Dominique Deurbroucq, une figure nantaise majeure du commerce atlantique. Issu d’une famille originaire de Gand, Dominique Deurbroucq est un négociant et armateur. Son père, Simon Deurbroucq, s’est lancé, probablement dans les années 1720, dans l’activité maritime transatlantique, fondant les débuts d’une dynastie qui s’intègre dans le milieu négociant hollandais implanté à Nantes, et s’impose peu à peu parmi les grandes familles d’armateurs de la ville. C’est dans ce contexte que Dominique Deurbroucq, né en 1715, est formé très tôt au négoce. Son mariage en 1743 avec Marguerite Sengstack, issue d’une famille d’origine allemande protestante, avec laquelle il partage origine et intérêts commerciaux, poursuit une stratégie matrimoniale d’intégration économique au sein du milieu négociant nantais originaire du nord de l’Europe. Au décès de son père, en 1732, Dominique s’associe sous la raison Veuve Deurbroucq et fils avec son frère aîné, Simon-Arnaud (1712-1781), et sa mère. Après le décès de cette dernière, la société familiale de négoce et d’armement maritime est inscrite sous le nom Deurbroucq frères en 1739. Son activité, qui perdure jusqu’en 1755, est particulièrement bien documentée et correspond à l’apogée de l’activité familiale : les frères intensifient l’armement et l’orientent essentiellement vers l’île de Saint-Domingue. C’est sur une importante activité commerciale de produits coloniaux (sucre, café, indigo, cuirs, coton) et non sur la traite des Noirs, dans laquelle ils investissent beaucoup moins, qu’ils construisent leur fortune. Dominique et Simon Deurbroucq arment en effet très majoritairement en droiture. Ils prennent des parts dans les intérêts de deux armements Van Voorn de 1740 destinés à la traite (Notre Dame de Bon Secours et Le Marquis de Brancas) et arment deux campagnes à la traite, en 1742 (L’Aimable Phoenix) et 1749 (Les Trois Frères). Mais les quinze autres campagnes armées par les deux frères sont des expéditions en droiture, à destination de Cap-Français principalement.
Après 1755 et des difficultés rencontrées dans le contexte de la guerre de Sept Ans, les frères modifient leur activité qu’ils orientent désormais vers l’exportation de vins de l’ouest de la France à destination des pays du Nord. À partir de 1772, il s’associe enfin avec son fils aîné, Dominique-Simon, sous la raison Dominique Deurbroucq et fils, jusqu’à son décès en 1782.
Indice de sa réussite et de son implication dans le commerce, Dominique Deurbroucq est désigné à deux reprises pour représenter les négociants nantais, en qualité de consul en 1758, puis de juge consulaire en chef en 1775 et 1776. L’imposant hôtel particulier de style néoclassique que Dominique Deurbroucq fait construire par l’architecte Ceineray en 1764 sur le quai de l’île Gloriette témoigne aujourd’hui encore de sa prospérité.
Des tableaux manifestes. Quand Dominique et Marguerite Deurbroucq se font représenter par Morlot en 1753, ils fêtent dix années de mariage. Dominique est à l’apogée de sa carrière. Ces portraits affirment la richesse du couple construite sur le commerce avec les îles et un mode de vie qui le distingue et marque son appartenance sociale. Ils sont tous les deux représentés sur des toiles de grandes dimensions, dans des environnements intimes qui mettent en scène leur statut respectif et, par-dessus tout, leur réussite sociale.
Dominique est au travail, devant sa bibliothèque, dans un intérieur au mobilier cossu dont les détails manifestent son activité d’armateur négociant et son statut social. Assis dans un haut fauteuil à sa table d’écriture dont le pied en forme de mascaron rappelle ceux des hôtels particuliers nantais du 18e siècle, il tend la main vers des papiers qui symbolisent ses affaires commerciales en cours comme les ouvrages qui l'entourent. Richement vêtu d’un brocart en velours vert rehaussé de broderies d’or, il domine, dans l’espace de la toile ainsi que par son attitude et son regard posé vers le spectateur, son esclave noir qui apparaît, en retrait, derrière la table.
La représentation de ce dernier rassemble les signes explicitant son statut : il porte au cou un collier de servitude en argent, aux oreilles des créoles et est vêtu d’une livrée, uniforme imposé par les ordonnances royales pour distinguer le statut d’appartenance à une famille dans le cas des esclaves. En outre, il porte dans ses bras un chien, symbole de fidélité.
Marguerite apparaît dans un espace tout aussi luxueux mais aux connotations plus féminines, évoquant la beauté et l’exotisme. Vêtue d’une robe claire aux motifs floraux, elle est assise de face sur un fauteuil de style Louis XV, sur le dossier duquel est posé un perroquet gris du Gabon. Ce perroquet originaire de l’ouest du continent africain est à la mode au 18e siècle comme animal de compagnie. Elle porte la main à une tasse de porcelaine contenant du chocolat ou du café, posée sur une table au piètement galbé et fin et au plateau de marbre.
Son esclave noire apparaît derrière elle. Ses vêtements blancs, la coiffe qui recouvre sa tête, le collier de perles et les boucles d’oreilles soulignent le caractère sombre de sa peau et manifestent son statut d’esclave. Elle apporte à sa maîtresse sur un plateau un pot de faïence contenant un autre produit exotique : du sucre.
