Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS HISTORIQUE
L’Arbre de Jessé, aux racines de la représentation graphique
Dans la Bible, les informations liées à la généalogie de Jésus de Nazareth sont dispersées dans le récit et rendent difficile
la perception des liens de parenté. Dès le XIe siècle, des illustrations reprenant le motif de l’arbre sont réalisées afin
de présenter de façon synthétique et illustrée l’ascendance de Jésus depuis Jessé, le père de David. Cette forme graphique de l’arbre sera ensuite réutilisée tout au long de l’histoire comme modèle de représentation et de hiérarchisation d’informations complexes, abstraites ou conceptuelles. Notons au passage l’usage de l’arbre par Charles Darwin en 1859 pour représenter sa théorie de l’évolution.
ARBRE DE JESSE. FRANCE, FIN DU XVe SIECLE HEURES À L’USAGE DE ROUEN. PARIS, ARSENAL, MANUSCRIT 416 F° 7.
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PARCOURS HISTORIQUE
Cassini, à l’origine de la carte géométrique
La carte est depuis l’Antiquité un outil de visualisation des données géographiques, mais il s’agit souvent de représentations approximatives, qui s’appuient sur des témoignages et de l’observation. C’est à partir de l’époque moderne que de nouveaux outils de mesure vont permettre d’améliorer le rendu et la fiabilité de la réalité géographique. Réalisée par la famille de cartographes Cassini entre 1756 et 1815, la Carte générale de la France est la première carte géométrique du royaume de France, qui donne une représentation aussi précise du territoire. Composée de 180 feuilles accolées, cette carte s’appuie sur une triangulation géodésique. Ce processus nécessite de calculer les coordonnées avec précision, par le biais de nombreux relevés de points élevés situés dans le paysage tels que des tours, des clochers ainsi que des collines puis de les reporter sur la carte. Les mentions sont nombreuses et variées : relief, voies de communication, organisation administrative et religieuse ou encore édifices civils et religieux, etc. CARTE GÉNÉRALE DE LA FRANCE. 001, [PARIS]. N° 1. FLLE 1 / R. BRUNET FECIT. ÉCRIT PAR BOURGOIN ; [ÉTABLIE SOUS LA DIRECTION DE CÉSAR-FRANÇOIS CASSINI DE THURY].
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PARCOURS HISTORIQUE
Les graphiques de William Playfair, première représentation visuelle de données statistiques
William Playfair (1759-1823), ingénieur et économiste écossais, a été l’un des pionniers de la représentation graphique de données statistiques.
Il est l’inventeur de plusieurs graphiques simples, notamment l’histogramme utilisé en 1786 dans son livre « Commercial and Political Atlas » pour représenter les importations et les exportations de l’Écosse avec 17 pays en 1781 et, un peu plus tard, les séries chronologiques et le diagramme circulaire (communément appelé « camembert » en France ou pie chart au Royaume-Uni) présents pour la première fois dans « The Statistical Breviary », publié à Londres en 1801. Toutes ses inventions sont encore utilisées aujourd’hui.
REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DE LA SUPERFICIE, DE LA POPULATION ET DES REVENUS DES PRINCIPALES NATIONS D’EUROPE. SOURCE : WILLIAM PLAYFAIR, THE STATISTICAL BREVIARY, (LONDON) 1801.
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PARCOURS HISTORIQUE
Quand la statistique rencontre la cartographie
Conçue en 1826 par l’ingénieur, mathématicien et homme politique français Charles Dupin, la carte figurative de l’instruction populaire est considérée comme une des toutes premières cartes thématiques et la première carte choroplèthe jamais réalisée. Selon son auteur, cette carte témoigne du contraste de développement entre la France du Nord et la France du Midi, de part et d’autre d’une ligne Saint-Malo – Genève. Ainsi, les départements sont d’autant plus sombres que moins d’enfants sont envoyés à l’école.
Le parti pris graphique se caractérise par l’utilisation d’une échelle de tons gradués pour représenter des quantités relatives à des espaces géographiques, en l’occurrence les départements. Ce type de représentation cartographique, dit choroplèthe, est devenu le plus utilisé pour partager des statistiques territoriales.
CARTE FIGURATIVE DE L’INSTRUCTION POPULAIRE DE LA FRANCE / COLLON, DEL. DUPIN, CHARLES (1784-1873).
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PARCOURS HISTORIQUE
La géolocalisation avant les satellites
En 1854, en pleine épidémie de choléra à Londres, le médecin britannique John Snow a l’idée révolutionnaire de mettre en place une analyse statistique cartographique. Il note alors le lieu de résidence et de travail des 578 victimes du quartier de Soho en plaçant des pointeurs sur une carte. En étudiant ce qui deviendra la première cartographie épidémiologique de l’histoire, il s’aperçoit que le nombre de décès augmente significativement à l’approche de la pompe à eau publique située à Broad street. Il identifie ainsi la source de la contamination et permet aux autorités locales de circonscrire l’épidémie. CARTE DE L’ÉPIDÉMIE DE CHOLERA DE BROAD STREET, À LONDRES, JOHN SNOW, 1854
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PARCOURS HISTORIQUE
Visualiser les données pour convaincre
En 1855, l’infirmière Florence Nightingale est envoyée en Turquie pour apporter des soins aux soldats engagés dans la guerre de Crimée. Elle y découvre des conditions d’hygiène déplorables dans lesquelles sont pris en charge les soldats blessés. À son retour, elle rédige un essai afin de persuader le gouvernement de transformer l’organisation du système de santé britannique. Pour mieux convaincre, elle recourt à des représentations graphiques en diagramme dessinées sur une grille de coordonnées polaires, qui permettent de mettre en exergue les corrélations entre les différentes données statistiques. Ainsi, le Diagram of the Causes of Mortality in the Army in the East (diagramme des causes de mortalité au sein de l’armée en Orient) montre que les soldats anglais engagés dans la guerre de Crimée meurent davantage pour des raisons sanitaires que pour les combats qu’ils mènent face à l’ennemi. Malgré des critiques sur le mode de représentation en partie disproportionné, ce diagramme offre un bon exemple de l’expressivité visuelle des graphiques statistiques. Il est de nos jours connu sous le nom de « Rose de Nightingale » ou diagramme « à crête de coq ».
FLORENCE NIGTHINGALE, “DIAGRAM OF THE CAUSES OF MORTALITY IN THE ARMY IN THE EAST”, 1857.
