Le voyage d’un navire négrier bordelais
La Licorne (1787-1788)
Magali dimier
le voyage de la licorne
Votre mission
Vous vous apprêtez à vous plonger dans le journal de traite d'un véritable navire négrier qui accomplit entre 1787 et 1788 un voyage commercial reliant l'Europe, l'Afrique et l'Amérique.
Ces extraits du journal authentique sont accompagnés par des documents variés comme des cartes, images et extraits vidéos d'oeuvres de fiction qui ne représentent pas toujours parfaitement la réalité mais permettent d'illustrer les situations racontées.
Utilisez tous les outils interactifs à votre disposition pour reconstituer le voyage de La Licorne. Au fur et à mesure de l'activité, reportez vos découvertes sur votre feuille de route.
Ce symbole vous indique les boûtons cliquables qui vous aideront à collecter toutes les informations nécessaires !
le voyage de la licorne
Votre feuille de route
Votre mission consiste à reconstituer le parcours de ce navire, à l'aide de la feuille de route à votre disposition. Pour cela :
- Complétez la fiche d'identité du navire
- Résumez les objectifs et actions effectuées lors de chaque étape
- Cartographiez le trajet effectué
le voyage de la licorne
Larguez les amarres !
A vous de jouer !!!
le voyage de la licorne
Etape 1 : Bordeaux
Etape 6 : Bordeaux
Etape ? : Saint-Domingue
Etape ? : Port de Mozambique
Etape ? : Large des côtes africaines
Etape ? : Cap de Bonne Espérance
Claude Joseph Vernet, Vue d'une partie du Port et de la ville de Bordeaux prise du côté des Salinières, 1757, huile sur toile, Musée de la Marine, Paris.
le voyage de la licorne
Le navire la Licorne de Bordeaux, du port de six cent vingt-cinq tonneaux, appartenant à messieurs Cochon, Troplong et Cie, négociants de ladite ville, a été expédié par eux sous mon commandement et gestion pour le côte de Mozambique passant par l’île de France et destiné à y traiter cinq cents têtes de nègres et les transporter dans les colonies françaises de l’Amérique, particulièrement dans l’île et côte de Saint-Domingue. Ce navire étant armé de huit canons du calibre quatre, six pierriers, douze espingoles , trente six fusils, vingt-quatre paires de pistolets, vingt-quatre sabres et quarante-cinq hommes d’équipage tout compris muni de fers à nègres, colliers, chaînes, fourneaux et chaudières, ainsi que tout son gréement, rechanges, pièces à eau pour la connaissance de six cents barriques et vivres pour dix-huit mois de voyage pour l’équipage avec une partie destinés pour les nègres. La cargaison consistait en diverses marchandises pour la traite comme vin, eau -de- vie, liqueur, fer en barre, fusils de traite, de munition et de chasse, poudre de guerre, toiles, draperies, soieries, galons d’or et d’argent et autres articles, le tout des fabriques de France avec des piastres d’Espagne pour la valeur du montant de la moitié de la cargaison. Ce navire, expédié des bureaux des classes de l’amirauté de Bordeaux, le 08 janvier 1787, leva l’ancre et démarra de devant ladite ville pour descendre la rivière jusqu’au bec d’Ambés pour finir d’y prendre le reste du chargement […].
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
le voyage de la licorne
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
Le trajet de Mozambique au Cap de Bonne Espérance fut heureux et assez beau. J’entrai dans la rade qui forme le port de Table Baye, le 10 février (1788), pour y faire de l’eau, renouveler les vivres et mettre à terre 60 nègres qui avaient besoin de prendre l’air de terre, parce que le scorbut commençait à se manifester[...].
Ayant fait une visite très scrupuleuse avec mon chirurgien des 60 nègres que j’avais mis à terre, nous en trouvâmes 40 que je ne pouvais rembarquer et qui n’auraient pu soutenir la traversée, étant attaqués du scorbut, de chéringose et de l’étisie [...]. D’autres étaient défectueux, ayant été estropiés dans la révolte du 23 janvier. Je me décidai à les vendre à un négociant hollandais à raison de 75 piastres pièces, prévoyant que je ne pourrais en tirer un aussi bon parti à Saint-Domingue […]
J’avais à bord au moment de mon départ 395 nègres, tous bien portants, excepté deux. Il en était mort 4 pendant mon séjour au cap de Bonne Espérance. J’avais acheté 10 milliers de poires ou pommes pour la traversée, 100 milliers d’amandes, deux barriques de raisin sec et beaucoup de légumes de toute espèce, comme choux, carottes et surtout du céleri qui était un excellent antiscorbutique [....].
