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ABSURDE
Lycée Berthelot
Created on July 29, 2023
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Transcript
L’HUMANITE EN QUESTION : Création, continuités et ruptures.
L'ABSURDE
PEUT-ON ENCORE CREER SI L’ON NE CROIT PLUS EN RIEN ?
L'absurde
1. Introduction
2. Montaigne
3. Camus
4. Le théâtre de l'absurde
5. Magritte et la condition humaine
INTRODUCTION
Cherchez les termes "absurde" et "vain" dans le dictionnaire. Quelles sont les étymologies ? Quels sont les différents sens ? Depuis quand ces mots sont ils apparus ?
Les Essais, Livre II chapitre 12
Il faut donc en conclure que Dieu seul est, non pas en fonction de la mesure du temps, mais dans une éternité́ immuable et immobile, non mesurée par le temps, ni sujette à quelque déclin ; devant lui rien n’est, ni ne sera après, rien de plus nouveau ou de plus récent ; il est seulement un Étant, qui remplit le toujours par un seul maintenant ; et il n’y a rien qui soit, véritablement, que lui seul, sans que l’on puisse dire: Il a été, ou Il sera, car il est sans commencement et sans fin. À cette conclusion si religieuse venant d’un païen, j’ajouterai seulement ce mot, d’un témoin du même genre , pour en finir avec ce long et ennuyeux discours, qui me fournirait une matière sans fin. « Ô la vile créature, dit-il, et méprisable, que l’homme, s’il ne s’élève au-dessus de sa condition ! » Voilà̀ une bonne formule, et un désir utile, mais également absurde. Car faire la poignée plus grande que le poing, la brassée plus grande que le bras, et espérer faire des enjambées plus grandes que la portée de nos jambes, voilà̀ qui est impossible et contre nature, de même qu’il est impossible pour l’homme de s’élever au-dessus de son humanité́, car il ne peut voir que par ses yeux, et ne peut saisir que par ses doigts. Il s’élèvera si Dieu lui prête exceptionnellement la main. Il s’élèvera en abandonnant ses propres moyens et en y renonçant, et en se laissant emporter et soulever par les moyens purement célestes. C’est à notre foi chrétienne, et non à la vertu stoïcienne de Sénèque, de prétendre à cette divine et miraculeuse métamorphose.
CAMUS
Le mythe de Sisyphe. CAMUS
« L'absurde, c'est la raison lucide qui constate ses limites. » « Je disais que le monde est absurde et j'allais trop vite. Ce monde en lui-même n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme. L'absurde dépend autant de l'homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l'un à l'autre comme la haine seule peut river les êtres. »
CAMUS Noces « Tipasa »
« J’aime cette vie avec abandon et veux en parler avec liberté : elle me donne l’orgueil de ma condition d’homme. »
CAMUS, L'ETRANGER
Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai recu un télégramme de l’asile : "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : "Ce n’est pas de ma faute." Il n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.
Camus L’Étranger Incipit
J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère.» Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.J’ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c’est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler.
l'absurde
BECKETT
CAMUS
MAGRITTE
IONESCO
Par groupe, vous ferez voir et entendre le texte de façon synthétique du texte grâce aux pancartes.
BECKETTEn attendant godot
BECKETT En attendant Godot, scène d’exposition
Route à la campagne, avec arbre. Soir. Estragon, assis sur une pierre, essaie d'enlever sa chaussure. Il s'y acharne des deux mains, en ahanant. Il s'arrête, à bout de forces, se repose en haletant, recommence. Même jeu. Entre Vladimir
ESTRAGON (renonçant à nouveau) : Rien à faire. VLADIMIR (s'approchant à petits pas raides, les jambes écartées) : Je commence à le croire. (Il s'immobilise.) J'ai longtemps résisté à cette pensée, en me disant, Vladimir, sois raisonnable. Tu n'as pas encore tout essayé. Et je reprenais le combat. (Il se recueille, songeant au combat. A Estragon.) Alors, te revoilà, toi. ESTRAGON : Tu crois ? VLADIMIR : Je suis content de te revoir. Je te croyais parti pour toujours. ESTRAGON : Moi aussi. VLADIMIR : Que faire pour fêter cette réunion ? (Il réfléchit.) Lève-toi que je t'embrasse. (Il tend la main à Estragon.) ESTRAGON (avec irritation) : Tout à l'heure, tout à l'heure. Silence.