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PARCOURS HISTORIQUE
Datavisualiser la guerre pour dénoncer ses conséquences humaines
Charles Minard, ingénieur civil français, est connu pour ses travaux graphiques et cartographiques appliqués au génie civil et aux statistiques. Une de ses œuvres les plus célèbres est la représentation graphique de la campagne de Russie entreprise par Napoléon en 1812. Publié en 1869, ce graphique présente plusieurs variables sur une image en deux dimensions : l’itinéraire de l’armée avec des indications topographiques, les pertes humaines de l’armée, les variations de température au cours de la retraite. Le graphique offre une visualisation de la taille et des trajectoires de la troupe au fur et à mesure de la campagne. La retraite est figurée en noir. L’ingénieur inaugure une méthode largement utilisée de nos jours dans les diagrammes de flux, consistant à faire varier la taille des segments proportionnellement à l’évolution des quantités. L’objectif ici n’est pas de respecter une parfaite rigueur scientifique mais plutôt de montrer l’importance des pertes et l’horreur de la guerre.
CARTE FIGURATIVE DES PERTES SUCCESSIVES EN HOMMES DE L’ARMÉE FRANÇAISE DANS LA CAMPAGNE DE RUSSIE 1812-1813 DE CHARLES MINARD, 1869 (SOURCE : GALLICABNF).
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PARCOURS HISTORIQUE
L’art de représenter des flux sur une carte
Ingénieur des Ponts et Chaussées et statisticien, Émile Cheysson est nommé directeur du service des cartes et plans au ministère des Travaux publics en 1877. Il crée alors le Bulletin de statistique et législation comparée et surtout l’Album de statistique graphique qui paraissent chaque année de 1879 à 1895, puis tous les deux ans de 1895 à 1899. Ces albums sont considérés par certains historiens de la visualisation de données comme l’apogée de l’art de la visualisation de données à la française.
Dans la carte présentée ici, la largeur de flux représente le nombre quotidien de trains réguliers sur le réseau ferré de l’ouest de la France. Les catégories de couleur indiquent le type de train. Une texture rayée bleu-noir représente des trains mixtes qui transportent à la fois des personnes (bleu) et du fret (noir). Les flèches indiquent les trajets aller et retour, qui chevauchent l’axe central de chaque flux, révélant des déséquilibres dans les trains express (cyan clair). Les lignes blanches représentent les doubles voies. Une annotation rouge, visible uniquement lors d’une inspection minutieuse, indique le nombre réel de trains représentés. « NOMBRE QUOTIDIEN DE TRAINS SUR LE RÉSEAU DE L’OUEST », D’ÉMILE CHEYSSON, MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS, 1896.
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PARCOURS HISTORIQUE
Les pictogrammes, le langage universel par excellence
Philosophe des sciences, sociologue et économiste politique, Otto Neurath est l’inventeur dès les années 1930 d’un système nommé l’ISOTYPE (International System of TYpographic Picture Education, ou système international d’éducation par l’image typographique). Initialement appelée « Méthode viennoise », celle-ci était une tentative pour rendre intelligible à la population des informations complexes, sous une forme qui combine des images succinctes et une sélection de mots. Les affiches créées par Otto Neurath portent sur des thèmes sociaux et économiques. Elles utilisent des pictogrammes standardisés conçus pour être compris de tous. Les quantités sont indiquées grâce au nombre de pictogrammes. ISOTYPE. DOUBLE PAGE DE “ONLY AN OCEAN BETWEEN”, OTTO NEURATH, 1943.
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PARCOURS HISTORIQUE
Quand le plan de métro aligne les lignes
En 1933, Harry Beck, dessinateur industriel, est l’auteur du premier plan schématique du métro de Londres.
Les versions antérieures représentaient le parcours réel des lignes dans la ville, ce qui les rendait visuellement confuses. Or la fonction première du plan étant d’aider les gens à s’orienter dans le réseau, celui-ci n’a pas à être précis d’un point de vue géographique. Dans le plan créé par Harry Beck, toutes les lignes sont parallèles aux bords de la page ou à 45 degrés. La distance entre les stations est toujours la même, et la Tamise stylisée est l’unique référence visuelle de la ville. Cette conception est toujours un modèle dont s’inspirent de nombreux plans de transports publics dans le monde. CARTE DU MÉTRO DE LONDRES DE HARRY BECK, 1933.
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PARCOURS HISTORIQUE
La sémiologie graphique de Jacques Bertin,une grammaire visuelle cartographique de référence
Au XXe siècle, la visualisation des données a atteint sa maturité et est devenue un langage à part entière avec ses codes, ses règles, ses nuances et sa grammaire permettant ainsi d’en faciliter son utilisation et de la rendre universelle. Jacques Bertin (1918-2010) en fut l’un des principaux artisans au travers de son livre (Sémiologie graphique. Les diagrammes, les réseaux, les cartes) publié en 1967, qui vise à fixer les bases de la pensée cartographique contemporaine. En plus des deux dimensions de la surface du papier sur laquelle peuvent être dessinés des points, des lignes et des plans, six autres éléments permettent de représenter visuellement des données. Ce sont les six variables rétiniennes qu’il convient de savoir utiliser à bon escient pour construire une représentation graphique : taille, valeur, grain, couleur, orientation et forme. Tous ces éléments constituent le vocabulaire de base de la visualisation des données.
PLANCHE EXTRAITE DE L’OUVRAGE SÉMIOLOGIE GRAPHIQUE. LES DIAGRAMMES, LES RÉSEAUX, LES CARTES DE JACQUES BERTIN, RÉÉDITÉ PAR LES ÉDITIONS DE L’EHESS EN 2013.
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PARCOURS HISTORIQUE
Quand la carte prend une autre dimension avec le treemap
Ben Shneiderman est un scientifique américain, fondateur du laboratoire HCIL (Human-Computer Interaction Lab) de l’université du Maryland, College Park. Il a réalisé des travaux pionniers et fondamentaux dans les domaines de l’interaction homme-machine et de la visualisation d’informations, développant de nouveaux outils et méthodes avec notamment au début des années 1990, la création du treemap ou carte proportionnelle. Utilisé comme technique de visualisation d’informations, le treemapping est une méthode que l’on retrouve par exemple en informatique pour illustrer l’occupation d’un disque dur. La représentation en treemap permet d’afficher des données hiérarchiques en utilisant des rectangles imbriqués dans un espace limité. Si les treemaps sont conçus pour être fonctionnels et informatifs, ils ont aussi une dimension esthétique.
