Retour sur l'histoire de denise
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L'histoire de Mouret
L'embauche de Denise
Le rejet de Denise
La lettre
La ruine du quartier
La dispute
L'expulsion de Bourras
Le premier jour de Denise
La rancune de Baudu
Premiers sentiments
La promotion
La déclaration
La mort de Geneviève
Extrait n°4 : Chapitre 4
Le premier jour de Denise
Le matin, à huit heures, lorsque Denise, qui allait justement débuter ce lundi-là, avait traversé le salon oriental, elle était restée saisie, ne reconnaissant plus l'entrée du magasin dans ce décor de harem. [...] En bas, comme elle entrait au rayon, une querelle éclatait. [...] - Toujours des injustices ! murmura furieusement Clara. Mais l'entrée de Denise réconcilia ces demoiselles. Elles la regardèrent, puis se sourirent. Pouvait-on se fagoter de la sorte ! La jeune fille alla gauchement s'inscrire au tableau de ligne, où elle se trouvait la dernière. Cependant, Mme Aurélie ne put s'empêcher de dire : - Ma chère, deux comme vous tiendraient dans votre robe. Il faudra la faire rétrécir... Et puis, vous ne savez pas vous habiller. Venez donc, que je vous arrange un peu. [...] Vers onze heures, quelques dames se présentèrent. Le tour de vente de Denise arrivait. Justement, une cliente fut signalée. [...] Denise s'approchait, mais Clara s'était précipitée. L'idée de souffler une bonne cliente à la nouvelle venue l'éperonnait. - Pardon, c'est mon tour, dit Denise révoltée. Mme Aurélie l'écarta d'un regard sévère, en murmurant : - Il n'y a pas de tour, je suis la seule maîtresse ici... Attendez de savoir, pour servir les clientes connues. La jeune fille recula ; et, comme elle voulut cacher des larmes qui montaient aux yeux, elle tourna le dos, feignant de regarder dans la rue."
Extrait n°13 : Chapitre 13
La mort de Geneviève
"Dès neuf heures, Denise était venue, pour rester auprès de sa tante. Mais, comme le convoi allait partir, celle-ci, qui ne pleurait plus, les yeux brûlés de larmes, la pria de suivre le corps et de veiller sur l'oncle, dont l'accablement muet inquiétait la famille. En bas, la jeune fille trouva la rue pleine de monde. Le petit commerce du quartier voulait donner aux Baudu un témoignage de sympathie ; il y avait aussi, dans cet empressement, comme une manifestation contre le Bonheur des Dames, que l'on accusait de la lente agonie de Geneviève. Toutes les victimes du monstre étaient là. Bédoré et sœur, le bonnetiers de la rue Gaillon, les fourreurs Vanpouille frères, et Deslignières le bimbelotier, et Piot et Rivoire, les marchands de meubles ; même Mlle Tatin, la lingère, et le gantier Quinette, balayés depuis longtemps par la faillite, s'étaient fait un devoir de venir. En attendant le corbillard, ce monde vêtu de noir, piétinant dans la boue, levait des regards de haine sur le Bonheur, dont les vitrines claires, les étalages éclatant de gaieté leur semblaient une insulte, en face du Vieil Elbeuf, qui attristait de son deuil l'autre côté de la rue."
Extrait n°6 : Chapitre 5
Premiers sentiments
"- Comment ! c'est vous, mademoiselle ! dit Mouret, que Denise trouva devant elle, dans l'escalier, une petite bougie de poche à la main. Elle balbutia, mais il ne se fâchait point, il la regardait de son air à la fois paternel et curieux. - Vous aviez donc une permission de théâtre ? - Oui, monsieur. - Et vous êtes-vous divertie ?... À quel théâtre êtes-vous allée ? - Monsieur, je suis allée à la campagne. Cela le fit rire. Puis, il demanda, en appuyant sur les mots : - Toute seule ? - Non, monsieur, avec une amie, répondit-elle, les joues empourpées, honteuse de la pensée qu'il avait sans doute. Alors, il se tut. Mais il la regardait toujours, dans sa petite robe noire, coiffée de son chapeau garni d'un seul ruban bleu. Est-ce que cette sauvageonne finirait par devenir une jolie fille ? Elle sentait bon de sa course au grand air, elle était charmante avec ses beaux cheveux. Et lui qui, depuis six mois, la traitait en enfant, ne riait plus, il éprouvait un sentiment indéfinissable de surprise et de crainte, mêlé de tendresse. Sans doute, c'était un amant qui l'embellissait ainsi. À cette pensée, il lui sembla qu'un oiseau favori, dont il jouait, venait de le piquer au sang."