Le scorbut était une maladie autrefois très répandue, notamment chez les personnes consommant peu de légumes et fruits frais. Elle était due à un manque de vitamine C. Cette maladie se traduit par des hémorragies, des altérations des articulations et rend les dents noires avant qu'elles ne tombent.
Autrefois les marins et les explorateurs étaient susceptibles de contracter cette maladie. Une alimentation équilibrée en fruits et légumes frais permet d'éviter l'apparition des symptômes.
Extrait de la série Racines (2016) - Cette scène représente une tentative de révolte des esclaves quelques jours après leur embarquement, alors que l'équipage leur fait faire de l'exercice sur le pont du navire.
le voyage de la licorne
Le 23 du même mois, j’eus à bord une révolte. La caste des Macoua qui était plus nombreuse et conséquemment la plus forte, résolut de tuer tous les blancs et de s’emparer du navire pour aller à terre dont nous n’étions éloignés que de 30 lieues au plus.
J’avais à bord 40 hommes d’équipage tout compris, attendu qu’il en était mort deux sur la côte et que les autres avaient déserté ; et comme les Mousaous et les Macondé n’étaient pas entrés dans le projet des Macoua, nous parvînmes à réduire les mutins et à calmer l’émeute en moins d’une heure.
Le chef de la révolte se jeta à la mer quand il vit échouer son entreprise. Il me fut impossible de le sauver, n’ayant pas fait mettre à la mer les canots avant que tout fut calme à bord et alors il était noyé. […]
Pendant la révolte il y eut 3 hommes d'équipage blessés et 20 des meilleurs nègres de la cargaison dont un eut le poignet coupé d'un coup de sabre et un autre le bras et les autres de fortes contusions soit à la tête ou ailleurs.
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
Quelque part au large des côtes africaines
Extrait de la série Book of negroes (2015) - Cet extrait met en scène la vente de la jeune Aminata Diallo au propriétaire d'une plantation de Caroline du Sud en 1750.
le voyage de la licorne
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
Le 21 avril, j’eus connaissance de la terre de Saint-Domingue après 60 jours de traversée depuis le départ de cap Bonne Espérance. […]
Le 23 à 8 heures, la visite de santé vint à bord et ne trouva aucune maladie contagieuse. En conséquence il fut permis d’aller et venir à terre et à bord. Le même jour l’administration se transporta à bord vers 10 heures du matin. Tous les nègres furent comptés, chaque espèce en particulier. Il s’en trouva 390 de tout âge et de tout sexe. Le lendemain j’allai à terre faire mes déclarations à l’amirauté. Je me décidai à vendre la cargaison dans cette partie de l’île et je fis annoncer ma résolution dans les papiers publics.
Le 25, j’ouvris la vente. Je convins avec les négociants et habitants qui voulaient acheter des nègres et je vendis et livrai à tous ceux qui voulurent en acheter. Du 25 avril au 10 mai ma vente fut entièrement finie et les 390 nègres que j’avais introduits produisirent une vente de 723000 livres argent de la colonie. J’employai cette somme en achat de denrées de la colonie que je fis charger à bord du navire la Licorne, que j’avais faite mettre en état afin de repartir en mer pour revenir en Europe. Je me procurai en outre du fret pour compléter le chargement [...].
le voyage de la licorne
Pour préserver leurs profits, les capitaines essayaient de limiter les pertes d’esclaves dues aux maladies suicides et révoltes. Les capitaines choisissaient généralement entre deux options : rassembler le plus d’esclaves possible et espérer que la plupart survivent, ou en mettre moins à bord pour améliorer les conditions de voyage.