“BLOOMING BUSINESSES”, PLANCHE EXTRAITE DE LA SÉRIE EVERY ALGORITHM HAS ART IN IT : TREEMAP ART PROJECT, BEN SHNEIDERMAN, 2013.
CRÉDIT : BEN SHNEIDERMAN, UNIVERSITY OF MARYLAND COLLEGE PARK, HUMAN-COMPUTER INTERACTION LAB, HTTPS://TREEMAPART.WORDPRESS.COM/
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DATAVIZ GRAND FORMAT
Pollution plastique
Résilients, versatiles et peu coûteux, les plastiques nous rendent de nombreux services au quotidien. Cependant, les systèmes actuels de traitement des déchets semblent dépassés par notre appétit pour ces matières, qui s’accumulent dans les cours d’eau et, à terme, dans les mers et les océans, avec les conséquences que l’on connait sur les écosystèmes. Basées sur les travaux de Jambeck, Schmidt et al. (2015, 2017), ces visualisations de données mettent en lumière les tendances globales de production et de gestion de déchets, notamment plastiques, pour les populations côtières, en 2010. Pour chaque pays, les tailles des ronds colorés sont proportionnelles aux quantités de déchets produites, en tonnes par jour : tous déchets confondus (marron, rond vide pour le pays le plus polluant du continent) ; plastiques (jaune) ; plastiques non recyclés (rouge, valeurs indiquées) ; plastiques non recyclés finissant dans les cours d’eau (violet). Les lignes violet ondulées représentent les cours d’eau les plus pollués et varient en longueur selon les quantités de plastiques non recyclés qui s’y déversent chaque jour, en tonnes (valeurs indiquées). Les pays de chaque continent sont rangés par ordre décroissant de production quotidienne de plastiques non recyclés. À titre d’exemple, les larges bulles rouge et violet de la Chine dénotent un taux de recyclage et une gestion des déchets plastiques encore trop justes, malgré les efforts récents de sa population. Ainsi, ce sont chaque jour 5 000 tonnes de plastiques qui sont déversées dans les cours d’eau chinois, dont plus de 4 000 tonnes dans le seul fleuve Yangtze. Cette pollution contribue à la formation d’un gigantesque tas de détritus au beau milieu de l’océan Pacifique, tristement nommé le 7ème Continent de Plastique. Quel gâchis... Florent Lavergne, 2020
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Déplacements des mères en Île-de-France
En 2019, les cartographes et géomaticiens de L’Institut Paris Region, réunis en ateliers dans le cadre des « Cafés Carto », ont exploré de nouvelles formes de représentation cartographique. Ils ont choisi de bousculer les points de vue pour ouvrir de nouvelles perspectives, se débarrasser des conventions pour susciter l’interrogation, tenter de montrer l’invisible et investir différents modes de représentation pour jouer la complémentarité. Cette carte est l’une de ces « variations cartographiques ». Son ambition est de montrer l’intensité des déplacements domicile-travail des mères franciliennes sur l’ensemble du territoire régional. L’origine, la destination et le sens des flux sont volontairement gommés. Seul le cumul des flux est représenté par des nuances de couleurs pour faire ressortir la densité des mouvements. Pour affiner l’analyse, la catégorie socioprofessionnelle est représentée selon deux cartes : « ouvrières » et « cadres ». Sans entrer dans le détail des nuances, un constat s’impose : ce mode de représentation permet de saisir d’un seul coup d’œil que l’aire des déplacements est clairement plus étalée à l’ouest de la région.
L’INSTITUT PARIS REGION, 2019.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Les cumuls de nuisances environnementales en Île-de-France
Les inégalités environnementales présentent des aspects très divers et peuvent être appréhendées de multiples façons selon la définition plus ou moins extensive qu’on leur donne. Révéler ces situations d’un point de vue géographique suppose de croiser différentes données environnementales : qualité de l’air, bruit, pollution des sols, présence de sites industriels, qualité de l’eau et du cadre de vie.
Ainsi, un ensemble d’informations environnementales a été agrégé sur une maille de 500 mètres de côté et exprimé sur une échelle mathématique commune pour produire un score composite de risques sanitaires allant de 0 à 100 (moyenne arithmétique
des scores individuels). Au sein de chaque carré de la maille régionale, l’information est représentée dans un camembert dont la taille est proportionnelle au niveau de pollution. De loin, la carte nous montre les grandes tendances, celles des types de pollutions majoritaires et les espaces géographiques les plus touchés. Au plus près, les portions de chaque camembert permettent de visualiser à l’échelle de la maille les différentes nuisances et leurs proportions. L’INSTITUT PARIS REGION, 2022.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Portrait de territoire du Grand Orly
Cette infographie est extraite d’une série de panneaux commandée en 2016 par l’Association du Grand Orly (préfiguration de l’EPT Grand-Orly Seine Bièvre) destinée à une exposition itinérante. Sur la base de nombreuses informations brutes, la data designer Guillemette Crozet a réalisé un important travail de hiérarchisation et de structuration des données. Les différents panneaux présentent des dataviz, des cartes, des schémas et des infographies afin de rendre visibles les atouts et le potentiel de ce territoire en mutation. Dessinant les contours géographiques du territoire, les différentes bulles sont proportionnelles au nombre d’habitants de chacune des communes qui le compose. Ici, les limites administratives sont volontairement absentes pour donner toute leur place aux données quantitatives, proposant une autre hiérarchie et de nouvelles clés de lecture du territoire.
GUILLEMETTE CROZET, 2016.
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS CONTEMPORAIN
Locaux et Touristes
Cette carte, extraite d’une série sur les grandes villes mondiales, a été réalisée par Erica Fisher, écrivaine et journaliste autrichienne. Pour mener son projet, elle a collecté les données géographiques de photographies géolocalisées publiées sur Flickr et Picasa puis les a placées sur des cartes. Celles-ci montrent la distribution des lieux où les photos ont été prises selon une hiérarchie colorimétrique : en rouge celles prises par les touristes, en bleu par les Parisiens et en jaune pour une provenance inconnue. Ce travail cartographique, en plus d’être véritablement esthétique, a ouvert la voie à de nouvelles recherches exploitant les big data et la géolocalisation. Les réseaux sociaux sont une nouvelle source de données massives ouvrant la voie à des possibilités inédites pour approfondir la connaissance de la pratique des territoires. Sans prétendre à l’exhaustivité, l’analyse de ce type de données permet de mettre en évidence des pratiques ancrées géographiquement jusque-là méconnues. ERICA FISCHER, 2010.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Où courent les Franciliens ?