Extrait n°12 : Chapitre 12
La dispute
"-Oui, vos amants ! On me le disait bien, et j'étais assez bête pour en douter... Denise, suffoquée, étourdie, écoutait ces affreux reproches. Mon Dieu ! il la prenait donc pour une malheureuse ? À un mot plus dur, elle se dirigea vers la porte, silencieusement. Et, sur un geste qu'il fit pour l'arrêter : - Laissez, monsieur, je m'en vais... Si vous croyez ce que vous dites, je ne veux pas rester une seconde de plus dans la maison. [...] - Mon Dieu ! je vous aime... Pourquoi prenez-vous plaisir à me martyriser ainsi ? Je vous ai crue jalouse et j'ai sacrifié mes plaisirs. On vous a dit que j'avais des maîtresses ; eh bien ! je n'en ai plus, c'est à peine si je sors. Ne vous ai-je pas préférée, chez cette dame ? N'ai-je pas rompu pour être à vous seule ? J'attends encore un remerciement, un peu de gratitude... Et, si vous craignez que je retourne chez elle, vous pouvez être tranquille : elle se venge, en aidant un de nos anciens commis à fonder une maison rivale... Dites, faut-il que je me mette à genoux, pour toucher votre cœur ? [...] - Vous avez tort de vous faire de la peine, monsieur, répondit-elle enfin. Je vous jure que ces vilaines histoires sont des mensonges... Ce pauvre garçon de tout à l'heure est aussi peu coupable que moi. Et elle avait sa belle franchise, ses yeux clairs qui regardaient droit devant elle. [...] - Vous aimez quelqu'un, n'est-ce pas ? reprit-il d'une voix tremblante. Oh ! vous pouvez le dire... Vous aimez quelqu'un. Elle devenait très rouge, son cœur était sur ses lèvres, et elle sentait le mensonge impossible, avec cette émotion qui la trahissait. - Oui, finit-elle par avouer faiblement. Je vous en prie, monsieur, laissez-moi, vous me faites du chagrin. À son tour, elle souffrait. N'était-ce point assez déjà d'avoir à se défendre contre lui ? Aurait-elle encore à se défendre contre elle ? Quand il lui parlait ainsi, quand elle le voyait si ému, si bouleversé, elle ne savait plus pourquoi elle se refusait ; et elle ne retrouvait qu'ensuite, au fond même de sa nature de fille bien portante, la fierté et la raison qui la tenaient debout."
Extrait n°3 : Chapitre 2
L'embauche de Denise
"- Où étiez-vous à Valognes ? - Chez Cornaille. - Je le connais, bonne maison, laissa échapper Mouret. Jamais d'habitude il n'intervenait dans cet embauchage, les chefs de rayon ayant la responsabilité de leur personnel. Mais, avec son sens délicat de la femme, il sentait chez cette jeune fille un charme caché, une force de grâce et de tendresse. [...] - Avez-vous d'autres références à Paris ? Où demeurez-vous ? - Chez mon oncle Baudu, là, en face. Du coup, Mouret intervient une seconde fois. - Comment, vous êtes la nièce de Baudu ! Est-ce que c'est lui qui vous envoie ? [...] Votre oncle a eu tort de ne pas vous amener, sa recommandation suffisait... On prétend qu'il nous en veut. Nous sommes d'esprit plus large, et s'il ne peut occuper sa nièce dans sa maison, eh bien ! nous lui montrerons que sa nièce n'a eu qu'à frapper chez nous pour être accueillie... Répétez-lui que je l'aime toujours beaucoup, qu'il doit s'en prendre, non pas à moi, mais aux nouvelles conditions du commerce."
Extrait n°7 : Chapitre 8
La ruine du quartier
"Du reste, la situation allait empirer encore. En septembre, l'architecte, craignant de ne pas être prêt, se décida à faire travailler la nuit. Des équipes se succédaient, les marteaux n'arrêtaient pas, les machines sifflaient continuellement. Alors les Baudu, exaspérés, durent même renoncer à fermer les yeux ; ils étaient secoués dans leur alcôve, les bruits se changeaient en cauchemars dès que la fatigue les engourdissait. Et, dans le sommeil pénible du quartier, le chantier, agrandi par cette clarté lunaire, grouillait d'ombres noires, d'ouvriers dont les profils gesticulaient sur la blancheur crue des murailles neuves. Le petit commerce des rues voisines recevait encore un coup terrible. Chaque fois que le Bonheur des Dames créait des rayons nouveaux, le désastre s'élargissait. On entendait craquer les plus vieilles maisons. Mlle Tatin, la lingère du passage Choiseul, venait d'être déclarée en faillite ; Quinette, le gantier, en avait à peine pour six mois ; les fourreurs Vanpouille étaient obligés de sous-louer une partie de leurs magasins ; si Bédoré et sœur, les bonnetiers, tenaient toujours, ils mangeaient évidemment les rentes amassées jadis. Et voilà que, maintenant, d'autres ruines allaient s'ajouter à ces ruines prévues depuis longtemps."