Le 23 juin, le vaisseau était hors de passes. Je dirigeai ma route pour faire mon retour à Bordeaux. La traversée a été aussi heureuse qu’on pouvait le désirer. Le 12 août j’eus connaissance de la rivière de bordeaux, tout mon équipage étant en très bon état et n’ayant éprouvé aucune maladie dans le cours de la traversée. Je certifie le présent journal véritable, à Bordeaux, le 14 août 1788.
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
Au XVIIIème siècle, le port de Bordeaux se place en deuxième position derrière Nantes, pour le commerce des produits venus des colonies et la traite négrière.
La traite négrière bordelaise permet de développer le commerce sucrier des Antilles et notamment celui de Saint-Domingue. De formidables fortunes s'édifient, fondées sur l'esclavage, soit avec le commerce des denrées coloniales, produit du travail des nègres, soit en tant que propriétaires de plantations aux îles. Si la traite négrière contribua à développer la puissance économique de Bordeaux, c'est essentiellement le commerce des denrées coloniales, produites par les esclaves, qui a enrichi la ville.
Extrait du film Amistad de Steven Spielberg (1997) - Il dépeint la capture, l'achat et l'embarquement d'un esclave africain sur un navire espagnol.
le voyage de la licorne
Le 15 [octobre 1787], j’entrai et mouillai dans le port de Mozambique. J’y trouvai 5 vaisseaux en traite, 2 portugais, et 3 français dont 2 avaient été armés à l’île de France et le 3e avait été expédié de Nantes en droiture pour Mozambique afin d’y traiter 1.000 nègres et les transporter à Saint-Domingue. […] Malgré cette grande concurrence, ne pouvant aller dans aucun autre port, je résolu de m’y fixer si j’obtenais du général portugais la permission de faire mon commerce. […]
Du 15 au 20 [janvier 1788] je terminai toutes mes affaires et je partis du port de Mozambique […] ayant à bord 446 nègres tous assez bien portants à une vingtaine près qui étaient attaqués du chéringose […].
Le temps étant bon et les vents favorables, je fis route en sortant du port pour aller doubler le Cap de Bonne Espérance.
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
le voyage de la licorne
Bibliographie et sitographie
- Debien, G. (1979). « Journal de la Traite de “La Licorne” de Bordeaux au Mozambique (1787 - 1788) ». Caribbean Studies, 19(3/4), 89–123.
URL : http://www.jstor.org/stable/25612879
- Haudrère, P. (2004). « La révolte des esclaves à bord des bâtiments négriers français au xviiie siècle : essai de mesure ». In Augeron, M., & Tranchant, M. (Eds.), La violence et la mer dans l'espace atlantique : XIIe-XIXe siècle. Presses universitaires de Rennes.
DOI : https://doi.org/10.4000/books.pur.19550
- Olivier Pétré-Grenouilleau. (2004). Les Traites négrières, essai d'histoire globale. Paris : Gallimard
- « L'expédition négrière du navire de La Licorne, ou une histoire de la traite négrière au XVIIIème siècle » par AMBP, BS, 11 mai 2021.
URL : https://storymaps.arcgis.com/stories/d9373d2994c64d3f9a1d1da41b84ad2e?play=true&speed=medium
le voyage de la licorne
Table des illustrations
- Szilas, La marie-Séraphique, navire négrier, CC BY-SA 4.0
URL https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6f/Drawing_of_the_La_Marie_Seraphique%2C_ship_of_the_slave_trade.jpg
- Frederick James Smyth, navires négriers sur l’océan, CC BY 4.0
URL:https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Slave_ships_on_the_ocean._Wood_engraving_by_Smyth._Wellcome_V0041266.jpg
- Public domain image of a vintage map, 1786, Boston Public Library via Picryl
URL : https://picryl.com/media/mappe-monde-ou-carte-generale-du-globe-terrestre-dessinee-suivant-les-regles-e3ee89
- Claude Joseph Vernet, Vue d'une partie du Port et de la ville de Bordeaux prise du côté des Salinières, 1757, huile sur toile, Musée de la Marine, Paris.
URL : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Vernet-port-Bordeaux.jpg
- Kenneth Lu, CC-BY-2.0, Coupe pédagogique d’un navire négrier du XVIIIe siècle. National Museum of American History, Smithsonian Institution, New York.