Autre exemple de carte réalisée grâce à l’exploitation des données des réseaux sociaux, « Où courent les Franciliens ? » synthétise les flux de coureurs connectés en Île-de-France. Cette carte a été réalisée à partir de plus de 20 000 traces GPS issues du site spécialisé STRAVA et offre une représentation de la spatialisation de la pratique libre et autonome de la course à pied. Plus le parcours est fréquenté, plus la couleur est forte, en distinguant les pratiques en semaine (en rose) de celles du week-end (en bleu). Les données de distance, de jour et d’heure des courses ouvrent également des possibilités d’analyses plus fines des territoires et des pratiques sportives. À l’instar de la carte d’Erica Fisher, l’exploitation de données individuelles produites à grande échelle donne des informations précieuses sur les usages spatiaux des territoires. L’INSTITUT PARIS REGION, 2018.
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS CONTEMPORAIN
Valeurs locatives des surfaces de bureaux par station de métro
Chaque année, Cushman & Wakefield, une agence spécialisée dans l’immobilier d’entreprise, publie sa carte des valeurs locatives de bureaux par station de métro en Île-de-France. Les valeurs affichées sur cette carte correspondent, pour chaque station, à la moyenne des valeurs locatives des surfaces de bureaux*. En comparant avec les cartes des années précédentes, on constate une forte progression des valeurs locatives dans le périmètre du métro parisien en 2022, et un écart qui se creuse entre les stations. Ici, en utilisant la carte du métro comme référentiel géographique, l’auteur mobilise une référence cartographique connue et largement utilisée pour visualiser les données. Il redessine ainsi ce plan pour lui donner un nouvel usage et une lecture thématique. Cette représentation démontre au passage l’efficacité d’une grammaire visuelle appréhendable par tous pour faire passer des messages et communiquer sur des jeux de données.
* Offres disponibles immédiatement et à un an sur le marché au 3e trimestre 2022. Ces valeurs s’entendent hors charges et hors taxes.
CUSHMAN & WAKEFIELD RESEARCH FRANCE, NOVEMBRE 2022.
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS CONTEMPORAIN
Carte des hospitalisations liées À la Covid-19
Cette carte en anamorphose a été réalisée par le studio de dataviz et datajournalisme We Do Data pour montrer les disparités territoriales observables entre les différents départements quant au nombre d’hospitalisations liées à la Covid-19. Sur une simple carte choroplèthe (carte qui présente des variations de tons gradués pour caractériser quantitativement un phénomène), des petits territoires comme Paris, les départements de petite couronne ou le Territoire de Belfort, très touchés par le virus, auraient été plus difficiles à distinguer. La carte en anamorphose est une solution intéressante pour améliorer la lisibilité des données. Par ailleurs, comme la population française est inégalement répartie, We Do Data a pondéré le nombre d’hospitalisations par le nombre d’habitants.
Les deux cartes présentées ici permettent de comparer les données selon ces différents critères : en haut, en nombre total d’hospitalisations par département et en dessous, en nombre d’hospitalisations pour 100 000 habitants. Cette double lecture démontre bien la nécessité de pondérer les jeux de données, et comme il peut être facile d’en changer la lecture et l’interprétation.
WEDODATA, 2020.
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS CONTEMPORAIN
Inondation VS Sécheresse
En 2015, une variation climatique extrême aux États-Unis a été mise en évidence et analysée par la National Aeronautics and Space Administration’s Global Precipitation Measurement Mission (NASA-GPM)* en collaboration avec la Japan Aerospace Exploration Agency (JAXA). Pour ce faire, les deux organisations ont utilisé un réseau de douze satellites GPS afin de collecter des données atmosphériques dans le monde entier. Ils ont ainsi pu observer que les États américains du Kentucky, de l’Illinois, de l’Idaho, de la Louisiane et du Texas ont reçu d’immenses quantités de précipitations cette année-là, tandis que la Californie a subi l’une des pires sécheresses de son histoire récente. Un tel phénomène, de part son caractère éminemment contrasté, confirme (et illustre presque à lui seul) la gravité de la menace du réchauffement climatique sur notre planète. Sur la base d’un ensemble de données de précipitations collectées par satellite, David Bihanic a tracé cette réinterprétation graphique à l’aide de la bibliothèque graphique JavaScript « D3.js ». Le champ de vecteurs (qui représente les pluies) est une conversion dynamique des précipitations cumulées (de 0 à 5 000 mm) pour les sept premiers mois de l’année 2015. La densité du champ de vecteurs est proportionnelle à la quantité de pluie. Cette carte existe également en version animée (lien direct ci-dessous http://www.davidbihanic.com/flood-vs-drought/).
DAVID BIHANIC, 2016.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Stadtbilder, cartographier la forme digitale des villes
Avec cette carte issue de la série Stadtbilder, Moritz Stefaner, spécialiste allemand de la visualisation de données, tente de cartographier non pas la ville physique avec ses bâtiments, ses routes, ses infrastructures, mais la ville vivante à travers ce qui s’y passe. Son travail nous montre une superposition de tous les « points chauds » de la ville de Berlin tels que les restaurants, les hôtels, les clubs, les commerces, collectés auprès de différents services numériques comme Yelp ou Foursquare. La topographie est ignorée, les rivières et les lacs exceptés, car ceux-ci aident à contextualiser l’information pour le lecteur et sont significatifs de l’influence qu’ils ont sur le développement des villes. Une première lecture globale rend visible les grandes répartitions grâce aux masses de couleurs. Au plus près, on peut distinguer la diversité ou la concentration des différentes données.
BERLIN_STADTBILDER/MORITZ STEFANER, 2013.
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DATAVIZ PHYSIQUE
Prisme(s)
Le but de cette installation physique est de « matérialiser » ce qui reste encore souvent invisible ou abstrait : les données.
L’œuvre s’interroge sur l’accessibilité aux soins en rendant physiques et accessibles les données liées à ce sujet : d’une part un fond de carte agrémentée des données de l’ORS sur l’accessibilité potentielle localisée aux médecins généralistes et de l’autre les données du volet Santé issues de Baromètre des Franciliens produit par l’Institut, sur l’annulation de rendez-vous médicaux et le recours à la téléconsultation.
Circulant autour de l’œuvre, les visiteurs sont invités à interroger la carte à travers le prisme des données de l’Institut matérialisées par des panneaux en plexiglass de couleur. Grâce au jeu de transparence et d’ombres colorées, les données viennent physiquement « éclairer » notre lecture du territoire.