Extrait n°1 : Chapitre 1
L'histoire d'Octave Mouret
"Par phrases coupées, il conta l'histoire de cet Octave Mouret. Un garçon tombé du Midi à Paris, avec l'audace aimable d'un aventurier ; et, dès le lendemain, des histoires de femme ; puis, la conquête brusque et inexplicable de Mme Hédouin, qui lui avait apporté le Bonheur des Dames. - Cette pauvre Caroline ! interrompit Mme Baudu. Ah ! si elle avait vécu, les choses tourneraient autrement. Elle ne nous laisserait pas assassiner... Et c'est lui qui l'a tuée. Oui, dans ses constructions ! Un matin, en visitant les travaux, elle est tombée dans un trou. Trois jours après, elle mourait : elle qui n'avait jamais été malade, qui était si bien portante, si belle ! Il y a de son sang sous les pierres de la maison. [...] Mais le drapier haussait les épaule, dédaigneux de ces fables de nourrice. Il reprit son histoire, il expliqua la situation, commercialement. Le Bonheur des Dames avait été fondé en 1822 par les frères Deleuze. À la mort de l'aîné, sa fille, Caroline, s'était mariée avec le fils d'un fabricant de toile, Charles Hédouin ; et, plus tard, étant devenue veuve, elle avait épousé ce Mouret. Elle lui apportait donc la moitié du magasin. Trois mois après le mariage, l'oncle Deleuze décédait à son tour sans enfant ; si bien que, lorsque Caroline avait laissé ses os dans les fondations, ce Mouret était resté seul héritier, seul propriétaire du Bonheur. Toutes les chances !"
Extrait n°5 : Chapitre 5
Le rejet de Denise
"Mme Aurélie lui garda une sourde rancune ; elle l'avait vue rire avec Pauline, elle crut à des commérages sur les amours de son fils. Alors, dans le rayon, elle isola la jeune fille davantage encore. Depuis longtemps, elle projetait d'emmener ces demoiselles passer un dimanche auprès de Rambouillet, aux Rigolles, où elle avait acheté une propriété, sur ses cent premiers mille francs d'économie ; et, tout d'un coup, elle se décida, c'était une façon de punir Denise, de la mettre ouvertement à l'écart. Seule, cette dernière ne fut pas invitée. Quinze jours à l'avance, le rayon ne causa que de la partie : on se promettait tous les plaisirs. Et rien que des femmes, ce qui était plus amusant. [...] Cependant, le bienheureux jour approchait, ces demoiselles racontaient les préparatifs de toilette, comme si elles partaient pour un voyage de six mois ; tandis que Denise devait les entendre, pâle et silencieuse dans son abandon."
Extrait n°14 : Chapitre 13
L'expulsion de Bourras
"Un matin encore, [Denise] eut un entretien avec lui, à la nouvelle que Bourras était jeté sur le pavé, et que Baudu allait fermer boutique. Puis, elle sortit après le déjeuner, avec l'espoir de soulager au moins ceux-là. Bourras était debout, planté sur le trottoir, en face de sa maison, dont on l'avait expulsé la veille, à la suite d'une trouvaille de l'avoué : comme Mouret possédait des créances, il venait d'obtenir aisément la mise en faillite du marchand de parapluies, puis il avait acheté cinq cents francs le droit au bail ; de sorte que le vieillard entêté s'était laissé prendre pour cinq cents francs ce qu'il n'avait pas voulu lâcher pour cent mille. Les démolisseurs attaquèrent la toiture sur sa tête. On avait retiré les ardoises pourries, les plafonds s'effrondraient, les murs craquaient, et il restait là, sous les vieilles charpentes à nu, au milieu des décombres. Enfin, devant la police, il était parti. [...] - Monsieur Bourras, dit doucement Denise. Il ne l'entendait pas, ses yeux dévoraient les démolisseurs, dont la pioche entamait la façade de la masure. [...] En s'abattant, la muraille ébranlait et emportait toute la ruine. Une poussée avait suffi pour fendre la mesure du haut en bas. Ce fut un éboulement pitoyable, pas une cloison ne resta debout, il n'y eut plus par terre qu'un amas de débris. - Mon Dieu ! avait crié le vieillard, comme si le coup lui eût retenti dans les entrailles. Jamais il n'aurait cru que ce sera fini si vite. Et il regardait le creux libre enfin dans le flanc du Bonheur des Dames, débarrassé de la verrue qui le déshonorait.
Extrait n°8 : Chapitre 9
La promotion
"Le soir, comme Denise revenait de dîner, un garçon l'appela. - Mademoiselle, on vous demande à la direction. Mouret l'attendait debout. En entrant, elle ne repoussa pas la porte, qui resta ouverte. - Nous sommes contents de vous, mademoiselle, dit-il, et nous avons songé à vous témoigner notre satisfaction... Mme Frédéric nous a quittés. Dès demain, vous la remplacerez comme seconde. Denise l'écoutait, immobile de saisissement. Elle murmura, la voix tremblante : - Mais, monsieur, il y a des vendeuses beaucoup plus anciennes que moi au rayon. - Eh bien ? qu'est-ce que cela fait ? reprit-il. Vous êtes la plus capable, la plus sérieuse. Je vous choisis, c'est bien naturel... N'êtes-vous pas satisfaite ? Alors, elle rougit. C'était, en elle, un bonheur et un embarras délicieux. Pourquoi donc avait-elle songé d'abord aux suppositions dont on allait accueillir cette faveur inespérée ? Et elle demeurait confuse, malgré l'élan de sa reconnaissance. Lui la regardait en souriant, dans sa robe en soie toute simple, sans un bijou, n'ayant que le luxe de sa royale chevelure blonde. Son insignifiance chétive d'autrefois devenait un charme d'une discrétion pénétrante. - Vous êtes bien bon, monsieur, balbutia-t-elle. Je ne sais comment vous dire..."