URL : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/69/Kenneth_Lu_-_Slave_ship_model_%28_%284811223749%29.jpg
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Vidéos et audios
- Spielberg, S. (1997). Amistad.
- Van Peeble, M. (2016). Racines. History Channel.
- Virgo, C. (2015). The Book of Negroes. CBC.
- Sons d'ambiance via https://tabletopaudio.com/
Bon travail !
Le voyage d’un navire négrier bordelais La Licorne (1787-1788)
magali dimier
Created on October 28, 2023
Activité interactive et ludique conçue autour de la lecture de l'authentique journal de traite du commandant du navire négrier La Licorne : J. Brugevin. S'inscrit en Bac professionnel dans le programme de la classe de Seconde et le thème 1 : L'expansion du monde connu (XVe-XVIIe siècle).
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Le voyage d’un navire négrier bordelais La Licorne (1787-1788)
Magali dimier
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Votre mission
Vous vous apprêtez à vous plonger dans le journal de traite d'un véritable navire négrier qui accomplit entre 1787 et 1788 un voyage commercial reliant l'Europe, l'Afrique et l'Amérique.
Ces extraits du journal authentique sont accompagnés par des documents variés comme des cartes, images et extraits vidéos d'oeuvres de fiction qui ne représentent pas toujours parfaitement la réalité mais permettent d'illustrer les situations racontées.
Utilisez tous les outils interactifs à votre disposition pour reconstituer le voyage de La Licorne. Au fur et à mesure de l'activité, reportez vos découvertes sur votre feuille de route.
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Etape 1 : Bordeaux
Etape 6 : Bordeaux
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Etape ? : Large des côtes africaines
Etape ? : Cap de Bonne Espérance
Claude Joseph Vernet, Vue d'une partie du Port et de la ville de Bordeaux prise du côté des Salinières, 1757, huile sur toile, Musée de la Marine, Paris.
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Le navire la Licorne de Bordeaux, du port de six cent vingt-cinq tonneaux, appartenant à messieurs Cochon, Troplong et Cie, négociants de ladite ville, a été expédié par eux sous mon commandement et gestion pour le côte de Mozambique passant par l’île de France et destiné à y traiter cinq cents têtes de nègres et les transporter dans les colonies françaises de l’Amérique, particulièrement dans l’île et côte de Saint-Domingue. Ce navire étant armé de huit canons du calibre quatre, six pierriers, douze espingoles , trente six fusils, vingt-quatre paires de pistolets, vingt-quatre sabres et quarante-cinq hommes d’équipage tout compris muni de fers à nègres, colliers, chaînes, fourneaux et chaudières, ainsi que tout son gréement, rechanges, pièces à eau pour la connaissance de six cents barriques et vivres pour dix-huit mois de voyage pour l’équipage avec une partie destinés pour les nègres. La cargaison consistait en diverses marchandises pour la traite comme vin, eau -de- vie, liqueur, fer en barre, fusils de traite, de munition et de chasse, poudre de guerre, toiles, draperies, soieries, galons d’or et d’argent et autres articles, le tout des fabriques de France avec des piastres d’Espagne pour la valeur du montant de la moitié de la cargaison. Ce navire, expédié des bureaux des classes de l’amirauté de Bordeaux, le 08 janvier 1787, leva l’ancre et démarra de devant ladite ville pour descendre la rivière jusqu’au bec d’Ambés pour finir d’y prendre le reste du chargement […].
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Le trajet de Mozambique au Cap de Bonne Espérance fut heureux et assez beau. J’entrai dans la rade qui forme le port de Table Baye, le 10 février (1788), pour y faire de l’eau, renouveler les vivres et mettre à terre 60 nègres qui avaient besoin de prendre l’air de terre, parce que le scorbut commençait à se manifester[...]. Ayant fait une visite très scrupuleuse avec mon chirurgien des 60 nègres que j’avais mis à terre, nous en trouvâmes 40 que je ne pouvais rembarquer et qui n’auraient pu soutenir la traversée, étant attaqués du scorbut, de chéringose et de l’étisie [...]. D’autres étaient défectueux, ayant été estropiés dans la révolte du 23 janvier. Je me décidai à les vendre à un négociant hollandais à raison de 75 piastres pièces, prévoyant que je ne pourrais en tirer un aussi bon parti à Saint-Domingue […] J’avais à bord au moment de mon départ 395 nègres, tous bien portants, excepté deux. Il en était mort 4 pendant mon séjour au cap de Bonne Espérance. J’avais acheté 10 milliers de poires ou pommes pour la traversée, 100 milliers d’amandes, deux barriques de raisin sec et beaucoup de légumes de toute espèce, comme choux, carottes et surtout du céleri qui était un excellent antiscorbutique [....].