Œuvre conçue et réalisée par datacitron - Julie Brunet pour l’Institut Paris Region
Expo_dataviz2
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Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS HISTORIQUE
L’Arbre de Jessé, aux racines de la représentation graphique
Dans la Bible, les informations liées à la généalogie de Jésus de Nazareth sont dispersées dans le récit et rendent difficile la perception des liens de parenté. Dès le XIe siècle, des illustrations reprenant le motif de l’arbre sont réalisées afin de présenter de façon synthétique et illustrée l’ascendance de Jésus depuis Jessé, le père de David. Cette forme graphique de l’arbre sera ensuite réutilisée tout au long de l’histoire comme modèle de représentation et de hiérarchisation d’informations complexes, abstraites ou conceptuelles. Notons au passage l’usage de l’arbre par Charles Darwin en 1859 pour représenter sa théorie de l’évolution. ARBRE DE JESSE. FRANCE, FIN DU XVe SIECLE HEURES À L’USAGE DE ROUEN. PARIS, ARSENAL, MANUSCRIT 416 F° 7.
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS HISTORIQUE
Cassini, à l’origine de la carte géométrique
La carte est depuis l’Antiquité un outil de visualisation des données géographiques, mais il s’agit souvent de représentations approximatives, qui s’appuient sur des témoignages et de l’observation. C’est à partir de l’époque moderne que de nouveaux outils de mesure vont permettre d’améliorer le rendu et la fiabilité de la réalité géographique. Réalisée par la famille de cartographes Cassini entre 1756 et 1815, la Carte générale de la France est la première carte géométrique du royaume de France, qui donne une représentation aussi précise du territoire. Composée de 180 feuilles accolées, cette carte s’appuie sur une triangulation géodésique. Ce processus nécessite de calculer les coordonnées avec précision, par le biais de nombreux relevés de points élevés situés dans le paysage tels que des tours, des clochers ainsi que des collines puis de les reporter sur la carte. Les mentions sont nombreuses et variées : relief, voies de communication, organisation administrative et religieuse ou encore édifices civils et religieux, etc. CARTE GÉNÉRALE DE LA FRANCE. 001, [PARIS]. N° 1. FLLE 1 / R. BRUNET FECIT. ÉCRIT PAR BOURGOIN ; [ÉTABLIE SOUS LA DIRECTION DE CÉSAR-FRANÇOIS CASSINI DE THURY].
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS HISTORIQUE
Les graphiques de William Playfair, première représentation visuelle de données statistiques
William Playfair (1759-1823), ingénieur et économiste écossais, a été l’un des pionniers de la représentation graphique de données statistiques. Il est l’inventeur de plusieurs graphiques simples, notamment l’histogramme utilisé en 1786 dans son livre « Commercial and Political Atlas » pour représenter les importations et les exportations de l’Écosse avec 17 pays en 1781 et, un peu plus tard, les séries chronologiques et le diagramme circulaire (communément appelé « camembert » en France ou pie chart au Royaume-Uni) présents pour la première fois dans « The Statistical Breviary », publié à Londres en 1801. Toutes ses inventions sont encore utilisées aujourd’hui. REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DE LA SUPERFICIE, DE LA POPULATION ET DES REVENUS DES PRINCIPALES NATIONS D’EUROPE. SOURCE : WILLIAM PLAYFAIR, THE STATISTICAL BREVIARY, (LONDON) 1801.
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS HISTORIQUE
Quand la statistique rencontre la cartographie
Conçue en 1826 par l’ingénieur, mathématicien et homme politique français Charles Dupin, la carte figurative de l’instruction populaire est considérée comme une des toutes premières cartes thématiques et la première carte choroplèthe jamais réalisée. Selon son auteur, cette carte témoigne du contraste de développement entre la France du Nord et la France du Midi, de part et d’autre d’une ligne Saint-Malo – Genève. Ainsi, les départements sont d’autant plus sombres que moins d’enfants sont envoyés à l’école. Le parti pris graphique se caractérise par l’utilisation d’une échelle de tons gradués pour représenter des quantités relatives à des espaces géographiques, en l’occurrence les départements. Ce type de représentation cartographique, dit choroplèthe, est devenu le plus utilisé pour partager des statistiques territoriales. CARTE FIGURATIVE DE L’INSTRUCTION POPULAIRE DE LA FRANCE / COLLON, DEL. DUPIN, CHARLES (1784-1873).
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS HISTORIQUE
La géolocalisation avant les satellites
En 1854, en pleine épidémie de choléra à Londres, le médecin britannique John Snow a l’idée révolutionnaire de mettre en place une analyse statistique cartographique. Il note alors le lieu de résidence et de travail des 578 victimes du quartier de Soho en plaçant des pointeurs sur une carte. En étudiant ce qui deviendra la première cartographie épidémiologique de l’histoire, il s’aperçoit que le nombre de décès augmente significativement à l’approche de la pompe à eau publique située à Broad street. Il identifie ainsi la source de la contamination et permet aux autorités locales de circonscrire l’épidémie. CARTE DE L’ÉPIDÉMIE DE CHOLERA DE BROAD STREET, À LONDRES, JOHN SNOW, 1854
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS HISTORIQUE
Visualiser les données pour convaincre
En 1855, l’infirmière Florence Nightingale est envoyée en Turquie pour apporter des soins aux soldats engagés dans la guerre de Crimée. Elle y découvre des conditions d’hygiène déplorables dans lesquelles sont pris en charge les soldats blessés. À son retour, elle rédige un essai afin de persuader le gouvernement de transformer l’organisation du système de santé britannique. Pour mieux convaincre, elle recourt à des représentations graphiques en diagramme dessinées sur une grille de coordonnées polaires, qui permettent de mettre en exergue les corrélations entre les différentes données statistiques. Ainsi, le Diagram of the Causes of Mortality in the Army in the East (diagramme des causes de mortalité au sein de l’armée en Orient) montre que les soldats anglais engagés dans la guerre de Crimée meurent davantage pour des raisons sanitaires que pour les combats qu’ils mènent face à l’ennemi. Malgré des critiques sur le mode de représentation en partie disproportionné, ce diagramme offre un bon exemple de l’expressivité visuelle des graphiques statistiques. Il est de nos jours connu sous le nom de « Rose de Nightingale » ou diagramme « à crête de coq ». FLORENCE NIGTHINGALE, “DIAGRAM OF THE CAUSES OF MORTALITY IN THE ARMY IN THE EAST”, 1857.