Extrait n°10 : Chapitre 10
La déclaration
"- Vous viendrez, ce soir ? demanda-t-il à demi-voix. - Non, monsieur, répondit-elle, je ne pourrai pas. Mes frères doivent se trouver chez mon oncle, et j'ai promis de dîner avec eux. [...] À son tour, il était devenu pâle devant ce refus tranquille. Une révolte nerveuse agitait ses lèvres. Pourtant, il se contenait, il reprit de son air de patron obligeant qui s'intéresse simplement à une de ses demoiselles : - Voyons, si je vous priais... Vous savez dans quelle estime je vous tiens. Denisa garda son attitude respectueuse. - Je suis très touchée, monsieur, de votre bonté pour moi, et je vous remercie de cette invitation. Mais, je le répète, c'est impossible, mes frères m'attendent ce soir. [...] Il sourit, il essaya de lui prendre une main, qu'elle retira. - De quoi donc avez-vous peur ? Mais elle relevait déjà la tête, elle le regardait en face, et elle dit, en souriant de son air doux et brave : - Je n'ai peur de rien, monsieur... On fait seulement ce qu'on veut faire, n'est-ce pas ? Moi je ne veux pas, voilà tout ! [...] Denise, cependant, s'était levée. Mouret lui disait d'une voix basse et tremblante : - Écoutez, je vous aime... Vous le savez depuis longtemps, ne jouez pas le jeu cruel de faire l'ignorante avec moi... Et ne craignez rien. Vingt fois, j'ai eu l'envie de vous appeler dans mon cabinet. Nous aurions été seuls, je n'aurais eu qu'à pousser un verrou. Mais je n'ai pas voulu, vous voyez bien que je vous parle ici, où chacun peut entrer... Je vous aime, Denise... Elle était debout, la face blanche, l'écoutant, le regardant toujours en face."
Extrait n°9 : Chapitre 10
La lettre
[...] Mme Cabin, frappa et lui donna une lettre d'un air de mystère. La porte refermée, Denise, étonnée du sourire discret de cette femme, ouvrit la lettre. Elle se laissa tomber sur une chaise : c'était une lettre de Mouret, où il se disait heureux de son rétablissement et la priait de descendre le soir dîner avec lui, puisqu'elle ne pouvait sortir. Le ton de ce billet, à la fois familier et paternel, n'avait rien de blessant ; mais il lui était impossible de se méprendre, le Bonheur connaissait bien la signification vraie de ces invitations, une légende courait là-dessus : Clara avait dîné, d'autres aussi, toutes celles que le patron remarquait. Après le dîner, comme disaient les commis farceurs, il y avait le dessert. Et les joues blanches de la jeune fille étaient peu à peu envahies par un flot de sang. Alors, la lettre glissée entre les genoux, le cœur battant à coups profonds, Denise resta les yeux fixés sur la lumière aveuglante d'une des fenêtres. C'était un aveu qu'elle avait dû se faire : si elle tremblait encore quand il passait, elle savait maintenant que ce n'était pas de crainte ; et son malaise d'autrefois, son ancienne peur ne pouvait être que l'ignorance effarée de l'amour. Elle ne raisonnait pas, elle sentait seulement qu'elle l'avait toujours aimé."
Extrait n°2 : Chapitre 1
La rancune de Baudu
"- Patience ! reprit Baudu, saisi d'une soudaine colère, Mouret traverse une crise, je le sais. Il a dû mettre tous ses bénéfices dans ses folies d'agrandissement et de réclame. [...] Il avait posé les coudes sur la table. - Mais voyons, toi qui es de la partie, dis-moi s'il est raisonnable qu'un simple magasin de nouveautés se mette à vendre de n'importe quoi. Les petites boutiques commencent à y souffrir terriblement, ce Mouret les ruine... Tiens ! la bonneterie de la rue Gaillon a déjà perdu la moitié de sa clientèle. Chez Mlle Tatin, la lingère, on en est à baisser les prix, à lutter de bon marché. Et je me suis laissé dire que MM. Vanpouille frères, les fourreurs, ne pouvaient tenir le coup... - Et les gants, dit Mme Baudu. N'est-ce pas monstrueux ? Il a osé créer un rayon de ganterie ! - Et les parapluies, reprit Baudu. Ça, c'est le comble ! Bourras est persuadé que le Mouret a voulu simplement le couler ; car, enfin, à quoi ça rime-t-il, des parapluies avec des étoffes ? Il passa le quartier en revue. Si Vinçard tâchait de vendre, tous n'avaient plus qu'à faire leurs paquets, car il était comme les rats, qui filent des maisons quand elles vont couler."