VLADIMIR (froissé, froidement) : Peut-on savoir où monsieur a passé la nuit ? ESTRAGON : Dans un fossé. VLADIMIR (épaté) : Un fossé ! Où ça ? ESTRAGON (sans geste) : Par là. VLADIMIR : Et on ne t'a pas battu ? ESTRAGON : Si... Pas trop. VLADIMIR : Toujours les mêmes ? ESTRAGON : Les mêmes ? Je ne sais pas. Silence. VLADIMIR : Quand j'y pense... depuis le temps... je me demande... ce que tu serais devenu... sans moi... (Avec décision) Tu ne serais plus qu'un petit tas d'ossements à l'heure qu'il est, pas d'erreur. ESTRAGON (piqué au vif) : Et après ?
VLADIMIR (accablé) : C'est trop pour un seul homme. (Un temps. Avec vivacité.) D'un autre côté, à quoi bon se décourager à présent, voilà ce que je me dis. Il fallait y penser il y a une éternité, vers 1900. ESTRAGON : Assez. Aide-moi à enlever cette saloperie. VLADIMIR : La main dans la main on se serait jeté en bas de la tour Eiffel, parmi les premiers. On portait beau alors. Maintenant il est trop tard. On ne nous laisserait même pas monter. (Estragon s'acharne sur sa chaussure.) Qu'est-ce que tu fais ? ESTRAGON : Je me déchausse. Ça ne t'est jamais arrivé, à toi ? VLADIMIR : Depuis le temps que je te dis qu'il faut les enlever tous les jours. Tu ferais mieux de m'écouter. ESTRAGON (faiblement) : Aide-moi ! VLADIMIR : Tu as mal ? ESTRAGON : Mal ! Il me demande si j'ai mal !
VLADIMIR (avec emportement) : Il n'y a jamais que toi qui souffres ! Moi je ne compte pas. Je voudrais pourtant te voir à ma place. Tu m'en dirais des nouvelles. ESTRAGON : Tu as eu mal ? VLADIMIR : Mal ! Il me demande si j'ai eu mal ! ESTRAGON (pointant l'index) : Ce n'est pas une raison pour ne pas te boutonner. VLADIMIR (se penchant) : C'est vrai. (Il se boutonne.) Pas de laisser-aller dans les petites choses. ESTRAGON : Qu'est-ce que tu veux que je te dise, tu attends toujours le dernier moment. VLADIMIR (rêveusement) : Le dernier moment... (Il médite) C'est long, mais ce sera bon. Qui disait ça ? ESTRAGON : Tu ne veux pas m'aider ?
VLADIMIR : Des fois je me dis que ça vient quand même. Alors je me sens tout drôle. (Il ôte son chapeau, regarde dedans, y promène sa main, le secoue, le remet.) Comment dire ? Soulagé et en même temps... (il cherche) ...épouvanté. (Avec emphase.) E-POU-VAN-TE. (Il ôte à nouveau son chapeau, regarde dedans.) Ca alors ! (Il tape dessus comme pour en faire tomber quelque chose, regarde à nouveau dedans, le remet.) Enfin... (Estragon, au prix d'un suprême effort, parvient à enlever sa chaussure. Il regarde dedans, y promène sa main, la retourne, la secoue, cherche par terre s'il n'en est pas tombé quelque chose, ne trouve rien, passe sa main à nouveau dans sa chaussure, les yeux vagues.) Alors ? ESTRAGON : Rien VLADIMIR : Fais voir. ESTRAGON : Il n'y a rien à voir. En attendant Godot - Samuel Beckett - Scène d'exposition (extrait)
BECKETT En Attendant Godot, Dénouement
ESTRAGON : Qu’est-ce que tu as ? VLADIMIR : Je n’ai rien. ESTRAGON : Moi je m’en vais. VLADIMIR : Moi aussi. Silence. ESTRAGON : Il y avait longtemps que je dormais ? VLADIMIR : Je ne sais pas. Silence. ESTRAGON : Où irons-nous ? VLADIMIR : Pas loin. ESTRAGON : Si si, allons-nous-en loin d’ici !
Le soleil se couche, la lune se lève. Vladimir reste immobile. Estragon se réveille, se déchausse, se lève, les chaussures à la main, les dépose devant la rampe, va vers Vladimir, le regarde.
BECKETT En Attendant Godot, Dénouement
VLADIMIR : On ne peut pas.ESTRAGON : Pourquoi ? VLADIMIR : Il faut revenir demain. ESTRAGON : Pour quoi faire ? VLADIMIR : Attendre Godot. ESTRAGON : C’est vrai. (Un temps.) Il n’est pas venu ? VLADIMIR : Non. ESTRAGON : Et maintenant il est trop tard. VLADIMIR : Oui, c’est la nuit. ESTRAGON : Et si on le laissait tomber ? (Un temps.) Si on le laissait tomber? VLADIMIR : Il nous punirait. (Silence. Il regarde l’arbre.) Seul l’arbre vit.