Données à voir. Quand le design éclaire la data
PARCOURS HISTORIQUE
Datavisualiser la guerre pour dénoncer ses conséquences humaines
Charles Minard, ingénieur civil français, est connu pour ses travaux graphiques et cartographiques appliqués au génie civil et aux statistiques. Une de ses œuvres les plus célèbres est la représentation graphique de la campagne de Russie entreprise par Napoléon en 1812. Publié en 1869, ce graphique présente plusieurs variables sur une image en deux dimensions : l’itinéraire de l’armée avec des indications topographiques, les pertes humaines de l’armée, les variations de température au cours de la retraite. Le graphique offre une visualisation de la taille et des trajectoires de la troupe au fur et à mesure de la campagne. La retraite est figurée en noir. L’ingénieur inaugure une méthode largement utilisée de nos jours dans les diagrammes de flux, consistant à faire varier la taille des segments proportionnellement à l’évolution des quantités. L’objectif ici n’est pas de respecter une parfaite rigueur scientifique mais plutôt de montrer l’importance des pertes et l’horreur de la guerre. CARTE FIGURATIVE DES PERTES SUCCESSIVES EN HOMMES DE L’ARMÉE FRANÇAISE DANS LA CAMPAGNE DE RUSSIE 1812-1813 DE CHARLES MINARD, 1869 (SOURCE : GALLICABNF).
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PARCOURS HISTORIQUE
L’art de représenter des flux sur une carte
Ingénieur des Ponts et Chaussées et statisticien, Émile Cheysson est nommé directeur du service des cartes et plans au ministère des Travaux publics en 1877. Il crée alors le Bulletin de statistique et législation comparée et surtout l’Album de statistique graphique qui paraissent chaque année de 1879 à 1895, puis tous les deux ans de 1895 à 1899. Ces albums sont considérés par certains historiens de la visualisation de données comme l’apogée de l’art de la visualisation de données à la française. Dans la carte présentée ici, la largeur de flux représente le nombre quotidien de trains réguliers sur le réseau ferré de l’ouest de la France. Les catégories de couleur indiquent le type de train. Une texture rayée bleu-noir représente des trains mixtes qui transportent à la fois des personnes (bleu) et du fret (noir). Les flèches indiquent les trajets aller et retour, qui chevauchent l’axe central de chaque flux, révélant des déséquilibres dans les trains express (cyan clair). Les lignes blanches représentent les doubles voies. Une annotation rouge, visible uniquement lors d’une inspection minutieuse, indique le nombre réel de trains représentés. « NOMBRE QUOTIDIEN DE TRAINS SUR LE RÉSEAU DE L’OUEST », D’ÉMILE CHEYSSON, MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS, 1896.
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PARCOURS HISTORIQUE
Les pictogrammes, le langage universel par excellence
Philosophe des sciences, sociologue et économiste politique, Otto Neurath est l’inventeur dès les années 1930 d’un système nommé l’ISOTYPE (International System of TYpographic Picture Education, ou système international d’éducation par l’image typographique). Initialement appelée « Méthode viennoise », celle-ci était une tentative pour rendre intelligible à la population des informations complexes, sous une forme qui combine des images succinctes et une sélection de mots. Les affiches créées par Otto Neurath portent sur des thèmes sociaux et économiques. Elles utilisent des pictogrammes standardisés conçus pour être compris de tous. Les quantités sont indiquées grâce au nombre de pictogrammes. ISOTYPE. DOUBLE PAGE DE “ONLY AN OCEAN BETWEEN”, OTTO NEURATH, 1943.
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PARCOURS HISTORIQUE
Quand le plan de métro aligne les lignes
En 1933, Harry Beck, dessinateur industriel, est l’auteur du premier plan schématique du métro de Londres. Les versions antérieures représentaient le parcours réel des lignes dans la ville, ce qui les rendait visuellement confuses. Or la fonction première du plan étant d’aider les gens à s’orienter dans le réseau, celui-ci n’a pas à être précis d’un point de vue géographique. Dans le plan créé par Harry Beck, toutes les lignes sont parallèles aux bords de la page ou à 45 degrés. La distance entre les stations est toujours la même, et la Tamise stylisée est l’unique référence visuelle de la ville. Cette conception est toujours un modèle dont s’inspirent de nombreux plans de transports publics dans le monde. CARTE DU MÉTRO DE LONDRES DE HARRY BECK, 1933.
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PARCOURS HISTORIQUE
La sémiologie graphique de Jacques Bertin,une grammaire visuelle cartographique de référence
Au XXe siècle, la visualisation des données a atteint sa maturité et est devenue un langage à part entière avec ses codes, ses règles, ses nuances et sa grammaire permettant ainsi d’en faciliter son utilisation et de la rendre universelle. Jacques Bertin (1918-2010) en fut l’un des principaux artisans au travers de son livre (Sémiologie graphique. Les diagrammes, les réseaux, les cartes) publié en 1967, qui vise à fixer les bases de la pensée cartographique contemporaine. En plus des deux dimensions de la surface du papier sur laquelle peuvent être dessinés des points, des lignes et des plans, six autres éléments permettent de représenter visuellement des données. Ce sont les six variables rétiniennes qu’il convient de savoir utiliser à bon escient pour construire une représentation graphique : taille, valeur, grain, couleur, orientation et forme. Tous ces éléments constituent le vocabulaire de base de la visualisation des données. PLANCHE EXTRAITE DE L’OUVRAGE SÉMIOLOGIE GRAPHIQUE. LES DIAGRAMMES, LES RÉSEAUX, LES CARTES DE JACQUES BERTIN, RÉÉDITÉ PAR LES ÉDITIONS DE L’EHESS EN 2013.