Au bonheur des dames
lepoder.deborah
Created on August 28, 2023
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Le rejet de Denise
La lettre
La ruine du quartier
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L'expulsion de Bourras
Le premier jour de Denise
La rancune de Baudu
Premiers sentiments
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La mort de Geneviève
Extrait n°4 : Chapitre 4
Le premier jour de Denise
Le matin, à huit heures, lorsque Denise, qui allait justement débuter ce lundi-là, avait traversé le salon oriental, elle était restée saisie, ne reconnaissant plus l'entrée du magasin dans ce décor de harem. [...] En bas, comme elle entrait au rayon, une querelle éclatait. [...] - Toujours des injustices ! murmura furieusement Clara. Mais l'entrée de Denise réconcilia ces demoiselles. Elles la regardèrent, puis se sourirent. Pouvait-on se fagoter de la sorte ! La jeune fille alla gauchement s'inscrire au tableau de ligne, où elle se trouvait la dernière. Cependant, Mme Aurélie ne put s'empêcher de dire : - Ma chère, deux comme vous tiendraient dans votre robe. Il faudra la faire rétrécir... Et puis, vous ne savez pas vous habiller. Venez donc, que je vous arrange un peu. [...] Vers onze heures, quelques dames se présentèrent. Le tour de vente de Denise arrivait. Justement, une cliente fut signalée. [...] Denise s'approchait, mais Clara s'était précipitée. L'idée de souffler une bonne cliente à la nouvelle venue l'éperonnait. - Pardon, c'est mon tour, dit Denise révoltée. Mme Aurélie l'écarta d'un regard sévère, en murmurant : - Il n'y a pas de tour, je suis la seule maîtresse ici... Attendez de savoir, pour servir les clientes connues. La jeune fille recula ; et, comme elle voulut cacher des larmes qui montaient aux yeux, elle tourna le dos, feignant de regarder dans la rue."
Extrait n°13 : Chapitre 13
La mort de Geneviève
"Dès neuf heures, Denise était venue, pour rester auprès de sa tante. Mais, comme le convoi allait partir, celle-ci, qui ne pleurait plus, les yeux brûlés de larmes, la pria de suivre le corps et de veiller sur l'oncle, dont l'accablement muet inquiétait la famille. En bas, la jeune fille trouva la rue pleine de monde. Le petit commerce du quartier voulait donner aux Baudu un témoignage de sympathie ; il y avait aussi, dans cet empressement, comme une manifestation contre le Bonheur des Dames, que l'on accusait de la lente agonie de Geneviève. Toutes les victimes du monstre étaient là. Bédoré et sœur, le bonnetiers de la rue Gaillon, les fourreurs Vanpouille frères, et Deslignières le bimbelotier, et Piot et Rivoire, les marchands de meubles ; même Mlle Tatin, la lingère, et le gantier Quinette, balayés depuis longtemps par la faillite, s'étaient fait un devoir de venir. En attendant le corbillard, ce monde vêtu de noir, piétinant dans la boue, levait des regards de haine sur le Bonheur, dont les vitrines claires, les étalages éclatant de gaieté leur semblaient une insulte, en face du Vieil Elbeuf, qui attristait de son deuil l'autre côté de la rue."
Extrait n°6 : Chapitre 5
Premiers sentiments
"- Comment ! c'est vous, mademoiselle ! dit Mouret, que Denise trouva devant elle, dans l'escalier, une petite bougie de poche à la main. Elle balbutia, mais il ne se fâchait point, il la regardait de son air à la fois paternel et curieux. - Vous aviez donc une permission de théâtre ? - Oui, monsieur. - Et vous êtes-vous divertie ?... À quel théâtre êtes-vous allée ? - Monsieur, je suis allée à la campagne. Cela le fit rire. Puis, il demanda, en appuyant sur les mots : - Toute seule ? - Non, monsieur, avec une amie, répondit-elle, les joues empourpées, honteuse de la pensée qu'il avait sans doute. Alors, il se tut. Mais il la regardait toujours, dans sa petite robe noire, coiffée de son chapeau garni d'un seul ruban bleu. Est-ce que cette sauvageonne finirait par devenir une jolie fille ? Elle sentait bon de sa course au grand air, elle était charmante avec ses beaux cheveux. Et lui qui, depuis six mois, la traitait en enfant, ne riait plus, il éprouvait un sentiment indéfinissable de surprise et de crainte, mêlé de tendresse. Sans doute, c'était un amant qui l'embellissait ainsi. À cette pensée, il lui sembla qu'un oiseau favori, dont il jouait, venait de le piquer au sang."