Le scorbut était une maladie autrefois très répandue, notamment chez les personnes consommant peu de légumes et fruits frais. Elle était due à un manque de vitamine C. Cette maladie se traduit par des hémorragies, des altérations des articulations et rend les dents noires avant qu'elles ne tombent. Autrefois les marins et les explorateurs étaient susceptibles de contracter cette maladie. Une alimentation équilibrée en fruits et légumes frais permet d'éviter l'apparition des symptômes.
Extrait de la série Racines (2016) - Cette scène représente une tentative de révolte des esclaves quelques jours après leur embarquement, alors que l'équipage leur fait faire de l'exercice sur le pont du navire.
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Le 23 du même mois, j’eus à bord une révolte. La caste des Macoua qui était plus nombreuse et conséquemment la plus forte, résolut de tuer tous les blancs et de s’emparer du navire pour aller à terre dont nous n’étions éloignés que de 30 lieues au plus. J’avais à bord 40 hommes d’équipage tout compris, attendu qu’il en était mort deux sur la côte et que les autres avaient déserté ; et comme les Mousaous et les Macondé n’étaient pas entrés dans le projet des Macoua, nous parvînmes à réduire les mutins et à calmer l’émeute en moins d’une heure. Le chef de la révolte se jeta à la mer quand il vit échouer son entreprise. Il me fut impossible de le sauver, n’ayant pas fait mettre à la mer les canots avant que tout fut calme à bord et alors il était noyé. […] Pendant la révolte il y eut 3 hommes d'équipage blessés et 20 des meilleurs nègres de la cargaison dont un eut le poignet coupé d'un coup de sabre et un autre le bras et les autres de fortes contusions soit à la tête ou ailleurs.
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
Quelque part au large des côtes africaines
Extrait de la série Book of negroes (2015) - Cet extrait met en scène la vente de la jeune Aminata Diallo au propriétaire d'une plantation de Caroline du Sud en 1750.
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J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
Le 21 avril, j’eus connaissance de la terre de Saint-Domingue après 60 jours de traversée depuis le départ de cap Bonne Espérance. […] Le 23 à 8 heures, la visite de santé vint à bord et ne trouva aucune maladie contagieuse. En conséquence il fut permis d’aller et venir à terre et à bord. Le même jour l’administration se transporta à bord vers 10 heures du matin. Tous les nègres furent comptés, chaque espèce en particulier. Il s’en trouva 390 de tout âge et de tout sexe. Le lendemain j’allai à terre faire mes déclarations à l’amirauté. Je me décidai à vendre la cargaison dans cette partie de l’île et je fis annoncer ma résolution dans les papiers publics. Le 25, j’ouvris la vente. Je convins avec les négociants et habitants qui voulaient acheter des nègres et je vendis et livrai à tous ceux qui voulurent en acheter. Du 25 avril au 10 mai ma vente fut entièrement finie et les 390 nègres que j’avais introduits produisirent une vente de 723000 livres argent de la colonie. J’employai cette somme en achat de denrées de la colonie que je fis charger à bord du navire la Licorne, que j’avais faite mettre en état afin de repartir en mer pour revenir en Europe. Je me procurai en outre du fret pour compléter le chargement [...].
le voyage de la licorne
Pour préserver leurs profits, les capitaines essayaient de limiter les pertes d’esclaves dues aux maladies suicides et révoltes. Les capitaines choisissaient généralement entre deux options : rassembler le plus d’esclaves possible et espérer que la plupart survivent, ou en mettre moins à bord pour améliorer les conditions de voyage.