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PARCOURS HISTORIQUE
Quand la carte prend une autre dimension avec le treemap
Ben Shneiderman est un scientifique américain, fondateur du laboratoire HCIL (Human-Computer Interaction Lab) de l’université du Maryland, College Park. Il a réalisé des travaux pionniers et fondamentaux dans les domaines de l’interaction homme-machine et de la visualisation d’informations, développant de nouveaux outils et méthodes avec notamment au début des années 1990, la création du treemap ou carte proportionnelle. Utilisé comme technique de visualisation d’informations, le treemapping est une méthode que l’on retrouve par exemple en informatique pour illustrer l’occupation d’un disque dur. La représentation en treemap permet d’afficher des données hiérarchiques en utilisant des rectangles imbriqués dans un espace limité. Si les treemaps sont conçus pour être fonctionnels et informatifs, ils ont aussi une dimension esthétique. “BLOOMING BUSINESSES”, PLANCHE EXTRAITE DE LA SÉRIE EVERY ALGORITHM HAS ART IN IT : TREEMAP ART PROJECT, BEN SHNEIDERMAN, 2013. CRÉDIT : BEN SHNEIDERMAN, UNIVERSITY OF MARYLAND COLLEGE PARK, HUMAN-COMPUTER INTERACTION LAB, HTTPS://TREEMAPART.WORDPRESS.COM/
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DATAVIZ GRAND FORMAT
Pollution plastique
Résilients, versatiles et peu coûteux, les plastiques nous rendent de nombreux services au quotidien. Cependant, les systèmes actuels de traitement des déchets semblent dépassés par notre appétit pour ces matières, qui s’accumulent dans les cours d’eau et, à terme, dans les mers et les océans, avec les conséquences que l’on connait sur les écosystèmes. Basées sur les travaux de Jambeck, Schmidt et al. (2015, 2017), ces visualisations de données mettent en lumière les tendances globales de production et de gestion de déchets, notamment plastiques, pour les populations côtières, en 2010. Pour chaque pays, les tailles des ronds colorés sont proportionnelles aux quantités de déchets produites, en tonnes par jour : tous déchets confondus (marron, rond vide pour le pays le plus polluant du continent) ; plastiques (jaune) ; plastiques non recyclés (rouge, valeurs indiquées) ; plastiques non recyclés finissant dans les cours d’eau (violet). Les lignes violet ondulées représentent les cours d’eau les plus pollués et varient en longueur selon les quantités de plastiques non recyclés qui s’y déversent chaque jour, en tonnes (valeurs indiquées). Les pays de chaque continent sont rangés par ordre décroissant de production quotidienne de plastiques non recyclés. À titre d’exemple, les larges bulles rouge et violet de la Chine dénotent un taux de recyclage et une gestion des déchets plastiques encore trop justes, malgré les efforts récents de sa population. Ainsi, ce sont chaque jour 5 000 tonnes de plastiques qui sont déversées dans les cours d’eau chinois, dont plus de 4 000 tonnes dans le seul fleuve Yangtze. Cette pollution contribue à la formation d’un gigantesque tas de détritus au beau milieu de l’océan Pacifique, tristement nommé le 7ème Continent de Plastique. Quel gâchis... Florent Lavergne, 2020
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Déplacements des mères en Île-de-France
En 2019, les cartographes et géomaticiens de L’Institut Paris Region, réunis en ateliers dans le cadre des « Cafés Carto », ont exploré de nouvelles formes de représentation cartographique. Ils ont choisi de bousculer les points de vue pour ouvrir de nouvelles perspectives, se débarrasser des conventions pour susciter l’interrogation, tenter de montrer l’invisible et investir différents modes de représentation pour jouer la complémentarité. Cette carte est l’une de ces « variations cartographiques ». Son ambition est de montrer l’intensité des déplacements domicile-travail des mères franciliennes sur l’ensemble du territoire régional. L’origine, la destination et le sens des flux sont volontairement gommés. Seul le cumul des flux est représenté par des nuances de couleurs pour faire ressortir la densité des mouvements. Pour affiner l’analyse, la catégorie socioprofessionnelle est représentée selon deux cartes : « ouvrières » et « cadres ». Sans entrer dans le détail des nuances, un constat s’impose : ce mode de représentation permet de saisir d’un seul coup d’œil que l’aire des déplacements est clairement plus étalée à l’ouest de la région. L’INSTITUT PARIS REGION, 2019.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Les cumuls de nuisances environnementales en Île-de-France
Les inégalités environnementales présentent des aspects très divers et peuvent être appréhendées de multiples façons selon la définition plus ou moins extensive qu’on leur donne. Révéler ces situations d’un point de vue géographique suppose de croiser différentes données environnementales : qualité de l’air, bruit, pollution des sols, présence de sites industriels, qualité de l’eau et du cadre de vie. Ainsi, un ensemble d’informations environnementales a été agrégé sur une maille de 500 mètres de côté et exprimé sur une échelle mathématique commune pour produire un score composite de risques sanitaires allant de 0 à 100 (moyenne arithmétique des scores individuels). Au sein de chaque carré de la maille régionale, l’information est représentée dans un camembert dont la taille est proportionnelle au niveau de pollution. De loin, la carte nous montre les grandes tendances, celles des types de pollutions majoritaires et les espaces géographiques les plus touchés. Au plus près, les portions de chaque camembert permettent de visualiser à l’échelle de la maille les différentes nuisances et leurs proportions. L’INSTITUT PARIS REGION, 2022.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Portrait de territoire du Grand Orly
Cette infographie est extraite d’une série de panneaux commandée en 2016 par l’Association du Grand Orly (préfiguration de l’EPT Grand-Orly Seine Bièvre) destinée à une exposition itinérante. Sur la base de nombreuses informations brutes, la data designer Guillemette Crozet a réalisé un important travail de hiérarchisation et de structuration des données. Les différents panneaux présentent des dataviz, des cartes, des schémas et des infographies afin de rendre visibles les atouts et le potentiel de ce territoire en mutation. Dessinant les contours géographiques du territoire, les différentes bulles sont proportionnelles au nombre d’habitants de chacune des communes qui le compose. Ici, les limites administratives sont volontairement absentes pour donner toute leur place aux données quantitatives, proposant une autre hiérarchie et de nouvelles clés de lecture du territoire. GUILLEMETTE CROZET, 2016.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Locaux et Touristes
Cette carte, extraite d’une série sur les grandes villes mondiales, a été réalisée par Erica Fisher, écrivaine et journaliste autrichienne. Pour mener son projet, elle a collecté les données géographiques de photographies géolocalisées publiées sur Flickr et Picasa puis les a placées sur des cartes. Celles-ci montrent la distribution des lieux où les photos ont été prises selon une hiérarchie colorimétrique : en rouge celles prises par les touristes, en bleu par les Parisiens et en jaune pour une provenance inconnue. Ce travail cartographique, en plus d’être véritablement esthétique, a ouvert la voie à de nouvelles recherches exploitant les big data et la géolocalisation. Les réseaux sociaux sont une nouvelle source de données massives ouvrant la voie à des possibilités inédites pour approfondir la connaissance de la pratique des territoires. Sans prétendre à l’exhaustivité, l’analyse de ce type de données permet de mettre en évidence des pratiques ancrées géographiquement jusque-là méconnues. ERICA FISCHER, 2010.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Où courent les Franciliens ?