Extrait n°12 : Chapitre 12
La dispute
"-Oui, vos amants ! On me le disait bien, et j'étais assez bête pour en douter... Denise, suffoquée, étourdie, écoutait ces affreux reproches. Mon Dieu ! il la prenait donc pour une malheureuse ? À un mot plus dur, elle se dirigea vers la porte, silencieusement. Et, sur un geste qu'il fit pour l'arrêter : - Laissez, monsieur, je m'en vais... Si vous croyez ce que vous dites, je ne veux pas rester une seconde de plus dans la maison. [...] - Mon Dieu ! je vous aime... Pourquoi prenez-vous plaisir à me martyriser ainsi ? Je vous ai crue jalouse et j'ai sacrifié mes plaisirs. On vous a dit que j'avais des maîtresses ; eh bien ! je n'en ai plus, c'est à peine si je sors. Ne vous ai-je pas préférée, chez cette dame ? N'ai-je pas rompu pour être à vous seule ? J'attends encore un remerciement, un peu de gratitude... Et, si vous craignez que je retourne chez elle, vous pouvez être tranquille : elle se venge, en aidant un de nos anciens commis à fonder une maison rivale... Dites, faut-il que je me mette à genoux, pour toucher votre cœur ? [...] - Vous avez tort de vous faire de la peine, monsieur, répondit-elle enfin. Je vous jure que ces vilaines histoires sont des mensonges... Ce pauvre garçon de tout à l'heure est aussi peu coupable que moi. Et elle avait sa belle franchise, ses yeux clairs qui regardaient droit devant elle. [...] - Vous aimez quelqu'un, n'est-ce pas ? reprit-il d'une voix tremblante. Oh ! vous pouvez le dire... Vous aimez quelqu'un. Elle devenait très rouge, son cœur était sur ses lèvres, et elle sentait le mensonge impossible, avec cette émotion qui la trahissait. - Oui, finit-elle par avouer faiblement. Je vous en prie, monsieur, laissez-moi, vous me faites du chagrin. À son tour, elle souffrait. N'était-ce point assez déjà d'avoir à se défendre contre lui ? Aurait-elle encore à se défendre contre elle ? Quand il lui parlait ainsi, quand elle le voyait si ému, si bouleversé, elle ne savait plus pourquoi elle se refusait ; et elle ne retrouvait qu'ensuite, au fond même de sa nature de fille bien portante, la fierté et la raison qui la tenaient debout."
Extrait n°3 : Chapitre 2
L'embauche de Denise
"- Où étiez-vous à Valognes ? - Chez Cornaille. - Je le connais, bonne maison, laissa échapper Mouret. Jamais d'habitude il n'intervenait dans cet embauchage, les chefs de rayon ayant la responsabilité de leur personnel. Mais, avec son sens délicat de la femme, il sentait chez cette jeune fille un charme caché, une force de grâce et de tendresse. [...] - Avez-vous d'autres références à Paris ? Où demeurez-vous ? - Chez mon oncle Baudu, là, en face. Du coup, Mouret intervient une seconde fois. - Comment, vous êtes la nièce de Baudu ! Est-ce que c'est lui qui vous envoie ? [...] Votre oncle a eu tort de ne pas vous amener, sa recommandation suffisait... On prétend qu'il nous en veut. Nous sommes d'esprit plus large, et s'il ne peut occuper sa nièce dans sa maison, eh bien ! nous lui montrerons que sa nièce n'a eu qu'à frapper chez nous pour être accueillie... Répétez-lui que je l'aime toujours beaucoup, qu'il doit s'en prendre, non pas à moi, mais aux nouvelles conditions du commerce."
Extrait n°7 : Chapitre 8
La ruine du quartier
"Du reste, la situation allait empirer encore. En septembre, l'architecte, craignant de ne pas être prêt, se décida à faire travailler la nuit. Des équipes se succédaient, les marteaux n'arrêtaient pas, les machines sifflaient continuellement. Alors les Baudu, exaspérés, durent même renoncer à fermer les yeux ; ils étaient secoués dans leur alcôve, les bruits se changeaient en cauchemars dès que la fatigue les engourdissait. Et, dans le sommeil pénible du quartier, le chantier, agrandi par cette clarté lunaire, grouillait d'ombres noires, d'ouvriers dont les profils gesticulaient sur la blancheur crue des murailles neuves. Le petit commerce des rues voisines recevait encore un coup terrible. Chaque fois que le Bonheur des Dames créait des rayons nouveaux, le désastre s'élargissait. On entendait craquer les plus vieilles maisons. Mlle Tatin, la lingère du passage Choiseul, venait d'être déclarée en faillite ; Quinette, le gantier, en avait à peine pour six mois ; les fourreurs Vanpouille étaient obligés de sous-louer une partie de leurs magasins ; si Bédoré et sœur, les bonnetiers, tenaient toujours, ils mangeaient évidemment les rentes amassées jadis. Et voilà que, maintenant, d'autres ruines allaient s'ajouter à ces ruines prévues depuis longtemps."
