé ». A l’inverse, la description réalisée par le MCN se concentre sur la symbolique de l’objet pour le peuple auquel il a appartenu.
La présentation de la sculpture "Maternité" sur le site du Quai Branly
La présentation de la sculpture "Maternity" sur le compte Facebook du MCN
L'héritage colonial
Nous aborderons dans notre enquête le concept d’« héritage colonial ». Celui-ci fait référence aux conséquences et impacts de la colonisation mais peut également renvoyer à la persistance d’une certaine « culture coloniale » dans certains aspects de la société. Ce concept est notamment étudié dans les "postcolonial studies" depuis les années 1980.Pour rappel, l’Afrique subsaharienne a été colonisée par les pays européens de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1960.
Le musée
Pourtant utilisé couramment, le terme de musée est difficilement définissable en raison de sa pluralité de formes (parcs archéologiques, musée en plein air, musée des sciences...). Suffisamment large pour en inclure une majorité, la définition de l'ICOM admet que : « Le musée est une institution permanente sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d’étude, d’éducation et de délectation. ». Dans notre enquête, nous nous focaliserons sur la forme la plus évidente du musée : l'institution exposant un patrimoine matériel. Mais face à nos deux musées, la dimension de "musée d'art", de "musée ethnographique" ou encore de "musée de civilisation" sera à interroger.
Le musée du Quai Branly
Inauguré en 2006 à l’initiative du président Jacques Chirac et du collectionneur d’œuvres Jacques Kerchache, le musée du Quai Branly a été conçu dans l’objectif de « rendre aux arts et civilisations non-occidentaux leur juste place au sein des musées nationaux. ». 300 000 objets venant d’Afrique, d’Asie, d’Amériques et d’Océanie sont ainsi exposés sur plus de 10 000 m2.
L’histoire du quai Branly retrace bien ce processus de significations plurielles attribuées aux objets au cours du temps : d’abord un musée à vocation “ethnographique”, puis critiqué pour cela, il s’est rapidement orienté vers une mise en avant de la dimension esthétique des objets exposés (comme nous l’avons montré dans la précédente partie), L'anthropologue Julien Bondaz explique que cela participe à une “artification” des oeuvres, éclipsant parfois ainsi la fonction et le sens d’origine d’objets qui sont et étaient parfois simplement des objets du quotidien (ustensiles de cuisine, instruments de musiques, outils) ou qui revêtaient une dimension affective, symbolique, rituelle propre.
Des témoignages sur la question
Cette idée se retrouve lorsque l'on se penche sur la nationalité des visiteurs du MCN. Nous avons interrogé Aristide, étudiant de Sciences Po ayant visité le MCN il y a quelques années. Il nous a confié "Ce qu'il faut savoir à propos de ce musée c'est qu'il est surtout fréquenté par les internationaux et les français expatriés, très peu de locaux le visitent finalement". Le peu de statistiques à ce sujet ne nous a pas permis de confirmer cette information mais le ressenti de l'étudiant interrogé corrobore l'hypothèse d'un musée encore très occidentalisé. Le fait que les explications des objets ne soient écrites qu'en français peut renforcer ce phénomène et est d'ailleurs l'une des critiques revenant sur les avis de visiteurs publiés sur Tripadvisor. Ainsi, seul 57% de la population sénégalaise est francophone en 2021 alors que 85% des sénagalais comprennent le wolof.
Un exemple est la restitution du sabre d’El Hadj Omar Foutiyou Tall en 2019 par la France au Sénégal, depuis exposé au Musée des Civilisations noires de Dakar. Ce sabre aurait appartenu au chef spirituel toucouleur El Hadj Omar. Il a été pillé avec un large ensemble “d’objets précieux,de bijoux, d’armes et de manuscrits” lors du sac du palais royal de Ségou (capitale de l’Empire toucouleur dans l’actuel Mali), qui a été commandité par le colonel Louis Archinard en avril 1890. Ces objets pillés sont nommés “le trésor de Ségou” et sont actuellement répartis dans divers musées français. De nombreuses polémiques ont lieu concernant l’origine de ce sabre “témoin de circulations complexes” et son propriétaire originel, qui “ n’est très probablement pas d’El Hadj Omar” selon les recherches de l'historien Daniel Foliard. Cependant le MCN ne considère pas ces débats historiques comme un problème, mais au contraire le moyen de présenter une “histoire partagée” qui dépasse les frontières de la colonisation. Son ambition est également de faire circuler cette histoire en prêtant le sabre à leurs homologues maliens par exemple.
Le sabre exposé au MCN
Par ailleurs, dans son ouvrage L'Art de la décolonisation Paris-Dakar (1950-1970), Maureen Murphy explique que durant toute le XXème siècle, l'art africain moderne est proscrit dans les colonies, car “associé à des courants politiques anticoloniaux” et une “forme de liberté licencieuse”. De même, le directeur du MCN appuie bien sur le fait que la production d'œuvre ne s’est pas arrêtée avec la colonisation. La volonté d’exposer de telles œuvres, traduit la conscience que ces dernières participent déjà d’une mise en récit, et constituent des référents mémoriels à ne pas négliger, au risque que les générations futures se retrouvent sans témoignage ou uniquement centrés sur les objets coloniaux. Cela se traduit également, comme vu précédemment, par la mise en exposition d'objets datant de la préhistoire.