Autre exemple de carte réalisée grâce à l’exploitation des données des réseaux sociaux, « Où courent les Franciliens ? » synthétise les flux de coureurs connectés en Île-de-France. Cette carte a été réalisée à partir de plus de 20 000 traces GPS issues du site spécialisé STRAVA et offre une représentation de la spatialisation de la pratique libre et autonome de la course à pied. Plus le parcours est fréquenté, plus la couleur est forte, en distinguant les pratiques en semaine (en rose) de celles du week-end (en bleu). Les données de distance, de jour et d’heure des courses ouvrent également des possibilités d’analyses plus fines des territoires et des pratiques sportives. À l’instar de la carte d’Erica Fisher, l’exploitation de données individuelles produites à grande échelle donne des informations précieuses sur les usages spatiaux des territoires. L’INSTITUT PARIS REGION, 2018.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Valeurs locatives des surfaces de bureaux par station de métro
Chaque année, Cushman & Wakefield, une agence spécialisée dans l’immobilier d’entreprise, publie sa carte des valeurs locatives de bureaux par station de métro en Île-de-France. Les valeurs affichées sur cette carte correspondent, pour chaque station, à la moyenne des valeurs locatives des surfaces de bureaux*. En comparant avec les cartes des années précédentes, on constate une forte progression des valeurs locatives dans le périmètre du métro parisien en 2022, et un écart qui se creuse entre les stations. Ici, en utilisant la carte du métro comme référentiel géographique, l’auteur mobilise une référence cartographique connue et largement utilisée pour visualiser les données. Il redessine ainsi ce plan pour lui donner un nouvel usage et une lecture thématique. Cette représentation démontre au passage l’efficacité d’une grammaire visuelle appréhendable par tous pour faire passer des messages et communiquer sur des jeux de données. * Offres disponibles immédiatement et à un an sur le marché au 3e trimestre 2022. Ces valeurs s’entendent hors charges et hors taxes. CUSHMAN & WAKEFIELD RESEARCH FRANCE, NOVEMBRE 2022.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Carte des hospitalisations liées À la Covid-19
Cette carte en anamorphose a été réalisée par le studio de dataviz et datajournalisme We Do Data pour montrer les disparités territoriales observables entre les différents départements quant au nombre d’hospitalisations liées à la Covid-19. Sur une simple carte choroplèthe (carte qui présente des variations de tons gradués pour caractériser quantitativement un phénomène), des petits territoires comme Paris, les départements de petite couronne ou le Territoire de Belfort, très touchés par le virus, auraient été plus difficiles à distinguer. La carte en anamorphose est une solution intéressante pour améliorer la lisibilité des données. Par ailleurs, comme la population française est inégalement répartie, We Do Data a pondéré le nombre d’hospitalisations par le nombre d’habitants. Les deux cartes présentées ici permettent de comparer les données selon ces différents critères : en haut, en nombre total d’hospitalisations par département et en dessous, en nombre d’hospitalisations pour 100 000 habitants. Cette double lecture démontre bien la nécessité de pondérer les jeux de données, et comme il peut être facile d’en changer la lecture et l’interprétation. WEDODATA, 2020.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Inondation VS Sécheresse
En 2015, une variation climatique extrême aux États-Unis a été mise en évidence et analysée par la National Aeronautics and Space Administration’s Global Precipitation Measurement Mission (NASA-GPM)* en collaboration avec la Japan Aerospace Exploration Agency (JAXA). Pour ce faire, les deux organisations ont utilisé un réseau de douze satellites GPS afin de collecter des données atmosphériques dans le monde entier. Ils ont ainsi pu observer que les États américains du Kentucky, de l’Illinois, de l’Idaho, de la Louisiane et du Texas ont reçu d’immenses quantités de précipitations cette année-là, tandis que la Californie a subi l’une des pires sécheresses de son histoire récente. Un tel phénomène, de part son caractère éminemment contrasté, confirme (et illustre presque à lui seul) la gravité de la menace du réchauffement climatique sur notre planète. Sur la base d’un ensemble de données de précipitations collectées par satellite, David Bihanic a tracé cette réinterprétation graphique à l’aide de la bibliothèque graphique JavaScript « D3.js ». Le champ de vecteurs (qui représente les pluies) est une conversion dynamique des précipitations cumulées (de 0 à 5 000 mm) pour les sept premiers mois de l’année 2015. La densité du champ de vecteurs est proportionnelle à la quantité de pluie. Cette carte existe également en version animée (lien direct ci-dessous http://www.davidbihanic.com/flood-vs-drought/). DAVID BIHANIC, 2016.
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PARCOURS CONTEMPORAIN
Stadtbilder, cartographier la forme digitale des villes
Avec cette carte issue de la série Stadtbilder, Moritz Stefaner, spécialiste allemand de la visualisation de données, tente de cartographier non pas la ville physique avec ses bâtiments, ses routes, ses infrastructures, mais la ville vivante à travers ce qui s’y passe. Son travail nous montre une superposition de tous les « points chauds » de la ville de Berlin tels que les restaurants, les hôtels, les clubs, les commerces, collectés auprès de différents services numériques comme Yelp ou Foursquare. La topographie est ignorée, les rivières et les lacs exceptés, car ceux-ci aident à contextualiser l’information pour le lecteur et sont significatifs de l’influence qu’ils ont sur le développement des villes. Une première lecture globale rend visible les grandes répartitions grâce aux masses de couleurs. Au plus près, on peut distinguer la diversité ou la concentration des différentes données. BERLIN_STADTBILDER/MORITZ STEFANER, 2013.
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DATAVIZ PHYSIQUE
Prisme(s)
Le but de cette installation physique est de « matérialiser » ce qui reste encore souvent invisible ou abstrait : les données. L’œuvre s’interroge sur l’accessibilité aux soins en rendant physiques et accessibles les données liées à ce sujet : d’une part un fond de carte agrémentée des données de l’ORS sur l’accessibilité potentielle localisée aux médecins généralistes et de l’autre les données du volet Santé issues de Baromètre des Franciliens produit par l’Institut, sur l’annulation de rendez-vous médicaux et le recours à la téléconsultation. Circulant autour de l’œuvre, les visiteurs sont invités à interroger la carte à travers le prisme des données de l’Institut matérialisées par des panneaux en plexiglass de couleur. Grâce au jeu de transparence et d’ombres colorées, les données viennent physiquement « éclairer » notre lecture du territoire. Œuvre conçue et réalisée par datacitron - Julie Brunet pour l’Institut Paris Region