Extrait n°1 : Chapitre 1
L'histoire d'Octave Mouret
"Par phrases coupées, il conta l'histoire de cet Octave Mouret. Un garçon tombé du Midi à Paris, avec l'audace aimable d'un aventurier ; et, dès le lendemain, des histoires de femme ; puis, la conquête brusque et inexplicable de Mme Hédouin, qui lui avait apporté le Bonheur des Dames. - Cette pauvre Caroline ! interrompit Mme Baudu. Ah ! si elle avait vécu, les choses tourneraient autrement. Elle ne nous laisserait pas assassiner... Et c'est lui qui l'a tuée. Oui, dans ses constructions ! Un matin, en visitant les travaux, elle est tombée dans un trou. Trois jours après, elle mourait : elle qui n'avait jamais été malade, qui était si bien portante, si belle ! Il y a de son sang sous les pierres de la maison. [...] Mais le drapier haussait les épaule, dédaigneux de ces fables de nourrice. Il reprit son histoire, il expliqua la situation, commercialement. Le Bonheur des Dames avait été fondé en 1822 par les frères Deleuze. À la mort de l'aîné, sa fille, Caroline, s'était mariée avec le fils d'un fabricant de toile, Charles Hédouin ; et, plus tard, étant devenue veuve, elle avait épousé ce Mouret. Elle lui apportait donc la moitié du magasin. Trois mois après le mariage, l'oncle Deleuze décédait à son tour sans enfant ; si bien que, lorsque Caroline avait laissé ses os dans les fondations, ce Mouret était resté seul héritier, seul propriétaire du Bonheur. Toutes les chances !"
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Le rejet de Denise
"Mme Aurélie lui garda une sourde rancune ; elle l'avait vue rire avec Pauline, elle crut à des commérages sur les amours de son fils. Alors, dans le rayon, elle isola la jeune fille davantage encore. Depuis longtemps, elle projetait d'emmener ces demoiselles passer un dimanche auprès de Rambouillet, aux Rigolles, où elle avait acheté une propriété, sur ses cent premiers mille francs d'économie ; et, tout d'un coup, elle se décida, c'était une façon de punir Denise, de la mettre ouvertement à l'écart. Seule, cette dernière ne fut pas invitée. Quinze jours à l'avance, le rayon ne causa que de la partie : on se promettait tous les plaisirs. Et rien que des femmes, ce qui était plus amusant. [...] Cependant, le bienheureux jour approchait, ces demoiselles racontaient les préparatifs de toilette, comme si elles partaient pour un voyage de six mois ; tandis que Denise devait les entendre, pâle et silencieuse dans son abandon."
Extrait n°14 : Chapitre 13
L'expulsion de Bourras
"Un matin encore, [Denise] eut un entretien avec lui, à la nouvelle que Bourras était jeté sur le pavé, et que Baudu allait fermer boutique. Puis, elle sortit après le déjeuner, avec l'espoir de soulager au moins ceux-là. Bourras était debout, planté sur le trottoir, en face de sa maison, dont on l'avait expulsé la veille, à la suite d'une trouvaille de l'avoué : comme Mouret possédait des créances, il venait d'obtenir aisément la mise en faillite du marchand de parapluies, puis il avait acheté cinq cents francs le droit au bail ; de sorte que le vieillard entêté s'était laissé prendre pour cinq cents francs ce qu'il n'avait pas voulu lâcher pour cent mille. Les démolisseurs attaquèrent la toiture sur sa tête. On avait retiré les ardoises pourries, les plafonds s'effrondraient, les murs craquaient, et il restait là, sous les vieilles charpentes à nu, au milieu des décombres. Enfin, devant la police, il était parti. [...] - Monsieur Bourras, dit doucement Denise. Il ne l'entendait pas, ses yeux dévoraient les démolisseurs, dont la pioche entamait la façade de la masure. [...] En s'abattant, la muraille ébranlait et emportait toute la ruine. Une poussée avait suffi pour fendre la mesure du haut en bas. Ce fut un éboulement pitoyable, pas une cloison ne resta debout, il n'y eut plus par terre qu'un amas de débris. - Mon Dieu ! avait crié le vieillard, comme si le coup lui eût retenti dans les entrailles. Jamais il n'aurait cru que ce sera fini si vite. Et il regardait le creux libre enfin dans le flanc du Bonheur des Dames, débarrassé de la verrue qui le déshonorait.
Extrait n°8 : Chapitre 9
La promotion
"Le soir, comme Denise revenait de dîner, un garçon l'appela. - Mademoiselle, on vous demande à la direction. Mouret l'attendait debout. En entrant, elle ne repoussa pas la porte, qui resta ouverte. - Nous sommes contents de vous, mademoiselle, dit-il, et nous avons songé à vous témoigner notre satisfaction... Mme Frédéric nous a quittés. Dès demain, vous la remplacerez comme seconde. Denise l'écoutait, immobile de saisissement. Elle murmura, la voix tremblante : - Mais, monsieur, il y a des vendeuses beaucoup plus anciennes que moi au rayon. - Eh bien ? qu'est-ce que cela fait ? reprit-il. Vous êtes la plus capable, la plus sérieuse. Je vous choisis, c'est bien naturel... N'êtes-vous pas satisfaite ? Alors, elle rougit. C'était, en elle, un bonheur et un embarras délicieux. Pourquoi donc avait-elle songé d'abord aux suppositions dont on allait accueillir cette faveur inespérée ? Et elle demeurait confuse, malgré l'élan de sa reconnaissance. Lui la regardait en souriant, dans sa robe en soie toute simple, sans un bijou, n'ayant que le luxe de sa royale chevelure blonde. Son insignifiance chétive d'autrefois devenait un charme d'une discrétion pénétrante. - Vous êtes bien bon, monsieur, balbutia-t-elle. Je ne sais comment vous dire..."