Les époux Deurbroucq
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Created on October 29, 2023
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Dominique Deurbroucq, une figure nantaise majeure du commerce atlantique. Issu d’une famille originaire de Gand, Dominique Deurbroucq est un négociant et armateur. Son père, Simon Deurbroucq, s’est lancé, probablement dans les années 1720, dans l’activité maritime transatlantique, fondant les débuts d’une dynastie qui s’intègre dans le milieu négociant hollandais implanté à Nantes, et s’impose peu à peu parmi les grandes familles d’armateurs de la ville. C’est dans ce contexte que Dominique Deurbroucq, né en 1715, est formé très tôt au négoce. Son mariage en 1743 avec Marguerite Sengstack, issue d’une famille d’origine allemande protestante, avec laquelle il partage origine et intérêts commerciaux, poursuit une stratégie matrimoniale d’intégration économique au sein du milieu négociant nantais originaire du nord de l’Europe. Au décès de son père, en 1732, Dominique s’associe sous la raison Veuve Deurbroucq et fils avec son frère aîné, Simon-Arnaud (1712-1781), et sa mère. Après le décès de cette dernière, la société familiale de négoce et d’armement maritime est inscrite sous le nom Deurbroucq frères en 1739. Son activité, qui perdure jusqu’en 1755, est particulièrement bien documentée et correspond à l’apogée de l’activité familiale : les frères intensifient l’armement et l’orientent essentiellement vers l’île de Saint-Domingue. C’est sur une importante activité commerciale de produits coloniaux (sucre, café, indigo, cuirs, coton) et non sur la traite des Noirs, dans laquelle ils investissent beaucoup moins, qu’ils construisent leur fortune. Dominique et Simon Deurbroucq arment en effet très majoritairement en droiture. Ils prennent des parts dans les intérêts de deux armements Van Voorn de 1740 destinés à la traite (Notre Dame de Bon Secours et Le Marquis de Brancas) et arment deux campagnes à la traite, en 1742 (L’Aimable Phoenix) et 1749 (Les Trois Frères). Mais les quinze autres campagnes armées par les deux frères sont des expéditions en droiture, à destination de Cap-Français principalement. Après 1755 et des difficultés rencontrées dans le contexte de la guerre de Sept Ans, les frères modifient leur activité qu’ils orientent désormais vers l’exportation de vins de l’ouest de la France à destination des pays du Nord. À partir de 1772, il s’associe enfin avec son fils aîné, Dominique-Simon, sous la raison Dominique Deurbroucq et fils, jusqu’à son décès en 1782. Indice de sa réussite et de son implication dans le commerce, Dominique Deurbroucq est désigné à deux reprises pour représenter les négociants nantais, en qualité de consul en 1758, puis de juge consulaire en chef en 1775 et 1776. L’imposant hôtel particulier de style néoclassique que Dominique Deurbroucq fait construire par l’architecte Ceineray en 1764 sur le quai de l’île Gloriette témoigne aujourd’hui encore de sa prospérité.
Des tableaux manifestes. Quand Dominique et Marguerite Deurbroucq se font représenter par Morlot en 1753, ils fêtent dix années de mariage. Dominique est à l’apogée de sa carrière. Ces portraits affirment la richesse du couple construite sur le commerce avec les îles et un mode de vie qui le distingue et marque son appartenance sociale. Ils sont tous les deux représentés sur des toiles de grandes dimensions, dans des environnements intimes qui mettent en scène leur statut respectif et, par-dessus tout, leur réussite sociale. Dominique est au travail, devant sa bibliothèque, dans un intérieur au mobilier cossu dont les détails manifestent son activité d’armateur négociant et son statut social. Assis dans un haut fauteuil à sa table d’écriture dont le pied en forme de mascaron rappelle ceux des hôtels particuliers nantais du 18e siècle, il tend la main vers des papiers qui symbolisent ses affaires commerciales en cours comme les ouvrages qui l'entourent. Richement vêtu d’un brocart en velours vert rehaussé de broderies d’or, il domine, dans l’espace de la toile ainsi que par son attitude et son regard posé vers le spectateur, son esclave noir qui apparaît, en retrait, derrière la table. La représentation de ce dernier rassemble les signes explicitant son statut : il porte au cou un collier de servitude en argent, aux oreilles des créoles et est vêtu d’une livrée, uniforme imposé par les ordonnances royales pour distinguer le statut d’appartenance à une famille dans le cas des esclaves. En outre, il porte dans ses bras un chien, symbole de fidélité. Marguerite apparaît dans un espace tout aussi luxueux mais aux connotations plus féminines, évoquant la beauté et l’exotisme. Vêtue d’une robe claire aux motifs floraux, elle est assise de face sur un fauteuil de style Louis XV, sur le dossier duquel est posé un perroquet gris du Gabon. Ce perroquet originaire de l’ouest du continent africain est à la mode au 18e siècle comme animal de compagnie. Elle porte la main à une tasse de porcelaine contenant du chocolat ou du café, posée sur une table au piètement galbé et fin et au plateau de marbre. Son esclave noire apparaît derrière elle. Ses vêtements blancs, la coiffe qui recouvre sa tête, le collier de perles et les boucles d’oreilles soulignent le caractère sombre de sa peau et manifestent son statut d’esclave. Elle apporte à sa maîtresse sur un plateau un pot de faïence contenant un autre produit exotique : du sucre.