Le 23 juin, le vaisseau était hors de passes. Je dirigeai ma route pour faire mon retour à Bordeaux. La traversée a été aussi heureuse qu’on pouvait le désirer. Le 12 août j’eus connaissance de la rivière de bordeaux, tout mon équipage étant en très bon état et n’ayant éprouvé aucune maladie dans le cours de la traversée. Je certifie le présent journal véritable, à Bordeaux, le 14 août 1788.
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
Au XVIIIème siècle, le port de Bordeaux se place en deuxième position derrière Nantes, pour le commerce des produits venus des colonies et la traite négrière. La traite négrière bordelaise permet de développer le commerce sucrier des Antilles et notamment celui de Saint-Domingue. De formidables fortunes s'édifient, fondées sur l'esclavage, soit avec le commerce des denrées coloniales, produit du travail des nègres, soit en tant que propriétaires de plantations aux îles. Si la traite négrière contribua à développer la puissance économique de Bordeaux, c'est essentiellement le commerce des denrées coloniales, produites par les esclaves, qui a enrichi la ville.
Extrait du film Amistad de Steven Spielberg (1997) - Il dépeint la capture, l'achat et l'embarquement d'un esclave africain sur un navire espagnol.
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Le 15 [octobre 1787], j’entrai et mouillai dans le port de Mozambique. J’y trouvai 5 vaisseaux en traite, 2 portugais, et 3 français dont 2 avaient été armés à l’île de France et le 3e avait été expédié de Nantes en droiture pour Mozambique afin d’y traiter 1.000 nègres et les transporter à Saint-Domingue. […] Malgré cette grande concurrence, ne pouvant aller dans aucun autre port, je résolu de m’y fixer si j’obtenais du général portugais la permission de faire mon commerce. […] Du 15 au 20 [janvier 1788] je terminai toutes mes affaires et je partis du port de Mozambique […] ayant à bord 446 nègres tous assez bien portants à une vingtaine près qui étaient attaqués du chéringose […]. Le temps étant bon et les vents favorables, je fis route en sortant du port pour aller doubler le Cap de Bonne Espérance.
J. Brugevin, commandant du navire La Licorne
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Bibliographie et sitographie
- Debien, G. (1979). « Journal de la Traite de “La Licorne” de Bordeaux au Mozambique (1787 - 1788) ». Caribbean Studies, 19(3/4), 89–123.
URL : http://www.jstor.org/stable/25612879- Haudrère, P. (2004). « La révolte des esclaves à bord des bâtiments négriers français au xviiie siècle : essai de mesure ». In Augeron, M., & Tranchant, M. (Eds.), La violence et la mer dans l'espace atlantique : XIIe-XIXe siècle. Presses universitaires de Rennes.
DOI : https://doi.org/10.4000/books.pur.19550- « L'expédition négrière du navire de La Licorne, ou une histoire de la traite négrière au XVIIIème siècle » par AMBP, BS, 11 mai 2021.
URL : https://storymaps.arcgis.com/stories/d9373d2994c64d3f9a1d1da41b84ad2e?play=true&speed=mediumle voyage de la licorne
Table des illustrations
- Szilas, La marie-Séraphique, navire négrier, CC BY-SA 4.0
URL https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6f/Drawing_of_the_La_Marie_Seraphique%2C_ship_of_the_slave_trade.jpg- Frederick James Smyth, navires négriers sur l’océan, CC BY 4.0
URL:https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Slave_ships_on_the_ocean._Wood_engraving_by_Smyth._Wellcome_V0041266.jpg- Public domain image of a vintage map, 1786, Boston Public Library via Picryl
URL : https://picryl.com/media/mappe-monde-ou-carte-generale-du-globe-terrestre-dessinee-suivant-les-regles-e3ee89- Claude Joseph Vernet, Vue d'une partie du Port et de la ville de Bordeaux prise du côté des Salinières, 1757, huile sur toile, Musée de la Marine, Paris.
URL : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Vernet-port-Bordeaux.jpg- Kenneth Lu, CC-BY-2.0, Coupe pédagogique d’un navire négrier du XVIIIe siècle. National Museum of American History, Smithsonian Institution, New York.
URL : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/69/Kenneth_Lu_-_Slave_ship_model_%28_%284811223749%29.jpgle voyage de la licorne
Vidéos et audios
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