BECKETT En Attendant Godot, Dénouement
ESTRAGON (regardant l’arbre.) : Qu’est-ce que c’est ?VLADIMIR : C’est l’arbre. ESTRAGON : Non mais quel genre ? VLADIMIR : Je ne sais pas. Un saule. ESTRAGON : Viens voir. (Il entraîne Vladimir vers l’arbre. Ils s’immobilisent devant. Silence.) Et si on se pendait ? VLADIMIR : Avec quoi ? ESTRAGON : Tu n’as pas un bout de corde ? VLADIMIR : Non. ESTRAGON : Alors on ne peut pas. VLADIMIR : Allons-nous-en. ESTRAGON : Attends, il y a ma ceinture. VLADIMIR : C’est trop court.
BECKETT En Attendant Godot, Dénouement
ESTRAGON : Tu tireras sur mes jambes.VLADIMIR : Et qui tirera sur les miennes ? ESTRAGON : C’est vrai. VLADIMIR : Fais voir quand même. (Estragon dénoue la corde qui maintient son pantalon. Celui-ci, beaucoup trop large, lui tombe autour des chevilles. Ils regardent la corde.) A la rigueur ça pourrait aller. Mais est-elle solide ? ESTRAGON : On va voir. Tiens. Ils prennent chacun un bout de la corde, et tirent. La corde se casse. Ils manquent de tomber. VLADIMIR : Elle ne vaut rien. Silence.
BECKETT En Attendant Godot, Dénouement
ESTRAGON : Tu dis qu’il faut revenir demain ?VLADIMIR : Oui. ESTRAGON : Alors on apportera une bonne corde. VLADIMIR : C’est ça. Silence. ESTRAGON : Didi. VLADIMIR. : Oui. ESTRAGON : Je ne peux plus continuer comme ça. VLADIMIR : On dit ça. ESTRAGON : Si on se quittait ? Ça irait peut-être mieux. VLADIMIR : On se pendra demain. (Un temps.) A moins que Godot ne vienne. ESTRAGON : Et s’il vient ? VLADIMIR : Nous serons sauvés.
BECKETT En Attendant Godot, Dénouement
Vladimir enlève son chapeau - celui de Lucky - regarde dedans, y passe la main, le secoue, le remet. ESTRAGON : Alors, on y va ? VLADIMIR : Relève ton pantalon. ESTRAGON : Comment ? VLADIMIR : Relève ton pantalon. ESTRAGON : Que j’enlève mon pantalon ? VLADIMIR : RE-lève ton pantalon. ESTRAGON : C’est vrai. Il relève son pantalon. Silence. VLADIMIR : Alors, on y va ? ESTRAGON : Allons-y. Ils ne bougent pas. Rideau
BECKETTOh les beaux jours
Beckett, Oh ! Les beaux jours (1963), acte II
La pièce a été publiée en anglais et jouée sous le titre de Happy days en 1961 avant d'être traduite en français par l'auteur en 1963 : tandis que Willie, la soixantaine, demeure muet et presque invisible tout au long de la pièce, sa compagne Winnie, âgée de cinquante ans, parle et s'enlise progressivement au milieu d'une « étendue d'herbe brûlée s'enflant au centre en petit mamelon ».
Scène comme au premier acte. Willie invisible. Winnie enterrée jusqu'au cou, sa toque sur la tête, les yeux fermés. La tête, qu'elle ne peut plus tourner, ni lever, ni baisser, reste rigoureusement immobile et de face pendant toute la durée de l'acte. Seuls les yeux sont mobiles. Sac et ombrelle à la même place qu'au début du premier acte. Revolver bien en évidence à la droite de la tête. Un temps long. Sonnerie perçante. Elle ouvre les yeux aussitôt La sonnerie s'arrête. Elle regarde devant elle. Un temps long.
Beckett, Oh ! Les beaux jours (1963), acte II
WINNIE. — Salut, sainte lumière. (Un temps. Elle ferme les yeux. Sonnerie perçante. Elle ouvre les yeux aussitôt. La sonnerie s'arrête. Elle regarde devant elle. Sourire. Un temps. Fin du sourire. Un temps.) Quelqu'un me regarde encore. (Un temps.) Se soucie de moi encore. (Un temps.) Ça que je trouve si merveilleux. (Un temps.) Des yeux sur mes yeux. (Un temps.) Quel est ce vers inoubliable ? (Un temps. Yeux à droite.) Willie. (Un temps. Plus fort.) Willie. (Un temps. Yeux de face.) Peut-on parler encore de temps ? (Un temps.) Dire que ça fait un bout de temps, Willie, que je ne te vois plus. (Un temps.) Ne t'entends plus. (Un temps.) Peut-on ? (Un temps.) On le fait. (Sourire.) Le vieux style ! (Fin du sourire.) Il y a si peu dont on puisse parler. (Un temps.) On parle de tout. (Un temps.) De tout ce dont on peut. (Un temps.) Je pensais autrefois... (Un temps.) ... je dis, je pensais autrefois que j'apprendrais à parler toute seule. (Un temps.)