Extrait n°10 : Chapitre 10
La déclaration
"- Vous viendrez, ce soir ? demanda-t-il à demi-voix. - Non, monsieur, répondit-elle, je ne pourrai pas. Mes frères doivent se trouver chez mon oncle, et j'ai promis de dîner avec eux. [...] À son tour, il était devenu pâle devant ce refus tranquille. Une révolte nerveuse agitait ses lèvres. Pourtant, il se contenait, il reprit de son air de patron obligeant qui s'intéresse simplement à une de ses demoiselles : - Voyons, si je vous priais... Vous savez dans quelle estime je vous tiens. Denisa garda son attitude respectueuse. - Je suis très touchée, monsieur, de votre bonté pour moi, et je vous remercie de cette invitation. Mais, je le répète, c'est impossible, mes frères m'attendent ce soir. [...] Il sourit, il essaya de lui prendre une main, qu'elle retira. - De quoi donc avez-vous peur ? Mais elle relevait déjà la tête, elle le regardait en face, et elle dit, en souriant de son air doux et brave : - Je n'ai peur de rien, monsieur... On fait seulement ce qu'on veut faire, n'est-ce pas ? Moi je ne veux pas, voilà tout ! [...] Denise, cependant, s'était levée. Mouret lui disait d'une voix basse et tremblante : - Écoutez, je vous aime... Vous le savez depuis longtemps, ne jouez pas le jeu cruel de faire l'ignorante avec moi... Et ne craignez rien. Vingt fois, j'ai eu l'envie de vous appeler dans mon cabinet. Nous aurions été seuls, je n'aurais eu qu'à pousser un verrou. Mais je n'ai pas voulu, vous voyez bien que je vous parle ici, où chacun peut entrer... Je vous aime, Denise... Elle était debout, la face blanche, l'écoutant, le regardant toujours en face."
Extrait n°9 : Chapitre 10
La lettre
[...] Mme Cabin, frappa et lui donna une lettre d'un air de mystère. La porte refermée, Denise, étonnée du sourire discret de cette femme, ouvrit la lettre. Elle se laissa tomber sur une chaise : c'était une lettre de Mouret, où il se disait heureux de son rétablissement et la priait de descendre le soir dîner avec lui, puisqu'elle ne pouvait sortir. Le ton de ce billet, à la fois familier et paternel, n'avait rien de blessant ; mais il lui était impossible de se méprendre, le Bonheur connaissait bien la signification vraie de ces invitations, une légende courait là-dessus : Clara avait dîné, d'autres aussi, toutes celles que le patron remarquait. Après le dîner, comme disaient les commis farceurs, il y avait le dessert. Et les joues blanches de la jeune fille étaient peu à peu envahies par un flot de sang. Alors, la lettre glissée entre les genoux, le cœur battant à coups profonds, Denise resta les yeux fixés sur la lumière aveuglante d'une des fenêtres. C'était un aveu qu'elle avait dû se faire : si elle tremblait encore quand il passait, elle savait maintenant que ce n'était pas de crainte ; et son malaise d'autrefois, son ancienne peur ne pouvait être que l'ignorance effarée de l'amour. Elle ne raisonnait pas, elle sentait seulement qu'elle l'avait toujours aimé."
Extrait n°2 : Chapitre 1
La rancune de Baudu
"- Patience ! reprit Baudu, saisi d'une soudaine colère, Mouret traverse une crise, je le sais. Il a dû mettre tous ses bénéfices dans ses folies d'agrandissement et de réclame. [...] Il avait posé les coudes sur la table. - Mais voyons, toi qui es de la partie, dis-moi s'il est raisonnable qu'un simple magasin de nouveautés se mette à vendre de n'importe quoi. Les petites boutiques commencent à y souffrir terriblement, ce Mouret les ruine... Tiens ! la bonneterie de la rue Gaillon a déjà perdu la moitié de sa clientèle. Chez Mlle Tatin, la lingère, on en est à baisser les prix, à lutter de bon marché. Et je me suis laissé dire que MM. Vanpouille frères, les fourreurs, ne pouvaient tenir le coup... - Et les gants, dit Mme Baudu. N'est-ce pas monstrueux ? Il a osé créer un rayon de ganterie ! - Et les parapluies, reprit Baudu. Ça, c'est le comble ! Bourras est persuadé que le Mouret a voulu simplement le couler ; car, enfin, à quoi ça rime-t-il, des parapluies avec des étoffes ? Il passa le quartier en revue. Si Vinçard tâchait de vendre, tous n'avaient plus qu'à faire leurs paquets, car il était comme les rats, qui filent des maisons quand elles vont couler."