Beckett, Oh ! Les beaux jours (1963), acte II
Je veux dire à moi-même le désert. (Sourire.) Mais non. (Sourire plus large.) Non non. (Fin du sourire.) Donc tu es là. (Un temps.) Oh tu dois être mort, oui, sans doute, comme les autres, tu as dû mourir, ou partir, en m'abandonnant, comme les autres, ça ne fait rien, tu es là. (Un temps. Yeux à gauche.) Le sac aussi est là, le même que toujours, je le vois. (Yeux à droite. Plus fort.) Le sac est là, Willie, pas une ride, celui que tu me donnas ce jour-là... pour faire mon marché. (Un temps. Yeux de face.) Ce jour-là. (Un temps.) Quel jour-là ? (Un temps.) Je priais autrefois. (Un temps.) Je dis, je priais autrefois. (Un temps.) Oui, j'avoue. (Sourire.) Plus maintenant. (Sourire plus large.) Non non. (Fin du sourire. Un temps.)
Beckett, Oh ! Les beaux jours (1963), acte II
Autrefois... maintenant... comme c'est dur, pour l'esprit. (Un temps.) Avoir été toujours celle que je suis — et être si différente de celle que j'étais. (Un temps.) Je suis l'une, je dis l'une, puis l'autre. (Un temps.) Tantôt l'une, tantôt l'autre. (Un temps.) Il y a si peu qu'on puisse dire. (Un temps.) On dit tout. (Un temps.) Tout ce qu'on peut. (Un temps.) Et pas un mot de vrai nulle part. (Un temps.) Mes bras. (Un temps.) Mes seins. (Un temps.) Quels bras ? (Un temps.) Quels seins ? (Un temps.) Willie. (Un temps.) Quel Willie ? (Affirmative avec véhémence.) Mon Willie ! (Yeux à droite. Appelant.) Willie ! (Un temps. Plus fort.) Willie ! [...]
IONESCOLE ROI SE MEURT
Eugène Ionesco, Le roi se meurt, 1962.
Le roi Bérenger Ier vient d'apprendre de sa première femme, Marguerite, et de son médecin qu'il va mourir, il n'arrive pas à accepter cette idée.
Le roi : Le peuple est-il au courant ? L'avez-vous averti ? Je veux que tout le monde sache que le Roi va mourir. (Il se précipite vers la fenêtre, l'ouvre dans un grand effort car il boite un peu plus.) Braves gens, je vais mourir. Écoutez-moi, votre Roi va mourir. Marguerite (au Médecin) : Il ne faut pas qu'on entende. Empêchez-le de crier. Le roi : Ne touchez pas au Roi. Je veux que tout le monde sache que je vais mourir. (Il crie.)
Eugène Ionesco, Le roi se meurt, 1962.
Le médecin : C'est un scandale.Le roi : Peuple, je dois mourir. Marguerite : Ce n'est plus un roi, c'est un porc qu'on égorge. Marie : Ce n'est qu'un roi, ce n'est qu'un homme. Le médecin : Majesté, songez à la mort de Louis XIV, à celle de Philippe II, à celle de Charles Quint qui a dormi vingt ans dans son cercueil. Le devoir de Votre Majesté est de mourir dignement. Le roi : Mourir dignement ? (À la fenêtre.) Au secours ! Votre Roi va mourir. Marie : Pauvre Roi, mon pauvre Roi.
Eugène Ionesco, Le roi se meurt, 1962.
Juliette : Cela ne sert à rien de crier. (On entend un faible écho dans le lointain : « Le Roi va mourir ! ») Le roi : Vous entendez ? Marie : Moi j'entends, j'entends. Le roi : On me répond, on va peut-être me sauver. Juliette : Il n'y a personne. (On entend l'écho : « Au secours ! ») Le médecin : Ce n'est rien d'autre que l'écho qui répond avec retardement.
Eugène Ionesco, Le roi se meurt, 1962.
Marguerite : Le retardement habituel dans ce royaume où tout fonctionne si mal. Le roi (quittant la fenêtre.) : Ce n'est pas possible. (Revenant à la fenêtre.) J'ai peur. Ce n'est pas possible. Marguerite : Il s'imagine qu'il est le premier à mourir. Marie : Tout le monde est le premier à mourir.
La Condition humaine Magritte 1933
La Condition humaine 2Magritte 1935
La clé des champsMagritte 1936
L’appel des cimes, Magritte 1942
PRomenade euclidienne MAGRITTE 1965